Spiritualité

De Goedt M., L’amitié divine à l’école de Thérèse d’Avila, textes rassemblés, présentés et annotés par D.-M. Golay, Toulouse, Éditions du Carmel (Recherches carmélitaines), 2012, 15 x 21,5 cm, 356 p., 26,00€.

En commémoration du quatrième centenaire de la mort de celle qu’il préfère appeler Thérèse de Jésus, l’A., carme déchaux, a publié dans diverses revues (dont Vie consacrée 1982-3, 131-138 ; 1991-6, 355-366) un bon nombre d’articles, ici recueillis, dans lesquels il présente l’actualité de Thérèse d’Avila (1582-1982). Relevons ce qu’il dit de l’adaptation postconciliaire de la manière de procéder de la sainte, appliquée aux carmélites d’aujourd’hui. Il évoque une petite communauté fraternelle de sœurs qui, dans le silence, la solitude et l’austérité (tempérée par une indispensable récréation, faite d’une attention mutuelle pleine de charité), se nourrissent de l’Eucharistie et de la Parole de Dieu, écoutent Dieu dans l’oraison, à l’exemple de la Vierge Marie, pour le salut de monde. L’A. relève une liste de difficultés : le travail qui prend le pas sur l’oraison ; les religieuses qui, fuyant la communauté, s’en vont vivre seules ; l’office des lectures, où Michel Quoist remplace saint Basile ; la clôture peu respectée... Retenons le portrait que fait Thérèse d’un bon confesseur : un prêtre humble, doué d’un jugement sain et d’une sainte doctrine, avancé dans la pratique de la prière, ayant reçu des grâces identiques ou semblables à celles que le pénitent soumet à son jugement, et possédant le don de discerner les esprits. — P. DETIENNE, s.j.


Baudry J., Aux sources du Carmel. Histoire et spiritualité,Toulouse, Éditions du Carmel (Carmel vivant), 2012, 14 x 21cm, 464 p., 26,0 €.

L’A., dont les études consacrées à Thérèse d’Avila ont été rassemblées en 2009, dans l’ouvrage L’amour quand il est grand, a également publié, durant les trente dernières années de sa vie (1968-1999), dans diverses revues, 24 articles concernant l’histoire de son Ordre, le Carmel. lls sont ici reproduits. Parmi les sujets traités, retenons : « Tension entre ermites au désert et apôtres à la ville : un ordre d’ermites ou un ordre mendiant ? » ; « Les origines orientales du Carmel : mythe et histoire » ; « La vie mariale carmélitaine : Marie, sœur et mère » ; « Imitation du prophète Elie » ; « La réforme thérésienne et la fondation de Duruelo (1568), berceau de la réforme : les carmes déchaux » ; « Jean de la Croix vu par sainte Thérèse » ; « Étude comparative des deux Thérèse » ; « Les premières éditions de l’Histoire d’une âme ». Relevons une phrase controversée :« La mystique de Thérèse est celle de la lumière ; celle de Jean de la Croix serait plutôt celle de la ténèbre. » — P. DETIENNE, s.j.


Bouchet J.-R., À mes frères dominicains. Éditoriaux et homélies, Paris, Cerf (Épiphanie), 2012, 13,5 x 19,5 cm, 192 p., 12,00 €.

Sont ici rassemblés les éditoriaux que l’A., dominicain, a publiés dan le bulletin mensuel Ut sint unum, depuis le jour de son élection comme prieur provincial de la Province de France (1980) jusqu’à sa mort (1987). Y sont jointes quelques homélies qu’il a prononcées à l’occasion de professions et de jubilés. L’A. adapte ses messages aux temps de l’année : carême, Noël, Nouvel An. Il recommande l’a priori de bienveillance, souligne le danger de développer l’esprit de corps au détriment du peuple de Dieu, invite à ne pas confondre adaptation nécessaire et filtrage insidieux. Il s’interroge sur le vieillissement des religieux, la rareté des vocations, la diifficulté de trouver des prieurs. Relevons quelques phrases : « ll est injuste de critiquer ce qu’on ne veut pas aider à changer... » ; « On malmène la tradition quand on s’en réclame pour répéter… » ; « Nous nous obstinons à attendre sur le perron un Dieu qui passe par l’escalier de service… » ; « Nous naissons incendiaires et nous mourons pompiers… » ; « Ce n’est pas avec les audaces de nos grands-pères que nous répondrons aux angoisses de nos enfants » (Emmanuel Mounier). — P. DETIENNE s.j.


Matura Th., Une absence ardente. Approches de l’expérience de Dieu, Paris, Cerf — Éditions franciscaines (Épiphanie), 2012, 13 x 20 cm, 130 p., 10,00 €.

Le P. Thadée Matura o.f.m., que les lecteurs connaissent bien de longue date dans ses nombreuses contributions et au travers de ses livres célèbres depuis Le radicalisme évangélique (1978), nous offre ici, non moins radicale, une très belle méditation dont le titre et son commentaire modeste Approches de l’expérience de Dieu invitent le lecteur à interroger ses propres cheminements. Tâtonnant ou déjà éprouvé, cet itinéraire, redoutable pour tous, est précisément et prudemment balisé. Avec pudeur et sans être « autobiographique », ce texte, qui recourt à la poésie et à ses oxymores, fréquente les traces anciennes, et parfois plus intimes, conduisant à cette « ouverture mystique » qui blesse tout un chacun. Quatre parties que nous ne pouvons que citer marquent les étapes : De l’expérience et du désir, Les chemins, L’au-delà des chemins et L’Ultime profondeur où huit citations de l’Écriture, rythmées de larges espaces en« blanc », gardent vive cette « aventure », encore inachevée et pourtant déjà hospitalière, de toute quête « dont toi seul connais la droiture ». On ne résume pas ces pages, on ne ferme pas non plus cette blessure qui se doit de rester offerte à la terrible douceur de cette Ardente absence. — J. BURTON s.j.