Recensions parues dans ce numéro…

Histoire

HENRION A., Ces fous de Jésus-Christ. Histoire de la vie religieuse,
Abidjan, Paulines, 2002, 15 x 21 cm, 192 p.

L’auteur, jésuite français actif à l’INADES (Institut africain pour le développement
économique et social) d’Abidjan (Côte d’Ivoire), reprend
l’enseignement qu’il a dispensé à des jeunes engagés dans la formation.
La plus grande partie de l’ouvrage donne un aperçu clair et succinct de
l’immense foisonnement d’initiatives surgies des fondateurs et fondatrices.
Le panorama se veut mondial et l’aspect africain se limite aux
ordres missionnaires visant ce continent. Pour l’époque contemporaine
se détachent les Missionnaires de la Charité (Mère Teresa), l’Opus Dei,
avec une note finale assez critique, et les « nouvelles communautés »
vues comme une chance à saisir malgré des risques très réels. On est
étonné de ne pas voir mentionnés les Petits frères et sœurs de Jésus (Foucauld).
La conclusion dégage ce qui définit le cœur de cette vie religieuse
au sens large : être, de manière toujours différente, la mémoire évangélique
de l’Église. Le style simple, concret et accessible de cet ouvrage
pourra rendre service également hors de l’Afrique. — E. BRION, SS.CC.

KAMERER J., La baraque des prêtres à Dachau, Paris, Salvator, 2006,
15 x 21 cm, 192 p., 19,90 €.

Publié une première fois par les éditions Brepols, en 1995, ce témoignage,
établi à partir d’entretiens, est préfacé par J. Prévotat et s’honore
d’une postface de J. Sommet, s.j. ; il est aussi illustré de dessins, de photographies
et de documents d’époque et demeure un peu composite (il
y a des répétitions et l’une ou l’autre approximation, comme le regret
que la peine de mort soit acceptée par le Catéchisme de l’Église catholique
qui, justement, a été corrigé sur ce point, 142). Mais quel témoignage !
Le dossier annexe sur les négociations du Saint-Siège avec le
IIIe Reich concernant les prêtres en camp de concentration devait être
mieux connu du grand public, en raison d’une perversion redoublée :
rassembler les prêtres prisonniers politiques dans un seul camp (en
deux baraques confinées), les exempter du travail (mais non du froid, des humiliations et de la faim), c’était en fait couper les pasteurs de leur
peuple et hâter l’effondrement des deux parties. L’incroyable est que ces
prêtres exercèrent leur sacerdoce là où il n’était rigoureusement plus
possible, et reprirent, après guerre, leur ministère mieux qu’avant. Une
bibliographie et un index des noms de personnes suivent un dernier
ensemble d’illustrations. — N. HAUSMAN, S.C.M.

BOESCH GAJANO S., Grégoire le Grand. Aux origines du Moyen Âge,
Paris, Cerf (coll. Histoire), 2007, 14,5 x 23,5 cm, 240 p., 34,00 €.

L’A., professeure à l’université de Rome III, nous offre ici une biographie
solidement documentée de Grégoire le Grand (550-604), aristocrate
romain devenu moine en 573 ; nommé apocrisaire (nonce) en mission
diplomatique à Constantinople en 579 ; élu pape en 590 ; reconnu
comme un des quatre grands « docteurs » de l’Église latine (avec les
saints Ambroise, Augustin, Léon) : « Le Moyen Âge est grégorien » (H. de
Lubac). L’A. évoque son action dans le contexte politique et ecclésiastique
de l’époque, à l’aube du Moyen Âge : le « schisme » des Trois Chapitres,
l’invasion lombarde, les rapports tendus avec l’empereur Maurice,
les reproches au patriarche de Constantinople qui s’arroge indûment le
titre de patriarche œcuménique… Le texte est abondamment illustré de
citations tirées des œuvres exégétiques et morales (et de la correspondance :
plus de 800 lettres) de Grégoire, l’original latin étant reporté
en notes infrapaginales. Nous retenons le dernier chapitre, « Mission,
christianisation, conversion », qui manifeste le pragmatisme pastoral
de Grégoire. Aux missionnaires, menés par Augustin qu’il envoie
convertir les « Angles », il commence par commander de détruire les
temples païens, puis il se ravise et il leur enjoint de préserver les temples
et de les consacrer au culte chrétien. Dans les propriétés ecclésiastiques
(qui ne devraient abriter que des chrétiens), il impose aux rustici
sardes, tant qu’ils resteront païens, une augmentation des redevances.
Qu’ils soient menacés des peines éternelles, et « s’il s’agit d’esclaves,
vous leur infligerez un châtiment par le fouet et les tortures ».Quant aux
juifs, leur état d’infériorité est une punition suffisante pour le péché d’Israël :
leur conversion est renvoyée à la fin des temps. Reste le problème
de la concomitance du sabbat et du dimanche, que Grégoire considère
un prélude à la venue de l’antéchrist. L’ouvrage est enrichi de nombreux
et précieux index : un glossaire des termes utilisés dans le texte ; une liste
des personnages que le lecteur y rencontre… — P. DETIENNE, S.J.

Patristique

FULGENCE DE RUSPE, La règle de la foi (De Fide ad Petrum) (introduction,
traduction, notes, guide thématique, glossaire et index par O. Cosma), Paris, Migne (coll. Les Pères dans la foi, 93), 2006, 13,5 x
20 cm, 138 p., 15,50 €.

« En dépit du ton si souvent intransigeant et assuré du De Fide ad
Petrum
, Fulgence ne représente pas toujours la position officielle de
l’Église de son époque, et pas davantage celle de l’Église d’aujourd’hui
dans sa dimension œcuménique et interreligieuse notamment », nous
avertit son traducteur (25), avant d’en faire la démonstration au sujet
d’une conception trop radicale de la prédestination et d’une affirmation
exclusive du Filioque. Cela dit, le héros, natif de l’actuelle Tunisie
centrale, vers 467, chassé de son monastère par les ariens, pèlerin à
Rome en 500, fondateur de monastères puis évêque dans sa région
natale (à Ruspe, près de l’actuelle Sfax), deux fois exilé en Sardaigne,
mais finalement revenu à Ruspe où il s’éteint vers 527, a beaucoup
écrit. Dans ce traité (parent du De Fide ad Donatum d’Augustin), Fulgence
pourfend à son tour l’hérésie arienne qui subordonne le Fils au
Père (et, ipso facto, l’ébionisme négateur de la divinité de Jésus), réfute
le pélagianisme (dans la ligne d’Augustin), s’oppose à l’encratisme
(condamnant l’union conjugale), aux pneumatomaques (niant la divinité
de l’Esprit), au nestorianisme de type monophysite (affirmant qu’il
n’y a qu’une nature dans le Christ), inflige un démenti au sabellianisme
(en affirmant contre lui que le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont trois
personnes distinctes et non trois modalités du Dieu unique)… Après
ces remarques introductives, on trouve un plan de l’ouvrage, une
chronologie du pélagianisme ; seront encore donnés un guide thématique,
un glossaire des hérésies ou schismes antérieurs ou contemporains,
un index des citations bibliques, une bibliographie. Le traité
court donc sur une petite centaine de pages et il compte, à partir du
paragraphe 47, quarante « règles », semblables à celles de Tychonius.
Au paragraphe 33 du texte courant se trouve sans doute un malheureux
précurseur des limbes ; à la règle XVIII, l’intéressante affirmation que
« le mal n’est rien d’autre que la privation du bien ». Le texte s’achève
sur une ouverture : « Si (l’homme spirituel) est sur quelque point d’un
autre avis, Dieu l’éclairera aussi là-dessus (cf. Ph 3,15). Amen. » —
N. HAUSMAN, S.C.M.

Prière et liturgie

RIMAUD D., Contachanters, Saint-Maurice, Éditions Saint-Augustin,
2006, 14 x 21 cm, 192 p., 18,00 €.

L’A., qui a tant œuvré au renouvellement du chant liturgique, nous a
laissé une œuvre posthume (il est décédé en 2003) de littérature enfantine.
Il nous présente d’abord cinq « contes musicaux » séculiers mais aux
relents çà et là bibliques : Jonas, Talitha, les Prophètes, l’Enfant prodige [sic]… Dans une deuxième partie il rassemble une cinquantaine de
courts poèmes regroupés sous les titres cocasses : Racontines, Coccineige
et Libellunei, Mes Jeux-dits. Nous apprenons que la musique est de Roger
Calmel. Aucune introduction pour nous éclairer sur l’origine de ces
divertissements. — P. DETIENNE, S.J.

POULIQUEN T.-M., La Parole, don de vie. Lecture spirituelle de la Bible
à l’écoute de la Lectio divina
, Nouan-le-Fuzelier, Éditions des Béatitudes,
2006, 13,5 x 20 cm, 272 p., 14,00 €.

Dans la foulée des principales études consacrées à ce sujet, l’A., membre
de la Communauté des Béatitudes, apporte le riche témoignage de
ses diverses expériences. Véritable « petite somme sur la lectio divina »,
son étude veut nous introduire à la lecture croyante de la Bible. Le P. Bernard
Ducruet, ancien abbé de Saint-Benoît-sur-Loire, écrit, dans sa préface,
en une formule heureuse : « C’est en Église que l’on découvre le
sens plénier qui n’est pas porté par le texte littéral mais par la communauté
qui vit de ce texte et l’interprète dans l’Esprit-Saint. » À côté de
l’exégèse critique, qui est science du texte et de l’histoire, la lectio divina
cherche par-delà la pensée des auteurs de la Bible, à pénétrer dans son
Mystère. Le P. Pouliquen excelle à nous indiquer ce chemin où l’on s’efforce
de comprendre ce que Dieu veut nous dire dans sa Parole. D’où la
définition qu’il nous propose de la lectio divina : « Une technique de lecture
spirituelle qui aide à unifier l’homme dans sa relation avec Dieu. »
Trois parties partagent l’exposé : prier la Parole, la comprendre, persévérer
dans l’amour envers elle. Des encadrés clairs et précis soutiennent
notre lecture et une brève bibliographie offre des références utiles pour
des approfondissements ultérieurs. Les pages sur les divers sens de
l’Écriture sont particulièrement les bienvenues. Très judicieuses sont les
remarques sur le sens littéral et sa valeur incontournable, mais qu’il
faut toujours situer dans le « dynamisme » qu’évoquait la Commission
biblique pontificale. L’exégète historico-critique, dans une rigoureuse
fidélité à sa méthode, pourra ainsi se situer positivement par rapport à
la lectio divina qui sera de la sorte en mesure d’intégrer son travail. —
H. JACOBS, S.J.

ANTOINE DE PADOUE (saint), Sermons des dimanches et des fêtes, vol. II,
introduction, traduction et notes V. Strappazzon, Paris/Padoue,
Cerf/Le Messager de saint Antoine (coll. Sagesses chrétiennes),
2006, 14 x 20 cm, 260 p., 49,00 €.

Le P. V. Strappazzon, frère mineur conventuel, est le spécialiste réputé
du saint de Lisbonne et de Padoue (cf. Vies consacrées, no2, 2007 p. 150).
Il poursuit, dans ce deuxième volume, la traduction des Sermons pour
les dimanches et les fêtes du « Docteur évangélique ». Ce sont les évangiles
des quatorze premiers dimanches après la Pentecôte dont saint Antoine fait le commentaire. À ces sermons, le P. V. Strappazzon donne
des introductions brèves, mettant bien en lumière les thèmes qui s’y
trouvent développés. Ceux-ci sont avant tout d’ordre moral et spirituel.
La culture médiévale y est constamment présente par le recours multiple
à l’interprétation symbolique des Écritures. On remarquera le
souci pédagogique permanent de saint Antoine : il éclaire ses auditeurs,
il prend la peine de bien leur expliquer les textes scripturaires, il
leur montre sans cesse comment tout s’y trouve en admirables concordances.
Tantôt il encourage, tantôt il se montre sévère, toujours il
conduit au Seigneur, à la prière et aux vertus évangéliques. — H. JACOBS,
S.J.

MISCHLER J.-D. o.s.b., L’adoration eucharistique, Nouvelle édition
actualisée, Saint-Maurice, Éditions Saint-Augustin, 2006, 14 x 21 cm,
160 p., 19,00 €.

L’édition de ce livre a été revue par l’A. à la suite du synode des évêques
de 2005 portant sur l’Eucharistie. La première partie de l’ouvrage,
qui en compte quatre, offre un historique documenté de la pratique
du culte en dehors de la célébration eucharistique, depuis les temps
apostoliques. Par la suite, le lecteur est invité à un approfondissement
théologique du sujet et donc à une meilleure compréhension du lien
entre adoration et célébration eucharistique. L’intériorisation de ce
lien conduit l’adorateur, dans une dynamique pascale, à suivre le Christ
et s’unir à lui. Enfin, la quatrième partie propose quelques pistes pastorales
concrètes fort intéressantes en vue d’une pratique renouvelée
de l’adoration. La réflexion, claire et didactique, met en lumière la
complémentarité de l’adoration et de la messe. Elle est donc précieuse
pour tout chrétien qui désire vivre davantage du mystère eucharistique.
— S. WAEFFLER

Questions

AA. VV., L’Église face à la situation de l’Afrique en vue du deuxième
Synode africain. Les défis de la pauvreté, des conflits, des maladies
,
Lubumbashi, Revue de pastorale des jeunes/Bureau diocésain de
catéchèse (coll. Mbegu, dossiers jeunes, n°69), octobre 2005, 15 x
21 cm, 99 p.

Le 22 juin 2005, le pape Benoît XVI annonçait son « intention de convoquer
une seconde assemblée spéciale pour l’Afrique » sur les « terribles
fléaux qui l’accablent ». En octobre de la même année, sans attendre la
publication des lineamenta (juin 2006), le diocèse de Lubumbashi en
R.D.C. publie divers documents centrés sur les principaux maux dont
souffre l’Afrique. Ils mettent à la disposition de « tous les Congolais de bonne volonté » des outils de réflexion difficilement accessibles et de
provenance diverse, non seulement de l’Église de R.D.C. mais d’au-delà,
du Cameroun, de France, de Rome, voire d’Amnesty International.
Ils touchent les questions brûlantes : la pauvreté et la corruption, le pillage
des ressources, le trafic des armes, les violences contre les femmes,
la situation des enfants, le sida… Un modèle d’outil d’animation. —
E. BRION, SS.CC.

YANNOU H., Jésuites et compagnie, Paris, Lethielleux, 2008, 14 x 20,5
cm, 400 p., 20,00 €.

L’A., historien et journaliste, vit à Rome depuis une trentaine d’années
et suit avec attention tout ce qui touche le Vatican. Son livre laisse paraître
une conviction, à savoir que dans les péripéties de leur dialogue avec
le monde, vie de l’Église et vie des Jésuites sont liées. D’où un projet
audacieux : faire un bilan, un état actuel, de l’ordre des Jésuites en se
référant à l’histoire des 450 ans écoulés depuis la fondation. L’ensemble
se lit avec intérêt ; le ton est serein, empreint de sympathie et de mesure ;
il y a quelques minimes erreurs historiques : les vœux de Montmartre
en 1534, par exemple, sont déjà déclarés vœux traditionnels des religieux.
Il y aurait quatre périodes ou quatre « compagnies » : celle des
collèges et des audaces missionnaires, en Chine notamment, de 1540 à
1773, celle de la restauration en 1814, celle du progressisme après le
concile Vatican II et celle du XXIe siècle, touchée par la crise des vocations
et appelée à plus de mystique. Ce dernier point était trop actuel pour
être approfondi et, d’ailleurs, l’angle d’approche, historique et politique,
ne le permettait guère. Les quatre parties de l’ouvrage illustrent en effet
que la considération de l’action s’y trouve privilégiée : le pouvoir dans
l’organisation de la Compagnie, la relation au Pape, la relation au monde
et l’entrée dans le XXIe siècle, avec la pauvreté et la mondialisation, la
création en danger et le défi de l’Islam. Fidèle à son intention première,
le livre se termine ainsi par la controverse de Ratisbonne, où des Jésuites,
parfois proches de Benoît XVI, ont participé au concert des explications.
— J.-M. GLORIEUX, S.J.

VERBEEK L., Contes de l’inceste, de la parenté et de l’alliance chez les
Bemba (République démocratique du Congo)
, Paris, Karthala (coll.
Tradition orale), 2006, 16 x 24 cm, 504 p. 36,00 €.

Après Initiation et mariage dans la chanson populaire des Bemba (1993),
l’A., missionnaire à Lubumbashi, nous propose une centaine de contes
bemba, enregistrés et présentés en style oral, illustrés de nombreuses
variantes. Ils concernent l’inceste (père/fille, frère/sœur, belle-mère/
gendre) et quelques autres sujets à connotation sexuelle : pudeur,
voyeurisme… Un des thèmes favoris, dont le présent recueil nous offre
une quinzaine de versions, est celui du mari qui, faisant fi de l’objection de sa femme, part en brousse accompagné de sa fille ; ils reviennent au
village avec un bébé ; un oiseau, qui a tout observé, les dénonce en chantant.
Certains textes sont présentés sous forme de devinettes ; quelquesuns
sont particulièrement astucieux (v.g. les dilemmes du polygame).
On y trouve occasionnellement une touche de modernité (un vélo, un
calibre douze) ; plus rarement, une allusion chrétienne (Benjamin comme
le personnage de la Bible
comme l’a dit Jésus-Christ) ; une fois seulement,
la présence d’un Blanc. Ces contes ont fréquemment un rôle
pédagogique : il leur arrive de conclure par une sentence moralisatrice,
rudimentaire : ne soyons pas envieux ; ne proférons pas de mensonge ;
soyons des gens qui s’entendent bien… Pareil ouvrage, profondément
respectueux de la culture africaine, n’est pas directement utilisable en
catéchèse. — P. DETIENNE, S.J.

Spiritualité

MARIE-EUGÈNE DE L’ENFANT-JÉSUS, Dieu t’attend. Les chemins de la
prière,extraits de « Je veux voir Dieu »
, Toulouse, Éditions du Carmel,
2006, 11 x 17,5 cm, 75 p., 5,00 €.

Les Éditions du Carmel ont entrepris la publication de plusieurs plaquettes
reprenant des extraits de l’œuvre du père Marie-Eugène, Je veux
voir Dieu
. Le but est de largement diffuser l’esprit du Carmel dont le
fondateur de l’Institut Notre-Dame de Vie est un excellent interprète.
Il nous indique ici les chemins de la prière, car « prier est simple ». Des
premières oraisons à l’oraison de recueillement, nous sommes conduits
à la rencontre du Dieu qui est toujours déjà venu à nous. Ainsi les points
essentiels de l’enseignement du père Marie-Eugène sont mis à la disposition
de tous sans qu’on ne puisse, bien sûr, être dispensé d’aller à
l’œuvre elle-même. — H. JACOBS, S.J.

HAUSMAN N., Thérèse de Lisieux, docteur de l’Église. Entrer dans son
œuvre
, Paris, Desclée de Brouwer, 2007, 15 x 23,5 cm, 304 p., 27,00 €.

Qui ne connaît sainte Thérèse de Lisieux ? Qui ne connaît ses Manuscrits
autobiographiques
, autrefois appelés Histoire d’une âme ? Qui ne
connaît sa « doctrine », sa « petite voie », maintes fois sujet de livres,
d’homélies, de conférences, de vidéos ou d’expositions ? Mais sainte
Thérèse est aussi universellement connue que méconnue au niveau de
l’« intégrale » de ses œuvres écrites. L’auteur de ce livre, déjà connaisseur
expert de la sainte depuis des années, parcourt tous les écrits du dernier
docteur de l’Église et nous fait découvrir à nouveau sainte Thérèse, pas
à pas, chapitre après chapitre, « œuvre » après « œuvre » : « À tous points
de vue, la connaissance de Thérèse est encore devant nous » (p. 272,
dernière phrase du livre). Naissent alors d’autres interrogations. Qui connaît vraiment l’histoire complexe de la publication des écrits thérésiens
sur près d’un siècle (chapitre I) ? Qui connaît sa manière de guider
les « petites âmes » dans la confiance en l’Amour miséricordieux à travers
les trois Manuscrits (chapitres II-IV) ? Qui connaît sa maternité
spirituelle et sa pédagogie, à travers les Lettres adressées aux carmélites
de sa communauté ou à des prêtres missionnaires (chapitres V-VI) ?
Qui connaît en profondeur le mystère de sa « mission », de la vocation
que Dieu lui a donnée d’intercéder pour les grands pécheurs et les
incroyants, mystère exposé dans les Récréations pieuses (pièces de théâtre
composées à l’occasion de certaines fêtes au Carmel) ou dans ses
nombreuses Poésies (chapitres VII-VIII) ? Qui reconnaît la jeune Thérèse
grâce au remarquable portrait épistolaire dressé par sa mère Zélie (chapitre
V) ou par les témoins aux Procès de béatification et de canonisation
(chapitre X) ? Qui sait que l’amour passionné de Thérèse pour Jésus
s’abreuve aux sources des Écritures d’une façon surprenante (chapitre
IX) et que sa soif pour le salut des hommes s’enracine dans le cœur
même du « sacerdoce » du Christ (thème transversal) ? Qui saurait dire
pourquoi elle a choisi de s’appeler Thérèse « de l’Enfant-Jésus de la
Sainte-Face » (chapitres XI-XII) et pourquoi sa doctrine lui a valu le titre
de docteur de l’Église (« final ») ? Les réponses peuvent être cherchées
dans ce livre, qui veut n’être qu’un « miroir » des écrits thérésiens, une
introduction à la lecture des textes eux-mêmes, les seuls où se trouvent
les réponses. — E. BARUCCO, O.C.D.

BARBICHE B., FRANCONNET C. (dir.), Frédéric Ozanam (1813-1853). Un
universitaire chrétien face à la modernité
, Paris, Cerf – Bibliothèque
nationale de France (coll. Histoire), 2006, 14,5 x 23,5 cm, 224 p.,
40,00 €.

Frédéric Ozanam a été béatifié à Notre-Dame de Paris le 22 août 1997
dans le cadre des XIIe Journées mondiales de la jeunesse. Les études qui
le concernent sont nombreuses. Le présent ouvrage rassemble les
contributions du colloque tenu à Paris le 26 mars 2003 et qui avait pour
thèmes son érudition et son engagement. S’interrogeant sur l’histoire
et les intentions de sa cause de béatification, B. Barbiche, outre la proposition
d’un modèle à imiter, lui découvre trois finalités successives :
la glorification d’un apôtre de la charité, celle d’un laïc marié et père de
famille, celle d’un homme jeune digne d’être offert en idéal pour les jeunes
chrétiens d’aujourd’hui. Est-ce à dire qu’Ozanam demeure figé dans
le rôle qu’on lui a attribué de fondateur de la Société de Saint-Vincent
de Paul ? Réfléchissant sur les constructions et les déconstructions
d’une image, Charles Mercier veut souligner le fait que les figures associées
par les organisations religieuses à leurs origines résultent parfois
de constructions, d’ailleurs légitimes. Pareille analyse critique, nécessaire
pour une purification de notre mémoire, doit constituer une étape indispensable pour faire davantage rayonner l’image des saints. On sait
que certains religieux se sont jadis opposés à la béatification d’Ozanam.
Son « libéralisme » était en cause. Sylvain Milbach, en étudiant sa relation
avec les catholiques libéraux, met bien en lumière la place singulière, à
la fois centrale et indépendante, du bienheureux dans un mouvement
qui, de son temps, n’avait plus d’unité. Il n’épousa point les dérives réactionnaires
et resta fidèle à l’acceptation, loyale et franche, de la société
contemporaine. Les autres contributions du colloque sont de la même
qualité que celle que nous venons d’évoquer. C’est dire que ce volume
est d’un intérêt remarquable. — H. JACOBS, S.J.