Recensions parues dans ce numéro…

Droit canonique

Schouppe J.-P. (dir.), Ving-cinq ans après le code. Le doit canon en
Belgique
, préface du card. Danneels, Bruxelles, Bruylant (Droit et
religion, 1), 2008, 16 x 24 cm, 288 p., 35,00 €.

Le pape Jean-Paul II a promulgué le 25 janvier 1983 le Code de droit
canonique
. Il était bon et utile que, vingt-cinq années plus tard, quelques
spécialistes nous proposent un ensemble de contributions pour « faire
le point et formuler quelques interrogations ». Le droit canon n’a-t-il pas
pour fin, comme le dit le cardinal G. Danneels dans sa préface, de faciliter
le « bien-vivre » de l’Église ? Après une présentation par le Secrétaire
du Groupe des canonistes francophones de Belgique, Jean-Pierre Schouppe,
des différents collaborateurs de cet ouvrage et de leurs intentions, une
douzaine d’études nous éclairent sur la réception du nouveau Code et
la mise en œuvre de ses normes universelles, en même temps que sur la
question de son développement dans le contexte belge. Ainsi le lecteur
pourra-t-il se faire une idée sérieuse et documentée sur la situation
actuelle du droit canonique dans notre pays. Les lecteurs de la revue
accueilleront avec une attention particulière le travail du P. Benoît Malvaux,
s.j., directeur de Lumen Vitae et vice-président du GCF. Tenant
compte du développement en la matière tant au niveau de l’ensemble
de l’Église qu’à celui de la Belgique, il nous offre une synthèse particulièrement
claire et informée sur les Instituts de vie consacrée et les Sociétés
de vie apostolique. — H. Jacobs, s.j.

Éthique

Buangi Puati R., Christianisme et traite des Noirs, Saint-Maurice, Éditions
Saint-Augustin, 2007, 14 x 21 cm, 400 p., 28,00 €.

L’A. est le premier pasteur noir consacré dans l’Église évangélique réformée
du canton de Vaud (Suisse). Ce livre lumineux ne s’enracine pas
moins dans des ténèbres parmi les plus atroces de l’histoire. Certes
bien des choses ont changé depuis les temps où l’Occident a croisé
la trajectoire de l’Afrique. Nombre de choses pourtant demeurent, et
« l’inconscient collectif occidental et l’imaginaire des sociétés d’Occident
restent tributaires du venin de la philosophie inhérente au système
de la traite négrière ». La thèse de l’ouvrage est que « nos structures mentales
et sociales souffrent toujours du même déficit d’humanité » que de
celui qui fut à la source de la traite des Noirs. Mais alors se pose une
question douloureuse : comment une civilisation pétrie par l’Évangile
durant des siècles a-t-elle pu basculer dans un système aussi odieux ?
Avec les nuances nécessaires pour ne pas condamner l’Occident sans
appel, l’A. n’en mène pas moins une analyse scientifique et objective
avec toute la compétence et la lucidité qui s’imposent. L’Occident est
encore à évangéliser dans les profondeurs de son âme. Comment n’en
pas tomber d’accord avec l’A. quand, comme lui, on parcourt cette histoire
de larmes et de sang ? — H. Jacobs, s.j.

Sonet D., Leur premier baiser. Parents et adolescents face à la sexualité,
nouvelle édition augmentée, Saint-Maurice, Éditions Saint-
Augustin (L’aire de famille), 2008, 12 x 19 cm, 232 p., 14,00 €.

La notoriété et la compétence de l’auteur en matière de mariage, d’éducation
à la relation, de communication, etc. ne sont plus à prouver. Dans
un ouvrage concis, sans fausse pudeur et sans voyeurisme, le P. Sonet
aborde les questions précises auxquelles des parents d’adolescents
peuvent être confrontés. Le point de vue se veut extrêmement pratique
et en même temps, il n’est pas dépourvu de réflexions de fond, pertinentes
et éclairantes. L’auteur porte sur la culture morale ambiante un regard
lucide mais sans stigmatisation excessive, même si, ça et là on lira quel-
ques remarques que l’on pourra trouver péremptoires et quelques solutions
ou conseils un peu rapides et illusoires. Bien que l’ouvrage soit destiné
en premier lieu a éclairer des parents, tout éducateur, religieux,
consacré ou laïc, trouvera grand profit à le lire. — G. de Longcamp, c.s.j.

De Lassus A.-M., Les vertus théologales. Foi, espérance, charité, Paris,
Parole et Silence, 2009, 14 x 21 cm, 168 p., 16,00 €.

Les vertus ont retrouvé, dans la réflexion chrétienne, la place qu’elles
méritent. Sans prétendre nous en donner une étude exhaustive, l’A.
nous offre ici une claire et solide synthèse sur les vertus théologales.
Si la démarche est analytique, l’A. ne perd pourtant pas de vue l’unité
de notre vie de grâce. L’Écriture est abondamment citée, la doctrine
d’Aristote et de saint Thomas d’Aquin constitue l’horizon de la pensée,
et sainte Thérèse de Lisieux est une référence privilégiée. Sur la ques-
tion de la foi du Christ, A.-M. de Lassus écarte un peu facilement,
nous semble-t-il, cette opinion théologique pourtant bien éclairante.
Frère de Saint-Jean, il nous propose un exposé traditionnel tant pour le
fond que pour le langage, qui s’inscrit dans la ligne du P. M.-D. Philippe,
toutefois peu cité. L’ouvrage s’achève par quelques pages sur les vertus
morales infuses et les dons du Saint Esprit, « qui sont les autres grâces
faisant partie de la grâce sanctifiante ». — H. Jacobs, s.j.

Vie consacrée

Frère Bruno de Tamié, Répondre par des actes. Sur la vie monastique,
Paris, DDB, 2008, 14 x 21 cm, 176 p., 17,00 €.

L’A. a été médecin durant douze ans, notamment en Afrique et au
Proche-Orient. Depuis dix ans, il est moine cistercien à Tamié. Son propos
est de nous entretenir sur le sens de la vie monastique. Mais contrairement
à bien des auteurs qui veulent nous en donner la signification
en s’enfermant dans l’en-soi de son essence et de son histoire, le Frère
Bruno poursuit de bout en bout son intention dans un dialogue serré
avec le monde d’aujourd’hui. Il s’en suit un livre passionnant, riche
d’expérience et de réflexion, en prise directe sur la réalité. Disons tout
de suite que nous ne pourrions trop en recommander la lecture et la
méditation. Au départ, on pose la question : que font les moines ? Pour
employer un langage wébérien, on pourrait dire qu’ils sont des « virtuoses
du catholicisme ». En christianisme, vivre sa vocation personnelle
suppose que l’on assume son être relationnel. On refusera donc
d’emblée d’opposer une conception mystique, préoccupée avant tout
par l’autoperfectionnement, à une voie éthique qui ne s’intéresserait
qu’à la conformité de l’agir humain avec une morale. Si ensuite on se
tourne vers l’histoire, on constatera que l’Église n’a jamais cessé d’aller
au désert. Les moines aiment rattacher ce mouvement à Jésus luimême.
Mais ce fut pour répondre à un appel de l’Esprit. — H. Jacobs, s.j.

La vie religieuse aujourd’hui : appel et proposition. Session de février
2008, Centre Sèvres – Facultés jésuites de Paris
, Paris, Médiasèvres
(Cahiers de la vie religieuse, 147), 2008, 17 x 24 cm, 150 p., 11,00 €.

Une session sur La vie religieuse aujourd’hui s’est tenue aux Facultés
jésuites de Paris en février 2008. Même si le constat doit être nuancé
selon les instituts et les pays, on ne peut qu’observer un déclin général
des vocations à la vie consacrée. Pour tenter de faire face à cette situation,
on s’est posé la question : « qu’est-ce que la vie religieuse doit
aujourd’hui entendre pour mieux rendre compte de ce qu’elle est ? »
On trouvera ici les huit contributions qui ont proposé « une réflexion
sur l’expérience et sur les conditions de l’engagement aujourd’hui »,
ainsi qu’« une recherche théologique sur le sens et la nature de l’appel
dans la vie religieuse ». Reprenant les données de l’Écriture, Joëlle Ferry,
xavière, remarque que nous y sommes mis devant un Dieu qui appelle.
La vocation chrétienne est « cette reconnaissance d’un appel que Dieu
adresse à tous ». La réponse particulière à cet appel permet à chacun de
vivre sa vie comme une vocation. Le P. Pierre-Marie Delfieux, prieur
général des Fraternités monastiques de Jérusalem pose la question :
« comment appeler à la vie religieuse ? » La première chose à faire en ce
domaine est, selon lui, « de nous référer à l’exemple que Jésus lui-même
nous donne ». Sa deuxième conviction est qu’il nous faut tout mettre en
œuvre pour « présenter un cadre et un mode de vie le plus conforme
possible à l’Evangile ». Il demande enfin que soit présenté aux jeunes
d’aujourd’hui « un projet attractif ». Laissons au P. Edouard O’Neill le
mot de la fin : la vocation à la vie religieuse « est un don reçu, une initiative
de Dieu, qui donne de désirer Dieu, pas moins, l’Absolu, désirer tout
donner à Dieu, selon la figure du Christ ». — H. Jacobs, s.j.

Lécrivain Ph., Une manière de vivre. Les religieux aujourd’hui,
Bruxelles, Lessius (La part-Dieu, 13), 2009, 14,5 x 20,5 cm, 224 p.,
18,50 €.

Dans un monde et une Église en mutation, les religieux se trouvent
devant un défi : mieux se comprendre pour se donner une visibilité, une
lisibilité plus grande. Il s’agira pour cela de revisiter les sources de la vie
religieuse et de permettre à ces sources de jaillir encore aujourd’hui
dans le monde et dans l’Église tels qu’ils sont. Le propos ne manque ni
d’actualité, ni de pertinence et il est abordé avec grande compétence
et expérience. Dans la lumière de la tradition et de l’herméneutique
contemporaine, l’auteur veut revisiter les lieux propres à la vie religieuse
pour en sonder la pertinence et l’actualité : le sens des vœux, la signi-
fication de la consécration, le prophétisme de la vie religieuse, etc.
Philippe Lécrivain conduit celui qui voudra bien le suivre à un questionnement
essentiel. Mais voilà peut-être la principale difficulté : on a parfois
du mal à percevoir où l’auteur veut en venir. Son extrême érudition,
sa volonté explicite de faire une théologie fondamentale qui tienne
compte de la modernité rend parfois la visée peu limpide. Certes le dernier
chapitre tente une reprise qui n’est pas sans à propos, mais certains
lecteurs qui sont entrés dans la lecture avec des questions en sortiront
peut-être avec autant de perplexités. — G. de Longcamp, c.s.j.

Frère Marc de La Fraternité de Tibériade, Histoire d’un appel, Paris,
Éditions de l’Emmanuel, 2009, 13 x 21 cm, 224 p., 16,00 €.

Marc Piret a fondé, il y a trente ans, à Lavaux-Sainte-Anne, près de Beauraing,
la Fraternité de Tibériade, où aujourd’hui vingt-quatre frères et
cinq sœurs consacrent leur vie à la prière, à l’accueil et au travail manuel,
sous l’égide de Thérèse de Lisieux et de François d’Assise, un saint à
l’imitation duquel ils entretiennent une grande tendresse pour les ânes
et pour les colombes. Au tableau de leurs réalisations : un essaimage en
Lituanie et au Congo ; des incursions aux Philippines et en Chine. Dans
le présent ouvrage, richement illustré, l’A. retrace, avec beaucoup de
simplicité et peu de repères chronologiques, les étapes méandreuses de
sa vocation et la lente et tumultueuse éclosion de sa fondation. N.B. :
Auvelais est erronément situé dans le Borinage. — P. Detienne, s.j.

Questions

Frère Emmanuel de Taizé, Un amour méconnu. Au-delà des représentations
spontanées de Dieu
, Paris, Bayard, 2008, 15 x 20,5 cm, 256 p.,
17,50 €.

Expliqué à la dernière ligne de l’ouvrage qui en résume tout le contenu,
ce superbe titre convient parfaitement au parcours que le Frère Emmanuel
propose, en quatre points de vue. Aux prises avec la question du
mal, quelles projections inconscientes nous faisons-nous de la toutepuissance
divine ? Le sentiment de culpabilité ne conduit-il pas à des
représentations « infernales » du jugement divin ? Le Dieu transcendant
et lointain peut-il donner de vivre la réciprocité dans l’amour ? L’amour
toujours plus grand n’ouvre-t-il pas à une tendresse divine plus maternelle
que la paternité humaine ? À toutes ces questions qui traversent
les cœurs, de lumineuses clarifications sont apportées, sans compter les
« notes-commentaires » qui ouvrent encore les horizons. Un livre pour
tous, qui part des profondeurs et les creuse, en sorte que l’amour et la
vie ne soient pas défigurés, mais rencontrés. — N. Hausman, s.c.m.

Cottier G.-M. (card.), Vous serez comme des dieux, Paris, Parole et
Silence, 2008, 15 x 23,5 cm, 424 p., 35,00 €.

Cet ouvrage rassemble un certain nombre d’écrits du Cardinal Cottier,
composés « sur un assez long laps de temps ». Ceux qui concernent le
marxisme datent d’avant la chute du mur de Berlin « mais cet événement
majeur ne remet pas en cause leur contenu ». L’unité de ces textes
est à trouver dans « l’aventure de l’athéisme » dont sont ici rappelées
certaines péripéties. Les textes sont regroupés en plusieurs chapitres :
le rejet du Dieu d’Abraham, l’athéisme religieux, de Feuerbach à Marx,
crise de la raison, l’idole ou le néant. Plusieurs des grands penseurs de
l’athéisme qui ont régné sur la pensée française jusque dans les années
1980 y sont rencontrés. C’est dire que la problématique actuelle n’est
guère abordée dans ce recueil. L’ouvrage date donc quelque peu. Présentées
sur fond de l’horizon thomiste, les doctrines sont étudiées avec
sérieux et clarté mais sans pourtant, nous paraît-il, que soit vraiment
saisie la signification profonde où, par delà leurs formulations, se creuse
leur différence. — H. Jacobs, s.j.

Perrier P. et Walter X., Thomas fonde l’Église en Chine (65-68 ap. J.-C.),
Paris, Jubilé (Asie), 2008, 13,5 x 21,5 cm, 250 p., 22,00 €.

La lecture de ce livre laissera bien des lecteurs perplexes. On ne mettra
pas en cause l’intention des auteurs ni leur sérieux. Mais leur thèse nous
paraît bien problématique. A son origine, il y a trois figures en demi
bosse, faisant partie des bas reliefs de Kong Wang Shan. La centaine de
personnages qui s’y trouvent représentés se réfère à l’histoire transmise
par la Chronique des Hans postérieurs. En 64, Mingdi aurait eu en songe
l’annonce de l’apparition en Occident d’une sagesse portée par un
« Homme-lumière ». Les bouddhistes s’y sont toujours reconnus. Mais
pour les auteurs, appliquant à l’examen des trois figures les derniers
acquis de l’histoire du monde judéo-chrétien, deux d’entre elles ne
peuvent témoigner que de l’arrivée en Chine d’occidentaux porteurs de
l’Évangile. Il s’agirait de l’apôtre saint Thomas et de son diacre interprète.
Quant à la troisième figure chrétienne, elle ne serait rien moins
qu’une Vierge Mère à l’Enfant. Tout ceci repose sur tellement d’hypothèses
et va tellement à l’encontre des recherches en exégèse néo-
testamentaire et en histoire des origines chrétiennes que, même si les
auteurs allèguent les théories du P. Jousse, on ne peut demeurer que fort
hésitant devant pareilles affirmations. — H. Jacobs, s.j.

Vie de l’Église

Benoît XVI, Ne renie pas tes créatures, Paris, Parole et Silence, 2008,
11,5 x 19 cm, 88 p., 10,00 €.

Voici un recueil de textes récents ayant pour caractéristique commune
de proposer une réflexion sur le drame de la Shoah. Comment comprendre
les lieux d’extermination nazis sinon comme l’espace « où se consomme
l’obscure épiphanie du mysterium iniquitatis qui fait irruption pour
piétiner la dignité humaine » ? Comment demeurer à l’écoute du Dieu
qui a alors gardé le silence ? Comment concevoir l’antisémitisme tellement
inacceptable au chrétien que Pie XI, dès 1938, n’hésita pas à affirmer :
« Spirituellement, nous sommes tous des sémites » ? Discours à
deux voix principales, celle de Jean-Paul II et celle de Benoît XVI — avant
et après son élection pontificale —, les textes de leurs interventions sur
ce sujet nous invitent à ne jamais nous reposer dans l’indifférence face
à l’indicible événement qui a marqué à jamais l’humanité entière. —
S. Waeffler

Vial M., Jean Calvin. Introduction à sa pensée théologique, Genève,
Labor et Fides / Musée international de la Réforme, 2008, 15,5 x
21,5 cm, 180 p., 22,00 €.

L’A., jeune théologien suisse, nous propose ici une initiation à l’Institution
de la religion chrétienne
(1560). Qu’en retenons-nous ? Calvin l’a
conçue selon un schéma de credo traditionnel. La descente aux enfers
y est interprétée de manière maximaliste : « en sa damnation nous avons
l’absolution. » L’existence des anges et des démons relève d’un argument
théologique d’utilité. Une règle d’or pour la prière : ne rien demander
à Dieu que ce qu’il permet que nous lui demandions. La prédestination
est double : tous ont péché et sont donc redevables de la haine de
Dieu… qui sauve les uns et damne les autres. Dieu ne serait plus libre
s’il devait les sauver tous ou n’en sauver aucun. Calvin justifie scripturairement
le pédobaptisme : tout ce qui appartient à la circoncision
(sacrement d’une alliance héréditaire non abrogée) appartient également
au baptême. Il refuse et réfute la doctrine eucharistique luthérienne
basée sur l’ubiquité du Corps du Christ, rendue possible par la
communication des idiomes. En introduction : une courte biographie
de Calvin. À lire. — P. Detienne, s.j.

Laux Cl. (dir.), Les écritures de la mission dans l’Outre-mer insulaire.
Anthologie de textes missionniares. Caraïbes, Océanie, Mascareignes,
Madagascar
, Turnhout, Brepols (Anthologies missionnaires), 2007 ;
15,5 x 23,5 cm, 244 p., 33,18 €.

Cabanel P. (dir.), Lettres d’exil. 1901-1909. Les congrégations françaises
dans le monde après les lois laïques de 1901 et 1904
, Turnhout,
Brepols (Anthologies missionnaires), 2008, 15,5 x 23,5 cm, 512 p.,
42,65 €.

Marin C. (dir.), Les écritures de la mission en Extrême-Orient. Le choc
de l’arrivée, XVIIIe-XXe siècles : de l’attente à la réalité. Chine, Asie du
Sud-Est, Japon
, Turnhout, Brepols (Anthologies missionnaires),
2007, 15,5 x 23,5 cm, 464 p., 42,65 €.

Sous la direction de Chantal Paisant, le Groupe de Recherches Interdisciplinaires
sur les Écritures Missionnaires de l’Institut catholique
de Paris publie une collection d’Anthologies missionnaires. On s’y est
donné pour tâche de rassembler et d’éditer correspondances et textes
de toute sorte provenant des missions. Le lecteur trouvera dans ces
volumes toutes les introductions nécessaires, ainsi que les notes bibliographiques,
biographiques et historiques indispensables pour la compréhension
de ces recueils. La collection nous offre une mine inépuisable
tant pour l’histoire des instituts et de leur œuvre missionnaire que
pour la découverte des entreprises et de la vie de tant d’hommes et de
femmes qui se sont exilés pour annoncer le Christ. Plusieurs tomes ont
déjà paru dont l’intitulé indique à quelles parties du monde ils se réfèrent.
Jésuites, maristes, picpuciens, religieuses du Sacré-Coeur, religieuses du
Très-Saint-Sacrement de Romans et bien d’autres y apparaissent au fil
de pages où descriptions et récits sont toujours passionnants, souvent
même émouvants. Les Sœurs dans les missions révèlent plus d’une fois
un idéal féminin qui souvent ne correspond guère à nos préjugés. Ainsi,
par ex., on peut lire que « par leur détermination et, surtout, par leur
liberté dans l’action, les unes et les autres communiquent une image de
la femme qui peut étonner, vu le contexte de l’époque. Elles n’ont pas
eu peur d’aller de l’avant, de négocier, d’insister… pour obtenir l’approbation
de leurs projets ». Les méthodes apostoliques n’allaient pas
toujours de soi et l’on voit, par ex. au xvie siècle, s’affronter ceux qui
employaient des « moyens militaires et belliqueux » et ceux qui voulaient
gagner « l’adhésion des indigènes par la douceur ». L’occasion
nous est offerte de parcourir plusieurs siècles d’histoire missionnaire
un peu partout dans le monde, découvrant événements heureux et
souvent douloureux. On notera le récit de la découverte en 1865 de la
survivance de chrétiens au Japon. On comprendra l’émotion du missionnaire
s’entendant dire par l’un d’eux que leur cœur ne différait pas
du sien. Signalons encore parmi d’autres les pages où l’on rencontre les
oblats au Laos et le poignant cri de l’un d’eux : « et si c’était à refaire nous
recommencerions ». — H. Jacobs, s.j.

Norelli E., Marie des Apocryphes. Enquête sur la mère de Jésus dans
le christianisme antique
, Genève, Labor et Fides (Christianismes
antiques), 2009, 15 x 22,5 cm, 184 p., 22,00 €.

Un historien du christianisme des origines enquête sur la figure de la
Vierge dans les apocryphes avec l’hypothèse suivante : « les récits les plus
anciens sur la naissance de Jésus… ne se fondent pas sur des événements
mais sur des énoncés théologiques… établis en reprenant des citations
de l’Ancien Testament… » (ch. I, de méthode). L’ouvrage paraît peu après
son homologue italien, mais la version française en contient déjà des
mises à jour. L’enquête est rigoureuse, convaincante dans son genre, la
bibliographie et les index semblent éclectiques. Au terme, on sera très
instruit sur l’ensemble du dossier (ch. II) et notamment sur les récits de
l’assomption de Marie (ch. III), mais on se demandera longtemps ce
qu’une telle étude implique pour les récits évangéliques auxquels, à notre
sens, il n’est pas fait suffisamment droit. — N. Hausman, s.c.m.

Grieu É., Un lien si fort. Quand l’amour de Dieu se fait diaconie,
Bruxelles/Montréal/Ivry-sur-Seine, Lumen Vitae/Novalis/Éditions de
l’Atelier (Théologies pratiques), 2009, 14,5 x 23,5 cm, 208 p., 22,00 €.

Remarquablement efficace dans son propos, ce livre mène une réflexion
suivie en faveur d’un déploiement toujours ample de la diaconie
de l’Église, c’est-à-dire de son amour préférentiel pour les petits, les
pauvres, les oubliés. L’auteur, loin de voir cette diaconie à la manière
d’un « service social » que l’Église aurait à accomplir par devoir, la considère
plutôt comme un réseau de liens entre les personnes et l’objet
d’une attention aimante de la part de l’épouse du Christ. L’ouvrage suit
un parcours ayant pour origine la contemplation du Christ aux liens et
aboutissant à une critique positive de la place reconnue à l’Église dans
l’espace public. Il consacre un chapitre entier au diacre qui y est défini
comme ministre du lien. Cette définition novatrice et éclairante justifie
sans doute à elle seule la publication tout entière. — S. Waeffler.