Comptes rendus de livres ...

Agir chrétien


-LACROIX X. La traversée de l’impossible. Le couple dans la durée. Coll. Supplément à Vie chrétienne no 458, 2001, 21x15, 56 p.

“Sommes-nous capables de nous lier pour la vie ?”.C’est à cette interrogation que font écho les trois chapitres de cette publication réunissant divers textes déjà publiés du philosophe et théologien (époux et père de trois enfants) bien connu, X. LACROIX. Le secret de l’auteur est de faire fond sur ce qui est promis et donné - à travers toutes les difficultés - dans l’alliance conjugale : un vouloir, un art et un don. “Le lien à trois fils ne rompt pas vite” (Qu, 4, 12) citel’auteur pour confirmer la dimension proprement divine, trinitaire de cet “impossible nécessaire”. L’ouverture au Tout Autre étant à la source d’une communion où le couple trouvera l’origine et la fécondité d’un amour d’alliance durable. À donner et à partager à tous et toutes se préparant au sacrement du mariage. - J.BURTON, S.J.

-SAGNE, J.-CL. L’itinéraire spirituel du couple (tome 1). Le mystère de l’amour dans le mariage. Versailles, Édit. Saint-Paul/Chemin Neuf, 2001, 21x14, 196 p., 14,00€.

En plus de sa longue expérience qu’il nous partage, l’auteur nous fait entrer dans le Mystère de l’amour par ses méditations sur la “Nuit” (saint Jean de la Croix), par son interprétation très personnelle des catéchèses de Jean-Paul II, et par la Parole de Dieu elle-même : Genèse, Cantique des Cantiques, prière de Tobie et de Sara, lettre aux Éphésiens, parole du Christ sur le mariage. C’est l’Écriture de l’amour qui se déploie. Ce livre original nous permet aussi de mieux comprendre la réflexion personnelle de l’A. sur ce qu’il appelle la “Loi du don”, clé de toute alliance. La réflexion préférentielle de l’homme et de la femme est présentée comme le modèle de l’Alliance et celle-ci est un “échange des dons”. Aux quatre moments de la vie du couple, cette “Loi du don” s’inscrit de manière intime et incontournable. À la constitution du couple, durant sa réalisation, à l’épreuve de sa maturité et dans la paix du soir, “aimer, c’est choisir d’aimer, c’est choisir de continuer d’aimer, c’est consentir à toujours apprendre à aimer. Toutes les fidélités se tiennent” (p. 25). Recueillons les accents particuliers de cet “itinéraire” : l’insistance sur l’œuvre de l’Esprit (axe pneumatologique) et le fondement de tout acte de donation sur la reconnaissance de notre filiation. Ainsi la relation homme-femme est-elle toujours transie d’un rapport à leur enfance. La loi du don est toujours conjugale parce que filiale : elle offre au lien conjugal une tonalité fraternelle, qui lui permet de devenir un lieu de repos, d’amitié et de paix dans l’ecclesiola qu’ils sont appelés à “être”. C’est à ce prix que l’alliance humaine est à l’image de Dieu Trinité. Ce beau livre annonce la parution d’un autre sur différentes formes de la vie conjugle et familiale. - A. MATTHEEUWS, S.J.

-GRÜN, A. Libérer la vie. Le chrétien et le défi de la mort. Coll. Sagesse, Paris, Médiaspaul, 2001, 18x11, 138 p., 11,43 €.

La mort est assurément une question qui ne laisse personne indifférent. En termes très simples, l’A., dont la présentation n’est plus à faire, présente ici sa manière personnelle d’approcher ce mystère et aborde par la même occasion les différentes opinions qui ont cours aujourd’hui à propos de la réincarnation, de la résurrection, du ciel et de l’enfer. Il nous présente aussi brièvement ce que la Bible et la théologie chrétienne disent de l’au-delà. Plus que l’énoncé, au demeurant fort rapide, de la foi chrétienne en la résurrection, c’est la conception personnelle de l’A. qui retient l’attention dans cet ouvrage. Celle d’un chrétien nourri de la Parole de Dieu et l’enseignement de l’Église, mais qui se laisse également interpeller par ce que d’autres croyances nous disent de la mort et de l’au-delà - on relèvera notamment une approche originale de ce que la croyance en la réincarnation peut contenir de positif pour un chrétien. Bien évidemment, le lecteur n’est pas obligé de partager toutes les convictions de l’A., mais il se dégage de ce petit livre une sérénité et une confiance réaliste qui ne peuvent faire que du bien. - B. MALVAUX, S.J.

Histoire


-PRÉVOTAT J. Etre chrétien en France au XXe siècle. Tome 4 (de 1914 à nos jours), Coll. « Etre chrétien en France au XXe siècle », Paris, Seuil, 1998, 21 x 14, 282 p., 19,82 €.

Quatre tomes ont réalisé la tâche que se proposait la collection « Etre chrétien en France », étudiant tout à tour le Moyen Age, l’Ancien Régime, le XIXe et le XXe siècles. Il s’agit de courtes synthèses où les auteurs s’en sont tenus à l’essentiel, analysant les cadres institutionnels, où s’est inscrite la vie chrétienne, les grands courants de pensée, les principales fractures, la manière surtout dont les chrétiens de France ont perçu et vécu le message évangélique. Pour ce qui concerne le siècle passé, J. Prévotat a réalisé une oeuvre remarquable. Celle-ci était, en effet, particulièrement difficile, tant les transformations ont été profondes entre la première guerre mondiale et la période qui a suivi 1968. Douze chapitres traitent, selon leur succession chronologique, des étapes fondamentales d’une époque qui fut étonnamment chaotique. L’auteur parvient à y déceler un certain nombre de lignes de force. Ses conclusions sont à méditer. Le constat est désormais définitif du caractère minoritaire du fait chrétien. Désormais ne peut être retenue la conséquence réaliste de cette évaluation : la proposition de la foi dans une société laïque doit être admise comme un état positif. Et, du coup, le coeur de l’apostolat ne pourra plus dorénavant provenir des institutions, mais de la seule force du message. La lecture de cet ouvrage est à recommander à tous ceux qui souhaitent comprendre la situation de l’Eglise aujourd’hui en Occident. - H. JACOBS, S.J.

Pédagogie de la prière


-ROGER (Frère de Taizé). En tout la paix du Cœur.(3e édit. revue). Taizé, Les Presses de Taizé, 18x11, 192 p., 11,00 €.

Au fil des jours - où la couleur de la saison et la tonalité de l’année liturgique en colorent la succession - Frère Roger propose de très brèves méditations ou des courtes prières qui forment ainsi un cheminement quotidien vers la paix intérieure, la joie, la simplicité, la miséricorde. C’est la prière même de Frère Roger à laquelle il nous invite. S’ajoutent quelques citations de la Bible à propos de la confiance, de la paix du cœur et de la joie. Les notes aussi renvoient à l’Écriture et, plus rarement à quelques textes déjà publiés. La brièveté des textes proposés comme pour les refrains chantés de Taizé - invite à la “résonnance” intérieure priante et personnelle. À emporter peut-être pour le train, le métro ... une halte au milieu de la journée. - J. BURTON, S.J.

-LUSTIGER, J.M. (Card.), Premiers pas dans la prière (10ème éd.), Coll. « Spiritualité », Montrouge, Nouvelle Cité, 2001, 20x13, 192 p., 12,96 €.

C’est la dixième édition d’un livre qui donne une catéchèse pratique de la prière et de la foi vécue au quotidien. le Cardinal Lustiger enseigne comment remettre la prière au coeur de la vie chrétienne. Comment prier concrètement, même quand on pense ne pas avoir le temps de prier ? Suivre les seize pas qu’il propose, c’est entrer dans un chemin à la suite du Christ. A l’origine du livre se trouvent des entretiens hebdomadaires du Cardinal sur Radio Notre-Dame, retranscrits pour le journal Paris Notre-Dame et enfin entièrement revus pour la publication en livre. le langage simple, direct et vivant des entretiens oraux a pu être gardé. Excellente lecture qui peut aussi revitaliser les habitués de la prière. - W. LINNIG.

Patristique


-ORIGÈNE. Exégèse spirituelle III. Les Nombres. Coll. «  »Foi vivante« 418-Les Classiques, Paris, Cerf, 2001, 18 x 11, 185 p.

Le troisième tome des textes d’Origène publié par soeur Agnès Egron présente des extraits des homélies sur le livre des Nombres. Cette fois-ci encore, les quelques exposés méthodologiques aident à mieux entrer dans l’interprétation origénienne qui, sous la lettre, cherche constamment le sens caché de l’Esprit. Origène est lui-même comparable à ce »scribe avisé et instruit du Royaume de Dieu qui sait tirer de ses trésors des choses anciennes et nouvelles« (Mt 13,52) sachant »à chaque passage de l’Ecriture, tantôt rejeter entièrement « la lettre qui tue » et chercher « l’esprit qui vivifie » (2 Co 3,6), tantôt fortifier la doctrine de la lettre et prouver son caractère utile et obligatoire, tantôt, en gardant le sens historique, y ajouter à propos le sens mystique« ’ (p.79). Le livre manifeste la grande connaissance et l’amour passionnant de l’Alexandrin pour toute Ecriture interprétée à la lumière du Christ. Ses considérations sur la Loi et l’Evangile sont d’une actualité étonnante. - W. LINNIG.

Pédagogie spirituelle


-BERTHELIN, M.-Cl. La décision de vivre. Coll. Supplément à Vie Chrétienne no 464, Paris, Vie Chrétienne, 2001, 21x15, 48 p.

Marie-Claire Berthelin est sœur de la Retraite et en mission d’accompagnement spirituel, c’est-à-dire d’acceuil de tout un chacun en quête de liberté “au point où il en est”. Le titre est indicatif d’un seuil - décision - à partir duquel prendre un chemin. On y est conduit à plus de vérité avec soi-même (ce qui tremble au fond de l’être ; comment aimons-nous ? ; comment écoutons-nous ?) mais toujours dans la rencontre avec le Christ (En l’homme Jésus, Dieu ; Jésus poussé en solitude, etc.). De spiritualité ignatienne l’auteur ne pouvait pas manquer d’inviter “Au quotidien, une prière qui surgit de la vie”. Un excellent livret à proposer pour un parcours personnel ou en groupe. On contemplera aussi paisiblement la belle aquarelle de l’arbre du Psaume 1 ! -J.BURTON, S.J.

-MEROZ, Ch. La mystique du quotidien. Le Mont-Sur-Lausanne, Ed. Ouverture, 2001, 21 x 15, 108 p.

Ce n’est pas un livre à dévorer d’une traite mais à savourer lentement »au quotidien« des heures, des jours et des nuits. Christianne Meroz est une familière des lentes méditations propres aux lieux de prières et de contemplations (Granchamps, Wondsend et Oberlingen). Placés sous le patronage des Rois de l’Epiphanie (que l’on retrouve en fin de parcours : »mais cette fois sans l’étoile« (p.13), les brefs chapitres peuvent se lire indépendamment sans craindre de nous perdre : »Car aussi loin que nous puissions nous égarer, Dieu saura nous rejoindre« (p.23). On pourra »Aimer Dieu vers sa création« , à travers la Bénédiction, l’Attention, la Curiosité, la Rêverie... l’Emerveillement. Au passage, on rencontrera Vincent van Gogh et bien sûr les »leçons« des »paroles et gestes« de Jésus et encore la joie thérapeutique du Rabbi Nachman de Broslav. S’étonnera-t-on de l’invitation à faire halte à la cuisine ? Que ce soit pour un repas casher ou pour la crème anglaise ! Oui, vraiment au quotidien du coeur attentif et émerveillé, le Réel se découvre dans le visage d’un ami »aimé, vers Dieu« ( comme le dit Egide van Broeckhoven, jésuite, prêtre ouvrier, mor d’un accident à l’usine). D’une belle écriture, mesurée, fervente aussi, proche souvent d’une poésie en prose, voici un livre à savourer et à offrir.- J.BURTON, S.J.

Prière


-GAIDON, M. (Mgr). Un Dieu au cœur transpercé (Spiritualité contemporaine). Versailles, Éd. Saint-Paul, 2001, 19x13, 202 p., 14,03 €.

Sous ce beau titre, l’évêque de Cahors réédite son plaidoyer pour l’icône de tendresse qu’est le Cœur transpercé de Jésus. De fortes citations émaillent la méditation de chaque chapitre, où on ne cherchera pas un fil rigoureux (les imprécisions ne manquent pas) ; nous voici conduits peu à peu à comprendre comment “nous serons aussi jugés par l’Amour qui se présentera à nous comme l’Agneau blessé et transpercé du livre de l’Apocalypse” (162) - en fait, le jeune bélier immolé et vainqueur. - N. HAUSMAN, S.C.M. 

-TRYON-MONTALEMBERT, R. de. Le Psautier de Notre-Dame, Paris, Pierre Téqui, 2001, 20 x 14, 438 p., 28,81 €.

Voici qu’après la récente Lettre apostolique Rosarium Virginis Mariae de Jean-Paul II sur la prière du Rosaire ce »Psautier de Notre Dame« trouvera son actualité. Certes n’y sont pas proposés les »’mystères lumineux« ajoutés par le Saint -Père, mais les quinze classiques sont abondamment développés à partir de Marialis cultus et des catéchèses du Pape. Chaque mystère est déployé à partir de six »regards«  : oecuméniques, anthropologiques (et pour le couronnement de Marie, eschatologiques). Nous avons ici plus qu’un texte de dévotion - ce qu’il est aussi -, mais une ample méditation contemplative du Mystère du Salut, illustré des oeuvres de Bradi Barth. Les notes en bas de page ouvrent la porte à la richesse de la tradition spirituelle et du magistère de l’Eglise. A garder à portée de main pour nourrir la prière personnelle et communautaire du chapelet. - J.BURTON, S.J.

-DECLOUX, S. L’Esprit Saint viendra sur toi. Retraite de huit jours à l’écoute de saint Luc, Namur, Fidélité, 2002, 21 x 15, 178 p., 11,95€.

Transcrite par le père R. Nolf, s.j., cette retraite de huit jours appartient, pour la clarté et la précision du commentaire, au genre rendu célèbre par les publications du cardinal Martini. Pour avoir pratiqué les unes et l’autre, on idra que notre ouvrage se caractérise quant à lui par sa construction soignée (le titre lucanien est la trame des deux exposés de chaque »jour« ignatien) et, sous sa simplicité apparente, par le fait qu’on y trouve en substance tout le troisième évangile. Malgré l’absence de table des matières et la typographie un peu compacte, un bel ouvrage, qui permettra au lecteur pressé de mieux comprendre l’une ou l’autre scène évangélique dans son contexte, et pour ceux qui peuvent davantage, de suivre Jésus sur le chemin où il vient, dans l’Esprit, à notre rencontre. - N.HAUSMAN, S.C.M. 

Prière et liturgie


-RIMAUD, D. Grâce à Dieu. Saint-Maurice (CH), Éd. Saint-Augustin, 2002, 21x13, 144 p., 12,50 €.

“Seize Prières pour rendre grâce, suivies d’autant de Versets dit le sous-titre de cette édition rassemblant des actions de grâce déjà publiées dans Les Arbres dans la mer et Des grillons et des anges. S’ajoutent donc 16 Versets “gravitant autour du Triduum Pascal et de l’Eucharistie”. Nous sommes donc conduits centralement au Lieu-dit Eucharistie, source et sommet de l’Action de Grâce.Dans les 16 “Prières” l’A. propose — selon la forme liturgique - un renouvellement très sobre du vocabulaire canonique s’enracinant fortement et bellement dans l’hymnique biblique. De même, les 16 “Versets” offrent à la proclamation et à la prière méditative comme des “icônes verbales” où apparaît l’éclat du mystère contemplé. Un très beau recueil où rivalisent la justesse théologique et la transparence simple de l’expression. À pratiquer sans réserve. - J. BURTON, S.J.

Littérature


-CLAUDEL, P. La conversion ou l’épreuve d’un cœur. (montage de Solal, J.-L., préface de Autrand, M., Toulouse, Éd. du Carmel, 2002, 19x15, 70 p., 7,00 €.

Le texte intégral du spectacle du même nom, joué par J.-L. Solal, “excède”, nous dit-on, celui de la représentation dans la mise en scène de C.Fantou-Gournay ; il contient aussi le détaildes sources. Pour le simple lecteur, la reconstitution de l’itinéraire intérieur de Claudel est saisissante, dans son alternance d’extraits dramatiques, de lettres et de fragments autobiographiques. Un cœur se trouve ici à l’épreuve de l’Unique et de la Femme, dans une lutte qui, curieusement, culmine avec le poème qui la synthétise : “Petite Carmélite rencontrée jadis et qui précisément, je crois, vous appeliez Thérèse ...”. C’est bien là l’épopée “du désir de tous les désirs”. - N. HAUSMAN, S.C.M. 

-CALDECOTT, S. ; RANCE, D. ; SOLARI, G. Tolkien. Faërie et Christianisme. Genève, Ad Solem, 2002, 22x15, 112 p., 12,00 €.

Alors que le cycle des trois actes du “Seigneur des anneaux” est en cours sur nos écrans et monopolise des dizaines de sites sur Internet, il est indispensable de lire ce livre rassemblant trois contributions de premier ordre à propos du christianisme “de fond” qui sous-tend la “Faërie” de J.R.R. Tolkien. L’intérêt moyen de ces études est de mettre en contact direct avec la correspondance de Tolkien s’exprimant sur le sujet. À l’instar de C.S.Lewis et ses “Chroniques de Narnia” nous devons lire et voir Tolkien comme un génie littéraire profondément catholique et moteur de “figures” qui, toutes en filigrane, annoncent l’Histoire vraie d’une Bonne Nouvelle (en catastrophe dans le vocabulaire de Tolkien). - J.BURTON, S.J.

Spiritualité


-VERMANDER, B. Le Dieu partagé. Sur la route de François Xavier. Coll. Supplément à Vie chrétienne no 478, Paris, Vie chrétienne, 2002, 21x15, 84 p.

Comment résumer ce petit ouvrage de quatorze “stations”, dont la première, “l’envoi”, a déjà tout du style poétique, épique, apostolique, qui nous plonge, entre deux poèmes et trois estampes, dans un océan de beauté ? Ici en effet, “Dieu prend joie à clignoter et disparaître au long des chemins et des phrases, Dieu (...) se narre et se partage au fil des routes de Xavier comme fait l’océan que fend la proue de son navire” (13). Un texte qu’on regarde comme une peinture, un chant aussi profond que le sourire de Xavier mourant aux portes de la Chine (79), un périple où le correspondant de telles lettres apprendra la merveille : “Dieu n’est un que d’être partagé”. - N.HAUSMAN, S.C.M. 

-DESTREMPES, S. Thérèse de Lisieux et Dietrich Bonhoeffer. Kénose et altérité. Cogitatio Fidei 224, Paris/Montréal, Cerf/Médiaspaul, 2002, 22x14, 424 p., 35,00€ .

Dans la curieuse série des “Thérèse et ...” (à laquelle nous avons nous-même contribué), voici la publication d’une thèse qui cherche la convergence structurelle entre les pensées d’une simple carmélite catholique et d’un penseur luthérien de haut vol (malheureusement souvent cité à partir de l’anglais). Pour le dire d’un mot, l’effort est ardu pour qui veut traverser la première partie (sur Bonhoeffer et Przywara) et le résultat, plus brillant que convaincant.La deuxième partie, médiatrice, met en relations la theologica crucis et la “petite voie”, d’une manière encore controuvée, dira-t-on. La troisième partie, beaucoup plus centrée sur Thérèse - avec le contrepoint insolite de S. Weil -, permet enfin d’entrevoir la structure de l’existence kénotique dans les deux parcours, unis par la gratuité de la justification et de la sanctification. L’A. choisit avec raison l’interprétation de Combes contre celle de Balthasar, ce qui lui permet de terminer par un chapitre capital sur la souffrance et l’abandon. L’approche de l’altérité chez Thérèse et Bonhoeffer est peut-être à ce prix. - N. HAUSMAN, S.C.M. 

-Une Sagesse pour aujourd’hui. Actes du 3ème congrès de l’Ecole française de Spiritualité (tenu à Trois-Rivières, du 19 au 22 juin 1997), Sous la dir. de Pierrette Daviau, Paris/Montréal, Médiaspaul, 1998.

En 1997, s’est tenu à Trois-RIvières, au Québec, le troisième Congrès nord-américain consacré à l’étude de l’Ecole française de spiritualité. La quête de la sagesse est au coeur de notre modernité. Mais elle est aussi bien présente dans l’Ecriture et la tradition ecclésiale. Que peuvent apporter à son propos les grands maîtres des XVII et XVIIIe siècles ? Pour répondre à cette question, les contributions ont été nombreuses, et l’on s’est plu à faire apparaître la place vivante de la Sagesse chez les disciples de saint Vincent de Paul, de saint Jean Eudes, de sainte Marguerite Bourgeoys, de Monsieur Olier et de saint Louis-Marie Grignion de Montfort. Mais le monde canadien d’aujourd’hui n’a pas été absent de ces recherches, tels la vue d’ensemble proposée sur la recherche du sens et les nombreux courants ou mouvements religieux et spirituels du Québec. - H. JACOBS, S.J.

-THÉRÈSE DE LISIEUX, Histoire d’une âme. (Selon la disposition des textes authentiques), Ed. courante, Paris, Ed. du Sarment, 2001, 21 x 14, 308 p., 17,00€.

Après nous avoir donné, en 1999, la nouvelle édition critique du best-seller thérésien (voir notre recension dans VC 2000/4, 287), le père de Meester nous offre l’édition courante de ce travail remarquable. On s’en souvient, le choix éditorial est fait ici en faveur de la disposition originale des autographes, ce qui revient à faire passer l’ancien Manuscrit B (la Lettre sur l’amour, adressée à Soeur Marie du Sacré-Coeur), maintenant nommé M (pour Marie) en dernier lieu, tandis que l’ancien Manuscrit C, adressé à Mère Marie de Gonzague, maintenant nommé G., prend la deuxième place, après le Manuscrit A (restitué à Mère Agnès). L’ouvrage annoncé, (La Vérité sur Mère Agnès et Thérèse de Lisieux) devrait achever de nous convaincre. La préface du cardinal Danneels et la présentation du père Maccise sont renouvelées, l’introduction générale et les introductions à chaque manuscrit sont fortement abrégées, comme un certain nombre d’annexes, dont demeurent les plus pédagogiques (cf. la note de la page 20). Les illustrations continuent de parsemer le texte, pour notre plus grand bonheur. Voilà une édition courante qui devrait se trouver au premier rang de nos »Theresiana« . - N. HAUSMAN, S.C.M. 

-OUELLETTE, E. Autres trajets avec Thérèse de Lisieux, Saint-Laurent, Fides, 2001, 23 x 14, 188 p., 15,90 €.

Ce bien bel essai répond parfaitement à son titre. Tout au long de ces pages, l’auteur se demande si Thérèse de Lisieux ne serait pas l’accomplissement de la spiritualité dite française, dans ses lignes de forces les plus évidentes, dont »l’esprit d’enfance« , si bérullien, serait le sommet (28 ; cf. 111). Une présentation limpide de l’Ecole française s’ensuit ( »Dieu veut nous parler en français« , 36), puis on s’approche de la vie intérieure de Thérèse en réfléchissant d’abord à son nom religieux ( »de l’Enfant-Jésus de la Sainte Face« ), dans sa concorde avec la vision bérullienne du Verbe incarné (53). La dévotion mariale de Thérèse et son idéal de sainteté pour les prêtres relèvent des mêmes racines spirituelles, mais c’est la »petite voie« et l’enfance spirituelle qui font de François de Sales et de Thérèse des »maîtres de l’amour« (77). Plus intéressant encore, le chapitre suivant insiste sur les éclaircissements qu’apportent les mystiques du XVIIe siècle concernant l’épreuve de la foi et la nuit de Thérèse (en somme, »’le rapport entre la foi et la jouissance« ). Cette démarche est complétée, dans les chapitres suivants, par la question de l’abandon de la volonté (l’Offrande en victime dholocauste), largement déployée dans une seconde partie de l’ouvrage, autonome à l’origine. Bon connaisseur de l’ »expérience de Dieu« , l’auteur trouve dans l’expérience concrète de Thérèse, en la quasi absence de phénomènes extraordinaires, un accord mystérieux avec son temps, dans une mystique de nature »réparatrice« ( »Le scrupule est peut-être une façon pour l’âme de s’adapter à l’infinie Pureté de Dieu« , 140) et une vie profondément liée à la »miséricorde infinie« de la Trinité (in fine). On trouve en appendice quelques aperçus surl e doctorat de Thérèse (où l’affinité avec l’esprit d’enfance de l’Ecole française est encore soulignée, 170), un relevé des écits et paroles de Thérèse de Lisieux et quelques repères chronologiques. Je ne sais si, comme le veulent certains, le déclin de »la mystique (rhéno-flamande) coïncide avec l’apparition des grands mystiques français« (92, note 206) ; mais on acceptera mieux, après cette lecture, que Thérèse ne rejoint les rhéno-flamands »qu’à travers le tamisage de François de Sales et de Bérulle, qui eux-mêmes les transmuent et les transmettent selon leur génie ; ou encore, à travers Thérèse d’Avila et Jean de la Croix" (111). Un trajet qui vaut le détour. - N.HAUSMAN, S.C.M.