Vie consacrée

Lavigne J.-Cl., « Voici je viens. » La vocation religieuse, Montrouge, Bayard, 2012, 14,5 × 19 cm, 202 p., 16,00 €.

Au milieu des transformations multiples que connaît la vie religieuse, il est bon de réentendre l’essentiel de ce qu’elle est : « un chemin de bonheur ». Pour le parcourir, celui qui est « appelé » devra lui aussi se mettre en route. L’A. présente de manière extrêmement suggestive la vocation religieuse non comme un moment, celui de l’appel, mais comme un itinéraire jalonné de plusieurs étapes. Il s’agit d’abord de s’ouvrir (I) et de laisser travailler en soi la Parole de Dieu. Après ce premier temps, viendra celui de fécondes obscurités. Le temps où l’on est travaillé intérieurement dans sa relation à Dieu, à soi-même, à son avenir, où la beauté de l’appel doit se confronter au réel de la personne (II). De ce travail souterrain pourra jaillir la lumière du « oui » à Dieu, à l’Église, à une communauté (III). Le présent ouvrage pourra être utile non seulement pour ceux qui sont en chemin de discernement et ceux qui les accompagnent, mais aussi pour ceux qui sont déjà engagés dans la vie religieuse. Finalement, l’itinéraire proposé par l’auteur n’est pas seulement celui du discernement vocationnel, mais celui de toute croissance spirituelle dans la vie religieuse. — G. DE LONGCAMP, c.s.j.


Questions

Wattiaux Chr., Attention, il y a quelqu’un dedans !, Paris, Cerf (Histoire à vif), 2012, 13,5 × 21,5 cm, 160 p., 12,00 €.

L’A. est une mère de famille, victime d’une grave maladie qui l’a irrémédiablement défi gurée. Les réfl exions qu’elle a accumulées au cours des ans, et que la maladie a mûries, elle souhaite les partager aujourd’hui avec les malades, leurs proches, leurs soignants, leurs accompagnateurs. Elle rejette les expressions traditionnelles telles que : « Dieu éprouve spécialement ceux qu’il aime… », « Offre ta souffrance à Dieu : elle sert à sauver le monde… » Elle souhaiterait une collaboration effi cace entre la paroisse et les visiteurs de malades. Elle illustre ses propos à l’aide de citations tirées des oeuvres de Marguerite-Marie Teilhard de Chardin, Xavier Thévenot, François Varillon… Elle ajoute à son précieux témoignage de malade son expérience de croyante. La vraie question, pour elle, n’est pas « pourquoi je souffre » mais « comment vivre ma souffrance ». Épinglons la belle phrase : « Je refuse à la souffrance d’avoir pouvoir sur ma vie », et suggérons une référence au psaume 75 : « La colère des hommes te rend gloire ». Conseils judicieux. Style agréable. À lire. — P. DETIENNE, s.j.


Léonard A.-J. Mgr, La Divine Tragédie. Libre parcours dans la foi chrétienne, Namur, Fidélité, 2012, 13,5 × 20,5 cm, 128 p., 11,95 €.

Parcours ! On se laissera donc entrainer au « dévoilement » des horizons de la foi chrétienne de Théophile, le héros d’une aventure existentielle totale. Si vous n’avez pas peur de côtoyer Hergé et Hegel, de fréquenter Thomas et Soloviev, si pour vous Rahner et von Balthasar peuvent dialoguer, si vous rêvez comme Swedenborg, surtout si vous acceptez de mettre vos pas dans ceux de cet enfant découvrant qu’il existe et s’émerveille d’un brin d’herbe, si cheminant « d’aventure » en compagnie de Jean de la Croix, vous vous laissez entrainer par le cheval blanc du ciel de Patmos vers cet « au delà de tout » et que vous soupirez au long de cet itinéraire de l’âme… alors laissez-vous conduire au Dieu plus Grand. Alors, cette tragédie divine « envisionnée » au cours de nuits extasiées d’apocalypse et consignée à la clarté diurne de quelques notes, alors cet éblouissement deviendra le vôtre. Et à l’écho de quelques vers de Péguy, là en votre âme qui « s’éjouit de connaître Dieu en foi » peut-être connaitrez-vous la joie trois fois sainte de la Révélation de l’Amour. Au fait, ce livre est signé en la fête de saint Bernard, le chantre de Marie. Ici aussi, Elle conduit le pèlerin de Lourdes. — J. BURTON, s.j.


Jossua J.-P., La passion de l’infini. Littérature et théologie. Nouvelles recherches, Paris, Cerf (Théologies), 2011, 14,5 × 23,5 cm, 528 p., 32,00 €.

La « théologie littéraire » qui a fait le renom de l’A. est ici explorée dans son ultime acception : en tant que lecture théologique de la littérature. Non pas apologétique à partir de la littérature, mais étude théologique de la quête d’absolu des auteurs littéraires. Cet ouvrage est un monument de 500 pages, éclairant d’un jour nouveau de nombreuses oeuvres du XIXe et du XXe siècle (Baudelaire, Bernanos, Mauriac, etc., et même Bremond et Kierkegaard) et leurs genres littéraires (le journal, le roman, les réécritures bibliques, le langage mystique et le langage poétique). À ne surtout pas réserver aux érudits. — Fr. DOMINIQUE, f.s.j.


Spiritualité

Soeur Jeanne Marie, Les âges dans nos vies, entretiens avec A. de Coral, préface du Fr. Br. Cadoré, Paris, Cerf (Épiphanie), 2012, 13,5 × 19,5 cm, 128 p., 12,00 €.

Dans ce livre d’entretiens, l’A. évoque les trois étapes de sa vie personnelle : moniale dominicaine, de 1952 à 1974 ; soeur laïque, fondatrice d’une communauté mixte où se côtoient, à Boscodon (Hautes-Alpes), laïcs, religieuses et prêtres, dans une abbaye qu’elle a relevée de ses ruines en 1972 ; retraitée depuis 2011 en maison de repos. Elle développe sa conception de l’hospitalité, qui accueille chacun (habitant du village, personnalité politique, touriste croyant ou non-croyant …), non seulement dans sa diversité enrichissante mais également dans son évolution. Consciente de ce que, dans le monde actuel, un engagement défi nitif pose problème, elle cherche le sens à donner à la vie de chacun : divorcés remariés, prêtres, religieux et religieuses retournés à l’état laïque. Relevons son regret du temps où les catholiques priaient avec les mêmes mots latins dans le monde entier. L’ouvrage est enrichi d’une préface du Maître général des Dominicains. — P. DETIENNE, s.j.


De Andia Y., La Voie et le Voyageur. Essai d’anthropologie de la vie spirituelle, préf. du card. Chr. Schönborn, Paris, Cerf (Théologies), 2012, 14,5 × 23,5 cm, 1024 p., 44,00 €.

Il s’agit donc d’une « anthropologie » de la vie spirituelle et non de présenter telle ou telle école de spiritualité mais bien d’un « discours » où la voie chrétienne est celle de l’« Homo Viator ». La première « ouverture », détermine les parties de cette anthropologie. I. L’homme et Dieu (anthropologie et Théologie) ; II. Le Christ et l’homme (anthropologie et Christologique) ; III. Prière et vie dans l’Esprit (anthropologie et Pneumatologie : la vie dans l’Esprit) ; IV. Les sens et le coeur (anthropologie et Pneumatologie : le corps et les sens spirituels) ; V. L’amour et sa fécondité (anthropologie et Pneumatologie : amour, don, grâce) ; VI. La fin du voyage (anthropologie et Eschatologie). Les sous-titres des paragraphes montrent que les thèmes sont rencontrés à partir de l’expérience spirituelle. Par exemple, si on parle du péché ce sera comme dévoiement, de la contrition, comme le coeur brisé et les larmes. La deuxième « ouverture » est d’exposer ces « éléments » non à la lumière d’un auteur choisi mais grâce à plusieurs. L’index de leurs noms est évocateur des choix, larges et variés, de l’auteure. Cette option favorise une présentation diachronique à l’intérieur d’un même thème. Une troisième « ouverture », bien qu’évidente, doit être signalée. C’est la référence à l’Ecriture tendue vers son accomplissement dans la Pâque du Fils de l’Homme. Enfin, quatrième « ouverture » indispensable. Le texte liant les chapitres et les thèmes, révèle une parfaite connaissance des sources, de la littérature spirituelle et de bien d’autres domaines (littérature, philosophie). La fi nesse spirituelle de l’auteure y donne plus qu’une initiation, un opus majeur qui fera date en ce domaine. — J. BURTON, s.j.


Fau J., L’Acte d’offrande de Thérèse de Lisieux à l’amour miséricordieux. Méditations, Paris, Cerf (Épiphanie), 2011, 13,5 × 19,5 cm, 156 p., 12,00 €.

Fruit d’une familiarité de plus de soixante ans avec Thérèse et d’une humble expérience pastorale, ce petit livre, sans doute le dernier nous dit l’auteur, a toute la saveur d’un testament spirituel. Dans la lumière de l’Acte d’offrande, en treize courtes médiations, sont explorés successivement les principaux thèmes qui ont conduit l’Église à déclarer Thérèse docteur de l’Amour. La force de cet écrit vient sans doute du fait qu’il tient deux extrêmes : d’une part une explication de Thérèse par Thérèse, à travers un choix de textes souvent peu connus du grand public, d’autre part, l’effort de serrer au plus près la vérité historique des évènements, fi nalement peu nombreux, qui ont orienté sa vie. Il suffit de si peu pour se laisser toucher par Dieu ! Scrutant la manière dont Thérèse, dans un contexte janséniste, s’est laissée conduire par Dieu, Jacques Fau conduit le lecteur à découvrir que l’Amour est un mobile d’action plus puissant que la crainte. Dans l’esprit de la petite voie, la sainteté devient à la portée de tous. Un véritable « GPS » pour entrer chez Thérèse. — C.-M. BÉZIER, c.s.j.


Vanier J., Les signes des temps. À la lumière de Vatican II, Paris, Albin Michel, 2012, 13 × 19 cm, 182 p., 15,00 €.

Quels sont ces signes des temps que l’Église d’aujourd’hui a le devoir de scruter et d’interpréter à la lumière de l’Évangile (cf. GS 4,1) ? Façonné par sa longue expérience à l’Arche, et méditant librement aussi bien sur le succès du film Des hommes et des dieux, le journal intime d’Etty Hillesum, que les pontifi cats de Jean-Paul II et Benoît XVI ou le scandale de la pédophilie, Jean Vanier en propose sept, comme autant de défi s confiés à l’Église et à l’humanité d’aujourd’hui. Leurs intitulés sous forme de passage — des humiliations à l’humilité, de la normalisation à l’éveil de la conscience, de l’exclusion à la rencontre, du pouvoir à l’autorité, de l’isolement à la communauté, de la force à la vulnérabilité, du secret au mystère — invitent à la conversion en mettant au centre de nos vies la dignité unique de chaque personne humaine. C’est un livre qui interpelle. Entrer dans une relation authentique avec un pauvre, c’est être transformé, car en nous faisant découvrir la présence du Verbe de Dieu au plus bas de l’humanité, nous sommes introduits au coeur du Mystère chrétien. — S. DEHORTER.


Jeanguenin G., Les vertus dépoussiérées, par saint François de Sales, Paris, Éditions de l’Emmanuel, 2012, 13 × 21 cm, 128 p., 14,00 €.

On reparle aujourd’hui des vertus. L’auteur, prêtre suisse affi lié à l’Ordre de la Visitation, a eu l’heureuse initiative de réinterroger saint François de Sales à ce sujet. Il note que l’Évêque de Genève « a su exposer la vertu sous son vrai jour, sans chercher à en minimiser les exigences, mais en la rendant attrayante et adaptée à chaque état de vie ». Pour François de Sales, chercher à vivre selon les vertus, c’est se mettre en quête de l’amour de Dieu car « l’amour comprend en lui-même toutes les vertus ». À l’amour des vertus qu’affectionnaient les Sages de l’Antiquité, se substituent pour lui les vertus de l’amour. La douceur, l’humilité, la simplicité sont essentielles pour aller à Dieu. Si, pour lui, aucune vertu n’est négligeable, sa préférence va cependant aux plus petites d’entre elles, car elles nous préservent de l’amour-propre et de la vanité. — H. JACOBS, s.j.


Marie Noël, Notes intimes, lues par Jeanne-Marie Baude, Paris, Cerf (L’abeille), 2012, 12,5 × 19,5 cm, 176 p., 15,00 €.

Vous avez lu, relu, prié avec Marie Noël ? Relisez-la avec, à portée de chevet, de coeur… d’esprit encore, cet admirable commentaire des ses Notes Intimes (ainsi injustement nommées). On le sait, le trajet est périlleux vers cette « obscure espérance ». Nous y sommes bien accompagnés. — J. BURTON, s.j.


Marie de la Trinité, Carnets, t. III : Du sacerdoce à la filiation (9 juillet – 14 décembre 1942), Paris, Cerf (Intimité du christianisme), 2012, 14,5 × 21,5 cm, 658 p., 44,00 €.

Paule de Mulatier est née au début du siècle dernier. Elle entre en 1930 dans la jeune Congrégation des Dominicaines Missionnaires des Campagnes. Elle reçoit dès 1929 de nombreuses grâces et lumières mystiques sur le Père et sur le sacerdoce, qu’elle présente dès 1940 au père A.Motte dans ses carnets. Elle dévoile dans ce troisième carnet comment le Christ l’appelle à s’associer à son sacerdoce. Une chose est le sacerdoce ministériel, une autre, la communion et l’offrande intérieure auxquelles le fi dèle, et a fortiori la personne consacrée, sont appelés. Ces écrits ont une dimension prophétique qui mériterait d’être étudiée théologiquement. Citons par exemple ce passage : « Les prêtres selon l’ordre ont le devoir de ne pas se réserver à eux-mêmes la célébration des Saints Mystères, de telle façon qu’ils semblent les célébrer à part des fidèles, comme si les Saints Mystères leur appartenaient. C’est absolument contraire à la réalité des choses » (p. 265). Il faut parcourir toute la vie de Marie de la Trinité et ses carnets pour y découvrir une autre dimension prophétique : l’ascèse et l’offrande la conduiront à souffrir d’une grave maladie psychique dont elle guérira grâce à une psychanalyse entreprise avec Lacan. Par sa vie et la vérité de ses grâces mystique, elle ouvre au théologien, à l’accompagnateur spirituel et au thérapeute un immense terrain de dialogue. — G. DE LONGCAMP, c.s.j.


Témoins

Leseur É., Journal d’enfant, Paris, Cerf (Intimité du christianisme), 2012, 11,5 × 17,5 cm, 120 p., 10,00 €.

Sont reproduites ici les notes que la jeune Elisabeth a prises, d’octobre 1877 à mars 1881, au temps qui a précédé et qui a suivi sa première communion. Spontanée et affectueuse, Elisabeth manifeste une grande maturité spirituelle. Elle ne cesse de faire écho à ses lectures et à ses examens de conscience : « Je me suis donné un règlement… » ; « J’ai été gentille aujourd’hui… » ; « J’ai bonne volonté, mais je ne suis pas assez ferme… » ; « Je vais tâcher de montrer à Dieu ma reconnaissance… » ; « Mon principal défaut, c’est l’esprit de contradiction » ; « Je ne veux plus être taquine… ». L’ouvrage est présenté par son mari qui, devenu dominicain, sera son biographe. — P. DETIENNE, s.j.


Guinamard L. et Lattion P., Brut de charité. Patrick Giros, fondateur d’« Aux captifs, la libération », Paris, Éditions de l’Emmanuel, 2012, 13 × 21 cm, 208 p., 18,00 €.

Patrick Giros (1939-2002), prêtre du diocèse de Paris, a fondé « Aux captifs la libération », une association dont les membres, bénévoles et salariés, sont envoyés deux par deux, les mains vides, à la rencontre des gens de la rue (les sans-abri, les prostituées), dans le but non pas de faire-pour-eux, mais d’être-avec-eux et respecter leur refus de sédentarisation. Une vingtaine de témoignages, riches et contrastés, le présentent comme un pasteur et un prophète, passionné de Jésus-Christ, un homme d’Église, qui considérait son travail social comme éminemment sacerdotal, sans prosélytisme ni paternalisme. Il a instauré les « prières de rue », moments de partage chaleureux entre paroissiens et marginaux. Assoiffé d’amour à donner et à recevoir, fi dèle en amitié, colérique, excessivement exigeant avec les salariés, il est mort prématurément usé, physiquement et psychologiquement. En préface, un texte du cardinal Vingt-Trois ; en annexe, l’oraison funèbre prononcée par le cardinal Lustiger. — P. DETIENNE, s.j.


Un moine bénédictin, Découvrir la vie intérieure. Peut-on devenir l’ami de Dieu ?, Le Barroux, Éditions Sainte-Madeleine, 2012, 13,5 × 21 cm, 192 p.

Peut-on devenir l’ami de Dieu ? Un moine bénédictin de l’abbaye Sainte- Madeleine du Barroux nous enseigne que la fi nalité de la prière est de découvrir la vie intérieure comme un chemin où l’homme entre dans une présence intime avec Dieu. De manière pédagogique, l’auteur nous tourne d’abord vers l’intériorité et par là vers le surnaturel (ch. 1 à 3), afin de nous disposer à recevoir du Seigneur les vertus théologales et les grâces eucharistiques qui nourrissent une vie de prière (ch. 4 à 5). Les chapitres 6 à 8 traitent particulièrement de l’oraison personnelle. Celle-ci se révèle le coeur de la vie spirituelle avec la contemplation comme horizon. Quelques illusions sur l’oraison sont aussi démasquées. L’auteur nous découvre ensuite les grands combats et les épreuves de la vie d’oraison. Puis au chapitre 9, ce cheminement spirituel n’est pas présenté comme la voie d’un repliement sur soi, mais d’une ouverture à autrui dans un « rayonnement ». Pour achever son ouvrage, l’auteur présente Marie comme la « mère de la vie intérieure » à laquelle l’homme est appelé (ch. 10). En bref, une bonne introduction pour comprendre les enjeux de toute vie spirituelle. Du point de vue formel, les citations de l’Écriture, le recours à la tradition spirituelle et au magistère, ainsi qu’au trésor spirituel de la littérature enracine cet ouvrage dans la Tradition tout en l’ouvrant sur le monde d’aujourd’hui. — J. MANEVY.


Frank É., Edith Stein au quotidien, Paris, Arfuyen, 2012, 12 × 18,5 cm, 212 p., 16,00 €.

Enseignante à Strasbourg, E.F. a pour objectif d’approfondir notre connaissance d’Edith Stein presque exclusivement à partir de sa correspondance. Pour les lettres d’avant le 13 octobre 1933, elle a utilisé la traduction de Cécile Rastoin, pour les lettres postérieures, elle les a elle-même traduites. La vie de la carmélite est bien connue et les livres sur elle abondent. Il restait toutefois à la faire revivre en utilisant son abondant courrier. C’est le propos de l’auteur : « Edith Stein vue au quotidien à travers ses lettres. » E.F. y voit « transparaître un enjouement et une tendresse que cette femme retient dans ses autres textes ». Dans sa correspondance, Edith Stein se laisse en effet découvrir dans sa vérité la plus profonde, sa prière, sa vie affective, sa maturation spirituelle. L’auteur excelle à en suivre les mouvements, tout en gardant toujours une distance critique. — H. JACOBS, s.j.


Frère Roger de Taizé, À la joie je t’invite. Fragments inédits, 1940- 1963, Taizé, Les Presses de Taizé (Les écrits de frère Roger, fondateur de Taizé), 2012, 13 × 20 c, 240 p., 16,00 €.

Cette collection s’est donné pour tâche de publier les écrits de frère Roger, le fondateur de Taizé. En voici le deuxième volume qui éclaire les débuts de la communauté en présentant de nombreux textes inédits. Dans la préface, frère Alois rappelle que frère Roger écrivait pour chaque frère ces mots : « À la joie je t’invite. » Il voulait transmettre à tous la joie et la confi ance en Dieu. Il les vivait lui-même, mais c’était au prix d’un dur combat intérieur. Ce livre reprend de nombreuses pages de ses notes et de son journal. Dans l’ouvrage qu’il laissa inachevé par sa mort violente, le 16 août 2005, il avait terminé un chapitre consacré à Jean XXIII. Ce n’est pas sans émotion qu’on lira ce témoignage sur un pape dont frère Roger écrivait : « Chez cet homme rayonnaient la miséricorde de Dieu et la bonté du coeur. » — H. JACOBS, s.j.


Jésuites hongrois sous le pouvoir communiste, témoignages recueillis par F. Szabo, traduits du hongrois par Th. Monfils, en collaboration, Bruxelles, Lessius, 2012, 15,5 × 23 cm, 400 p., 26,50 €.

En 1978, à Makkos Maria, près de Budapest, le P. Pedro Arrupe rencontra les Jésuites hongrois et lors de l’Eucharistie leur a dit, en allemand, l’admiration et l’affection de la Compagnie, « parce que vous avez beaucoup souffert, que vous avez porté témoignage et que vous êtes restés fidèles à votre vocation pendant des décennies… Oui, c’est un fait unique dans l’histoire de la Compagnie qu’une province ait pu rester unie plusieurs dizaines d’années après sa dissolution » (pp. 193-194). Tous les témoignages relatent de façon vivante et simple ce qui a fait la vie de ces hommes, dont l’Occident était éloigné plus par l’insouciance que par la distance : contrôles vexatoires, procès truqués, emprisonnements, tortures…, mais encore charité entre prisonniers, entre travailleurs en usine, complicité avec les familles et les amis, eucharisties célébrées en cachette, déplacements continuels sous la contrainte du régime et toujours avec l’espoir de trouver un arrangement où l’on pourrait fortifi er les liens entre frères et répandre l’Évangile. — J.-M. GLORIEUX, s.j.


Prière et liturgie

Mc Cormak M., Prier à l’école du Carmel. « La splendeur du Carmel lui a été donnée », Toulouse, Éditions du Carmel (existenCiel), 2012, 11 × 17 cm, 96 p., 8,00 €.

Ce petit livre a connu un grand succès en Angleterre. L’auteur, carmélite anglaise, excelle à nous introduire aux enseignements des Maîtres du Carmel sur la prière. Elle nous apprend à recueillir, de Jean de la Croix, son conseil d’avoir « une amoureuse attention à Dieu, sans désirer sentir ni comprendre rien de particulier en Lui ». Notre désir de Dieu, nous font savoir les Maîtres du Carmel, est d’abord éveillé par le désir que Dieu éprouve pour nous. — H. JACOBS, s.j.


Merton Th., Le temps des fêtes. Méditations sur le cycle des fêtes liturgiques, Paris, Ad Solem (Spiritualité), 2012, 13,5 × 21,5 cm, 232 p., 25,00 €.

Aucune préface pour justifi er l’extrême diversité des quinze articles que l’A., trappiste américain, a rassemblés dans le présent recueil, en 1965, trois ans avant sa mort à l’âge de 53 ans. À l’exception du premier et du dernier chapitres (Liturgie et spiritualité personnelle ; Le renouveau liturgique, manière compréhensive de l’aborder), aucun de ces textes ne se réfère au grand Concile qui vient de se terminer. Parmi les sujets les plus abondamment traités signalons deux études : l’Église et l’évêque d’après Ignace d’Antioche ; le sacrement de l’Avent dans la spiritualité de saint Bernard. L’année liturgique est représentée par quelques textes importants : Avent, Noël, Mercredi des cendres, Pâques. Notons aussi une évocation du bon Samaritain ; une méditation sur le Nom du Seigneur ; une considération sur l’abnégation chrétienne ; une homélie sur la lumière et la Vierge Marie. Ce que l’A. écrit « à chaud » concernant la réforme liturgique n’a rien perdu de son intérêt historique. — P. DETIENNE, s.j.


Venard Chr., La confession, mode d’emploi, Perpignan, Artège, 2012, 10,5 × 14,5 cm, 32 p., 2,95 €.

La confession, mode d’emploi, du Père Christian Venard, est un manuel simple permettant de bien comprendre et préparer sa confession. Ce petit opuscule, en s’appuyant sur de nombreuses citations de l’Écriture, invite à percevoir l’enjeu ecclésial d’une réconciliation avec Dieu. La miséricorde est offerte à tous ceux et celles qui se reconnaissent humblement pécheurs et qui parviennent aussi à nommer leur péché et à le situer dans leur vie. Les différentes étapes de la confession, depuis l’examen de conscience jusqu’à l’aveu et la contrition, sont passées en revue d’une manière claire et pédagogique. Les exemples concrets y sont nombreux et ne forment pas seulement un formulaire pour nommer ses fautes mais encore, ils invitent à la confi ance et à un abandon à la puissance et la miséricorde divines. — J. MANEVY.


Frère Henri de l’Enfant-Jésus, o.c.d., Menus propos sur la prière, Toulouse, Éditions du Carmel (Vives fl ammes), 2012, 11,5 × 17,5 cm, 128 p., 9,00 €.

Sont reproduits ici une vingtaine d’articles que l’A., carme, a fait paraître, au fi l des années, dans la revue Vives Flammes. Parmi les sujets traités relevons : la décision de prier ; se mettre en prière ; la pureté d’intention ; les bienfaits de la prière vocale ; la prière d’intercession ; prier les Saints ; prier au temps de l’épreuve ; prier avec une image ; prier à la campagne ; prier devant le Saint-Sacrement ; les oraisons jaculatoires ; le Fiat de Marie ; désirer le Ciel. Notons que, concernant le Saint Nom de Jésus, l’A. ne fait pas allusion à la « prière de Jésus », pratiquée par le « Pèlerin russe » et qui, par son incessante répétition, fi nit par se prier elle-même. Notons aussi que la prière pour les âmes du purgatoire pose des problèmes théologiques que l’A. n’aborde pas. Il illustre ses propos à l’aide d’abondantes citations tirées des oeuvres de Thérèse d’Avila, Jean de la Croix et Thérèse de Lisieux. — P. DETIENNE, s.j.


Huot de Longchamp M. et Brunor, La confirmation. Une catéchèse en profondeur, Mer-sur-Indre, Paroisse et Famille / Centre Saint-Jean-de-la-Croix, 2010, 64 p., 7,00 €.

Après l’oraison, le baptême et la confession, le tandem Max Huot de Longchamp-Bunor nous propose un nouvel opuscule sur le sacrement de confi rmation, alliant exposé doctrinal, dimension pastorale, préparation spirituelle et célébration liturgique. À l’exposé didactique du premier auteur font écho les illustrations du second, ainsi que des citations choisies de l’Écriture, des Pères de l’Église, des saints et du Magistère ; libre à celui qui souhaite approfondir le domaine de parcourir les ouvrages indiqués à la fi n de chaque chapitre. Accessible et claire, dans la lignée des publications du centre Saint-Jean-de-la-Croix, cette brochure offre une synthèse profi table aussi bien aux pasteurs et aux catéchistes qu’aux catéchumènes en chemin vers le sacrement. — P. NILEG.


Huot de Longchamp M., Nous nous marions à l’église. Une catéchèse en profondeur (+ CD de préparation au mariage), Mer-sur-Indre, Paroisse et Famille / Centre Saint-Jean-de-la-Croix, 2012, 15 × 21 cm, 64 p., 17,00 €.

Dans cette petite brochure sont traités divers aspects du mariage chrétien : indissolubilité, fécondité, paternité et maternité responsables, épreuve de l’infertilité, sens du sacrement, préparation de la cérémonie… Une attention particulière est portée aux mariages mixtes. L’A. illustre ses propos de dessins-caricatures et les étaie de textes tirés de la Bible et de divers enseignements pontifi caux. Tous les thèmes, accompagnés de questions-réponses, sont repris dans le CD, d’une durée de 150 minutes, qui accompagne la brochure. — P. DETIENNE, s.j.


Rouillé d’Orfeuil M., Histoire liturgique du XXe siècle. Enjeux et documents, Paris, L’Harmattan (Religions et spiritualité), 2012, 13,5 × 21,5 cm, 122 p., 13,50 €.

L’A. se propose, dans un ouvrage bref et un langage simple, de montrer l’ampleur du mouvement ecclésial dont la réforme liturgique du Concile Vatican II constitue le centre. En effet, la constitution conciliaire plonge ses racines dans une réfl exion et un travail de réforme de la Liturgie datant de plusieurs décennies. D’autre part, comme l’A. le montre, l’application de Sacrosanctum Concilium a demandé un immense travail de maturation qui dure encore. Il était louable de vouloir présenter simplement l’histoire du Mouvement liturgique. Malheureusement, la simplicité confi ne parfois à la simplifi cation. Il est dommage, par exemple, que pratiquement rien ne soit dit de la contribution de l’aire germanophone (Guardini, Dom Casel…) au Mouvement. On regrettera aussi un certain manque de recul et quelques prises de position trop tranchées sur la mise en oeuvre de la Réforme. Un ouvrage qui demeure malgré tout une introduction valable, étayée par de nombreux documents, et qui invite à approfondir. — G. DE LONGCAMP, c.s.j.


Pocquet du Haut-Jussé L.-M., Ite Missa est. Initiation à la messe romaine, Perpignan, Artège, 2012, 12 × 19,5 cm, 132 p., 12,90 €.

« Chaque rite de la messe a une signifi cation historique, doctrinale et spirituelle », affi rme l’A. dans son introduction. Ainsi cherchera-t-il à donner ce triple éclairage à chaque rite de la messe romaine qu’il analyse. L’A. offre ainsi une introduction simple, profonde, sans parti-pris ni étroitesse d’esprit, à la messe dans la forme extraordinaire du rite romain. Le regard historique lui donne une grande largeur de vue et le sens spirituel et doctrinal une grande profondeur. Un ouvrage à recommander à tous ceux qui cherchent à mieux comprendre et prier avec la liturgie dans la forme extraordinaire. — G. DE LONGCAMP, c.s.j.


Éthique

Ariño Ph., L’homosexualité en vérité. Briser enfin le tabou, Le Plessis-Robinson, Frédéric Aimard éditeur / SPFC, 2012, 13 × 20 cm, 96 p., 10,53 €.

« Briser enfi n le tabou » annonce le sous-titre de ces précieuses pages. Cela n’est plus nécessaire, croirait-on, au siècle de la permissivité débridée. Pourtant nous avions besoin d’une parole informée, libre et respectueuse. Ce livret se présente un peu comme un guide : I. L’homosexualité, qu’est-ce que c’est et que dit-elle en moi ? II. Que faire du désir homosexuel si je le ressens en moi de manière persistante ? III. Si je suis croyant et homo, comment je fais ? On le voit, ces trois entrées sont adressées à un sujet, le lecteur, de toute manière concerné. Le langage est clair ; direct, familier même et s’adresse bien à un public jeune. Le contenu, soutenu d’un engagement catholique et ecclésial affirmé, ainsi que d’une implication personnelle compétente dans la culture homosexuelle, doit être entendu. Il aidera bien des personnes et, sans conteste, toute situation pastorale concernée. Le trouble restera vivace mais de venir à la lumière il trouvera apaisement et le chemin du respect, celui d’une altérité toujours à reconnaître. — J. BURTON, s.j.


Patristique

Faure E., Vivre le combat spirituel avec Évagre le Pontique, Perpignon, Artège, 2012, 13,5 × 21,5 cm, 246 p., 24,00 €.

L’A. nous présente dans cet ouvrage une fi gure riche et complexe, souvent mal connue, parmi les Pères du désert. Il est fort judicieux d’avoir voulu, avant d’étudier la doctrine du Pontique de présenter d’abord sa vie. En effet, ce qu’Évagre dira du combat spirituel est enraciné dans sa propre expérience. Il aura connu toutes les affres et les étapes du combat pour lequel il entend équiper les moines. En outre, l’A. rappelle avec justesse que le combat spirituel est d’abord pour le Christ. C’est pourquoi avant d’évoquer les assauts de l’adversaire et les armes pour y répondre, il présente au lecteur quelques aspects de l’enseignement d’Évagre sur le Christ. Ce n’est donc qu’à partir du chapitre 3 de la seconde partie que sera abordé le combat spirituel proprement dit. La présentation de l’enseignement du Père du désert entend s’appuyer sur de nombreux textes et a le souci de permettre au lecteur de pouvoir faire siennes les armes du combat. Malheureusement, le lecteur a parfois du mal à percevoir la cohérence du raisonnement. Les termes techniques ne sont sans doute pas assez clairement expliqués pour qui ne connaît pas du tout le Pontique. — G. DE LONGCAMP, c.s.j.


Fondements

Vannier M.-A. (dir.), La christologie chez les mystiques rhénans et Nicolas de Cues, Paris, Cerf (Patrimoines christianisme), 2012, 14,5 × 23,5 cm, 224 p., 24,00 €.

Une douzaine de membres de l’Équipe de recherche sur les mystiques rhénans (Metz) et de l’Institut für Cusanus Forschung (Trèves) évoquent la christologie du dominicain Maître Eckhart (1260-1327) et du cardinal Nicolas de Cues (1401-1464). Sont étudiés chez Eckhart : le lien entre christologie et anthropologie, entre christologie et ecclésiologie, dans le commentaire du prologue de Jean ; l’Incarnation : du phénomène à l’être ; la relation entre nature humaine et nature divine dans la personne du Christ ; la naissance de Dieu dans l’âme : être fi ls dans le Fils ; les quatre sortes de science du Christ (divine, surnaturelle, commune avec les anges, progressivement acquise), selon le sermon allemand 90. Sont étudiés chez Nicolas : la communication des idiomes (le Christ est un homme avant de naître et après sa mort) ; la conception du Christ par la Vierge Marie et la naissance de Dieu dans l’âme ; les divers sens de la Christiformitas, conformation au Christ. Les AA. étaient leurs arguments de précieuses citations latines, dont ils proposent une traduction. Des sujets ardus, exprimés en un style agréablement limpide. — P. DETIENNE, s.j.


Vannier M.-A., Euler W., Reinhardt Kl. et Schwaetzer H., Nicolas de Cues. Anthologie, Paris, Cerf (L’apogée de la théologie mystique de l’Église d’Occident), 2012, 18,5 × 23 cm, 348 p., 30,00 €.

La présente anthologie, richement illustrée, présente de longs extraits tirés de divers ouvrages du cardinal Nicolas de Cues (1401-1464), philosophe et théologien : les deux grandes oeuvres (La docte ignorance ; Les conjectures), les opuscules (La recherche de Dieu ; La filiation divine ; La pensée ; La vision de Dieu…), les sermons (Gloire à Dieu au plus haut des cieux ; Tu es Pierre ; Où est le nouveau-né ?…). Retenons le très irénique De pace fi dei, qui évoque une cohabitation pacifi que des religions. Chaque religion représente un point de vue à partir duquel on considère la Religion unique : « una religio in rituum varietate ». Pour Nicolas, la sainte Cène présentée sous les deux espèces, farouchement revendiquées par les hussites, est une question rituelle secondaire. Imaginant un dialogue entre le Verbe et différents interlocuteurs (un Grec, un Italien, un Arabe, un Indien, un Chaldéen), Nicolas rêve d’une tolérance religieuse… qui n’exclurait pas l’indispensable médiation du Christ. En appendice : une longue liste des oeuvres de Nicolas. — P. DETIENNE, s.j.


Descouvemont P., Ces vérités qui fâchent. Elles éclairent nos croix, Paris, Parole et silence, 2012, 288 p., 18,90 €.

L’A., ancien conseiller national des Équipes Notre-Dame, présente ici quelques points de doctrine que, pense-t-il, notre zèle apostolique remet trop facilement en question. Pour chacun des différents points, il interroge successivement l’Écriture, la Tradition, le Magistère et la Théologie. On ne peut parler d’une souffrance en Dieu : il demeure éternellement heureux. Les bons anges nous accompagnent. Satan ne peut être réduit à une force maléfique : il existe réellement. La souffrance et la mort sont les conséquences du péché originel. Malgré les apparences, Dieu fait tout concourir à notre bien. En s’offrant à son Père, Jésus valorise toutes nos croix. L’orgueil pourrait nous rendre éternellement malheureux, en enfer. Aimer les autres pour eux-mêmes ne nous empêche pas de les aimer pour l’amour de Dieu. L’A. concède que certains lecteurs seront déçus par ses arguments, agacés par la sérénité avec laquelle il les propose, étonnés de l’importance qu’il accorde au témoignage des saints : le curé d’Ars, Thérèse de Lisieux, Soeur Faustina. « Un exposé clair, fi dèle à la Tradition doctrinale de l’Église et nourrissant pour la foi » (cardinal Barbarin, préface). — P. DETIENNE, s.j.


Histoire

Touzeau G., Miseratione Divina. Le Manifeste de Jean Carrier (1429), Perpignan, Artège (Histoire), 2012, 13,5 × 21,5 cm, 296 p., 24,00 €.

L’élection de Martin V au concile de Constance en 1417 a offi cillement mis fin au Grand Schisme d’Occident qui dès 1378 a opposé deux papes : Urbain VI (Rome) et Clément VII (Avignon). Fort de l’unique soutien du comte Jean IV d’Armagnac qui lui était tout dévoué, l’antipape Benoît XIII, retiré à Peniscola (Espagne), refuse de s’incliner. Après sa mort en 1422, le cardinal Jean Carrier, se présentant comme la seule personne habilitée à lui donner un successeur légitime (les autres cardinaux ayant participé, en 1423, à l’élection simoniaque de Clément VIII), prolonge le schisme en « élisant » un Benoît XIV. Le manifeste qu’il adresse en 1429 au comte d’Armagnac, et dont nous lisons ici l’original latin et sa première traduction française (accompagnée d’une remarquable présentation), nous offre une chronique du Grand Schisme, enrichie d’informations inédites sur d’importants événements dont Jean Carrier fut témoin. — P. DETIENNE, s.j.


Villemin L. (dir.), Des théologiens lisent le concile Vatican II. Pour qui ? Pour quoi ?, Montrouge, Bayard (Theologicum), 15,5 × 19, cm, 204 p., 16,00 €.

Cinquante ans après Vatican II, quelques professeurs de l’Institut catholique de Paris s’interrogent, chacun dans sa discipline, sur le « renouveau dans la continuité » qu’a proposé le Concile. Sont concernés : l’anthropologie, la christologie, l’ecclésiologie, la liturgie, la morale, l’oecuménisme, le dialogue interreligieux, la lecture biblique, la transmission de la foi. Notons quelques points. Tout en relativisant les aspects naturalistes et individualistes de la modernité, le Concile relève ses points forts : son insistance sur la liberté de l’homme, sur ses capacités transformatrices, sur sa dimension historique. La nouvelle évangélisation ne signifie pas que l’ancienne manquait de pertinence ni qu’il faille ressusciter une forme plus authentique du christianisme : elle invite à oser de nouvelles voies parce que le contexte a changé. Replaçant le sacerdoce commun dans son articulation avec le sacerdoce ministériel, le Concile insiste sur la participation active des fi dèles dans la liturgie… Dans un dernier chapitre, un pasteur protestant se réjouit du fait que les liturgies luthériennes ont bénéfi cié des avancées de Vatican II. — P. DETIENNE, s.j.


d’Alançon G., Saint Anthelme. Un chartreux devenu évêque, Perpignan, Artège, 2013, 12 × 19,5 cm, 132 p., 12,50 €.
En quelques pages d’une écriture vigoureuse, poétique tout autant que perspicace, l’A. nous présente une fi gure de saint largement inconnue. Premier prieur général de la Chartreuse et évêque de Belley, Anthelme n’est pas l’illustration d’un passé révolu. Au contraire, son enracinement contemplatif, sa sollicitude pastorale et son solide bon sens font de lui un saint moderne et un frère sur la route de bon nombre de pasteurs contemporains. Une lecture simple, rapide et nourrissante. — G. DE LONGCAMP, c.s.j.


Léonas A., Les Petites Fleurs de sainte Marguerite de Hongrie, Paris, Cerf (Intimité du christianisme), 2013, 12,5 × 19,5 cm, 176 p., 14,00 €.

Fille du roi de Hongrie, nièce de sainte Elisabeth, Marguerite, religieuse dominicaine, est décédée en 1270, à la veille de ses 28 ans. Son procès en canonisation, instauré presque immédiatement (en 1276), ne sera clôturé que près de sept siècles plus tard (en 1943). Les faits, historiques et légendaires, rapportés dans le présent ouvrage, sont extraits tant de la maigre biographie (une vingtaine de pages) que lui a consacrée Frère Marcel, son confesseur, que des dépositions de cent dix témoins, officiellement interrogés en 1276. Qu’en retenons-nous ? Elle a été élevée au couvent depuis l’âge de trois ans. Forcée de mettre un habit neuf, elle s’ingénie à le salir. Elle le ravaude avant d’aller rencontrer son père. Elle se plaint de ce qu’on l’appelle fi lle de roi…, elle menace de se couper le nez. Elle porte l’eau, coupe le bois, fait la vaisselle. Elle évite de chasser les poux de ses habits. Le Jeudi saint, elle obtient le privilège de laver les pieds de ses soixante consoeurs. Elle lit dans les coeurs. Après sa mort, elle multiplie les miracles : elle rend la vue à un cheval borgne… Rien ne nous a été révélé de sa vie de prière. — P. DETIENNE, s.j.


Religions en dialogue

Cocard H., L’adoration, base de la rencontre entre chrétiens et musulmans, Paris, L’Harmattan, 2012, 15,5 × 24 cm, 254 p., 26,50 €.

Il n’est pas évident, loin s’en faut, de tisser un dialogue à la fois, exigeant et respectueux. Rencontrer l’autre dans sa tradition religieuse implique non seulement de le connaître, mais aussi de se connaître soi-même. Telle est bien la volonté du frère Paul : engager un dialogue sans concession sur un des aspects communs les plus importants de l’Islam et du christianisme, l’adoration. Combien de fois pourtant n’a-t-on pas entendu de la bouche de nombreuses personnes : « se prosterner, c’est bon pour les musulmans » ? Avec patience, respect et sérieux, l’A. revisite les traditions chrétienne et musulmane sur l’adoration, non seulement dans leurs sources révélées (Bible et Coran), mais dans leur développement. À tous égards, les catholiques tireront un immense profit de cette lecture. Avec acribie, l’A. explore le donné révélé et montre comment, par la suite, nous sommes passés dans le culte eucharistique, de la prosternation à l’agenouillement et de l’agenouillement à la position debout. L’A. expose aussi, sans naïveté, mais sans parti pris, la tradition coranique sur l’adoration et ses implications dans la vie, avant de conclure sur les convergences et divergences entre chrétiens et musulmans. L’ouvrage est exigeant ; il demande de tous ceux qui en entreprennent la lecture une réfl exion théologique et personnelle, mais il pourra guider de nombreux chrétiens dans un dialogue nécessaire et urgent — G. DE LONGCAMP, c.s.j.


Vie de l’Église

Bernay S., L’Église de France face à la persécution des juifs. 1940-1944, Paris, Éditions CNRS, 2012, 15 × 23 cm, 528 p., 25,00 €.

Il n’était pas évident de traiter à nouveau un sujet aussi épineux, et pourtant l’A. le fait de manière magistrale. S’appuyant sur un large fonds d’archives et fournissant un immense travail de première main, l’A. dispose de nouvelles données. Elle a de plus le souci de présenter la question de la persécution des juifs à l’intérieur d’un contexte théologique et historique plus large. Elle parvient ainsi à mettre à mal un certain nombre d’idées reçues sur la collaboration, à réduire la fracture idéologique que d’aucuns ont voulu imaginer entre la hiérarchie et le peuple. La périodisation que l’A. propose permet de mettre en lumière l’évolution des positions pour éviter tout raccourci ou toute caricature. La précision scientifique est en outre soutenue par un style à la fois simple et riche qui rend le récit palpitant et la lecture aisée. Un ouvrage incontournable. — G. de LONGCAMP f.s.j.


Trautmann Fr., La notion de charité au concile Vatican II, Perpignan, Artège, 2012, 13,5 × 21,5 cm, 430 p., 34,00 €.

L’A., prêtre du diocèse de Strasbourg, commence par décrire l’évolution de la signifi cation de la charité : d’abord, chez les Grecs ; ensuite dans la Bible ; puis, chez les Pères de l’Église ; enfi n, dans la théologie classique, où la vertu théologale de charité est restreinte au champ spirituel, tandis que le double commandement d’amour présente un aspect social et collectif. Il se penche ensuite sur le renouveau de la théologie morale avant Vatican II. Ses artisans (G. Thils, Y. de Montchueil, J. Leclercq, O. Lottin, G. Gilleman, B. Häring, Ph. Delhaye) cherchent à remplacer l’intérêt quasi exclusif pour le péché (à éviter) et pour l’obéissance aux commandements (de Dieu et de l’Église), dans une perspective absolue et extrinsèque. Ils envisagent la vie morale comme une croissance vers le bonheur. L’A. en vient alors à la question de la charité au temps du Concile : depuis les périodes antépréparatoire et préparatoire, avec tous leurs aléas, jusqu’aux décrets conciliaires. Dans l’Église, communion fondée sur la communion trinitaire, tous les chrétiens sont appelés à la sainteté (cf. Lumen gentium, chapitre 5). Par ailleurs, la charité concerne tous les hommes et constitue un moyen d’engagement dans la société, visant une transformation sociale pour créer une civilisation de l’amour (cf. Gaudium et spes). L’ouvrage est enrichi d’une abondante bibliographie. À lire. — P. DETIENNE, s.j.


Vermeylen J., Vatican II, Namur, Fidélité (Que penser de… ?, 79), 2012, 12 × 19 cm, 144 p., 10,00 €.

Un petit opuscule comme celui-ci était le bienvenu au moment de fêter les 50 ans du Concile. Il était pertinent de construire chaque chapitre comme la réponse aux questions simples et essentielles que se posent les chrétiens : un concile qu’est-ce que c’est ? Pourquoi ? Comment ? Et maintenant ? De même, il est pertinent d’avoir remis, en fi n de volume une chronologie des conciles et un petit lexique. Bref, on pensaitavoir en main l’instrument idéal pour savoir, comme dit le titre de la collection « que penser de » Vatican II. Malheureusement, en fin d’ouvrage, on sait plus ce que l’auteur pense du Concile que ce que l’Église dit d’elle-même. Les trois premiers chapitres traitant l’assemblée qu’est un Concile et du déroulement de Vatican II restent assez objectifs. Mais quand il s’agit d’entrer dans la connaissance des textes et de leur accueil, on ne peut qu’être consterné par le parti pris de l’auteur, les raccourcis qui frisent parfois la caricature. C’est dommage et c’est aussi symptomatique d’un type de lecture du Concile. — G. de LONGCAMP f.s.j.


Martini C.-M. card., L’évêque. Au jour le jour, Bruxelles, Lessius (La part-Dieu, 20), 2012, 11,5 × 19 cm, 80 p., 9,50 €.

Carlo Maria Martini avait, en tant qu’évêque, l’envergure des Pères de l’Église. Dans un petit livre sans prétention, il partage ici des réflexions aussi fortes que nuancées, destinées à ses « frères » dans la charge apostolique. La manière dont il stigmatise l’ambition (p. 20) n’est pas sans rappeler la radicalité du nouvel évêque de Rome. Il va sans dire que ces lignes de force adressées aux responsables diocésains valent également pour toute personne soucieuse d’évangile, qui a une charge pastorale ou civile. Une lecture rafraîchissante ! — É. ROUSSEAU