Recensions parues dans ce numéro…

Ethique

LENTINI G., Aux racines chrétiennes de l’Union européenne. Robert
Schuman, Konrad Adenauer, Alcide De Gasperi
, Nouan-le-Fuzelier,
Béatitudes, 2006, 11,5 x 17,5 cm., 112 p., 12,50 €.

Après avoir rappelé brièvement, de la Première à la Seconde Guerre mondiale,
l’histoire récente de l’Europe, ce petit livre traduit de l’italien évoque
les figures de trois fondateurs de l’Union européenne en soulignant
ce que l’action politique et le rôle historique de chacun doivent à l’inspiration
chrétienne de sa pensée et de son engagement. Ces pages sont illustrées
par des citations de leurs propres déclarations ou par des commentaires
de presse et des témoignages de contemporains. — J. SCHEUER, S.J.

Fondements

COCHINI Ch., Les origines apostoliques du célibat sacerdotal (nouvelle
éd. augmentée, préf. cardinal Castrillon Hoyos), Genève, Ad Solem,
2006, 14,5 x 21,5 cm, 496 p., 37,00 €.

Présentée une première fois comme thèse à l’Institut catholique de Paris
en 1969, éditée en 1981, l’étude que les éditions Ad Solem nous reproposent
tient compte, dans ses notes et ses nouvelles annexes, des importantes
critiques dont elle a fait l’objet depuis sa première parution. Mais,
en substance, la thèse est inchangée : le célibat sacerdotal remonte,
dans l’histoire de l’Église, bien plus haut que le concile de Carthage (390)
où il trouve sa première consignation : « l’obligation faite aux diacres,
aux prêtres et aux évêques mariés de garder la continence parfaite avec
leur épouse (et indirectement, la profession de continence définitive de
celle-ci, sous des peines sévères) n’est pas dans l’Église le fruit d’une élaboration
tardive, mais est, au contraire, dans toute l’acception du terme,
une tradition non écrite d’origine apostolique qui, à notre connaissance,
trouva sa première expression canonique au IVe siècle » (p. 475). Cette
« loi du célibat au sens large » est, pour la période primitive, une « loi de
continence », dans le cas (habituel) des hommes mariés et de leurs
épouses. Suit un impressionnant dossier de tous les documents disponibles,
traduits et examinés, des origines à l’an 390, puis jusqu’à la fin
du VIIe siècle, et mis en série, pour corroborer la dite tradition. On voit
l’importance œcuménique d’un tel héritage, qui peut être commun à
l’Orient et à l’Occident. — N. HAUSMAN, S.C.M.

Œcuménisme

CYRILLE (Métropolite de Smolensk et de Kaliningrad), L’Évangile et la
liberté. Les valeurs de la Tradition dans la société laïque
, Paris, Cerf,
2006, 14,5 x 21,5 cm, 242 p., 20,00 €.

Le Métropolite Cyrille est Président du Département des relations extérieures
du Patriarcat de Moscou. L’ouvrage rassemble une série de ses
conférences et articles de 1988 à 2006, précédés d’un entretien avec le
frère Hyacynthe Destivelle, o.p., et le Hiéromoine Alexandre Siniakov.
On lira avec intérêt des souvenirs de la vie des croyants sous le régime
communiste, mais l’actualité est particulièrement présente ; la clarté
des exposés, la place donnée à l’agir, la critique du libéralisme européen
et de sa conception des droits de l’homme, l’analyse franche de l’état
des relations œcuméniques en Russie, font que ce livre apporte non seulement
une information précieuse sur la pensée de nos frères orthodoxes,
mais encore une évaluation stimulante du dialogue actuel entre
foi chrétienne et culture occidentale. Il faut remarquer que Monseigneur
Cyrille fait sien l’argument moral kantien : « Comme vous le savez,
Kant a rejeté les preuves de l’existence de Dieu qui étaient admises par
la théologie scolastique et les a remplacées par une autre, unique et
absolue, la preuve éthique ; […] [or] qu’à toutes les époques et dans toutes
les nations, existaient les mêmes principes fondamentaux de l’éthique :
ne tue pas, ne vole pas… le marxisme était incapable de l’expliquer
 » (p. 79). On retiendra l’appel pressant adressé à toutes les forces
chrétiennes, pour qu’elles s’unissent sur le plan de l’action sociale, en
vue de promouvoir et de défendre une éthique profondément humaine,
ainsi que l’appel à un « dialogue sérieux et désintéressé entre l’humanisme
libéral séculier et les traditions religieuses et culturelles » (p. 234).
En effet, « pour la plus grande partie des traditions religieuses, il est difficile,
voire impossible, d’accepter le système de valeurs prôné par la
pensée libérale contemporaine : la priorité de l’existence terrestre par
rapport à la vie éternelle, de la liberté et des droits des personnes sur les
obligations éthiques de la foi et les valeurs religieuses […]. [En outre], la
politique de “mondialisation dirigée” de l’économie renforce la pauvreté
et l’impuissance des peuples du tiers et du quart-monde » (p. 235).
On en retient encore un jugement ferme porté sur la mémoire actuelle
de l’Europe, promue par des hommes politiques qui se sont référés à
l’héritage des cultures romaine et grecque, ainsi que des mouvements
philosophiques des Lumières, en passant sous silence les autres sources
de la civilisation européenne. — J.-M. GLORIEUX, S.J.

Patristique

REGNAULT L., Paroles du désert d’Égypte. Une vie cachée en Dieu et
ouverte au prochain
, La Froidfontaine, Éditions de Solesmes (coll.
Monastica), 2006, 14 x 21 cm, 224 p., 16,50 €.

Ce n’est pas la seule introduction aux Pères du désert que les fervents de
cette littérature tonique peuvent consulter. Mais celle-ci, posthume,
reprend avec bonheur les notes destinées à des enseignements de
retraite qui devaient s’adresser à une communauté de carmélites. C’est
dire d’emblée son intérêt singulier. Auteur que notre revue a publié
(Vie consacrée, n°4, 1996, pp. 221-231), le P. Regnault est certes un spécialiste
reconnu des Pères et de leurs apophtegmes (voir sa copieuse
bibliographie que l’on a eu la bonne idée de publier ici), sensible à leur
« humour » paradoxal. Mais surtout il montre, dans ce texte orienté vers
la prière, une pénétration spirituelle que les rapprochements avec les
écrits de Thérèse de Lisieux n’ont pas manqué de stimuler. Une « vie
cachée en Dieu et ouverte au prochain » n’est l’exclusivité ni du désert
ni de la cellule d’un cloître… et nous ne pouvons que souscrire à l’appréciation
de l’éditeur : « Nul doute que cet enseignement agrémenté
de conseils spirituels du plus haut intérêt, saura nourrir de manière
substantielle la vie intérieure de tout chrétien. » Les éditions de Solesmes
enrichissent d’un volume de choix la nouvelle collection Monastica que
l’on aimera suivre avec attention. — J. BURTON, S.J.

Prière et liturgie

COCHINAUX Ph., Fragments de bonheur, Paris/Namur, Salvator/Fidélité,
2006, 14,5 x 21 cm, 208 p., 16,95 €.

Le père Philippe Cochinaux, dominicain, a eu la bonne idée de réunir
dans un livre 70 de ses homélies pour l’année C. Marquées au coin de
l’optimisme, elles forment, après classement, un parcours par thèmes.
Ces derniers sont présentés par ordre alphabétique. Ainsi, le lecteur
pourra aisément se référer à la table des matières comme à un index afin
d’atteindre les homélies correspondant à son humeur : Altérité, Amour,
Dieu, Esprit, Mort, Vie, … Volontiers humoristiques, toujours illustrés
par des anecdotes variées, les courts textes appellent à la conversion du
cœur, à la prière et à une vie authentiquement chrétienne en phase avec
l’époque actuelle. L’auteur y livre ses réflexions justes et simples dans
un style oral qui contribue à établir un climat de proximité avec son lecteur.
Il s’agit donc là d’un recueil de méditations à mettre entre toutes
les mains. — S. WAEFFLER

ZUNDEL M., Un autre regard sur l’Eucharistie, Paris, Éditions du Jubilé
(coll. Trésors de la spiritualité chrétienne), 2006, 11,5 x 18,5 cm,
240 p., 16,00 €.

Varillon, citant Zundel, dont il s’inspire sur plus d’un point, fait à ses
retraitants l’éloge de « cet admirable prêtre suisse dont il faut lire
tout ce que vous trouvez, car c’est merveilleux ». Lisons donc, « malgré
certaines lourdeurs ou répétitions », ces quatre-vingt-douze découpages
effectués dans des interventions orales enregistrées, dont « Zundel
n’aurait jamais envisagé ni encouragé la publication ». Parmi les sujets
abordés, relevons : mémorial, événement cosmique, ferment de notre
divinisation. Et retenons quelques phrases : « Sans amour il ne peut y
avoir de consécration valide. Nous communions pour être transformés
en présence réelle. Nous annonçons Dieu, simplement en existant
authentiquement, sans parler de lui : il se propage comme une contagion
de lumière. » L’éditeur, missionnaire revenu en France après trente
années d’Afrique, affirme erronément que Varillon ne nomme jamais
Zundel. — P. DETIENNE, S.J.

Questions

PERFUMO J., Voulez-vous de nous ? Quelle place dans la société pour les personnes en situation de handicap mental, Bruyères-le-Châtel, Nouvelle
Cité (coll. Vie des hommes), 2006, 15 x 22 cm, 320 p., 21,00 €.

« Réalités, expériences, convictions, témoignages, propositions, espérances
 » dit le deuxième sous-titre, avant la dédicace, les remerciements,
la préface de H.-J. Stiker, et un avant-propos qui interroge : les personnes
en situation de handicap mental devraient-elles, d’une manière ou
d’une autre, occuper au milieu de tous, une place spécifique et essentielle ?
Tout l’ouvrage consistera à développer ce parti pris d’intégration,
qui rend les multiples « services d’accompagnement » si nécessaires,
mais n’entend les « structures de travail protégé » que comme une étape,
et vise aussi à « scolariser l’intégration ». Les derniers chapitres s’attachent
au droit à naître quand le handicap est prévu, à la vie affective et
à la sexualité, à l’habitat et à l’inéluctable vieillissement… Tout au long,
la parole est donnée à quelques-unes de ces personnes que l’auteur
a longuement suivies, quand il organisait leurs stages professionnels
et leur trouvait un emploi en entreprise. La posface de M. Fardeau souligne
que les solutions données à ce problème « reflètent en fait l’organisation
d’ensemble de notre société ». Une bibliographie achève ce
parcours interpellant, dont le titre dit l’essentiel : « Voulez-vous de
nous ? ». — N. HAUSMAN, S.C.M.

DELVILLE J.-P., MAHFOUD A. H., SCHEUER J., VOYÉ L., Pèlerinage et espace
religieux
, Conférences de la fondation Sedes sapientiae et de la Faculté
de théologie, Université catholique de Louvain, février-mars 2006,
Bruxelles, Lumen vitae (coll. Trajectoires, 17), 2007, 13,5 x 19,5 cm,
176 p., 18,00 €.

L. Voyé expose les diverses significations du pèlerinage : ressourcement
de foi (La Mecque), activité pénitentielle (Karbala), affirmation identitaire
(Chestochowa), logique de demande (Cascia), approfondissement
culturel (Compostelle), découverte de soi… Elle le décrit comme rupture
dans le temps et dans l’espace : départ (renoncement aux routines),
chemin (avec ses risques), arrivée au haut-lieu. J.-P. Delville s’attache au
pèlerinage dans la Bible (Béthel, Sichem, Silo, montée à Jérusalem…) et
dans l’histoire de l’Église, à travers les siècles : de Rome et Jérusalem
jusqu’à Taizé et Medjugorge, en passant par les croisades. J. Scheuer évoque
les pèlerinages hindous, leurs motivations et leurs objectifs… et la
conviction que le seul pèlerinage libérateur est intérieur : le mânasatîrtha,
qui consiste à mettre sa confiance exclusive dans le nom du
Seigneur. A. H. Mahfoud décrit les différents rites (circumambulation,
lapidation…) du hadj, pèlerinage à La Mecque, qui est un des cinq piliers
de l’islam, et dont le projet est la pacification de l’homme avec Dieu,
avec soi-même, avec les autres, avec la nature. — P. DETIENNE, S.J.

Spiritualité

AA. VV., L’amitié spirituelle, Paris, Médiasèvres (coll. Cahiers de spiritualité,
138), 2006, 17 x 24 cm, 140 p., 10,00 €.

Le groupe des premiers compagnons jésuites s’est trouvé depuis quelque
temps désigné par l’expression « Amis dans le Seigneur ». Il était
donc assez normal que dans le cadre des anniversaires ignatiens se tînt
un colloque sur l’amitié spirituelle. On y entendit des conférences
consacrées à ce thème dans la tradition des jésuites (saint Ignace,
saint François-Xavier, le bienheureux Pierre Favre). Mais l’enquête y fut
étendue vers un plus large horizon : les métamorphoses de l’amitié, de
l’Antiquité au Moyen Âge, la conception que s’en faisait Montaigne, et
la manière dont en parle saint François de Sales. Sylvie Robert s’est, pour
sa part, attachée à une difficile tentative de clarification lexicologique :
l’amour et l’amitié prennent en effet des formes multiples qu’il n’est pas
toujours aisé de définir. Parmi les contributions sur l’amitié jésuite,
l’étude du père Ph. Endean s.j. se recommande par son originalité. Il y
analyse cette amitié dans le « discernement de la mission ». Même si,
remarque-t-il, l’amitié spirituelle a joué un grand rôle dans les origines
de la Compagnie, « les premiers jésuites n’ont pas développé une spiritualité
de l’amitié en tant que telle » (p. 83). Dans les Constitutions de
l’Ordre, le discours sur l’obéissance a pris le relais, plutôt que la place,
de l’amitié spirituelle qui avait donné naissance à la Compagnie (p. 86).
— H. JACOBS, S.J.

CENTRE D’ÉTUDES D’HISTOIRE DE LA SPIRITUALITÉ, Mélanges carmélitains.
Histoire, mystique, spiritualité
, Paris, Parole et silence (Grands Carmes,
4), 2006, 21 x 14 cm, 131 p., 14,00 €.

Les Carmes de l’Ancienne Observance, établis à Nantes, publient une
revue de spiritualité. Dans le présent numéro, très naturellement, la tradition
carmélitaine occupe une large place. L’abbé Antoine Reneaume
étudie en sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus la « femme eucharistique ».
Sa conviction est que la sainteté de la carmélite de Lisieux n’a pu germer
et grandir que dans le rayonnement de l’Eucharistie. Un bénédictin,
Xavier Perrin, s’attache pour sa part à tracer un chemin eucharistique
avec l’Épithalame de Jean de Saint-Samson. Terrence Cyr, carme, explore
le thème de la dévotion et de la spiritualité du Sacré-Cœur de Jésus.
Thérèse de Lisieux, Jean-Paul II, sainte Faustine sont les références
essentielles de son étude, et le conduisent à parler de préférence de la
dévotion et de la spiritualité de la Miséricorde divine. Quelques extraits
de l’Exhortation de la Bienheureuse Françoise d’Amboise nous introduisent
dans l’expérience spirituelle de la fondatrice des premiers monastères
de carmélites en France. Quant à Olivier Landron, c’est la spiritualité
franciscaine qui retient son attention. Il examine comment l’ordre de
saint François s’est référé, à notre époque, au thème de la nature, tant
dans sa contemplation que dans sa protection. Il s’agit là d’un sujet que
franciscains et capucins n’ont abordé qu’à partir des années 1980. Ils ont
reconsidéré, dans cette perspective, le rôle de saint François dans la
recherche d’une harmonie entre l’homme et la nature. Il faut remarquer
l’originalité de cette étude, consacrée à la pensée et à l’action franciscaines
en ce domaine. Les fils de saint François ont critiqué tant une idéalisation
de la nature que son exploitation sans bornes dans le système
ultralibéral. Les recherches critiques ont notamment resitué François
d’Assise dans la perspective de la Croix et du retour à Dieu, sans le réduire
à n’être que le précurseur d’un retour au paradis terrestre. — H. JACOBS, S.J.

BONNEJEAN B., La poésie thérésienne, Paris, Cerf, 2006, 13,5 x 21,5 cm,
300 p., 29,00 €.

Enfin du neuf sur Thérèse de Lisieux ! Il y a bien longtemps, G.Thibon
estimait que le génie de la jeune carmélite devait bien apparaître dans
son style, mais peu de commentateurs s’étaient, jusqu’ici, engagés à la
découvrir comme un véritable écrivain. C’est chose faite dans cette
étude quasi sans notes, où l’on voit Thérèse consacrer délibérément sa
poésie à la face lumineuse de sa spiritualité (p. 19) : le jardin de Thérèse
et de Jésus, la fête des sens, les liqueurs précieuses, la fraternité, l’amour,
les épousailles, … sont considérés par ce connaisseur de Verlaine dans
leur exacte perspective, celle d’un combat (le commentaire de « Mes
armes », PN 48, ch. VI constitue une sorte de sommet) pour l’amour de
Jésus (ch. IX), connu dans l’Eucharistie (X) et « vu » dans la Sainte-Face
comme il le sera au ciel (XI). Un régal, et une pressante invitation à relire
toute l’œuvre sous un tel jour. — Noëlle HAUSMAN, S.C.M.

DE RUS E., Intériorité de la personne et éducation chez Edith Stein, Paris,
Cerf (coll. La nuit surveillée), 2006, 13,5 x 21,5 cm, 320 p., 28,00 €.

L’A. retrace, d’abord avec justesse, la découverte de l’intériorité, l’ouverture
de la philosophie au trésor de la Révélation et à la mystique, et la
splendeur de la personne humaine telle que l’a pensée, reçue et vécue
Edith Stein. C’est à cette lumière qu’il faut voir l’ampleur et la profondeur
de la tâche éducative. Par d’abondantes citations, dont certaines
traduites à partir des Œuvres complètes en espagnol (l’A. ne travaille pas
sur le texte allemand), l’A. donne au lecteur francophone l’accès à des
écrits pédagogiques de Stein insuffisamment traduits et pourtant inséparables
de la réflexion constante sur l’anthropologie. Envisagée selon
la personne de l’éducateur, de l’éduqué et l’acte d’éduquer, l’éducation
est formation de tout l’homme, accès à la liberté et service du mystère
de l’intériorité de la personne. À travers la dimension spirituelle de
l’éducation, c’est la vie eucharistique qui se donne comme modèle et
source. On perçoit une fois de plus combien pensée et vie furent intimement
liées et unifiées chez Stein, et ce livre nous la donne comme témoin
lumineux, appel et encouragement dans l’art d’éduquer. Deux annexes
reprennent quelques traits saillants d’Etty Hillesum qui consonnent
particulièrement bien avec Stein ainsi qu’une nouvelle traduction par
C. Rastoin du Château de l’âme de Stein — S. DOURSON.

I. ÉPHREM LE SYRIEN, Le combat chrétien. Hymnes « de Ecclesia »,
Bégrolles-en-Mauges, Abbaye de Bellefontaine (Spiritualité orientale,
83), 2004, 15 x 21 cm, 256 p., 22,00 €.

II. ÉPHREM LE SYRIEN, Le Christ en ses symboles. Hymnes « de Virginitate
 »
, Bégrolles-en-Mauges, Abbaye de Bellefontaine (Spiritualité
orientale, 86), 2006, 15 x 21 cm, 264 p., 22,00 €.

Le P. Cerbelaud poursuit dans ces deux recueils la traduction de l’hymnaire
du diacre d’Édesse, dont les titres reçus sont, dans les deux cas, en
discordance avec le contenu du recueil. Les cinquante-deux « hymnes
sur l’Église » s’intituleraient mieux « hymnes sur le combat spirituel », et
les « hymnes sur la virginité » parlent surtout du « Christ en ses symboles ».
Renvoyant à sa présentation des « Hymnes sur le jeûne » publiées
naguère dans la même collection (voir Vie consacrée, n°4, 2000, p. 280)
pour les indications sur la vie et l’œuvre de saint Éphrem, le traducteur,
qui garde en général le découpage des vers syriaques, fait précéder chaque
série thématique de poèmes par d’utiles notices. Mais le parcours
des hymnes elles-mêmes est un enchantement, en même temps qu’une
leçon de doctrine (« si tu es en mesure d’interroger, alors tu n’as pas
besoin d’interroger ; mais si tu es privé de questionnement, alors tu es
privé de liberté », I, 43 ; cf. « Ève n’avait même pas daigné interroger […]
Marie a interrogé le Véridique », II, 202). Malgré une évidente théologie
de la substitution, l’hymnographe — « médiateur de paix entre les lectures
 » (I, 225) — renvoie partout au Christ qui accomplit les symboles en
sa croix, et non moins, « a capté le désir » de celle qui était désireuse de
le désirer (II, 172). De puissantes compositions lyriques font ainsi chanter,
avec le Cosmos, toute l’Écriture, mais surtout les Évangiles, d’une
manière inégalée. Les index bibliques et des noms propres achèvent de
permettre la découverte de ces trésors sans prix. — N. HAUSMAN, S.C.M.

LAVALÉE P., Le bienheureux Columba Marmion dans l’intimité de ses
lettres
, Le Barroux, Éditions Sainte-Madeleine, 2006, 13,5 x 20,5 cm,
264 p., 19,00 €.

L’auteur est canadien. À partir des lettres du bienheureux abbé de Maredsous,
il nous propose un regard de synthèse sur son œuvre et sa personnalité.
Irlandais mais aux profonde tendances françaises, Columba
Marmion se fit moine en Belgique en 1886. Ses écrits de théologie spirituelle
le firent connaître de l’Europe bénédictine entière. On alla jusqu’à
dire que Maredsous était devenu « le parloir de la Belgique ». Pourtant,
ce sont ses lettres, destinées pour la plupart à ceux et celles qu’il accompagnait
sur les chemins de la grâce, qui révèlent le mieux l’homme et le
saint que fut dom Marmion. Tour à tour, l’auteur nous présente le bienheureux
dans sa biographie et dans son œuvre, puis il s’attache à l’analyse
de l’ensemble de sa correspondance. Quelques mots sur sa santé
physique précèdent la partie la plus originale de l’étude de P. Lavallée :
le cœur de dom Marmion, cœur impressionnable autant qu’impressionnant,
cœur plein de sagesse et cœur pétri de courage. Une lettre,
écrite le 23 janvier 1923, soit une semaine avant sa mort, est reproduite
en annexe car elle est comme le testament spirituel du bienheureux.
Nous y lisons une phrase qui résume sa vision spirituelle : « Traverser le
voile et demeurer avec Jésus dans l’amour. » — H. JACOBS, S.J.

SIPLIDIK T., Ignace de Loyola et la spiritualité orientale, Bruxelles, Lessius
(coll. Au singulier, 13), 2006, 14,5 x 20,5 cm, 260 p., 22.00 €.

Incontestablement, le cardinal Tomás Sipidlík, s.j., spécialiste de la théologie
spirituelle, patristique et orientale, était tout indiqué pour offrir
aux éditions Lessius, dans la traduction de Frédéric Vermorel, cet essai
de mise en correspondance de l’univers spirituel des Basile de Césarée,
Évragre le Pontique, Origène, et autre Théophane le Reclus (par ordre
alphabétique et cités plus de 20 fois) et comme leurs échos entendus
dans le texte et l’esprit des Exercices d’Ignace. En fait, le livre en contient
deux : Ignace de Loyola et la spiritualité orientale — guide pour la lecture
des Exercices — et le starets Ignace. Un exemple de paternité spirituelle.
Il faut le reconnaître, au long du premier de ces deux parcours,
les éclairages apportés par les Pères orientaux (et russes) sont étonnement
évocateurs tant par la connivence profonde qui en émerge (par
exemple dans le chapitre sur le discernement des esprits) que par les
contrastes qui soulignent l’originalité d’Ignace. Il reste que l’abondance
des notes infrapaginales se référant à d’autres travaux de l’auteur et
le survol compréhensible de certain points (par exemple celui de
l’élection) laissent le lecteur sur sa faim. Le deuxième volet, selon sa
perspective propre, reprend bon nombre de thèmes (sur les « pensées »
[logismoi] et leur discernement, sur la prière et ses modalités, sur l’obéissance)
où il apparaît que l’expérience des Pères orientaux, en passant
par Cassien au monachisme occidental, a fortement marqué la pratique
de la « paternité spirituelle » et de l’ascétique qu’elle implique. L’auteur
a été fidèle à son propos d’« étude comparative » et de « commencer par
ce que nous percevons de commun entre ces différentes sources »
(p. 156) de ce qui est désigné comme l’« étape » ignatienne de l’histoire
de la spiritualité chrétienne. Même si on peut souhaiter un autre livre
(moins abondant et plus pointu sur certaines questions critiques), on
ne boudera pas la lecture, passionnante d’ailleurs, de celui qui est ici
proposé. — J. BURTON, S.J.

DANNEELS G., Réapprendre à prier, Namur, Fidélité (coll. Vie spirituelle),
2006, 12 x 19 cm, 77 p., 7,95 €.

Dans un style simple et imagé, le cardinal Danneels présente en de
brefs chapitres diverses démarches de prière : le chapelet, la prière
pour les morts, la prière à Noël, la louange de Dieu, la prière de la Parole
de Dieu, la demande de pardon, la prière pascale de Jésus, la prière trinitaire,
l’adoration eucharistique. Chaque chapitre s’achève par des
questions et des exercices pratiques. Une belle initiation à la prière. —
D. DIDEBERG, S.J.

DESTHIEUX M., Désir de voir Dieu et amour chez Guillaume de Saint-
Thierry
, Bégrolles-en-Mauges, Abbaye de Bellefontaine (coll. Vie
monastique, 45), 2006, 15 x 21 cm, 480 p., 29,50 €.

Il est heureux que le grand théologien et mystique liégeois — il fut moine
à Saint-Laurent avant d’entrer à l’Abbaye bénédictine rémoise de Saint-
Nicaise puis, après sa rencontre avec saint Bernard, de devenir en 1135,
tout père abbé de Saint-Thierry qu’il fût, simple novice cistercien —
fasse aujourd’hui l’objet de thèses doctorales attentives à l’ensemble de
son œuvre, comme c’est le cas dans cette publication. Un important premier
chapitre présente le moine et la chronologie de ses œuvres, avec
leurs sources bibliques et patristiques — c’est à travers Erigène qu’il
connut la pensée des Cappadociens, Grégoire de Nysse en particulier.
Ensuite vient l’étude du « désir de voir Dieu » proprement dit, avec sa
dynamique, ses composantes anthropologiques, les différents types
de vision que la contemplation connaît, en particulier « la vision spirituelle
par les sens spirituels ». Il restait — mais c’est un autre massif, très
augustinien — à déterminer le rôle de l’amour dans la transformation
de l’âme contemplative ; l’auteur y applique son don d’analyse, non
sans un goût marqué pour des notes exhaustives, genre littéraire oblige.
La conclusion compare la vision de Dieu guillelmienne avec celle de
Ruusbroec, de Jean de la Croix et d’Ignace de Loyola, avant une riche
bibliographie. Au total, une présentation renouvelée d’un penseur
méconnu. — N. HAUSMAN, S.C.M.

ZERBOLT DE ZUTPHEN G., La montée du cœur. De spiritualibus ascensionibus,
Turnhout, Brepols (Sous la règle de saint Augustin, 11
[Aux origines de la Devotio moderna]), 2006, 14 x 21 cm, 440 p.,
45,00 €.

Moins connu que d’autres représentants de la Dévotion moderne,
comme Gérard Grote, Florent Radewijns ou Thomas a Kempis, Gérard
Zerbolt de Zutphen (1367-1398) mérite toutefois de retenir l’attention.
Il est vrai que ses contemporains ont usé à son égard de formules qui,
pour n’être nullement dépréciatives, n’en ont pas moins influencé
l’image négative que l’on a eue de lui. Cela explique que la recherche
récente l’a sous-estimé et a méconnu son originalité. On en sera donc
davantage reconnaissant à N. Stanbeck de nous introduire à l’homme
et à son œuvre, et à Sœur Francis-Joseph Legrand qui nous donne, de
La Montée des cœurs, une édition critique et une traduction. Frère de
la Vie Commune, Gérard Zerbolt a rédigé deux ouvrages principaux,
le De reformatione virium anime (sic) et le De Spiritualibus ascensionibus.
L’un et l’autre proposent un enseignement sur la perfection
spirituelle. Ils offrent à leurs lecteurs des directives pour effectuer un
travail progressif sur eux-mêmes, enracinées dans la littérature patristique
et médiévale. Mais chacun de ces ouvrages a une manière propre
de présenter le programme selon lequel s’organise le perfectionnement
de soi-même. La complexité des descentes et des montées
dans l’ouvrage traduit pourra déconcerter. Mais on n’oubliera pas que
l’œuvre entière n’a qu’un but : « Justifier et défendre une doctrine sur
la façon de vivre qui devrait mener à la pureté du cœur et à la charité. »
— H. JACOBS, S.J.

Témoins

DACHET M., DEFRENNE G.-P., Prier 15 jours avec Jean-Martin Moyë,
Bruyères-le-Châtel, Nouvelle Cité (coll. Prier 15 jours), 2006, 11,5 x
19 cm, 128 p., 12,50 €.

L’excellente collection « Prier quinze jours » dépasse maintenant la centaine
de titres. Parmi les derniers ouvrages parus, l’un a pour auteurs
deux sœurs de la Providence de Champion. Il s’agit d’une congrégation
belge qui fait partie d’un ensemble d’Instituts de la Providence, rattachés
à la vie et à l’action du bienheureux Jean-Martin Moyë (1730-1793).
C’est à ce prêtre, natif du diocèse de Metz, que les Aa. consacrent leur
étude. Elles nous y introduisent au cœur d’une spiritualité qui trouve
son centre dans un acte admirable d’abandon à la Providence : « J’attends
tout de ta bonté […] jamais la Providence ne fera défaut » (pp. 110-
111). — H. JACOBS, S.J.

CHARPY E., Prier 15 jours avec Louise de Marillac, Bruyères-le-Châtel,
Nouvelle Cité (coll. Prier 15 jours), 2006, 11,5 x 19 cm, 128 p., 12,50 €.

Par ses écrits sur sainte Louise de Marillac (1591-1660), E. Charpy, fille
de la Charité, nous conduit à travers un itinéraire tout en finesse à l’expérience
spirituelle de sa société fondatrice. « Servez nos chers maîtres
[les pauvres], écrivait cette dernière, avec grande douceur et cordialité ».
Ainsi est mise en évidence la perspective dans laquelle Louise fut
l’émouvante collaboratrice de saint Vincent de Paul et que l’A. résume
par ces mots : « L’amour de Dieu ne peut se limiter à une pure expérience
spirituelle, si intense soit-elle ; le pauvre doit pouvoir percevoir la certitude
de la reconnaissance de son être, de l’attention portée à lui en tant
que personne. Le regard de la foi ne peut faire oublier la réalité concrète
du pauvre. » — H. JACOBS, S.J.

LUCCHESI B., Prier 15 jours avec Marie de Jésus Deluil-Martiny, Bruyères-
le-Châtel, Nouvelle Cité (coll. Prier 15 jours), 2006, 11,5 x 19 cm,
128 p., 12,50 €.

La bienheureuse Marie de Jésus (1841-1884) a fondé les Filles du Cœur de
Jésus, ces « carmélites ignatiennes » comme on les désignait naguère.
La règle adoptée pour son Institut était, en effet, « celle de saint Ignace qui
ouvrira ainsi l’accès à la vie contemplative pour un grand nombre de personnes
dont la santé ne pouvait supporter les règles anciennes ». L’Eucharistie
et le Cœur de Jésus furent les pôles de la spiritualité de cette femme
qui mourut en pardonnant à son meurtrier. — H. JACOBS, S.J.

BAYLÉ J., Le saint de Toulouse s’en est allé… P. Marie-Antoine de
Lavaur, capucin (1825-1907)
, Toulouse, Éditions du Carmel (coll.
Témoins de la vie, 7), 2006, 15 x 20, 640 p., 22,00 €.

Maire-adjoint de Toulouse, conseiller général, l’A. a rédigé une copieuse
biographie du Père Marie-Antoine de Lavaur (1825-1907), jadis très
connu mais aujourd’hui « enseveli au creux des mémoires ». C’est à faire
revivre celui que l’on appelait le « saint de Toulouse » que s’attache l’A.,
sur plus de 600 pages. À peu près dénué de notes, ce travail n’en est pas
moins rigoureux : fondé sur les documents, il nous restitue avec bonheur
l’attachante figure d’un capucin, prédicateur et missionnaire infatigable
en terre de France. Très marqué par son époque, « homme de
tous les combats », il semble bien éloigné de la sensibilité chrétienne de
notre temps. Mais il nous devient bien proche quand on se rend compte
que tout lui était occasion « d’accomplir son apostolat de l’amour » dans
un humble cœur à cœur avec tous ceux qu’il rencontrait, surtout quand
ils étaient malheureux. On goûtera les pages où l’A. raconte comment,
au début de juillet 1858, avant la dernière apparition, les chemins du
P. Marie-Antoine et de sainte Bernadette se sont croisés à Lourdes. Le
P. demanda à la sainte de refaire devant lui les gestes de la Vierge. Ravi
par le récit de la voyante, aucun doute ne l’effleurera et désormais il fréquenta
régulièrement le pèlerinage de Lourdes. Il y rencontra même
Émile Zola qu’il aborda de manière plutôt abrupte. Dans la « pittoresque
originalité de cette vie », à travers d’innombrables ministères, au
milieu des joies et des épreuves, s’est longuement formée la vie d’un
« saint » qui, malgré les vicissitudes de sa cause de béatification, se verra
peut-être un jour officiellement reconnu par Rome. — H. JACOBS, S.J.

DELORME Chr., Prier 15 jours avec Antoine Chevrier, Bruyères-le-
Châtel, Nouvelle Cité (coll. Prier 15 jours avec…), 2006, 11,5 x 19 cm,
128 p., 12,50 €.

C’est le Bienheureux Antoine Chevrier (1826-1879), fondateur des Prêtres
et des Sœurs du Prado, que Christian Delorme, curé de paroisse,
prend pour objet de son travail. À l’imitation de saint François, le P. Chevrier
s’était voué à la pauvreté et aux plus pauvres. « Le disciple, écrivaitil,
n’est pas plus que le Maître. Quel droit ai-je d’être mieux traité, mieux
logé, mieux nourri que Jésus-Christ, que les apôtres, que les pauvres
eux-mêmes ? » Un dernier chapitre est consacré à Marie Besson qui partagea
son expérience d’incarnation de l’Évangile au milieu des plus
démunis. — H. JACOBS, S.J.

CHAUSSON M.-D. o.s.c., Estelle Satabin. Un cœur de feu au service
des plus pauvres
, Nouan-le-Fuzelier, Éditions des Béatitudes, 2006,
13,5 x 20 cm, 288 p., 15,00 €.

L’A., clarisse à Libreville, a rédigé cette lumineuse biographie d’une
femme de notre temps, née en 1949, décédée en 1995. La souffrance ne
l’a pas épargnée, mais la rencontre de Marthe Robin a donné sens à sa
vie. Ce sont les Foyers de Charité qui l’ont conduite au Gabon. Dans la
suite, elle les quitta, mais garda toujours, dans les groupes du Renouveau,
dans la proximité de la Communauté des Béatitudes ou de la Fraternité
Saint-Jean, la fidélité aux grandes orientations de Marthe Robin,
l’amour de l’Eucharistie et de la Vierge Marie, la prière et le service
des pauvres. Le Gabon se souviendra longtemps de cette femme que
brûlait l’Amour de Dieu et qui en témoignait dans l’amour des plus malheureux,
grabataires et sidéens. — H. JACOBS, S.J.

GIUSSANI L., Le risque éducatif, Bruyères-le-Châtel, Nouvelle Cité
(coll. Vie des hommes), 2006, 13 x 20 cm, 160 p., 14,00 €.

Un an après la mort de Dom Giussani, voilà une nouvelle édition française
de ce petit texte contenant les intuitions de base que le fondateur
de Communion et Libération a tirées de son expérience de professeur
et d’éducateur auprès des jeunes. Le texte est précédé d’une nouvelle
préface et suivi d’une interview (8 p.) par H. Peterson où Giussani redit
et confirme avec clarté ses idées. La méthode éducative de Giussani,
en contre-pied au scepticisme ambiant des 50ies (et encore présent
aujourd’hui), se veut ouverture à la réalité jusqu’en sa Signification
ultime. Elle passe par la proposition de la tradition, vérifiée dans un vécu
actuel et qui éduque à une critique positive. Sur ce chemin, ce sont
toujours les exigences ultimes du cœur de l’homme tel que Dieu l’a fait
qui se donnent comme critère de jugement et permettent à l’homme
d’affronter les épreuves de la vie, de donner plus de liberté et de responsabilité
aux jeunes. Le vocabulaire de ce petit livre, à la fois universel et
chrétien, et toujours défini de manière claire, s’adresse à tous, encore
aujourd’hui. — S. DOURSON.

BOUCHARD F., Sainte Thérèse de Lisieux ou la sainteté revisitée (1873-
1897)
, Paris, Salvator, 2007, 14 x 21 cm, 204 p., 19,90 €.

L’A. nous offre ici une agréable biographie de sainte Thérèse de Lisieux,
enrichie de sous-titres pittoresques : « J’irai revoir ma Normandie »…
« Sur le pont d’Alençon »… « Auprès de ma Rousse »… Son texte est étayé
de considérations personnelles édifiantes (« Partageons l’émotion de
Thérèse »… « Ah ! si nous étions convaincus »… « Elle vogue à voile
déployée sur les flots de l’amour »…) qui enchâssent de nombreuses,
judicieuses et émouvantes citations des écrits de Thérèse. Le style reflète
l’hagiographie traditionnelle : habituée à être servie par des domestiques,
elle balaie… habituée à une nourriture de premier choix, elle
mange ce qu’elle n’aime pas… habituée aux toilettes du meilleur goût,
elle ne se plaint pas de ses chaussures usées… Le portrait de la Mère
Prieure sert de repoussoir : Thérèse est le témoin, voire la victime, de ses
intrigues et machinations, favoritisme et antipathies, injustices et indélicatesses.
Le message thérésien est omniprésent : « C’est l’amour seul
qui compte. » Comme dans chacune des autres biographies dues à la
plume de l’A. (Jeanne de Chantal, Curé d’Ars, Bernadette…), son orthodoxie
est authentifiée par une préface archiépiscopale. Pour tous. —
P. DETIENNE, S.J.

CASSANT M.-J., La correspondance, Bégrolles-en-Mauges, Abbaye de
Bellefontaine (Vie monastique, 44), 2006, 15 x 21 cm, 192 p., 13,50 €.

Joseph Cassant (1878-1903), entré à la Trappe de Sainte-Marie-du-
Désert (Toulouse) à l’âge de 16 ans, et décédé de tuberculose neuf ans
plus tard, a été béatifié en 2004. Il a vécu une vie tout ordinaire (il sème
des pois, sarcle des haricots, peine à l’étude…) ainsi qu’en témoignent
les 68 lettres ici rassemblées. Empruntant de belles formules aux auteurs
spirituels auxquels il consacre sa lecture, il invite affectueusement
ses parents à multiplier les sacrifices et à offrir leurs souffrances pour
accumuler beaucoup de mérites. Une théologie périmée qui cache une
inspiration profonde : Il faut tout faire par amour. — P. DETIENNE, s.j.

GAUCHER G. Mgr, La vie du P.Marie-Eugène de l’Enfant Jésus. Henri
Grialou (1894-1967). « Je veux voir Dieu »
, Paris/Toulouse, Cerf/Éditions
du Carmel (coll. Notre-dame de Vie, série P. Marie-Eugène de
l’E.-J., 11), 2007, 14,5 x 21,5 cm, 368 p., 19,00 €.

L’A., évêque auxiliaire émérite de Bayeux et Lisieux, nous propose une biographie
de son confrère carme Henri Grialou (1894-1967), dont le nom en
religion, Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus, évoque celui de la sainte carmélite
dont il a propagé la doctrine. Il nous présente un M.-E. débordant d’activités :
définiteur et provincial de son ordre ; unificateur et fédérateur des
carmels de France ; visiteur canonique en Turquie, en Inde, au Liban, aux
Philippines… ; fondateur de l’Institut Notre-Dame de Vie (« la plus grande
œuvre de ma vie ») ; auteur du best-seller Je veux voir Dieu (1957, 1150 p.) ;
conférencier (plus de 4000 conférences) ; épistolier (près de 10.000 lettres).
Il avait pour devise : livré à la grâce de Dieu. Il était humble (« J’ai eu toujours
des humiliations »), jovial, impulsif et impatient dans les détails de
la vie quotidienne, imprévisible : il préconise l’installation de douches
dans les carmels… et il prétend que le confort fait 75% de la réussite d’une
retraite ! En annexe, une anthologie de « textes et paroles » (Soyez femmes,
soyez aimantes… Un beau sourire, cela fait transparaître la vie que
vous trouvez dans l’oraison
) et quelques beaux témoignages : « un visage
habité par une lumière »… « il venait d’ailleurs »… « c’était l’homme de
l’authentique »… L’ouvrage est enrichi d’une chronologie détaillée et
d’une abondante bibliographie de M.-E. À lire. — P. DETIENNE, S.J.

BERTRAND D., Pierre Favre, un portrait, Bruxelles, Lessius (coll. Au singulier,
14), 2007, 14,5 x 20,5 cm, 2007, 368 p., 28,00 €.

L’A., qui a administré la revue Christus, nous propose un portrait spirituel
du bienheureux Pierre Favre (1506-1546), savoyard, premier compagnon
de saint Ignace, cofondateur de la Compagnie de Jésus. Né il y a 500 ans,
décédé à l’âge de 40 ans, il a parcouru à pied, en ses dix ans d’apostolat,
quelque 15 000 kilomètres, en tant que missionnaire papal en Italie, Allemagne,
Espagne, Portugal. Après avoir précisé le contexte historique
dans lequel Pierre Favre évolue (l’humanisme de ses contemporains
Érasme et Luther), l’A. se penche sur ses écrits : sa correspondance et
son Mémorial, un « ouvrage charmeur », un « livre des signes » dans
lequel il consigne ses désirs et ses bonnes pensées : tout en célébrant,
en compagnie des anges, les fêtes liturgiques et les commémoraisons
des saints, il y réfléchit son expérience du discernement spirituel, au
rythme des consolations et des désolations spirituelles. Dans ses lettres,
rédigées surtout en espagnol, entremêlé de latin, transparaissent son
optimiste, son action de grâces, son charisme de consolateur. Une
dizaine de ces lettres constituent de véritables petits traités : Acquiesce
toujours à la volonté du frère… Contemplons-nous mutuellement dans
notre origine…
[En confession] ne laissons partir personne qui ne soit pas
heureux de revenir…
[Avec les hérétiques], communiquons plutôt dans
les sujets qui unissent que dans ceux qui apparaissent comme manifestant
de la diversité dans la compréhension
. L’ouvrage est enrichi d’un
tableau chronologique, d’une bibliographie et d’un index des noms. —
P. DETIENNE, S.J.

Vie consacrée

AA. VV., Les communautés religieuses dans l’Église locale, Paris,
Médiasèvres (coll. Cahiers de vie religieuse, 137), 2006, 17 x 24 cm,
112 p., 10,00 €.

Les questions posées par la relation des communautés religieuses à
l’Église locale sont aussi importantes qu’elles sont complexes. Une session
du Centre Sèvres a abordé sans les épuiser de nombreux problèmes
soulevés par ces interrogations. Les intervenants ont le plus souvent
situé leur réflexion, tant théologique que pastorale, dans des perspectives
concrètes : celles d’un évêque, d’un abbé bénédictin, d’une abbesse
de clarisses, du supérieur général d’un institut apostolique ou du vicaire
provincial d’une congrégation missionnaire. On ne s’étonnera pas
que des diverses analyses ressorte l’affirmation que les communautés
religieuses sont véritablement dans l’Église locale, mais qu’elles y
doivent garder la fidélité à leur charisme propre. C’est au père Dortel-
Claudot qu’est revenue la charge de rappeler les différents documents
fondamentaux de l’Église à ce propos, et de mettre en lumière les évolutions
récentes. Avec justesse, il a précisé les points qui demandent une
plus particulière attention. À la suite du père B. Malvaux (Vie consacrée,
1997, no3, p. 172), il a rappelé que le pape Jean-Paul II a toujours préféré
encourager le dialogue et la coopération entre évêques et instituts,
plutôt que d’insister sur la soumission des religieux à la hiérarchie. —
H. JACOBS, S.J.

BUNGE G., Sur les traces des saints Pères. La règle de saint Benoît et la
perfection de la vie monastique
, Bégrolles-en-Mauges, Abbaye de
Bellefontaine (Vie monastique, 42), 2006, 15 x 21 cm, 96 p., 12,00 €.

Si, dans le passé, on aimait à regarder saint Benoît comme un novateur
génial, le père Gabriel Bunge préfère voir en lui le disciple fervent des
« saints Pères » de l’Égypte et de l’Orient. Aussi considère-t-il l’ascèse
communautaire comme un chemin vers la vie solitaire qui doit en être
le couronnement. Comme les anachorètes du IIIe siècle en Égypte, le
moine vit, dans la prière, l’attente de la parousie du Christ. Il relativise
radicalement le présent, le mettant sans cesse en relation avec la fin des
temps. Mais, en même temps, le Christ qui est déjà venu lors de son premier
avènement, lui fait vivre le présent dans l’Esprit-Saint qui demeure
à jamais avec nous. S’attacher à la première venue du Christ, c’est faire
contrepoids à l’attente de son retour. Cette tension entre le début et la
fin n’est évidemment pas aisée à vivre. Aussi quelques critères se révèlent
nécessaires — et l’A. entend les proposer — pour que garder au présent
sa tension eschatologique soit possible au moine et puisse le protéger
de la fascination de la « modernité ». Pour ce faire, la règle de saint
Benoît est une source lumineuse de discernement. — H. JACOBS, S.J.

Vie de l’Église

BORDEYNE Ph., VILLEMIN L. (dir.), Vatican II et la théologie. Perspectives
pour le XXIe siècle
, Paris, Cerf (Cogitatio Fideil, 254), 2006, 13,5 x
21,5 cm, 272 p., 32,00 €.

Fruit d’un premier colloque consacré par les facultés de théologie de
Paris, Louvain et Laval aux recherches sur le concile Vatican II, cet excellent
ouvrage suit la division désormais classique par les grandes constitutions
conciliaires : sur la Liturgie (Sacrosanctum Concilium), sur l’Église
(Lumen gentium), sur la Révélation (Dei Verbum) et sur l’Église dans le
monde (Gaudium et spes). La question capitale de l’interprétation (« l’herméneutique
 ») des textes est largement traitée dans ces études : faut-il
se régler sur l’intention des textes, leurs commentaires, leur réception ?
L’approche du Concile a été plutôt historico-critique, puis dialectique ;
on a ensuite juxtaposé les lectures, avant de procéder synthétiquement
— voire rhétoriquement : n’est-il pas l’heure de « rethéologiser » ? —
N. HAUSMAN, S.C.M.

KÜNG H., Mémoires.Mon combat pour la liberté, Paris / Ottawa, Cerf /
Novalis, 2006, 15 x 24 cm, 574 p., 44,00 €.

Agrémenté de quatre cahiers photographiques, écrit dans un style
alerte, ce premier volume des mémoires (jusqu’en 1968) d’un théologien
toujours en quête de « liberté » permet de comprendre, entre les
lignes, les conflits nombreux qui font ici la part belle à leur principal
protagoniste — on y rencontre tôt « l’ambitieux Wojtyla » (100), très
souvent K. Rahner, Jean XXIII, Paul VI, parfois Congar (484) et jusqu’à
l’obsession, un certain Ratzinger. Les portraits sont souvent si féroces
(Philips : « ce dogmaticien savant et roublard de Louvain », 421), et les
enjeux, si personnalisés, qu’il est difficile, pour le lecteur empathique,
de suivre l’auteur dans sa permanente autoglorification. En quittant ce
vrai Suisse amoureux de son lac, on se prend à aimer que l’Église catholique
ne repose pas d’abord sur la carrière des plus doués de ses enfants.
— N. HAUSMAN, S.C.M.

DANNEELS G. et alii, Venez et voyez. Bruxelles – Toussaint 2006, Namur,
Fidélité (coll. Colloqium), 2006, 14 x 21 cm, 114 p., 6.00 €.

C’est un paradoxe que de féliciter une maison d’édition pour la rapidité
de la publication des actes d’un événement, avec plusieurs mois de
retard sur sa mise en circulation. Pour ne pas traîner nous rappellerons
seulement ici les noms des intervenants et les thèmes proposés lors de
cette quatrième édition du rassemblement « Toussaint ». On s’en souvient,
l’appel lancé, « Venez et voyez », et Mgr De Kesel en resituent bien
la place dans la suite des autres « Toussaint » et l’attente du suivant à
Budapest. Mgr Danneels, méditant sur ce que représente « évangéliser »,
place le congrès sous la mouvance de l’Esprit, dans un essai substantiel
et coloré comme il en a le secret. On aura alors, dans l’ordre des interventions :
« Le chrétien, l’ami des pauvres » par Andrea Ricardi ; « Avant
même que Philippe ne t’appelle, alors que tu étais sous le figuier, je t’ai
vu » (Jn 1,48) par Timothy Radcliffe, o.p. ; « Le grand mystère de l’Eucharistie
 » par Nicolas Buttet et « Prière et évangélisation » par le frère Enzo
Bianchi. Pour connaître les intervenants, on peut se contenter d’inviter
à solliciter un moteur de recherche sur Internet au nom de « San Egidio
 », « ordre de saint Dominique », « eucharistein » et « communauté de
Bose »… Il reste que la trace imprimée de leurs interventions si variées
et suggestives gagnera a être méditée à tête reposée. Elles sont toutes de
belle venue et pleines de l’Esprit invoqué d’entrée « de jeu » par le cardinal
Danneels. — J. BURTON, S.J.

FROST F. (Mgr), L’Église se trompe-t-elle depuis Vatican II ?, Paris, Salvator,
2007, 14 x 21 cm, 224 p., 19,90 €.

Dès la préface de Mgr G. Bagnard, on sait que l’ouvrage est une réponse
(commandée) à la Lettre à nos frères prêtres que la Fraternité Saint-Pie X
rendit publique à Rome, « quasiment sous les fenêtres du Vatican », le
2 février 2004. L’analyse théologique est rigoureuse (elle repère exactement
les omissions et défauts de perspective de la Lettre), précise (elle
part de l’anthropologie christologique de Jean-Paul II, qu’elle défend
contre l’accusation de modernisme), exacte (en particulier sur la notion
de « hiérarchie des vérités » à Vatican II et l’analogie de l’être) ; elle médite
le rôle de la charité dans l’acte de foi et ne craint pas d’avancer vers les
thèses fortes (la possibilité du martyr hors des frontières visibles de
l’Église catholique, la reconnaissance de la bonne foi des hérétiques…)
et elle défend de chaque grief porté contre lui le cardinal W. Kasper
(voire, Ratzinger). Elle admet aussi, comme il se doit, l’herméneutique
du dogme et donne quelques exemples de réinterprétation (dont la
Déclaration luthéro-catholique sur la justification, mais aussi le subsistit
in
de LG 8) ; bref, elle montre dans la nature sacramentelle de l’Église
le fondement de l’œcuménisme, si bien qu’au terme, la Lettre aux prêtres
manifeste son ecclésiologie nestorienne (l’Église comme société
parfaite, sans plus). Pour finir, sont passées en revue les initiatives œcuméniques
récentes, toutes fécondes dans leur ecclésialité. Un ouvrage
exigeant, à étudier de près pour mieux aimer l’Église de Vatican II. —
N. HAUSMAN, S.C.M.

SECKLER M., Aux origines de l’école de Tübingen. Johann Sebastian
Drey, brève introduction à l’étude de la théologie (1819)
, Paris, Cerf
(coll. Patrimoines christianisme), 2007, 14,5 x 23,5 cm, 400 p.,
39,00 €.

Moins connu que son célèbre disciple J.A. Möhler, Johann Sebastian
Drey (1777-1853) est le fondateur, initiateur et inspirateur de l’école de
théologie catholique de Tübingen. Penseur libre et intrépide, le premier
à avoir introduit l’idée de l’évolution dans l’étude du dogme, il a créé
l’apologétique moderne, distincte de la théologie et de la polémique.
Son œuvre fondamentale, au titre peu attrayant, Brève introduction à
l’étude de la théologie qui prend en considération le point de vue scientifique
et le système catholique
(1819), louée en son temps par les théologiens
protestants eux-mêmes, est traduite ici pour la première fois en
français. « Parue il y a deux cents ans, elle n’a rien perdu de sa fraîcheur :
son ample regard sur la théologie dans sa totalité n’est pas dépassé
aujourd’hui » (card. Ratzinger) ; des théologiens tels que Chenu et Congar
s’en sont inspirés. Analysant les différentes déterminations contenues
dans son titre, Max Seckler, évêque de Stuttgart, en explicite l’originalité :
l’unité entre ecclésialité, scientificité et ouverture aux problèmes
du temps. Drey ramène la connaissance empirique et historique du
christianisme, religion concrète, spécifique, positive, à une seule idée,
une idée vraie de la raison, qui est en même temps l’idée vraie de toute
religion : le Royaume de Dieu. L’ouvrage est enrichi de contributions des
cardinaux J. Ratzinger et W. Kasper et d’une postface de Mgr. J. Doré. —
P. DETIENNE, S.J.