Comptes rendus de livres ...

Philosophie


-ROSENBAUM, A., L’ordre sacré. Les représentations hiérarchiques en philosophie, Coll. « Anthropologiques », Paris, Desclée de Brouwer, 1999, 22 x 14 cm, 168 p., 21,50 €.

L’objet de cette étude est largement originel. Il s’agit de repérer et d’analyser les représentations hiérarchiques qui, dans les religions et dans les philosophies, échelonnent les êtres ou les idées selon différentes figures, comme l’échelle, l’arbre, ou l’escalier. Une hiérarchie y est définie comme une représentation symbolique d’éléments échelonnés et graduellement valorisés. Du platonisme à nos jours sont mises en évidence les multiples hiérarchies qui ne sont jamais éliminées là même où elles semblent devoir disparaître. Mais comment expliquer leur permanence en philosophie ? L’examen des hypothèses qui prétendent éclaircir cette énigme et l’analyse critique semblent nous amener à reconnaître que si la hiérarchie est une forme de représentation, elle n’est en conséquence pas justiciable du prédicat de vérité. Les représentations hiérarchiques apparaîtraient donc moins utiles pour la connaissance du monde que pour la représentation de soi, plus fécondes pour la figuration de la vie intérieure que par la révélation de la strucutre des choses. Les séries graduées apparaîtraient plus utiles pour vivre que pour connaître.La démarche de l’auteur nous aurait-elle, par de pareilles conclusions, ramenés au kantisme ou au néopositivisme ? Ne pourrait-il admettre que notre saisie du vrai a besoin du ressort de l’analogie ? - H. JACOBS. S.J.

Prière


-JOHN (Frère de Taizé). Tout près de la source. Jésus de la Samaritaine, Taizé, Les Presses de Taizé, 1999, 21 x 15 cm, 100 p., 9,45 €.

En tous points admirable, ce parcours méditatif proposé aux jeunes se rassemblant à Taizé, allie avec bonheur le texte du commentaire biblique, des références parallèles (ou apparentées), des questions d’actualisation personnelle, des explications sobres mais parfois nécessaires. Vingt-trois haltes auprès du puits où se laisse rejoindre et introduire dans un dialogue qui devient, pour le lecteur, de plus en plus personnel. Une véritable rencontre. Frère John connaît bien ces auditoires des rassemblements « sur la colline » et conduit avec sûreté à la découverte de l’Eau vive qui ne peut, un jour, que s’écouler des coeurs jeunes en quête de Sa Source. Proposée quelquefois pour un temps de « retraite » la lecture méditée de ce texte s’est montrée une expérience de prière fructueuse. - H. JACOBS, S.J

-ROCHE J. Prier 15 jours avec Marcellin Champagnat, Coll. « Prier 15 jours », Montrouge, Ed. Nouvelle Cité, 1999, 19 x 12 cm, 125 p., 11,43 €.

-BOULINGUIER M. Th. ; TOULOUSE M.Fr. Prier 15 jours avec Nicolas Barré, idem.

-MONIALE (Une) de la Chartreuse Notre-Dame. Prier 15 jours avec saint Bruno, idem.

-LOUVENCOURT J.Fr. de. Prier 15 jours avec François et Jacinthe de Fatima, 2001, 20 x 12, idem.

-MATURA Th. Prier 15 jours avec François d’Assise (3ème édition), 2001, idem.

Cette collection, maintenant bien connue et appréciée, met à la portée de tous l’enseignement des grands maîtres spirituels en proposant un itinéraire de quinze jours en leur compagnie. L’ouvrage du père Matura en est déjà à sa troisième édition. Plutôt que de chercher dans les biographies anciennes une présentation de saint François, il préfère nous mettre en contact de ses écrits dont la richesse n’a été redécouverte que depuis une trentaine d’années. Ainsi nous est offert non l’exemple personnel du Saint d’Assise, mais son message aux hommes d’aujourd’hui, François nous a, en effet, laissé une oeuvre spirituelle où se révèlent le visage de Dieu et le nôtre, et où retentit de manière inégalée l’appel à suivre les traces du Christ.

Saint Marcellin Champagnat, membre de la Société de Marie, a été le fondateur de l’Institut des Frères Maristes. C’est à la substance de ses intuitions spirituelles que nous sommes introduits. Le réalisme de cet homme de foi nous invite à vivre l’aujourd’hui avec Jésus et Marie et à nous laisser guider par eux.

Religieux minime, le bienheureux Nicolas Barré a été un éducateur et un maître spirituel du XVII ème siècle. L’humilité et l’abandon à Dieu occupent chez lui une place centrale. « Jamais Dieu n’est si bien trouvé, écrivait-il, qu’on ne le doive cherchez davantage ». La conviction qui l’habitait lui inspirait cette recommandation : « nous devons être tout à tous et tout à Jésus et en Jésus et tout par Jésus ».

C’est une moniale chartreuse qui nous fait cheminer avec saint Bruno. Après le neuvième centenaire de sa mort, on aura à coeur de chercher à le connaître. Le présent volume orchestre admirablement, par les textes choisis et de très belles méditations et prières, les leçons de celui pour qui la solitude était inséparable de la communion.

Avec les bienheureux François et Jacinthe, conséidérés ensemble, c’est au message de Fatima que nous introduit un moine cistercien de Rochefort. La simplicité de l’exposé débouche sur l’espérance : « A la fin, mon Coeur triomphera.- H. JACOBS, S.J

-ROBERT, Jean de la Croix, Au silence plus haut que les cîmes, Saint-Maux, Parole et silence, 2000, 21 x 14 cm, 120 p., 13,00 €.

Comment mieux dire la valeur de ce texte né en solitude (à Notre-Dame de Parménie) sous la plume de Jean de la Croix Robert, o.s.b. qu’en citant l’appréciation du poète Claude Vigée : »Ecrit dans une langue limpide, à la fois forte et subtile, voici un livre utile entre tours, à l’heure où tant d’hommes cherchent à l’aveuglette leur chemin, égarés dans un monde sans merci«  ? (p.7). »Utile«  ? Utile à quoi ? A qui ? A tout le moins à tout qui entend : »Homme, où es-tu ?« de la Genèse, ou encore : »Homme, où est ton frère ?« . En quel silence devons-nous nous tenir pour écouter ces appels ? Vingt-cinq brefs chapitres (à ne prendre en considération qu’un à la fois) offrent un itinéraire (explicitement chrétien - le centre, au XIII ème chapitre est titré : »Le Christ notre vérité« ) en trois »progessions«  : »Chants pour les montées«  ; »Dans le vent des hautes terres«  ; »Au silence plus haut que les cîmes« . Peu de citations (une seule de la Bible : Siracide 2), mais un texte qui »suinte« l’Ecriture sainte en ses deux Testaments et surtout qui expose l’expérience vive de celui qui risque sa parole fraternelle en écho à celle de Dieu ; en partage où chacun est invité à se »tenir en l’ardente patience, comme veilleurs à l’horizon de nos vies, guetteurs de ce Visage tout ruisselant de lumière et de gloire, qui, un jour, au silence plus haut que les cîmes, surgira des confins de son éternitéz (p. 117) - J. BURTON, S.J.

Prière et liturgie


-DOMERGUE M. Ouvrir la Bible (Année B), Paris, Salvator/Croire Aujourd’hui, 1999, 21 x 14, 156 p., 14,94 €.

Brefs, toujours « percutants » peut-on dire, en tout cas adoptant une approche souvent originale, nous sommes heureux de retrouver les commentaires des textes bibliques des dimanches et fêtes de l’année B du au père Domergue déjà publiés dans la revue « Croire Aujourd’hui » et rassemblés en livre en 1999. Commentaires « ignatiens » peut-on dire par le souci de s’en tenir brièvement au plus près du « fondement de l’histoire » et de ne pas s’interposer entre le priant et son Seigneur. L’Ecriture commence l’Ecriture et ouvre l’espace aux sens spirituels et à l’homélie personnelle.- J. BURTON, S.J.

Questions ouvertes


-YOURIEV X. L’Eglise et les femmes. Vers une anthropologie trinitaire à la lumière de la théologie orthodoxe, Coll. « Sophia », Lausanne, L’Age d’homme, 2001, 23 x 16, 98 p.

Le titre est bien prometteur et la collection s’honore d’auteurs aussi illustres que S. Boulgakov. Un premier chapitre, sur l’homme et la femme s’inspire essentiellement de V. Lossky. Un second, sur le monde, part de P. Evdokimov pour montrer dans la guerre le fruit immémorial de la société patriarcal, alors que la première Eglise était rassemblée autour des femmes (Ac 1.14). Mais « l’amour a de nouveau été supplanté par la notion d’autorité » (25) et l’Eglise a éliminé les femmes ; après la catastrophe de la prédication judaïsante de Paul, la conversion de Constantin marqua la victoire de la pensée païenne et du juridisme romain ; le grand mythe de la consubstantialité de l’homme et de le femme mit donc des siècles à ressurgir : « aujourd’hui encore, la morphologie de nos Eglises évoque davantage le monarchianisme et le monothéisme intransigeant de l’Ancien Testament que le »consubstantialisme« de Nicée » (30). Et l’auteur de poursuivre, sur le mariage (IV) avec une attaque frontale d’Ep.5, 22-25, sur le ministère sacerdotal (V), qui devrait être ouvert aux femmes, puisque le Christ est le nouvel anthropos et non un aner et que la conception hiérarchique du monde est opposée à l’esprit évangélique (57), etc. Quant à la Mère de Dieu (VI), elle est la mère de tous les humains, non cette « nouvelle Eve » issue d’une poésie douteuse et dangereuse (74). En conclusion est reprise la thèse (presque classique dans le domaine féministe) qui veut que l’explosion libératrice de la Résurrection fût interrompue, pour les femmes, dès l’âge apostolique et devrait maintenant pouvoir montrer sa « catholicité ». Un livre qui affirme sans rien prouver et s’appuie, en finale, sur une bibliographie déjà citée en notes et où l’on a confondu articles et ouvrages de fond. Que n’a-t-on d’ailleurs pas confondu, en si peu de pages ? - N.HAUSMAN, S.C.M.