Quelle est la contribution des religieux en matière de réconciliation dans le monde d’aujourd’hui ? À ce propos je parle volontiers de « travail de réconciliation », comme on parle de travail d’enfantement, car la réconciliation avec les autres, avec soi-même et avec Dieu est l’objet d’un travail soutenu, progressif, laborieux qui requiert toutes les attentions et toutes les énergies. Ce processus est à vivre aujourd’hui, comme d’ailleurs nous est donnée à vivre aujourd’hui la grâce de notre baptême ou la vocation spécifique qui est propre à chacun. Le présent – son nom le dit bien – est le seul lieu donné à notre liberté, offert à notre engagement.

De prime abord opaque — parce qu’il est chargé de l’héritage du passé dont on a du mal à démêler les tenants et les aboutissants — le présent peut devenir lumineux par ses germinations discrètes et ses croissances lentes dont nous ne prenons pas toujours la mesure. Mais il recèle aussi l’incertitude qui nous fait peur et parfois nous paralyse. Celle-ci doit être prise en compte, sereinement. Il faut la travailler. De toute évidence, l’incertitude nous fait éprouver notre pauvreté, notre démaîtrise. Celle-ci est proprement pascale si nous la vivons à la suite du Christ dans la foulée de notre baptême et par la profession des conseils évangéliques au sein d’un institut. Il s’agit de perdre pour gagner, de mourir pour vivre. Ne sommes-nous pas déjà habitués par notre existence chrétienne, du moins en principe, à cette logique pascale ? Elle découle de l’oeuvre de réconciliation opérée par le Christ. Le mystère de notre réconciliation (est) rejoint (par) celui de la croix (cf. Ep 2, 16) et du « grand amour » dont nous avons été aimés (Ep 2, 4). Dieu, le premier, nous a aimés (1 Jn 4, 19). La réconciliation est d’abord un don à accueillir, une grâce à recevoir autant qu’une tâche à réaliser, une oeuvre à accomplir.