Recensions parues dans ce numéro…

Spiritualité

MARTIAL D’ÉTAMPES, Maître en oraison. Exercice du silence intérieur.
L’exercice des trois cloux amoureux et douloureux
, textes présentés
par J. Fransen et D. Tronc, Toulouse, Éditions du Carmel (Sources
mystiques), 2008, 14 x 21 cm, 254 p., 32,00 €.

Nombreux furent les capucins qui, dans le sillage de Benoît de Canfield,
continuèrent à faire vivre la spiritualité enracinée dans la tradition
transmise par Harphius (1400-1477). Martial d’Etampes (1575-1635) fut
de ceux-là, illustrant la deuxième génération capucine de France. S’il est
demeuré presque inconnu jusqu’à nos jours, ne faut-il pas en attribuer
la responsabilité à H. Bremond qui ne le cite « qu’en passant » ? Jean
Raclardy naquit à Étampes en 1575. Il devint capucin en 1597 à Orléans,
recevant l’habit de Canfield, alors maître des novices mais bientôt remplacé
au cours de l’année par le saint Père Honoré de Paris. Martial
assuma à son tour cette tâche à Meudon, Paris, Troyes et Amiens.
Il devint ensuite confesseur des religieuses capucines à Paris et à
Amiens, de 1631 à sa mort, en 1635. Il rayonna par sa profonde charité,
sa direction spirituelle et des grâces mystiques telles que « de grandes
tendresses de cœur ». — H. JACOBS, s.j.

MAUR DE L’ENFANT-JÉSUS, Entrée à la Divine Sagesse. Théologie chrétienne
et mystique. Sanctuaire de la Divine Sapience. Montée spirituelle.
Exposition des communications divines. Traité de la fidélité.
Les trois portes du palais de la Divine Sapience
, textes présentés par
D. et M. Tronc, Toulouse, Éditions du Carmel (Sources mystiques),
2008, 14 x 21 cm, 264 p., 32,00 €.

En 2007, D. et M. Tronc ont édité les Ecrits de la maturité 1664-1689 du
P. Maur. Ils nous présentent aujourd’hui ses écrits de jeunesse, publiés
alors qu’il avait déjà au moins 33 ans. Les textes de cette période ne le
cèdent en rien à ceux qui viendront plus tard. Peut-être même au
contraire. Dominique de Saint Albert (1571-1636) étant déjà décédé, c’est
Maur qui va assurer la succession de leur maître à tous deux, Jean de Saint
Samson (1571-1636), qui fut la source du renouveau mystique chez les
Grands Carmes. Il est maître des novices (1650), puis prieur (1651) à
Bordeaux quand il publie l’Entrée à la Divine Sagesse (1652), pour compléter
le Traité de la Conduite spirituelle des novices (1650-1651) auquel
il venait de collaborer à Rennes. On y trouve des textes essentiels sur le
chemin spirituel propre aux Carmes de l’Ancienne Observance au
moment où se mettait à rayonner la lumière du saint réformateur aveugle.
La déification est au centre de ces pages où l’expression, libre, ne
redoute pas encore les contestations anti-mystiques. — H. JACOBS, s.j.

STEIN E., La femme. Cours et conférences. Introduction, traduction,
annotations et annexes par M.-D. Richard, Paris/Toulouse/Genève,
Cerf/Carmel/Ad Solem, 2008, 14,5 x 21,5 cm, 510 p., 44,00 €.

Dans l’admirable série des œuvres complètes de la fascinante copatronne
de l’Europe, la (re)publication des conférences et du cours
magistral, portant sur la vocation de la femme, datés des années 1930,
était particulièrement attendue. Certes, pour la croyante, « il ne saurait
y avoir de vocation plus sublime que celle de la sponsa Christi, et celle
qui voit ce chemin se frayer devant elle n’aspirera à nul autre » (165-166).
Mais Edith plaide aussi pour l’entrée de la femme dans le monde du travail,
et pour une conception de la maternité physique ou spirituelle fondée
sur le développement des aptitudes individuelles dans le domaine
de la culture. Plus d’une fois, elle évoque en filigrane l’émouvante figure
de sa mère, Augusta Stein, qui demeura opposée à sa « conversion ». Six
annexes et un index des noms propres permettent de situer ces
réflexions dont le « féminisme » doit être évalué aujourd’hui à nouveaux
frais. — N. HAUSMAN, s.c.m.

DEVILLE R., L’École française de spiritualité (éd. revue et augmentée),
Paris, DDB, 2008, 23,5 x 15 cm, 304 p., 25,00 €.

Nouvelle édition d’un ouvrage de 1987, cette présentation de l’École
française dresse le portrait des principaux inspirateurs de ce grand courant
spirituel du XVIIe siècle : Bérulle, Olier, Condren, Jean Eudes. Elle a
été enrichie de deux chapitres, l’un sur saint Vincent de Paul et l’autre,
très actuel, sur le rôle de la femme dans l’École française. Deux autres
chapitres présentent des héritiers de la pensée bérullienne : Jean-
Baptiste de la Salle et Louis-Marie Grignion de Montfort. L’auteur pose
également la question de la théologie sous-jacente : à travers une étude
des principaux thèmes, il montre l’unité et l’enracinement de cette mystique
christocentrique. La présentation a l’avantage de la clarté : quelques
notes biographiques signalent l’œuvre de la grâce dans la vie de
ces maîtres spirituels et dans la société française du « grand siècle des
âmes ». De larges citations, dont certaines inédites, enrichissent le propos.
Enfin, une notice bibliographique à l’issue de chaque chapitre
donne les moyens de poursuivre l’étude. Nous avons donc en main
un bel outil de travail, une riche introduction à ce mouvement auquel
de nombreuses congrégations ou instituts religieux se rattachent. —
G. LEROUX

Témoins

JACQUIN Fr., Mère Marie de l’Assomption. Fondatrice du Cercle Saint
Jean-Baptiste ; Marie Le Roy Ladurie (1896-1973)
, Paris, Karthala
(Mémoire d’Église), 2008, 16 x 24 cm, 168 p., 19,00 €.

Après avoir publié une Histoire du Cercle Saint Jean-Baptiste (1987),
dans laquelle elle a exposé l’enseignement du Père Daniélou, aumônier
du Cercle depuis sa création en 1944, l’A., membre elle-même du Cercle
depuis 1959, en présente ici la fondatrice : Marie de l’Assomption
(1896-1973), Auxiliatrice du Purgatoire. Au menu : son projet avorté
d’une congrégation religieuse L’Avent, dont les idées maîtresses, ici
détaillées, anticipent sur le concile Vatican II (appréciation positive des
religions non chrétiennes…) ; ses cours par correspondance ; ses camps
internationaux pour étudiantes étrangères ; ses grandes amitiés (Daniélou,
Lebreton, Raguin, Monchanin, de Menasce, Massignon) ; ses sessions
dans les communautés religieuses ; ses voyages (Maroc, Sénégal,
Canada) ; sa thèse de sociologie religieuse : De la communauté clanique
à la communauté chrétienne
, étude réalisée chez les religieuses du Burkina
Faso. En appendice : quelques extraits de textes et une conférence
de Marie de l’Assomption. — P. DETIENNE, s.j.

MULLA-ZADÉ, ABD-EL-JALIL, Deux frères en conversion. Du Coran à
Jésus. Correspondance. 1927-1957
, éd. par M. BORRMANS, Paris, Cerf
(Intimité du christianisme), 2009, 14,5 x 23,5 cm, 336 p., 32,00 €.

Mehmet Mulla-Zade (1881-1959), Turc de Crète, filleul de Blondel,
devenu Paul à son baptême en 1905, islamologue à Rome où il deviendra
monseigneur, a correspondu pendant une trentaine d’années avec
Mohammed Ald-el-Jalil (1904-1979), Marocain de Fès, filleul de Massignon,
devenu Jean à son baptême en 1928, islamologue à Paris, où il
deviendra franciscain. Retenons surtout le riche et émouvant échange
épistolaire des six premières années (une centaine de lettres, couvrant
200 pages) : émulation spirituelle ; conseils pour lectures ; répercussions
de la conversion sur la famille et sur l’envoi d’étudiants marocains
en France ; appréciation élogieuse de Mohammed ; institution de la
« prière du vendredi » pour les musulmans ; commentaire sur les « ténèbres
de l’islamisme » dans la prière de consécration du genre humain au
Sacré-Cœur. — P. DETIENNE, s.j.

KERYELL J., Afîf Osseïrane (1919-1988). Un chemin de vie, Paris, Cerf
(L’histoire à vif ), 2009, 13,5 x 21,5 cm, 160 p., 15,00 €.

L’A. rassemble ici quelques notes biographiques basées sur ses propres
souvenirs et sur les témoignages qu’il a recueillis concernant le chiite
libanais Afif Osseïrane (1919-1988), baptisé en 1945, ordonné prêtre
dans l’Église maronite, professeur de philosophie à Beyrouth et apôtre
des enfants sans abri. L’A. le montre animé à la fois d’un grand zèle apostolique
et d’un respect indéfectible pour l’islam et pour les musulmans.
L’ouvrage est enrichi de quelques textes extraits de conférences
de Afif. — P. DETIENNE, s.j.

DUBRULLE L., Mgr Rodhain et le Secours catholique. Une figure sociale
de la charité
, Paris, DDB (Théologie à l’Université), 2008, 15 x 23,5 cm,
640 p., 39,00 €.

Voici un ouvrage à la fois historique et théologique. L’A., prêtre du diocèse
d’Arras et enseignant à l’Institut catholique de Paris, s’est penché
dans sa thèse ici publiée, à la fois « sur un visage contemporain de la charité
 » et « sur la création de la figure sociale que représente le Secours
catholique ». Il a travaillé sur une documentation extrêmement riche et
abondante pour nous restituer ce que fut Mgr Rodhain, que Jean XXIII
salua un jour par ces mots : « Vous, c’est la charité ! » Certes Mgr Rodhain
reconnaissait que l’engagement caritatif et humanitaire peut être et est
le fait de nombreux non-chrétiens. Mais il souhaitait que soit mis en
lumière chez les croyants le « lien qui existe entre l’expérience spirituelle
chrétienne et la charité en actes ». Il désirait donc l’élaboration d’une
théologie de la charité. Il voulait que celle-ci permette de mesurer « la
portée pratique de la foi en tant qu’elle détermine des engagements ».
En suivant le cheminement apostolique et l’expérience de vie et de foi
de Mgr Rodhain, il met en lumière le « type de figure sociale de charité »
que révèle la fondation du Secours catholique. — H. JACOBS, s.j.

AA. VV., Bernadette, de Lourdes à Nevers. 1858-1879, Actes du Colloque
de l’« Année Bernadette » (Lourdes, 8-10 décembre 2008)
,
Bruyères-le-Châtel, Nouvelle Cité (Spiritualité), 2009, 15 x 22 cm,
288 p., 17,00 €.

Une quinzaine d’intervenants au colloque consacré à Bernadette (Lourdes,
8-10 décembre 2008) livrent ici, en style oral, leur message. Au programme :
rappels biographiques, illustrés ; la spiritualité religieuse au
XIXe siècle ; les Soeurs de la Charité de Nevers ; les directeurs spirituels de
la sainte ; sa vocation ; sa représentation picturale, en petite bergère, en
vierge consacrée, en toute jeune fille ; les procès de béatification et de
canonisation ; Bernadette et les pèlerins ; sa place dans le monde : églises
et grottes ; douze cantiques en son honneur, tous composés par des ecclésiastiques,
dont l’Ave Maria de Lourdes (1872) de l’abbé Gaignet, en
soixante couplets : L’âme palpitante, le cœur enivré, l’heureuse Voyante
répétait Ave
 ; quelques repères bibliographiques (livres, CD, DVD)… Et,
pour terminer, une étude comparative entre la sainteté ordinaire, mariale,
pascale de Bernadette de Lourdes et celle de Thérèse de Lisieux…
Depuis 1940, près de cent mille Françaises ont porté le prénom de Bernadette ;
leur âge moyen est aujourd’hui de 63 ans. — P. DETIENNE, s.j.