Comptes rendus de livres...

Ethique


GUEULETTE, J.-M., L’amitié, une épiphanie, Paris, Cerf, 2004, 13,5 x 21,5 cm, 336 p., 29,00 €.

A travers une approche diversifiée (anthropologique, théologique, spirituelle), l’A. cherche à définir l’amitié, en la dégageant tant de l’amour amoureux que de l’homosexualité. Reconnaissance mutuelle, gratitude et élection constituent trois facettes de l’amitié qui se retrouvent dans les amitiés de Jésus. Quant aux nôtres, le Christ y est le tiers (Aelred) vers lequel elles s’ouvrent et dans lequel elles se vivent. On perçoit alors que l’amitié est même un mode de relation au Christ, que la théologie récente a tendance à négliger mais qui peut se révéler fécond. A la croisée du mystère de Dieu et du mystère de l’homme, l’amitié est comprise comme « une manifestation donnée à l’homme pour lui laisser percevoir un aspect du mystère » (p. 291). Le dialogue constant avec la tradition théologique et l’enracinement dans l’Ecriture sont le témoignage d’une recherche stimulante d’un grand équilibre. L’ouvrage, fruit d’une thèse de doctorat dirigée par le regretté X. Lacroix, se termine par une imposante bibliographie (p. 297-328). - G.P. BOVENS, O.PRÆM.

Prière et liturgie


DE CAGNY, O., Les prières eucharistiques, Paris, Parole et Silence, 2003, 14 x 21 cm, 150 p., 13,00 €.

Les quatre prières eucharistiques du Missel romain sont présentées à partir de leur structure commune en huit parties, de l’action de grâce à la doxologie. Leur commentaire per ritus et preces (SC 48) met en lumière les réminiscences bibliques et est illustré ci et là par les textes patristiques.S ’il se réfère d’abord à la version française, l’A. tient compte tant du texte latin original que des traductions dans les principales langues européennes. Les notions historiques sont réduites à l’essentiel. On pourra regretter que le livre ne manipule pas avec davantage de précautions le concept de « consécration » lié au récit de l’institution. Mais sans doute faut-il se rappeler que l’A. s’adresse à un large public - G. P. BOVENS, O.PRÆM.

OUDOT, C.-M., SIMONSEN, M., Noël en Europe - Nativité ou nuit magique des cadeaux, crèches ou sapins, réveillons et repas de fête ? Comment les Européens fêtent Noël au Danemark, en Espagne, en Russie..., « En quête de recherche », Strasbourg, Ed. du Signe, 2003, 15 x 21 cm, 112 p.

Noël est aujourd’hui la fête chrétienne de loin la plus populaire en Occident, bien au-delà du cercle toujours plus restreint des pratiquants réguliers. Elle évoque à la fois crèches, sapins, cadeaux, paix... et naissance de l’Enfant-Dieu. Ce sont ces différents aspects que le présent ouvrage nous invite à (re) découvrir, en nous conviant à un voyage qui nous mène aux quatre coins du continent européen, nous introduisant successivement aux multiples manières de vivre les grandes étapes du temps de la Nativité, de l’Avent à la Chandeleur, et aux diverses composantes de la « culture de Noël » proprement dites (personnages, légendes, célébrations...). Joliment illustré, s’appuyant sur de nombreux récits et traditions populaires, ce petit livre séduira davantage par la multiplicité de ses anecdotes que par la profondeur de son analyse. - B. MALVAUX, S.J.

Questions


MANARANCHE, A., Déclin ou sursaut de la foi ? Paris, Le Sarment, 2002, 20,5 x 14 cm, 172 p., 15,00 €.

Le père A. M. fait preuve, dans cet ouvrage, d’un solide optimisme. Il s’adresse aux jeunes mais aussi aux adultes qui posent de vraies questions. Sa préoccupation est missionnaire : comment garder le cap dans une société qui s’écarte toujours davantage de la foi ? Le déclic qui a provoqué cette publication est le choc qu’engendra chez lui la découverte de la schizophrénie qui sépare, aujourd’hui, en bien des croyants le chrétien fervent et l’intoxiqué par les idées à la mode. Le thème développé, qu’exprime le titre, répond au défi lancé par cette expérience : la vulnérabilité de l’Amour de Dieu exposé aux fantaisies humaines. On se laissera convaincre par l’espérance théologale qui traverse toutes les pages, même si parfois on hésite à suivre l’A. dans chacune de ses analyses ou dans le ton plus d’une fois utilisé. - H. JACOBS, S.J.

ZUNDEL, M., L’athéisme, un malentendu, coll. « Vivre l’Evangile avec Maurice Zundel », Versailles, Ed. Saint-Paul, 2002, 47 p., 5,00 €.

ZUNDEL, M., L’Eucharistie, éviter les malentendus, coll. « Vivre l’Evangile avec Maurice Zundel », Versailles, Ed. Saint-Paul, 2002, 47 p., 5,00 €.

La collection « Vivre l’Evangile avec Maurice Zundel » présente en de courts opuscules des citations et des textes brefs de ce grand maître Renseignements bibliographiques spirituel (1897-1975). Après quelques pages d’Andrée Gérard sur M. Z. et l’athéisme, on trouvera dans le premier de ces fascicules des extraits des penseurs connus, entremêlés d’autres qui proviennent de divers écrits de M. Z. Dans le deuxième, qu’il faudra évidemment compléter par l’ouvrage de Paul Debains, Un autre regard sur l’Eucharistie (Le Sarment, 2001) où la spiritualité eucharistique de M. Z. est largement exposée, on trouvera des citations de ce dernier, suivies du texte inédit d’une homélie qu’il donna à Genève le 6 février 1966. - H. JACOBS, S.J.

DELUZ, G., La Résurrection de Jésus. Croire et comprendre, coll. « Essais bibliques » 33, Genève, Labor et Fides, 2003, 22,5 x 15 cm, 146 p., 21,00 €, 28,00 CHF.

Pasteur et théologien dans la région de Neuchâtel, l’A. livre ici le miel de ce qu’il a découvert (il fut l’élève du grand Bultmann, et prédicateur de renom). Comment, avec quels mots, en faisant appel à quelle expérience, comment traduire l’incompréhensible suprême, celui de la résurrection du Christ ? Pour l’A., il est essentiel que « le crucifié ressuscite dans nos coeurs, comme il est ressuscité dans le coeur des disciples. Voilà le miracle de Pâques » (p. 94). C’est évidemment un peu court ! En fait, pareille approche exacerbe l’intériorisation de l’événement pascal et évacue la réalité de l’histoire. D’ailleurs, l’A. se demande sans cesse si « les apparitions relatées... correspondent à des faits historiques » (p. 77). Cela bouscule et choque le croyant renvoyé à sa subjectivité. Pour G. Deluz comme pour son maître Bultmann, l’enjeu est et reste l’invitation à croire par conviction personnelle, à se laisser « aimer Jésus » et le servir. C’est considérablement réduire la foi des disciples, et de surcroît la nôtre. - E. ROUSSEAU.

Spiritualité


MC NEIL, B., De l’Imitation de Jésus Christ, coll. « Classiques du christianisme », Paris, Cerf, 2002, 19,5 x 12,3 cm, 19,00€. Ces dernières années, l’Imitation de Jésus Christ a été largement délaissée par les chrétiens. Il s’agit là, pourtant, d’un texte qui eut une influence considérable dans l’Eglise et que le présent ouvrage permettra peut-être de remettre en honneur. Né en Ecosse en 1952, chanoine régulier de Windesheim, l’A. est curé à Munich. Il nous donne ici de l’Imitation une présentation substantielle, s’attachant à en retrouver les origines et à en mettre en lumière les principaux thèmes. On notera que, contrairement à l’A. qui attribue l’Imitation à Jean Gersèn, abbé bénédictin du XIIe siècle, Madame G. Epiney-Burgard, dans une postface, montre les difficultés de cette attribution et restitue son dû de manière plus classique à Thomas a Kempis. L’A. insiste par ailleurs sur le fait que le thème de l’imitation du Christ n’est pas central dans l’oeuvre qu’il analyse mais bien celui de la relation unissant Jésus au croyant. Quant Comptes rendus au terme « Croix », il y évoque surtout l’effort individuel d’ascèse du chrétien plutôt que la mort salvatrice du Seigneur, effort qui n’est, bien sûr, jamais séparé de Jésus et que le croyant accomplit aujourd’hui avec le Sauveur. Un regret : que la bibliographie ne soit pas un peu plus fournie. - H. JACOBS, S.J.

JEAN DE LA CROIX, La vive Flamme d’Amour, coll. « Sagesses chrétiennes », Paris, Cerf, 2002, 19,5 x 12,5 cm, 178 p., 25,00 €.

Deux soeurs de la Providence de la Pommeraye et le père Jean-Pierre Thibaut, carme, présentent et traduisent le célèbre opuscule de saint Jean de la Croix, dont le titre rappelle le premier vers exclamatif qui ouvre le poème et son commentaire : « O vive flamme d’amour ! » Puisque les pages qui commentent les strophes ont été à coup sûr rédigées en 1584 par le Docteur du carmel, à la demande de Doña Ana de Peñalosa, le poème l’a très vraisemblablement été aussi. C’est le troisième poème majeur du saint, après le Cantique spirituel et La Nuit obscure. C’est également le plus court : quatre strophes de six vers. Les thèmes centraux en sont la dimension trinitaire de la vie mystique, le rôle de l’amour ardent, l’action du Saint-Esprit et la tension vers le ciel. C’est la traduction de la seconde rédaction B qui nous est proposée, mais les variantes qui la distinguent du texte A sont signalées en bas de page. - H. JACOBS, S.J.

NOUWEN, H., La compassion, Namur, Ed. Fidélité, 2003, 19 x 12 cm, 72 p., 7,95 €.

Introduite par le père A. de Jaer qui lui donna alors les Exercices, cette brochure recueille trois article du regretté H. Nouwen, avant, pendant et après une « époque cruciale de sa vie ». Le premier, paru dans Vie consacrée, médite le mystère de la compassion divine ; le second contemple la compassion du Coeur du Christ ; le troisième plonge derechef au coeur de la compassion de Dieu, celui qui a pu accueillir la faiblesse humaine. Un petit ouvrage qui fait entendre une grand voix. - N. HAUSMAN, S.C.M.

Témoins


BERGER, B.-B., Madeleine Daniélou (1880-1956), coll. « Histoire-Biographie », Paris, Cerf, 2002, 23,5 x 14,5 cm, 328 p., 25,00 €.

Madeleine Clamorgan (1880-1956), issue d’une grande famille normande, épousa Charles Daniélou, qui fut ministre de Briand, et dont elle eut le futur cardinal Jean Daniélou et le musicologue hindouiste Alain Daniélou. Elle fut l’une des premières agrégées de France et se révéla une éducatrice et une enseignante de première valeur. Toute dévouée au rayonnement de sa foi, elle fut à l’origine des collèges Sainte-Marie qui voulaient unir de manière neuve l’humanisme et les traditions des grands ordres enseignants avec les méthodes et les programmes de l’université. Fondatrice de l’Association de Saint-François Xavier, elle fut une grande spirituelle qui sut traduire l’esprit de saint Ignace pour notre temps. L’A. nous en présente ici une très riche biographie, documentée à souhait, où se lit une page inoubliable de l’Eglise du XXe siècle. - H. JACOBS, S.J.

FELDMAN, C., Mère Teresa, Saint-Maurice, Ed. Saint-Augustin, 2002, 21 x 14 cm, 129 p., 18,00 €.

Une biographie de plus sur Mère Teresa ! Elle est l’oeuvre d’un écrivain allemand. C’est la 4e édition datant de 1997 qui est ici traduite. Elle se lit aisément. Dépourvue de notes, elle raconte les faits et gestes de son éroïne mais s’attache surtout à révéler la signification profonde de son action comme de celle de ses religieuses. - H. JACOBS, S.J.

HÉMERY, J., (sous la direction de), Marie, la mère des disciples. 25 témoins de la spiritualité mariale, Paris, Pierre Téqui, 2002, 20 x 14 cm, 334 p., 23,00 €.

Vingt-cinq nouveaux témoins de la spiritualité mariale sont ici présentés, après les vingt-cinq autres déjà évoqués dans un premier recueil (2000). Jean Hémery, montfortain, est le maître d’oeuvre et l’auteur principal de ces portraits. On y trouvera des figures évangéliques comme celles de saint Joseph et d’autres qui vont de saint Augustin à l’époque actuelle. Certaines sont très connues, comme saint François ou sainte Catherine Labouré, d’autres le sont moins, en tout cas chez nous, comme le Père Nazario Perez, s.j. (1877-1952, en Espagne) et Alphonse Lambe (1932-1959, irlandais). On notera la grande justesse de l’expérience mariale dont témoignent ces pages : toujours « en référence à un vécu spirituel et apostolique » - H. JACOBS, S.J.

HENNING, C., Vous, c’est la charité. Biographie de Mgr Jean Rodhain, coll. « Un homme, une vie », Paris, Le Sarment, 2002, 23,5 x 15 cm, 258 p., 17,50 €.

Après les ouvrages de Jean Colson et Charles Klein (1981 et 1984), après celui de Jean-Marie Lévrier-Mussat (2000), voici une nouvelle étude sur la vie et l’âme de celui qui, durant trente ans, consacra son énergie au Secours catholique qu’il avait fondé en 1945. Jean XXIII nous a donné la clé qui introduit au coeur de ce prêtre en l’accueillant par ces mots : « Vous, c’est la charité ! » Né à Remiremont en 1900, il est mort à Lourdes en 1977. L’A. a recueilli toute la documentation disponible ; surtout il a mis à profit les écrits de Jean Rodhain pour exprimer son message le plus fondamental : « La charité n’est ni périmée, ni anachronique... (Elle) ne passe pas. Elle est en avant, en plein vent ». - H. JACOBS, S.J.

PETITS FRÈRES DE JÉSUS, Frères au coeur du monde. A la suite de Charles de Foucauld. Lettres des fraternités (1960-2002), Paris (22-24, boulevard Arago, FR-75013 Paris), Karthala, 2002, 21,5 x 13,5 cm, 420 p., 25,00 €.

C’est en 1950 que René Voillaume écrivit Au coeur des masses. Depuis un demi-siècle, les Petits frères de Jésus, dans le monde entier, ont vécu l’Evangile à la lumière de Charles de Foucauld. Ils sont aujourd’hui au nombre de deux cent quarante, de trente nationalités différentes, vivant en fraternités dans quarante-deux pays. Diaires et lettres, durant ces cinquante années d’histoire, ont consigné et ont fait connaître mille aspects de leur existence. Celle-ci n’a d’autre vocation que de rappeler que « l’inspiration profonde de toute mission chrétienne... est liée à une forme de vie, enracinée dans l’expérience de Dieu, en appelant à une présence fraternelle de don aux autres ». Ont été ici rassemblées, de tous les continents, de nombreuses lettres qui, de 1960 à 2002, témoignent, à la suite des quatre volumes des Lettres aux fraternités (publiées en 1960, 1966 et 1974), de cette « vie fraternelle contemplative au coeur du monde ». Rappelons qu’à côté des Petits frères de Jésus une vingtaine d’instituts s’efforcent également de vivre en se conformant au « modèle unique ». - H. JACOBS, S.J.

SANSON, C., Marie de la Trinité. De l’angoisse à la paix, coll. « Histoire/ Biographie », Paris, Cerf, 2003, 23,5 x 15,5, 318 p., 27,00 .

De soeur Marie de la Trinité, qui fut, à n’en pas douter, l’une des grandes mystiques du XXe siècle, nous avions trois volumes d’extraits tirés de ses écrits (Arfuyen, 2002 et 2003), et Filiation et sacerdoce chrétien Lethielleux, 1986). L’A., qui appartient à la Congrégation des Dominicaines missionnaires des campagnes comme son héroïne, a mis toute sa compétence d’historienne à présenter sa consoeur, s’appuyant sur l’ensemble des manuscrits, correspondances et témoignages de la religieuse conservés par leur institut. Paule de Mulatier, née en 1903 dans une famille bourgeoise de Lyon, entre, sur le conseil d’un prêtre, malgré son attrait pour le Carmel, chez les Dominicaines missionnaires, de fondation récente. Elle connut tous les tracas et les responsabilités d’une vie apostolique dans une congrégation toute nouvelle. Mais l’appel contemplatif s’enracinait en elle à travers les aléas douloureux d’une grave névrose qui la mit en contact avec divers psychothérapeutes dont Lacan. Une grâce particulière devait cependant naître de cette épreuve de Job : la maladie lui ouvrit les yeux sur l’expérience religieuse et spirituelle. Après sa guérison, elle se mit elle-même à s’initier à la psychologie, ce qui lui permit d’aider les autres. A la fin de sa vie, après de nouvelles difficultés communautaires, elle obtint de vivre la vie érémitique durant les neuf années qui précédèrent sa mort d’un cancer. - H. JACOBS, S.J.

Vie consacrée


TORCIVA, M., Il segno di Bose, Asti, Piemme, 2003, 13 x 21 cm, 132 p., 9,90 €.

Dans le contexte global de crise qui caractérise la vie consacrée aujourd’hui en Occident, la communauté de Bose est un des lieux de vie qui suscitent intérêt et espérance. Mieux faire connaître cette communauté hors du commun, tel est l’objectif poursuivi par l’A., prêtre spécialisé dans l’étude des nouvelles communautés monastiques italiennes. Après un rappel historique des grandes étapes du développement de la communauté de Bose - et de la vie de son fondateur, Enzo Bianchi, l’A. s’attache à mettre en évidence les traits constitutifs de cette communauté de type nouveau : constituée d’hommes et de femmes, de catholiques, de protestants et d’orthodoxes, pleinement insérée dans l’Eglise locale, centrée autour de la Parole, Bose est bel et bien atypique à de multiples égards. Une interview d’Enzo Bianchi conclut l’ouvrage, situant Bose dans la perspective plus large de l’évolution actuelle du monachisme. - B. MALVAUX, S.J.

DELIZY, B., Vers des « Familles évangéliques ». Le renouveau des relations entre chrétiens et congrégations, Paris, Ed. de l’Atelier, 2004, 29,5 x 21 cm, 586 p., 48,00 €.

« Au moment où ces pages sont écrites [...], les quelques Familles qui ont entrepris ces derniers temps une démarche de reconnaissance familiale auprès des instances de l’Eglise en sont au temps du dialogue et non à celui de la reconnaissance canonique » (p. 464 ; avec le correctif de l’avant-propos cependant). C’est dire que l’auteur s’est courageusement aventurée, sur un sujet tout neuf, à des investigations aussi précieuses que leur exégèse est risquée. La reproduction intégrale d’une thèse de théologie étant rarement passionnante, le lecteur pressé ira de suite au chapitre V, qui trace des « chemins d’interprétation » (une typologie) dans le matériel patiemment rassemblé jusque-là : le phénomène des « laïcs associés » au « charisme » d’un institut de vie consacrée ayant pris une dimension universelle (ch. I), ce chantier a pu faire l’objet d’une enquête dans plus de 110 groupes institués (ch. II), ce qui montre comment « le temps des commencements » (ch. III) a fait place à d’autres types de relations et d’appellations (ch. IV). En fait, « la mission est le noeud constitutif des Familles évangéliques » (ch. VI), où l’on devient disciple de Jésus Christ à la manière d’un fondateur, ou « dans une ligne évangélique particulière dont le fondateur est figure d’appel » (ch. VII). La considération d’articulations familiales diverses (faire une seule Famille, avoir des liens organiques avec un institut) permet, au passage, d’entendre l’éclosion des Communautés nouvelles comme un phénomène jumeau de ces manières nouvelles d’être chrétiens ensemble dans la société (ch. VIII). En conclusion, des Comptes rendus pistes sont tracées pour un renouveau de la théologie de la vie religieuse, puisque « les Familles évangéliques provoquent d’abord à regarder les instituts en tant que communautés ecclésiales » (p. 491). Six annexes permettent d’évaluer le sérieux du travail d’enquête, avant une double bibliographie, spécifique et générale. Un travail de pionnier donc, qui s’enrichit de multiples schémas, sans compter les documents magistériels ou officiels utiles, et cite une fois notre revue pour s’en démarquer (p. 484). L’avenir dira si cet immense sujet valait un tel défrichement, ou n’était qu’un épisode tout relatif d’une déliquescence programmée. - N. HAUSMAN, S.C.M.

ARNAIZ, J.-M., Pironio. Contagiar la fe en el mundo de hoy viviendo la esperanza, Buenos Aires, Paulinas, 2002, 296 p., 23 x 15,5 cm.

Parmi les hommes d’Eglise qui marquèrent le XXe siècle, le cardinal Pironio n’occupe certainement pas la moindre place. Prêtre d’origine argentine, nommé évêque à l’époque du concile, secrétaire du CELAM, il marqua plus spécialement l’Eglise universelle par les fonctions qu’il occupa à la curie romaine à partir de 1975, comme préfet de la Congrégation pour les religieux et les instituts séculiers, d’abord, comme président du Conseil pontifical pour les laïcs et de la Commission pontificale pour la pastorale de la santé, ensuite. L’A. de cet ouvrage, ancien supérieur général des marianistes, a bien connu le cardinal Pironio et souhaite ici à la fois lui rendre hommage et faire connaître son message. Un message dont Eduardo Pironio rayonnait tant par ses écrits et discours que par l’exemple même de sa vie, au point de pouvoir être qualifié de véritable « visite du Seigneur » pour tous ceux qui avaient la chance de le fréquenter. Après avoir retracé brièvement les différentes étapes de la vie du cardinal Pironio, l’A. s’attache à faire revivre l’homme, dans toute la richesse de sa personnalité : l’homme d’espérance, attentif aux signes de vitalité de l’Eglise post-conciliaire, l’homme de foi, habité par un sens profond de la présence de Dieu, mais aussi l’homme d’écoute et de relation, profondément présent à la société de son temps et aux personnes qu’il lui était donné de rencontrer. La dernière partie de l’ouvrage, présentée sous forme de lecture priante, permet au lecteur de se familiariser davantage avec la pensée du cardinal, grâce à un florilège de textes et d’interventions où transparaissent les grandes richesses, naturelles et surnaturelles, dont était habité le prélat. Voilà donc un bel ouvrage, à la fois profond et aisément accessible, dont on ne peut que souhaiter qu’il porte de bons fruits. - B. MALVAUX, S.J.

PARDILLA, A., Vita consacrata per il nuovo millenio.Concordanze, fonti e linee maestre dell’Esortazione apostolica « Vita consecrata », Roma, Libreria editrice vaticana, 2003, 24,5 x 16,5 cm, 1432 p., rel., 75,00 €.

Il fallait, pour une exhortation apostolique aussi décisive, un instrument de travail qui aille au-delà des index habituels. C’est chose faite avec la parution de cet ouvrage impressionnant, malheureusement limité à la langue italienne. On y trouve une nouvelle publication du texte de Vita consecrata, enrichi de multiples révisions. Suivent plus de mille deux cents pages grand format consacrées à la Concordance du texte, où chaque terme est représenté par de larges citations. La troisième partie nous semble plus utile encore, puisqu’elle identifie, en retournant au texte latin officiel et tardif, les sources de l’exhortation, à commencer par les citations scripturaires (il y en a 186), dont le commentaire souligne les particularités ; les autres sources sont ensuite présentées : écrivains ecclésiastiques (29, pour 45 occurrences), sources liturgiques (4), canoniques (14 canons pour le Code latin, 7 pour le Code oriental) ; documents magistériels d’avant Vatican II (4), contemporains du Concile (2), conciliaires (87 références), du magistère précédant le Synode (23 documents), du Synode (toutes les propositions sont assumées sauf la 54e sur la collaboration post-synodale) et des audiences générales du Pape (6), du magistère post-synodal (5 documents). La quatrième partie tente de souligner les 25 lignes maîtresses de l’exhortation, un trop grand nombre sans doute, qu’il aurait fallu condenser. Une « tabelle » des termes les plus fréquents (201) permet de vérifier, finalement, le champ sémantique d’un document que « Repartir du Christ », note fort justement l’introduction, a confirmé comme essentiel. - N. HAUSMAN, S.C.M.

CENCINI, A., Les sentiments du Fils. Le chemin de formation à la vie consacrée (Recherches carmélitaines), Toulouse, Ed. du Carmel, 2003, 21,5 x 15 cm, 272 p., 23,00€.

Traduit de l’italien, ce petit traité sur la formation aux commencements de la vie consacrée se fonde sur des présupposés pédagogiques et psychologiques très explicites. Les schémas multiples simplifient sans doute à l’extrême une proposition qui trouve sa force dans son modèle théologique : le chemin de formation est construit sur le mystère pascal (ch. I), il connaît la médiation du formateur, de la communauté éducative (avec un supérieur distinct), d’un environnement fait de cohérence et de beauté, mais aussi d’un contexte ouvert où ne manque pas le temps libre (ch. II). La formation humaine suppose des passages, notamment dans le domaine de la mémoire et de la consistance propre (ch. III). La dimension spirituelle implique que l’on accepte d’agir dans la foi avant de comprendre (ch. IV). La formation au charisme doit montrer au jeune que « sans cette histoire (fondatrice), son moi serait une énigme insoluble » (p. 165 ; ch. V). De la part du jeune, diront les autres chapitres, il importe de reconnaître la vérité du « moi actuel », pour aller à la découverte du « moi relationnel », libéré du « moi idéal ». Ainsi peut poindre « l’homme nouveau », libre de coeur, confiant dans l’accompagnement qui permet de reconnaître le Christ sur ce chemin de Jérusalem à Emmaüs. Le point d’arrivée, selon la finale, consiste en la capacité de l’expérience (spirituelle) à s’identifier aux sentiments de Jésus, aussi bien qu’en une vie de communauté où le chemin de formation de chacun devient le chemin de rencontre de tous (et vice versa). Un vrai programme, dont les moyens (ou leur transposition dans d’autres registres) sont chaleureusement recommandés. - N. HAUSMAN, S.C.M.

ABBAYE DE SEPT-FONS, Père Jérôme, moine. Vrai portrait incomplet, Préface du Frère M.-Nicolas, Abbaye de Sept-Fons, 2002, 296 p.

Richement illustré, parfaitement réalisé, cet album photographique qu’agrémentent quelques textes est destiné à faire connaître les traits d’un spirituel dont l’oeuvre a influencé, de proche en proche, plus d’un chercheur de Dieu. La voie cistercienne, serait-elle derechef celle des indéfectibles amitiés ? - N. HAUSMAN, S.C.M.

Vie de l’Eglise


AA. VV., Les communautés ecclésiales vivantes et l’inculturation, Mbalmayo, Centre d’Etudes Redemptor Hominis, 2003, 116 p.

Depuis une cinquantaine d’années, l’Eglise - et particulièrement l’Eglise africaine - a connu un grand développement des communautés chrétiennes locales, qu’on les appelle communautés ecclésiales de base (CEB) ou communautés ecclésiales vivantes (CEV). Ces CEV, dans la ligne de l’ecclésiologie promue par Vatican II, visent à constituer des communautés chrétiennes à taille humaine et à favoriser le passage d’une Eglise structurée de haut en bas à une Eglise communion, où laïcs et clercs participent ensemble à l’oeuvre commune. L’ouvrage recensé ici regroupe plusieurs contributions de théologiens et de pasteurs sur le développement des CEV en Afrique, particulièrement au Congo. On appréciera particulièrement la présentation des divers documents magistériels traitant des CEV, tout en regrettant qu’elle ne s’accompagne d’une analyse plus fouillée des CEV aujourd’hui, dans leurs richesses mais aussi dans leurs limites, voire leurs impasses, qui n’apparaissent pas à la lecture de l’ouvrage mais sont pourtant bien réelles. Paradoxalement, la contribution qui nous a paru la plus percutante est précisément celle qui ne traite pas directement des CEV, à savoir l’article du professeur Neckebrouck, consacré à l’inculturation, qui met bien en évidence la complexité des relations entre Afrique et Occident et, parallèlement, la difficulté d’une inculturation adaptée à la situation réelle des cultures africaines aujourd’hui. - B. MALVAUX, S.J.