Recensions parues dans ce numéro…

Questions

LANDENNE Ph., Peines en prison. L’addition cachée, Bruxelles, Larcier,
2008, 14 x 21 cm, 264 p., 22,00 €.

Fort d’une longue expérience d’aumônier de prison, l’A., prêtre jésuite,
livre ici quelques réflexions extraites du journal de bord qu’il a tenu à la
prison d’Andenne en 2003-2004 : épidémie de décès, grève des surveillants,
émeute fomentée par les détenus… Sa sympathie spontanée pour
les internés n’occulte ni la détresse des victimes et de leurs familles ni la
situation inconfortable du personnel pénitencier, confronté quotidiennement
au risque d’agressions verbales (ou même physiques) de la part
de détenus, dont un grand nombre souffre d’une fragilité psychologique
manifeste, pas toujours suffisamment prise en compte. Il rend
hommage aux membres du staff qui, à tous les échelons, ont fait montre
d’une grande maîtrise, d’un grand courage et d’un grand cœur.
Il plaide les circonstances atténuantes pour les moins compétents et
les moins motivés. La vie carcérale (un oxymoron !) se déroule dans
un climat de haine. Sont particulièrement stigmatisés : l’introduction
subreptice de drogues, parfois frelatées ; le racket ; l’ostracisme envers
certaines catégories (les « pointeurs », les « balances »). En annexe, quelques
extraits des rapports du Comité européen pour la prévention des
traitements dégradants, résultat de deux visites à la prison d’Andenne,
avant (2001) et après (2005) les « événements ». Belle préface de Françoise
Tulkens ; belle postface de Dan Kaminski. À lire, à méditer, à faire
connaître. — P. DETIENNE, s.j.

CHAUDET B. et LECOMPTE D., Nouvelles croyances, thérapies alternatives :
des dérives possibles
, Paris, Éditions du Jubilé (Témoignages),
2008, 12,5 x 19 cm, 224 p., 14,00 €.

Un prêtre et un diacre proposent ici un mini-exposé de diverses pratiques
thérapeutiques non traditionnelles qui, bien que se révélant à court
terme bénéfiques, comportent des ambiguïtés et risquent de faire sombrer
leurs adeptes en de dangereuses « dérives sectaires » : gothisme et
satanisme ; spiritisme ; voyance et divination ; chamanisme, attirance
des religions premières ; psychophanie, « communication facilitée » ;
ostéopathie fluidique « à distance » ; kinésiologie (test musculaire, récession
d’âge)… autant de dangers que les auteurs replacent dans le
contexte occulto-ésotérique des nouvelles spiritualités développées
dans le New Age. Leur mise en garde est illustrée par divers témoignages
de chrétiens providentiellement revenus d’un égarement passager. Référence
est faite à L’expérience interdite, un ouvrage dans lequel une autre
victime, le désormais célèbre P. Verlinde, relate son expérience personnelle
de la « méditation transcendantale » apprise aux pieds d’un guru
hindou. — P. DETIENNE, s.j.

Vie de l’Église

VINGT-TROIS A. (card.), Évêques, prêtres et diacres, Paris, Médiaspaul,
2009, 13 x 20 cm, 168 p., 12,00 €.

Le cardinal de Paris reproduit ici une quinzaine de ses interventions
récentes (juin 2007 – juin 2009) consacrées au sacerdoce. Certains textes
sont adressés à des auditoires spécifiques : évêques, prêtres, diacres,
séminaristes. D’autres sont des homélies prêchées à diverses occasions :
ordinations sacerdotales ; anniversaire de la mort du Curé d’Ars
(+1859)… Butinons-y quelques suggestions. L’importation de prêtres
étrangers ne peut suppléer adéquatement la pénurie de prêtres autochtones.
La structure de nos communautés chrétiennes va changer : la
place du prêtre ne sera plus la même. La radicalité évangélique n’est pas
liée à un état de vie ; ce qui est spécifique de la vie consacrée, c’est qu’elle
est un signe prophétique. Le pentecôtisme se propage plus facilement
que le catholicisme parce qu’il n’a pas de contenu formel. Il y a une
demande croissante, dans les Églises orientales, pour des prêtres célibataires.
L’A. n’hésite pas à témoigner de sa propre vie ; il a opté pour
l’optimisme : « plus de la moitié des mariages durent toute la vie. » Pour
tous. — P. DETIENNE, s.j.

RONCALLI A.-G., Journal de France, vol. II, 1949-1953, avant-propos
G. Alberigo, introduction et annotation E. Fouilloux, Paris, Cerf,
2008, 14,5 x 23,5 cm, 832 p., 84,00 €.

Faisant suite au volume précédemment recensé (Vies Consacrées, no2,
2008, pp. 157), agrémenté comme le premier d’excellentes introductions
annuelles et d’un précieux index des noms propres, cet imposant
ouvrage voit le Nonce à Paris traverser les années de guerre froide et les
prodromes de l’affaire des prêtres-ouvriers, en poursuivant dans son
« journal » davantage les notations bonhommes (les réceptions, les
multiples voyages, la confession hebdomadaire, les achats de livres
rares…) que la mention de ces formidables enjeux qui cependant ne lui
échappaient guère. L’historien y verra se fixer l’aversion de d’Ormesson
pour Roncalli, s’interrogera sur la confiance du Nonce en Feltin, remarquera
l’accueil par le futur Jean XXIII de l’ouvrage de R. Aubert sur Pie IX
ou les questions qu’il se pose au sujet de la béatification possible
du P.Dehon… non sans s’amuser de voir le Nonce s’affectionner pour la
saga de don Camillo ! L’ouvrage s’arrête à la promotion cardinalice et
au transfert vers le siège de Venise. On aimerait lire la suite… — N. HAUSMAN,
s.c.m.

LOBINGER F., Qui ordonner ? Vers une nouvelle figure de prêtres,
Bruxelles, Lumen Vitae (Pédagogie pastorale, n.6), 2008, 15,5 x 23 cm,
124 p., 16,00 €.

Riche d’une expérience acquise dans des communautés chrétiennes
sur trois continents, l’A., missiologue, rêve d’une « Église participative »
vouée à remplacer de manière permanente le modèle actuel de « ministère
providence ». La communauté, autogérée comme à Corinthe au
temps de saint Paul, est confiée à une équipe de prêtres bénévoles,
mariés, professionnellement occupés. Pour éviter le piège d’un néocléricalisme,
l’eucharistie est toujours présidée par plusieurs d’entre
eux. Un « prêtre animateur », théologiquement bien formé, célibataire,
représentant de l’évêque et garant de l’Église universelle, les accompagne,
mais il habite en-dehors de la communauté, il n’est pas leur supérieur,
ils ne sont pas leurs assistants. Ils sont choisis après une longue
préparation dans la communauté et une formation de base dont peut
être chargé le prêtre animateur. L’A. étudie de possibles applications en
une dizaine de lieux : Brésil, Afrique, Amérique du Nord. Il énumère les
difficultés : quel sera le sort des catéchistes en pays de mission ? Qu’adviendra-
t-il des diacres ? Comment réagiront les femmes engagées dans
la pastorale ? Un plaidoyer bien argumenté, pour une solution dont l’A.
n’esquive pas les dangers, et qui suppose la suppression du célibat
sacerdotal. — P. DETIENNE, s.j.

GIUSSANI L., Peut-on vivre ainsi ? Une étrange approche de l’existence
chrétienne
, Paris, Parole et silence, 2008, 15 x 23,5 cm, 366 p., 25,00 €.

Ce volume est la transcription de conférences données durant l’année
1993-1994, par le fondateur du mouvement « Communion et Libération
 » à de jeunes adultes prêts à se consacrer dans la virginité. Il y développe,
dans une alternance d’exposés et de questions/réponses, les thèmes
fondamentaux de la vie chrétienne : foi, liberté, obéissance,
espérance, charité,… Le texte des catéchèses n’a visiblement pas souffert
de corrections, multipliant ici et là les aphorismes sans chercher à
les fonder. Il surprend souvent par sa spontanéité (les apartés sur le verre
de bière posé sur la table de l’orateur ne semblent pas servir immédiatement
son propos) et par un style volontiers paternaliste (ainsi l’étonnant :
« Hegel est clair et abstrait ; mais peut-être ne savez-vous pas qui
est Hegel ! », p. 181). Les questions posées gardent donc leur fraîcheur
et les réponses qui y sont apportées complètent un tableau pointilliste
qui ne révèle son motif qu’avec du recul. — S. WAEFFLER

Vie consacrée

DECOIN D., Les sentinelles de lumière, Paris, DDB, 2009, 11 x 21 cm,
96 p., 12,00 €.

Ce livre est en fait une déclaration d’amour. Celle d’un laïc (prix Goncourt
1977) pour la vie consacrée en général et la vie monastique en particulier.
Il l’a rencontrée lors d’un pèlerinage familial avec son grandpère
et témoigne dans ses lignes d’une belle fidélité. La plume décrit,
avec facétie, un itinéraire précautionneux et plein de respect, partant de
l’extérieur du monastère de la grande Chartreuse pour rejoindre le
secret des âmes consacrées à Dieu, dont l’auteur semble avoir perçu
bien des combats. Puis, il achève son propos par un hymne de louange
à Celui qui a suscité cet inconcevable monachisme. Signe de l’émerveillement
réciproque des vocations variées, l’ouvrage suscite une authentique
jubilation. Il a le goût trop rare des bonbons acidulés : une fois terminé,
nous en souhaiterions encore. — S. WAEFFLER.

Fondements

PONNOU-DELAFFON A.-M., Dieu Trinité dans la tradition ancienne,
Paris, Parole et Silence/Cahiers de l’École Cathédrale (Cahier, 84),
2008, 14 x 21 cm, 152 p., 14,00 €.

Prêtre du diocèse de Paris, professeur à la Faculté Notre-Dame, l’auteur
nous présente la Trinité comme la vérité fondamentale et le fond de
toute vie chrétienne qui reçoit d’elle toute sa spécificité. Affirmer la Trinité,
c’est affirmer l’être de Dieu comme Amour. Saint Hilaire l’avait proclamé
dans une formule inégalable : « Ils sont un, étant l’un pour l’autre
 ». Dieu s’est ultimement manifesté sans médiation, dans le mystère
de trois personnes. L’auteur retrace les chemins de cette manifestation,
d’abord dans l’Ancien et le Nouveau Testament, ensuite dans l’élaboration
du dogme trinitaire. Il expose la théologie d’Augustin et celle de
saint Thomas d’Aquin. Un chapitre est consacré au « Filioque », un autre
à la théologie de l’Esprit Saint. En quelques pages, claires et bien structurées,
l’auteur nous propose les points essentiels de notre foi en la Trinité,
toujours soucieux de nous montrer que la Trinité immanente est
vie, et que dans l’économie, cette Trinité immanente se communique à
nous pour nous introduire en son intime communion. Dans ce mouvement,
l’auteur accorde une attention particulière au rôle de l’Esprit
Saint. — H. JACOBS, s.j.

Spiritualité

BENOÎT XVI,Pensées sur la Parole de Dieu, Paris, Parole et Silence,
2009, 11,5 x 19 cm, 112 p., 9,00 €.

Ces 130 courtes citations (d’une dizaine de mots à une demi-page) sont
extraites de diverses exhortations (homélies, discours, angelus, catéchèses
du mercredi…) de Benoît XVI. Prononcées au cours des quatre premières
années de son pontificat, elles sont toutes axées sur la Parole de
Dieu, thème du synode des évêques consacré à « La Parole de Dieu dans
la vie et dans la mission de l’Église » (2008). Elles sont réparties en neuf
sections : la révélation de la Parole divine, incarnée en Jésus ; son écoute,
qui se prolonge en obéissance ; son interprétation selon les différents
sens ; ses fruits dans la vie du croyant ; sa transmission dans l’annonce et
dans la mission ; l’Église, nourrie et renouvelée par la Parole ; la liturgie,
lieu privilégié de la lecture et de l’écoute de la Parole ; Marie, dont le Magnificat
est tissé de fils vétérotestamentaires ; la « rumination » dans la lectio
divina. L’ouvrage est enrichi d’un index analytique. — P. DETIENNE, s.j.

AA. VV., Le message de Lourdes d’hier à aujourd’hui, d’aujourd’hui à
demain. Actes du Colloque du Jubilé 2008 (Lourdes, 9-11 décembre
2007)
, Bruyères-le-Châtel/Lourdes, Nouvelle Cité/Notre-Dame de
Lourdes Editions (Spiritualité), 2008, 15 x 22 cm, 288 p., 17,00 €.

Parmi les nombreuses publications de l’année jubilaire, les Actes du
Colloque de 2007 mériteront longtemps la méditation. On y trouve, dans
une première partie, quatre études sur les origines (où les apparitions
se trouvent encadrées par le cycle liturgique) ; puis, dans une foisonnante
deuxième partie, disposée chronologiquement, une étonnante
histoire des « miracles », une vision de Lourdes par les recteurs d’autres
sanctuaires (Lorette, la Salette, Fatima, Banneux), puis par les recteurs
lourdais d’après Vatican II, jusqu’aux témoins d’aujourd’hui, le tout
encadré par les belles études de Ch. Touvet d’une part, les aperçus filmographiques
d’autre part. Une troisième partie s’intéresse, nouvelle
évangélisation oblige, aux questions d’aujourd’hui et indique les résonances
de Lourdes jusqu’en Amazonie. Mgr Perrier, qui présidait le
Colloque et introduit l’ouvrage, a raison de nous croire aussi passionnés
à lire ces pages qu’il le fut à les entendre, puis à les relire. — N. HAUSMAN,
s.c.m.