Recensions parues dans ce numéro…

Vie consacrée

LEROY J., Études sur le monachisme byzantin, Bégrolles-en-Mauges, Abbaye
de Bellefontaine (Spiritualité orientale, 85), 2007, 15 x 21 cm, 480 p.,
35,00 €.

L’A. était moine d’En-Calcat. Né en 1916, il est mort en 1987. Son œuvre
fut consacrée à la fois à l’histoire monastique et à la codicologie. Ses
recherches sur le monachisme byzantin n’ont guère vieilli, et l’on se
réjouira de trouver ici rassemblées nombre de ses études, dispersées
dans diverses revues. Elles sont présentées selon un classement chronologique
et, quand il y a lieu, elles sont accompagnées d’une brève
actualisation bibliographique. Deux index — l’un des noms propres,
l’autre des manuscrits cités — rendent la consultation de cet ouvrage
particulièrement aisée. On y trouvera d’innombrables informations,
mais toujours accompagnées de réflexions fort éclairantes sur la signification
et la portée de la vie des moines, tirées de leur histoire et de leurs
écrits. Ainsi, pour J. Leroy, ce qui distingue l’état monastique de l’état
ascétique des vierges et des ascètes antérieurs à l’apparition du monachisme,
c’est que la profession y est une « renonciation » générale dont
les vœux ne sont qu’une conséquence nécessaire. On s’arrêtera avec
profit aux passages où l’A. s’efforce de retrouver par l’histoire le sens
originel de la vocation des moines et des moniales. Il ne s’agit pas pour
eux de chercher à faire « l’expérience de Dieu », mais bien de chercher à
Lui plaire. Ce qui pour eux est en jeu, ce ne sont pas des « idées », c’est
un agir. Dans cette volonté de plaire à Dieu, la plus grande importance
est accordée à l’Évangile et à la communauté. À côté des grandes figures
les plus connues du monachisme, on aimera découvrir les personnalités
attachantes de saint Théodore Studite et de saint Athanase
l’Athonite. Ces saints, et bien d’autres que J. Leroy connaissait admirablement,
nous enseignent que le cénobitisme primitif n’a rien voulu
d’autre que d’être, au milieu des compromissions générales, « un humble
retour à l’Évangile intégral ». Ce qui fait l’essence commune du
monachisme, c’est l’« apotagè », renonciation générale à tout ce qui
n’est pas présenté par l’évangile comme étant l’idéal du Christ. À cette
renonciation, chaque forme de vie monastique ajoute sa différence
spécifique. Ainsi, dans la vie cénobitique, l’« hypotagè » s’ajoute à
l’« apotagè » : c’est la « sujétion dont le modèle est le Christ » qui a pris
la forme d’esclave et a lavé les pieds de ses disciples. C’est pourquoi les
cénobites s’estiment les derniers des hommes et les esclaves de tous. —
H. JACOBS, s.j.

BARSOTTI D., Entrer dans la vie. Commentaire spirituel du prologue de la
règle de saint Benoît
, Bégrolles-en-Mauges, Abbaye de Bellefontaine (Vie
monastique, 43), 2007, 15 x 21 cm, 256 p., 19,50 €.

On connaît la profondeur spirituelle des écrits de Don Divo Barsotti. On
n’ignore pas non plus la richesse du Prologue de la Règle de saint Benoît.
Suite de méditations plutôt que commentaire, ce nouvel ouvrage de l’A.
reprend les thèmes fondamentaux de la spiritualité monastique tels que
saint Benoît les présente au seuil de sa règle. Vingt-et-un chapitres vont
ainsi nourrir une réflexion qui nous conduira de l’obéissance et du combat
spirituel à la foi, à l’humilité, à la vie dans la « divine présence ». On
y trouve des pages très belles sur les sens spirituels, la lectio divina, la
conversio morum. Le texte de saint Benoît est déployé dans toutes ses
harmoniques. On aimera la remarque de l’A. qui met en évidence l’insistance
du saint sur la paternité divine. On appréciera la justesse de ses
propos sur les tentations contre la foi chez les contemplatifs. Ceux-ci,
affirme l’A., peuvent y accueillir les purifications indispensables. On
sera également d’accord avec ce que précise l’A. à propos de la lectio
divina
 : « Une certaine initiation biblique est nécessaire, non en tant
que la Sainte Écriture est parole de Dieu, mais en tant que c’est la parole
de Dieu incarnée dans celle de l’homme. » — H. JACOBS, s.j.

ROBERTS A., Tendre vers le Christ. Une initiation à la profession monastique,
Bégrolles-en-Mauges, Abbaye de Bellefontaine (Vie monastique, 46),
2007, 15 x 21 cm, 400 p., 24,50 €.

Une première édition de cet ouvrage a été publiée en français, au
Canada, en 1992. Une nouvelle édition suivit en anglais, en 1993. En
voici maintenant une révision, présentée pour la deuxième édition
française et la troisième en anglais. L’A. y reformule le sens général de la
profession monastique et y exprime de manière renouvelée ses composantes.
Il s’imposait, dans le monde contemporain sécularisé de repenser
la profession monastique. L’A. le fait à la lumière, avant tout, de
l’exhortation papale Vita consecrata. Le lecteur y trouvera une appréciation
positive de la tradition, mais alliée à une sensibilité aux situations
actuelles. Le point focal de cet ouvrage concerne le rapport entre
la profession monastique et les « conseils évangéliques ». Ce qui conduit
naturellement à renforcer le caractère christocentrique de la forme de
vie des moines et des moniales. Les vœux reçoivent, en effet, leur sens,
non seulement du charisme particulier de chaque Institut, mais avant
tout de la tradition évangélique vivante à la suite de Jésus. Cette réflexion
est centrée sur l’expérience bénédictine. Elle étudie l’entrée au monastère,
les racines de la vie monastique, les engagements de la conversatio,
la chasteté, la pauvreté, l’obéissance, la stabilité, la spiritualité et la
profession. Enrichie de nombreuses bibliographies, couronnée par un
index thématique, cette étude mérite de se ranger parmi les meilleures
introductions au sens de la vie monastique. — H. JACOBS, s.j.

BOISVERT L., Personnes consacrées dans une association de fidèles, Montréal,
Médiaspaul, 2007, 12,5 x 19 cm, 96 p., 9,80 €.

Ce petit ouvrage sera très utile aux lecteurs de la revue car, avec justesse
et clarté, il fait le point sur le long processus de réflexion touchant la vie
consacrée, qui va de Vatican II à Vita consecrata. Silvia Recchi explique,
dans la préface, le propos de l’A. Il s’agit, en regard de la consécration
baptismale, de déterminer ce qu’est la « nouvelle consécration » qui, à
l’intérieur de différents projets évangéliques, répond à l’appel du Christ
et adhère à Lui par la pratique effective de la pauvreté, de la chasteté et
de l’obéissance. Il faut bien comprendre comment cette consécration
nouvelle et particulière s’exprime à travers de nombreuses formes
institutionnelles de vie consacrée officiellement reconnues, en même
temps qu’à travers de nouvelles formes de vie, souvent organisées en
associations de fidèles. Il importe de bien distinguer cette consécration
de vie d’avec la « vie consacrée » au sens défini par le droit canon. L’A.
présente donc en les distinguant avec précision, les formes traditionnelles,
les formes nouvelles, les associations de fidèles, où s’inscrit
aujourd’hui la consécration de ceux qui mettent leur existence au service
du Royaume de Dieu. Mais dans ces questions, tout n’est pas encore
pleinement clarifié. Leur complexité explique l’incertitude des spécialistes
et justifie leur prudence. — H. JACOBS, s.j.

CENCINI A., Éduquer, former, accompagner. Une pédagogie pour aider une
personne à réaliser sa vocation
, Nouan-le-Fuzelier, Béatitudes, 2007, 13,5 x
20 cm, 112 p., 13,90 €.

En quelques lignes, on ne saura que recommander vivement la lecture
et l’appropriation personnelle de ce livre exceptionnel. De l’auteur du
remarqué Les sentiments du Fils (éd. du Carmel, Toulouse, 2003) on ne
pouvait s’attendre à moins. La proposition fondamentale est claire. Tout
accompagnement spirituel visant au déploiement authentique de la
personne devra se rendre attentif au mouvement de sa vie trinitaire : « Le
Père éduque, le Fils forme, et l’Esprit saint, dulcis hospes animae (le
doux visiteur de l’âme), accompagne ». (p. 10) La doctrine de la théologie
spirituelle qui éclaire les développements psycho-pédagogiques de
ces enseignements (délivrés lors d’une session en Pologne) est aussi
simple que radicale : la croix glorieuse du Christ. Á l’énoncer ainsi, un
peu brutalement, rien de plus classique, on en conviendra. L’intérêt
majeur de ce livre, au style vif, imagé, est d’en déployer clairement et de
manière très structurée, les implications concrètes à chaque étape de
l’intégration de la vie du croyant en chemin de sainteté. La figure du
Samaritain lépreux — que n’évoque pas notre auteur — me semble ici
exemplaire : connaissance de sa lèpre, venue auprès (et encore à distance)
de Jésus, « …maître, ayez pitié de nous », obéissance et confiance
au cours d’un chemin paradoxal selon la Loi, purification, retour à l’origine
de la guérison, action de grâce au Christ en « Gloire à Dieu », être
relevé et recevoir de Lui la liberté d’un chemin « semblable » au sien, vers
Jérusalem… Que cette évocation atteste — sans la trahir, espérons-le —
l’excellence de ce livre qui ne peut que nous laisser en attente d’autres
textes que nous souhaitons vivement. — J. BURTON, s.j.

MATURA Th., François d’Assise. Héritage et héritiers huit siècles après,
Paris, Cerf (l’histoire à vif), 2008, 13,5 x 21,5 cm, 132 p., 13,00 €.

L’A., franciscain, évoque ici les transformations du franciscanisme postconciliaire.
Les deux pôles majeurs sur lesquels le mouvement franciscain
a fondé son identité, la Règle et la personne de François, restent
d’actualité, mais ils nécessitent une double évolution. D’une part : d’un
texte législatif sec, dépassé en bien des points, corrigé au cours des siècles
par des Déclarations papales, et praticable uniquement à l’aide de
fictions juridiques, dans un régime d’expédients et de dispenses…, il
convient de passer au projet évangélique tel que le proposent les Écrits
de François (trop longtemps négligés, et dont un tiers est constitué de
prières), dans lesquels il se montre véritablement théologien et mystique.
D’autre part : de la place centrale accordée à la figure de François
(considéré successivement comme l’alter Christus stigmatisé, XIIIe-XVe ;
l’ermite contemplatif et ascète, XVIe-XVIIIe ; le « romantique » des Fioretti,
ami des animaux, patron des écologistes, XIXe-XXe)…, il convient de passer
à la centralité du projet, dont le cœur est l’évangile du Christ. L’ouvrage
est publié à l’occasion du huitième centenaire de l’approbation
papale du mouvement franciscain (1209). — P. DETIENNE, s.j.

VAN PARIJS M., Uno con tutti. Essere monaci oggi, préface d’E. Bianchi,
Qiqajon, Bose, 2008, 13 x 20,5 cm, 168 p., 12,00 €.

« Est-ce encore le temps de parler des moines ? » À cette question quelque
peu provocatrice, posée par Enzo Bianchi dans la préface, nul
doute que l’ancien abbé de Chevetogne, Michel Van Parijs, auteur des
conférences et articles rassemblés dans cet ouvrage, apporte une
réponse positive. Dans les domaines de la culture, de la vie spirituelle
et du service, la vie monastique dispose en effet d’une richesse spécifique
susceptible de parler au monde contemporain. Le patrimoine
culturel des monastères promeut des valeurs telles que la gratuité, le
silence, mais aussi le respect des plus faibles, par la régulation des
relations entre abbé, chapitre et communauté, susceptible de prévenir
tout autoritarisme. Le rythme régulier de la vie monastique, partagée
entre prière, travail, repas et repos, fournit une véritable « écologie du
temps » précieuse pour notre monde hyperactif, même si les moines,
pas plus que leurs contemporains, n’échappent au risque de l’agitation
et de la dispersion. La paternité spirituelle pratiquée dans la vie monastique
est susceptible d’aider au discernement dans la vie chrétienne,
au service de la grâce que Dieu seul donne, dans la conscience que
l’unique véritable père spirituel est le Christ lui-même. Quant à l’hospitalité,
caractéristique de la vie monastique depuis son origine, elle est
également précieuse dans le contexte actuel et se développe particulièrement
auprès d’hommes et de femmes à la recherche souffrante de
Dieu. Même si l’ouvrage rassemble des contributions parues à des
moments et des lieux différents (y compris dans la revue Vies consacrées,
pour ce qui est de la contribution sur la paternité spirituelle), il
fait preuve d’une belle unité, à la double source des grands textes
fondateurs de la vie monastique et de l’expérience personnelle de l’A.,
connaisseur averti du monachisme, tant d’Occident que d’Orient. —
B. MALVAUX, s.j.

Spiritualité

UN FRÈRE CARME, L’Hésychia. Chemin de la tranquillité surnaturelle et de
la fécondité ecclésiale
, Toulouse, Éditions du Carmel (coll. Carmel vivant,
série Eremos, 2), 2008, 11 x 17,5 cm, 144 p., 11,00 €.

L’Hésychia est le deuxième volume publié dans cette série dont il maintient
le style ascétique conforme à son propos. Une courte introduction
cherche à démontrer pour le moine la nécessité de l’hésychasme, c’està-
dire d’un mode de vie érémitique détaché de tout ce qui est susceptible
de l’éloigner de Dieu. Après cela, l’opuscule déploie et commente
amplement, chapitre après chapitre, la parole adressée à Arsène : « Fuis
les hommes, tais-toi et reste tranquille », en accordant au conseil central
du silence la place la plus importante, soit plus d’un tiers du livre.
Essentiel, il doit conduire l’ermite à être exposé à la lumière de l’Amour
et à laisser le Christ opérer librement en lui une transformation salvatrice.
Associé à la tranquillité, le silence mènera l’âme à vivre dans une
étroite union au Fils et révélera une réelle fécondité apostolique.
En conclusion l’auteur voit dans la triple injonction qu’il commente
« le condensé de tout l’itinéraire de divinisation de l’homme » (p.139).
Il nous reste à savoir si c’est le seul. — S. WAEFFLER.

ZUNDEL M., Quel homme et quel Dieu ? Retraite au Vatican (nouvelle édition),
Saint-Maurice, Éditions Saint-Augustin, 2008, 14 x 21 cm, 360 p.,
21,00 €.

Invité à prêcher, au pied levé, devant le Pape et les cardinaux de curie,
la retraite annuelle du Vatican (1972), Maurice Zundel, âgé alors
de 75 ans, se trouve condamné à une « périlleuse improvisation ».
Il reprend ici, dans une vingtaine de causeries (enregistrées au magnétophone
et révisées en vue de leur publication, un travail qu’il termina
en 1975 et qui hâta son décès), les thèmes qu’a développés son Je est
un autre
(1971). Les titres des chapitres sont éloquents : « L’éternelle
enfance de Dieu » ; « Jésus, ou la pauvreté divine » ; « Marie, la vérité d’un
rêve »… Dans le contexte de la crise de Mai 68, dont il relève les éléments
positifs et les ambiguïtés, il nous propose un Dieu présent au
cœur de notre liberté comme condition même de cette liberté. L’ouvrage
est enrichi par une préface du P. Carré, qui a récolté quelques précieux
témoignages. — P. DETIENNE, S.J.

SURIN J.-J., Questions sur l’amour de Dieu, Paris, Desclée de Brouwer
(coll. Christus, 95, Textes), 2008, 13 x 20 cm, 200 p., 19,00 €.

Si, au dire de Michel de Certeau il y a plus de 40 ans, l’état des écrits de
Surin (1600-1665) ressemblait « à un champ de ruines », nous voici en
mesure d’aborder en toute sécurité (si tant est qu’elle soit assurée en
matière d’édition, en l’absence de l’autographe) le dernier texte du
P. Surin. On ne peut le lire, le méditer, l’« entendre » sans émotion. En
effet, « les chapitres successifs ne développent pas une doctrine abstraite ;
issus d’un itinéraire personnel de résurrection [on se souvient
des longues années de troubles mentaux dont Surin vient d’émerger
grâce à la confiance d’un compagnon (le P. Bastide), ils font entrer dans
la dynamique d’une existence recomposée. […] Les lire constitue une
expérience où les affects les plus fondamentaux sont touchés. » (introduction,
p.25) A cette expérience, le P. Henri Laux s.j., responsable de
cette édition minutieuse, nous introduit avec cette pénétration que
seule une fréquentation assidue peut apporter. C’est à cette fréquentation
« engagée » qu’il faut se laisser inviter car « l’appel est constant d’aller
au lointain des océans, de se reposer dans le grand large » (introduction,
p.26). La langue, admirable, de ce traité, et le vocabulaire spirituel
propre à ce XVIIe siècle mystique, ne nous sont plus immédiatement
accessibles. Leur « étrangeté », paradoxalement, renforce la vigueur des
motions que, pourtant, ils font naître en nous pour peu qu’une, voire
deux (si pas même une troisième, à haute voix) lectures nous éveillent
à ce dont il s’agit : « De l’amour de Dieu pur et parfait » ; « Du moyen d’acquérir
facilité à cette pratique de tout faire pour Dieu » ; « Des richesses
spirituelles qui accompagnent cette pratique d’aimer Dieu purement,
le cherchant en toute choses ». Les index des thèmes, des noms et des
citations de l’Écriture fourniront encore des pistes de relectures et
d’exercices spirituels appropriés. — J. BURTON, s.j.

ZORDAN D., Connaissance et mystère. L’itinéraire théologique de Louis
Bouyer
, Paris, Cerf (Théologies), 2008, 13,5 x 21,5, 816 p., 48 €.

L’œuvre de Louis Bouyer (1913-2004), ample et vigoureuse, compte
parmi les grandes recherches théologiques de notre temps. Nous y
découvrons la passion du « métier de théologien » au service de l’Église
et de sa communion. La même intention a guidé l’auteur de cette étude
magistrale, publiée sous un titre qui juxtapose deux réalités transmises
par l’Écriture sainte aux croyants et devenues partout présentes dans
l’œuvre de Bouyer : « Connaissance et mystère ». Le livre comporte trois
parties. Intitulée « Fondements », la première remonte à la source de la
théologie de Bouyer : la Parole de Dieu (ch. 1e), assimilée dans la célébration
liturgique (ch. 2), influant sur toute l’existence (ch. 3). La
deuxième, « Dialogue », suit Bouyer dans ses contributions œcuméniques
(ch. 5) ; la référence à Newman est retenue (ch. 6). La troisième
partie, « Synthèse », est consacrée aux systématisations de la maturité :
la christologie (ch. 7), l’ecclésiologie, la confession trinitaire, l’assomption
de tout l’univers dans la charité divine (ch. 8). Le livre se déploie
somptueusement. Sa publication coïncide avec la réédition, par le
même éditeur, de quelques ouvrages épuisés de Louis Bouyer —
notamment à propos des états de vie dans l’Église. L’auteur récapitule,
explique, nous rejoint dans nos requêtes intellectuelles et spirituelles.
Sa remarque (en passant) sur le lecteur de Bouyer peut être appliquée
au sien : « il est vite captivé » (p. 30) par cette théologie tellement stimulante.
— P. PIRET, s.j.

DUPLEIX A. (Mgr), Prier à Ars avec Jean-Marie Vianney, Paris, Desclée de
Brouwer, 2009, 10,5 x 17,5 cm, 150 p., 12,00 €.

En 1986, l’auteur avait déjà publié un ouvrage sur le Curé d’Ars. En
s’appuyant sur cette étude, il nous offre ces pages qui, dans l’esprit de
la collection, présentent Jean-Marie Vianney en mettant en valeur le
lieu même d’Ars. Le parcours se fait en dix étapes, chacune permettant
de prier et de méditer au contact de la vie, des paroles et du témoignage
du saint curé. Une courte biographie du saint est donnée en
liminaire, tandis que cinq annexes précisent à la fin telle ou telle question.
L’auteur a très justement suivi l’itinéraire spirituel de saint Jean-
Marie, en mettant en évidence que « seul l’amour en son sommet a
guidé cet homme ». Celui-ci avait correspondu à la parole prophétique
de son vicaire général qui lui avait dit : « il n’y a pas beaucoup
d’amour du Bon Dieu dans cette paroisse, vous y en mettrez ! ». —
H. JACOBS, s.j.

BERNARD-MARIE ofs, Sept regards sur François d’Assise, Paris, Lethielleux/
Parole et Silence, 2009, 11,5 x 19 cm, 138 p., 12,00 €.

Membre de la Fraternité franciscaine séculière, l’auteur a été enseignant
à l’Institut catholique de Paris. Se référant sans cesse aux écrits mêmes
de saint François, il offre une suite de brèves études consacrées à des
aspects particulièrement significatifs de l’expérience spirituelle du
saint. On notera les pages où il analyse le Cantique des créatures qui avait
fait l’objet naguère de sa thèse de doctorat. En annexes, il nous présente
sa traduction littérale du Cantique des créatures et du Testament de
1226. Pour lui, l’humilité est l’âme même de la pauvreté, et l’abaissement
exprime le cœur du projet religieux de François. La fraternité et
la minorité en expriment les dimensions les plus caractéristiques. —
H. JACOBS, s.j.

SAINT FRANÇOIS D’ASSISE, Chemin vers le silence intérieur. Mon Dieu et mon
tout !
, Paris, Parole et Silence, 2009, 11,5 x 19 cm, 114 p., 10,00 €.

F. Delmas Goyon a déjà publié Saint François d’Assise, le frère de toute
créature (coll. Cahiers du Collège des Bernardins, nos 85-86). Dans
le présent opuscule, après avoir esquissé en quelques pages ce que
fut la vocation spirituelle de François, il nous offre un recueil de
textes du saint, sobrement introduits et nous donnant de pouvoir
puiser directement liberté, louange et joie à la source d’Assise. —
H. JACOBS, s.j.

BRUDERE B., « Je me sens la vocation de prêtre » (Ms B 2 v°). Enquête sur
le sacerdoce commun chez Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte-Face et
l’apport de son expérience pour l’accomplissement de cette vocation
aujourd’hui
, Paris, Cerf, 2007, 21 x 13 cm, 624 p., 45,00 €.

Le prix de Lubac (Rome, 2005) a couronné le travail de thèse que publie
cet ouvrage sur un difficile thème thérésien. À partir des auteurs récents,
on y traverse le Concile Vatican II par les chemins du sacerdoce commun,
entendu comme sacerdoce de communion. Le minutieux relevé
du vocabulaire de Thérèse relatif au sacrifice permet ensuite de dégager
quatre thèmes (ne rien refuser à Jésus, donner ce qu’on a de plus
cher, accepter les croix intérieures, offrir même le rien que l’on ressent) ;
des textes-« sommets du sacerdoce thérésien » sont alors traversés
(l’Offrande à l’Amour, le fameux « jeter des fleurs », la table des pécheurs,
la prière sacerdotale du Christ). Ainsi, Thérèse se révèlerait « comédiatrice
 » avec Jésus (429), au long d’un cheminement qui la voit passer du
« je choisis tout » au « je donne tout ». En conclusion, c’est quand elle
s’identifie au sacerdoce de l’Église-Épouse que Thérèse trouve sa vocation,
le sacerdoce royal, qui est aussi sacerdoce de la charité (583-584).
Est-ce tout dire ? — N. HAUSMAN, s.c.m.

DESCOUVEMONT P., Dieu souffre-t-il ?, préf. card. Cottier, Paris, Éditions de
l’Emmanuel, 2008, 13 x 21 cm, 192 p., 15,00 €.

L’A. commence par rappeler la doctrine traditionnelle d’un Dieu, Amour
trinitaire, à la fois impassible et compatissant. Il relève le paradoxe de la
présence simultanée de la joie et de la souffrance en Jésus. Qu’il ait souffert
dès le début de son incarnation est une vérité, dit-il, que les évangiles
ne mentionnent pas explicitement, mais que l’Esprit saint a enseignée
aux disciples ; le Christ a senti, en sa passion, peser sur lui la colère
du Père contre le péché ; ressuscité, il est en agonie jusqu’à la fin du
monde. L’A. se tourne alors vers les « théologiens de la kénose de Dieu » :
Zundel ; Varillon ; Balthasar ; Martelet ; Moingt ; Jürgen Moltmann, protestant ;
Hans Jonas, juif. Il croit déceler chez eux une influence de Hegel,
qui admet un devenir en Dieu. Il résume ainsi leur position : au sein de
la Trinité, Dieu renonce à rester seul ; en s’incarnant, il renonce à être
heureux ; il est comme obligé de créer le monde ; il renonce à le gouverner… :
une thèse qui, conclut l’A., « fait de Dieu un Être totalement
incohérent, et quelque peu sadique ». Il y décèle la résurgence d’une
pensée ésotérique très ancienne, aux relents monophysites, qui contredit
des aspects essentiels de la Révélation. En appendice : une apologie
de l’offrande « grande et généreuse » à la justice de Dieu. La préface est
du cardinal Cottier. — P. DETIENNE, s.j.

BERNARDOT M.-V., Catherine de Sienne. L’audace de la parole au service
de l’Église
, Paris, Cerf (Trésors du christianisme), 2008, 13,5 x 19,5 cm,
96 p., 10,00 €.

CATHERINE DE SIENNE, Les lettres, tome I : Lettres aux papes Grégoire XI et
Urbain VI, aux cardinaux et aux évêques
, Paris, Cerf (Sagesses chrétiennes),
2008, 12,5 x 19,5 cm, 240 p., 22,00 €.

Reprenant un opuscule paru d’abord en 1941, les éditions du Cerf nous
restitue une irremplaçable introduction à l’une de celles qui est devenue,
depuis, docteur de l’Église. Elle aussi confesse, comme le fera
Jeanne d’Arc, « l’Église, c’est la même chose que le Christ » (54). On peut
plonger ensuite dans les fameuses Lettres (parfois de sa main, car elle
apprit tardivement à écrire), non sans s’y laisser conduire par E. de
Clermont-Tonnerre qui note dès l’entame : « elle a échoué partout …
[mais], c’est dans l’accompagnement, la direction spirituelle qu’elle est
un maître » (18). Et de fait, si le Christ est l’Époux et l’Église, son Épouse,
Catherine, leur fille, va jusqu’à se charger du fardeau des pécheurs, tout
en écrivant à l’un qu’il faut reconstruire entièrement l’Église, et donc
détruire d’abord jusqu’à ses fondements (206), à l’autre, que ceux que
Dieu a placés « dans le jardin de la sainte Église » (les pasteurs), doivent
en être les courageux jardiniers. Une langue de feu (« je veux faire couler
la moelle de mes os pour la sainte Église », 103), issue de la douceur
divine : « soyez patient avec moi… je suis persuadée que Dieu vous
rendra plus sensible à mon affection qu’à mes paroles » (à Urbain VI, 20).
— N. HAUSMAN, s.c.m.

SÉGALEN J.-M., L’évangile du vrai bonheur, Le feu de joie des Béatitudes,
Paris, Éd. de l’Emmanuel, 2008, 13 x 21 cm, 144 p., 14,00 €.

L’A., missionnaire rédemptoriste, propose ici un commentaire familier
des huit béatitudes matthéennes. Il développe surtout la première béatitude,
opposant, dans différents domaines (avoir, savoir, pouvoir, vouloir,
être) pauvreté à combattre et pauvreté à bénir. Il présente Moïse
comme un modèle de douceur. Citant Origène, il affirme la non-impassibilité
de Dieu le Père. Une citation de Benoît XVI résume son propos :
« Les Béatitudes constituent, de manière voilée, une biographie intérieure
de Jésus » Pour tous. — P. DETIENNE, s.j.

POIROT É., Le glorieux prophète Élie dans la liturgie byzantine, Bégrollesen-
Mauges, Abbaye de Bellefontaine (Spiritualité orientale, 82), 2004, 15 x
21 cm, 256 p., 24,00 €.

POIROT É., Pour charter le saint prophète Élisée dans la tradition byzantine,
Bégrolles-en-Mauges, Abbaye de Bellefontaine (Spiritualité orientale, 84),
2005, 15 x 21 cm, 176 p., 23,00 €.

L’auteur de ces deux livres a déjà publié d’autres ouvrages consacrés
aux deux prophètes archétypes du monachisme et de l’Ordre du Carmel :
Les prophètes Élie et Élisée dans la littérature chrétienne antique
et Elie, archétype du moine. Les volumes se structurent autour des textes
liturgiques eux-mêmes (fêtes, offices liturgiques, hymnes, homélies)
d’après la tradition byzantine grecque ou slave, en particulier roumaine,
parce que sœur Éliane, carmélite, habite depuis quelques
années en Roumanie, dans le skite de Stâceni, émanation du Carmel
fondateur de Saint-Rémy (France) qui adopte le rite byzantin. Les textes
sont précédés par une introduction historique et critique (manuscrits
et éditions) et suivis par une analyse détaillée qui en fait ressortir
la richesse spirituelle et théologique, mais surtout, le message prophétique
en vue du renouvellement de la vie monastique. Les volumes sont
également dotés d’une abondante bibliographie et d’index utiles
(biblique et des noms de personnes). Le deuxième volume est enrichi
par un hors-texte iconographique sur saint Élisée, avec photos en couleur,
et un appendice « Addenda et corrigenda » relatif au premier
volume. L’auteur ne manque pas de relever et d’approfondir les liens
spirituels de l’Orient chrétien avec la présence des deux prophètes
dans la tradition spirituelle du Carmel, qui est certainement la source
inspiratrice de ses recherches et de ses publications. — E. BARUCCO,
o.c.d.

PAGLIA V., La Parole de Dieu chaque jour, 2009, Parie, Parole et Silence /
Communauté Sant’Egidio, 2009, 14 x 21 cm, 614 p., 20,00 €.

L’A., conseiller spirituel de la Communauté de Sant’Egidio, propose ici un
commentaire biblique pour chaque jour de l’année. Les textes les plus élaborés
sont réservés aux dimanches : ils concernent les péricopes évangéliques
de l’année liturgique B. Pour ce qui est des jours de semaine, l’A.
suggère une lecture continue de divers livres de l’A.T. (Josué, Juges,
Samuel 1 et 2 ; Rois 1 et 2 ; Job ; Sagesse) et du N.T. (Actes 9-28 ; Corinthiens
1 et 2). Il invite le lecteur, en cours de route, à accueillir dans sa prière quelques
dates significatives : la fête de Pâques orthodoxe, les fêtes juives
(Chavuot, Yom Kippour) et musulmanes (Ramadan, Aïd al-Adha), quelques
anniversaires de décès (Gandhi, Martin Luther King, Romero,
Bonhoeffer, Athénagoras), quelques souvenirs historiques : la visite de
François d’Assise au sultan Malik-al-Kâmil ; le génocide arménien ; la nuit
de cristal ; la destruction de Hiroshima ; la rencontre interreligieuse
d’Assise. L’A. célèbre, par une lecture biblique appropriée, les fêtes d’Abraham,
de Moïse, de Marthe, de Zachée…, sans honorer de la même
manière saint Joseph et la Vierge de l’Annonciation. — P. DETIENNE, s.j.

Témoins

THÉRÈSE DE LISIEUX, Les Cahiers d’école (1877-1888), introduction de
G. Gaucher (Mgr), en collaboration avec le Carmel de Lisieux, Paris, Cerf,
2008, 21,5 x 25 cm, 656 p., 58,00 €.

Introduit lumineusement par Mgr G. Gaucher, voici le dernier-né de la
série des beaux livres qui restituent les plus infimes traces de l’histoire
thérésienne. On trouve plaisir à feuilleter les cahiers scolaires, les livres
de classes ou les cahiers de dessins d’une écolière dont la destinée allait
en toucher tant d’autres. L’instruction que reçut la plus jeune des filles
Martin est impressionnante, en termes de culture générale (avec
ces cartes de géographie, ces chemins d’histoire, ces problèmes de
sciences…). On sourit quand la maîtresse commet elle-même des fautes,
dans les inscriptions qui fustigent l’orthographe de Thérèse, on
admire le coup de crayon exceptionnel, on reconnaît les sources des
grandes compositions ultérieures (l’enfer, la fin du monde, Jeanne
d’Arc, Thérèse d’Avila…). Et on accueille la parcimonie des annotations,
dans l’attente des travaux que la publication de ces trésors d’enfance ne
manquera pas de susciter. — N. HAUSMAN, s.c.m.

VAN DAMME G., Le père Pire, Prix Nobel de la Paix 1958, Namur / Bruxelles,
Fidélité / Racine, 2008, 15 x 23 cm, 192p., 19,95 €.

L’A., journaliste émérite, nous présente le Père Pire (1910-1968),
Dinantais dominicain, nobélisé en 1958. Fondateur, à Huy, en 1938
du Service d’entraide familiale, et en 1949 de l’Aide aux personnes
déplacées (dans des camps autrichiens), il y crée, en 1960, une Université
de Paix pour la promotion d’un « dialogue fraternel » dans un
esprit de sain pluralisme. Suivra alors le fondation des Îles de Paix (au
Bangladesh, en Inde, au Mali…), basées sur le principe du « self help ».
L’A. évoque ses inspirateurs, ses conseillers, ses collaborateurs, ses
rencontres avec les « grands », son anticipation des positions de
Vatican II, son sens de la communication, sa vie de prière, principe
unificateur de son action. Un dernier chapitre fait le point sur
l’après-Pire. Émaillé de citations judicieuses, agréablement écrit. —
P. DETIENNE, s.j.

SŒUR EMMANUELLE, Mon testament spirituel, recueilli par Sofia Stril-Rever,
Paris, Presses de la Renaissance, 2008, 12 x 21 cm, 238 p., 17,00 €.

À la veille de ses cent ans, la chiffonnière du Caire nous entretient à
bâtons rompus de son thème favori (« Dieu est Amour ») dans ses
multiples variations : vieillesse, résurrection, enfants, maternité, Dieu
au féminin… Théologienne traditionnelle, elle aime citer les auteurs
anciens : Socrate, Protagoras, Héraclite, et surtout Marc Aurèle :
« L’obstacle est matière à dépassement. » Elle entretient une tendre
dévotion envers la Vierge Immaculée, qu’elle se plaît à invoquer
devant une Annonciation de Fra Angelico, l’artiste qui nous fait entrevoir
l’invisible dans le visible, et dont elle a retenu : « il n’y a rien que
je pourrais vous offrir que vous ne possédiez déjà. » Prêtons l’oreille
à ses confidences : « J’ai toujours envie de danser ; les signes d’affection
me font du bien ; je voudrais partager davantage ; je n’accepte
pas d’être une privilégiée ; j’ai souffert de la chaleur, des puces,
des rats, des cafards […] j’ai eu la vie la plus passionnante qui soit. » —
P. DETIENNE, s.j.

MARTIN-BAGNAUDEZ J., Petite vie de Robert d’Arbrissel, Paris, DDB, 2008,
10,5 x 17,5 cm, 152 p., 13,00 €.

Fils du curé d’Arbrissel (près de Rennes), auquel il a succédé, Robert
d’Arbrissel (1045-1116), prêtre nicolaïte et simoniaque, s’amende et
devient ermite en 1095. Trois ans plus tard, reconnu comme maître par
de nombreux disciples des deux sexes, il devient prédicateur itinérant.
La proximité que, en vue de vaincre les tentations, il entretient avec les
femmes, pose problème. En 1101, il établit à Fontevraud, entre Angers
et Tours, une communauté mixte. Clercs et laïcs cohabitent ; hommes
et femmes vivent séparés : eux, au travail ; elles, en contemplation. C’est
l’origine de l’ordre fontevriste, ordre mixte, unique en Occident, dirigé
exclusivement par des abbesses (aristocrates) jusqu’à sa suppression, à
la Révolution française. — P. DETIENNE, s.j.

Écriture

COTTIER G., Consacrés dans la vérité. Méditations sur l’évangile de saint
Jean. Retraite prêchée au Vatican (4-9 mars 1990)
, Paris, Parole et silence,
2008, 14 x 21 cm, 208 p., 18,00 €.

Les textes du cardinal suisse Georges Cottier, présentés ici, sont issus
d’une retraite prêchée au Vatican devant Jean-Paul II, durant le carême
1990. Ils forment un ensemble de libres réflexions mûries à la lecture du
quatrième évangile, ordonnées en cinq temps, et déployant harmonieusement
le thème du témoignage. Parce que toute manifestation
demande une préparation, le premier volet est consacré aux témoignages
des précurseurs, des premiers disciples à avoir suivi le Christ. La
figure de Jean-Baptiste y est évidemment première. Puis suivent trois
développements où l’on découvre ce qui est propre au témoignage de
chaque personne de la Trinité. C’est l’occasion de beaux passages traitant
par exemple de la Vérité, de la Liberté, ou encore de la loi nouvelle.
Le dernier chapitre, « le témoignage des disciples », offre une exégèse
contemplative, rare et précieuse, de l’attitude des disciples tout au long
de la Passion, de la mise au tombeau et de la résurrection. Enfin, l’ouvrage
se clôture sur la figure maternelle de Marie à Cana et au pied de la
Croix. À chaque page de ce livre, l’Écriture est le socle et le fondement
irremplaçable sur lequel l’auteur appuie les élévations qui nous entraînent
à la suite du Christ. — S. WAEFFLER.

SUBLON R., Vous scrutez les Écrits ? Ils témoignent pour moi. Lecture suivie
de l’Évangile selon saint Jean
, Paris, Cerf, 2007, 13,5 x 21,5 cm, 208 p.,
20,00 €.

L’A., prêtre, professeur émérite de théologie morale à l’université de
Strasbourg, médecin, chef de travaux en anatomie, psychanalyste,
membre de l’École freudienne de Paris, questionne le texte du quatrième
évangile, un « poème » qu’il cite dans la traduction délibérément
littéraliste de Sœur Jeanne d’Arc. Dès les premières lignes (« Existait
pour commencer le parlant, et son verbe insistait pour commencer un
commencement »), le lecteur est frappé par la prose hexamétrique du
commentaire (« Il demeurait au bord, et s’ouvrait sur l’abîme. Il en
irisait l’eau et faisait tressaillir l’immensité tranquille d’un néant
acéphale »). L’A. châtie sa grammaire (« nous pûmes », « gagnâmes »,
« comprîmes »), privilégie un vocabulaire de cruciverbiste (« la fiance »,
« contadin », « brandiller », « alganon », « ocelle », « barbacole », « savantasse »), affectionne les allitérations savantes (« mirés dans la morte
mare des masses animées d’un mime collectif ») sans bannir un langage
plus populaire : « Le rabbi, dont les suiveurs ont les yeux plus grands
que le ventre, ne tient pas sa langue en poche : il jette un pavé dans la
mare. » Paraphrase narrative, le commentaire se mue fréquemment en
prosopopée : « Le monde dira que ta justice exigeait que je me sacrifie
pour calmer ton courroux. » L’A. étudie le rapport entre voix et parole,
regard et vision … et relève les binaires opposés, lumière-ténèbres,
haut-bas, père-fils, eau-esprit, dont il montre à la fois la différence et
l’implication. Il détecte de l’ironie dans la bouche de Jésus (« as-tu
trouvé cela tout seul ? ») et de l’humour dans celle de Pilate. Il conclut :
« Tout arrive selon les Écrits. » L’ouvrage est enrichi d’une postface de
René Heyer. — P. DETIENNE, s.j.

Histoire

CAMBRON E. et DELABIE D., Où veulent-ils en venir ? Cheminements des
communautés interclaniques en milieu coutumier
, Idiofa (RDCongo),
Editions Kimvuka ya Lutondo, 16 x 24 cm, t. I, 2007, 332 p. ; et t. II, 2008,
425 p.

Le tome I, rassemblant cinq brochures publiées entre 1974 et 1979,
relate l’expérience pastorale vécue parmi la tribu des Ambun au diocèse
d’Idiofa (province du Bandundu). Le titre reprend la question que se
posaient à ce sujet le clergé du lieu et les anciens des villages. Dans cette
région très secouée en 1964 par la rébellion de Pierre Mulele (un Mbun),
et ses séquelles, les auteurs, deux missionnaires oblats belges, ont mis
en route une méthode pastorale différente de celle basée essentiellement
sur l’école. Des « équipes pastorales » tableront sur les clans (eyor
en kikongo) en vue de les rassembler en « communautés de base »
(Kimvuka ya Lutondo, littéralement « Communautés d’Entraide »). La
méthode consiste en une réflexion sur la vie, du type voir-juger-agir, en
vue de prendre à bras le corps les problèmes qui touchent à la vie du
groupe. Le tome II reprend cinq documents écrits entre 1980 et 2006
pour cette démarche. Trois voient comment traiter la maladie, comment
le clan se nourrit, comment sortir de la tendance à voir dans les
difficultés de la vie le résultat d’un sort lancé par quelqu’un. Ils sont
encadrés dans deux chapitres plus généraux : comment conscientiser,
comment construire des communautés chrétiennes en milieu coutumier ?
Si une telle démarche a permis de dépasser la spirale d’accusations
mutuelles et de neutraliser l’influence du fétichisme, les auteurs
estiment que cet effort est actuellement au point mort, récupéré par le
pouvoir traditionnel, voire moderne, et non relayé par les équipes pastorales
actuelles. Ils espèrent néanmoins que, vu les évolutions multiples
en cours, ce blocage sera levé. On le souhaite avec eux, mais ont-ils
raison de voir dans l’immobilisme de la coutume (« on a toujours fait
comme ça ») la cause principale des maux qu’ils dénoncent avec raison ?
Une réflexion dans la ligne de l’anthropologie culturelle sur les
différents aspects de la coutume, sur la manière dont elle a permis à
un groupe humain de survivre et sur son mode d’évolution propre ne
pourrait-elle élargir l’horizon ? Quoi qu’il en soit, on trouvera dans cet
ouvrage une somme impressionnante de faits vécus et de réflexions au
ras du sol. — É. BRION, ss.cc.

ANGÉLIS J.-L., La véritable histoire des Guides et des Scouts d’Europe, Paris,
Presses de la Renaissance, 2008, 14 x 22,5 cm, 360 p., 19,00 €.

Les Scouts d’Europe laissent rarement indifférent. Mais qui sont-ils en
réalité ? C’est à cette question que tente de répondre l’A., membre actif
de l’association, dans un ouvrage appuyé sur une documentation large
et inédite. Qui s’interroge sur l’histoire du scoutisme trouvera d’ailleurs
nombre de références intéressantes et diversifiées dans la bibliographie.
Avec une plume jeune, passionnée, voire un tantinet idéaliste, l’A.
fait littéralement participer son lecteur à la grande aventure qui transformera
le projet de quelques jeunes à Cologne en 1956 en une Fédération
forte de quelques 65.000 membres à travers près de 18 pays européens.
On pourrait croire qu’il considère les Guides et les Scouts
d’Europe comme les derniers tenants d’un scoutisme catholique
authentique. On n’en demeure pas moins impressionné par l’enthousiasme,
la fraîcheur et la foi de tant de jeunes qui transparaissent ici.
Il n’est donc pas sûr que ce livre aille contre les idées reçues. On pourra
aussi déplorer le point de vue très français et le peu de place faite à
l’Association Belge des Guides et Scouts d’Europe. Toujours est-il que
l’ouvrage est d’une lecture capitale pour celui qui, au-delà des a priori,
cherche à connaître et à comprendre. — G. DE LONGCAMP, c.s.j.

Patristique

GRÉGOIRE DE NYSSE, Homélies sur le Cantique des cantiques, trad. A. Rousseau,
préf. B. Pottier, Bruxelles, Lessius, 2008, 14,5 x 20,5 cm, 352 p.,
24,50 €.

Grégoire (335-394), évêque de Nysse, compose, en fin de vie, un commentaire
spirituel du Cantique des cantiques (IVe siècle avant J.-C.) qu’il
laisse inachevé : sa quinzième et dernière homélie traite de 6,1-9. À la
suite d’Origène, dont le commentaire s’arrête à 2,15, il interprète le
poème biblique comme une histoire du salut : le monde est en attente
de l’apparition (en 2,8) de l’Époux (un titre que s’attribuera le Christ,
sans allusion au Cantique). L’épouse, généralement identifiée à l’âme
individuelle, le reconnaît, puis le perd, puis le retrouve. L’A. fait appel
aux sens tant corporels (v.g. les parfums : myrrhe, nard, encens, aloès
…) que spirituels. Il est partout question de paraboles, d’énigmes, de
« significations symboliques », de conjectures par analogie : le mur, c’est
la Loi ; le rocher, c’est la Grâce. Quant aux pommes (2,5), quel plus beau
spectacle pourrait-on imaginer qu’un assemblage de pommes, rouges
et blanches, et légères, et pointant naturellement vers le haut, comme
la vertu ? Au cas où quelque auditeur trouverait une explication plus
adéquate, « nous accepterons cette grâce ». Un chapitre concerne le
banquet eucharistique : le sommeil après l’ivresse, c’est l’action de
grâce après la communion. Un autre chapitre est consacré à Marie,
l’épouse parfaite qui conçoit sans volupté et qui enfante sans douleur.
Un autre encore traite de l’Église, Corps de l’Époux. L’index, qui recense
plus d’un millier de citations bibliques, ignore étrangement l’épître aux
Romains, nommément mentionnée dans les Homélies. La traduction,
agréable à lire, est d’Adelin Rousseau o.c.s.o. L’introduction est due à
Bernard Pottier s.j. : y est esquissé un rapprochement avec les Exercices
spirituels
de saint Ignace. — P. DETIENNE, s.j.

Prière et liturgie

FÉRY R., Jours de Fêtes. Histoire des célébrations chrétiennes, Paris, Seuil
(Les Dieux, les hommes), 2008, 13 x 20,5 cm, 208 p., 15,00 €.

Par cet ouvrage très accessible, l’auteur parcourt l’année liturgique de
l’Avent à la Toussaint. Il vise à améliorer la compréhension de chacune
des treize célébrations étudiées en s’appuyant sur l’Écriture et surtout
sur l’histoire de la pratique de l’Église. Convoquant parfois à l’appui de
ses réflexions le témoignage d’œuvres d’art : musique sacrée, icônes,
tableaux et retables, sculptures et tympans de cathédrales, il offre non
seulement une vision étayée de l’élaboration du calendrier chrétien,
mais aussi un panorama de la piété au fil des âges. En effet, s’il est un
point qu’il faut souligner, c’est bien celui de la variété des sources et de
la documentation au service du propos. Le lecteur attentif s’étonnera
toutefois de voir figurer, dans la bibliographie de ce livre, sainte Égérie
et saint Thomas d’Aquin classés parmi les Pères de l’Église. Assurément,
l’auteur ne s’adresse pas d’abord à un public s’arrêtant à de tels détails…
— S. WAEFFLER

RIVERO M., Prier 15 jours avec le Père Lagrange, Fondateur de l’École biblique
de Jérusalem
, Nouvelle Cité (Prier 15 jours avec…, 122), 2008, 11,5 x
19 cm, 128 p., 12,50 €.

L’A., vice-postulateur de la cause de béatification du P. Lagrange,
esquisse ici sa personnalité religieuse, qu’il expose dans une série d’extraits
de lettres, dédicaces et notes intimes. Il propose quinze considérations
familières, émaillées de détails biographiques, dans lesquelles
sont évoqués : le goût pour la Parole de Dieu de cet émule de saint
Jérôme ; sa passion pour le « salut des âmes », et son souci que ne soit
pas imposée aux chrétiens « une adhésion à ce que l’Église ne leur
demande pas de croire » ; son esprit de prière et sa dévotion mariale ;
son humble et fidèle obéissance face aux incompréhensions et aux attaques :
« Celui qui n’a pas souffert pour l’Église ne sait pas ce qu’est aimer
l’Église »… L’A. n’hésite pas à enrichir ses méditations de citations
diverses et de références à son expérience personnelle. Pour tous. —
P. DETIENNE, s.j.

ROUET A., L’Eucharistie et l’humanité, Québec, Anne Sigier, 2008, 15,5 x
23 cm, 198 p., 18,00 €.

« Ni traité théologique, ni ouvrage de piété »… nous avertit l’A., archevêque
de Poitiers, qui réfléchit ici sur huit expressions tirées de la liturgie
eucharistique : « En alliance pour vous » ; « Pour la vie du monde » ;
« Allez »… Qu’en retenons-nous ? Le Christ nous enjoint de prendre,
manger, boire, non pas de regarder : on ne devrait adorer qu’une hostie
brisée, rompue pour le partage. Faire mémoire est autre chose que
se souvenir : c’est un acte qui condense le temps en un seul instant, qui
en évoque l’entière profondeur : mémoire du passé, espérances pour
l’avenir. Ne pas reporter sur l’eucharistie l’essentiel de la vie chrétienne :
le baptême aussi est un acte de mémoire. Le corps n’est pas une
chose, mais une relation, une révélation, une communication. Nous
communions au corps livré et ressuscité, un corps qui appelle la
confiance et qui n’est reçu qu’en elle. Nous n’incorporons pas le pain
eucharistique : il nous incorpore, l’Esprit faisant le lien entre le corps
historique du Christ, son corps ecclésial et le corps eucharistique.
Unies à l’eucharistie, les deux grandes réalités sont, non pas Marie et le
pape, mais l’Église et l’Écriture. Deux conceptions à condamner : matérialisation
et figuration. Deux dérives à éviter : dévaluation de l’eucharistie
en un simple banquet ; déviation en dévotion privée, isolée du
projet de Dieu sur l’histoire. L’obligation de la messe dominicale a pu
aggraver l’isolement par rapport au reste de la vie. Tout est à lire et à
méditer. — P. DETIENNE, s.j.

MAXENCE J.-L., Anthologie de la prière contemporaine, Paris, Presses de la
Renaissance, 2008, 15 x 22,5 cm, 304 p., 18,50 €.

L’A., poète psychanalyste, a rassemblé ici une série d’élévations spirituelles,
dont la plupart sont des prières. Leurs auteurs ? Des religieux,
des croyants, des agnostiques. Parmi eux, des inconnus qui ont griffonné
leur prose dans un cahier au fond de l’église. Les textes sont
répartis en une vingtaine de sections : face à la mort, à la maladie, aux
catastrophes, au quotidien… Un chapitre est intitulé : « Dans l’esprit
de saint Josemaria Escriva » : « Je demande au Père d’exaucer toutes les
demandes que le pape et mon évêque lui présentent aujourd’hui. » Certaines
compositions sont signées par des artistes de renom : « Je ne sais
pas toujours comment te nommer ; tu as tellement de noms qui n’ont
plus cours » (Mannick) ; « J’ai tout appris par cœur sur le cœur de ma
mère… J’ai même composé quelques pieux refrains… J’ai prêché des
retraites, et pourtant je l’admets : au couchant de ma vie, je ne sais pas
prier » (Gaëtan de Courrèges). L’une ou l’autre prière est adressée à
Marie : « En toi toutes les femmes du monde se reconnaissent […] les
femmes illustres comme les femmes inconnues, celles qui font de l’ordinaire
du quotidien une célébration de la vie. » Parmi les textes anonymes,
relevons : « Père, apprends-nous à devenir des évangiles
vivants, et non des lecteurs de bibles mortes. » L’actualité n’est pas
absente : « Seigneur, retiens le bras de ton peuple, retiens la main
d’Israël, fais taire ses armes. » — P. DETIENNE, s.j.

Questions

VILLENEUVE E., VERVIER J. et RADERMAKERS J., La découverte du tombeau
de Jésus
, Namur, Fidélité (coll. Que penser de… ?), 2007, 12 x 19 p.,
152 p., 10,00 €.

Des travaux d’excavation ont fortuitement déterré, à Jérusalem, en
1980, une tombe bimillénaire contenant une dizaine d’ossuaires,
petits coffrets en pierre, dont certains portent une inscription identificatrice.
Un livre et un film américains la présentent, en 2007, comme
la tombe de la famille de Jésus. La collection « Que penser de ? » s’est
empressée, sous la plume apologétique d’une archéologue et d’un
physicien, de passer au crible les arguments proposés (probabilités,
analyses d’ADN…), tandis qu’un exégète y rappelle le sens de la résurrection
du Christ et de la disparition de son corps : les évangiles s’expriment
en langage symbolique ; ils n’avaient pas du corps et de l’histoire
la même notion que nous en avons aujourd’hui… Méfions-nous
d’une lecture fondamentaliste. Relevons quelques hypothèses. Une
modeste famille de Nazareth posséderait, à 105 kilomètres de distance,
un riche hypogée à Jérusalem. Marie-Madeleine serait l’épouse
de Jésus (comme dans le thriller Da Vinci Code, qui s’inspire de l’évangile
gnostique apocryphe de Philippe, datant de la fin du IVe siècle) ;
qualifiée de Mara (Maître), elle serait la cofondatrice du christianisme.
Leur fils, Judas, serait le « disciple que Jésus aimait » cité dans l’évangile
de Jean, et à qui le Christ, au Calvaire, aurait confié sa mère…
Un symposium a réuni, à Jérusalem, en janvier 2008, une cinquantaine
de spécialistes (épigraphistes et archéologues tant israéliens
qu’internationaux) qui ont très majoritairement exprimé un extrême
scepticisme. Le débat n’est pas clos : les fibres recueillies dans la
tombe seraient compatibles avec celles du linceul de Turin. N.B. : une
autre tombe de Jésus est vénérée à Srinagar, Cachemire indien. —
P. DETIENNE, s.j.

DAVIN J. et SALAMOLARD M., À quand ce Concile ? Manifeste pour un renouveau
de l’Église
, Namur/Saint-Augustin, Fidélité/Saint-Maurice, 2008,
14,5 x 21 cm, 198 p., 17,95 €.

Forts chacun d’une expérience de quarante ans de ministère sacerdotal,
enhardis par le « rêve » confié par le cardinal Martini à ses frères évêques
au Synode de 1999, et dans un style (cf. le titre familier À quand ce
Concile ?
) qui exclut toute prétention autoritaire, les AA. proposent
quelques pistes de réflexion, théologiques et pastorales, sur la lancée de
Vatican II. Elles concernent l’avenir des communautés paroissiales, le
manque de prêtres, la place des femmes, le langage, l’éthique, l’annonce
de la foi, le rôle de Rome, le dialogue interreligieux, la place des exclus…
Comme exemples de suggestions, relevons : une intéressante reformulation
du Credo ; l’adoption, dans la liturgie, de moyens audiovisuels et
de formules improvisées ; la réintégration des prêtres mariés ; la distinction
entre validité canonique et valeurs des ministères non catholiques ;
l’évocation d’un « monsieur le pape » habillé comme tout le monde. Les
revendications sont toutes respectueuses et modérées. Lecture facile et
agréable. Pour tous. — P. DETIENNE, s.j.