Recensions parues dans ce numéro…

Éthique

Durand A., Dieu choisit le dernier, Paris, cerf (Épiphanie), 2009,
13,5 x 19,5 cm, 144 p., 13,00 €.

L’A., dominicain, à qui nous devons déjà La cause des pauvres, montre
comment Dieu, dans la Bible, pratique la discrimination positive en
« choisissant le dernier » : Abel, Jacob, Joseph, David Cela l’amène à s’interroger
sur la pauvreté du Christ. Né dans un milieu modestement aisé,
Jésus se marginalise dans son itinérance au service de sa mission. Par le
choix prioritaire qu’il fait en faveur des personnes qui sont, de diverses
manières, des « pauvres » (aveugles, lépreux, étrangers, enfants, femmes,
pécheurs …), Lui qui est le visage humain de Dieu, nous révèle la pauvreté
de ce Dieu lui-même, qui n’est riche que dans la réciprocité des
personnes. Retenons les belles pages que l’A. consacre à la rencontre du
pauvre, lieu privilégié pour découvrir l’humanité de l’homme : en assumant
son altérité, je me découvre son semblable, dans un sentiment de
précarité qui m’interdit toute condescendance. — P. Detienne, s.j.

Mélina L. et Anderson C. (éd.), « De l’huile sur les blessures », une
réponse aux plaies du divorce et de l’avortement
, Paris, Parole et
Silence, 2009, 15 x 23,5 cm, 272 p., 23,00 €.

Ce livre publie les actes d’un congrès organisé en avril 2008 par l’Institut
J.-P. II et les Chevaliers de Colomb pour apporter une réponse pastorale
aux plaies du divorce et de l’avortement. Les intervenants venus des
USA, d’Italie, de France et de Belgique sont tous de grande qualité. Une
phrase de Deus Caritas est § 31 organise l’ensemble et explique le titre :
« le programme du Bon Samaritain (…) — est un cœur qui voit. Ce cœur
voit où il y a besoin d’amour et agit de façon conséquente ». Il s’agit donc
dans un premier temps de constater les souffrances qui touchent
les « enfants du divorce » : besoin de continuité du lien avec les deux
parents, de connaître ses origines familiales et sociales, d’être traité
comme un enfant et non pas trop vite « adultisé », d’être déculpabilisé.
Dans un deuxième temps, différentes initiatives concrètes — permettant
aux enfants de s’exprimer et d’être rassurés — montrent les fruits
de leur action. La deuxième partie, relative au drame de l’avortement,
procède de la même façon. Les différents points de vue — fines considérations
sur la maternité, violence et bouc émissaire, drame de l’enfant
malade — se complètent et s’enrichissent aussi de la profusion des
témoignages. Les initiatives pastorales qui prennent ensuite la parole
apportent un souffle d’espérance. De quoi nourrir la réflexion intellectuelle,
stimuler l’action pastorale, et conduire à une plus grande compassion.
— S. Dehorter

Prière et liturgie

Laplane S., Prier 15 jours avec Frère Roger de Taizé, Bruyères-le-Châtel,
Nouvelle Cité (Prier 15 jours avec, 121), 2008, 11,5 x 19 cm, 128 p.,
12,50 €.

L’auteure, qui a connu personnellement Roger Schutz (1915-2005), fondateur
de la communauté œcuménique de Taizé, nous propose, en
quinze méditations, une approche de sa spiritualité, qu’elle nous présente
à travers de nombreuses et riches citations, toutes extraites d’une
vingtaine d’opuscules que le pasteur suisse devenu moine a publiés en
plus d’un demi-siècle. Chacune des méditations est ponctuée par un
court refrain, annoté en polyphonie. Relevons quelques titres : Dieu ne
peut qu’aimer ; Le oui de toute une vie ; Passion d’une attente…
et quelques
formules heureuses : vivre l’aujourd’hui de Dieu ; commence par toi-même ;
tout comprendre de l’autre
… Le texte révèle quelques aspects de
la personnalité de Frère Roger : il a été aux prises avec le doute ; il a souffert
d’hostilité et d’incompréhension ; fils d’un père autoritaire, il évoque
peu la figure paternelle de Dieu. Recommandé. — P. Detienne, s.j.

Minet V., Prier 15 jours avec saint Irénée de Lyon, Bruyères-le-Châtel,
Nouvelle Cité (Prier 15 jours avec, 130), 2009, 11,5 x 19 cm, 128 p.,
12,50 €.

L’A., religieuse ursuline lyonnaise, commente ici, en quinze chapitres,
au rythme du credo, quelques extraits des deux ouvrages (Contre les
hérésies
et Démonstration de la prédication apostolique) de saint Irénée
(IIe siècle), Que nous enseigne-t-il ? « Dieu, Père, musicien de l’univers
et sculpteur de l’homme, s’est complu en nous en sorte que nous le
connaissions. Son Verbe s’est fait cela même que nous sommes pour
faire de nous cela même qu’il est. Nous ne pouvions devenir un dans le
Christ Jésus sans l’Eau (i.e. l’Esprit) venue du ciel. Là où est l’Église, là
est aussi l’Esprit de Dieu. Notre nouvelle naissance est en Dieu le Père,
par son Fils, dans l’Esprit. La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant ; et la
vie de l’homme, c’est la vision de Dieu. Si les langues diffèrent à travers
le monde, le contenu de la Tradition est un et identique… » Ainsi parlait
l’évêque de Lyon, disciple de Polycarpe, qui lui-même a connu saint
Jean l’Évangéliste. — P. Detienne, s.j.

Caletti Agostino, I tre modi di orare negli Esercizi Spirituali di S. Ignazio
di Loyola
, Naples, Aloisiana libri (Appunti di spiritualità, 59),
2006, 15 x 21 cm, 87 p.

Ce livre peut aider des personnes à la recherche d’une manière de prier
inscrite dans l’existence quotidienne et s’inspirant du mystère chrétien.
Il consiste en une réflexion sur les « trois manières de prier » proposées
par Ignace de Loyola dans son livret des « Exercices spirituels », mais dont
la mise en pratique — leur place même dans le livret en témoigne — ne
s’inscrit pas dans le déroulement même des Exercices. Ils veulent ainsi
« offrir une aide, dans la ligne des caractéristiques et des finalités des
Exercices, afin que la prière soit vécue comme un dialogue avec un Tu et
engage donc toute la personne, entrant en relation, non seulement avec
la tête mais aussi avec les ressources de l’affectivité […] » (pp. 6-7). La
« première manière de prier » est mise justement en relation (mais sans
confusion) avec la pratique de l’« examen général » de conscience des
Exercices spirituels. La « seconde manière de prier », à son tour, peut se
rapporter à la pratique actuelle de la lectio divina. Quant à la « troisième
manière de prier » (en suivant le rythme de la respiration), c’est avec la
tradition spirituelle orientale qu’en est indiqué le rapport. Avec grande
précision l’auteur décrit la démarche en laquelle consiste chacune de ces
« manières de prier » proposées à tout chrétien, ainsi que son utilité et
ses avantages. « Dans cette ligne, précise-t-il, les diverses manières de
prier constituent des moyens précieux, dans la mesure où ils aident à
trouver celui que l’on cherche, le Seigneur. Au fond, les différentes
formes de prière ne sont qu’un dialogue avec Lui, fait de paroles, de
gestes et d’actes qui extériorisent une relation avec Lui, comprise et
expérimentée comme centrale dans l’existence personnelle. » (p. 11). —
S. Decloux, s.j.

Saint Antoine de Padoue, Sermons des dimanches et des fêtes, t. IV :
Sermons pour les fêtes des saints et Sermons marials, intr., trad. et
notes par V. Strappazzon, Paris / Padoue, Cerf / Le Messager de Saint
Antoine, 2009, 14 x 20 cm, 466 p., 44,00 €.

Voici la traduction des Sermons de saint Antoine pour les fêtes des saints
et ceux qu’il a consacrés à la Vierge Marie. Comme pour les sermons des
dimanches, le travail est soigné, les traductions excellentes et les notes
fournissent tous les renseignements nécessaires. Le P. V.S. précise que
l’on y retrouve les quatre sens de l’Écriture ainsi que la doctrine des
Pères et des théologiens. Les mystiques victorins et surtout Richard de
Saint-Victor sont souvent cités. Pour faciliter l’usage de ce volume, a été
indiqué en note le plan de chaque sermon et ont été introduits intertitres
et commentaires succincts. Le saint se réfère aussi aux philosophes
et aux martyrs, et s’intéresse beaucoup aux choses de la nature. La perspective
symbolique est partout présente, souvent à la surprise du lecteur.
Quant aux étymologies, Isidore de Séville en est le pourvoyeur
inépuisable. Mais, par-dessus tout, Antoine a puisé à chaque page à la
source des Écritures. — H. Jacobs, s.j.

Patristique

Geofroy d’Auxerre, Exposé sur le Cantique des cantiques, t. 2, Oka
(Québec), Abbaye Notre-Dame du Lac (Pain de Cîteaux, Série 3, 28),
2009, 15 x 20 cm, 426 p., 23,00 €.

Voici le deuxième volume de l’Exposé du secrétaire de saint Bernard,
Geoffroy d’Auxerre, sur le Cantique des cantiques. Plutôt que de continuer
les sermons de l’Abbé de Claivaux comme on le lui avait demandé,
Geoffroy préféra rassembler ses notes, ses propres écrits, ses prédications
pour entreprendre, entre 1191 et 1196, un commentaire complet
du poème biblique. Son travail est souvent une compilation des ouvrages
d’Origène, Grégoire le Grand, saint Bernard, Gilbert de Hoyland, et de
bien d’autres. Cette œuvre était demeurée inédite jusqu’en 1974, date à
laquelle on en publia l’édition critique. On y retrouvera les grandes
manières de procéder de l’exégèse patristique et médiévale. Notre culture
actuelle en est évidemment bien éloignée. Pourtant nombreux sont les
développements, riches et substantiels, où pourra se nourrir notre vie
spirituelle. Ainsi, par exemple, quand Geoffroy distingue la méditation,
le regard spirituel et la contemplation. Dans la méditation, écrit-il, l’esprit
connaît encore un certain aveuglement dû au trouble des passions
charnelles. Dans le regard spirituel, la nouveauté surprenante de ce que
voit l’esprit le soulève d’admiration. Dans la contemplation, la saveur
d’une merveilleuse douceur le transforme totalement en joie et en bonheur.
— H. Jacobs, s.j.

Jean Chrysostome, L’Eucharistie, école de vie, Paris, Migne (Les Pères
dans la foi, 99), 2009, 13,5 x 19,5 cm, 228 p., 14,00 €.

Aucun écrit de Jean Chrysostome (349-407) ne traite explicitement de
l’Eucharistie. Dans les sept homélies ici réunies, extraites de commentaires
bibliques (Matthieu, I Corinthiens, Hébreux…) et choisies pour
leur contenu doctrinal, l’Eucharistie apparaît comme une « école de
vie ». La préoccupation morale, qui y est partout présente, recourt fréquemment
à deux paraboles évangéliques : les dix vierges et le débiteur
insolvable. Les diacres, chargés du service d’ordre, crient : « Aux saints
ce qui est saint », invitant chacun à juger de son aptitude à participer,
avec une « frayeur sacrée », aux saints mystères. Ce qui n’empêche pas
l’assistance de se faire morigéner : « J’en vois faire du bruit, crier, se
bousculer. » Nous apprenons que Jésus a « partagé le sel » avec Judas
(un personnage très présent dans les homélies), qui a bu son sang. Relevons
quelques allusions aux docètes qui prétendent que le Christ n’a
pas été crucifié et aux aquariens qui célébraient l’eucharistie avec de
l’eau. L’ouvrage est enrichi d’un guide thématique, dont le lecteur tirera
le plus grand profit. — P. Detienne, s.j.

Fondements

Ratzinger, J. (Card.), Les principes de la théologie catholique. Esquis-
ses et matériaux
, Paris, Parole et Silence (Téqui), 2008, 14 x 21 cm,
448 p., 29,00 €.

Le présent ouvrage est la réédition de la traduction d’un livre de Ratzinger
déjà ancien, publié à Munich en 1982 : Theologische Prinzipienlehre.
Bausteine zur Fundamentaltheologie.
Le titre aurait pu faire penser à un
traité systématique de théologie scientifique, regardant d’abord les principes,
puis leurs conséquences sur l’œcuménisme et sur la vie chrétienne.
Soucieux d’une théologie existentielle, c’est précisément la démarche
inverse qu’adopte le cardinal bavarois : il réfléchit d’abord sur la dimension
structurante de la foi baptismale, de la conversion et de l’histoire
du Salut. Ensuite, il se laisse interroger par les défis œcuméniques pour
revenir aux fondements de la révélation et de la théologie au-delà des
divisions. Alors seulement, dans une troisième partie plus brève, il cherchera
à préciser ce qu’est la théologie dans le contexte anthropologique
et ecclésial contemporain. Il s’agit là d’un livre essentiel et exigeant pour
connaître la pensée du Saint Père. Il est très dommage que l’édition en
soit desservie par une typographie dense et de petite taille qui ne facilite
pas une lecture déjà ardue. Il serait aussi des plus bénéfique de revoir la
traduction qui parfois questionne. — Fr. Gonzague, c.s.sj.

Sesboüé B., L’Esprit sans visage et sans voix. Brève histoire de la théologie
du Saint-Esprit
, Paris, DDB, 2009, 14 x 21 cm, 122 p., 12,00 €.

Contrairement au Père et au Fils, partenaires vivants de notre foi et de
notre prière, l’Esprit Saint est difficilement perçu comme une personne.
L’Écriture (surtout dans Paul et Jean) nous le présente comme un sujet
sans visage, qui ne parle pas en son nom propre : il est une « méta-personne », non pas en face de moi mais en moi, intimior intimo meo.
S’il est entré tardivement dans le Credo, c’est précisément à cause de son
originalité : ni engendrant ni engendré, c’est de manière analogique
qu’il est « personne », à la fois semblable et différent. À l’affirmation
qu’il procède du Père, l’Occident a unilatéralement ajouté « et du Fils »
(Filioque). Cette initiative malheureuse est responsable d’une division
entre chrétiens qui perdure aujourd’hui. Pour rendre la formule litigieuse
acceptable, ne suffirait-il pas, comme le suggère le théologien
orthodoxe Paul Evdokimov, de répéter avec Augustin et Ambroise :
« Le Père avec l’Esprit envoient le Fils tout comme le Père avec le Fils
envoient l’Esprit ? » D’autres pistes sont proposées par quelques théologiens
récents : H. Mühlen, Y. Congar, L. Bouyer, K. Rahner, H. Urs von
Balthasar, F.-X. Durrwell. — P. Detienne, s.j.

Témoins

Stein E., Vie d’une famille juive. 1891-1942, Paris/Genève/Toulouse,
Cerf/Ad Solem/Éditions du Carmel, 2008, 14,5 x 21,5 cm, 640 p.,
48,00 €.

Par ce récit « autobiographique » inachevé qu’elle rédigea pendant son
postulat et noviciat au Carmel, E. Stein voulait, au milieu des caricatures
déformantes de l’époque, rendre témoignage à la vie simple et ordinaire
d’une famille juive. En dix chapitres de longueur inégale — le plus long
est celui relatant son expérience à la Croix-Rouge pendant la première
guerre —, elle nous fait le récit d’une série de rencontres et de groupes
de personnes. Avec finesse et talent littéraire, elle dresse les portraits
psychologiques et décrit les caractéristiques de chaque personne, parfois
sans ménagement. Nous sommes ainsi introduits dans son intimité,
dans celle de son cercle familial — elle restera fidèlement attentive aux
siens jusqu’au bout —, de ses relations diverses, et rendus témoins de
son évolution. Celui qui s’intéresse à la pensée d’E. Stein verra ici combien
ses racines plongent dans la vie concrète. En annexe, deux textes de
Stein (Comment je suis venue au Carmel de Cologne et Testament) ainsi
que leur présentation permettent de compléter la Vie. D’autres annexes
aident à comprendre le contexte. Cette nouvelle édition, dans le cadre
de la publication en français des Œuvres complètes d’Edith Stein, reproduit
celle, excellente, de 2001. Un seul regret : cette édition ne contient
plus les photos en milieu d’ouvrage. — S. Dourson.

Golay D.-M., Devant Dieu pour tous. Vie et message d’Edith Stein,
Paris, Cerf, 2009, 23 x 28,5 cm, 316 p., 48,00 €.

Ce très beau livre présente l’itinéraire tout à fait singulier d’Edith Stein
dont la vie et la pensée sont une constante recherche de la vérité, qu’elle
découvre être Quelqu’un, Jésus Christ. Dès lors, elle le suivra jusqu’à la
Croix, se tenant « devant Dieu pour tous ». Les cinq chapitres retracent
l’enrichissement constant de son être et son activité incessante comme
juive, philosophe, chrétienne, religieuse et martyre. L’auteur nous
donne accès à de nombreux détails et épisodes de la vie de S. qui ne se
trouvent pas dans Vie d’une famille juive. Ce parcours est illustré par de
nombreuses photographies d’Edith Stein et de ses proches mais aussi
des lieux, de monuments, d’œuvres d’art… Les œuvres de S., dont plusieurs
sont encore inconnues pour les francophones, sont introduites
très à propos, enracinées dans leur contexte, et présentées grâce à la
collaboration de différents auteurs. Des encarts nous donnent également
des traductions d’extraits de ses œuvres et de ses lettres (dont
certaines sont désormais accessibles en français), ainsi que des indications
historiques. Le cinquième chapitre, sur la vie posthume, nous
met devant l’actualité, pour la vie de l’Église, de cette sainte désormais
co-patronne de l’Europe. — S. Dourson.

Join-Lambert A., Prier 15 jours avec Karl Leisner, Buyères-le-Châtel,
Nouvelle Cité (Prier 15 ours avec, 132), 2009, 11,5 x 19,5 cm, 128 p.,
12,50 €.

Karl Leisner (1915-1945), séminariste allemand arrêté en 1939 et clandestinement
ordonné prêtre à Dachau (1944), a souffert durant tout
le temps de sa déportation d’une tuberculose pulmonaire dont il est
décédé peu de temps après sa libération. Déclaré par Jean-Paul II
modèle de la jeunesse pour l’Europe (1988), il a été béatifié (1996). Il a
laissé un journal intime sur lequel s’appuie l’A. du présent ouvrage, en
illustration des 15 méditations qu’il nous propose : confiance, paix du
cœur, instrument de l’amour divin, chèque en blanc… Les citations
s’étalent sur les onze dernières années de sa vie : seul celui qui aime
connaît vraiment ; tout a un sens ; savoir attendre ; ma vie et ma mort
t’appartiennent… Au temps de son arrestation, il écrit : Je te prie de tout
cœur pour tous ceux qui ne me veulent pas du bien. À l’approche de sa
mort, il prie : Bénis aussi mes ennemis. — P. Detienne, s.j.

Morelle A., Raymond Pichard. Le dominicain cathodique, Paris,
Parole et Silence / Lethielleux, 2009, 15 x 23,5 cm, 199 p., 18,00 €.

En avant-propos de son ouvrage, l’auteur présente en quelques mots le
dominicain « grâce à qui l’Église catholique a pu rendre présent son
message sur les écrans de télévision en France ». Né en 1913, non loin
de Lisieux, il est décédé en 1992. Vrai frère prêcheur, présent à tous les
grands événements de l’Église et du monde, il parvint malgré les obstacles
de toute sorte à introduire dans les habitudes ce moyen unique
de transmettre la Parole. Les péripéties ont été nombreuses, mais le Père
Pichard, jamais à court d’idées ni de courage, a eu un apostolat qui a fait
de lui l’un des apôtres du XXe siècle. S’il parvint à mobiliser au service de
l’Évangile les moyens de la technologie moderne, il ne transigea jamais
sur le principe que la transmission de la Parole de Dieu ne peut en aucun
cas compter sur la puissance ou sur la violence pour servir la vérité et la
paix. — H. Jacobs, s.j.

Delbrêl M., Œuvres complètes, t. 7 : La sainteté des gens ordinaires,
Bruyères-le-Châtel, Nouvelle Cité, 2009, 13 x 20 cm, 226 p., 18,00 €.

Peu à peu se poursuit la publication de l’œuvre écrite de Madeleine
Delbrêl. Après une rapide chronologie de sa vie, ce volume s’ouvre par
quelques pages qui évoquent son inoubliable Nous autres gens des
rues (1938). Comme le rappellent les éditeurs, pour Madeleine et ses
compagnes, il ne s’agissait pas de « travailler pour le Christ », mais de
« revivre le Christ au milieu d’un monde déchristianisé ». Elles formaient
un « groupe de laïcs de la banlieue » croyant « que ce monde
où Dieu nous a mis est pour nous le lieu de notre sainteté ». Plusieurs
textes, articles ou conférences sont repris dans ces pages où M.D. défi-
nit sa perspective spirituelle et apostolique. En plusieurs endroits se
découvre la profondeur de sa communion avec Charles de Foucauld.
Pour elle, comme pour le P. Charles, « il s’agit d’être le Christ jus-
qu’au bout, livré aux hommes dans son sacrifice ». « Ainsi identifié au
Christ par la conversion dans l’obéissance à la Parole, l’apôtre va jus-
qu’au bout de cette identification dans le mystère eucharistique. » —
H. Jacobs, s.j.

Questions

Bonnewijn O., Wanert A., Les aventures de Jojo et Gaufrette. t. I : Un
ami extraordinaire
, Paris, Éditions de l’Emmanuel, 2009, 14 x 18 cm,
48 p., 8,50 €.

Bonnewijn O., Wanert A., Les aventures de Jojo et Gaufrette. t. II : Les
trois roses
, Paris, Éditions de l’Emmanuel, 2009, 14 x 18 cm, 48 p.,
8,50 €.

Jojo et Gaufrette sont des jumeaux de 10 ans 1⁄2. Leurs histoires furent
imaginées par Olivier Bonnewijn, prêtre de l’Emmanuel et professeur à
l’IET de Bruxelles, lors des « petits camps » de Beauraing proposant aux
enfants de Bruxelles jeu et prière. Il y a de cela dans ces deux petits livres
destinés aux 8-10 ans : une aventure de la vie enfantine, qui est en réalité
une parabole de la pédagogie divine et ouvre le lecteur à la vie spirituelle
grâce à un jeu de questions-réponses à la fin du livre. Un ami extraordinaire
montre Jésus dans le « sacrement du pauvre », Les trois roses traite
des distractions dans la prière. De charmants ouvrages illustrés avec
goût par Amandine Wanert. On attend la suite des aventures de Jojo et
Gaufrette ! — A. Massie, s.j.

Content É., Lucereau B. et Mathieu V., Ces amours qui n’avancent pas,
Paris, Éditions de l’Emmanuel, 2009, 13 x 21 cm, 192 p., 15,00 €.

Les fondatrices du cabinet de conseil conjugal Mots croisés se penchent
sur les difficultés qu’éprouvent les jeunes à s’engager. Elles posent les
questions pertinentes : Qu’est-ce qu’aimer ? Qu’est-ce qui empêche une
juste relation ? Que faire pour avancer ?…
Elles considèrent les blessures
liées à la famille, aux relations, à la sexualité ; elles fustigent les fausses
idées de l’amour et les fausses idées du pardon ; elles prônent l’estime
de soi ; elles illustrent leurs propos par des exemples inspirés d’histoires
réelles ; elles les prolongent par une série de questionnaires particulièrement
judicieux. Il serait dommage que le climat explicitement
chrétien des exposés et leurs nombreuses références évangéliques
découragent, voire irritent, certains lecteurs. Les auteures prennent
soin de mettre en garde contre les prières béatement infantiles : « Dieu
ne fera rien sans nous. » Glanons quelques formules inspirantes : « Pour
savoir où tu vas, tu dois savoir d’où tu viens » ; « la passion, c’est l’amour
de l’amour » ; « le bonheur n’est pas une fin, c’est le fruit de l’amour ».
Recommandé. — P. Detienne, s.j.

De Beukelaer É., Pourquoi je ne crois pas à la faillite du christianisme,
Bruyères-le-Châtel, Nouvelle Cité (Vie des hommes), 2009, 15 x
22 cm, 288 p., 20,00 €.

Dans son récent plaidoyer pour l’actualité de l’Église, nouvelle mouture
de sa Lettre aux déçus du christianisme, l’A., alors responsable du séminaire
de Louvain-la-Neuve, présente les différentes composantes du
christianisme (dogmes, sacrements, vertus théologales…) sous l’angle
newmanien : l’Église change afin de rester la même. Il n’évite aucune
question délicate : virginité de Marie, célibat du Christ, divorce, homosexualité,
préservatif, prêtres mariés, femmes ordonnées… Jésus, dont la
naissance à Bethléem est peut-être fictive, est présenté comme « un type
passablement normal, plutôt sain d’esprit » qui s’attendait probablement
à une fin des temps rapprochée. Pour l’A., Christ n’est pas un maître zen ;
l’Eucharistie est un pauvre show ; il est hasardeux de dire : c’est Dieu qui
a causé le big-bang ; dans le domaine urgent de l’écologie, les Églises
n’en sont qu’à des balbutiements… Il suggère que le discours officiel de
l’Église (qui devrait s’exprimer en anglais) n’est pas tant inacceptable
qu’illisible : il devrait s’appuyer moins sur la loi naturelle que sur le principe
de dignité humaine, universellement reconnu. Des propositions
claires, qui sollicitent agréablement l’assentiment du lecteur. N.B. :
Inch’Allah est incorrectement traduit Dieu le veult. — P. Detienne, s.j.

Vie de l’Église

Donelly D., Famerée J., Lamberights M., Schelkens K. (éd.), The Belgian
Contribution to the Second Vatican Council, International
Research Conference at Mechelen, Leuven and Louvain-la-Neuve
(September 12-16, 2005)
, Louvain, Peeters (BETL, 216), 2008, 16 x
24,5 cm, 724 p., 85,00 €.

Après d’intéressantes observations, sur l’importance des journaux
conciliaires par exemple (L. Kenis et L. Declerck), la contribution des
Belges à Vatican II est ici mise en évidence, et en particulier les personnes
(Suenens, Thils, Cerfaux, Moeller, Philips, Calewaert, De Smedt),
qui ont contribué aux grands textes du Concile, eux aussi « revisités » :
l’œcuménisme, la révélation, l’Église, la liturgie, la liberté religieuse…
Soulignons aussi, pour d’autres « sources », l’étude de dom E. Lanne sur
Chevetogne, et pour l’originalité, la recherche de E. Louchez à propos
de la quarantaine d’évêques missionnaires belges au Concile (en plus
des 16 évêques « métropolitains » et des 35 experts belges officiels) :
« tant de choses par si peu de monde », en effet. — n. hausMan, s.c.m.

Coolus, Elvine, Le lapin bleu mène l’enquête. t. 3 : Être chrétien… un
art de vivre ?
, Nouan-le-Fuzelier, Éditions des béatitudes, 2009,
22 x 29,5 cm, 32 p., 12,50 €.

Examiner les travers et les qualités dont nous faisons preuve dans nos activités
quotidiennes, tel est l’objet de cette troisième enquête du lapin bleu,
sorte de bande dessinée où le « héros » mime les différentes manières dont
le chrétien aborde la réalité. Le dessin est toujours amusant. Le propos pose
cependant question : certes, quand je fais les courses, je peux être radin,
sociable, prévoyant, efficace, étourdi, généreux, etc. (p. 13). Le « traité
des caractères » est complet. Mais où se trouve « l’art de vivre » du chrétien ?
La morale des vertus esquissée ici n’est jamais reliée à la personne
de Jésus. On se demande de quelle manière le lecteur pourra faire l’apprentissage
d’un authentique discernement chrétien. — A. Massie, s.j.

Vannier A.-M. (dir.), Les Pères de l’Église et la naissance de l’ecclésiologie,
Paris, Cerf (Patrimoines Christianisme), 2009, 14,5 x 23,5 cm,
316 p., 28,00 €.

Fruit d’un Colloque de l’Université de Metz en 2008, cet ouvrage s’attache
d’abord, selon M.-a. Vannier, à expliciter ce que le mot « ekklesia » signi-
fiait à l’époque des Pères : pour Cyprien de Carthage, la fraternité ;
pour Clément de Rome, l’Église (locale et universelle) en exode ; pour les
Apologistes, le nouveau peuple qui tient son identité de la Trinité. De
manière plus spécifique, chez les Africains (Tertullien, Cyprien), l’Ecclesia
Mater
est le berceau d’une conception de l’épiscopat et de la primauté
romaine dont la postérité s’étend toujours dans la théologie des ministères.
D’après Origène, le passage des Juifs aux Gentils met en évidence le
modèle de Paul, et sa certitude que « Dieu veut que tout Israël soit sauvé ».
La rhétorique d’Ambroise de Milan oppose la Synagogue et l’Église, mais
envisage aussi leur solidarité. Augustin d’Hippone reprendra, dans son
« Cor unum et anima una », l’Église-fraternité des premiers temps. Les
Actes de la Conférence de Carthage permettent de mieux comprendre
les rapports de l’Église avec l’État. Les hérésies du temps sont l’occasion
pour Origène, Chromace ou Chrysostome d’exercer une exégèse qui n’en
reste pas à la lecture littérale. L’Église syriaque se définit liturgiquement
à partir de son « mystère ». Chez Léon le Grand enfin, l’ecclésiologie
est comprise comme incorporation par attraction au Christ, entrée
dans l’héritage promis, croissance du Corps (l. Pidolle, 276). On le voit,
depuis la Lettre de Clément de Rome aux Corinthiens (« sorte de test
de Rorschach de l’ecclésiologie », 38), à travers la distinction de Justin
entre l’Église (strictement délimitée) et le christianisme (plus largement
étendu, 75), et jusqu’à « l’élection de l’adoption » spécifique à Léon (269),
le « mystère » du Christ s’incorpore toute l’histoire, pour l’éternité.
On le comprend, l’héritage patristique ne devrait jamais manquer aux
chrétiens contemporains soucieux de mener une authentique vie spirituelle
(Perspectives finales). — N. Hausman, s.c.m.

Chauvet P. (Mgr.), Viens, suis-moi. À la source du sacerdoce ministériel,
Paris, Parole et Silence, 2009, 14 x 21 cm, 160 p., 15,00 €.

Publié à l’occasion de l’année du prêtre, ce livre, composé de huit courts
chapitres, est le fruit des recherches et de l’enseignement que l’auteur
a effectués sur le sacerdoce ministériel. Pétri d’expressions bibliques, et
fuyant par ailleurs toute excentricité, son propos offre une relecture de
l’évolution de la figure presbytérale depuis l’ancien testament jusqu’à
Vatican II. Ce parcours est dès lors aussi une « contemplation du Christ,
l’unique grand prêtre » qui éclaire et illumine la compréhension de tout
ministère ordonné. En conclusion de l’ouvrage, deux chapitres plus thématiques
sont consacrés à des questions toujours actuelles : le célibat
et la vocation. Page après page, l’ancien vicaire général de Paris nous
offre une publication très accessible dont on souhaite qu’elle trouve les
lecteurs auxquels elle s’adresse. — S. waeffler.

Patriarche Daniel de l’Église orthodoxe roumaine, La joie de la fidélité.
Précédé d’un entretien avec le frère Hyacinthe Destivelle, o.p.
,
Paris, Cerf / Istina, 2009, 14,5 x 21,5 cm, 432 p., 30,00 €.

L’ouvrage nous livre un ensemble de cours, de conférences, d’entre-
tiens à la radio, etc. des 30 dernières années. Un entretien avec le frère
Hyacinthe Destivelle, o.p. est donné en introduction et retrace les différentes
étapes de la vie du patriarche Daniel. Après le temps de la persécution,
la Roumanie assiste à une renaissance exceptionnelle de son
église. Durant le temps de son épiscopat en Moldavie, de 1990 à 2007,
le métropolite Daniel a fondé plus de 300 paroisses, 40 monastères et a
fait construire plus de 250 églises. On trouvera ici des exposés doctrinaux
robustes inspirés des Pères de l’Église, non sans des références
à des auteurs modernes comme Olivier Clément ou le P. Alexandre
Schmemann. Les références à l’actualité ne manquent pas ; à savoir des
réflexions sur la sécularisation, sur l’œcuménisme, l’unité de l’Église et
le pouvoir de juridiction en regard des positions romaines, sur le rôle de
l’orthodoxie dans la communion de toutes les Églises ; particulièrement
stimulantes sont les considérations sur la liturgie, à la lumière de l’adage
lex orandi, lex credendi. — J.-M. Glorieux, s.j.

De Lavaur M.-A., Vatican I et l’infaillibilité, Toulouse, Éditions du Pech
(Les grandes questions de ce temps), 2009, 11 x 17,5 cm, 457 p.,
18,00 €.

Dans ces quatorze « entretiens », composés en 1870, tandis que se
déroulait le concile de Vatican I, l’A., un capucin toulousain, met en
scène un « théologien » et un « fidèle » qui lui sert de faire-valoir :
« Vous avez parfaitement raison… tout ce que vous dites est merveilleux
 ». Qu’y lisons-nous ? Le Concile est une assemblée d’hommes
divins délibérant sur les choses divines, présidée par le pape, vice-gérant
du Christ. Pie IX est l’immortel défenseur de tous les droits et de toutes
les libertés. La définition de l’infaillibilité pontificale, vérité révélée par
Jésus-Christ, est très opportune et très nécessaire : il n’en peut résulter
que de très grands avantages et aucun inconvénient. C’est de sa proclamation
que doit sortir le salut du monde. L’infaillibilité pontificale et
l’eucharistie, voilà les deux plus grands miracles de l’amour de Dieu.
Les ultramontains sont les catholiques du monde entier. Qui n’est pas
romaniste n’est pas catholique. La France est le Royaume de Marie et
de la papauté. Ces Quarante (de l’Académie Française) n’ont pas plus
d’esprit que quatre. Le Père Gratry est le plus naïf et le plus douteux des
Oratoriens… — P. Detienne, s.j.

Benoît XVI, La sainteté ne passe pas, Paris / Vatican, Parole et Silence /
Libreria editrice vaticana, 2009, 14 x 21 cm, 304 p., 25,00 €.

L’ouvrage rassemble les portraits de saints proposés par le pape Benoît XVI
à l’occasion des catéchèses du mercredi, des angélus, d’homélies et
autres discours. Cette collection de textes et de citations, présentée
sous une forme calendaire très pratique, constitue un précieux complément
pour la Liturgie des Heures, une nourriture solide pour la prière
personnelle et communautaire, un outil privilégié pour la préparation
de catéchèses et d’homélies. Par ces enseignements profonds et spirituels,
le Saint Père exhorte les chrétiens à s’engager radicalement sur
la voie où les précèdent les saints pour « arriver à partager un jour avec
eux (…) la joie du banquet dans la Jérusalem céleste », confiants dans le
succès de cette entreprise où personne n’avance jamais seul : « la foule
des saints de Dieu me protège, me soutient, me porte ». Un livre à lire,
chaque jour. — Frère DoMinique

Spiritualité

Ravier R., François de Sales. Un Sage et un Saint, Bruyères-le-Châtel,
Nouvelle Cité (coll. Spiritualité), 2009, 15 x 22 cm, 319 p., 20,00 €.

L’A., jésuite hagiographe décédé en 1999, nous propose ici une biographie
détaillée de François de Sales (1567-1622) : savoyard éduqué à Paris
et à Padoue, prêtre missionnaire dans le Chablais protestantisé, ordonné
évêque de Genève, ville devenue calviniste où il n’a pu résider, fondateur
de l’ordre de la Visitation… L’A. se penche sur les diverses facettes de
la personnalité du saint : le prédicateur, le diplomate, le juriste, le conciliateur…
ses crises spirituelles, ses controverses courtoises avec les calvinistes,
ses lettres affectueuses à l’adresse de ses filles spirituelles, son
amitié avec Jeanne de Chantal. Deux chapitres sont réservés à ses deux
chefs d’œuvre : « Introduction la vie dévote » ; « Traité de l’amour de
Dieu ». L’A., qui avoue son enthousiasme pour le saint, ne trouve justifié
aucun des reproches qu’on lui a faits. Nous nous étonnons aujourd’hui
de ce qu’il ait béni le mariage d’un de ses frères avec une gamine de onze
ans et qu’il ait approuvé le bannissement des calvinistes chassés du
Chablais. Recommandé. — P. Detienne, s.j.

La vie de Béatrice de Nazareth, Saint-Jean-de-Matha (Québec),
Abbaye Val Notre-Dame (coll. Pain de Cîteaux, 29), 2009, 15,5 x
20,5 cm, 23,00 €.

Béatrice de Nazareth (1200-1268), moniale cistercienne tirlemontoise,
prieure de l’abbaye de Nazareth (Lierre), a tenu, en flamand, un journal
aujourd’hui disparu, dont s’est servi un « aumônier » inconnu pour
composer vers 1275, en latin, un récit hagiographique édifiant, dont
voici la première traduction française. En une cinquantaine de courts
chapitres répartis en trois livres, l’A. décrit une ascension spirituelle,
qu’il illustre de multiples références bibliques ; il y est question de combats
intérieurs, tentations, extases, visions (mais pas de miracles).
Le genre littéraire utilisé pose aujourd’hui question : le lecteur, pris
fréquemment à témoin (« Considère, cher lecteur… »), apprend que
Béatrice connaissait, à cinq ans, le psautier par cœur et que, dès avant
sa quinzième année, elle se flagellait de la plante des pieds jusqu’à la
poitrine. Le chapitre consacré aux sept degrés de l’amour de Dieu est
inspiré d’un Traité sur sept manières d’aimer, composé par Béatrice,
dont nous avons conservé le texte original : Seven manieren van
Minne
. La présente édition nous livre les deux versions en parallèle. —
P. Detienne, s.j.

Panafieu B. (Card.), Avec saint Matthieu, accueillir la miséricorde,
Paris, Parole et Silence, 2009, 14 x 21 cm, 170 p., 16,00 €.

L’A., archevêque émérite de Marseille, propose, à partir de trente-trois
citations de l’évangile selon saint Matthieu, une réflexion catéchétique et
spirituelle sur la miséricorde de Dieu : « Joseph était un homme juste […].
Vous êtes le sel de la terre […]. Es-tu celui qui doit venir ? […] » Chaque
méditation comporte de deux à cinq pages ; elle se termine par une courte
prière. L’A. illustre ses propos tant par des confidences reçues que par des
références à la vie des saints (v.g. Thérèse de Lisieux). Il montre un intérêt
particulier à la population immigrée. Il attire l’attention du lecteur par
des textes imprimés en gras : « On ne se fait pas apôtre, on le devient par
grâce ; on s’enrichit toujours de ce qu’on donne ; la mission n’est pas le
militantisme ; le chrétien est un voyant ; le service de Dieu passe par le
service de l’homme ; aujourd’hui le Christ souffre et meurt à notre
porte ; Dieu est là où est l’homme »… — P. Detienne, s.j.

Jeanguenin G., Saint François de Sales. Son combat contre le démon,
Paris, Éditions de l’Emmanuel, 2009, 13 x 21 cm, 141 p., 12,00 €.

L’auteur, exorciste en Italie, s’est spécialisé en démonologie et en psychopathologie
clinique. Il se penche dans ce livre sur saint François de
Sales qui « fut aussi un grand exorciste ». Sait-on qu’au cours de son
ministère, celui-ci a exorcisé quatre cents possédés ? En présentant cet
ouvrage, le Père G. Gramolozzo, président de l’Association internationale
des exorcistes, écrit : « C’est un livre qui fera beaucoup de bien aux
exorcistes : ils y puiseront de sages conseils, de prudents comportements
et expériences de vie. » L’auteur, en effet, insiste judicieusement
sur « le rôle prépondérant que joue le discernement, non seulement dans
cette matière spécifique, mais dans toute notre vie chrétienne ». —
H. Jacobs, s.j.

Michelin E. (dir.), Témoins dans l’Esprit saint. Contextes et contenus
au XXe siècle
, Paris, Parole et Silence, 2009, 14 x 21 cm, 207 p., 19,00 €.

Le Studium de Notre-Dame de Vie a organisé en 2007, à l’occasion du
40e anniversaire de la mort du Père Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus
(1894-1967), un colloque consacré au « témoignage dans l’Esprit saint ».
Deux volumes en publient les résultats, dont le premier, que nous recensons
ici, s’attache à réfléchir « aux conditions de possibilité de l’acte de
témoignage dans sa dimension prophétique ». On y trouve également
diverses études sur le même thème, notamment dans l’Écriture, chez Grégoire
le Théologien, chez Henri Perrin, dans Gaudium et Spes. On notera
la richesse de ces pages qui donnent tout leur sens à cette affirmation :
« Être témoin, c’est approfondir la spécificité de la foi chrétienne, afin d’en
déployer toute l’interprétation critique et prophétique, à l’adresse de la
société dans laquelle nous vivons » (p. 143). — H. Jacobs, s.j.

Baudry J., « L’amour quand il est grand… ». Études sur sainte Thérèse
d’Avila
, Toulouse, Éditions de Carmel (Carmel vivant), 2009, 14 x
21 cm, 497 p., 26,00 €.

J. Baudry (1934-1999), carme déchaux, a publié, pendant un quart de
siècle, dans diverses revues, une vingtaine d’études thérésiennes, ici réunies.
Les sujets traités sont variés, comme en témoignent les titres des
articles : « Thérèse, disciple de François » ; « Thérèse, épouse du Christ » ;
« Rêve et vie spirituelle » ; « De la méditation à l’oraison » ; « La prière d’intercession » ; « Morale et mystique » … Évoquant la radicalité de la pauvreté
apostolique, Thérèse ne néglige aucun détail : ni matelas, ni coussins,
rien de coloré, pas de miroirs. Elle attend de ses religieuses qu’elles
soient des « hommes forts » qui s’abstiennent de « paroles de tendresse »,
et qu’elles soient totalement détachées du pundonor, ce « point d’honneur » qui a tant affecté le Siècle d’Or espagnol. À propos du no pensar
nada
de la mystique, l’A., actualisant le message thérésien, s’insurge
contre la recherche du vide mental, préconisé dans le yoga. Il rappelle la
nécessité absolue de la médiation du Christ : la prière, trato de amistad,
(rencontre d’amitié), est toujours personnelle, consciente, intérieure.
Quant au maître spirituel, sa tâche est triple : éprouver comprendre,
communiquer. Exposés clairs, riches, agréables. À lire. — P. Detienne, s.j.

Valabek R., La prière au Carmel. Aperçu historique, Paris, Parole et
Silence (Grands Carmes), 2009, 14 x 21 cm, 232 p., 20,00 €.

L’A., carme américain, nous présente un aperçu historique de la vie de
prière des Carmes, depuis les origines jusqu’à ce jour. La Règle, rédigée
en 1209 par saint Albert, patriarche de Jérusalem, spécifie que la vie des
ermites du Mont Carmel consiste à méditer jour et nuit la loi du Seigneur
et veiller dans la prière, dans le silence et la solitude… mais, dès leur
immigration en Europe, ils doivent faire face aux tentations d’une vie
toujours plus apostolique et intellectuelle. L’A. présente les différents
auteurs (dont il extrait maintes citations) qui, au cours des siècles, ont
redéfini l’idéal primitif : l’aspect affectif du dialogue avec le Seigneur
(vacare Deo, frui Deo), la sainte liturgie, la dévotion mariale. Après un
foisonnement de littérature spirituelle au XVIIe siècle intervient une lon-
gue période de déclin. L’A. cite un vademecum polonais du XVIIIe siècle :
prières à réciter en se levant, en se lavant, en se séchant, en s’habillant.
Au XIXe siècle, rien à signaler… sinon une Thérèse de Lisieux, qui appartient
au Carmel réformé, alors que le présent ouvrage concerne les
Carmes de l’ancienne observance. Le XXe siècle annonce un retour aux
sources avec, entre autres, le bienheureux Titus Brandsma, décédé à
Dachau. — P. Detienne, s.j.

Johnston W., La mystique du « Nuage de l’Inconnaissance », Toulouse,
Éd. du Carmel (Recherches carmélitaines), 2009, 15 x 21,5 cm,
368 p., 34,00 €.

Le Nuage de l’Inconnaissance est un des textes majeurs de la tradition
mystique de l’Angleterre médiévale. Son auteur anonyme, à qui nous
devons quelques autres petits traités rédigés probablement vers la fin
du xive s., n’a pu être identifié. Se situant dans la tradition apophatique
du pseudo-Denys, bon connaisseur de la production spirituelle du
Moyen Âge européen, l’auteur du Nuage allie profondeur et simplicité,
rigueur et humour, outre des dons remarquables de discernement et de
direction. Dans ses écrits, « l’esprit est conçu comme un miroir : vide
d’images et de pensées, quoique empli de foi, il est plongé dans l’obscurité
— et c’est dans l’obscurité que l’on voit Dieu ». C’est l’ensemble
de son œuvre qui fait ici l’objet d’un commentaire théologique et spirituel.
Saluons donc la traduction française de cette étude d’abord parue
en anglais en 1967 et rappelons que le même traducteur a récemment
publié des versions françaises du Nuage et des traités apparentés.
William Johnston, qui rédigea par la suite toute une série d’essais de
spiritualité et qui a vécu au Japon la plus grande partie de son existence
de jésuite, propose discrètement, en marge de cette étude, quelques
réflexions comparatives sur la mystique chrétienne et la tradition spirituelle
du bouddhisme Zen. La préface de Thomas Merton contient
quelques indications dans le même sens. — La bibliographie a été
« adaptée, augmentée et mise à jour » par le traducteur. — J. Scheuer s.j.