Comtes rendus de livres ...

Témoins


-PINCKAERS, S., A la découverte de Dieu dans les Confessions (Saint Augustin), Les-Plans-sur-Bex, Parole et Silence, 2002, 21 x 14 cm, 162 p., 14,50 €.

Le titre du dernier livre du père Pinckaers est précédé de ces quelques mots : « En promenade avec Augustin ». Telle est l’invitation de cet ouvrage qui commence par parcourir la vie d’Augustin avant d’en venir aux Confessions, et d’en scruter plus précisément deux passages, d’une part la recherche de Dieu au livre VII, d’autre part la vision d’Ostie. L’ensemble débouche sur la question très controversée de la mystique augustinienne pour s’achever, à l’instar des Confessions, sur le repos de Dieu au septième jour. La promenade est donc reposante tout en étant nourrissante. En effet, l’auteur n’a de cesse de rejoindre Augustin, dans l’exercice même de ses confessions, en sa veine la plus profonde : « Le centre de perspective sur sa propre vie est le point exact où la lumière de Dieu atteint l’intimité de son intelligence et de sa volonté, comme « l’œil de son cœur », par le moyen de la foi et de la sagesse. Cette lumière lui découvre et lui fait éprouver l’action de la grâce de Dieu dans sa vie, une grâce qui, pour une part, le dépasse, et pour une autre, agit jusqu’au centre de son être, puis rayonne de là dans toute sa vie, le révélant à lui-même dans ses actions » (p. 70-71). Augustin apparaît ainsi, tout au long de l’ouvrage, comme un véritable maître spirituel pour nous, aujourd’hui, sur le chemin de l’unification intérieure en Dieu. - V. FABRE.

-CLAIRE D’ASSISE (sainte). Documents (rassemblés, présentés et traduits par D. Vorreux, o.f.m.). 2e édition revue et augmentée, Paris, Ed. Franciscaines, 2002, 17 x 12 cm, 444 p., 32,40 €.

Plusieurs additions à l’édition précédente font de cet ouvrage, dédié au père Damien Vorreux qui eut le temps de le préfacer, l’indispensable outil pour approcher comme à neuf le personnage de sainte Claire, sans laquelle François lui-même ne pourrait être vraiment connu. Après une utile chronologie de Claire et une table de concordance du Procès et de la Vie, l’ouvrage propose l’œuvre célèbre de Thomas de Celano (introduite et annotée, comme tout le reste), puis les Ecrits de Claire (les Dernières volontés, le Privilège de la pauvreté, la Règle de Claire, son Testament, sa Bénédiction, les Lettres à Agnès de Prague et Ermentrude de Bruges, la Prière aux cinq plaies qui lui est attribuée). Les textes indispensables autour du décès et de la canonisation viennent ensuite (Faire-part, Procès et Bulle de canonisation), puis de très intéressants documents contemporains (Lettres et chartes, Sermons et exempla, Récits et chroniques, Textes législatifs, d’Innocent IV et d’Urbain IV, notamment). Plusieurs index rendent l’étude possible. On regrettera la négligence qui fait manquer à plusieurs reprises la pagination de référence (comme à la note 2 de la page 68) et surtout, le procédé du « scannage » qui laisse beaucoup trop de traces typographiques. Un bel outil donc, qui mériterait d’être mieux présenté. - N. HAUSMAN, S.C.M. 

-MARIE DE LA TRINITÉ, Le Petit Livre des Grâces, Coll. « Les Carnets spirituels » no 9, Paris, Arfuyen, 2002, 19 x 12 cm, 126 p., 14,00 €.

Le Petit Livre des Grâces présente, pour la première fois en français, une série de textes rédigés par sœur Marie de la Trinité, dominicaine missionnaire des campagnes. Ils sont tirés de l’Agenda, rédigé de 1927 à 1929 ; des Carnets, rédigés de 1936 à 1944 et enfin de sa Correspondance. C’est un petit ouvrage précieux pour qui veut entrer dans le message spirituel de celle dont le père Hans Urs von Balthasar a écrit, quelques jours avant sa mort : « [elle] a beaucoup influencé ma pensée. Un vrai tournant. » A travers ces pages, nous découvrons le cheminement d’une mystique de notre temps, depuis l’expérience de la « grâce initiale » en 1929, au cours de laquelle elle fut « comme immergée en Dieu » (p. 36), et les quatre autres qui l’ont suivie. - M.Th. HAUTIER, O.S.B.

-BÖCKMANN, A., Apprendre le Christ. A l’écoute de saint Benoît, Coll. « Vie monastique » no 41, Bégrolles-en-Mauge, Abbaye de Bellefontaine, 2002, 21 x 15 cm, 372 p., 21,00 €.

Toute personne qui s’intéresse à saint Benoît et à sa Règle, ne peut que se réjouir de la publication de cet ouvrage : les études solides et approfondies de sœur Aquinata Böckmann sont toujours stimulantes, et invitent le lecteur à prendre à son tour ses crayons de couleur pour une analyse serrée des textes, selon la méthode chère à cette grande connaisseuse de la Règle de Benoît ! Ces articles sont destinés à tous ceux qui doivent interpréter, commenter la Règle, mais aussi à ceux qui désirent l’étudier sérieusement, la méditer pour eux-mêmes. Le volume s’articule en deux parties. La première partie se compose d’une étude d’extraits de la Règle. Deux chapitres concernent le « Prologue » (v. 1-4 et v. 45-50), suivis des chapitres 3, 52, 68 et 72 de la Règle. Il s’agit de la traduction en français d’une publication en allemand parue en 1986. La seconde partie aborde les thèmes de la mystique bénédictine, de la discretio, Abba Père, l’expérience de Dieu, l’ouverture au monde et la séparation du monde. Ces cinq chapitres ont déjà été publiés dans différentes revues en français ; ils présentent l’avantage d’être rassemblés ici. Une bibliographie et un triple index (scripturaire, de la Règle, des auteurs anciens) constituent un complément fiable pour toute étude. Un ouvrage de référence pour ceux et celles qui, de par le monde, vivent selon la Règle de saint Benoît ou s’efforcent de s’imprégner de son esprit. - M.Th. HAUTIER, O.S.B.

-FÉLIX, E., Cris d’espérance, Genève, Labor et Fides, 2002, 23 x 15 cm, 128 p., 17,00 €/26,00 CHF.

Ecrit d’un jet, sans plan préalable, en quelques mois (17), ce témoignage d’une polonaise née à proximité du ghetto juif de Lódz, « un peu allemande, un peu russe, et maintenant un peu suissesse », commence avec les souvenirs d’enfant, qui remontent à 1939 et c’est déjà une épopée : l’invasion du pays, la guerre, l’occupation soviétique, la séparation familiale quand la jeune fille de seize ans se retrouve « libre » en Suède, la nouvelle vie en Angleterre l’année suivante, l’acharnement à poursuivre des études tout en travaillant en usine, le retour en Allemagne pour y soutenir sa licence en lettres germaniques, la proposition inattendue de remplacer un interprète dans les procès en restitution des biens des juifs et, pour couronner le tout, le mariage avec un cultivateur suisse. A partir du chapitre IV pourtant, « le passé nous rattrape » et l’on voit poindre « l’autre combat » (ch. V), celui qui demande d’assumer le handicap accidentel de l’un de ses jumeaux. Traité avec une extrême discrétion, le drame de l’enfant devenu infirme moteur cérébral, abandonné des médecins, fait le vide des amis, et presque du bonheur ; mais sa mère devient « tuteur de résilience » (p. 97 ; cf. B. Cyrulnik), et, de méthode Montessori en programmation neurolinguistique, réussit le pari de le faire advenir « actif à sa manière ». Aujourd’hui, le jeune adulte est autonome, auprès de sa fratrie, et la mère s’est spécialisée dans l’accompagnement des personnes en fin de vie. On comprend, en refermant le livre, ce qui nous est confié à la fin : « Depuis toujours, un de mes livres préférés est le livre de Job... il atteste que le mal ne peut pas nous anéantir totalement... En dépit de l’horreur et de la tristesse, il reconnaît chaque instant comme un moment de joie pure. » - N. HAUSMAN, S.C.M. 

-RADCLIFFE, Th., Que votre joie soit parfaite ? Paris, Cerf, 2002, 22 x 15 cm, 282 p., 19,00 €.

Après Je vous appelle amis, c’est avec bonheur que l’on retrouve Timothy Radcliffe dans son livre Que votre joie soit parfaite. Il ne s’agit plus ici d’un entretien sur un ton familier avec l’ancien Maître général de l’ordre dominicain, mais d’une série d’exposés, d’articles, de lettres à l’Ordre et de conférences, regroupés en trois parties : la mission, l’engagement chrétien, et pour terminer « chanter la louange ». Certains de ces textes ont déjà connu une plus large diffusion, par exemple « Le trône de Dieu » (p. 141 ss). On y retrouve son style inimitable, direct, clair, et parsemé d’humour, son langage qui touche les cœurs dans un vocabulaire actuel. Lorsqu’il s’adresse à des missionnaires, aux membres de la famille dominicaine au sens large, ou à des religieux, c’est chaque lecteur qui est invité à en faire son miel et à faire un bout de chemin avec quelqu’un qui réfléchit loyalement aux défis du monde d’aujourd’hui, à la lumière constante de l’évangile, avec une vigilance réaliste et un optimisme basé sur la confiance en l’autre. Revitalisant ! - M.Th. HAUTIER, O.S.B.

-FRANK, E. Avec Etty Hillesum ? Coll. « Petite bibliothèque de spiritualité », Genève, Labor et Fides, 2002, 21 x 11 cm, 208 p., 19,00 €.

A partir des écrits traduits en français par Philippe Noble, l’auteur cherche à apprendre d’Etty Hillesum et avec elle « une plus grande sagesse, à l’origine d’une vraie dynamique du bonheur » (Avant-propos, p. 11), selon l’herméneutique dont parle Ricœur : « Comprendre un texte, c’est se comprendre ». Lecture en dialogue, en compagnonnage, à partir de thèmes regroupés en six chapitres : les Ecritures, la prière, le ciel, l’arbre et la fleur, le monde et une maison, une sagesse. Au-delà de l’aspect un peu arbitraire du procédé, on peut voir se dessiner le parcours d’Etty Hillesum, approché avec respect et amitié : « L’œuvre d’Etty Hillesum nous indique un chemin pour les heures où nous sommes confrontés à l’inéluctable dans nos vies : la disparition des êtres chers, une maladie incurable inexorablement en marche, la mort en face » (p. 16-17). Ce petit livre nous invite, en toute modestie, à laisser résonner en nous des phrases, des mots de celle qui écrivait, alors qu’elle vivait l’horreur des camps : « Partout où s’étend le ciel, on est chez soi » (p. 79). - M.Th. HAUTIER, O.S.B.

-BOURCEREAU, M. ; TOULOUSE, M.Th., Prier 15 jours avec... Le Père Jacques Sevin (fondateur du scoutisme catholique et de la congrégation de la Sainte Croix de Jérusalem), Coll. « Prier 15 jours avec... » no 60, Montrouge, Ed. Nouvelle Cité, 2002, 20 x 12 cm, 126 p., 11,43 €.

Cette excellente collection nous donne encore de passer 15 jours en bonne compagnie et permet aux nouvelles générations de connaître la vie intérieure de celui qui enracina la pédagogie scoute au cœur de l’Eglise de France. Jésuite, fondateur de la congrégation de la Sainte Croix de Jérusalem, le père J. Sevin était tout entier « au Christ ». Les textes qui nous sont offerts à méditer soulignent l’élan christocentrique de sa prière, de ses désirs, des grâces apostoliques dont il vit et qu’il partage. « Je voudrais les mener au plus intime de Jésus... les passionner pour cette union » (I). Le langage est fort, vigoureux, toujours actuel. Peut-être est-ce « l’heure » pour beaucoup dans l’Eglise et dans la Compagnie d’approfondir non seulement les expressions mais les racines spirituelles de l’offrande, de la mission, de l’obéissance, de l’amour brûlant pour « l’Homme-Dieu » à travers le témoignage de ce jésuite passionné, confronté de manière visible au mystère de la Croix (XIII) dans ses nombreuses activités. Le déroulement des journées mène le lecteur vers une confiance de plus en plus radicale (« A lui la clé de mon cœur », III), un abandon à un amour personnel (« Avec Toi, les yeux fermés », VI), un désir de sainteté dans lequel la liberté trouve son accomplissement : « ... m’user jusqu’au bout » (XV), sans jeter un regard en arrière. La contemplation pour obtenir l’amour montre toute sa puissance ainsi que sa complicité émerveillée avec le cœur thérésien : « Aimer, c’est tout donner et se donner soi-même. » Merci à la Sainte Croix d’offrir ce beau visage aux jeunes d’aujourd’hui qui n’ont pas connu J. Sevin et à tant de cœurs qui désirent vivre d’amour. - A. MATTHEEUWS, S.J.

-DESCOUVEMONT, P., Thérèse de Lisieux et son prochain, Préface de Mgr G. Gaucher, Paris, Cerf, 2003, 23,5 x 14,5 cm, 336 p., 23,00 €.

De très bons encadrés et d’excellents index illustrent cette troisième édition d’une thèse de théologie qui reste, en substance, celle que publia l’auteur, en 1962, et qui fut la première en France. Les références à l’œuvre de Thérèse sont faites « à l’ancienne », comme sont souvent anciens les auteurs avec lesquels on discute (même si l’hypothèse nouvelle du P. C. Demeester et les travaux récents de C. Langlois sont connus). C’est peut être l’un des intérêts majeurs de cette reprise, de trouver dans la galerie des premiers « découvreurs » de la sainte des personnalités comme J. Lécuyer ou Ph. Delhaye, sans compter bien sûr les Combes, Sion et autres Piat. Il nous semble cependant que les analyses d’inspiration psychologique ont, depuis, nuancé le portrait d’une petite fille entourée de tendresse, et que, par exemple, « l’étrange maladie » de 1883 est ici bien rapidement évoquée (p. 84 s.). Quelques répétitions sont pour ainsi dire effacées par d’autres trouvailles : l’origine de la prière pour les prêtres (p. 240) ; les religieux affirmés comme cœur de l’Eglise par le Cardinal Hugues de Saint-Cher (p. 248) ; le « nous courrons » qui est un sanjuaniste (p. 254) ; la pluie de roses, qui provient de la légende de Louis de Gonzague lue au réfectoire (p. 315)... Mais tout cela ne change rien à la puissance d’une démonstration qui voit dans l’amour thérésien du prochain le fruit de la plus gratuite des Miséricordes - - N. HAUSMAN, S.C.M. 

-BASTAIRE, J., Noces vives, « Les Cahiers d’Arfuyen », Orbey, Arfuyen, 2002, 20,5 x 13,5 cm, 74 p., 11,50 €.

Déjà signalée de nombreuses fois à l’attention de nos lecteurs, l’œuvre de Jean Bastaire nous rejoint encore ici au plus vif de nous-mêmes et de notre foi. Cinquante-huit poèmes célèbrent cette communion qui, au delà de la mort et dans une plus haute et plus tendre présence, conjoint deux êtres - époux et épouse - pour un hymne à l’amour. Certes, le vivant parle mais combien plus encore, sans mot et pourtant nettement articulée, la voix « tres-passée » ! C’est elle qui entraîne : « Je te suis ma fidèle/depuis que passée devant/tu me presses et m’appelles/lorsque je suis lent » (p. 52). Et lui encore d’oser dire : « Tu m’offres en Christ/à cette heure-ci/l’exact reflet/du paradis » (p. 55). En vers très courts, simples comme des comptines, parfois en suivant son chien ou en écoutant la mésange, l’époux, l’amant accorde son cœur à ce qui sera pour lui : « ... le saut de nuit/pour te rejoindre/au bord de l’aube » (p. 66). - J. BURTON, S.J.

Vie de l’Eglise


-LEHMANN, K. (cardinal), Il est temps de penser à Dieu, Coll. « L’Histoire à vif », Paris, Cerf, 2002, 22 x 14 cm, 238 p., 23,00 €.

Sur des questions aussi diverses que le financement de l’Eglise, le testament de vie, la présence d’une gouvernante auprès des curés, le statut catholique des facultés de théologie, et sur tant d’autres, le président de la Conférence épiscopale d’Allemagne fait entendre comme à neuf, dans cette longue interview, les véritables enjeux, missionnaires plus qu’institutionnels, des débats contemporains. Outre ses positions nuancées sur l’affaire emblématique des consultations en vue de l’avortement (sa réponse à la lettre de Jean-Paul II aux cardinaux allemands est reproduite en annexe), le cardinal Lehmann reprend, autour du mot d’André Siniavski qui donne son titre à l’ouvrage (p. 194), sa conférence majeure de Fulda en 1999, « Dieu est plus grand que l’homme ». Au fil d’un texte bien enlevé, se dessine l’une des grandes figures épiscopales d’Europe, théologien et philosophe, comme le montre sa proximité de Rahner, même vieux, et son affrontement à Nietzsche ; mais avant tout, c’est l’ouverture du pasteur qui attire, et sa capacité à discerner simplement les principes qui mènent la postmodernité vers sa fin. - N. HAUSMAN, S.C.M. 

-LEGRAN, Y., Découvrir l’amour. L’accompagnement vers le Baptême, Coll. « Cahiers de l’Ecole Cathédrale » 56, Paris/Le Muveran, Parole et Silence, 2002, 21 x 14 cm, 114 p., 12,50 €.

Le catéchuménat est un phénomène qui prend aujourd’hui une ampleur de plus en plus grande, du moins en Occident. L’auteur, diacre engagé au Service diocésain du catéchuménat de Paris, aborde ce sujet sous un angle u n peu particulier, celui de l’accompagnement du catéchumène. Le catéchumène ne chemine en effet pas seul vers le baptême, mais il le fait avec le soutien d’une communauté et plus particulièrement encore d’un accompagnateur, véritable compagnon de route. L’ouvrage met en évidence diverses facettes de ce chemin vécu ensemble par le catéchumène et son accompagnateur : la dimension ecclésiale de la démarche de l’un et de l’autre, l’importance du dialogue et de l’écoute réciproque, le respect de la liberté du catéchumène, le chemin de conversion, le retentissement de la démarche du catéchumène sur la communauté dans laquelle il est appelé à s’insérer, les risques de déception aussi. Le propos de l’auteur, enrichi de nombreux témoignages de catéchumènes, ne cache pas les obstacles possibles de la démarche catéchuménale, mais souligne davantage encore la beauté et la force du chemin qui est ainsi parcouru. - B. MALVAUX, S.J.

-LUSTIGER, J.M. (cardinal), La promesse, Coll. « Essais », Paris/Les-Plans-sur-Bex, Ecole Cathédrale/Parole et Silence, 2002, 21 x 14 cm, 222 p., 18,00 €.

« Je sais le risque que je prends », nous est-il assuré, en guise d’avertissement (p. 9). La transcription d’une retraite de 1979 prêchée à des moniales françaises sur le mystère d’Israël, avec en seconde partie, la publication de textes prononcés en 1995 à Tel Aviv, puis en 2002 à Paris, à Bruxelles ou à Washington, à l’adresse d’éminentes organisations juives, ne peuvent en effet que « déconcerter » (ce mot de l’auteur est faible) les lecteurs juifs aussi bien que chrétiens, alors ou aujourd’hui. Selon le Cardinal donc, parler des dix paroles après avoir situé Jésus et la loi, entendre la vie de Jésus comme prophétie sur lui, mais aussi pour la vie des disciples, voir la passion du Christ se dérouler à travers l’histoire comme la souffrance d’Israël et le péché des païens, trouver en Jésus toutes les promesses de Dieu, partager la purification comme on partage l’espérance d’Israël, c’est voir la passion du Messie dévoiler le péché de tous, pour notre salut, mais aussi, accéder par le Christ à toutes les richesses d’Israël en face de qui les nations ont à s’examiner - « N’est-ce pas le peuple juif qui a été le témoin le plus visible de l’eschatologie pendant quinze siècles d’Europe ? » (p. 174). On ne résume pas des paroles de feu où se martèlent, dans l’actuel choc des cultures, les questions qui conditionnent l’avenir ; on tâche de les entendre, quelle que soit notre stupeur. Leur dernier mot est une bénédiction. - N. HAUSMAN, S.C.M. 

-PLETTNER, Cl., Le corps bouleversé. Choisir le célibat, Paris, Desclée de Brouwer, 2002, 21 x 15 cm, 210 p., 20,00 €.

Sous ce titre superbe, l’auteur écrit, dans un style souvent exceptionnel, un remarquable ouvrage de combat sur un sujet particulièrement délicat. « L’avant tout » ou introduction le fait constater : « dans la rareté de paroles actuelles sur le célibat choisi, très peu paraissent sonner juste » (p. 23). On lui saura donc gré d’avoir tenté l’entreprise, particulièrement réussie, nous paraît-il, dans les deux premiers chapitres : « La mémoire courte », qui tord le cou au poncif du mépris de la sexualité chez les premiers auteurs chrétiens, « Saint Paul et l’invention du corps », qui constitue un brillant commentaire de la première (et capitale) lettre aux Corinthiens. Il me semble qu’ensuite, l’inspiration tourne plus court. Le troisième chapitre veut faire son miel des interprétations de théologiens récents, J.M.R. Tillard d’une part, L. Boff, d’autre part, pour finir par montrer les « convergences différenciées », disons, du mariage et du célibat. Le quatrième chapitre s’appuie sur J.B. Metz, pour tirer parti du fait que le célibat « n’est pas une réalité personnelle n’engageant que soi », mais peut faire sens, comme « forme institutionnalisée d’un souvenir dangereux » (p. 153) - « il rappelle que pour les hommes et les femmes seuls et oubliés, notre espérance attend aussi un accomplissement qui sera donné par la puissance transformante de Dieu » (p. 164). Au fur et à mesure qu’elle déploie ses conséquences, cette « dimension subversive » nous trouve de plus en plus réservée. Est-il vrai que « la théologie du célibat à cause du Christ » a toujours été élaborée par des vainqueurs, quand il était librement choisi, alors que le fait de subir un célibat non désiré « place dans une proximité effective avec ceux qui éprouvent le manque et la faiblesse » (p. 167 ; cf. p. 168-169) ? Le cinquième et dernier chapitre (« Retour au sujet ») laisse encore plus perplexe, non parce qu’il montre du travail de désillusion propre à tout état de vie, mais parce qu’il ouvre, dans « l’après-coup » (ou conclusion) sur l’idée d’une rupture d’alliance permet de découvrir un Dieu de miséricorde « qui laisse vivre les transgressions nécessaires à la croissance » (p. 195) ; s’agit-il d’encourager à la double vie ? Bref, on veut bien que « le manque ne manquera pas », dans cette condition qu’on choisit aussi par et pour autrui, mais la passion du Christ nous semble engager, plus que notre rapport à la violence (p. 203), un autre essentiel, celui de l’impossible fidélité donnée par Dieu à celui qui n’en avait aucunement les moyens. Une « petite bibliothèque » assez éclectique achève cet ouvrage, où les notes sont malheureusement reportées en fin de chapitre. - N. HAUSMAN, S.C.M.