Comptes rendus de livres

Agir chrétien


-NAULT, J.-Ch. La saveur de Dieu. L’acédie dans le dynamisme de l’agir. Coll. Studie Riserche 5, Roma, Lateran University Press, 2002, 21x15, 558 p., 22,00 €.

Voici probablement l’ouvrage de référence “incontournable” concernant cette réalité spirituelle majeure - et pourtant oubliée de nos jours - qu’est l’acédie. Au cœur du dynamisme moral (comme vie de la charité sous l’inspiration du Saint-Esprit à qui l’agir doit sa lumière et sa force) elle mine et contredit gravement et le gaudium (la joie), en tant que tristitia boni divini, et l’action excellente, en tant que tædium operandi. Le cœur de cette somme (1933 notes infrapaginales, 34 pages de bibliographie, index des références bibliques, du vocabulaire grec et latin et des auteurs) est une étude approfondie de ce combat tel qu’exposé par saint Thomas - avec ce qui est nécessaire pour le situer dans l’architecture thomasienne de la vie spirituelle et morale (à ne pas séparer !). Pour l’apprécier, en amont, dans sa nouveauté, les sources de la tradition (Évagre, Lassien, Saint Grégoire le Grand et quelques auteurs médiévaux) sont exposées en détail (mais des pages synthétiques terminent heureusement chaque chapitre). La IIIe partie s’attache alors à rendre compte du déclin (l’occamisme est sévèrement pointé du doigt comme tournant conduisant à la séparation de la morale et de la spiritualité, elle-même dérivant vers le dualisme de l’ascétique et du mystique) de l’attention portée à ce qui n’est plus considéré que comme paresse et tiédeur dans la vie chrétienne. Quelques manuels et deux auteurs contemporains de traités de morale (Häring et Aubert) sont cités à témoins de cette occultation si dommageable à la vigueur de la vie théologale dans toute son amplitude. Nous ne pouvons ici que présenter - et très succinctement - le contenu de cette thèse défendue à l’Université du Latran, mais nous voudrions encourager l’auteur à en préparer une version “portable” où se déploieraient encore la : “pour une reprise en compte” de la perspective thomasienne célébrant - mais est-ce possible sans la précision du vocabulaire de l’aquinate ? - le goût de Dieu. Certains se poseront la question : est-ce souhaitble, étant donné la situation “post-moderne” de l’enseignement, de la prédication de la “morale” ? Pourtant il y va du rayonnement de nos vies et de nos communautés chrétiennes dans le témoignage qu’elles ont à rendre à la Béatitude de la Fin - Dieu lui-même - à laquelle secrètement tous aspirent. L’ouvrage ici - à peine - présenté devra être considéré avec attention pour répondre à cette attente, souvent douloureuse, de nos contemporains. - J. BURTON, S.J.

Écriture


-COCAGNAC, M. Sacré et secret. Méditer pour entrer dans la profondeur des textes. Coll. « Lire la Bible », Paris, Cerf, 2003, 22x14, 240 p., 21,00 €.

Dans un style un peu énigmatique, qui fait droit à son titre, l’ouvrage enfile, sans introduction, une série de dissertations où l’auteur voit, dans sa brève conclusion, quelques moments de l’efflorescence spontanée de la Parole divine, épanouissement mystérieux de la grâce qui suppose cependant un travail capable de révéler des secrets cachés dès l’origine du monde (239). Comme les pages 35-66 sont données deux fois, et que manque le cahier des pages 67 à 98, on en est réduit aux conjectures sur “le secret des temps favorables”, si bien annoncés par la méditation initiale qui porte le même titre que l’ouvrage. Demeurent “la force spirituelle de la musique”, la beauté de la lumière et des ombres, et ce Diable et ses masques qui vaut à lui seul le détour. Même les animaux du tétramorphe sont les gardiens du secret (de l’énergie divine), tandis que l’évocation de la Visite et de la Parousie nous ramène au centre d’un mystère dont la Bible est dépositaire : “le grand secret de Dieu est sans doute de pouvoir visiter l’intérieur de l’homme” (222-223), et le grand œuvre du feu divin ouvre, comme la lance, la route qui débouche dans les profondeurs de l’Esprit (cf. 238). L’ouvrage, qui fourmille de citations des Pères, est un peu énigmatique, disions-nous, mais sans conteste, très beau. - N. HAUSMAN, S.C.M. 

Histoire


-GANTY, É. ; HERMANS, M. ; SAUVAGE, P. (eds). Tradition jésuite. Enseignement, spiritualité, ission.Bruxelles/Namur, Lessius/Presses Universitaires de Namur, 2002, 21x15, 184 p., 20,00 €.

Voici six conférences consacrées aux différents domaines de la “tradition jésuite” dans l’enseignement, dans la mission et comme spiritualité. C’est peut-être par cette porte qu’il faut entrer en lisant M. Rotsaert réussissant à nous présenter l’essentiel de l’expérience spirituelle des Exercices Spirituels d’où découle l’engagement ecclésial où vont se situer alors les “options” prises par les jésuites dans l’enseignement et leur réponse à l’appel missionnaire. C’est toute une histoire ! Trois chapitres sont consacrés à l’enseignement : Luce Giard présente les péripéties des débuts parfois périlleux ; Antorella Romano rend compte de la modernité de la Ratio Studiorum (Plan raisonné des études) dont l’élaboration collective commence dès 1580 ; Jean Paul Laurent confronte la pédagogie contemporaine et la Ratio Studiorum et analyse les enjeux de cette confrontation pour en dégager les élments qui en font “un esprit pour le corps”. Trois autres chapitres alors - dont celui déjà signalé sur la spiritualité ignatienne - forment l’autre versant : le rôle de l’autre dans l’expérience missionnaire (Le cas de la Chine au XVIIe sièle) de Nicolas Standaert et les grandes orientations actuelles de la Compagnie de Jésus (François-Xavier Dumortier). Les deux derniers montrent très bien la singularité de la mission apostolique d’un corps qui ne se compare pas à une entreprise ni à une ONG ! Six chapitres brefs, précis et documentés, font bien à même d’introduire à ce que d’aucuns recouvrent de mystère : la tradition jésuite ! Chaque chapitre se termine utilement par des indications bibliographiques très au fait des travaux les plus récents. Sous le format de la conférence tous les textes sont parfaitement lisibles. - J. BURTON, S.J.

Liturgie


-BONHOEFFER, D. La parole de la prédication. Cours d’homilétique à Finkenwalde. (texte présenté et traduit par H. Mottu, 2e édit. augmentée). Coll. Pratiques no 8, Genève, Labor et Fides, 2003, 23x15, 106 p., 16,00 €/24 CHF.

Augmentée d’un chapitre inédit (“Prédication et sainte Cène”), cette réédition de l’Homilétique de Bonhoeffer a gardé l’ordre de la traduction de 1992, et non celle des Dietrich Bonhoeffer Werke, volume 14, de 1996. La Bibliographie est brièvement mise à jour, au début, et le corps de l’ouvrage est siuvi d’un double index (des noms propres et des lieux : analytique). La présentation du traducteur rappelle comment cette série de cours, donnés par Bonhoeffer entre 1935 et 1939, a été reconstituée à l’aide de notes d’étudiants par E. Bethge. Une douzaine de chapitres se succèdent alors, plus saisissants les uns queles autres, dans leur courageuse simplicité : qu’on se souvienne en quels temps difficiles la Parole de Dieu voulait ainsi advenir aux croyants. Ici, vraiment, “l’Église prêche à l’Église” (40), quand “le travail sur la prédication commence par la prière avant d’étudier le texte” (49) et s’achève, après la prédication qui le suit pas à pas, par le retour au “texte souverain” (87). Luther, souvent évoqué, avait raison de dire que le prédicateur n’a plus à prier la cinquième demande du Notre Père : ainsi donnée, la prédication l’a libéré, et consolé. Un document exceptionnel, pour prédicateurs commençants et/ou désabusés. - N.HAUSMAN, S.C.M. 

Multimédia


-CLERC, J. (texte) ; DECOMBLE, P. (dessins). Saint Pie X. Coll. Chemins de lumière, Étampes-Cedex, Éd. Clovis, 2003, 27x18, 46 p., 7,50 €. Bande dessinée.

En rééditant (avec des nouveautés) la collection Belles Histoires, Belles Vies, les éditions Clovis nous offrent, dans ce Saint Pie X, l’histoire qui se veut exemplaire du petit Joseph Sarto,, pauvre cultivateur qui reçoit la soutane à 15 ans et deviendra, cinquante-trois ans plus tard, le “pape de l’Eucharistie”, mais aussi du Catéchisme, des études ecclésiastiques, de la musique sacrée, etc., meurt le 20 août 1914 et sera canonisé en 1951. Fallait-il reproduire à l’identique les images “réalistes” de notre enfance, et le texte qui les accompagne ? On ne sait si le jeune public actuel (« à partir de cinq ans”) y sera sensible, à travers le décalage culturel, ou si le véritable destinataire ne serait pas plutôt les grands parents d’aujourd’hui ; mais alors la dévotion au personnage ne l’aurait-elle pas emporté sur l’exactitude du portrait ecclésial ? - N. Hausman, s.c.m.

Pédagogie de la Prière


-NYSSENS, Z. ; STORZA, V. Gestes d’enfants. Chemins de prières. Namur, Fidélité, 2002, 21x15, 56 p., 4,45 €.

J’aime à parler de cet ouvrage car, après l’avoir consulté, je l’ai expérimenté et ressenti moi-même avant de commencer à faire goûter le geste aux enfants dans le cadre de la première communion. C’est une précieuse référence pédagogique où la gestuelle répond à un besoin de l’enfant : vivre sa foi dans l’émerveillement du corps-cœur-esprit. En ce sens la gestuelle est construction de la personne. Dans cette pédagogie la parole est première, les gestes ne la remplacent pas, mais permettent de la faire sienne. La parole devient claire, elle s’incarne pour devenir verbe. La gestuelle est respect de la liberté de l’enfant. À partir du vocabulaire gestué de base, l’enfant découvrira librement le geste qui exprime ce qu’il vit intérieurement. Personnellement je m’appuie sur cet ouvrage pour choisir, à partir d’un psaume ou d’une prière, un geste qui va aider l’enfant à accueillir la parole et à la vivre personnellement dans une relation vivante avec son Créateur. Quelques gestes suffisent pour vivre la joie qui vient de la présence du Ressuscité. Cette pédagogie reste un moyen parmi d’autres. Après sa lecture l’ouvrage donne envie de se lancer dans l’aventure. - P. BARRÉ.

Questions ouvertes


-MORIN, M.-L. Pour une écoute en profondeur. La Valeur fondamentale. Paris/Québec, Médiaspaul, 2001, 22x14, 336 p.

La “Valeur fondamentale” comme “bien-le-plus-recherché” est un concept (ou un “construet” diraient les anglo-saxons) mis à jour dans la pratique du “counseling” (éventuellement pastoral) fort à l’honneur outre-atlantique et particulièrement ici au Canada. Hypoyhèses, méthode de recherche, reprise théorique sont détaillées avec clarté dans cette étude approfondie issue des Travaux de la Faculté de théologie, d’éthique et de philosophie de l’Université de Sherbrooke. Le cadre de référence théorique est connu (et présenté) comme celui de la Psocho-synthèse (R. Assagioli) mais le rôle de la VF est aussi interprété ou du moins situé par rapport à d’autres écoles. L’apport important de l’approche proposée ici est de favoriser la mise à jour de l’existence et l’action unificatrice de l’instance nommée. Soi transpersonnel au cœur de la dynamique psycho-spirituelle ou s’entremêlent sensations, émotions-sentiments, impulsions-désirs, imagination, pensées, intuitions, volonté. Freud et bien d’autres explorateurs de la psyché humaine, ne sont pas oubliés mais situés sans oublier l’influence très marquée de Jung et Frankl (aussi largement cité par Monbourquette, cf. VC 2002/4, 272-273).On ne niera pas l’intérêt que présente ces travaux pour l’“écoute en profondeur” des personnes rencontrées en relation d’aide mais on restera attentif à bien situer ce qui est invoqué ici comme “dimension spirituelle” (et qui ne recouvre pas ce que la théologie spirituelle classique désigne quand elle parle de l’action de l’Esprit Saint). Un livre fondamental pour comprendre ce qui se passe - nommément au Canada - dans le domaine de l’“épanouissement personnel” et de ses relations complexes avec la vie spirituelle “proprement dite”. - J. BURTON, s.j.

-CORBIC, A. L’incroyance. Une chance pour la foi ? Coll. « Nouvelles Pistes », Genève, Labor et Fides, 2003, 23x15, 100 p., 16,00 €/24 CHF.

Dialoguer avec l’incroyance, mieux, “déchiffrer le paradoxe d’une théologie de l’incroyance érigée en paradigme” (11) est peu à peu devenu de mode. Dans ce petit ouvrage, l’auteur s’y risque en deux temps : écouter l’incroyance (dans la perspective iconoclaste d’une purification de la foi) et comprendre théologiquement l’incroyance (comme une voie dans laquelle Dieu se laisse ignorer pour que l’homme soit révélé à lui-même). le propos est audacieux, rigoureux (le terme incroyance est même élucidé), épouvant, tant il est vrai que la réflexion théologique contemporaine est toute entière traversée par les questions que l’incroyance pose (28). Pour fort sommaire qu’elle soit, la présentation des personnalités typiques retenues semblera exacte ; ainsi voit-on défiler Feuerbach, Marx, Freud, Nietzsche, Camus et Sartre, avec une évaluation finale qui dégage les constantes de leur critique du christianisme. Dans la seconde partie, la tâche est donc de comprendre théologiquement l’incroyance, après s’être laissé informer par elle (49). Nous serions plus circonspects sur les absences de Dieu dans l’Ancien Testament (55) et sur la Croix qui permet l’athéisme (84) - on sait bien que Bonhoeffer n’est pas loin, mais faut-il vraiment que la foi assume l’incroyance, dans les termes de la conclusion (“Vers une théologie de l’incroyance”), pour la respecter ? Pour faire court, nous aussi : l’incroyance deviendrait-elle l’avenir de la théologie ? - N. HAUSMAN, S.C.M. 

-GRIMM, R. Un temps pour mourir. Petit testament d’un homme qui sait ne pas savoir. Genève, Labor et Fides, 2001, 21x12, 224 p., 16,77 €/27 CHF.

Écrit à la suite d’un incident de montagne, cet essai de dimension modeste et d’un style très alerte propose, citations bibliques en médaillon, une approche des questions autour de l’inéluctable mort qui reprend l’enquête biblique, Premier et Second Testament dans une ligne assez inattendue. S’appuyant sur les ouvrages cités en annexe, le pasteur chevronné veut “prendre au sérieux l’incompréhension désespérante et la peur du Cruxifié de Golgotha” (52), en même temps que le fait que “les croyants juifs (d’avant lui) ont vécu et sont morts sans (la) conviction théologique” d’une résurrection des morts et d’une vie éternelle (65). Que Jésus soit ressuscité signifie pour le croyant ceci : “la vie plénière, ‘éternelle’ est offerte déjà ici-bas plutôt qu’après notre trépas” (100) ; il s’agit donc, comme le rameur de la photo de couverture, “de tourner le dos au but, de renoncer aux spéculations sur l’avenir en s’appuyant sur ce qu’on sait déjà” (110) - on reconnaît la pensée de Kierkegaard sinon de Luther. L’intérêt de cette position, c’est que “mon au-delà a déjà commencé” (113). La difficulté du déplacement qu’elle opère des “fins dernières” aux “avant-dernières” (124), c’est d’avoir contre lui bien des références bibliques concernant la “résurrection des morts” et la “vie éternelle”, en plus des arguments théologiques et catéchétiques traditionnels ; mais cela n’impressionne pas l’auteur : “ces spéculations spatio-temporelles ne sont pas pour moi objet de foi, même si elles sont bibliques” (125). la “sainte insouciance”, la “docte ignorance” qui sont magnifiées en conséquence s’achèvent sur un contrepoint de Jean de la Croix et un envoi très personnel auxlecteurs (“à vous de trier le bon grain de l’ivraie pour en faire un pain qui nourrit et donne force”) ; on ne nous en voudra pas d’avoir tenté de le faire. - N. HAUSMAN, S.C.M. 

-PLETTNER, CL. Le corps bouleversé.Choisir le célibat. Paris, Desclée de Brouwer, 2002, 21x15, 210 p., 20,00 €.

Sous ce titre superbe, l’auteur écrit, dans un style souvent exceptionnel, un remarquable ouvrage de combat sur un sujet particulièrement délicat. “L’avant tout” ou introduction le fait constater : “dans la rareté de paroles actuelles sur le célibat choisi, très peu paraissent sonner juste” (23). On lui saura donc gré d’avoir tenté l’entreprise, particulièrement réussie, nous paraît-il, dans les deux premiers chapitres : “la mémoire courte”, qui tord le cou au poncif du mépris de la sexualité chez les premiers auteurs chrétiens, « saint Paul et l’invention du corps”, qui constitue un brillant commentaire de la première (et capitale) lettre aux Corinthiens. Il me semble qu’ensuite, l’inspiration tourne plus court. Le troisième chapitre veut faire son miel des interprétations de théologiens récents, J.-M.-R. Tillard d’une part, L. Boff, d’autre part, pour finir par montrer les “convergences différenciées”, disons, du mariage et du célibat. Le quatrième chapitre s’appuie sur J.B. Metz, pour tirer parti du fait que le célibat “n’est pas une réalité personnelle n’engageant que soi”, mais peut faire sens, comme “forme institutionnalisée d’un souvenir dangereux“ (153) - “il rappelle que pour les hommes et les femmes seuls et oubliés, notre espérance attend aussi un accomplissement qui sera donné par la puissance transformante de Dieu” (164). Au fur et à mesure qu’elle déploie ses conséquences, cette “dimension subversive” nous trouve de plus en plus réservée. Est-il vrai que “la théologie du célibat à cause du Christ” a toujours été élaborée par des vainqueurs, quand il était librement choisi, alors que le fait de subir un célibat non désiré “place dans une proximité effective avec ceux qui éprouvent le manque et la faiblesse” (167 ; cf. 168-169) ? Le cinquième et dernier chapitre (“Retour au sujet”) laisse encore plus perplexe, non par ce qu’il montre du travail de désillusion propre à tout état de vie, mais parce qu’il ouvre, dans “l’après-coup” (ou conclusion) sur l’idée d’une rupture d’alliance permet de découvrir un Dieu de miséricorde “qui laisse vivre les transgressions nécessaires à la croissance” (195) ; s’agit-il d’encourager à la double vie ? Bref, on veut bien que “le manque ne manquera pas”, dans cette condition qu’on choisit aussi par et pour autrui, mais la passion du Christ nous semble engager, plus que notre rapport à la violence (203), un autre essentiel, celui de l’impossible fidélité donnée par Dieu à celui qui n’en avait aucunement les moyens. Une “petite bibliothèque” assez électique achève cet ouvrage, où les notes sont malheureusement reportées en fin de chapitre. - N.HAUSMAN, S.C.M. 

Saints


-MEISSNER, W. Ignace de Loyola. La psychologie d’un saint. Coll. « Au singulier », Bruxelles, Lessius, 2001,21x15, 542 p., 34,90 €.

La psychobiographie est un genre risqué et controversé et les diverses écoles de psychanalyse ne manqueront pas, chacune de leur point de vue, à apporter leurs remarques critiques. On aurait tort pourtant de négliger l’importante contribution de W.W. Meissner. D’abord nous y lisons une biographie très complète et parfaitement en fait des sources, écrits en documents, que beaucoup de lecteurs ne trouverons réunis qu’ici. Ensuite on aura, à chaque étape, ample occasion de réfléchir sur le rapport complexe entre les multiples conditionnements de quelqu’ordre - que l’étude ici se situe dans le psychisme inconscient et ses tumultes - qu’ils soient et le mystère de la liberté spirituelle ou il faut reconnaître l’alliance - fragile et menacée - de l’Esprit à notre esprit. À cette méditation aiderons sans doute les innombrables “ ?” qui émaillent les fins de chapitres dits “perspectives psychonolitiques”. Prudemment les propositions sont qualifiées d’hypothèses et nous sommes reconnaissants à l’auteur de n’en imposer aucune. La sainteté d’Ignace, œuvre conjointe de la nature, riche et complexe, blessée aussi d’Ignace et de la grâce n’en est que plus admirable. Bibliographie abondante et index complètent fort utilement ce livre important mais de lecture ardue. - J. BURTON, S.J.

-LASSAGNE, C. Le Curé d’Ars au quotidien, par un témoin privilégié. Le Muveran, Les Plans sur Bex (CH), Parole et Silence, 2003, 23X16, 168 p., 18,00 €.

Sous un titre un peu accrocheur et après une introduction reprise à la première édition du document (1959), ces pages remettent à la disposition du lecteur (pour parler comme le Père J.-P. Nault dans sa présentation) le Mémoire d’une jeune paysanne d’Ars, première directrice de la Maison de la Providence, au sujet de son saint Curé. Il est vrai qu’on a l’impression, en lisant les cahiers de Catherine, de rencontrer Jean-Marie Vianney “comme le rencontraient les pèlerins du siècle dernier (...), de respirer l’air qu’il respirait” (21). Si l’affaire bien connue de ses tentatives de fuite s’en trouve éclairée, d’autres traits de sa prédication apparaissent dans leur contexte, comme cette histoire qu’il “disait” : “Qu’il y avait un saint ou une sainte, je ne me rappelle pas bien, qui disait qu’il avait entendu Notre Seigneur dire à la Sainte Vierge : ‘Ma Mère, si Lucifer était capable de se repentir, vous lui obtiendriez son pardon’ ” (86). Ou encore, cette coûteuse victoire : “L’effort qu’il avait fait sur son caractère vif (pour écouter, puis embrasser quelqu’un qui l’accablait de sottises) se fit ressentir sur son corps. Lorsqu’i remonta dans sa chambre, il devint dans un instant couvert de boutons”. Quelques reproductions (de mauvaise qualité) et une dernière méditation sur l’actualité de Catherine Lasagne, par le P. Ph. Caratgé achèvent de nous montrer qu’il y avait d’autres présences que sainte Philomène pour assister “le Curé d’Ars au quotidien”. - N. HAUSMAN, S.C.M. 

Spiritualité


-MIQUEL, P. (Dom). La charité, l’espérance et la foi. Coll. Religions et spiritualité, Paris, L’Harmattan, 2002, 21x14, 178 p., 15,00 €.

Nous connaissons bien (VC 2002/1, 69 ; 2000/5, 358) les publications toujours très documentées de Dom Miquel. Ici encore, pour un public qui chercherait des portes d’entrées bibliographiques concernant les trois aspects de la vie théologale, l’infatiguable et très “éclectique” (au sens noble du terme) lecteur nous offre de nombreuses pistes originales à parcourir. L’ordre “biologique” choisi pour présenter ces trois “vertus” signale bien l’intention de proposer une approche pour “non initiés” en quête pourtant d’un sens à la vie. On se réjouira de trouver ainsi des références où d’abord l’épaisseur humaine de l’expérience “naturelle” est présentée. Un excellent outil de travail que d’autres lectures pourront compléter. - J.BURTON, S.J.