Recensions parues dans ce numéro…

Éthique

BONNEWIJN O., Éthique sexuelle et familiale, Paris, Éditions de l’Emmanuel, 2006, 14 x 22,5 cm, 328 p., 15,80 €.

Après son étude doctorale sur La béatitude et les béatitudes (cf. Vies
consacrées
, n°2, 2006, p. 137), l’auteur propose, en onze sujets, un parcours
assez exhaustif des têtes de chapitres de l’éthique sexuelle et
familiale chrétienne, en commençant par le mariage et la famille. Dès
ce premier chapitre, les couples bibliques célèbres (d’Adam et Ève à
Tobie et Sara) sont approchés pour la figure qu’ils tracent, chacun à sa
manière, de l’archétype auquel ils conduisent, l’alliance nouvelle du
Christ avec l’Église. Sur ce fond d’espérance, le célibat pour le Royaume
(II) est entendu comme un charisme prophétique que la vie communautaire
sertit et soutient. Méditant sur la chasteté demandée à tous,
en raison de la chasteté du Christ (III), l’ouvrage consacre ensuite une
trentaine de pages à la continence périodique des époux, finement
contre-distinguée du comportement contraceptif (IV). Une parole
peut encore être dite sur l’homosexualité, évaluée éthiquement, mais
aussi, accompagnée pastoralement (V). Le chapitre VI traite des désordres
sexuels en général, sous l’égide — ce n’est pas le moindre des
paradoxes — de Thérèse de Lisieux. Le comportement masturbatoire
(VII) et la maturation de la sexualité des personnes en souffrance (avec
la loi de gradualité, VIII) ressortissent à cet ensemble, avant un chapitre
décidé sur l’avortement (IX) et un autre, tout aussi déterminé, sur
la production d’embryons humains (X). Pour finir, la pédophilie incestueuse
(voir l’article de l’auteur dans Vies consacrées, n°2, 2003, pp. 100-
112) est relue à la lumière du mystère des saints Innocents (XI). Comme
l’introduction, la conclusion donne les fondements de l’analyse, et
s’achève sur un acte de foi en la transformation de l’eros en agapè.
Chaque chapitre est enluminé d’une citation scripturaire ; en appendice
sont brièvement présentés les documents magistériels récents.
Un livre à étudier donc, autant qu’à recommander. — N. HAUSMAN,
S.C.M.

BEDOUELLE G., BRUGÈS J.-L, BECQUART P., L’Église et la sexualité.
Repères historiques et regards actuels
, Paris, Cerf, 2006, 12,5 x 19,5 cm,
272 p., 18,00 €.

On complètera heureusement l’étude précédente par la lecture de ce dossier
historique qui reprend une liste de thèmes très semblables, dans un
ordre un peu différent : « le mariage comme pierre d’angle de la réflexion
sur la sexualité humaine ; les fiançailles et les relations préconjugales ; la
contraception ; l’avortement ; la masturbation ; l’homosexualité ; la
chasteté et la pudeur » (8). Avec de tels auteurs, le dossier ne pouvait être
qu’instructif dans le détail (« Rome est l’héritière d’une tradition anticonceptionnelle
ancestrale », 86 ; la masturbation comme « angle mort » de
la réflexion morale, jusqu’au XVIIIe siècle) et percutant dans le constat final
de l’enjeu : il s’agit pour l’Église « moins de redire les normes générales ou
même les modalités concrètes de la vie sexuelle que d’aider les hommes
et les femmes de notre temps à mettre en œuvre les conditions d’un
amour et d’une sexualité authentiques ». Une « bibliographie essentielle
 » renvoie aux assises de ces sept chapitres-clés. — N. HAUSMAN, S.C.M.

CAPELLE N., Je veux aller dans ton école ! La pédagogie lasallienne au
XXIe siècle
, Paris, Salvator, 2006, 14 x 21 cm, 296 p., 19,90 €.

Le troisième centenaire de la publication de Conduite des écoles chrétiennes,
de J.-B. de La Salle est prétexte à rendre compte du dynamisme
et de la jeunesse du projet lasallien aujourd’hui, sous toute latitude. Une
première partie met en lumière la manière plurielle et ô combien circonstanciée
dont les « écoles des Frères » respectent et valorisent la culture
des communautés où ils sont plantés. D’une certaine façon, « les
maîtres s’aventurent » (71s.) et se laissent conduire par les enfants et les
jeunes sur des chemins qu’ils ne pratiquaient pas. Une seconde partie
relate comment frères et collaborateurs « ajustent » (154) sans cesse leur
proposition éducative aux besoins et défis des jeunes, pour que leur
croissance humaine et spirituelle ait toujours la première place. En troisième
lieu, ce sont les horizons nouveaux qui sont abordés, où il
convient de se désapproprier de soi pour « se laisser saisir » (159).
Riche palette de récits, qui rend témoignage d’une manière originale de
concevoir éducation et relation aux générations montantes. Dans une
société pluriculturelle et laïcisée, le projet de M. de La Salle peut encore
faire florès, et se communiquer de proche en proche : « Je veux aller dans
ton école ! ». Ad multos annos. — É. ROUSSEAU.

RIMBAUT G., Soutenir une démarche spirituelle en milieu hospitalier,
Bruxelles/Montréal, Lumen Vitae/Novalis (coll. Théologies pratiques), 2006, 14,5 x 23,5 cm, 256 p., 22,00 €.

Ce livre est issu d’une thèse de doctorat soutenue à l’U.C.O. d’Angers
en 2004. De son origine universitaire, il conserve le style et s’inscrit
volontiers dans une démarche de recherche scientifique. En partant
du témoignage de vie de Clarisse, malade d’un cancer, l’A. émet une
hypothèse afin de modéliser la démarche spirituelle de tout homme.
En usant d’une méthodologie empruntée à la sociologie (entretiens
et récits), elle affine ensuite cette modélisation et consacre la plupart
des huit chapitres du livre à parvenir à une définition du « spirituel
laïque » dont le sens théologique est dégagé dans les deux derniers
chapitres. La démarche spirituelle laïque — fondée sur une anthropologie
du don — est analysée et distinguée de la démarche spirituelle
chrétienne — qui se caractérise en surcroît par une expérience de
transcendance et l’accueil de la Révélation. L’accompagnement de
malades aura permis de mener à bien ce travail de recherche fort intéressant
dont l’essence transparaît trop peu dans le titre de l’ouvrage.
— S. WAEFFLER.

Fondements

EVDOKIMOV M., Le Christ dans la tradition et la littérature russes, Nouvelle
édition revue et augmentée, Desclée-Mame Paris 2007, 15 x
22,5 cm, 368 pages, 28,50 €.

Voici un ouvrage, qui nous offre, en édition revue et augmentée, des textes
qui ne sont pas sans actualité ; non seulement parce que l’A. nous
donne de connaître et d’apprécier des traits majeurs de la tradition chrétienne
russe et par là de nous exercer à la communion, mais encore
parce qu’il décrit et commente sobrement la vie et les écrits de témoins
de l’Évangile, qui sous certains aspects sont proches d’un esprit
moderne. Cela, non sans un paradoxe ; le chapitre 13 en effet rappelle
« le silence de la pensée russe », du baptême de Kiev (988) à la figure de
Pouchkine (1799-1837), à savoir l’absence de grands hommes dont les
talents auraient franchi les frontières de l’immense Russie. En ouvrant,
non sans brutalité, une « fenêtre sur l’Europe », Saint-Pétersbourg,
Pierre le Grand avait voulu rompre ce silence. Il ne s’agit pas de nier cette
intelligence habituelle de l’histoire russe, mais l’A. suggère que ce sommeil
de la pensée ne doit pas faire oublier l’œuvre des icônes dans la
conscience russe, en ce qu’elles révèlent de Dieu, immédiatement et
pendant des générations, à nos yeux de chair. Sur cette lancée, nous
ajouterions volontiers que pendant ce « silence de la pensée », la Russie
a été soumise à l’autorité paternelle de ces génies d’un autre ordre que
furent les Starstsy, les Anciens des monastères.
On cite quelques textes : des homélies du XIe siècle, avec leur commentaire
littéral et concret de l’Écriture ; « le pèlerinage de la Mère de Dieu
parmi les tourments », récit apocalyptique, plusieurs siècles avant Dante,
sur la souffrance des damnés ; l’« Izmaragd » ou Émeraude, traité de
morale laïque de la Russie médiévale. Une constante de la spiritualité du
peuple — la conscience dramatique de l’exil — est illustrée, au tournant
de la Renaissance occidentale, par les « Poèmes pour le repentir » et,
jusqu’au XIXe siècle, par les poèmes spirituels des infirmes ambulants.
Sans oublier les gestes prophétiques et provocants des fols en Christ. On
retient également quelques figures : les frères saints Boris et Gleb au
XIe siècle, ou la sainteté au cœur des conflits politiques ; saint Nil de Sora
au XVe siècle et l’hésychasme lettré ; saint Dimitri de Rostov au XVIIe siècle,
avec ses travaux de vingt ans sur la vie des saints, non sans avoir sollicité
les Pères Bollandistes de Belgique, etc. Les pages sur Pouchkine,
Tolstoï et Dostoïevski sont éclairantes ; les œuvres majeures de ce dernier,
souvent cité au long de l’ouvrage, seront commentées selon la logique
interne d’un approfondissement, où apparaît, pour être dépassé par la
suite, le moment particulier de l’Idiot, visage d’un Christ mû par les sentiments
vrais de l’amour, mais comme sans relation avec son Père. On ne
peut que recommander ce livre, qui ouvre, avec modestie, une « fenêtre
sur l’Orient chrétien » — Jean-Marie GLORIEUX s.j.

Vie consacrée

STERCKX D., La règle du Carmel. Structure et esprit. Parole de vie pour
aujourd’hui
, Toulouse, Éditions du Carmel (coll. Carmel vivant),
2006, 14 x 21 cm, 456 p., 20,00 €.

Ce commentaire de la règle primitive du Carmel (1247) pourrait faire
date. Il propose modestement de suivre le texte courant pour comprendre
la substance du commentaire (qui suit la règle d’Albert chapitre par
chapitre) ; mais les textes en retrait, les notes et les annexes ne peuvent
être négligés, parce qu’ils situent exactement le travail de l’auteur par
rapport à ses devanciers, dont il tient le plus grand compte tout en les
perfectionnant, nous semble-t-il. La distinction claire entre le commentaire
lui-même et l’actualisation qui en est proposée à la fin de la plupart
des chapitres (« Parole pour aujourd’hui ») permet à tout lecteur de
faire son miel d’un patrimoine somme toute donné à l’Église. L’ouvrage
représente ainsi une sorte de modèle dans le domaine si nécessaire de
l’exégèse des textes-sources. — N. HAUSMAN, S.C.M.

HAERS J., Vivre les vœux aux frontières, Bruxelles, Lessius (coll. La
part-Dieu, 9), 2006, 14,5 x 20,5 cm, 94 p., 13,50 €.

Ces conférences, données à des religieuses en néerlandais (de Belgique)
et traduites par les cisterciennes de l’abbaye Notre-Dame de Clairfontaine,
ont été publiées en leur langue en 2000. Les voici disponibles
pour un autre public que l’on souhaite le plus large possible. Nous
avons en effet ici une réflexion fondamentale, stimulante, sur cette
étrange posture, incomprise ou raillée même, que représente le choix
d’une vie pour le Royaume selon le triple conseil évangélique d’une
conformité à l’existence du Fils qui se décline en pauvreté, chasteté et
obéissance. En contexte de globalisation économique, de persistance
de nombreux régimes d’oppression, en présence d’une sexualité « libérée » et finalement méprisée, que peuvent signifier, sans scandales,
ceux et celles qui vouent leur vie à des choix en contrariété critique avec
ce qui dans ce « monde » est cause de l’immense souffrance de tant
d’hommes et de femmes qui en sont les victimes ? Ce choix se veut un
plaidoyer pour la qualité de la vie, qui se glisse tout entier dans les pensées,
les paroles et l’agir même de Dieu, dans les « choix de Dieu », en se
mettant au service de sa Création et de son Salut et, donc, cherche un
engagement pour le monde à la suite de Jésus voué à l’avènement du
Royaume de Dieu. S’inspirant de deux pistes suggérées par D. O’Murchu
dans Poverty, Celibacy and Obedience. A radical Option For Life
(1999), à savoir le statut « liminal » (aux frontières) d’une vie selon les
vœux et l’option pour une pratique non violente (car certaines hypocrisies
de cette vie peuvent, hélas, la pervertir), notre auteur examine
successivement les paradoxes, les écueils, les atouts de chacun des trois
vœux (obéissance, pauvreté et chasteté dans cet ordre) pour en révéler
le mouvement qui est de cheminer vers Dieu en suivant les voies que
Lui-même a empruntées vers nous. Cette théologie fondamentale de
la vie religieuse s’avère être de surcroît une stimulante anthropologie
chrétienne. Ce n’est pas le moindre des apports de ce livre, tout vibrant
de la conviction de son auteur. De lecture parfois exigeante, il n’épargnera
pas la peine qu’il demande. Les échappées théologiques rapidement
évoquées méritent un examen attentif, mais on ne peut douter
d’avoir, avec ces modestes 94 pages, un des très bons volumes de la collection
La part-Dieu que les éditions Lessius nous offrent régulièrement.
— J. BURTON, S.J.

OLIVERA B. (dom), o.c.s.o., Aurore au plein midi, Oka (Canada),
Abbaye Notre-Dame-du-Lac (coll. Voix monastiques, 15), 2006,
14 x 21 cm, 165 p.,12,00 €.

L’A., né en Argentine en 1943, a été Abbé Général des Cisterciens de la
Stricte Observance. On trouvera dans ce livre sept textes écrits par lui et
consacrés aux thèmes de la chasteté et de la virginité consacrée. À la
manière des Cisterciens du XIIe siècle, dom Bernardo indique les chemins
pour une transformation du désir en charité. Pour lui, l’abstinence
sexuelle s’impose comme moyen privilégié d’une pareille élévation de
l’énergie de l’éros. L’ouvrage abonde en affirmations, fortes et pertinentes,
telle celle-ci : « Si notre célibat n’est pas fécond, il sera castrateur. Le
Royaume des cieux n’est pas une tombe à enterrer notre sexualité »
(p. 24). Les célibataires et les religieux doivent apprendre à intégrer le
désir et à ne pas exorciser le sexe car celui-ci n’est pas un démon. Comme
d’ailleurs les gens mariés doivent apprendre à ne pas diviniser le sexe et
à le relativiser, car il n’est pas un dieu (p. 47). Nombreuses sont les pages
profondes qui font de ce livre un joyau spirituel, comme celles où sont
évoqués Christian de Chergé et Christophe Lebreton, deux des martyrs
de Tibhirine. — H. JACOBS, S.J.

BARRY P., YEO R., NORRIS K., Sagesse des monastères. La règle de saint
Benoît pour la vie de tous les jours
, Paris, Salvator, 2006, 14 x 21 cm,
160 p., 16,00 €.

Nous est présenté ici le texte intégral des 73 chapitres de la Règle de saint
Benoît
(480-547). Elle inspire aujourd’hui encore la plupart des ordres
monastiques d’Occiden et elle suscite l’intérêt, non seulement historique
mais surtout spirituel, des nombreux chrétiens (oblats, visiteurs
d’abbaye…) auxquels la présente édition est prioritairement destinée.
Ils seront aidés dans leur lecture par une judicieuse introduction, qui
éclaire quelques thèmes essentiels (office divin, lectio divina, prière
personnelle, travail manuel, hospitalité) et par deux index : une liste
des abondantes références bibliques, presque exclusivement tirées du
Nouveau Testament et des Psaumes ; une table thématique, comportant
quelque 250 vocables. Douze chapitres sont consacrés à la description
minutieuse des diverses parties de l’office divin. Le rôle et les
devoirs de l’abbé sont longuement exposés. Les allusions aux châtiments
et autres sanctions sont nombreuses. Retenons le chapitre intitulé
« Les instruments à mettre en œuvre pour le bien » : « Ne rien préférer
à l’amour du Christ » ; « Avoir chaque jour la mort devant les
yeux » ; « En tout lieu se savoir avec certitude sous le regard de Dieu ».
— P. DETIENNE, S.J.

Spiritualité

BERTRAND D., Mystère et sagesse du corps,Nouan-le-Fuzelier, Éditions
des Béatitudes (coll. Les petits traités spirituels), 2005, 11,5 x 17,5cm,
89 p., 5,00 €.

L’A., collaborateur à la revue Christus et à la collection Sources chrétiennes,
présente ici quelques réflexions théologiques sur le corps
humain, hier dénigré, aujourd’hui exalté. Il en relève les ambivalences :
mort, tentation, péché, sexe. Il élabore quelques distinctions utiles :
corps et chair ; corps physique, corps mystique ; corps et âme.
L’âme, affirme-t-il, n’est rien de plus que la personne qui dit : « Je suis
mon corps. » Suggérant que Dieu sauve tout l’homme au moyen de
tout l’homme, l’A. montre comment le corps et l’âme collaborent :
dans la prière (cf. sacrements et sacramentaux : « Glorifiez Dieu dans
votre corps », 1 Co 6,20) ; dans la souffrance (« Je complète dans
ma chair ce qui manque aux épreuves du Christ », Col 1,24), dans
la charité (« J’étais malade, vous m’avez visité », Mt 25,36). À Jean-
Paul II revient le dernier mot : « Le corps, et seulement lui, est capable
de rendre visible ce qui est invisible : le spirituel et le divin. » —
P. DETIENNE, S.J.

DESCOUVEMONT P., Gagner le combat spirituel, Paris, Emmanuel,
2006, 13 x 21 cm, 200 p., 16,00 €.

Dans la tradition des premiers Pères et avec des mots simples, l’A.
remet devant nos yeux la réalité du combat spirituel. Le titre souligne
bien la vision « positive » poursuivie par cette éducation spirituelle :
rendre compte dans nos vies de la victoire du Ressuscité. Un premier
chapitre développe de manière heureuse et humoristique « la tactique
du diable ». L’expérience spirituelle et les talents de l’A. nous offrent
un langage moderne pour dire un mode d’agir que la tradition chrétienne
a discerné dans la vie de nombreux saints. La « riposte » du
chrétien (c.2) est enracinée dans sa liberté consciente et dans la grâce
du Christ Sauveur. Les images sont de « l’Église militante » qui, humblement,
essaie de suivre la voie de son Seigneur à travers sa faiblesse
confiante. La conclusion offre de manière lumineuse l’horizon final de
ce combat : l’heure de la mort est celle de l’abandon dans les bras du
Père et de la victoire définitive. Trois thématiques annexes (le pari de
Pascal ; ne nous soumets pas à la tentation ; la crainte de Dieu) enrichissent
la réflexion. Des illustrations pleines d’humour d’une
moniale bénédictine rythment l’enseignement de ce livre réaliste. —
A. MATTHEEUWS, S.J.

BACQ, M., CHARLIER, J., et l’équipe ESDAC, Pratique du discernement
en commun.Manuel des accompagnateurs
, Namur, Fidélité (Spiritualité
ignatienne), 2006, 14,5 x 21 cm, 299 p., 23,95 €.

Les Exercices spirituels de saint Ignace sont traditionnellement présentés
à des personnes individuelles. Depuis quarante ans en Amérique
du Nord, et depuis 1995 en Belgique (sous l’impulsion d’ESDAC,
Les Exercices spirituels pour un discernement en commun), ils sont également
proposés à des « corporate persons » (communautés religieuses,
équipes pastorales, équipes éducatives, associations et mouvements
divers) en vue d’un discernement spirituel, et d’une meilleure
communication, dans le choix de leurs orientations et de leurs prises
de décisions communes. L’équipe ESDAC met ici sa longue expérience
au service des personnes qui, adéquatement formées, accompagnent
de tels groupes, dans des retraites ou des récollections. Ce précieux
manuel, abondant en remarques pratiques (plannings, horaires, …)
et en considérations psychologiques concernant la dynamique de
groupes, propose l’itinéraire des Exercices dans une adaptation originale
imposée par le concept de corporate person. On appréciera d’heureuses
transpositions lexicales, telles que pistes, pour points ; relecture
de la journée
, pour examen de conscience. Le manuel est enrichi d’une
bibliographie d’ouvrages essentiels, cités dans le texte. Pour plus d’informations,
consulter www.esdac.be. — P. DETIENNE, S.J.

NOUWEN H., Chemin de passion, chemins du monde, Paris, Bayard,
2006, 15 x 20,5 cm, 400 p., 23,00 €.

La spiritualité d’H. Nouwen, telle qu’elle ressort des quatre « livres » qui
composent cette publication, est résolument ancrée dans le quotidien
d’une société moderne qu’il y a lieu d’aimer. Dans ces pages, l’A. partage
avec simplicité et proximité ses expériences et les fruits spirituels
qui s’y sont déployés. Chemin de passion,chemins du monde est un chemin
de croix où l’œil passe sans cesse des situations du monde en souffrance
au Christ qui les éclaire par son amour et par la lumière de sa
résurrection. La « Lettre à un ami sur la vie spirituelle » est un précieux
trésor offert à l’ami lecteur. Conduit à se reconnaître enfant bien-aimé
de Dieu, il est pris, béni, brisé et donné. Les onze chapitres de « Ma foi
comme une histoire » présentent autant de méditations sur un thème
particulier (i.e. : vivre au présent, la prière, la famille, …) et forment finalement
un véritable guide de la vie spirituelle. Clôturant le volume, l’ouvrage
posthume « Ma foi comme une histoire » partage l’amitié nouée
au foyer de l’arche de Daybreak entre l’A. et Adam, personne lourdement
handicapée. Le lecteur y perçoit combien ce type de rencontre
est fécond et enrichissant. En somme, chacun de ces « livres » justifiait
en soi une édition, mais quelle heureuse idée de les avoir ici réunis !
— S.WAEFFLER.

MARIE-EUGÈNE DE L’ENFANT-JÉSUS, J’ai prié pour toi. Prière de Jésus.
Prière du disciple
, Toulouse, Éditions du Carmel, 2006, 11 x 17,5 cm,
75 p., 5,00 €.

On se rend de mieux en mieux compte combien la vie et le message du
P. Marie-Eugène ont été et demeurent une grâce pour notre temps.
Carme, il a fondé, en 1912, l’Institut Notre-Dame de Vie dont les membres,
consacrés, vivent de l’esprit du Carmel en plein monde. On trouvera,
dans ce petit livre, l’écho de son enseignement oral, donné à de
multiples auditoires. Prière dans la vie de Jésus, mystère de Jésus en
prière, paroles du Christ en prière, prière du disciple, tels sont les thèmes
abordés dans ces pages très simples et très sobres. « Personne, nous
dit le Père, n’a plongé comme Jésus dans les profondeurs de Dieu ».
Aussi, à méditer sur cette prière en ce qu’elle avait d’essentiel, nous
apprenons ce que doit être la nôtre. — H. JACOBS, S.J.

SESBOÜÉ B., Yves de Montcheuil (1900-1944). Précurseur en théologie,
Paris, Cerf (Cogitatio Fidei, 255), 2006, 13,5 x 21,5 cm, 432 p., 44,00 €.

L’A., théologien lui-même, présente ici la théologie et la philosophie religieuse
d’Y. de Montcheuil (1900-1944), d’après ses œuvres, publiées
pour la plupart après sa mort par son ami intime et confrère jésuite H.
de Lubac. Il fait également état d’archives manuscrites : correspondance
et écrits divers, dont quelques-uns sont reproduits en annexe.
Témoin d’un « retour aux Pères » et d’une distance prise par rapport à la
néoscolastique, Y. de M. était en avance sur son temps, ce qui n’empêchait
pas sa parfaite orthodoxie, en dépit de certains soupçons, répercutés
dans l’encyclique Humani Generis (1950), qui concernent nature
et surnaturel ; rédemption et satisfaction ; sacrifice et présence réelle.
Certains de ses apports originaux, contenus dans ses ouvrages Aspects
de l’Église
et L’Église et le monde actuel anticipent sur deux constitutions
de Vatican II : Lumen Gentium et Gaudium et Spes. L’A. évoque la résistance
d’Y. de M. au nazisme et la concordance de son enseignement et
de sa mort héroïque. Le dernier chapitre le présente comme maître spirituel.
Une étude fouillée, limpide, passionnante, émaillée d’extraits
judicieusement choisis. — P. DETIENNE, S.J.

SAINT-ARNAUD J.-G., Marche en ma présence. Le discernement spirituel
au quotidien
, Paris, Mediaspaul (coll. Sève nouvelle, 94), 2006,
12,5 x 19 cm, 276 p., 20,10 €.

L’A., jésuite canadien, animateur de retraites ignaciennes, à qui nous
devons déjà Quitte ton pays et Où veux-tu m’emporter, Seigneur ?, nous
invite ici à marcher en la présence du Seigneur… et à le trouver partout,
dans le concret du quotidien, à l’exemple de saint Ignace : « Toutes les
fois et à toute heure où il voulait trouver Dieu, il le trouvait. » L’A. propose
un programme de formation au discernement spirituel permanent. Il y
aborde différents thèmes : l’amour, la lumière, la grâce, les appels, les
réponses, le passé, l’avenir. Il les développe à la manière des Exercices spirituels :
l’examen de conscience, les trois classes d’hommes… Le texte est
émaillé d’abondantes citations (de Newman, de Nouwen, de Quoist, et
surtout de Varillon…). Cueillons-en quelques-unes : « Ne jamais demander
quelque chose à quelqu’un, c’est aussi grave que de ne jamais lui parler
 », « Un intégriste est un homme qui fait toujours la volonté de Dieu,
que Dieu le veuille ou pas », « On ne sait qui on est que lorsqu’on sait qui
on aime et comment on l’aime ». — P. DETIENNE, S.J.

PIERRE DE BÉRULLE, Œuvres complètes, t. IV, Correspondances (1-205),
Paris, Cerf (coll. Oratoire de Jésus), 2006, 12,5 x 19,5 cm, 512 p., 47,00 €.

Dans les Œuvres complètes du cardinal de Bérulle, la Correspondance
vient sous le numéro IV et doit compter cinq tomes. En voici le premier,
comprenant les Lettres numérotées de 1 à 205. Le texte a été établi et
annoté par le P. Michel Dupuy, p.s.s., et Blandine Delahaye. Jean Dagens
avait déjà publié cette correspondance de 1937 à 1939 mais cette édition
est maintenant épuisée. Ce sont pourtant ses notes qui ont été reprises
ici, le plus souvent textuellement. Mais le texte des lettres a dû plus d’une
fois être rectifié et, surtout, de nombreuses missives ont dû y être adjointes
car retrouvées depuis 1939. Dans la mesure où c’était possible, la correspondance
reçue par Bérulle a été reprise, en regard avec sa correspondance
active. Faut-il dire combien est riche, des points de vue historique
et spirituel, le contenu de ce volume ? Bien des passages sont certes marqués
par les représentations de leur époque, mais nombreuses sont les
très belles pages susceptibles de nourrir aujourd’hui encore notre foi et
notre prière. Nous pensons particulièrement ici aux développements où
Bérulle définit la fin et l’esprit de l’Oratoire (pp. 366-371), ou à ceux où il
nous recommande d’être « une image vive de Jésus sur la terre, comme il
est une image vive de son Père au ciel » (p. 378). — H. JACOBS, S.J.

Vie de l’Église

BENOÎT XVI, La révolution de Dieu, Montréal/Paris, Mediaspaul/
Bayard, 2005, 14,5 x 20,5 cm, 128 p., 14,00 €.

Sont ici rassemblées les douze allocutions prononcées par Benoît XVI à
l’occasion de la XXe Journée mondiale de la jeunesse (Cologne, 18-
21 août 2006). Qu’en retenons-nous ? Le Pape a demandé aux jeunes
d’accorder au Christ le droit de leur parler. Il a invité les évêques à chercher
des chemins nouveaux pour rejoindre les jeunes. Il a rappelé aux
séminaristes que le séminaire est un temps de cheminement, de découverte
du Christ, de préparation à la mission. Il a proclamé aux « autres
chrétiens » que l’œcuménisme est une des priorités de son pontificat.
Il a rappelé à la communauté juive que le Décalogue constitue pour
nous un patrimoine et un engagement communs. Il a affirmé à la communauté
musulmane que le dialogue islamo-chrétien est une nécessité
vitale dont dépend en grande partie notre avenir. Il a, à plusieurs reprises,
recommandé l’étude du Catéchisme de l’Église catholique et de son
Abrégé récemment paru. Pour tous. — P. DETIENNE, S.J.

KOBIA S., Le courage de l’espérance. Les racines d’une vision nouvelle
pour l’Église et sa vocation en Afrique
, Paris/Genève, Cerf/Conseil
œcuménique des Église — Oikoumenè, 2006, 13,5 x 21,5 cm, 256 p.,
23,00 €.

L’A., pasteur méthodiste kenyan, secrétaire général du Conseil œcuménique
des Églises, après avoir évoqué l’héritage naturel et historique de
l’Afrique, berceau de l’humanité, tente une évaluation critique de la
situation présente : l’autodétermination politique doit se prolonger en
une émancipation économique (menacée par la mondialisation qui, à
l’instar de l’esclavage, est un système opprimant) et une libération spirituelle.
Il reconnaît à l’Église, qu’il souhaite autosuffisante (sans
apports de fonds extérieurs) et autogérée (sans missionnaires étrangers),
un rôle essentiel dans le processus de démocratisation de l’Afrique.
Il prône une théologie africaine du développement, combat pour
une société juste, participative et durable. Il insiste sur les racines coloniales
de la corruption et sur les méfaits de la notion d’État-nation,
importée d’Europe. Il plaide pour la reconnaissance de la vocation de
l’Afrique dans le monde… Une Afrique qui ne se satisfait pas de solidarité,
et qui exige partenariat et réciprocité. — P. DETIENNE, S.J.

ROUTHIER G., VILLEMIN L., Nouveaux apprentissages pour l’Église.
Mélanges en l’honneur de H. Legrand
, o.p., préf cardinal C.-M. Martini,
Paris, Cerf, 2006, 13 x 21 cm, 544 p., 48,00 €.

Vingt-cinq contributeurs parmi les plus réputés dans leurs domaines
respectifs ont tenu à s’associer pour rendre hommage à l’ecclésiologue
majeur du moment, en langue française du moins. Leurs études, parfois
traduites, sont présentées selon quatre domaines de prédilection
du théologien dominicain : ecclésiologie et œcuménisme (Kasper, Birmelé,
Famerée, Henn, Tanner, Lanne, Tavard), église locales, églises
régionales et « communio ecclesiarum » (Doré, Villemin, Durand, Ndongala
Maduku, Komonchak, Routhier, Destivelle), ministères et régulation
ecclésiale (Zizioulas, Puglisi, Baillargeon, Borras, Sullivan, Chiron),
l’ecclésiologie comme champ d’étude interdisciplinaire (Voyé, Valdrini,
De Clerck, Joncheray), pour finir par H. Legrand lui-même (« Comment
devient-on ecclésiologue et œcuméniste ? Quelques apprentissages initiaux
 »). Tous les dialogues œcuméniques récents entre toutes les églises
se trouvent ici présentés et médités théologiquement ; toutes les
dimensions de l’Église — catholique, locale, régionale, universelle —
sont réfléchies, aussi bien que le synode des évêques (et, en contrepoint,
l’exceptionnel concile local de Moscou) ; toutes les questions au sujet
des ministères sont ouvertes et situées (pour l’évêque, le diacre, les laïcs,
l’autorité, l’infaillibilité), et toutes les disciplines, appelées à dialoguer
(la sociologie, le droit canon, la liturgie, la théologie pratique) : un panorama
impressionnant, pour une authentique mise à jour des débats
contemporains et de leurs issues attendues. — N. HAUSMAN, S.C.M.

LAURAIRE L., f.s.c., La « Conduite des Écoles ». Approche pédagogique,
Rome, Maison Saint-Jean-Baptiste de la Salle (coll. Cahiers lassaliens,
62), 2006, 17 x 23 cm, 263 p.

Le manuscrit de la Conduite des Écoles Chrétiennes date de 1706. Mais
en même temps que l’on en commémore le tricentenaire, on en
découvre l’éloignement par rapport à la culture contemporaine. Qui
pourrait, en effet, adhérer encore à la conception qui voit dans les hiérarchies
sociales un ordre voulu par Dieu ? Qui pourrait aujourd’hui
tolérer les châtiments corporels dont l’usage était recommandé, de
manière, il est vrai, modérée ? Pourtant, des générations de frères des
Écoles chrétiennes ont été nourris par ce texte. Mais si l’on veut en
dégager un esprit lassalien, ne faut-il pas, au préalable, replacer le livre
dans son contexte historique ? C’est la tâche à laquelle s’est attaché l’A.
Ainsi, certaines interdictions imposées par saint Jean-Baptiste de la
Salle à ses frères révèlent que leur vocation propre était d’enseigner les
pauvres. Telles injonctions rappellent les exigences d’un statut religieux
inédit qui devait absolument se garder de la cléricalisation. Bien
des insistances du saint signifient que les frères devaient être pour leurs
élèves des modèles imitables de la vie chrétienne. Ce sont les leçons
d’années d’expérience que le fondateur a rassemblées dans cet ouvrage
pour indiquer aux frères les pratiques auxquelles se soumettre pour
élever les enfants dans le véritable esprit chrétien. Comme l’écrit D.
Julia, dans sa préface, si les conditions culturelles de notre temps sont
totalement autres, « c’est à l’acte spirituel initial » de Jean-Baptiste de
la Salle qu’il convient de faire retour. — H. JACOBS, S.J.

BENOÎT XVI, Voyage en Bavière 2006 à Munich, Altötting et Ratisbonne,
2006, Paris/Namur, Salvator/Fidélité, 2006, 14 x 21 cm, 120 p.,
5,00 €.

La leçon professorale du pape Benoît XVI à Ratisbonne, citant une discussion
ayant opposé en 1391 l’empereur byzantin Manuel II Paléologue
(1350-1425) à un érudit musulman, a suscité de vives et violentes
réactions au sein du monde islamique. En braquant l’attention sur la
critique des violences religieuses, les médias ont masqué une autre lecture
de la conférence papale, d’une signification autrement riche d’un
point de vue européen. Le pape pose en effet la question problématique
du rapport entre foi et raison, en déployant une interprétation inhabituelle
du christianisme européen qui constitue l’apport principal de son
exposé. Il montre que, de fait, le christianisme est né dans un Orient
sémitique réfractaire à l’influence hellénistique. Il s’est ensuite européanisé,
par des emprunts à une tradition spécifiquement européenne
qui lui préexistait. Ainsi, l’héritage grec, purifié par la critique, est partie
intégrante de la foi chrétienne. Cette thèse est depuis longtemps attaquée
par différentes vagues de déshellénisation : la Réforme avec la sola
scriptura
, la philosophie de Kant séparant foi et raison, enfin la théologie
libérale faisant retour au message de « l’homme Jésus […] père d’un
message moral humanitaire ». Cette régression vers une morale correspondant
à des tendances historiques lourdes est située par Benoît XVI.
— TH. LAMÔRÉ.

GILBERT G. et alii , Quel avenir pour les catholiques et leur Église ?
Colloque organisé par les 8/10 le 12 novembre à Maredsous
, Namur,
Fidélité (Colloquium), 2006, 14 x 21 cm, 88 p., 8,00 €.

Sept auteurs, dont quatre sont cités sur la couverture et y ont leur photo,
ont collaboré à cette plaquette qui reprend le colloque de Maredsous
auquel ils ont participé. Les thèmes abordés portaient sur l’avenir de
l’Église et les multiples questions qu’il soulève. Le P. A. Veilleux, abbé de
Chimay, après avoir rappelé que l’Église, c’est nous et que l’Église existe
pour le monde, analyse nos espoirs face à l’institution qu’est l’Église
romaine, considérée dans tous ses aspects et pas seulement dans sa hiérarchie.
Un mot résume ses convictions : communion. Il s’agit, pour lui,
d’accepter la laïcité (à la française plutôt qu’à la belge) et d’admettre que
l’activité missionnaire de l’Église doit se réaliser essentiellement à travers
la vie de chaque croyant plus qu’à travers une visibilité collective.
Dans le peuple de Dieu, perçu à cette lumière, les diverses responsabilités
sont nécessaires comme services de la communion, avec une réelle
autorité quand cela s’impose, mais nullement comme l’exercice d’un
pouvoir. Le P. G. Gilbert insiste, pour sa part, sur le rôle prophétique du
prêtre dans la société, tandis que le P. P. Tihon considère l’évolution de
la réalité ecclésiale et s’interroge sur le discours de l’Église. Quant à Hilde
Kieboom, elle réfléchit sur les femmes et les nouvelles communautés
dans l’Église de demain. — H. JACOBS, S.J.

POUPARD P. (card.), CONSEIL PONTIFICAL DE LA CULTURE, La Voie de la
Beauté. Assemblée plénière de 2006
, Paris, Salvator, 2006, 15 x 20 cm,
160 p., 16,00 €.

Le Conseil pontifical de la culture nous offre avec ce texte une ample
réflexion sur la beauté. Elle est un chemin d’évangélisation et de dialogue
particulièrement adapté à l’époque actuelle. Celle-ci, selon les
Aa., instrumentalise trop souvent la vérité par l’idéologie, et réduit parfois
la bonté à un acte humanitaire. La beauté, comme les autres transcendantaux,
n’est pas exempte de risques de déviations et nécessite
une certaine éducation pour ne pas se muer en un esthétisme purement
sensible et contraire à toute contemplation de Dieu. Le document
développe en trois temps sa réflexion pour renforcer le dialogue
avec les cultures contemporaines. Le premier souligne, dans la beauté
du monde, le reflet du Créateur. Le deuxième voit dans la création artistique
— et, singulièrement, dans l’art sacré — une capacité de
l’Homme à évoquer le mystère de Dieu. Le troisième réfléchit au « plus
beau des enfants des hommes » comme à une icône de la sainteté. Chacun
de ces chapitres propose quelques pistes pastorales pour que
l’acte du chrétien, susceptible de devenir un acte beau, incite à la
conversion. C’est bien là l’enjeu fondamental de la via pulchritudinis.
— S. WAEFFLER.

RONCALLI A.G., Journal de France, vol. I, 1945-1948, avant-propos
G. Alberigo, introduction et annotation E. Fouilloux, Paris, Cerf,
2006, 14,5 x 23,5 cm, 656 p., 54,00 €.

Distinctes du Journal de l’âme, les annotations quotidiennes qu’Angelo
Giuseppe Roncalli commence à 24 ans, et qu’il n’abandonnera que peu
de jours avant sa mort, trouvent dans ce fort volume, pour la période la
plus attendue, leur première publication en français, alors que six
autres tomes sont prévus par l’édition italienne. Comment donc, se
demanderont certains (et quelquefois le commentateur), un nonce
débarqué fin 1944 à Paris, alors que la guerre fait toujours rage, et que
bien des évêques français sont ostracisés par le pouvoir qui s’y établit,
peut-il paraître si préoccupé de sa maisonnée, des livres qu’il achète
sur les quais, de sa garde-robe liturgique et de ses rhumes de cerveau ?
Il faut bien sûr faire la part de la discrétion imposée — peu de révélations
se lisent, même entre les lignes, sur les questions cruciales pourtant
régulièrement suivies ; peut-être aussi versera-t-on au dossier de
l’époque les rapports parfois délicats avec Pie XII ; mais surtout, qu’on
ne manque pas de s’attacher à une âme sacerdotale d’autrefois, pour
qui les exercices de piété, la confession hebdomadaire, la retraite
annuelle et le regard de Dieu comptaient par dessus tout — et permettaient
d’ailleurs le reste, qui demeure encore, dans ces cahiers, si souvent
scellé. — N. HAUSMAN, S.C.M.

Témoins

BASTAIRE H. et J., Le cantique féminin de la création, Paris, Cerf, 2006,
13,5 x 19,5 cm, 131 p., 15,00 €.

Les AA. nous offrent ici un répertoire chronologique de quelques dizaines
de chrétiennes, qu’ils nous montrent, à travers les siècles, penchées
sur les fleurs, les bêtes et la belle nature de Dieu : depuis Hildegarde
(XIIe siècle) et Mechtilde (XIIIe siècle) jusqu’à Thérèse de Lisieux (à qui il
a beaucoup coûté, nous dit-on, de quitter Tom, son épagneul blanc) et
à la poétesse Marie Noël, qui évoque « les innombrables trèfles blancs
qui poussent tête basse et laissent tout le monde marcher sur eux
comme un doux peuple sans révolte ». L’agnelet de sainte Colette s’agenouille
au son de la cloche de la consécration. Catherine Emmerich
contemple, en vision, les poissons qui suivent Jean-Baptiste déambulant
le long de la rivière. Plus sérieusement : Catherine de Sienne s’extasie
devant une fourmilière (« Ces petits êtres sont sortis comme nous
de la sainte pensée de Dieu ») et Jeanne de Chantal apprend de François
de Sales que l’humilité et la charité sont des mères-poules qui
entraînent à leur suite, comme des poussins, le reste des vertus… —
P. DETIENNE, S.J.

AA. VV., Élisabeth, une âme de prière, Toulouse, Éditions du Carmel
(coll. Vives flammes), 2006, 11,5 x 17,5 cm, 86 p., 8,00 €.

Quatre religieux carmes ont rassemblé ici quelques–unes de leurs
contributions où ils témoignent de leur familiarité avec la carmélite
de Dijon. Ils nous font découvrir qu’Élisabeth, âme de prière, nous
invite à comprendre que la prière n’est pas une option de la vie chrétienne
mais une nécessité vitale. Son rôle n’est-il pas de laisser la Présence
de la Trinité en nous peu à peu nous transformer en elle ? Cette
vocation d’union à la Trinité, qui est notre vocation baptismale,
constitue l’essentiel du message dont Élisabeth a témoigné à travers
sa vie et ses écrits. Elle nous enseigne le recueillement qui mène
au silence et permet à notre amour d’y trouver la Présence de Dieu.
Cela, bien sûr, dans la douce lumière de la Vierge Marie qui fut toute
louange de gloire de la Sainte-Trinité. Ainsi est mise en lumière
l’actualité d’Élisabeth qui nous apprend à vivre intensément « la
présence de Dieu dans le présent des événements de la vie ». —
H. JACOBS, S.J.

DE CLERMONT-TONNERRE E.T. (dir.), Marie de la Trinité. Lectures d’une
expérience et d’une œuvre
, Paris, Cerf, 2006, 13,5 x 19,5 cm, 190 p.,
18,00 €.

Peu à peu, Marie de la Trinité, dominicaine des Campagnes, apparaît
comme l’une des grandes mystiques du XXe siècle. Il est vrai qu’elle n’est
pas encore suffisamment étudiée, mais la publication de ses écrits et
sa biographie, due à Sœur Christiane Sanson, vont permettre de la
connaître davantage. À cette fin, le colloque tenu à La Tourette en
novembre 2003, consacré à son expérience et à son œuvre, apportera
une importante contribution. Le présent ouvrage en contient les actes.
Ils nous feront découvrir, selon l’expression du P. Éric de Clermont-
Tonnerre, o.p., la grandeur et la richesse d’une expérience où se rencontrent
aussi la force et la douceur de la vie chrétienne. La complexité
de cette expérience, les dimensions multiples de la personnalité de
Marie de la Trinité sont bien mises en lumière par Jacques Arènes, psychanalyste.
Elle a vécu une terrible plongée aux enfers dans laquelle,
indéniablement, il y avait des aspects psychiatriques. Mais, en même
temps, se manifeste en elle une logique de la grâce qui fut une sortie
vers la lumière. À travers épreuves et plénitude, elle a vécu en profondeur
le mystère de la Trinité. Il en résulte que son expérience spirituelle
fut celle même d’une introduction dans la vie trinitaire et, plus particulièrement,
d’un contact intime et permanent avec le Père. C’est dans
le sein du Père qu’elle reçut ses lumières les plus profondes sur le sacerdoce
commun des fidèles et sur le sacerdoce ministériel qui s’y enracine.
— H. JACOBS, S.J.


À propos d’un livre récent :

AUGUSTIN, Discours sur les Psaumes [1]

« Un livre récent » qui est un très ancien livre, puisqu’il s’agit des
Enarrationes in Psalmos de saint Augustin, le seul commentaire patristique
de tout le Psautier dont nous disposons [2]. Comme l’explique l’éditeur
dans son avant-propos, il y eut deux éditions des Œuvres complètes
de saint Augustin à la fin du XIXe siècle, l’une publiée chez Guérin
(Bar-le-Duc) de 1864 à 1873, en 17 volumes, l’autre chez Vivès (Paris) de
1869 à 1878, en 34 volumes, avec le texte latin en note. La traduction
reprise en deux volumes est celle de la première édition, en raison de sa
meilleure qualité pour l’époque, mais surtout parce que depuis les
années 1870, nous ne disposons d’aucune autre traduction française.
Certes, nous ne désespérons pas de pouvoir lire, un jour, ces commentaires
dans la si précieuse collection de la Bibliothèque Augustinienne,
mais en attendant, comment ne pas saluer cette initiative qui nous rend
un chef d’œuvre de moins en moins connu !

Lors de sa conversion en 386, Les Psaumes enflamment Augustin de
l’amour divin [3], et dès le temps de sa prêtrise, il entreprend d’expliquer
tous les psaumes, un à un. Les premières Enarrationes sur les Psaumes
1 à 32 furent ainsi dictées en 394-395. La plupart des Enarrationes suivantes
furent prêchées, tout particulièrement durant la liturgie. Néanmoins
quelques-unes seront encore dictées en 415-418 ; plus « savantes
 » que les autres, elles semblent avoir été rédigées pour achever
l’ensemble du commentaire du Psautier. Finalement, Augustin entame
à partir de 422, à la demande de ceux qui l’entourent, la dernière Enarratio
manquante, celle du long psaume 118. L’évêque d’Hippone s’est
donc adonné aux Enarrationes durant une trentaine d’années, autrement
dit, tout au long de son activité pastorale. Le résultat constitue son
œuvre la plus longue, et la plus importante parce que « utile au plus
grand nombre » [4]. Mais son recours aux Psaumes ne se limitait pas aux
Enarrationes,ainsi qu’en témoigne toute son œuvre, et particulièrement les Confessions qui sont comme tissées de versets psalmiques. Augustin
était imprégné du Psautier, et sur son lit de mort, il priait les psaumes de
la pénitence affichés à sa demande devant lui, en versant d’abondantes
larmes [5]. Il n’est donc pas étonnant que ces Enarrationes in Psalmos aient
été qualifiées comme « l’œuvre d’Augustin spirituellement la plus mûre
et peut-être la plus profonde par sa pensée » [6].

Une magnifique introduction de J.-L. Chrétien intitulée « l’échange
des voix » ressaisit en quelques lignes l’interprétation augustinienne des
psaumes : « Nous prions [les psaumes] avec des mots et des phrases qui
ont été écrits il y a bien longtemps et que nous n’avons pas inventés,
nous leur donnons l’hospitalité de notre voix et de notre esprit, en les
faisant résonner ici et maintenant, mais en retour ils nous donnent une
parole plus forte, plus vive et plus belle que la nôtre, ils communiquent
à notre prière une richesse de sens et une profondeur de contenu que
n’aurions pu atteindre : nous élevons la voix pour les proférer ou les
chanter, mais cette voix est elle-même par eux élevée, grandie et transfigurée.
Prier les psaumes, c’est devenir christophore : nous portons ce
qui nous porte, nous portons Celui qui nous porte, nous allons vers Dieu
avec les mots mêmes que Dieu a inspirés au psalmiste » (p. 11). Par la
suite, sont indiqués deux préalables essentiels pour la compréhension
de l’interprétation augustinienne : 1) les psaumes sont lus à la lumière
du Christ – le Verbe incarné – et plus précisément à la lumière de sa mort
et de sa résurrection ; 2) s’il fallait résumer l’objet du livre, il faudrait dire
qu’il consiste « dans l’échange de toutes les voix entre elles au sein de
l’unique voix chorale du Christ total » (p. 16).

Nous touchons là un point très caractéristique de l’interprétation
augustinienne des psaumes, ainsi que l’ont montré bon nombre de spécialistes [7].
L’interprétation christologique était traditionnelle, mais
Augustin fait preuve d’originalité à l’intérieur de l’exégèse patristique
sur ce point : le sujet véritable de la prière des psaumes est le Christ total
(Christus totus) en tant qu’homme unique (unus homo) dans l’unité de
la tête et du corps. Augustin ne rejette pas les différenciations de locuteurs,
mais il s’oppose à une lecture des psaumes qui séparerait tête et
corps, époux et épouse, Christ et Église. L’unité organique de l’unus
homo
lui permet d’affirmer la présence réciproque du Christ dans
l’Église et de l’Église dans le Christ, et donc d’entendre tous les psaumes
comme prière du Christ en sa figure totale. Ainsi le célèbre passage de
l’enarratio sur le Psaume 85, repris dans la présentation générale de la Liturgie des heures (n°7) : « Dieu n’aurait pu faire aux hommes plus
grand don que celui-ci : de son Verbe, par qui il a créé toutes choses, il
fait leur chef, et d’eux il fait ses membres, pour que lui, il soit Fils de Dieu
et Fils de l’homme, un seul Dieu avec le Père, un seul homme avec les
hommes ; pour qu’en parlant à Dieu dans la prière nous ne séparions
pas de lui son Fils, pour qu’en priant, le corps du Fils ne sépare pas son
chef de lui-même : pour qu’il soit l’unique sauveur de son corps, Notre
Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, qui, à la fois, prie pour nous, prie en
nous et est prié par nous. Il prie pour nous comme notre prêtre, il prie
en nous comme notre chef, il est prié par nous comme notre Dieu.
Reconnaissons donc nos paroles en lui, et ses paroles en nous ».

Cette prière du Christ total prend toute sa force lorsque l’on considère
la dimension prophétique des psaumes. Pour Augustin, les psaumes
sont, comme tous les écrits vétérotestamentaires, des prophéties
en tant qu’ils annoncent le Christ et l’Église. Une fois que le Christ est
venu accomplir ces prophéties et que son intimité avec l’Église a été
donnée par sa venue, son retour au Père et l’envoi de son Esprit, les psaumes
restent encore prophéties pour nous, comme le signe permanent
du salut. L’accomplissement déjà donné peut et doit toujours plus se
déployer, de sorte que le Christ total, corps et tête, s’étende jusqu’aux
extrémités de la terre, et que l’intimité du Christ et de l’Église s’exprime
en sa plénitude. L’unique voix courant tout au long du Psautier jusqu’à
l’Alléluia universel et éternel (cf. Ps 150) est une invitation pour chacun
et pour tous, à joindre notre voix à celle du Christ total afin d’accueillir
l’accomplissement donné et de participer à la plénitude du Christ. Cette
unique voix du Christ total, corps et tête, qui monte vers la louange plénière
de Dieu, se déploie dans la prière de l’Église. L’actualité toujours
vivante des psaumes s’enracine dans leur dimension prophétique surabondante,
comme l’accomplissement toujours plus grand qui advient
dans la prière. C’est pourquoi les psaumes sont priés par tant et tant de
voix, tout au long de l’histoire de l’Église : prier les psaumes est œuvre
d’union à Dieu, œuvre de ressuscité dans le Ressuscité. —
VÉRONIQUE FABRE


[1AUGUSTIN, Discours sur les Psaumes, I : du psaume 1 au psaume 80 – II : du psaume
81 au psaume 150
, coll. « Sagesses chrétiennes », Paris, Cerf, 2007, 1591 p. – 1486 p.,
68,00 € chaque tome.

[2Le titre Enarrationes apparaît en 1529 sous l’impulsion d’Erasme, mais la forme
définitive de l’ouvrage fut établie par Augustin lui-même.

[3Cf. Confessions IX, IV.

[4Cf. Lettre 169,1.

[5Cf. POSSIDIUS, Vie d’Augustin, 31,2.

[6M. FIEDROWICZ, « Enarrationes in Psalmos », Augustinus Lexicon 2, fasc. 5/6 (2001)
839.

[7Le dernier étant M. FIEDROWICZ, avec le livre le plus récent sur la question : Psalmus
Vox totius Christi, Studien zu Augustins « Enarrationes in Psalmos »
, Freibourg-
Basel-Wien, Herder, 1997.