Comptes rendus de livres ...

Ecriture


-COCAGNAC, M. Sacré et secret. Méditer pour entrer dans la profondeur des textes, coll. « Lire la Bible », Paris, Cerf, 2003, 22 x 14 cm, 240 p., 21,00 E.

Dans un style un peu énigmatique, qui fait droit à son titre, l’ouvrage enfile, sans introduction, une série de dissertations où l’auteur voit, dans sa brève conclusion, quelques moments de l’efflorescence spontanée de la Parole divine, épanouissement mystérieux de la grâce qui suppose cependant un travail capable de révéler des secrets cachés dès l’origine du monde (239). Comme les pages 35-66 sont données deux fois, et que manque le cahier des pages 67 à 98, on en est réduit aux conjectures sur « le secret des temps favorables », si bien annoncés par la méditation initiale qui porte le même titre que l’ouvrage. Demeurent « la force spirituelle de la musique », la beauté de la lumière et des ombres, et ce Diable et ses masques qui vaut à lui seul le détour. Même les animaux du tétramorphe sont les gardiens du secret (de l’énergie divine), tandis que l’évocation de la Visite et de la Parousie nous ramène au centre d’un mystère dont la Bible est dépositaire : « le grand secret de Dieu est sans doute de pouvoir visiter l’intérieur de l’homme » (222-223), et le grand œuvre du feu divin ouvre, comme la lance, la route qui débouche dans les profondeurs de l’Esprit (cf. 238). L’ouvrage, qui fourmille de citations des Pères, est un peu énigmatique, disions-nous, mais sans conteste, très beau. - N. HAUSMAN, S.C.M.

-LAFONT, Gh., O.S.B., Jésus un pauvre parmi les pauvres. Une lecture spirituelle de l’évangile selon saint Matthieu, Paris, Parole et silence, 2002, 21 x 14, 221 p., 14,00 €.

« Bienheureux celui qui aborde la lecture de saint Matthieu avec l’humble désir de se laisser à nouveau pénétrer par cet enseignement de béatitudes et cet exemple d’humilité et de force. » Ainsi se présente lui-même ce texte de « méditation biblique » qui nous conduit, à sa lecture paisible, vers la prière. Faisant suite à son « Qui est Jésus ? » (à propos de saint Marc, aux mêmes éditions), ce pas à pas sans prétention exégétique savante mais attentif à la lettre du premier des évangiles synoptiques et à sa dynamique narrative, et en même temps très évocateur au détour de tel ou tel verset, de telle rencontre et des dits de Jésus, nous offre un guide qui nous parle au cœur. Un bijou de lectio divina (bénédictine, comme il se doit pour un moine de l’abbaye de la Pierre-qui-Vire) comme on aimerait en trouver plus. De celui-ci, on souhaite que beaucoup profitent. Ils seront conduits à l’Essentiel. Un livre idéal pour un « parcours » en solitude en compagnie de Jésus, « pauvre parmi les pauvres ». - J. BURTON, S.J.

Ethique


-BOLDO, P.M. et Ch. Tout enfant est une histoire sacrée. L’adoption différente, Bierges, Ed. Mols, 2002, 20 x 14, 19,00 €.

Ce livre fait mémoire des vingt ans d’expériences, de luttes, de témoignages de la Providence et de l’ouverture du cœur des nombreuses familles qui ont adopté un enfant porteur d’un handicap ou d’une maladie grave. « Folie de Dieu, folie des hommes », ce livre « tombe bien », car il rend raison des cheminements de la liberté et de l’expérience anthropologique acquise dans l’adoption différente. Il ne s’agit pas d’expliquer totalement ce type de décision parentale que l’amour confirme toujours, mais de nous montrer, dans une culture qui peut difficilement « supporter » ce genre de choix, combien le sens de la vie humaine est sacré. L’enfant malade et handicapé nous pose par son expérience les questions essentielles de l’humanité. Il aide ainsi ceux et celles qui l’accueillent à bien les poser et à y trouver des réponses. Le plan du livre suit l’histoire sacrée d’une famille et de l’enfant. L’accueil de la différence, la place du parent biologique, le cheminement vers l’adoption pleine et entière, la rencontre, les enjeux de l’adoption, la vie quotidienne des familles adoptives, le défi handicap, la « double identité » de l’enfant, le témoignage des frères et sœurs et de l’entourage, l’importance du soutien fraternel (groupes de partage) et de la persévérance dans le temps (durer dans l’adoption). Tout homme de bonne volonté apprendra beaucoup de ce parcours réaliste et plein d’espérance. Soulignons l’enjeu des réflexions annexes sur les types de handicap, la blessure d’abandon, le déracinement, l’apprivoisement, la résilience, les loyautés familiales. Le « vécu » de ce livre atteste l’unification d’une attitude humaine paradoxale et qui vient du cœur et de l’intelligence. Il donne également un bel exemple d’intégration des sciences humaines de l’éducation avec les options spirituelles que l’œuvre « Emmanuel » inscrit dans ses structures. Hymne à la vie, ce livre est bon à lire : on en sort meilleur et plein d’espérance en l’humanité. - A. MATTHEEUWS, S.J.

-Présence de l’Eglise aux débats bioéthiques. Coll. « Ethique Biomédicale » 115, Paris, Médiasèvres, 2002, 24 x 17, 108 p.

Ce livret nous donne un écho du colloque du 7 novembre 1998 organisé par le Département d’éthique biomédicale du Centre Sèvres. Les trois thèmes majeurs abordés sont : le clonage de l’être humain, la recherche sur les embryons humains, l’euthanasie. Montrer pourquoi « la médecine est au cœur des préoccupations ecclésiales » est essentiel à notre mémoire de baptisés et à notre soif dans le mystère de l’Incarnation (P. Verspieren). L’Eglise a toujours pris soin du corps d’autrui. L’exposé de M. Fédou sur « L’homme et son corps selon la tradition chrétienne » s’efforce de réconcilier notre vision peut-être blessée par les contradictions contemporaines ou les dualismes anciens. Le mystère de la mort est présenté avec délicatesse et interpelle la conscience de celui qui accompagne son frère ou sa sœur sur ce chemin. L’exposé de M.S. Richard, « la mort médicalisée : maîtrise ou accompagnement ? » nous offre ainsi une expérience réfléchie. Avec la question de l’embryon, c’est la maîtrise de l’homme sur son origine qui est posée. P. Verspieren nous aide à revenir à l’enseignement de Donum vitæ et à mieux comprendre sa cohérence doctrinale ainsi que ses conséquences morales dans la recherche biomédicale. Comme un fruit de ces divers exposés, B. Matray nous montre que le clonage n’est pas l’avenir de la société. Ces interventions, unifiées par la recherche concernant l’enjeu du corps humain dans la personne, sont précieuses à lire et encore actuelles. Elles mettent en lumière l’importance pour tous d’un discernement moral pour notre temps. - A. MATTHEEUWS, S.J.

Œcuménisme


-BÜLHER, P. Le protestantisme contre les indulgences. Un plaidoyer pour la justification par la foi, (Protestantisme), Genève, Labor et Fidès, 2003, 17 x 12,5, 160 pages, 10,00 €.

Daté du jubilé de l’an 2000, publié en 2003, cet ouvrage polémique s’irrite du renouvellement romain de la pratique des indulgences au moment où s’articule une déclaration luthéro-catholique commune sur la justification par la foi. La protestation « œcuménique » étudie la bulle d’indiction Incarnationis Mysterium, où l’obtention d’indulgence occupe, selon l’auteur, une place de choix, puis revient sur l’histoire de la question, honnie comme un « marchandage » spirituel que la Réforme a voulu dépasser. Ce qui ouvre le champ à la deuxième partie : une présentation des célèbres 95 thèses de Luther « contre les indulgences » (1517). Ainsi, le moine augustin voulait revaloriser la pénitence et les bonnes œuvres (65), mais surtout, voir en l’Evangile le seul trésor de l’Eglise, acquis sur la Croix. Certes, « une pénitence comptabilisée n’est pas une véritable pénitence » (83), mais la tradition catholique a-t-elle jamais entendu « que certains péchés peuvent être remis à l’aide d’indulgences qui délivrent des peines de la charité » (73) ? - Ce n’est jamais le péché qui est remis, dans l’indulgence plénière ou partielle (cf. le dernier Manuel des indulgences), mais la peine qui lui demeure attachée, même après l’absolution. - Une « modeste proposition » clôt cette partie : que l’Eglise catholique et la Fédération luthérienne mondiale s’accordent pour ajouter, en annexe à leur Déclaration commune, les 95 thèses luthériennes (86). La troisième partie désire substituer au Jubilé des indulgences un Jubilé de la justification par la foi, qui serait la véritable réponse aux défis lancés par la pratique des indulgences ! Après une (belle) réinterprétation de la notion de la justification par la foi à partir de ses racines bibliques et de ses résonances actuelles, l’ouvrage propose de nouveaux langages pour redire que le « Christ est notre seule indulgence ». Une annexe assez drôle publie la correspondance supposée entre la Pénitencerie apostolique et des requérants. L’épilogue reproduit en partie la lettre authentique de Luther au Prince-Electeur de Brandebourg (1539) : « Qu’on n’en fasse pas une nécessité pour le salut, et qu’on ne lie pas la conscience avec cela » : l’Eglise catholique dit-elle autre chose sur un sujet qui méritait d’être traité de manière plus convaincante ? - N. HAUSMAN, S.C.M.

Patristique


-AUWERS, J.M. La Lettre et l’Esprit. Les Pères de l’Eglise, lecteurs de la Bible. Coll. « Connaître la Bible » 28, Bruxelles, Lumen vitae, 2002, 21 x 15, 80 p., 9,00 E.

Au rythme de quatre fois par an, les cahiers « Connaître la Bible » aident avec bonheur leurs lecteurs à entrer davantage dans la richesse inépuisable de la Bible. Si certains cahiers abordent plus particulièrement un livre ou un thème biblique précis, d’autres nous introduisent à des questions plus générales. L’ouvrage recensé ici appartient sans conteste à la seconde catégorie. Ce n’est rien moins qu’à l’interprétation de la Bible, particulièrement de l’Ancien Testament, que l’auteur souhaite nous introduire, en prenant comme guides les Pères de l’Eglise, particulièrement Origène. Il met en évidence combien l’exégèse des Pères, sans nier l’importance du texte dans sa lettre, s’attachait principalement à faire une lecture spirituelle de celui-ci, reconnaissant dans l’Ancien Testament des « clés » qui permettent de comprendre le Nouveau. En ce sens, leur lecture de l’Ancien Testament est essentiellement christologique, la Loi et les prophètes ayant pour première fonction d’annoncer et de préparer la venue du Sauveur. A une époque où une certaine « fatigue » se fait jour à l’égard de l’exégèse historico-critique, cet ouvrage, rigoureux sans être trop technique, nous apporte un certain nombre de pistes pour une lecture de la Bible qui aille à l’essentiel du message qu’elle révèle. - B. MALVAUX, S.J.

-BARSANUPHE et JEAN DE GAZA. Correspondance III. Coll. « Sources chrétiennes » no 468, Paris, Cerf, 2002, 20 x 13, 354 p., 21,00 E.

Voici la troisième et dernière livraison de la correspondance de Barsanuphe et Jean de Gaza (voir précédent compte-rendu VC 2001/4, 279). Les lettres 617 à 848 répondent à des questions posées aux deux moines reclus par des visiteurs, principalement des laïcs et des ecclésiastiques, vivant à l’extérieur du monastère de Séridos, situé à Thavatha (dans la région de Gaza). Il était courant, en effet, qu’un anachorète qui acquérait une certaine renommée reçoive la visite de nombreux pèlerins ; les uns voulant progresser dans leur ferveur religieuse, les autres demander des conseils en rapport avec les autorités civiles, gouvernementales et administratives. Cet ensemble enrichit nos connaissances sur l’histoire du christianisme au Ve siècle, dans une région périphérique de l’empire byzantin, où le paganisme et les hérésies ont résisté plus longtemps. - M.Th. HAUTIER, O.S.B.

-STOUDITE, Th. Les grandes catéchèses (Livre I). Coll. « Spiritualité orientale » no 79, Bégrolles-en-Mauge, Abbaye de Bellefontaine, 2002, 21 x 15, 636 p., 29,00e.

Avec la promesse d’un index thématique complet qui serait réalisé en 2003 ou 2004, ce bel ouvrage s’agrémente d’un sommaire, d’un avant-propos, de remerciements, puis d’une importante présentation générale qui comporte notamment des cartes, une note sur la tradition manuscrite, un tableau des correspondances entre le texte déjà édité et celui dont nous tenons ici la première traduction française ; mais surtout, le monachisme « studite » nous y est présenté par un texte original du père Julien Leroy, auquel on doit précisément l’essentiel de la traduction ici proposée ; une bibliographie complète ces longs mais fort nécessaires préliminaires. La seconde partie est faite d’une double traduction : celle des 87 catéchèses de Théodore auxquelles nous allons revenir, celle de 29 « épigrammes sur divers sujets » ; d’importants index terminent déjà le volume : textes bibliques, auteurs anciens, auteurs modernes, noms propres, termes spécifiques grecs et français, « diaconis ou métiers ». Théologien défenseur des « images », Théodore (759-826) connaît à Constantinople les conflits inhérents à son rôle d’higoumène des monastères de plus en plus nombreux qui se mettent sous sa réforme - il sera trois fois exilé et mourra hors du monastère urbain de Stoudios, établi dans la capitale. Ses catéchèses fréquentes - qui sont parfois des lettres - étendront son influence sur tout le monachisme oriental pendant plusieurs siècles. La vie commune, l’engagement corporel dans le plus rude travail supposent ici une hiérarchie monastique (ou le « supérieur » est lui-même soutenu par un « père »), des fonctions liturgiques et des services multiples, tous entendus comme des diaconies du Corps du Christ. Il faut lire ces catéchèses anciennes où l’on entend la vie communautaire comme le plus grand des miracles (238), où l’on espère « voir un jour Notre-Dame elle-même, notre toute reine et notre maîtresse, la mère de Dieu » (299), où l’on reprend sans cesse les défaillances, tout en limitant les excès (388) et où le cœur se laisse souvent emporter par la louange. La parole d’un mystique qui n’est pas un contemplatif, mais un martyr apostolique (58) résonne par sa simple autorité, dans un monde de combat et de contrastes qui ressemble au nôtre par bien des côtés. - N. HAUSMAN, S.C.M.

Prière et liturgie


-NYSSENS Z. ; SFORZA, V. Gestes d’enfants. Chemins de prières, Namur, Fidélité, 2002, 21 x 15cm, 56 p., 4,45 E.

J’aime à parler de cet ouvrage car, après l’avoir consulté, je l’ai expérimenté et ressenti moi-même avant de commencer à faire goûter le geste aux enfants dans le cadre de la première communion. C’est une précieuse référence pédagogique où la gestuelle répond à un besoin de l’enfant : vivre sa foi dans l’émerveillement du corps-cœur-esprit. En ce sens la gestuelle est construction de la personne. Dans cette pédagogie la parole est première, les gestes ne la remplacent pas, mais permettent de la faire sienne. La parole devient claire, elle s’incarne pour devenir verbe. La gestuelle est respect de la liberté de l’enfant. A partir du vocabulaire gestué de base, l’enfant découvrira librement le geste qui exprime ce qu’il vit intérieurement. Personnellement je m’appuie sur cet ouvrage pour choisir, à partir d’un psaume ou d’une prière, un geste qui va aider l’enfant à accueillir la parole et à la vivre personnellement dans une relation vivante avec son Créateur. Quelques gestes suffisent pour vivre la joie qui vient de la présence du Ressuscité. Cette pédagogie reste un moyen parmi d’autres. Après sa lecture l’ouvrage donne envie de se lancer dans l’aventure. - P. BARRÉ.

-GRÜN, A. Le Baptême. Célébration de la vie. Coll. « Les sacrements » par A. Grün, Paris/Montréal, Médiaspaul, 2002, 21 x 16, 64 p., 7,95E.

Comment redonner une actualité brûlante à l’expérience baptismale aujourd’hui et en justifier la pertinence affective, personnelle et ecclésiale ? Comment souligner l’irréductibilité de cette « nouvelle identité », de cette « nouvelle naissance » et enrichir ainsi le sens de cet acte sacramentel traditionnel ? L’auteur y répond en employant d’abord une réflexion anthropologique et concrète sur le sacrement (I). Cette ouverture initiale à la grâce est une aide pour vivre en « êtres libres, dans la certitude d’être inconditionnellement aimés » (p. 12). Tout en regrettant (à tort et de manière unilatérale, nous semble-t-il !) le signe caché du baptême des enfants, il montre clairement que le jeune baptisé appartient dès lors à Dieu et que dès lors « son ange l’accompagne ». Les symboliques variées de l’eau sont présentées dans un langage attrayant. Un lien immédiat est offert dans le baptême entre Dieu et sa créature : lien de vie, lien pour la vie. Les onctions, la lumière, le vêtement blanc sont présentés avec chaleur comme signes de ce changement et de cette vie nouvelle. L’usage du mot « métamorphose » nous semble ambigu pour traduire l’effet de la grâce et l’intégration ecclésiale et gratuite des enfants devraient être soulignées avec plus de netteté. Ensuite, il décrit de manière originale le déroulement du rite (II). Cette partie sera lue avec passion dans la préparation catéchétique du sacrement. L’originalité de l’auteur et son expérience s’y expriment avec bonheur. Nous avons aimé sa présentation pastorale de « la litanie des saints », « de la renonciation à Satan » et surtout du rite « Ephata, ouvre-toi ». L’accent existentiel peine à rendre compte de la réalité du mal personnel et du combat des esprits pour souligner plutôt les souffrances ou les déréglements de la condition humaine. Il reste que la nature du baptême est de nous mettre face aux questions fondamentales de l’existence. Finalement, il ouvre des pistes pour « vivre de son baptême » (III). La condition du chrétien n’est pas aisée dans ce monde, mais la mémoire de sa plongée en Christ lui permet d’affronter les défis quotidiens en revenant à la source de la grâce. Par l’eau bénite (partage personnel intéressant), les décisions libres sont le lieu concret pour revêtir le Christ et exercer un sacerdoce royal. L’identité chrétienne ne peut subsister sans cette mémoire continue de cet événement sacramentel fondamental. - A. MATTHEEUWS, S.J.

-GRÜN, A. La Confirmation. Force et responsabilité. Coll. « Les sacrements » par A. Grün, Paris/Montréal, Médiaspaul, 2003, 21 x 16, 64 p., 7,95 E.

Le sujet est délicat et même complexe. Sans entrer dans les modes de préparation à la Confirmation, l’auteur cherche à dessiner pour nous un « visage » du sacrement. Son langage est riche de sens autant dans les affirmations et les propositions que dans les questions posées ou suggérées. Qui veut souligner et mieux comprendre le sacrement comme rite de passage à l’âge adulte y trouvera des images suggestives (I). La Confirmation n’est-elle pas l’apprentissage d’un art de vivre ? une prise de responsabilité dans l’Eglise et dans le monde ? une ouverture à de nouvelles potentialités que révèle l’Esprit aux jeunes esprits assoiffés de vie, d’amour, de justice, d’engagement ? Suivant sa méthode habituelle, l’auteur nous place « bellement » dans les lieux scripturaires fondamentaux (II, évangiles de Luc et de Jean) et développe ensuite la signification des rites (III). Il partage des expériences pastorales personnelles et invite à vivre du sacrement (IV) en donnant quelques pistes concrètes. Son interprétation de l’imposition (silencieuse) des mains (mains étendues de l’évêque), et de l’onction du saint chrême touchera les cœurs. Un tel livre ne peut entrer dans les débats fondamentaux du sacrement. Cependant, nous regrettons que l’aspect initiatique du sacrement ne soit pas relié à la définition conciliaire (et à sa symphonie tellement actuelle) des trois sacrements de l’initiation chrétienne dans leur unité. L’insistance sur la personne de l’Esprit et de ses dons risque d’oblitérer le don baptismal et ne souligne pas assez le lien objectif avec l’Eglise qu’opère la Confirmation offerte par l’évêque à celui qui chemine vers le don eucharistique. La traduction d’un livre n’est pas toujours utile. Celle-ci l’est cependant pour le monde francophone, particulièrement pour les jeunes qui cherchent à approfondir ce qu’ils préparent, pour les adultes et catéchistes qui les accompagnent. - A. MATTHEEUWS, S.J.

-GRÜN, A. Le mariage. Bénédiction pour la vie commune. « Les sacrements » par A. Grün, Paris/Montréal, Médiaspaul, 2003, 21 x 16, 64 p., 7,95 E.

Le titre suggère l’intention de l’auteur : retrouver le sens du sacrement comme bénédiction de la vie commune à une époque où les conjoints s’installent le plus souvent dans cette vie avant de penser à la grâce ou à un engagement ecclésial. La réflexion tente de retrouver le sens des mots (institution, foyer, engagement), de révéler la présence du Christ dans l’amour humain et de retourner aux sources bibliques (ch. 1). Une brève et intéressante description de la célébration est proposée : elle éclairera ceux qui sont dans un processus de préparation sacramentelle (ch. 2). La dernière partie est la plus originale, car elle présente « l’art de vivre en couple » (ch. 3). les fondements doivent être solides, mais la faiblesse de l’homme peut être sa force si ce dernier en est conscient et vit l’amour comme vulnérabilité. La paix dans les relations est un goût de l’amour au quotidien. On lira avec attention et émotion l’interprétation des hauts et des bas de la relation conjugale à la lumière du récit du déluge et de l’arche de Noé. La colombe de l’amour et le rameau d’olivier du pardon doivent être « observés » par tous ceux qui « vivent ensemble » et ceux qui sont appelés à les aider. Cette présentation se termine par une recherche sapientielle des sources de l’amour et de la joie (Ph 4, 4-9 et Jn 15, 9-17). Illuminées par cette redécouverte, les réalités du couple (intimité des époux, vérité, dignité, amabilité, joie de vivre, vie quotidienne, don de soi, franchise) s’éclairent d’un jour nouveau. La fécondité est donc explicitée au sens large même si la place de la procréation et de l’éducation des enfants semble peu prégnante. Ce livre original peut être utile en pastorale. - A. MATTHEEUWS, S.J.

-BONHOEFFER, D. La parole de la prédication. Cours d’homilétique à Finkenwalde. (texte présenté et traduit par H. Mottu, 2e édit. augmentée), coll. « Pratiques » 8, Genève, Labor et Fides, 2003, 23 x 15cm, 106 p., 16,00 E/24,00 CHF.

Augmentée d’un chapitre inédit (« Prédication et sainte Cène »), cette réédition de l’Homilétique de Bonhoeffer a gardé l’ordre de la traduction de 1992, et non celle des Dietrich Bonhoeffer Werke, volume 14, de 1996. La bibliographie est brièvement mise à jour, au début, et le corps de l’ouvrage est suivi d’un double index (des noms propres et des lieux ; analytique). La présentation du traducteur rappelle comment cette série de cours, donnés par Bonhoeffer entre 1935 et 1939, a été reconstituée à l’aide de notes d’étudiants par E. Bethge. Une douzaine de chapitres se succèdent alors, plus saisissants les uns que les autres, dans leur courageuse simplicité : qu’on se souvienne en quels temps difficiles la Parole de Dieu voulait ainsi advenir aux croyants. Ici, vraiment, « l’Eglise prêche à l’Eglise » (40), quand « le travail sur la prédication commence par la prière avant d’étudier le texte » (49) et s’achève, après la prédication qui le suit pas à pas, par le retour au « texte souverain » (87). Luther, souvent évoqué, avait raison de dire que le prédicateur n’a plus à prier la cinquième demande du Notre Père : ainsi donnée, la prédication l’a libéré, et consolé. Un document exceptionnel, pour prédicateurs commençants et/ou désabusés. - N. HAUSMAN, S.C.M.

Questions


-CAILLET, M. Rien n’est impossible à Dieu. Un charisme de guérison. Paris, Le Sarment, 2002, 21 x 14, 201 p., 17,50 E.

Quand un chirurgien libre-penseur et franc-maçon se trouve converti et baptisé dans l’Esprit Saint, quand sa femme, infirmière et comme lui portée vers les médecines douces reçoit un charisme de connaissance de l’origine des souffrances de toutes sortes, un ouvrage comme celui-ci devient possible, qui raconte, chapitre après chapitre, la guérison de troubles divers : « le Seigneur se penche sur nos blessures affectives », montre la première partie, il « veut nous libérer de nos troubles spirituels », dit la seconde ; il « distribue ses grâces en tout temps, en tout lieu », atteste la troisième, qui s’attache à des personnes apparemment loin de l’Eglise. Une brève conclusion clôt cette suite de témoignages ; elle est suivie d’une petite catéchèse sur la vie charismatique dans l’Eglise catholique (un enseignement de M. Rémond) et d’une bibliographie choisie où manque sans doute, comme à tout cet ouvrage très bien écrit, quelques accents critiques. - N. HAUSMAN, S.C.M.

-CORBIC, A. L’incroyance. Une chance pour la foi ? coll. « Nouvelles Pistes », Genève, Labor et Fides, 2003, 23 x 15cm, 100 p., 16,00 E/ 24,00 CHF.

Dialoguer avec l’incroyance, mieux, « déchiffrer le paradoxe d’une théologie de l’incroyance érigée en paradigme » (11) est peu à peu devenu de mode. Dans ce petit ouvrage, l’auteur s’y risque en deux temps : écouter l’incroyance (dans la perspective iconoclaste d’une purification de la foi) et comprendre théologiquement l’incroyance (comme une voie dans laquelle Dieu se laisse ignorer pour que l’homme soit révélé à lui-même). le propos est audacieux, rigoureux (le terme incroyance est même élucidé), éprouvant, tant il est vrai que la réflexion théologique contemporaine est toute entière traversée par les questions que l’incroyance pose (28). Pour fort sommaire qu’elle soit, la présentation des personnalités typiques retenues semblera exacte ; ainsi voit-on défiler Feuerbach, Marx, Freud, Nietzsche, Camus et Sartre, avec une évaluation finale qui dégage les constantes de leur critique du christianisme. Dans la seconde partie, la tâche est donc de comprendre théologiquement l’incroyance, après s’être laissé informer par elle (49). Nous serions plus circonspects sur les absences de Dieu dans l’Ancien Testament (55) et sur la Croix qui permet l’athéisme (84) - on sait bien que Bonhoeffer n’est pas loin, mais faut-il vraiment que la foi assume l’incroyance, dans les termes de la conclusion (« Vers une théologie de l’incroyance »), pour la respecter ? Pour faire court, nous aussi : l’incroyance deviendrait-elle l’avenir de la théologie ? - N. HAUSMAN, S.C.M.

-VENARD, O.T. Littérature et théologie. Une saison en enfer. Thomas d’Aquin poète théologien I, Genève, Ad Solem, 2003, 21 x 15, 500 p., 47,00 €.

Il n’est évidemment pas question, et c’est à la limite presque injuste, de vouloir rendre compte en quelques lignes de ce travail monumental et provocateur que représente ce premier volume (deux autres sont annoncés) d’une thèse dont les pages découvertes ici augurent de l’intérêt qu’il faudra accorder à la suite promise. Thèse dont l’objet est de proposer, sans polémique mais non sans un propos critique incisif, une théologie de la poèsis (d’où ces pages intitulées « Littérature et Théologie ») qui, en référence à la théologie trinitaire du Verbe et à une rhétorique implicite dans le déploiement de la Somme de Thomas d’Aquin, entrerait en dialogue avec le discours de la pensée littéraire moderne. Ainsi, l’auteur rencontre, en commençant avec Rimbaud et passant par Mallarmé, un grand nombre de pratiques et de théories contemporaines concernant la « création » littéraire : Blanchot, Barthes, Jaccottet, Bonnefoy, pour n’en citer que quelques-uns. Elève de Alain Michel, de l’Institut, et lecteur attentif de G. Steiner, fervent aussi dans doute de Marie Noël, très au fait, nécessairement, des lectures parfois très contrastées de l’œuvre thomasienne quant à la poétique propre de l’aquinate, l’auteur, jeune dominicain poursuivant sa recherche à l’Ecole biblique et archéologique de Jérusalem, nous conduit vers ce qui est sans doute le point central du débat : la question, et la décision qu’elle provoque - « Quoi ? l’Eternité ». Question qui demeure et qui se mue, ou non, en adoration. L’ère littéraire qui s’inaugure de manière fulgurante avec cette question peut-elle entendre avec joie et éblouissement l’oxymoron johannique absolu : « Et le Verbe s’est fait chair... » Notre humaine, trop humaine parole n’est-elle pas entée en son surgissement propre, en son écusson sanglant, à la Parole qui l’exhausse et la sauve ? Voici un livre qui nous fait attendre avec impatience les suivants (merci aux éditions Ad Solem qui assurent magnanimement ce risque éditorial), un livre certes difficile d’accès mais qui mérite de la part des spécialistes un ample et attentif débat et qui récompensera l’effort du lecteur « amateur ». A beaucoup de ces pages, il restera en arrêt et se surprendra à méditer sa propre existence. Et, même - on le souhaite - à prier. - J. BURTON, S.J.

Spiritualité


-STINISSEN, W. L’éternité au cœur du temps. Coll. « Vie intérieure », Toulouse, Ed. du Carmel, 2002, 19 x 15, 200 p., 18,30 e.

Voici un itinéraire de lecture et de méditation à parcourir lentement : en goûtant « l’éternité au cœur du temps ». A l’ombre de la question spirituelle inaugurale d’Augustin dans ses Confessions : « Qu’est-ce donc que le temps ? », l’auteur nous conduit de l’énigme du temps et de sa raison d’être (« C’est l’attente de Dieu qui nous attend ») en un paisible parcours à la découverte du temps de Jésus, du temps chrétien, du temps de l’Eglise. Une traversée du réel, où le « se tenir devant l’Eternel » de la prière et de la liturgie accorde déjà notre cœur à la pulsation de l’éternité. « Car le but est son sein et ce sein te porte autant le long du chemin qu’à l’arrivée » (Hjalmar Ekstöm, cité p. 179). Beaucoup d’auteurs spirituels contemporains sont invités mais la référence principale est sanjuaniste. Un très beau et bienfaisant livre à pratiquer sans réserve. - J. BURTON, S.J.

-SMETS, A. ; ALDUNATE, C. Exercices spirituels de saint Ignace. Versailles, Ed. Saint-Paul, 2002, 142 p., 10,00 E.

Ce livre est la réédition d’un texte déjà publié en 1988. Il se présente comme « une version en français courant à la portée de tous » de l’original jugé « difficile et peu accessible ». La visée pastorale de cette entreprise est explicitée dans l’introduction du père Alexis Smets, traducteur du texte espagnol du père Carlos Aldunate, qui situe bien l’utilité espérée de ce travail et souligne heureusement « l’importance capitale de l’animateur de la retraite ». On regrette pourtant l’omission de la présentation des mystères élaborés par Ignace lui-même. Cela étant, on (l’animateur) aura le désir de revenir aux « difficultés » du texte d’Ignace pour y recevoir quelques lumières supplémentaires. - J. BURTON, S.J.

-NOUWEN, H.J.M. De la peur à la grâce. Saint-Laurent, Bellarmin, 2002, 15 x 18, 116 p., 10,00 E.

Malgré les dessins de N. Cousineau et les prières qui l’émaillent, ce petit ouvrage d’un illustre spirituel n’a rien d’un livre d’images : c’est le combat d’un homme livré à son Dieu, au long des six mois que l’auteur a voulu passer dans une abbaye trappiste. « Le cœur pétri de peur » implore longuement la miséricorde, et cela prend déjà deux mois. « Un rayon d’espoir » naît vers Pâques, puis surgit la puissance de l’Esprit, au fil des deux mois suivants (« Pas de changements époustouflants. Non. Mais au fond de moi, des mouvements qui échappent à mon entendement », 79). « Les besoins du monde » remontent alors au cœur, qui se fait reconnaissant, au terme. A plusieurs reprises, ce dialogue intime avec le Christ s’illumine des mots de Vincent van Gogh, un compatriote. A goûter par ceux que les crises intérieures n’épargnent pas. - N. HAUSMAN, S.C.M.

-DEROITTE, H. (rédac. en chef). Chemin faisant, 1 (sept-oct 2002). Bruxelles, Lumen vitae, 2002, 22 x 15, 18,00 E (abonnement jumelé).

Dans le contexte religieux et socio-culturel actuel, qui invite la catéchèse à trouver un langage neuf et des pratiques nouvelles, on ne peut que saluer le lancement par les éditions Lumen vitae de Chemin faisant, en collaboration avec les éditions Averbode, Missio, la Concertation interdiocésaine pour la pastorale catéchétique et le Collège des inspecteurs diocésains. Chemin faisant se présente sous forme d’un recueil de fiches, paraissant cinq fois par an, en deux versions différentes : les fiches « paroisse-famille » sont destinées à soutenir et animer la pastorale paroissiale et familiale, tandis que les fiches « école » s’adressent aux enseignants de cours de religion en primaire et maternelle, et que des fiches communes « formation » visent à un approfondissement de la culture religieuse et du cheminement de la foi. Très pratique et maniable, fourmillant d’exemples concrets d’animation de cours ou de réunions de catéchèse, mais aussi de commentaires de textes bibliques, de présentations de grandes figures d’Eglise ou de réflexions catéchétiques plus fondamentales, cet outil est certainement appelé à un grand succès auprès des praticiens de la catéchèse, à tous les niveaux. - B. MALVAUX, S.J.

-NAULT, J. Ch. La saveur de Dieu. L’acédie dans le dynamisme de l’agir, coll. « Studie Riserche » 5, Roma, Lateran University Press, 2002, 21 x 15 cm, 558 p., 22,00 E.

Voici probablement l’ouvrage de référence « incontournable » concernant cette réalité spirituelle majeure - et pourtant oubliée de nos jours - qu’est l’acédie. Au cœur du dynamisme moral (comme vie de la charité sous l’inspiration du Saint-Esprit à qui l’agir doit sa lumière et sa force) elle mine et contredit gravement et le gaudium (la joie), en tant que tristitia boni divini, et l’action excellente, en tant que tædium operandi. Le cœur de cette somme (1933 notes infrapaginales, 34 pages de bibliographie, index des références bibliques, du vocabulaire grec et latin et des auteurs) est une étude approfondie de ce combat tel qu’exposé par saint Thomas - avec ce qui est nécessaire pour le situer dans l’architecture thomasienne de la vie spirituelle et morale (à ne pas séparer !). Pour l’apprécier, en amont, dans sa nouveauté, les sources de la tradition (Evagre, Cassien, Grégoire le Grand et quelques auteurs médiévaux) sont exposées en détail (mais des pages synthétiques terminent heureusement chaque chapitre). La troisième partie s’attache alors à rendre compte du déclin (l’occamisme est sévèrement pointé du doigt comme tournant conduisant à la séparation de la morale et de la spiritualité, elle-même dérivant vers le dualisme de l’ascétique et du mystique) de l’attention portée à ce qui n’est plus considéré que comme paresse et tiédeur dans la vie chrétienne. Quelques manuels et deux auteurs contemporains de traités de morale (Häring et Aubert) sont cités à témoins de cette occultation si dommageable à la vigueur de la vie théologale dans toute son amplitude. Nous ne pouvons ici que présenter - et très succinctement - le contenu de cette thèse défendue à l’Université du Latran. Nous voudrions encourager l’auteur à en préparer une version « portable » où se déploierait encore « pour une reprise en compte » de la perspective thomasienne (mais est-ce possible sans la précision du vocabulaire de l’aquinate ?) le goût de Dieu. Certains se poseront la question : est-ce souhaitable, étant donné la situation « post-moderne » de l’enseignement, de la prédication de la « morale » ? Pourtant, il y va du rayonnement de nos vies et de nos communautés chrétiennes dans le témoignage qu’elles ont à rendre à la Béatitude de la Fin - Dieu lui même - à laquelle secrètement tous aspirent. L’ouvrage ici - à peine - présenté devra être considéré avec attention pour répondre à cette attente, souvent douloureuse, de nos contemporains. - J. BURTON, S.J.

-GANTY, E. ; HERMANS, M. ; SAUVAGE, P. (eds). Tradition jésuite. Enseignement, spiritualité, mission, Bruxelles/Namur, Lessius/Presses Universitaires de Namur, 2002, 21 x 15 cm, 184 p., 20,00 e.

Voici six conférences consacrées aux différents domaines de la « tradition jésuite » dans l’enseignement, dans la mission et comme spiritualité. C’est peut-être par cette porte qu’il faut entrer en lisant M. Rotsaert réussissant à nous présenter l’essentiel de l’expérience spirituelle des Exercices spirituels d’où découle l’engagement ecclésial où vont se situer alors les « options » prises par les jésuites dans l’enseignement et leur réponse à l’appel missionnaire. C’est toute une histoire ! Trois chapitres sont consacrés à l’enseignement : Luce Giard présente les péripéties des débuts parfois périlleux ; Antorella Romano rend compte de la modernité de la Ratio Studiorum (Plan raisonné des études) dont l’élaboration collective commence dès 1580 ; Jean-Paul Laurent confronte la pédagogie contemporaine et la Ratio Studiorum et analyse les enjeux de cette confrontation pour en dégager les éléments qui en font « un esprit pour le corps ». Trois autres chapitres alors - dont celui déjà signalé sur la spiritualité ignatienne - forment l’autre versant : le rôle de l’autre dans l’expérience missionnaire (Le cas de la Chine au XVIIe siècle) de Nicolas Standaert et les grandes orientations actuelles de la Compagnie de Jésus (François-Xavier Dumortier). Les deux derniers montrent très bien la singularité de la mission apostolique d’un corps qui ne se compare pas à une entreprise ni à une ONG ! Six chapitres brefs, précis et documentés, fort bien à même d’introduire à ce que d’aucuns recouvrent de mystère : la tradition jésuite ! Chaque chapitre se termine utilement par des indications bibliographiques très au fait des travaux les plus récents. Sous le format de la conférence tous les textes sont parfaitement lisibles. - J. BURTON, S.J.

-MIQUEL, P. (Dom). La charité, l’espérance et la foi, coll. « Religions et spiritualité », Paris, L’Harmattan, 2002, 21 x 14 cm, 178 p., 15,00E.

Nous connaissons bien (VC 2002/1, 69 ; 2000/5, 358) les publications toujours très documentées de Dom Miquel. Ici encore, pour un public qui chercherait des portes d’entrées bibliographiques concernant les trois aspects de la vie théologale, l’infatigable et très « éclectique » (au sens noble du terme) lecteur nous offre de nombreuses pistes originales à parcourir. L’ordre « biologique » choisi pour présenter ces trois « vertus » signale bien l’intention de proposer une approche pour « non initiés » en quête pourtant d’un sens à la vie. On se réjouira de trouver ainsi des références où d’abord l’épaisseur humaine de l’expérience « naturelle » est présentée. Un excellent outil de travail que d’autres lectures pourront compléter. - J. BURTON, S.J.

Témoins


-THERESE DE LISIEUX, « Une petite voix toute nouvelle ». Lettres présentées et commentées par le père Dominique Sterckx, (Les carnets spirituels, 18), Orbey, Arfuen, 2003, 18,5 x 12,5 cm, 130 p., 14,5 E.

Assorti d’une bonne biographie finale, ce petit ouvrage présente et commente brièvement le seul Manuscrit B de Thérèse et son contexte. Le titre et le sous-titre nous paraissent donc promettre plus qu’ils ne tiennent. Quelques fautes de typographie (30, 33, 70 où manque la note 19...) déparent le commentaire opportun d’un texte brûlant comme l’Amour où Thérèse vient de trouver son cœur - N. HAUSMAN, S.C.M.

-DE CLORIVIERE, P. J. La Pentecôte du Seigneur. Textes présentés par Chantal Reynier. Les-Plans-sur-Bex, Parole et Silence, 2002, 19 x 12 cm, 110 p., 8,00 E.

Ce savoureux recueil de textes sur le Saint-Esprit choisis dans toute l’œuvre du père de Clorivière expose le mystère de l’Esprit sous des aspects souvent inattendus. La forme typographique et la brièveté des extraits ajoutent au charme d’une présentation qui se termine, avant la bibliographie, sur les prières du P. de Clorivière à l’Esprit Saint. - N. HAUSMAN, S.C.M.

-STEIN, E. Malgré la nuit. Poésies complètes. Genève, Ad Solem, 2002, 20 x 14 cm, 176 p., 15,00 E.

On ne résume pas un livre de poèmes. On ne peut que saluer le travail considérable que cette première traduction (et édition critique) a demandé. L’introduction de Cécile Ratsoin (qui est aussi la traductrice) situe bien le genre particulier de ces textes authentiquement de poésie et déjà de prière. Cette présentation, heureusement bilingue, introduira - ou conduira plus avant d’autres déjà familiers de la sainte - à la profondeur de la spiritualité d’Edith Stein : sa quête de Dieu, sa docilité à l’Esprit, son amour de Marie, sa « science » de la Croix. Un livre en tout point admirable. - J. BURTON, S.J.

-BELLET, M. La longue veille (1934-2002). Paris, Desclée de Brouwer, 2002, 21 x 15 cm, 298 p., 21,00 E.

« ... Je ne vais pas raconter ma vie, je reviens de trop loin, j’en ai trop vu [...]. Tout ce que je vais dire ici, à moi-même et peut-être à d’autres, c’est l’attente. C’est une attente forte, résolue, inentamable malgré tout » (p. 20-22) : tel est le propos de Maurice Bellet dans ce livre, qui ne se présente certes pas comme une autobiographie, ni comme un produit fini, construit de façon linéaire et cartésienne. Il s’agit plutôt d’un essai qui se greffe sur les méandres d’un parcours, ou encore d’une constante interaction, interrogation entre la réflexion et la vie. On y retrouve bien la force de pensée qui va jusqu’au paradoxe, et ce style inimitable, flamboyant, incandescent. Après « La quatrième hypothèse », l’auteur nous entraîne dans un foisonnement de questions et nous ouvre à ses convictions. Par l’écriture, il remet sans cesse l’ouvrage sur le métier, répondant à cette impérieuse nécessité qui l’habite : « Si donc je me suis permis d’écrire tout ceci, c’est, à travers tous les motifs confus et suspects de l’écriture, pour me faire le proche et le compagnon de tous ceux qui partagent avec moi cette faim de vivre, ce désir de vivre qui précède tous les désirs » (p. 271). Il y a ample matière à réflexion, pour peu que l’on « entre » dans cette manière d’écrire et de penser, en acceptant de perdre certains repères, et en courant le risque de ne pouvoir le suivre jusqu’au bout du paradoxe. Un ouvrage tonique, aux percées fulgurantes, pas classique du tout, à prendre ou à laisser ! - M.Th. HAUTIER, O.S.B.