Spiritualité

 STRUYF D. et POTTIER B., Psychologie et spiritualité. Enjeux pastoraux, Bruxelles, Lessius (Donner raison, 35), 2012, 14,5 x 20,5 cm, 320 p., 26,50 €.

Psychologie et spiritualité représentent à coup sûr deux domaines de recherche et de pratique qui se sont trouvés au cours des temps dans un rapport soit de répulsion, soit fusionnel. N’aurait-on pas oublié, questionnent les auteurs, que ces domaines n’existent pas dans l’abstrait, mais dans le concret de personnes ? Ainsi leur semblait-il important de dégager l’anthropologie qui peut sous-tendre les relations de la psychologie et de la spiritualité. Pour établir des relations sans confusion,
il fallait évidemment commencer par définir le domaine propre de chaque discipline (chapitre 1er), avant de pouvoir aborder certains sujetsdans un regard complémentaire (chapitres 2 et 3). Ayant posé ¬certaines balises, les auteurs vont pouvoir scruter en quelque sorte le chemin que toute personne doit parcourir pour pouvoir entrer en relation, car là est bien la finalité de toute personne adulte et en bonne santé. Cette entrée en relation de la personne avec elle même, avec les autres et avec Dieu va impliquer et provoquer pour chaque personne un chemin intérieur psychique et spirituel abordé dans les chapitres 4 et 5 sur l’affectivité et l’Eucharistie. Forts d’un parcours patient fait d’écoute
et d’enrichissement mutuels, les auteurs vont enfin aborder avec sérieux et sérénité la question délicate de l’accompagnement spirituel (chapitre 6). La précision scientifique et l’expérience des auteurs dans leurs domaines respectifs, alliées à un dialogue respectueux font de cet ouvrage un outil précieux tant pour les individus, que pour les accompagnateurs spirituels ou les formateurs (prêtres, religieux, chargés de préparation au mariage…). — G. DE LONGCAMP, csj.


 HUOT DE LONCHAMP M., Questions de vie spirituelle, Mer-sur-Indre, Paroisse et Famille / Centre Saint-Jean-de-la-Croix, 2011, 15 x 21 cm, 320 p., 19,00 €.

« À l’école des saints ». Voila indiquée d’entrée de jeu la démarche qui se propose de nous entrainer sur le chemin de la vie spirituelle. Notre auteur leur fait donc confiance à propos des réalités de la vie spirituelle tout attirée par le Mystère dans la nudité de la foi. Ici théologie et mystique ne seront que les deux faces d’une même pièce si ardemment recherchée dans la maison. Sans doute, pourra-t-on s’étonner de trouver, côte à côte, des auteurs, hommes et femmes, que parfois des siècles, des états, des trajectoires singularisent. On sera donc attentif aux réponses que leurs grâces nuancent ou soulignent. Les quatre parties en dessinent le pré carré où sont rassemblés les travaux de l’auteur déjà appréciés ou a redécouvrir « autour » : de la contemplation ; du Carmel, (tradition dont l’auteur est particulièrement familier) ; de la vie spirituelle aux prises avec le péché, les démons et la pratique renouvelée de la pénitence célébrée ; enfin de l’oraison en question (et les réponses). Un livre très percutant aux évidences parfois oubliées et ramenées au jour de la sainteté chrétienne et quotidienne. — J. BURTON, s.j.



Témoins

 GRANSTEDT I., De cendres et d’amour. Portrait d’Etty Hillesum. Amsterdam, Westerbork, Auschwitz, Paris, Lethielleux, 2011, 15 x 23,5 cm, 240 p., 21,00 €.

Les ouvrages sur Etty Hillesum se multiplient. Celui de l’auteur, socio-économiste suédois, témoigne de « la joie, la sérénité et la beauté » qu’il a éprouvées à la découverte des écrits de cette jeune juive hollandaise, morte à Auschwitz à l’âge de 29 ans, en 1943. L’expérience personnelle la plus intime d’E. H., recueillie par l’auteur, est que « la vie, en son fond si inépuisable, est infiniment bonne à vivre ». C’est « cet amour de la vie, cet amour dans la vie », c’est une relation amoureuse exceptionnelle, qui virent également naître en cette victime de la solution finale, une
foi en Dieu absolument étonnante. L’auteur veut, par son ouvrage, nous partager sa conviction que pareille expérience doit bien nous être accessible à nous aussi, aujourd’hui. Au contact de tous les écrits d’Etthy, l’auteur nous présente quelques dimensions essentielles de sa vie, suivant à chaque fois le chemin de son extraordinaire progression. À la lecture de cette étude, nous recueillons, bouleversés, l’enseignement que l’auteur découvre chez son héroïne : « Il y a une relation fondamentale entre la bonté de la vie et l’intimité avec Dieu, telle qu’elle Le connaît. » — H. JACOBS, s.j.


 BORGHESI M. (éd.), Mon cher collègue et ami. Lettres d’Étienne Gilson à Augusto Del Noce, Paris, Parole et Silence (Documents), 2011, 14 x 21 cm, 120 p., 13,00 €.

Entre 1964 et 1969, le philosophe français Étienne Gilson, octogénaire, échange une douzaine de lettres avec Augusto Del Noce, philosophe italien de 25 ans son cadet. Intéressantes d’un point de vue philo¬sophique (v.g. concernant l’essentialisme de Descartes et de Malebranche), elles le sont également de par leurs allusions aux remous postconciliaires. Selon Gilson, la traduction liturgique du credo présente le Père et le Fils comme deux dieux, le Fils ayant cessé d’être consubstantiel pour devenir de même nature. Il accuse Teilhard de ne pas croire aux miracles et de rêver d’un métachristianisme. Il en veut à son ami de Lubac : un antimétaphysicien, affirme-t-il, qui perd toute sa lucidité quand il s’agit de Teilhard. Se plaignant de son âge avancé, il confie à Croce, qui souffre de dépression : « la majorité de la Hiérarchie est contre les idées que nous défendons… je ne me sens pas tenu de me battre pour une Église qui ne veut pas de moi comme
soldat. » Le texte est précédé d’une longue et précieuse préface. —
P. DETIENNE s.j.


 RICCARDI A., Jean-Paul II. La biographie, Paris, Parole et Silence, 2011, 15 x 23,5 cm, 508 p., 25,00 €.

Parmi les écrits publiés au moment de la béatification de Jean-Paul II — certains ayant un penchant vers l’hagiographie édifiante — cette biographie mérite d’être saluée. L’A. fait montre ici de sa compétence d’historien, en réussissant à tresser de manière remarquable le fil chronologique avec différentes thématiques. L’accent est mis sur l’homme engagé dans l’histoire du monde, avec tout ce que cela
suppose de rencontres, de gestes prophétiques, d’avancés surprenantes et de réelles « contradictions ». On remarquera en particulier un long chapitre sur « Le marxisme et son empire » suivi de : « Le leader mondial ». Si les documents pontificaux sont cités, ils ne constituent pas la trame essentielle, ou plutôt ils sont interprétés par les signes des temps. Les « entretiens » privés que l’A. a eus avec différents témoins de ce long pontificat (dont le Pape en personne) viennent apporter une lumière vivante à cette biographie passionnante. —
S. DEHORTER.


 TAHA HUSSEIN S., Avec toi. De la France à l’Égypte : « Un extraordinaire amour ». Suzanne et Taha Hussein (1915-1973), Paris, Cerf (L’histoire à vif), 2011, 13,5 x 21,5 cm, 384 p., 29,00 €.

Suzanne Bresseau (1895-1989), catholique bourguignonne, est l’épouse de Taha Hussein (1889-1973), écrivain musulman égyptien aveugle.
En 1975, à l’âge de 80 ans, elle rédige des souvenirs, qui sont publiés en traduction arabe : Ma’ak, 1979. Les pages originales, restées inédites, nous sont aujourd’hui révélées. Zina Weygand et Bruno Ronfard les ont enrichies de notes et d’une postface biographique. L’A. laisse courir sa plume, alerte et chaleureuse, sans division en chapitres ni grand souci de chronologie. Elle s’adresse au défunt : « Ce qui reste de moi va
vers toi. » Elle le cite volontiers : « On ne dit jamais assez merci à Dieu. » Elle prolonge sa pensée : « On ne vit pas pour être heureux… mais pour accomplir ce qui vous est demandé. » Elle a partagé ses succès, ses amitiés (Massignon…), ses déboires. Dans son effort de réconciliation entre tradition islamique et modernité, Taha a adopté la méthode historico-critique, et s’est fait sévèrement condamner pour des affirmations telles que : le fait que le Coran parle d’Abraham ne suffit pas pour prou-
ver historiquement qu’il a existé. Il manque un index des noms. —
P. DETIENNE s.j.



Éthique

 LÉONARD A.-J. (Mgr), Agir en chrétien dans sa vie et dans le monde, Namur, Fidélité, 2011, 14 x 21 cm, 120 p., 9,00 €.

Dans la perspective de la nouvelle évangélisation à laquelle l’archevêque de Malines-Bruxelles participe activement, ce livre a été écrit pour aider les chrétiens à vivre leur engagement dans le monde « sous le signe de l’espérance » (chap. 7-9). Les 9 premiers chapitrent posent les fondements philosophiques et chrétiens de la vision éthique de l’A ; les suivants en développent les conséquences sur 11 thèmes particuliers, à commencer par les questions les plus générales (l’écologie, la politique, l’économie, la paix, l’art), avant de rejoindre les question familiales (l’éducation, la sexualité, la transmission de la vie) et de conclure par un chapitre sur la prière. Les familiers de l’A reconnaîtront un condensé de sa morale téléologique centrée sur le concept de loi naturelle à laquelle s’intègrent les vertus théologales. Ainsi la vertu d’espérance vient se greffer sur le fait qu’au cœur de tout homme est chevillée cette pensée que cela peut aller mieux demain, de sorte
qu’à la limite l’homme tende à ce que « la force invincible du réel, la robustesse plénière de l’être, viennent submerger [son] désir et le combler sans risque de tarissement » (p. 38). La seconde partie fait écho à plusieurs reprises à l’enseignement de Caritas in Veritate, en particulier l’idée nécessaire d’une « écologie humaine » et celle de la place du « principe de gratuité » et de la « logique du don » à l’intérieur de l’activité économique normale. L’A aime souligner certains traits remarquables de la foi chrétienne et de la vie de l’Église, parmi lesquels sa contribution dans la recherche de la « paix » ou encore la place unique faite au « corps ». Faisant l’éloge de la prière chrétienne, il souligne qu’à la différence de certaines religiosités extrême-orientales, celle-ci ne va pas dans le sens d’une dissolution dans une totalité anonyme mais dans celui d’une personnalisation toujours plus profonde. — S. DEHORTER.



Questions

 WELLENS A., La lecture ou la louange des abeilles. L’esprit d’une collection, Paris, Cerf (L’abeille), 2011, 12,5 x 19,5 cm, 96 p., hors commerce.

L’A. présente ici la nouvelle collection « L’abeille », dont elle est la directrice : dans chaque ouvrage, un écrivain contemporain proposera une lecture savoureuse d’un texte littéraire, spirituel ou théologique (d’Augustin ou d’Irénée, de Pétrarque ou de Chateaubriand), qui l’a conquis, et dont il a « butiné » les pages en un colloque intérieur qu’il souhaite partager avec ses lecteurs. Elle étaie son propos d’un florilège délicieusement disparate d’une vingtaine de « butineurs » célèbres : Grégoire de Nazianze et Basile de Césarée, Marcel Proust et Charles Péguy, Michel de Certeau et Michel Butor… — P. DETIENNE, s.j.


 DELHEZ Ch., L’essentiel du christianisme, Namur, Fidélité, 2011, 17 x 24 cm, 208 p., 15,95 €.

La foi chrétienne offre une réponse possible à la question du sens de la vie humaine : absurde ou mystère ?, affirme l’A., directeur des éditions Fidélité, dans cette belle nouvelle édition, totalement refondue, de son L’essentiel de la foi (1988). Ancrant son argumentation sur la Parole biblique, l’A. aborde des sujets essentiels : l’homme, sa quête, sa faute, sa responsabilité ; l’espérance, première et deuxième Alliances ; Dieu, le Christ, la Trinité ; le sens de la vie, la mort, l’éternité ; l’Eglise, les sacrements, l’eucharistie… et, pour terminer, quelques questions de particulière actualité : science et foi, écologie, dialogue interreligieux, démocratie. Chaque chapitre est étayé par d’importants textes d’écrivains contemporains (Camus, Garaudy, Frédéric Lenoir, Eric-Emmanuel Schmitt…) dans une précieuse anthologie qui constitue l’originalité et la richesse de l’ouvrage. Quelques-uns de ces textes, p. ex. concernant la réincarnation, se complètent. D’autres, au contraire, proposent des points de vue opposés : vg. Jean Staun versus Jacques Monod. Le lecteur se laissera émouvoir par des extraits tels que : le testament du prieur de Tibherine ; Hans Küng ou Helder Camara sur l’Église ; les évocations de Mgr Romero dans « Eucharistie et charité », qui font écho à l’affirmation de Varillon : « La participation à l’eucharistie tend vers le sacrilège si
le souci du pain des hommes en est absent. » Agréablement illustré. —
P. DETIENNE, s.j.


 LELIÈVRE H., Je veux mourir vivant. Un prêtre auprès de malades du sida, Paris, Éditions de l’Emmanuel, 2011, 13 x 21 cm, 112 p., 12,00 €.

Aumônier d’hôpital auprès des malades du SIDA, le père H. Lelièvre nous introduit, le temps d’un livre, dans l’intimité de son ministère et de ses patients, au long des gardes de nuit. Avec pudeur et délicatesse, chaque chapitre introduit le lecteur dans une chambre, dans une vie, dans une souffrance. À travers les couloirs de l’hôpital, nous suivons ce prêtre dans les joies et les peines, dans l’expérience de la pauvreté et l’action de grâce. Souvent émouvant, toujours juste, l’A. témoigne surtout de la présence du Christ au chevet des souffrances les plus extrêmes, offrant son pardon et sa paix. — Fr. DOMINIQUE f.s.j.


 CATORC É., Soigner en conscience, Paris, Éditions de l’Emmanuel, 2011, 13 x 21 cm, 288 p., 19,00 €.

Qu’est-ce que l’homme ? Qu’est-ce que la souffrance ? Comment soigner « en conscience », c’est-à-dire sans que le praticien ne doive renoncer à ses convictions les plus intimes tout en respectant le patient et ses propres convictions ? Finalement : qu’est-ce que la médecine, comment éviter qu’elle se déshumanise, comment vivre la compassion au cœur de la relation soignant-soigné ? L’A. aborde frontalement l’univers hospitalier avec une sincérité qui touche et une argumentation qui porte. Le langage est toujours simple, le style débordant de l’enthousiasme
et de l’espérance qui habitent manifestement l’A. Au-delà du cercle chrétien, ce livre est à recommander à tous les hommes de volonté : premièrement aux professionnels de la santé, mais aussi à tous ceux qui pourraient avoir recours à leurs compétences. — Fr. DOMINIQUE f.s.j.


 THEISSEN G., Psychologie des premiers chrétiens. Héritages et ruptures, Genève, Labor et Fides (Christianismes antiques), 2011, 15 x 22,5 cm, 696 p., 45,00 €.

Paru en 2007 sous le titre Erleben und Verhalten der ersten Christen, cet essai propose une approche psychologique du dynamisme des communautés chrétiennes aux temps apostoliques. À travers les conversions, miracles, exorcismes, charismes et autres visions dont témoigne le Nouveau Testament, l’A. mène l’enquête en psychologue des religions afin de mettre à jour les mécanismes du comportement religieux en général. Au-delà des critères théologiques d’orthodoxie, il étudie notamment la gnose et sa manière très élaborée de traduire en système l’élan mystique chrétien du premier siècle. Cette enquête minutieuse et documentée offre une approche innovante et intéressante. — Fr. DOMINIQUE f.s.j.


 GUIMET Cl., Dernières joies avant la mort, Paris, Cerf (Histoire à vif), 2011, 11 x 20 cm, 192 p., 14,00 €.

Forte d’une longue expérience hospitalière d’accompagnement de malades en phase terminale, l’A., aumônière protestante, tient son journal de bord. Ses notules — de quelques lignes à un couple de pages — présentent de précieux témoignages sur la manière dont les malades vivent leur « départ », et sur la manière dont elle-même les y aide.
Elle conclut : on peut vivre la mort sereinement, à deux conditions : ne plus en faire un tabou ; s’y préparer. Reconnaissant ne pas avoir elle-même de certitudes bien définies, mais ressentir fortement dans sa vie la présence d’un Dieu d’amour, elle avoue apprécier les expériences paranormales relatées par Moody (La vie après la vie) et par Brune (Les morts nous parlent) : avant le passage final, nous confie-t-elle, la personne ressent un immense bien-être. Relevons quelques affirmations : « Contrairement à une opinion répandue, il faut reconnaître qu’on ne s’endurcit jamais » ; « Certains malades ne supportent pas la vérité » ; « Les agnostiques éprouvent moins d’angoisse » ; « La foi aide puissamment lors d’un deuil ». — P. DETIENNE s.j.


 CHODOIRE M., « J’ai vu le soleil dans tes yeux. » Le pèlerinage, un exercice spirituel sur les pas de saint Ignace, Namur, Fidélité, 2011, 14,5 x 21 cm, 144 p., 13,95 €.

Qui connaît un peu la parole forte, drue souvent, de l’auteur retrouvera avec bonheur le récit de cet « Exercice spirituel » que l’on découvre, entre les lignes, rude et fécond. À 70 ans, il fallait la longue attente du désir, et l’occasion d’un autre embranchement de vie, du « Compagnon de Jésus » pour entreprendre ce pèlerinage vers les Loyola et Manrèse de ce pays basque d’un autre « pèlerin ». On ne résume pas les joies et les peines, les émerveillements et les douleurs d’un parcours spirituel qu’un journal quotidien relate pudiquement. Il faut le lire, ou plutôt le laisser inscrire en nous ces traces, uniques pourtant, qui parfois s’ajustent aux nôtres et les approfondissent. On ne manquera pas, sous peine de rester à l’anecdote, de lire le chapitre : « À la lumière des Exercices spirituels ». C’est la matrice où s’enfante ce qui devait naître « d’aventure », ce « je ne sais quoi » secret et qui de surcroit s’offre aussi au lecteur-compagnon. Merci Marc, pour tant de rencontres abrahamiques… — J. BURTON s.j.


 BAGLIO M., Le Rite. La formation d’un exorciste au Vatican, Paris, Salvator, 2011, 15 x 22,5 cm, 336 p., 20,00 €.

Un livre sur le rite de l’exorcisme suscite au premier abord une suspicion tant nous sommes devenus méfiants vis-à-vis des réalités démoniaques. Mais l’auteur, journaliste américain en poste à Rome, arrive à faire tomber nos réticences pour son propos équilibré. Loin du sensationnel et du voyeurisme, il explore le mystère de la possession démoniaque sous tous ses aspects n’hésitant pas à interroger médecins, psychiatres et neurologues qui ouvrent des perspectives différentes de celles des exorcistes eux-mêmes. Au terme de la lecture, le rite de l’exorcisme a perdu son pouvoir d’attraction malsain et nous comprenons qu’il est réellement un acte de compassion de Dieu envers les hommes. — B. CATALA


 ARÈNES J., La quête spirituelle hier et aujourd’hui. Un point de vue psychanalytique, Paris, Cerf (Sciences humaines et religion), 2011, 13,5 x 21,5 cm, 402 p., 30,00 €.

Dans son étude sur la quête spirituelle de l’homme contemporain, Jacques Arènes ne se limite pas à un point de vue psychanalytique.
Il n’hésite pas à mettre en lumière, pour les confronter, différents discours philosophiques et religieux qui sont à la base des théories sur l’intériorité. La psychanalyse a comme projet d’aider l’homme dans son travail de subjectivation. L’auteur explore la façon dont nos contemporains utilisent la religion dans ce processus de subjectivation, à l’heure où la croyance devient essentiellement un travail intérieur individuel confronté à une culture trop hétérogène pour pouvoir encore servir d’englobant et de point d’appui. L’homme religieux « coupable » du temps de Freud, était confronté à l’image d’un Dieu de justice, parfois pervers. L’homme religieux à notre époque, est un homme « blessé » confronté à une image de Dieu lui-même blessé, fragile, qu’il se doit de porter pour que celui-ci le porte. Au regard de la psychanalyse, le travail de subjectivation exige un dépassement des croyances, et des illusions du désir. Pour Jacques Arènes, le travail du « croire » est un travail psychique guetté par l’enfermement imaginaire d’un côté et par le non-sens de l’autre. Selon l’auteur, ce travail peut se faire à l’intérieur de la foi, qui est un saut dans l’inconnu et un dépassement du « croire ».
Le lien du croyant à Dieu peut être approché par la psychanalyse à l’aide des théories de Winnicott sur le travail psychique dans l’espace transitionnel, lieu intermédiaire entre le monde intérieur et le monde extérieur. Cette approche ne suffit pourtant pas à rendre compte du travail du négatif. Le sujet croyant contemporain se doit de recréer sans cesse ce lien à Dieu, menacé par l’angoisse d’abandon, le vide, l’absence et le mal - Un livre très intéressant mais difficile, sur un sujet d’actualité, qui devrait permettre de dépasser les conflits théoriques ayant opposé l’Église et la psychanalyse. — D. STRUYF.


 FARIN M. s.j., En enfer, il n’y a personne. Parole anonyme et parole biblique, Bruxelles, Lessius (Au singulier, 21), 2011, 14,5 x 20,5 cm, 144 p., 19,50 €.

Le livre a pour sujet la parole portée par les médias. D’après le « triangle de la communication », cette parole ne reste personnelle que grâce à
un médiateur. Après avoir montré l’actualité de cette théorie dans une description technique, illustrée par son expérience de réalisateur,
l’A. expose la publicité qui, en écrasant ce triangle, fonctionne comme les idoles du récit biblique. L’A. retrouve, dans les Écritures, la confrontation dont il a été le témoin dans son travail, entre parole anonyme et parole qui donne vie. Le triangle de la communication devient alors une parabole. Les annonciations à Abraham et à Marie, les figures de Jean-Baptiste et de Jésus, le rôle de l’Esprit et la place du Père, révèlent la vraie Parole, opposée au mensonge de l’anonymat. Des faits divers récents dévoilent ce combat entre les deux esprits. Avec saint Ignace, l’A. conclut par l’espérance offerte à celui qui, refusant l’enfer de la solitude, choisit de suivre Jésus dans sa résurrection. Recommandé. — L. CORPECHOT.


 INTROVIGNE M., Prêtres pédophiles : une Église dans la tourmente. Polémique et vérité, Saint-Maurice (Suisse), Éditions Saint-Augustin, 2011, 14 x 21 cm, 112 p., 20,00 €.

L’Église, face à l’ignominie, a donné au monde le témoignage lumineux d’une institution qui ne cherche pas d’excuse, qui accepte la vérité et qui entreprend de se réformer. Benoît XVI (19 mars 2010) identifie essentiellement trois causes à ces « crimes monstrueux » : la sécularisation, la mauvaise compréhension de Vatican II et l’étiolement de la vie sacramentelle des clercs. Dans un premier temps, l’A. réagit en historien à cette analyse et recherche, depuis les années 1960, pourquoi et quand ces changements se sont produits. Il examine ensuite en journaliste l’amplification médiatique et les attaques personnelles contre Benoît XVI. Du documentaire de la BBC Sex crimes and the Vatican (2006) aux attaques concertées du New York Times, l’A. enquête minutieusement sur chaque dossier et sur chaque protagoniste, dévoilant biais et mensonges. En sociologue averti, il recoupe enfin les études récentes, il explique clairement statistiques et analyses officielles. Sans parti-pris, ses mises en perspectives permettent de poser un regard lucide et juste sur les abominations commises par certains prêtres. Cet ouvrage est certainement l’un des plus accessibles et l’un des meilleurs sur le
sujet. — Fr. DOMINIQUE, f.s.j.



Prière et liturgie

 GRASSO E., Le chant nouveau, le cœur nouveau. Pour une spiritua-
lité du chant liturgique
, Mbalmayo (cameroun), Centre d’Études Redemtor Hominis (Cahiers de réflexion, 9), 2011, 16 x 24 cm, 66 p.

L’A. propose un chemin particulièrement suggestif pour entrer dans l’épineuse question de la « nouveauté » du chant liturgique. Il propose dans un premier temps une réflexion anthropologique et théologique sur la relation entre la parole, le chant et le silence. Il offre ensuite un rapide parcours de la notion de chant dans la tradition de l’Eglise et l’Ecriture, avant de donner un commentaire perspicace d’un texte
de saint Augustin sur le « chant nouveau » extrait du commentaire du ps. 149. D’où vient, interroge l’A., la véritable nouveauté du chant liturgique ? De la nouveauté du lien intérieur avec Dieu. Dans la pratique paroissiale, on a souvent, déplore-t-il, inversé la question : on a cherché à renouveler le chant pour renouveler la liturgie. Ne doit-on pas entrer dans une démarche inverse ? Fort de ces réflexions théologiques et ¬spirituelles, l’A. donne en conclusion quelques repères précieux pour les choix de chants. Un ouvrage qui pourra intéresser tant les chrétiens qui veulent se nourrir dans la liturgie que des équipes d’animation. —
G. DE LONGCAMP, csj.



Fondements

 TORRELL J.-P., Saint Thomas d’Aquin. L’homme et son œuvre, Paris, Cerf (Épiphanie), 2012, 14,5 x 21,5 cm, 368 p., 28 €.

Il n’est pas aisé de « tirer de son trésor du neuf et du vieux » (Mt 13,52). L’ouvrage se présente, des mots mêmes de l’A., comme une « nouvelle version de l’Initiation à saint Thomas d’Aquin : sa personne et son œuvre, publié il y a presque vingt ans », que son caractère technique et érudit rendait inaccessible à beaucoup. Version simplifiée, donc, dépouillée à l’extrême de tout appareil scientifique. La lecture en est certes facilitée, et le texte initial (légèrement modifié par endroits pour tenir compte
des travaux les plus récents) garde toute la valeur qu’on lui connaît. Mais, hélas, la simplification est telle que même les références des ¬citations de saint Thomas ne sont plus indiquées, ce qui rend l’ouvrage difficilement utilisable pour qui veut un tant soit peu travailler Thomas d’Aquin… — M.D. WEILL, c.s.j.


 SESBOÜÉ B., Les « trente glorieuses » de la christologie (1968-2000), Bruxelles, Lessius (Donner raison, 34), 2012, 15,5 x 23 cm, 480 p., 29,50 €.

N’aurait-on que quelques heures, studieuses, à consacrer à cet imposant volume qu’il faudrait les dédier à la lecture attentive des quelques dix pages qui le clôturent comme Conclusion et bilan (445-455). Claires, précises, prospectives (le paragraphe de l’Unicité du Christ en question est un modèle), sont à méditer. Ces trop courtes pages fleurent bon, le balancement, l’équilibre de notre auteur que les appréciations diverses lui reconnaissent volontiers. Si en plus on considère les quelques vingt pages de Présentation des auteurs recensés, l’Index des auteurs anciens, celui des Auteurs modernes, et une Table des matières très détaillée, on reconnaîtra aisément combien cette collection de comptes-rendus ou de recensions plus développées est plus qu’un dictionnaire, un outil extrêmement précieux à bien des égards. Le premier et le plus important étant toujours la prise de position premièrement amicale (le présupposé favorable en acte !) et, si nécessaire, néanmoins critique ou encore appelant à des précisions ou des développements futurs. Nous n’avons ni la compétence ni la place pour apprécier à notre tour ces remarques et avis théologiques. Leur lecture intégrale, en dose homéopathique, est une fête pour l’intelligence de la foi et une contemplation priante du Mystère révélé. Toute bibliothèque de théologie devra l’acquérir et remercier les éditions Lessius de nous l’avoir proposé. — J. BURTON s.j


 CASTRO M., L’itinéraire théologique d’Henri Bouillard. De Thomas d’Aquin à Emmanuel Levinas, Paris, cerf (Histoire), 2012, 12 x 19 cm, 274 p., 22,00 €.

Après avoir consacré un premier chapitre à la vie, aux écrits et à la ¬personnalité du théologien-philosophe Henri Bouillard (1908-1981), l’A., professeur à la faculté de théologie de Lille, jalonne son itinéraire les quatre « rencontres » qu’a relevées Mgr. Doré : Thomas d’Aquin, dont il retient que la théologie n’est pas liée à une philosophie déterminée mais qu’elle a pour tâche de penser la foi dans les conditions culturelles d’une époque donnée ; Karl Barth, contre lequel il fait apparaître la validité de la connaissance humaine pour l’accueil de la Révélation ; Maurice Blondel, qui lui permet de découvrir, dans l’action, le besoin du surnaturel, à la fois nécessaire et impossible à l’homme ; le philosophe athée Eric Weil, avec lequel, se liant d’amitié, il réfléchit sur le sens de l’existence humaine. Le dernier chapitre est intitulé : Emmanuel Levinas : trace de la transcendance et figure du Christ. — P. DETIENNE s.j.


 LE GUILLOU M.-J., Le visage du Ressuscité, Paris, Parole et Silence, 2012, 15 x 23,5 cm, 428 p., 18,00 €.

Sous un titre qu’il qualifie lui-même d’insolite, l’A., dominicain, qui fut un expert au Concile Vatican II, présente ici une contemplation théologico-spirituelle, au ton très personnel. Il n’aborde pas les nécessaires réformes institutionnelles (Congar), il ne répond pas aux questions de tous les théologiens ni des pasteurs (de Lubac), mais il rappelle que le but du Concile, selon Jean XXIII, n’était pas seulement un aggiornamentomais un renouveau de la vie chrétienne en profondeur. Il illustre sa lecture christologique du Concile par d’innombrables extraits tirés de ses divers constitutions, déclarations et décrets (particulièrement Dei Verbum concernant la Révélation) qui font du présent ouvrage une précieuse anthologie. De nombreuses citations des Pères grecs et des théologiens byzantins et russes reflètent les préoccupations œcuméniques de l’A. — P. DETIENNE s.j.


 ROTSAERT M., Les Exercices spirituels. Le secret des jésuites, Bruxelles, Lessius (Petite bibliothèque jésuite), 2012, 11,5 x 19 cm, 96 p., 12,00 €.

Avec la concision réclamée par l’avertissement bien connu : « Ce n’est pas un livre à lire mais à pratiquer » et la connaissance sûre qu’une longue pratique lui donne, l’auteur présente l’essentiel de ce qu’il est bon de « connaître » à propos de l’expérience personnelle d’Ignace où indubitablement s’enracine, comme en son « origine », ce livret presqu’anodin. La finalité de la pratique de ces « exercices » est présentée dans son ampleur spirituelle rejoignant des situations de vie chrétienne variées : de l’approfondissement de la vie « à la suite de Jésus » à la reconnaissance d’une élection personnelle dans un choix de vie plus décisif.
La contemplation du Christ dans ses mystères y est de toute façon centrale. Viennent alors des notes historiques, plus factuelles, mais tout aussi importantes pour lever l’incertitude à propos de ce « secret » (qui n’en est pas un) et en apprécier la valeur ecclésiale (souvent reconnue par l’autorité pontificale). Soulignant l’étendue considérable tant dans les styles (et même des écoles de fidélité à la lettre du texte) que de la présence institutionnelle (les congrégations religieuse et leur « maisons de retraite »), ces dernières pages complètent bien ce volume ainsi que les index habituels et une bibliographie succincte. — J. BURTON, s.j.


 LÉNA M., Patience de l’avenir. Petite philosophie théologale, Bruxelles, Lessius (Donner raison, 40), 2012, 14,5 x 20,5 cm, 288 p., 26,00 €.

Ce livre respire la joie et la gratitude. Gratitude d’abord. Celle d’anciens élèves à l’égard de leur « maître discret » dont ils préfacent le recueil — « grâce à M. Léna, nous avons enfin su ce que “lire” signifie » (p. 6) ; reconnaissance également du maître envers ses étudiants auxquels elle adresse ce livre, comme une « semence confiée, en chacun de ses lecteurs à la patience de l’avenir » (p. 14) ; plus encore, hommage vibrant à la Parole, au pouvoir qu’ont les mots de conduire au Mystère en même temps que « d’inventer » celui qui les prononce, hommage qui est ressaisi dans le triple envoi final (pp. 261-281), très augustinien : « Blessures de la parole », « Béatitudes de la parole », « Attestation » — « Comme la vaste tribu des mots, sous la houlette d’un enfant, se fraie un nouveau chemin vers le monde, me voici porteur et berger de la Parole, moi qui ne sais que balbutier » (p. 275). L’A., longtemps professeur de philosophie dans les classes préparatoires littéraires françaises avant d’enseigner au Collège des Bernardins, est connue pour cette passion de ¬l’éducation, de l’éveil à la vie de l’esprit. Ce recueil de textes déjà publiés mais ici repris et souvent modifiés offre selon sa propre expression une « petite philosophie théologale » autour de quatre thématiques fondamentales de toute existence humaine : Le temps, Fragilités (la peur, la pudeur, la solitude), Difficile fraternité, Discernements (la question de la vérité). Chaque texte vaut pour lui-même, il est à lire et à relire. ¬Souvent il commence en philosophie et s’achève en théologie spirituelle, partant de l’expérience commune, de la remarque sur un mot, pour l’informer par la foi, l’espérance et la charité. « Peut-être est-ce un privilège des femmes de transgresser ainsi allègrement les frontières des disciplines universitaires pour se tenir au plus près du jaillissement de la vie de l’esprit, là où elle n’a pas encore différencié son élan » (p. 13). Une joie sereine transparaît dans chaque page, elle est « cette joie d’apprendre qui est aussi indispensable aux études que la respiration aux coureurs » (p. 6). — S. DEHORTER.



Patristique

 THOMAS LE CISTERCIEN, Commentaire sur le Cantique des cantiques, t. 2, introduction et notes P.-Y. Émery, Saint-Jean-de-Matha (Québec), Éditions de l’Abbaye Val-Notre-Dame (Pain de Cîteaux, série 3, 32), 2012, 15 x 20,5 cm, 534 p., 31,00 €.

Pierre-Yves Émery, prêtre de Taizé, ne cesse de nous offrir, depuis 1994, la traduction de commentaires du Cantiques des cantiques composés en latin par Gilbert de Hoyland, Jean de Ford, Geoffroy d’Auxerre et Thomas le Cistercien (XIIe siècle). Le présent volume concerne le deuxième tiers (livres 5-8) du commentaire rédigé par ce dernier commentateur. Plutôt que d’y considérer le Cantique comme une histoire, Thomas développe divers thèmes, théologiques et spirituels, en des accommodations souvent inattendues et apparemment hors de propos, selon un itinéraire de conversion doté d’étapes successives. Ses propos sont illustrés d’innombrables citations scripturaires (un passage en éclairant
un autre), étayées par de beaux vers d’auteurs païens (Ovide, Horace, Juvénal, …). Ouvrez le livre au hasard : vous y serez partout confrontés à l’injonction primordiale : suivre le Christ, en délaissant tout le reste et en renonçant à soi. — P. DETIENNE, s.j.


 DE RUS E., Le Cœur épousé, suivi de La Présence et le Geste, Paris, Ad Solem (Spiritualité), 2012, 11,5 x 18,5 cm, 96 p., 18,00 €.

Tour à tour émerveillé, contemplatif, joyeux ou mystique, Eric de Rus nous emmène sur son chemin de bonheur. Amoureux, le poète nous découvre ce monde habité par Dieu d’où nous devons nous exiler pour mieux Le trouver, dans lequel « L’amour seul est sans exil / Hors de lui tout est exil ». À ce Dieu de qui tout amour jaillit, il déclame : « L’immensité de ton besoin de moi / Est vérité de mon amour de toi. » Dire le mystère de la Présence en nos vies, la beauté de la Chair séraphique du Crucifié, voilà le défi relevé par l’auteur et la fête à laquelle il nous convie. — B. CATALA


 SAINT JÉRÔME, Lettres, lues par Benoît Jeanjean (nouvelle traduction), Paris, Cerf (coll. L’abeille), 2012, 12,5 x 19,5 cm, 240 p., 20,00 €.

Ce petit livre est un délice. Quelle meilleure introduction peut-on en effet donner à un auteur, si ce n’est la lecture d’extraits significatifs en compagnie d’un guide expérimenté, qui nous en proposerait de temps à autre un commentaire ? C’est précisément ce que la collection de « L’abeille » s’est donné comme objectif. Et s’il est demandé au guide de faire part de son expérience personnelle de lecteur, la passion de l’A. est encore au service de saint Jérôme ici présenté. Les lettres (ou extraits), une quinzaine au total, nouvellement traduites et commentées sont regroupées autour des trois grands centres d’intérêt du moine savant : la vie ascétique, la révision des traductions bibliques sur la base de leur langue originale, les polémiques théologiques (contre le montaniste, contre Jovien et la querelle origéniste). La dernière lettre proposée
(n° 57) constitue à elle seule un petit traité sur l’art de bien traduire. L’analyse des citations scripturaires du N.T. qu’il propose, où il compare version hébraïque et versions grecques, en dit long sur la précision de ce grand esprit du IVe siècle. — S. DEHORTER.


 JEAN CHRYSOSTOME (saint), À l’écoute de saint Jean Chrysostome. 100 textes tirés de ses commentaires sur l’Évangile, les Actes et les Épîtres, textes choisis par J. de Penthos, Le Barroux, Éditions Sainte-Madeleine, 2012, 13,5 x 21 cm, 458 p., 20,00 €.

Sont rassemblés en cette anthologie, selon l’ordre biblique et sans commentaires, une centaine de textes tirés des superbes homélies que saint Jean Chrysostome a consacrées à l’ensemble du Nouveau Testament. Tout est à lire, sinon à approuver. La richesse : « Pourrez-vous, en remontant à plusieurs générations, me montrer que vos richesses sont légitimes ? Vous n’êtes pas maîtres de votre or… Faites l’aumône même au mendiant qui triche. » L’envie : « Qu’il est difficile de se réjouir avec ceux qui se réjouissent : C’est par moi que je voudrais que Dieu soit glorifié. » L’Église : « Elle ressemble aujourd’hui à une femme déchue de son ancienne splendeur. » L’enfer : « La vengeance de Dieu est même la preuve de sa miséricorde. » Le Christ : « On le trouve souvent pleurant, on ne le trouve point riant, il ne souriait même jamais. » Les distractions : « Plutôt que d’aller au théâtre, allez donc visiter les tombeaux des martyrs. » Les ennemis : « Présentez-lui l’autre joue, vous le percerez ainsi de mille blessures. » Le couple : « Que la femme ne réclame pas l’égalité. Si Dieu a donné l’autorité à l’un et prescrit à l’autre la soumission, c’est afin de faire régner la paix. » Les chrétiens : « J’interdis l’accès de l’église à quiconque se permet de jurer… Je vous donne un mois pour vous corriger. » L’ouvrage est enrichi d’un index scripturaire, proposé selon un ordre alphabétique : Galates avant Genèse ; Isaïe après Hébreux. — P. DETIENNE, s.j.


 PAULIN DE NOLE, La lettre au service du Verbe. Correspondance de Paulin de Nole avec Ausone, Jérôme, Augustin et Sulpice Sévère (391-404), Paris, Migne (Les Pères dans la foi, 102), 2012, 13,5 x 20 cm, 376 p., 21,00 €.

Paulin de Nole a compté parmi ses correspondants, entre 389 et 408, Ausone, son ancien précepteur, et trois saints : Jérôme, Augustin et Sulpice Sévère. La présente anthologie nous offre un choix d’extraits des missives qu’ils se sont échangées. Paulin et Ausone correspondent en vers classiques : à Ausone qui se plaint d’être délaissé par son compatriote (ils sont tous deux originaires de Bordeaux) Paulin réaffirme son éternelle amitié. Paulin n’a jamais vu Jérôme, mais il partage sa passion pour l’Écriture. Jérôme, en de longues épîtres, l’inonde de conseils (« Ne cherche pas, par orgueil, des vêtements trop grossiers ») et de commentaires bibliques : « l’Apocalypse de Jean contient autant de mystères que de mots. » Bien que parfaitement contemporains, Paulin (353-431) et Augustin (354-430) — et ils le regrettent — ne se sont jamais rencontrés. Parmi les sujets qui les préoccupent notons les corps ressuscités et la nature des anges. Paulin, dans l’en-tête de ses lettres joint son épouse Thérasia. Plus de la moitié de l’anthologie rassemble des lettres de Paulin à son alter ego, ami d’enfance, Sulpice Sévère, auteur de la vie de saint Martin. L’ouvrage est enrichi de deux index : biblique (presque tous les livres des deux Testaments) et onomastique. — P. DETIENNE, s.j.



Vie de l’Église

 MICCOLI G., Le pontificat de Jean-Paul II. Un gouvernement contrasté, Bruxelles, Lessius (La part-dieu, 19), 14,5 x 20,5 cm, 480 p., 29,50 €.

Sous le titre original En défense de la foi. L’Église de Jean-Paul II et de Benoît XVI, l’A., historien italien à qui nous devons déjà Les dilemmes et les silences de Pie XII, consacre la présente étude à l’action politique
et religieuse de Jean-Paul II : à la fois progressiste (dans le monde :
v.g. condamnation de la guerre en Irak) et conservatrice (dans l’Église : v.g. insistance sur le rôle prioritaire de la hiérarchie). Relevons les trois premiers chapitres : une lecture « normalisatrice » du Concile ; face à la théologie de la libération ; un commissaire pour les jésuites. Parmi les autres titres capitaux notons : l’infaillibilité en expansion ; la nouvelle évangélisation ; liberté et loi naturelle ; repentance… L’A. étaie ses propos de longues et judicieuses citations papales, en recourant systématiquement à une analyse interne. Il relève respectueusement certaines simplifications, imprécisions ou omissions. Il pose la question de la part importante des collaborateurs de Jean-Paul II, surtout depuis sa maladie, dans ses décisions et ses déclarations. Les deux derniers chapitres sont consacrés aux deux premières années du pontificat de Benoît XVI qui, tout en maintenant la ligne de son prédécesseur, s’en distingue sur certains points v.g. les rencontres interreligieuses d’Assise, les demandes de pardon. Excellente traduction. Recommandé. — P. DETIENNE s.j.


 VANNIER M.-A., Prier 15 jours avec Hildegarde de Bingen. Sainte et Docteur de l’Église, Bruyères-le-Châtel, Nouvelle Cité (Prier 15 jours avec, 160), 2012, 11,5 x 19,5 cm, 128 p., 12,50 €.

En grande renommée de haute sagesse, visionnaire aux intuitions « écologiques » avant la lettre, Hildegarde de Bingen (1098-1179) méritait bien d’être vénérée. Elle fut proclamée docteur de l’Église le 7 octobre 2012 par le pape Benoît XVI. La collection bien connue Prier 15 jour avec ne devait pas manquer d’offrir à notre prière et pour notre réflexion ce nouveau volume. Les 15 chapitres journaliers proposés au mieux de la grâce propre de la figure évoquée ouvrent à la prière : le rôle de l’Esprit saint, la « lecture » de la Création et de tous ces « ordres » (minéral, ¬végétal, animal et humain) également, la place de l’homme « mesure de toutes choses » dans la Trinité, et encore l’économie sacramentelle de la vie chrétienne. Enfin, sa postérité dans la tradition rhénane ne devait pas passer inaperçue de Madame Vannier. Sa compétence tant philo¬sophique que théologique la recommandait pour ce volume. C’est une très belle introduction à cette longue vie si engagée dans son siècle et en diaconie de l’Eglise du temps. — J. BURTON s.j.


 TANCREDI L., Hildegarde de Bingen, la puissance et la grâce, Bruyères-le-Châtel, Nouvelles Cité (Roman historique), 2012, 15 x 22 cm,
224 p., 18,00 €.

Un « roman historique » ! Etrange ?… Au contraire : « le roman est un genre littéraire particulier qui accorde à l’auteur le privilège de considérer l’Histoire dans son endroit et son envers… » (Manzonni). Les repères biographiques précisent cet « endroit » (1098-1179). Notre « romancière », connaît les documents originaux. Soulignons seulement la beauté et l’ouverture du texte de notre auteure (musicienne, familière de Proust aussi), en écho avec le génie d’Hildegarde. Impossible d’en « résumer » les vertus (et celles, non moins exceptionnelles, de Sylvie Garoche, traductrice). Chaque traversée de la vision « de feu » (connue de Cassien), chacune des souffrances, des résistances aussi laissent le lecteur comme contemporain de cette aventure où une femme, au plus intime de son esprit et de sa féminité, nous conduit au plus vrai, parfois au plus méconnu, de nous-mêmes. Il y suffit cette « viridité » au cœur de soi, des évènements, de la terre et de ses forêts, de l’oiseau en plein vol, des harmonies du cosmos, de ses orbes iridescentes … où le « ravi » se retrouve au plus secret du Secret de la Sainte Trinité, dans l’Esprit.
Là où le disciple choisit d’apprécier, à son poids de grâce, l’appel qui le donne à lui-même. N’aurait-on qu’un livre à lire à propos d’Hildegarde, celui-ci, à notre estime, s’imposerait. — J. BURTON s.j.


 MAURICE É., Un événement ecclésial et humain, Paris, Médiaspaul (Vatican II pour tous), 2012, 13 x 20 cm, 160 p., 17,00 €.

L’A., théologienne, nous offre ici le premier des seize ouvrages de la collection « Vatican II pour tous », dont elle est la directrice. Après avoir présenté les vingt premiers conciles œcuméniques (de Nicée à Vatican I), elle traite en détails du déroulement de Vatican II : annonce surprenante ; phase ante-préparatoire ; préparation immédiate ; ouverture ; les quatre sessions, chacune envisagée dans sa spécificité. Notons les références fréquentes aux notes de Congar et de Helder Camara. Les derniers chapitres sont consacrés aux cinquante ans postconciliaires : la réception de Vatican II et sa mise en œuvre ; les tensions entre les deux aspects de nouveauté et de continuité. Rappelons que Paul VI a soustrait des discussions conciliaires quatre questions : le célibat ecclésiastique ; le contrôle des naissances ; la réforme de la curie romaine ; les mécanismes de réalisation de la collégialité. Un bel ouvrage, qui incitera le lecteur à aborder les seize constitutions, décrets et déclarations proclamés par Vatican II, que l’A. s’abstient de commenter. — P. DETIENNE, s.j.


 REYNIER CH., Écritures saintes et Parole de Dieu, Paris, Médiaspaul (coll. Vatican II pour tous), 2012, 13 x 20 cm, 168 p., 17,00 €.

L’excellente collection « Vatican II pour tous » a sans doute déjà atteint son apogée avec ce numéro 3, consacré à la plus doctrinale des grandes constitutions de Vatican II. Situant la Parole de Dieu au centre (ch.1), entendant le Concile comme un lecteur de la Bible (ch.2), cet ouvrage de petit format commente en fait la Constitution Dei Verbum pas à
pas, sous l’angle précis de l’unité des Écritures (ch.3), du rapport entre Écriture et Tradition (ch.4), de l’inspiration et du canon (ch.5), des traductions, en identifiant les chantiers en cours (ch.6), de l’interprétation des Écritures dans cet aujourd’hui qui va de Dei verbum à Verbum Domini (ch.7) — avec de précieuses indications sur les critères d’une lecture de l’Écriture « dans l’Esprit qui la fit rédiger », et notamment, l’analogie de la foi. La conclusion porte, comme la fin de la Constitution, sur « la Parole de Dieu dans la vie de l’Église » et va jusqu’aux ouvertures œcuméniques et au dialogue interreligieux. Des annexes très pédagogiques listent les Conciles, les textes de Vatican II en français et en latin, les éditions en français, les documents conciliaires ou magistériels
cités hors Vatican II, et offrent encore un bref lexique et une bibliographie sommaire. Un outil précieux, récapitulatif ou introductif pour
une étude fondée d’un texte conciliaire qui n’a pas fini de nous parler. —
N. HAUSMAN, s.c.m.


 CAMISASCA M., Prêtre, qui es-tu ?, Paris, Éditions de l’Emmanuel, 2012, 13 x 21 cm, 160 p., 15,00 €.

Fort de l’expérience qu’il a engrangée durant 27 ans comme Fondateur et Supérieur d’une Fraternité Sacerdotale, l’A., aujourd’hui évêque de Reggio Emilia, évoque différents aspects de la vie du prêtre, « situé entre le moine et le laïc » : silence, prière, messe, travail, vie en communauté, amitié… Il regrette la démocratisation de la liturgie, l’abandon total du latin dans le canon de la messe, les traductions infidèles, les ajouts et changements arbitraires, les chants nouveaux, qui s’écartent de l’idéal que représente le chant grégorien… Sans parler des églises construites par des architectes non-croyants. Dans le chapitre qu’il consacre à la virginité, relevons la belle citation du biologiste Jérôme Lejeune : « La pulsion génitale est la seule fonction biologique dont la non-satisfaction ne porte aucune pathologie » (contrairement à la faim, la soif, le besoin de dormir). Pour l’A., « Dieu a été révélé par Jésus comme père ; il ne peut être appelé mère… Marie est un personnage plus éminent que ne l’est Pierre ; il n’y a donc aucune raison pour qu’une femme désire être prêtre. » — P. DETIENNE s.j.


 PORTEOUS J., L’essor des communautés dans le souffle de Vatican II.
À vin nouveau, outres neuves
, Paris, Éditions de l’Emmanuel, 2012, 13 x 21 cm, 240 p., 19,00 €.

L’auteur étudie les « Associations de fidèles », lesquelles, selon Jean-Paul II, dans Christifideles Laici, ont pris dans les temps modernes, sous des formes très variées, un essor tout particulier. Benoît XVI voit aussi, dans les mouvements ecclésiaux et les communautés nouvelles, « un signe lumineux de la beauté du Christ et de l’Église ». Mgr Porteous s’efforce d’en définir brièvement l’essence et les contributions à l’Église d’aujourd’hui. La tâche n’est pas facile car ces mouvements et ces communautés ne rentrent pas vraiment dans des catégories existantes. Il lui faut donc utiliser de nouveaux concepts et paradigmes. Il le fait à la lumière de l’enseignement des deux derniers papes, constatant en effet que l’une des caractéristiques de ces nouvelles effusions de l’Esprit est l’attachement au Souverain Pontife et à la mission universelle de l’Église. On notera que les douloureuses difficultés de certains mouvements ne sont pas abordées. On remarquera aussi que cette étude prend en compte un éventail vraiment très large d’associations de toute sorte. — H. JACOBS s.j.


 DAVIN J. et BIRON P.-E., Quand germe la semence. Chemins pour l’Église de demain, Namur Fidélité, 2012, 13,5 x 20,5 cm, 216 p., 16,95 €.

Un jeune journaliste et un jésuite chevronné jettent un regard d’espérance sur leur Église aujourd’hui en crise dans notre monde occidental. Une trentaine de sujets y sont abordés : collaboration entre prêtres et laïques, équipes synodales, petites communautés de fidèles, groupes bibliques, Eucharisties domestiques célébrées en semaine dans les maisons… Le baptême pourrait être présenté en deux temps : un premier rite d’accueil à la naissance, suivi du sacrement administré vers l’âge de six ou sept ans. Les aumônières dans les hôpitaux pourront-elles un jour conférer le sacrement des malades aux personnes qu’elles accompagnent ? Et qu’en est-il des « exclus » tels que les divorcés remariés et les personnes homosexuelles ? Favorisons l’œcuménisme et le dialogue interreligieux… mais sans rêver d’une religion mondiale unifiée. Le chapitre « À l’âge des cheveux blancs » exprime l’espoir de voir un jour appelés au sacerdoce des viri probati sages et expérimentés. En conclusion : Rendons compte de l’espérance qui est en nous (1 P 3,15). —
P. DETIENNE, s.j.



Religions en dialogue

 INIESTA F., L’islam de l’Afrique noire, Paris, L’Harmattan, 2012, 13,5 x 21,5 cm, 234 p., 23,00 €.

Une dizaine de sociologues, anthropologues, et historiens, tant européens qu’africains, spécialistes de l’islam quotidien de l’Afrique noire, ont évoqué à l’Université internationale Menéndez y Pelayo (Barcelone), le problème de l’islam subsaharien. Pendant plus de mille ans, l’islam s’est répandu en Afrique sans recourir aux armes. L’islam traditionnel des confréries soufies y est confronté aux mouvements da’wafondamentalistes arabisants, soutenus par l’Arabie saoudite, l’Iran, la Lybie… La pression islamique ne s’y est pas développée en parti islamique,
sauf au Soudan ; la démocratisation n’y a pas induit de sécularisation. La femme, dans les sociétés traditionnelles matrilinéaires, y souffre de l’androcentrisme musulman. Les groupes de musique rap contestataires, y compris les groupes formés par des femmes, sont populaires en Mauritanie. En quel sens les communautés minoritaires d’Ouganda et de Mozambique sont-elles vraiment musulmanes ? Un ouvrage collectif, sous la direction de Ferran Iniesta. — P. DETIENNE s.j.


 JACQUIN Fr., L’abbé Monchanin (1895-1957). À l’écoute d’un prophète contemporain, Paris, Parole et silence (Cahiers du Collège des Bernardins, 106), 2012, 14 x 21 cm, 138 p., 14,00 €.

L’abbé Monchanin (1895-1957), qui n’a pratiquement rien publié, a laissé de nombreux papiers éparts (schémas de causeries…) dont l’auteure, son biographe, nous présente ici quelques extraits. Il s’agit de « dés-occidentaliser » le message chrétien : l’Église ne sera totale que lorsqu’elle aura incorporé toutes les richesses culturelles et spirituelles du monde entier ; si tous les Indiens se convertissaient en reniant leur civilisation et leur passé, l’Inde ne serait pas convertie. Arrivé en Inde, Monchanin constate : « Les hindous sont peu inquiets et ne cherchent pas : ils croient avoir trouvé… Je ne sais par quelle voie l’Évangile d’un Christ unique peut les atteindre. » Christianiser l’hindouisme est un expression impropre. Il faudrait dire : « Au contact de l’hindouisme, prendre une conscience plus profonde, parfois nouvelle, de soi-même en tant que chrétien. » Il ajoute : « Il faut chercher à s’effacer devant les Indiens… ce qui aujourd’hui est fait, et bien fait. » Relevons, en appendice, le beau « portrait » qu’a esquissé Madeleine Biardeau. Lire pandit (et non pandhit), maharshi (et non mahârshi). — P. DETIENNE s.j.


 BENCHEIKH S., LESCH W., MEYER D. et VALADIER P., Monothéisme et violence, Bruxelles, Lumen Vitae (Trajectoires, 24), 2012, 13,5 x 19,5 cm, 134 p., 16,00 €.

Pour introduire au débat actuel sur la violence liée aux religions ¬monothéistes (W.Lesch), ces pages proposent d’abord l’exemple des traditions rabbiniques interprétant certains aspects de la Bible en clé ¬d’humanisation (D. Meyer). Les enjeux éthiques et politiques du monothéisme trinitaire sont considérés ensuite (W. Lesch), et le cas de l’Islam n’est pas passé sous silence, puisque le Coran y est entendu dans ses apories, qui verrouillent l’interprétation (S.Bencheikh). Pour finir, un regard théologico-politique sur la théocratie (P. Valadier) admet que l’âme croyante est tentée plus souvent que d’autres par le fanatisme « à cause même de sa proximité avec l’ultime et l’absolu » ; l’examen de conscience s’arrête pourtant là. — N. HAUSMAN, s.c.m.



Histoire

 D’HARCOURT A., La vie et les miracles de la Bienheureuse Isabelle de France, sœur de Saint-Louis, Paris, Cerf (Intimité du christianisme), 2012, 12,5 x 19,5 cm, 176 p., 12,00 €.

Sœur cadette de saint Louis, la bienheureuse Isabelle de France (1225-1270), sans entrer elle-même en religion, a résidé à l’abbaye de Longchamp, qu’elle a fondé et dont elle a rédigé la règle. Troisième abbesse du monastère (jusqu’en 1286), Agnès d’Harcourt propose ici un récit aimablement hagiographique, agrémenté d’une quarantaine de témoignages d’interventions célestes. Nous y apprenons, entre autres, qu’un bréviaire malencontreusement tombé à l’eau s’est retrouvé utilisable après trois jours d’exposition sur le tombeau d’Isabelle. L’ouvrage est présenté, sans prétentions édifiantes, par un spécialiste de la littérature française du Moyen Âge. — P. DETIENNE s.j.


 VERMANDER B., Les jésuites et la Chine. De Matteo Ricci à nos jours, Bruxelles, Lessius (Petite Bibliothèque jésuite), 2012, 11,5 x 19 cm, 152 p., 12,00 €.

Ce volume est d’un spécialiste de la question chinoise. De nombreux travaux attestent de sa compétence exercée à l’Institut Ricci à Taïwan et à l’Université d’État Fudan à Shanghai. Ces quelques 150 pages fourmillent de noms de lieux et de dates — l’index des noms et une bibliographie abondante permettront d’« aller plus loin ». Car c’est en fait de cela qu’il s’agit. Plus que la recension, d’ailleurs « unique en son genre », des traces historiques laissées par une exaltante intrigue culturelle sino-occidentale, nous avons ici à lire « le rapport passionnel de l’ordre des jésuites avec la terre et la culture chinoise : le rêve esquissé par Xavier, poursuivi, élargi, parfois trahi dans les méandres des entreprises qui suivirent, instaure une relation privilégiée entre un “territoire de mission” et la compréhension que la Compagnie de Jésus se forge d’elle-même » (p. 9). Magistralement évoquée, et vécue au vif de l’expérience de l’auteur, nous avons ici une réflexion pénétrante qui nous concerne à l’heure ou la présence « altérante » de la Chine est mondiale et à nos portes. À lire sans tarder. — J. BURTON, s.j.