Recensions parues dans ce numéro…

Questions

Binggeli S., Le féminisme chez Edith Stein, Paris, Parole et Silence/
Collège des Bernardins, 2009, 15 x 23,5 cm, 534 p., 35,00 €.

L’A. entreprend la traversée de la vie d’Edith Stein et de ses écrits — à
partir de son baptême — en explorant les fondements (philosophiques,
psychologiques, théologiques, bibliques…), influences et développements
de sa vision intégrale de la personne et de la femme, ainsi que le
déploiement de « la grâce d’être femme ». Vis-à-vis de l’homme dont elle
partage la commune nature humaine, l’être maternel de la femme
désigne bien plus qu’un point de vue biologique : il concerne toute
l’ampleur de l’être féminin, dans sa structure et dans sa finalité, dans
son humanité et son individualité. La quatrième partie analyse des
textes composés par Stein dans le genre littéraire particulier du théâtre
au Carmel, où la pensée de la carmélite sur la femme prend une tournure
concrète, au cœur d’une relecture spirituelle du destin de son peuple.
Le parcours est donc très riche, et l’A. n’hésite pas à faire également écho
à des opinions opposées au féminisme déployé par Stein dans un vocabulaire
parfois désuet ou à ouvrir le dialogue avec les problématiques
contemporaines — montrant par là la fécondité encore actuelle de cette
pensée. Éditant ici tardivement sa thèse de doctorat — soutenue en
2000 —, l’A., qui traduit les textes à partir de l’allemand, s’est préoccupée
de faire correspondre les références à la nouvelle édition allemande
de l’œuvre de Stein. — S. Dourson.

Famerée J., Henneau M.-É., Parmentier É. et Reijnen A.-M., Le christianisme
est-il misogyne ? Place et rôle de la femme dans les Églises
,
Bruxelles, Lumen Vitae (Trajectoires, 22), 2010, 13,5 x 19,5 cm, 124 p.,
16,00 €.

Un cycle de quatre conférences données à Louvain-la-Neuve en
2009 avait pour thème l’androcentrisme des Églises. Elisabeth Parmentier
(Faculté de théologie protestante, Strasbourg) évalue les
théologies féministes selon quatre critères : la Bible, relativisée ; Dieu,
dépossédé de ses caractéristiques classiques ; le Christ, simplement
un symbole ; l’Église, dont la théologie cède le pas aux sciences
humaines. Marie-Elisabeth Henneau (Université de Liège) étudie
l’histoire des mouvements féministes belges, affrontés aux positions
vaticanes. Anne-Marie Reijnen (Faculté de théologie protestante,
Bruxelles) critique la biologisation des différences : le problème
du sexisme n’est pas plus un problème des femmes que le racisme
n’est un problème de Noirs. Joseph Famerée (Louvain-la-Neuve), qui
présente l’ouvrage, analyse l’androcentrisme traditionnel d’Augustin
et de Thomas d’Aquin : la nature et le rôle de la femme sont pensés
d’un point de vue masculin : le vir est l’exemplaire humain de référence.
La femme, dans sa différence corporelle, est subordonnée à
l’homme ; elle lui est équivalente en tant que homo. L’A. relève des
traces d’androcentrisme dans quelques textes officiels récents. La
lettre apostolique de Jean-Paul II, Mulieris dignitatem (1988) concerne
« la dignité et la vocation de “ la ” femme ». Imagine-t-on un Viri
dignitatem
concernant “ le ” mâle ? Rappelons que la congrégation
pour le culte divin répétait en 1980 que « les fonctions de l’acolyte ne
sont pas permises aux femmes » ; l’interdit ne sera levé qu’en 1994.
— P. Detienne, s.j.

Chmakoff M., Le divin et le divan. Petits écueils ordinaires de la foi,
Paris, Salvator, 2009, 14 x 21 cm, 160 p., 16,00 €.

Psychologue et psychanalyste, l’auteure, qui a étudié la théologie et est
également peintre, nous invite à réfléchir sur la manière dont notre vie
de foi entrave ou, au contraire, libère notre psychisme.Tout au long de
notre vie, nous sommes invités à avancer sur un chemin d’humanisation,
en nous dépouillant de ce qui empêche la connaissance de nousmêmes.
La vie de foi, dans son essence, devrait guider le croyant vers
cette réceptivité à lui-même, aux autres, au monde, et à Dieu. Mais il
n’en va pas toujours ainsi. L’interaction entre le psychisme et la religion
n’est pas forcément au service du croyant. La religion peut figer l’évolution
du sujet en amplifiant et en figeant les mécanismes de défense
contre l’angoisse. Pour les habitués du langage psychanalytique, le chapitre
consacré à ce sujet éclaire le lien entre le fonctionnement psychique
et la foi ; on regrettera pourtant le rôle exclusivement négatif
attribué par l’auteur à la sublimation. Ceux que rebute ce langage un
peu ardu se réconcilieront avec les chapitres suivants, sur la fonction de
l’idéal et du manque. L’idéal du moi, en tant qu’horizon vers lequel nous
marchons, dynamise notre psychisme ; mais cet horizon peut s’obscurcir
et notre boussole, perdre le nord, en nous entraînant à notre insu vers
des impasses décrites avec beaucoup de justesse. Les derniers chapitres,
consacrés au manque, nous mènent au cœur de la rencontre
entre le langage psychanalytique et celui de la foi. Pauvreté, chasteté et
obéissance y sont rencontrées comme des chemins qui nous invitent à
accepter le manque, non comme un espace mais comme un temps, qui
permet l’humanisation au cœur de nous-mêmes, au cœur des liens qui
nous unissent aux autres, à la nature, au monde et à Dieu. L’auteure
illustre cette traversée du manque par le combat de Jacob en Genèse 32.
La blessure de Jacob, après cette nuit transformante, est le symbole de
cette impossible complétude de l’avoir, qui ouvre à la plénitude de l’être.
— D. Struyf

Prière et liturgie

Paglia V., La Parole de Dieu chaque jour 2010, Paris, Parole et Silence /
Communauté Sant’Egidio, 2010, 14 x 21 cm, 638 p., 25,00 €.

L’A. présente la nouvelle édition de son guide pour la prière quotidienne.
Fondé sur une lecture suivie de livres bibliques, l’ouvrage propose de
brèves méditations apportant sur chaque texte les lumières de l’histoire,
de la Tradition, du Magistère et de l’Écriture et renvoie à un des schémas
de prière regroupés en fin d’ouvrage de façon thématique : « prières des
saints », « prière de la vigile », « prière pour les malades », etc. Le mérite
d’une telle synthèse réside dans la portée spirituelle du commentaire ;
malgré son érudition, il reste toujours simple et conduit le lecteur au
seuil de sa propre lectio divina. Cette année, les livres d’Esdras, Néhémie,
Tobie, Judith, Esther, Qohelet, précèdent la traversée des Évangiles
et des Actes. Ces cycles de lecture sont interrompus les dimanches et
fêtes, ainsi que la Semaine Sainte : ces jours-là, les textes de la liturgie
sont préférés. — Frère Dominique, f.s.j.

Religions en dialogue

Meyer D. et De Bourqueney J.-M., Le Minimum humain. Réflexions
juive et chrétienne sur les valeurs universelles et sur le lien social
,
Bruxelles, Lessius (L’Autre et les autres, 12), 2010, 14,5 x 20,5 cm,
224 p., 19,50 €.

Un rabbin (D. Meyer) et son ami pasteur (J.-M. de Bourqueney), auxquels
se joindront un musulman (F. El Asri) et un agnostique (P. Danblon),
recherchent dans leurs traditions respectives les valeurs universelles
qui sous-tendent notre vivre-ensemble dans un Occident
multiculturel. Le rabbin propose une actualisation de l’interprétation
talmudique des sept lois noachiques imposées aux non-juifs : instauration
de tribunaux, interdiction de l’idolâtrie, du blasphème, du meurtre,
des unions illicites, du vol, de la consommation d’un membre d’un animal
vivant. Il y voit les bases d’un vivre-ensemble, dont l’idéal nécessiterait
autre chose encore : amour, justice, liberté… Concernant la vocation
(ou la prétention) à l’universel, de notre christianisme, qualifié de
centrifuge, le pasteur évoque les béatitudes évangéliques : il n’y a pas de
valeurs universelles spécifiquement chrétiennes, mais une manière
chrétienne de les mettre en pratique. Un bel ouvrage qui initiera le lecteur
chrétien à la pensée et à l’exégèse juives. — P. Detienne, s.j.

Patristique

Marie-Ancilla (sœur), Découvrir les Pères de l’Église à travers la liturgie
des heures
, t. I : Les Pères avant Nicée, Paris, DDB, 2010, 14 x 21 cm,
304 p., 22,00 €.

L’Office de lecture de la Liturgie des Heures donne accès à de nombreux
trésors de la littérature patristique ; il manquait un guide accessible
pour les apprécier. La signature de sœur Marie-Ancilla est en soi un bon
résumé de l’entreprise : érudition, rigueur scientifique et sens de la
pédagogie. L’A. a fait le choix judicieux de présenter les Pères dans
l’ordre chronologique et sait donner l’essentiel de leurs vies et de leurs
œuvres en quelques paragraphes simples et précis. Quand cela est utile,
certains aspects théologiques donnent lieu à un traitement particulier.
L’ouvrage regroupe les Pères antérieurs à l’édit de Milan (marquant, en
313, la fin des persécutions) : Ignace d’Antioche, Justin, Irénée, Tertullien,
Origène, et tant d’autres. Il comporte trois parties : les Pères apostoliques,
les Pères du iie siècle, puis ceux du iiie siècle, en distinguant les
Pères grecs et les Pères latins. D’autres tomes sont attendus ; ils présenteront
l’âge d’or des Pères, puis les Pères du ve au viiie siècle. La sélection
et l’organisation des lectures liturgiques seront expliqués dans un
ultime volume. Magnifique programme, dont nous attendons avec
impatience la prochaine livraison. — Frère Dominique, f.s.j.

Témoins

Mullan D. (éd.), The Prophesy of Louis Stevenson. Damien of Molokai,
the Leper Saint
, Dublin, A Little Book Company, 2009, 14 x 18 cm,
88 p., 9,99 €.

Dès 1890, dix mois après la mort du Père Damien, le célèbre écrivain
écossais R. L. Stevenson a prophétisé sa canonisation, dans une lettre
adressée à un de ses coreligionnaires, le pasteur presbytérien C.M. Hyde.
Stevenson y réfutait, en termes cinglants, les odieuses allégations de
Hyde contre le missionnaire catholique dont il était jaloux : selon Hyde,
la lèpre de Damien serait le résultat de sa vie immorale. Ce court texte
(25 pages), d’un intérêt certain, tant historique que littéraire, est ici
« sandwiché » entre 55 pages d’introduction, préface, postface. —
P. Detienne, s.j.

García J., L’amitié de Dieu. Saint Thomas de Villeneuve, maître de spiritualité
augustinienne
, Paris, Cerf (Épiphanie), 2010, 13,5 x 19,5 cm,
160 p., 16,00 €.

L’A., professeur de spiritualité augustinienne, nous présente ici, en une
quinzaine d’entretiens, un petit traité de vie spirituelle, qu’il étaie
d’abondantes et judicieuses citations tirées des sermons de Thomas de
Villeneuve (1486-1555), archevêque de Valence. Les thèmes développés
sont classiques : « L’Esprit Saint, âme de notre âme » ; « Marie, Mère et
modèle de notre vie »… Relevons quelques formules heureuses : la
récompense de l’amour, c’est d’aimer ; un cœur qui ne désire pas est un
cœur mort ; il n’y a pas de vrai accueil sans attente ; l’attention est le fondement
de la contemplation
. Pour tous. — P. Detienne, s.j.

Duval A., Etty Hillesum. Quand souffle l’esprit, Paris, Éditions François-
Xavier de Guibert, 2010, 14 x 21 cm, 144 p., 14,00 €.

Cet ouvrage ne se présente pas comme une biographie d’Etty Hillesum
mais comme une initiation à sa fulgurante vie spirituelle. L’A. met en
scène de nombreuses citations — fort bien choisies — du Journal et des
Lettres d’Etty, pour manifester la dynamique et la profondeur de sa vie
intérieure. L’âme de cette femme d’exception est saisie par touches successives,
souvent thématiques : l’ivresse des futilités, la vie de prière,
l’amour du prochain ou l’offrande de soi. L’effet est saisissant : Etty
n’apparaît plus seulement en tant que témoin de la persécution nazie
contre le peuple juif mais comme une preuve lumineuse de la présence
de Dieu au cœur de l’horreur. L’originalité du livre est là. Malheureusement,
le lectorat le plus jeune pourra être dépaysé par le style de l’A.,
trop stéréotypé, parfois artificiel. Ce serait dommage : ces pages font de
l’itinéraire remarquable d’Etty Hillesum une pédagogie de l’essentiel
accessible à tous. — Frère Dominique, f.s.j.

Vie de l’Église

Paglia V., L’évêque et son diocèse, Bruxelles, Lessius (La part-Dieu,
14), 2010, 14,5 x 20,5 cm, 192 p., 17,50 €.

Le présent ouvrage, dont l’A. est un évêque italien, porte comme soustitre
dans l’édition originale : Une réflexion sur la communauté chrétienne
hier et aujourd’hui.
Les sept premiers chapitres se présentent
comme un commentaire d’un chapitre des Actes des Apôtres : le discours
de saint Paul aux anciens d’Éphèse, relu à la lumière de quelques
textes des derniers papes, v.g. l’exhortation apostolique de Jean-Paul II,
Pastores gregis (2002). L’A. y expose « le sens du ministère pastoral dans
un contexte socioculturel ». L’évêque, père et pasteur, est le modèle du
troupeau. Humble et doux, il vit la fraternité presbytérale. Il est à la fois
auditeur et annonciateur de la Parole. Ses homélies aident l’Évangile à
pénétrer le cœur des fidèles : « Si elle ne réussit pas à provoquer un
incendie d’amour, la parole de celui qui enseigne ne porte aucun fruit »
(Grégoire le Grand). L’évêque est pater pauperum : « Suis la file des
pauvres et tu arriveras à la maison de l’évêque. » Relevons, dans les derniers
chapitres les considérations concernant l’engagement œcuménique
et le dialogue interreligieux. Que le lecteur ne se laisse pas rebuter
par une présentation typographique particulièrement touffue : les
paragraphes couvrent parfois plus d’une page. — P. Detienne, s.j.

Théobald Chr., La réception du Concile Vatican II. T.I. Accéder à la
source
, Paris, Cerf (coll. Unam Sanctam), 2009, 14,5 x 23,5 cm, 942 p.,
48,00 €.

On attend avec le plus grand intérêt le deuxième volume de cette œuvre
monumentale, annoncé sous le titre « L’Église dans l’histoire et la société ».
Pour l’heure, nous voici devant cinq parties (toutes ornées d’une conclusion
récapitulative) : qu’est-ce qu’un Concile ? (les quatre points cardinaux
d’une théologie de l’institution) ; Vatican II en gestation (l’institution
dans l’économie de la tradition) ; du programme au corpus textuel
de Vatican II (l’institution au croisement d’une manière évangélique de
procéder et de la réalisation historique d’un programme) ; vers une réception
du corpus à la hauteur de l’événement (la manifestation postconciliaire
du principe de pastoralité). Après une introduction générale (où l’on
défend que la « réception » — définie p. 19 — de Vatican II est exposée à
une nouvelle situation historique) et une introduction au seul premier
volume (où l’on se situe dans une troisième phase de la « réception »,
lorsque le « doctrinal » est repositionné par le « pastoral »), la première
partie va des Conciles de l’Antiquité à Vatican I, pour mieux déterminer,
dans la deuxième partie, la nouveauté du dernier Concile (manière de
procéder, relation constitutive à l’Évangile) ; les quatre périodes de Vatican
II sont parcourues dans une troisième partie, qui veut discerner comment,
dans l’événement, le corpus textuel et sa réception déjà se
rejoignent ; la dernière partie sort de ce long axe historique pour interroger
« l’axe théologal ou spirituel du corpus conciliaire », son pivot, Dei
Verbum
, Dignitatis humanae et Gaudium et spes — une « relecture à
rebours, puisqu’elle part des derniers textes du Concile, en tant qu’ils
reflètent le mieux sa « conscience herméneutique ». Soulignons pour
notre part l’important commentaire de Dei Verbum, « matrice d’un recadrage
historique et théologique de l’expérience de tradition » ; la constitution
dogmatique y est entendue à la fois comme la cause des difficultés
de réception de Vatican II (752), en raison notamment des problèmes
d’articulation des deux premiers chapitres de la Constitution (756) et le
lieu d’une « unification finale », la clé de tous les autres textes et
l’explicitation de leur principe œcuménique et pastoral (769). Dans le
tout dernier chapitre de ce volume, l’auteur propose un « recadrage » de
la constitution, en partant d’une pratique « correspondante » d’accès à la
Parole de Dieu, la lecture des Écritures ; c’est dire que Dei Verbum est relu
à partir de son VIe chapitre, et, à travers le IIIe, reconduit au IIe aussi bien
qu’au Ier (les chapitres IV à VI formant un cercle avec le Ier). Une conclusion
finale engrange les résultats de ce premier parcours, achevé par vingtcinq
pages de bibliographie. — N. Hausman, s.c.m.

Spiritualité

Descouvemont P., Dieu de justice ou de miséricorde ?, Paris, Éditions
de l’Emmanuel, 2009, 13 x 21 cm, 224 p., 16,00 €.

L’A., prédicateur expérimenté, théologien reconnu, affronte un des paradoxes
de la foi : notre Dieu, compatissant et miséricordieux, est aussi le
juge implacable de la fin des temps. Or, la justice de Dieu est aujourd’hui
négligée par les prédicateurs et ignorée par les chrétiens. Sainte Faustine,
apôtre de la miséricorde, transmet pourtant les avertissements sévères du
Seigneur promettant de faire subir sa colère aux pécheurs endurcis. La
rédaction vive et simple de cet ouvrage le rend accessible au plus grand
nombre. Le lecteur n’aura aucune peine à suivre l’A. dans son exploration
minutieuse de l’enseignement de la Bible et de la Tradition, dans ses méditations
sur les écrits de sainte Thérèse de Lisieux — dont il est fin connaisseur
 —, de sainte Faustine et de bien d’autres saints. L’A. mène ainsi une
enquête stimulante sur la miséricorde et sur la justice de Dieu, renversant
au passage de nombreuses idées répandues mais erronées — toute
épreuve serait une punition divine, Dieu se vengerait sur son Fils, l’enfer
n’existerait pas, etc. Il montre finalement que la joie éprouvée par Dieu
lorsqu’il nous pardonne ne saurait occulter les devoirs que nous avons
envers lui. Justice et miséricorde ne sont pas deux attributs contradictoires
de Dieu, mais deux visages de son amour. — Frère Dominique, f.s.j.

Skinner J., Un cercle de silence, Paris, Parole et Silence, 2010,
14 x 21 cm, 138 p., 13,00 €.

L’A., journaliste et éditeur de renommée internationale, a beaucoup fréquenté
les auteurs spirituels et une communauté américaine de chartreux.
Son ouvrage livre ses lectures et ses pensées sur la prière silencieuse,
accompagnées de poèmes, composés dans le souffle de l’oraison ou glanés
au fil des écrits mystiques. Ces textes invitent à prendre conscience de
ce qui existe au-delà des évidences du quotidien, ils invitent à entendre la
Parole qui se dit dans le silence éternel du Père. Ne se prenant jamais au
sérieux, ce recueil rédigé dans un style familier et profond, tient à la fois du
journal intime et du traité de mystique. L’A. entraîne irrésistiblement son
lecteur dans la ronde de ses méditations pour le faire entrer dans le cercle
du silence, expérience partagée de la prière ouvrant à l’immense don intérieur
qu’est l’amour de Dieu. — Frère Dominique, f.s.j.

Collin D., Mettre sa vie en paraboles. Pour un christianisme parabolique, Namur, Fidélité, 2010, 14,5 x 21 cm, 184 p., 15,95 €.

Histoire du Royaume à l’œuvre dans l’humain où l’on apprend que… Ainsi
débute chacun des commentaires que l’A., jeune dominicain belge, consacre
à une dizaine de paraboles évangéliques (auxquelles il ajoute l’épisode
d’Emmaüs) dont il nous propose une lecture moins exégético-théologique
qu’existentielle : nous sommes comme le semeur sorti pour semer ; l’amour
en nos cœurs ressemble à une graine de moutarde… L’A. plaide pour une
catéchèse parabolique qui, plutôt que d’offrir un savoir, fait voir autrement
la vie : les paraboles, bannissant tout langage religieux, toute préoccupation
de morale et de dogme, révèlent la présence du Royaume dans notre quotidien,
un Royaume que l’A. présente comme ce qui en l’humain appelle à
davantage d’humanité. Relevons quelques suggestions originales : les sept
gestes du bon Samaritain suggèrent à l’A. le septénaire sacramentel ; les disciples
d’Emmaüs quittant Jérusalem évoquent chez lui l’exode silencieux
des fidèles. Recommandé. — P. Detienne, s.j.

Hugo P., De grâce, montre-moi ton visage ! Chercheurs et témoins du
vrai visage de Dieu
, Paris, Cerf (Épiphanie), 2010, 13,5 x 19,5 cm,
304 p., 19,00 €.

Dans un ouvrage qui est moins à lire qu’à méditer, l’A., dominicain, offre
de précieux conseils à qui souhaite devenir un familier du Seigneur et un
témoin apostolique de son amour : « Le but de notre vie est de voir Dieu
et de devenir, pour autrui, son visage. » Parmi les sujets traités notons : le
combat spirituel, la prière persévérante, la louange incessante, la communion
fraternelle, la paix et la joie inaltérables sous la conduite de l’Esprit
saint, l’espérance qui ne déçoit pas… au-delà de l’angoisse et de la
peur de la mort… avec, pour modèle, Marie, pur miroir de Dieu. L’A.
illustre ses propos de quelques exemples et de nombreuses citations
tirées tant de la Bible que d’auteurs spirituels, surtout dominicains. Le
langage est chaleureux et virilement dévot. — P. Detienne, s.j.

De Clermont-Tonnerre É.T. (dir.), Marie de la Trinité. Union à Dieu
et filialité, mystique et épreuve
, Paris, Cerf (Épiphanie), 2010,
13,5 x 19,5 cm, 256 p., 20,00 €.

L’œuvre de sœur Marie de la Trinité, dominicaine missionnaire des
campagnes (1903-1980), reste, pour longtemps encore, inédite. C’est
pourquoi, après la parution du premier volume de ses carnets, l’an dernier,
le présent ouvrage vient fort à propos rendre compte des premières
recherches sur l’extraordinaire expérience de cette mystique et
sur l’itinéraire spirituel dont témoignent ses nombreux écrits. L’A. rassemble
les contributions proposées lors de deux colloques récents
(2008 et 2009), classées en deux parties : « la mystique de Marie de la
Trinité », caractérisée par le thème de la filiation divine, et « l’épreuve
de Job », sondant l’aridité spirituelle et les défaillances psychiques de
Sr Marie. Les conférences sont toutes de bonne facture, exposant les
points de vue théologique, littéraire, historique, spirituel et psychologique
(Sr Marie fut suivie par Lacan), et étudiant avec rigueur et pertinence
des thèmes comme la christologie, l’obéissance, la personne
ou encore le fait de l’écriture de l’intime. Si l’on regrette que certains
exposés soient restés à l’orée de l’exploration, inventoriant seulement
les chantiers futurs de la recherche, d’autres, au contraire, sont si
denses qu’ils requièrent toute l’attention du lecteur. L’ensemble constitue
ainsi un corpus réellement enrichissant et recommandable. —
Frère Dominique, f.s.j.

Wilkinson P. o.c.d.s., Trouver le mystique qui est en vous. Le Carmel
pour tous aujourd’hui
, Toulouse, Éditions du Carmel (Carmel
vivant), 2010, 14 x 21 cm, 224 p., 20,00 €.

L’A., de l’Ordre séculier des Carmes déchaux, nous fait part, dans le présent
traité, de l’expérience qu’elle a acquise en tant que formatrice à la
spiritualité carmélitaine. Au programme : nature de la vie contemplative
(différence entre contemplation acquise et infuse) ; préparations
spirituelles (ce que nous pouvons faire et ce qui dépend de Dieu) ;
connaissance mystique et connaissance rationnelle ; cheminement de
l’âme vers l’union à Dieu (expériences communes à tous et cheminement
spirituel des saints) ; différentes étapes expérimentées et décrites
tant chez les mystiques (cf. Château de l’âme de Thérèse d’Ávila et Cantique
spirituel
de Jean de la Croix) que dans l’Ancien et le Nouveau Testaments…
le tout illustré d’abondantes et judicieuses citations. Relevons
le chapitre consacré à la relation entre spiritualité, créativité et les
hémisphères gauche (mineur, intuitif, féminin) et droit (majeur, analytique,
masculin) du cerveau. L’A. nous confie que le fait d’être artiste la
prédisposait à la prière contemplative. —. P. Detienne, s.j.

Nuth J., Cinq amis de Dieu en un temps d’angoisse. Les mystiques
anglais du xive siècle
, Toulouse, Éditions du Carmel (Vie intérieure),
2010, 15 x 19 cm, 256 p., 26,00 €.

L’A., universitaire américaine, réunit ici cinq représentants de la spiritualité
anglaise qui ont vécu durant le siècle (xive) du grand schisme
Renseignements bibliographiques
d’Occident et de la peste noire. Richard Rolle, le plus prolifique et le plus
populaire d’entre eux, est l’auteur d’œuvres de direction spirituelle,
dans lesquelles il évoque les dons mystiques « de chaleur, de douceur et
de chant ». L’auteur anonyme du Nuage d’inconnaissance offre des
conseils pratiques pour la contemplation apophatique. Dans sa Scala
perfectionis
, Walter Hilton propose une spiritualité augustinienne. Dans
son Livre des révélations, Julienne de Norwich exalte la maternité de
Dieu… et de Jésus, qui nous enfante au Calvaire et nous nourrit des
sacrements et qui lui confie la phrase admirablement optimiste : « Tout
finira bien… and all manner of thing shall be well. » De Margerie Kempe
nous retenons sa mystique nuptiale et son don des larmes. Un dernier
chapitre suggère, par de judicieuses citations de chacun de ces auteurs,
ce en quoi, malgré certains « points d’achoppements », ils nous restent
proches. — P. Detienne, s.j.