Comptes rendus de livres ...

Fondement


-LAFONT Gh. Promenade en théologie, Paris, Lethielleux, 2003, 248 p.,15,07 €.

Prenant appui sur les illustres théologiens qui, l’âge avançant, ont proposé au public une synthèse plus maniable de leurs travaux antérieurs, le père Ghislain Lafont, bénédictin de la Pierre-qui-Vire, donne ici la substance simplifiée de son enseignement théologique sous la double forme du parcours et de l’esquisse. La promenade, commençant par les Ecritures et se prolongeant par la théologie mystique des Pères et l’humanisme chrétien médiéval, prend le temps de s’attarder sur la Modernité, jugée à la fois conquérante et malheureuse. Ainsi se mettent en place les données d’aujourd’hui (« l’histoire n’oublie rien, mais intègre tout », p. 198) que reprend l’esquisse où s’approfondissent deux thèmes décisifs en théologie fondamentale : le temps (dans l’Alliance), l’être (dans la Création). La conclusion prend l’heureuse forme d’un paisible aveu d’impuissance : l’esprit humain ne peut unifier dans le discours théologique total les deux langages qui lui sont pourtant indispensables, celui de l’histoire et celui de l’être. On saura gré à l’A. d’avoir judicieusement illustré le propos en montrant que son choix (moderne) de l’histoire ne peut manquer - métaphysique oblige - le rendez-vous de l’être. - X. DIJON, S.J.

Ethique


-DESCOUVEMONT P., Lettre à une enfant prodigue. Ne te décourage pas, Paris, Ed. de l’Emmanuel, 2004, 21 x 13 cm, 90 p.

L’A. retrouve sous l’angle de l’aventure spirituelle son intuition d’écrivain qui rencontre les difficultés de la foi et de la vie quotidienne du chrétien ordinaire, celui et celle qui mesure l’hiatus entre ses faiblesses et l’appel à la sainteté. Ses conseils paternels sont adressés en style direct à celui qui pense à ses fautes d’hier (I), qui constate sa faiblesse d’aujourd’hui (II), qui semble être devant un avenir bouché (III). L’a. s’emploie à encourager l’âme, à la fortifier en insistant sur la gratuité de l’amour de Dieu. Quelques phrases de sainte Thérèse ponctuent fort à propos le rythme de ces pages simples qui peuvent soutenir le combat spirituel de beaucoup et lutter contre la désespérance ou l’acédie. Un conte en épilogue, reprend la dynamique du livre. - A. MATTHEEUWS, S.J.

Histoire


-AUDISIO G., CHIARA A., Les fondateurs de l’Europe Unie selon le projet de Jean Monet, Robert Schuman, Konrad Adenauer, Alcide de Gasperri, Paris, Salvator, 2004, 21 x 14 cm, 248 p., 19,00 €.

Paru d’abord en italien, ce volume comporte les biographies, en quelque 60 à 80 p. chacune, de ces hommes politiques qui se distinguèrent à la fois par leur engagement dans la construction de l’Europe, basée entre autres sur la réconciliation de pays longtemps ennemis, et par l’affirmation nette, mais respectueuse des autres sensibilités philosophiques, de leurs convictions chrétiennes, au point que le Français et l’Italien font l’objet d’un procès en vue de leur béatification. L’ouvrage est destiné à un très large public et permet un premier contact sérieux avec ces trois personnalités, même s’il a parfois des accents un peu trop hagiographiques. - B. JOASSART, S.J.

-DINET D., MORACCHINI P. Soeur Marie-Emmanuel PORTEBOS, Jeanne de France et l’Annonciade (coll. « Histoire »), Paris, Cerf, 2004, 14 x 23,5 cm, 510 p., 43,00 €.

Ce volume rassemble les communications faites au cours d’un colloque destiné à commémorer le 5e centenaire de la fondation des Annonciades par la fille de Louis XI et le franciscain Gilbert Nicolas, sans doute moins connu. Et il est loin de suivre l’usage souvent adopté dans ce type de manifestation : être un fourre-tout. Au contraire, il est riche d’études sérieuses, d’autant que son architecture est parfaitement rigoureuse : rappel de la biographie des fondateurs, naissance et diffusion de la congrégation, enfin certains prolongements jusqu’à nos jours. Certes, les premiers destinataires sont des praticiens de l’histoire religieuse, qui seront certainement intéressés entre autres par l’historique de la canonisation de Jeanne de Valois, présenté par Ch. Renoux, l’analyse de ses miracles par M. Frère, ou encore par les annexes relatives à l’iconographie de l’Annonciade (qui complète fort utilement un exposé sur le sujet par M.-Fr. Jacobs) et le relevé des monastères depuis les origines à nos jours. Quelques développements sont plus spécifiquement centrés sur les contours de la spiritualité de l’Annonciade (cf. en particulier la communication d’H. Jacobs sur « L’intuition spirituelle de Jeanne de France »), qui ne pouvait bien évidemment qu’informer la manière dont est vécue la vie religieuse au sein de cette congrégation. Ce sont là autant d’occasions de (re)découvrir cette spiritualité alliant principalement l’héritage franciscain, ainsi que la dévotion à Sainte Radegonde, servante des pauvres, la Devotio moderna, et les apports reçus par la fréquentation de François de Paule, au fondement premier de la congrégation, qu’est la dévotion à la Vierge Marie mise en évidence autour des « dix plaisirs » de la Vierge, c’est-à-dire les dix vertus qu’elle pratiqua et que nous pouvons connaître grâce aux passages évangéliques où intervient Marie. Cet enracinement scripturaire permet d’ailleurs de mieux comprendre que toute dévotion à la Mère de Dieu n’est authentique que si elle conduit au Christ. - B. JOASSART, S.J.

Conférence des supérieurs majeurs en France


-Les Congrégations religieuses et la société française,d’un siècle à l’autre. Actes du Colloque des 17-18 octobre 2003, Maison de la Chimie, Paris, Editions don Bosco, 2004, 14,5 x 21 cm, 340 p.

« Les congrégations démantelées, partagées entre l’exil et la sécularisation, provoquées à une remise en cause de leur identité et de leur rôle social » : tel fut le résultat des Lois anticongréganistes (1901-1904) votées en France il y a cent ans dont le brillant Colloque de Paris a voulu chercher les tenants et aboutissants - il se pourrait que cette leçon de l’histoire éclaire les temps présents, où le spirituel ne fait pas moins question à la société. Après une première partie situant les Congrégations et l’Etat dans leurs positions réciproques, diverses réponses à la « proscription » sont évoquées, sous forme de petites monographies : les jésuites, les dominicains, les frères enseignants... Epinglons l’étude d’E. Dufourcq sur les congrégations féminines (pour leur dissémination hors frontière, mais aussi pour la lettre inédite de Ch. de Foucauld qu’elle recèle) et celle de M. Luirard au sujet des religieuses du Sacré- Coeur (comme exemple d’un refus de transiger). Une troisième partie, tout aussi passionnante, s’intéresse à la « réintégration », avec les variations propres à l’enseignement catholique (P. Malarte) et au monde de la santé (A. Le Roux). Le Colloque se terminait, comme l’ouvrage, sur la question : « Qu’est-ce qu’une Congrégation aujourd’hui ? », puisque le concept n’est plus canonique (le Code parle d’institut), mais qualifie des groupes bouddhistes ou hindouistes. La liste des vingtcinq intervenants dit à elle seule l’interdisciplinarité des interventions dans une cause qui est loin d’être achevée. - Noëlle HAUSMAN, S.C.M.

Spiritualité


-BÖCKMANN, A. Apprendre le Christ. A l’écoute de saint Benoît. Coll. « Vie monastique » no 41, Bégrolles-en-Mauge, Abbaye de Bellefontaine, 2002, 21 x 15 cm, 372 p., 21,00 €.

Toute personne qui s’intéresse à saint Benoît et à sa Règle, ne peut que se réjouir de la publication de cet ouvrage : les études solides et approfondies de soeur Aquinata Böckmann sont toujours stimulantes, et invitent le lecteur à prendre à son tour ses crayons de couleur pour une analyse serrée des textes, selon la méthode chère à cette grande connaisseuse de la Règle de Benoît ! Ces articles sont destinés à tous ceux qui doivent interpréter, commenter la Règle, mais aussi à ceux qui désirent l’étudier sérieusement, la méditer pour eux-mêmes. Le volume s’articule en deux parties. La première partie se compose d’une étude d’extraits de la Règle. Deux chapitres concernent le Prologue (v. 1-4 et v. 45-50), suivis des chapitres 3, 52, 68 et 72 de la Règle. Il s’agit ici d’une traduction en français d’une publication en allemand parue en 1986. La seconde partie aborde les thèmes de la mystique bénédictine, de la discretio, Abba Père, l’expérience de Dieu, l’ouverture au monde et la séparation du monde. Ces cinq chapitres ont déjà été publiés dans différentes revues en français ; ils présentent l’avantage d’être rassemblés ici. Une bibliographie et un triple index (scripturaire, de la Règle, des auteurs anciens) constituent un complément fiable pour toute étude. Un ouvrage de référence pour ceux et celles qui, de par le monde, vivent selon la Règle de saint Benoît ou s’efforcent de s’imprégner de son esprit. - M.Th. HAUTIER, O.S.B.

-STINISSEN, W. L’éternité au coeur du temps. Coll. « Vie intérieure », Toulouse, Ed. du Carmel, 2002, 19 x 15 cm, 200 p., 18,30 €.

Voici un itinéraire de lecture et de méditation à parcourir lentement : en goûtant « l’éternité au coeur du temps ». A l’ombre de la question spirituelle inaugurale d’Augustin dans ses Confessions : « Qu’est-ce donc que le temps ? », l’auteur nous conduit de l’énigme du temps et de sa raison d’être (« c’est l’attente de Dieu qui nous attend ») en un paisible parcours à la découverte du temps de Jésus, du temps chrétien, du temps de l’Eglise. Une traversée du réel, où le « se tenir devant l’Eternel » de la prière et de la liturgie accorde déjà notre coeur à la pulsation de l’éternité. « Car le but est son sein et ce sein te porte autant le long du chemin qu’à l’arrivée » (Hjalmar Ekstöm, cité p. 179). Beaucoup d’auteurs spirituels contemporains sont invités mais la référence principale est sanjuaniste. Un très beau et bienfaisant livre, à pratiquer sans réserve. - J. BURTON, S.J.

-CLAPIER J., « Aimer jusqu’à mourir d’amour ». Thérèse et le mystère pascal, coll. « Théologies », Paris, Cerf, 2003, 14,5 x 23,5 cm, 562 pages, 34,00 €.

C’est une nouvelle somme de la pensée thérésienne que nous offre ce gros ouvrage, précis, érudit, complet - aussi bien sur le sujet repris en titre que sur des questions encore discutées aujourd’hui. Notons d’abord, du point de vue formel, que l’auteur s’y essaie à une manière de citer qui tienne compte du travail considérable du père C. De Meester sur les Manuscrits autobiographiques - ainsi, le Ms C 7 vo devient Ms C (G) 7 vo. La première partie, intitulée « Enquête historique » esquisse la physionomie religieuse de la France contemporaine, pour éclairer les dévotions à l’Enfant-Jésus et à la Sainte-Face ; la seconde partie retrace « l’itinéraire pascal « de Thérèse, de son enfance à sa maturité (ce dernier chapitre, central, compte à lui seul une bonne centaine de pages) ; la troisième partie, consacrée à une « approche doctrinale », offre pour chacun des thèmes étudiés (la petite voie, l’affectivité divine, la redamatio, la mystique thérésienne du visage), à la fois une présentation rigoureuse de la doctrine catholique et une mise en évidence de l’apport thérésien. Une précieuse bibliographie sélective et un index onomastique achèvent cette puissante relecture de toute l’oeuvre. Son apport à la question de l’épreuve finale de Thérèse et surtout à celle de la « souffrance » de Dieu nous semble décisif. - Noëlle HAUSMAN, S.C.M.

-RENAULT E., Ce que Thérèse de Lisieux doit à Jean de la Croix, Paris, Cerf, 2004, 21,5 x 13,5 cm, 220 pages, 25,00 €.

Après la belle étude de Mgr G. Gaucher (Jean et Thérèse, Cerf, 1996), celle du père E. Renault reprend chronologiquement tout le dossier des fréquentations sanjuanistes de Thérèse, dont le premier témoignage date de ses treize ans - bien avant les découvertes du noviciat, entendues comme un tournant comparable, toutes proportions gardées, à la grâce de Noël (p. 60), « même si ses effets ne se feront sentir, explicitement, que trois ans plus tard, par exemple avec sa découverte de la « Petite Voie » (p. 88). Les huit années de vie religieuse font chacune l’objet d’un chapitre, où l’oeuvre de Thérèse est consultée pas à pas, dans toute son ampleur, y compris les « inédits », comme le signet de bristol où Thérèse a griffonné les numéros des pages du volume de Jean de la Croix qu’elle gardait à son usage personnel (p. 193). Les attestations multiples et les silences, parfois longs étant commentés in situ, les textes thérésiens les plus célèbres en reçoivent un relief incomparable, par exemple le Manuscrit B, qui contient une dizaine de citations de Jean de la Croix réparties en cinq folios (p. 172 s.). En conclusion, « l’accord spirituel entre Jean et Thérèse ressemble plus à une parenté de père à fille ou même de frère à soeur qu’à une relation de maître à disciple » (p. 203) - car d’autres traits de Thérèse sont davantage dans la manière de la Madre d’Avila (p. 214) ; à quand l’ouvrage qui nous en convaincrait pareillement ? - Noëlle HAUSMAN, S.C.M. 

-LAURIER J.-M., Marcher dans l’humilité. Thérèse d’Avila et la théologie de la justification, Toulouse, Editions du Carmel (Centre Notre- Dame de Vie, 10), 2004, 16 x 24,5 cm, 372 pages.

Professeur au Studium de Notre-Dame de Vie (Venasque), l’auteur a présenté cette étude comme dissertation doctorale à l’Université de Fribourg. Convaincu, selon les derniers mots de l’ouvrage que « l’expérience spirituelle et la sainteté sont source de lumière théologique » (p. 302), il prend son départ d’assez loin, chez Luther (l’Epître aux Romains, l’Epître aux Galates) et les autres Réformateurs, pour leur opposer la synthèse catholique du concile de Trente (Décret sur le péché originel, Décret sur la justification, Décret sur le sacrement de la pénitence). En face, Thérèse de Jésus, « en quête de la « véritable humilité » », dans la Vie et les premières Relations d’abord (tous ses textes et leurs commentateurs sont lus dans la langue originale), le Chemin de la Perfection ensuite, le Château intérieur enfin, « synthèse de l’expérience et du message thérésiens ». Ici resplendit l’âme juste, l’éclat intérieur de la grâce et l’humilité de l’homme, car « l’humilité, c’est marcher dans la vérité », c’est-à-dire se connaître en ce Dieu qui ne repousse pas un coeur contrit et humilié. L’ultime témoignage de Thérèse est « antinomique », puisque la certitude de l’union proche avec son Seigneur s’accompagne jusqu’à la fin d’une entière lucidité sur sa condition pécheresse (p. 293). En conclusion, l’auteur voit Thérèse enrichir et prolonger la synthèse tridentine, et rejoindre des convictions essentielles de la Réforme ; son message peut renforcer l’actuelle convergence oecuménique sur la justification. Thérèse montre, de plus, que la grâce et la sainteté sont la source la plus profonde d’un juste sens du péché (300). L’expérience spirituelle pourrait ainsi enrichir la réflexion oecuménique par une véritable théologie de l’humilité. Cinq annexes permettent de recourir aux principaux documents magistériels cités, une longue bibliographie donne les sources de la recherche et les ouvrages consultés, un précieux index des noms de personnes précède une table des matières détaillée. - Noëlle HAUSMAN, S.C.M.

Questions


-BEUKELAER, E. de. L’Eglise de Judas. Namur, Fidélité, 2002, 21 x 15 cm, 142 p., 11,95 €.

L’auteur, qui a déjà publié dans la même maison Ce sexe qui n’est pas celui des anges et Les erreurs de l’Eglise, est connu pour son style direct et sans fioritures. On retrouve ici le même ton, dans un ouvrage qui cherche à reconnaître les ambiguïtés de l’Eglise, une Eglise pétrie d’humanité, qui n’échappe pas aux ambiguïtés de toute réalité humaine. Convaincu qu’on peut aimer l’institution Eglise sans lui faire pour autant acte d’allégeance aveugle, l’auteur passe en revue quelques-unes des trahisons les plus fondamentales des chrétiens - ou du moins de certains d’entre eux - au cours de l’histoire : la religion meurtrière, les pièges de l’institution, la confusion des règnes de Dieu et de Mammon, la dérive gnostique, la tentation sectaire. Il ne s’agit pas ici de se complaire dans une contemplation morbide des péchés de l’Eglise, mais bien plutôt de tenter de répondre à cette question récurrente : pourquoi des chrétiens en arrivent-ils à trahir, au nom de Jésus, le Christ et son Evangile ? Cet ouvrage, de l’aveu même de son auteur, est incomplet, puisqu’il n’aborde que la face d’ombre de l’Eglise. En ce sens, on n’y trouvera pas un aliment pour nourrir sa foi ou pour insuffler du dy- namisme au service de l’Eglise et du monde. Son mérite est plutôt d’inviter les chrétiens à l’humilité, en reconnaissant combien leur Eglise a été et est encore faillible. - B. MALVAUX, S.J.

-SCHUMACHER M., Femmes dans le Christ.Vers un nouveau féminisme, « Recherches carmélitaines » 3, Toulouse, Editions du Carmel, 2003, 21,5 x 15 cm, 490 pages, 35,00€.

Une brochette impressionnante d’auteurs compétents dans un domaine difficile cherche à nous introduire à ce « nouveau féminisme » capital pour l’avenir de notre culture. Considérée au niveau de l’anthropologie philosophique (dualisme et unité de nature, sexe et genre...), puis théologique (bible, foi, sacramentalité...), la « différence créatrice » montre ses conséquences éthiques et pratiques, jusqu’à la démonstration finale : « Le féminisme peut-il être un humanisme ? » Des éléments bibliographiques spécifiques, les notices biographiques des auteurs, une table des sigles et un index des noms complètent la table des matières de cet ouvrage rigoureux. Le féminisme de Jean-Paul II (Allen), d’Edith Stein (von Streng), du Cantique (Pelletier) émergent de discussions serrées (et pour une fois convaincantes) avec les positions féministes (surtout anglo-saxonnes) des sciences de l’homme et du langage. Un ouvrage de fond, pour une position enfin argumentée dans un débat qui ne n’est pas près de s’éteindre. - Noëlle HAUSMAN, S.C.M.

Vie de l’Eglise


-DEROITTE, H. (rédac. en chef). Chemin faisant. 1 (sept-oct 2002). Bruxelles, Lumen vitae, 2002, 22 x 15 cm, 18,00 € (abonnement jumelé).

Dans le contexte religieux et socio-culturel actuel, qui invite la catéchèse à trouver un langage neuf et des pratiques nouvelles, on ne peut que saluer le lancement par les éditions Lumen vitae de Chemin faisant, en collaboration avec les éditions Averbode, Missio, la Concertation interdiocésaine pour la pastorale catéchétique et le Collège des inspecteurs diocésains. Chemin faisant se présente sous forme d’un recueil de fiches, paraissant cinq fois par an, en deux versions différentes : les fiches « paroisse-famille » sont destinées à soutenir et animer la pastorale paroissiale et familiale, tandis que les fiches « école » s’adressent aux enseignants de cours de religion en primaire et maternelle, et que des fiches communes « formation » visent à un approfondissement de la culture religieuse et du cheminement de la foi. Très pratique et maniable, fourmillant d’exemples concrets d’animation de cours ou de réunions de catéchèse, mais aussi de commentaires de textes bibliques, de présentations de grandes figures d’Eglise ou de réflexions catéchétiques plus fondamentales, cet outil est certainement appelé à un grand succès auprès des praticiens de la catéchèse, à tous les niveaux. - B. MALVAUX, S.J.

-RECCHI S. (dir.), Autonomie financière et gestion des biens dans les jeunes Eglises d’Afrique, Yaoundé, Université catholique (Département de Droit canonique), 2003, 242p.

Le département de Droit canonique de l’Institut catholique de Yaoundé s’est donné comme tâche, dès le début de son implantation, d’oeuvrer en faveur de la justice et de la communion, au service du Peuple de Dieu qui est dans ce continent, et de collaborer à la croissance des Eglises d’Afrique. Aussi le volume ici présenté comporte des articles qui traitent d’un sujet d’une brûlante actualité ecclésiale, la croissance responsable vers l’autonomie financière et la gestion compétente des biens de l’Eglise en Afrique. Les principes du droit et ses multiples applications au concret de la vie ecclésiale sont exposés avec clarté et précision. Mais au-delà s’exprime fort heureusement une sollicitude pastorale et humaine. La nouvelle évangélisation en vue de l’édification de l’Eglise Famille demande non seulement la disponibilité des personnes, mais aussi des moyens financiers dont les jeunes Eglises sont loin de disposer en suffisance, pour leur vie et leurs activités. L’autofinancement est une urgence et un objectif à atteindre, car la réalité montre que les jeunes Eglises d’Afrique sont encore largement dépendantes de l’extérieur. Le but de ce livre est de questionner cette réalité ecclésiale et de montrer que le problème ne se réduit pas seulement à une question économique. Il soulève, en vérité, un questionnement plus profond, d’ordre ecclésiologique, ainsi qu’un problème de gestion des ressources. Le modèle de l’Eglise défini par Vatican II met la recherche de l’autonomie et la prise en charge de ses propres besoins en étroite relation avec la communion ecclésiale. Le manque d’indépendance financière conditionne l’existence et l’engagement des fidèles du continent africain, dans la mesure où il les empêche de se situer à égale dignité dans les relations réciproques avec d’autres Eglises soeurs. Les réflexions et les conseils émis ici contribueront largement à structurer et assainir la gestion des biens au niveau des diocèses, des paroisses, des instituts de vie consacrée. La bonne gouvernance de l’Eglise et de ses institutions sera aussi un signe prophétique d’espérance pour la société dans laquelle elle vit et qui cherche à promouvoir un Etat de droit et de justice pour tous - R. DE HAES, S.J. (Kinshasa).

-GRASSO E., Très chers amis... Thèmes choisis de spiritualité, Mbalmayo (Cameroun), Centre d’études Redemptor hominis, 2000, 242 p.

Ce volume contient une trentaine de lettres adressées par le fondateur de la communauté Redemptor Hominis, aux jeunes religieux en formation. Ces missives expriment un grand souci de voir émerger une vie consacrée vraie et crédible au milieu d’un continent en recherche de sa place dans le concert des nations et au sein d’une Eglise Famille, pleine d’espoir mais affrontée aux multiples difficultés du continent. Elles font preuve d’une grande sagesse pédagogique et s’attachent, en guise de traité simple de spiritualité profonde, aux thèmes essentiels pour la première formation et la formation continue des jeunes consacrés en Afrique. Le ton est direct et le langage répond à des questions concrètes du milieu, rencontrées tout au long du parcours. Grand connaisseur de la tradition patristique et monastique, l’auteur sait admirablement tirer profit des trésors de la tradition pour actualiser la lecture de la Parole de Dieu dans le contexte propre. Il insiste à raison sur la primauté d’une formation spirituelle solide, par rapport à la formation intellectuelle, souvent trop recherchée pour des raisons d’épanouissement personnel et social. La nécessité, soulignée par le monachisme ancien, d’une certaine rupture, de l’expérience du scandale et de la folie de la croix par rapport aux critères ambiants, est incontournable pour une compréhension équilibrée et authentique de la vocation à la vie consacrée. « C’est la folie du scandale de la pauvreté et de la faiblesse qui permet l’irruption dans l’histoire de la puissance de Dieu qui n’exclut personne et ouvre à l’Afrique l’espérance des anawim, comme ce fut le cas aux origines de l’Eglise, quand des pauvres pêcheurs défièrent le monde entier et se transformèrent en apôtres » (p. 9-10). Ecrit pour un milieu bien déterminé, le livre offre un message pour l’Eglise universelle. Dans le dialogue avec l’Unique nécessaire, toute communauté religieuse est appelée à être un reflet de l’Eglise Famille, signe d’une fraternité nouvelle dépassant toute limite de l’espace et du temps - R. DE HAES, S.J. (Kinshasa).

-ZORN J.-F., La missiologie. Emergence d’une discipline théologique, « Actes et Recherches », Genève, Labor et Fides, 2004, 22,5 x 14,5 cm, 126 p., 17,00 €, 27,00 CHF.

Ce petit ouvrage pourrait devenir un classique de la théologie missionnaire, et pas seulement du côté protestant (luthéro-réformé) où il se situe. Après un premier parcours qui s’interroge sur la marginalité universitaire de la missiologie, une deuxième partie permet de mesurer les mutations de la théologie missionnaire au XXe siècle (d’une perspective d’accomplissement de l’apostolat évangélique à une perspective prophétique, M. Leenhardt oblige). Ce nouveau contexte ramène, en troisième partie, à la question de la place de la missiologie dans le champ des autres disciplines théologiques et des sciences humaines (l’histoire et la sociologie, en particulier). La conclusion dégage des concepts pertinents et des champs d’intervention missionnaires propres au début du XXIe siècle. Une utile bibliographie trace les avenues principales d’une problématique en somme « analogue à celle du statut de la théologie pratique » : est-ce en définissant son épistémologie propre, ou en recourant à celle des autres disciplines théologiques que l’on donne à la missiologie son statut scientifique d’étude raisonnée du phénomène missionnaire ? - Noëlle HAUSMAN, S.C.M.

Témoins


-GRÉGOIRE DE NAREK, Odes et lamentations. Textes présentés et traduits de l’arménien par Vahé Godel, Genève, Ad Solem, 2003, 21,5 x 12,5 cm, 230 p., 25,00€.

Des Odes qu’il composa dans sa jeunesse aux Lamentations tumultueuses qui forment son testament, le moine poète n’a jamais quitté la forteresse nécropole où il fut placé, encore enfant, vers le milieu du Xe siècle. Joyau de la littérature arménienne, l’oeuvre nous est présentée dans sa langue originale, en contrepoint d’une traduction qui laisse deviner le Feu dévorant l’homme-livre (p. 183). Une évocation pathétique de l’expérience chrétienne, au premier des Royaumes chrétiens. - Noëlle HAUSMAN, S.C.M.

-WALTER DANIEL, La vie d’Aelred, abbé de Rievaulx (Vie de saint Aelred de Rievaulx, Lamentation pour la mort d’Aelred, Lettre à Maurice), introduction, traduction, notes et index par P.-A. Burton, coll. « Pain de Cîteaux » 19, Oka, Abbaye Notre-Dame du Lac, 2003, 15,5 x 20,5 cm, 244 pages, 19,00€.

Précédés d’une longue introduction, suivis de notes complémentaires et de plusieurs index, ces trois documents (la vie, la lamentation, la lettre) nous plongent dans l’univers peu connu des moines anglais du XIIe siècle. Cette première traduction française du dossier permet sans aucun doute « d’éclairer la physionomie spirituelle » du troisième abbé de Rievaulx (p. 33) qui « préférait toujours le datif au vocatif » (exergue) ; elle offre aussi des perspectives sur certains aspects de la spiritualité cistercienne primitive, comme le symbole de la maternité (p. 208 s.). - Noëlle HAUSMAN, S.C.M.

-NEYER, M. A, Edith Stein au Carmel, coll. « Au Singulier » no 8, Lessius, Bruxelles, 2003, 20,5 x 14,5 cm, 135 p.

Circonscrite dans le temps et dans l’espace au « lieu auquel j’appartenais depuis longtemps », cette chronique de la vie d’Edith Stein, sous le voile soeur Thérèse-Bénédicte de la Croix, nous donne de connaître avec beaucoup de précision les quelque neuf années (novembre 1933 - août 1942) qu’elle vécut au Carmel à Cologne et à Echt (en Hollande). Sa consoeur Maria Amata Neyer, actuellement responsable des archives Edith Stein, rassemble ici un dossier fervent et minutieux, détaillé et commenté avec piété. De très nombreux documents (photos, fac-similés, correspondance, etc. et des légendes très fouillées) nous rendent proches et familières ces années bénies qui conduisirent Edith Stein du « seuil du sanctuaire » (la porte de la clôture) à son ultime « lieu » où « on pouvait vivre entièrement de l’intérieur » (billet du 4 août 1942 au camp de Westerbork). Là, elle portait l’étoile jaune sur son habit de carmélite. Le pire de ce qu’annonçait la lettre de 1933 envoyée au pape, se vérifiait tragiquement pour elle et sa soeur, avec tout un peuple. Une bibliographie des écrits « carmélitains » d’Edith Stein (certains déjà accessibles en français, cf. VC, 2000, 211, 212, 213 ; 2001, 61 ; 2002, 69) complètent ce livre mémorial indispensable à qui aimera faire une première rencontre de soeur Thérèse-Bénédicte de la Croix ou mieux la connaître.- J. BURTON, S.J.

-NOUWEN H.J.M. Journal de la dernière année, Bellarmin, Québec, 2004, 21 x 14 cm, 314 p., 20,00 €.

« Dans le texte original de son journal, Henri rencontre, fête, console, conseille plus d’un millier de personnes et il mentionne les noms de quelques 600 amis », nous avertissent les proches de l’Arche auxquels on doit cette édition. Du 2 septembre 1995 au 30 août 1996, se déroule ainsi sous nos yeux la dernière année (sabbatique) d’un spirituel renommé, à la recherche de son âme et de sa joie, à travers une insurmontable fatigue et le retour d’anciens conflits. L’homme vérifie plus souvent qu’à son tour une immense solitude, qu’un dialogue constant avec le Christ n’en finit pas de creuser. « Je me demande si la mise en valeur du célibat par l’Eglise, particulièrement pour ceux qui veulent servir Dieu, ne tire pas son origine de la situation familiale passablement perturbée qu’a connue Jésus », note-t-il, en la fête de saint Joseph (p. 183). D’autres perles parsèment la rumination de pensées souvent inattendues. Ainsi, en une reprise prémonitoire : « Je n’aurai de cesse que lorsque mon moi errant agité et anxieux aura gagné sa véritable demeure, là où je pourrai me reposer en me laissant étreindre par l’amour » (p. 230) - c’est l’itinéraire qu’il a, de fait, parcouru. - Noëlle HAUSMAN, S.C.M.

-BERNET A., Saint Grégoire le Grand, Etampes, Editions Clovis, 2004, 21,5 x 14 cm, 496 p., 22,00 €.

Après Ambroise en 1999 et Jérôme en 2002, la romancière-historienne nous offre le portrait palpitant du grand pape Grégoire (540-604), qu’une destinée mouvementée fit préfet de Rome, fondateur de monastère, apocrisaire à Constantinople, « serviteur des serviteurs de Dieu », auteur renommé, père spirituel de l’Angleterre chrétienne (avec la nuance qui s’impose), chef d’Eglise autant que chef d’Etat - et affligé d’une sorte de cancer de l’estomac qui mit trente ans à l’emporter. Des temps plus troublés que les nôtres ont donc vu surgir les étonnantes figures de leur avenir : « le dernier patricien avait accompli à jamais le destin éternel de sa Ville » (p. 486). - Noëlle HAUSMAN, S.C.M.

Religions en dialogue


-UNIONE SUPERIORI GENERALI, Le dialogue interreligieux : nouveau point focal et nouvelle priorité pour la vie consacrée. Actes du 63e Conventus Semestrialis de l’U.S.G., 26-29 novembre 2003, Rome, U.S.G., 2004, 15 x 21 cm, 172 p.

Bien qu’on y trouve quelques fautes de traduction (« il card. Kasper », p. 127), ces actes doivent d’abord être salués pour l’excellent travail des éditeurs qui ont rendu passionnante la suite des interventions, et leur style, soutenu. On ne s’étonnera pas de voir souvent le « dialogue de la vie » venir au premier plan des réflexions de l’Assemblée, depuis l’excellent Document de travail (p. 19-26) qui donne le ton : « être religieux aujourd’hui, c’est être interreligieux » (p. 25). Faute de pouvoir résumer les quatorze contributions ici rassemblées, pointons « les défis du dialogue interreligieux pour la vie consacrée féminine », de soeur Christiane Mégabarbané, et ce que ce dialogue implique pour la formation, selon le frère José Rodriguez Carballo. La vie monastique et le bouddhisme, le style de vie de l’ashram, la rencontre de l’islam ou du judaïsme, les difficultés particulières propres aux religions africaines traditionnelles forment quelques-uns des autres intérêts de ce tour d’horizon qui s’achève en réaffirmant ses convictions de départ : le dialogue interreligieux (qui devient parfois dialogue de la souffrance, p. 150) est pour la vie consacrée une tâche prioritaire, en raison de sa vocation à vivre uniquement pour Dieu. - Noëlle HAUSMAN, S.C.M.

-LORMIER, D., Lama Guendune. Un grand maître tibétain en France, coll. « Spiritualités », Paris, OXUS, 2003, 21 x 13 cm, 176 p., 16,00 €.

Lama Guendune (1918-1997) appartient à la première génération de ces moines et maîtres spirituels qui firent connaître en Occident et particulièrement en France le bouddhisme de tradition tibétaine. L’auteur ne le connut pas personnellement, mais le « rencontra », quelques mois après sa disparition, à travers une photo. Une partie du livre retrace directement la biographie du lama tout en évoquant son rayonnement spirituel. D’autres sections rapportent des souvenir personnels ou des rencontres avec d’autres représentants de la tradition, reproduisent des fragments d’enseignements, font revivre des figures anciennes du bouddhisme tibétain, décrivent des lieux occidentaux d’enseignement et de pratique. L’auteur consacre d’assez longs développements au thème de la mort et de la réincarnation. Il esquisse, entre bouddhisme et christianisme, des parallèles fréquents et suggestifs, qui demanderaient parfois quelques nuances et précisions. Au lecteur que ne déconcertent pas de fortes doses de prodiges et de merveilleux, ce petit livre alerte mais un peu décousu offre un accès aisé à quelques aspects de la tradition tibétaine. - J. SCHEUER, S.J.

-Bâtir la paix.Bouddhistes et chrétiens s’engagent, coll. « Cahiers de Meylan », Grenoble, Centre théologique de Meylan, 2003, 20,5 x 14,5 cm, 110 p., 10,00 €.

A l’initiative du Centre théologique de Meylan (Grenoble), un petit groupe de chrétiens et de bouddhistes organisèrent en juillet 2003 trois journées de rencontres sur leur commun engagement pour la paix. De manière fort heureuse, chaque demi-journée est construite autour de deux exposés présentés par un bouddhiste et par un chrétien : l’appui des textes et des traditions, la clarification ou la guérison de la mémoire, l’apport d’une voie spirituelle particulière (la règle de saint Benoît, la tradition du Zen), enfin la pratique spirituelle de la paix. Un « marché des initiatives pour la paix » propose quelques réalisations bouddhistes, chrétiennes et citoyennes. En écho aux débats qui animèrent la session, de brèves réflexions clôturent un dossier qui rendra service aux artisans de paix et aux partenaires du dialogue. - J. SCHEUER, S.J.

-CLOONEY, Fr. X., Sagesse hindoue pour qui cherche Dieu, coll. « L’Autre et les autres » no 5, Bruxelles, Lessius, 2004, 20,5 x 14,5 cm, 196 p., 21,00 €.

Jésuite nord-américain, attiré dès sa jeunesse par le patrimoine culturel et spirituel du monde indien, l’auteur enseigne la théologie et les religions comparées à Boston. Il s’est fait connaître dans le monde académique par plusieurs ouvrages consacrés à divers courants et écoles de la philosophie et de la spiritualité hindoues. Le parcours qu’il propose ici s’adresse au lecteur non spécialiste, mais désireux d’être introduit à la connaissance et l’appréciation du patrimoine religieux de l’Inde. Sept chapitres guident le lecteur avec aisance et profondeur, explorant successivement les origines védiques, la découverte du Soi selon les Upanishads, la vie et le message du Bouddha, les figures divines contrastées de Shiva et de Krishna, la dévotion et le rituel en l’honneur de la Grande Déesse, enfin la quête moderne d’un Gandhi ou d’une Mahasweta Devi. L’originalité de ce parcours et son prix viennent de ce que l’auteur prend le lecteur par la main et l’associe tout au long à sa propre démarche, l’invitant à réfléchir non seulement sur ce que l’Inde lui propose mais aussi sur les motivations de sa propre quête : pour celui qui cherche Dieu, pour le chrétien en particulier, que représente la découverte intellectuelle, culturelle et surtout spirituelle de la tradition hindoue ? - J. SCHEUER, S.J.

Prière et liturgie


-SEGALEN, J.-M., Missionnaire rédemptoriste, L’icône du Père Prodigue (par Rembrandt van Rijn), Ed. Bénédictines, 2004, 20 x 10 cm, 47 p., 9,00 €.

Citant l’admirable commentaire que le regretté Paul Baudiquey nous a donné de ce « Retour du fils prodigue » de Rembrandt et de nombreux extraits du nouveau rituel « Célébrer la pénitence et la réconciliation », ce petit fascicule, très bien illustré, nous propose une belle méditation centrée sur la figure du « Père prodigue ». Il nous y aide aussi en convoquant Ph 2, 6-11, Augustin, Alphonse de Liguori, François d’Assise et Thérèse de l’Enfant Jésus, Péguy et Didier Rimaud, François René de Chateaubriand aussi... On se félicitera d’avoir de cette « icône », une fois n’est pas coutume, une reproduction in toto du célèbre tableau de l’Ermitage où apparaît, avec le fils aîné et un serviteur (?), émergeant à peine d’un arrière fond très obscur, cet énigmatique visage : le nôtre ? Un beau petit livret a disposer auprès de nos confessionnaux désaffectés. - Jean BURTON, S.J.

-CASSINGENA-TREVEDY, F., Nazareth, maison du livre. Nouvelles considération sur la lectio divina, coll. « Athena », Ad Solem, Genève, 2004, 11 x 17,5 cm, 64 p., 8,00 €.

Dans le temps de quelques causeries, entre deux belles méditations de scènes évangéliques se donnant à contempler à Nazareth, où « L’ange trouva Marie en train de lire » (Lc 1, 26-27) et où « Voici donc Jésus en exercice de lecture » (Lc 4, 16-21), et condensant en elles l’essence de la lectio divina, l’auteur, moine bénédictin à Ligugé, nous offre quelques pages où il médite « à neuf » (ici, cela veut dire, en même temps qu’une expression poétique aux figures qui font sens, quelques piques en réaction aux malheurs de notre civilisation éperdue de vitesse, de bruit et d’Internet... et d’exégèse chirurgicale) sur la démarche de la lectio à la rencontre du Livre et de sa sainte lecture. Mais attention, c’est d’un « Livre qui nous lit » dont il s’agit ! Mais encore bien davantage, car nous ne sommes pas d’une « religion du Livre » (p. 41). C’est donc en regardant Marie en qui « la coagulation de la Parole est arrivée là au beau milieu du Livre [...] » (p. 15), et encore le Christ en sa synagogue comme « Parole magistrale » (p. 53), que nous apprendrons le mieux à nous laisser porter et transporter par l’Esprit en cette Eglise mariale et sa lectio liturgique. Actes de lectio elles-mêmes ces brèves mais très denses pages, à l’écriture quelque fois surprenantes de préciosité, ne peuvent que nous donner le goût d’aller encore et toujours, comme sur les flots de la mer, au « livre roulé écrit au recto et au verso » que seul l’Agneau est digne d’ouvrir. - Jean BURTON, S.J.

Vie consacrée


-LANGERON P., Les Instituts séculiers.Une vocation pour le nouveau millénaire, Paris, Cerf, coll. « Droit Canonique », 2003, 13,5 x 21,5 cm, 186 p., 20,00 €.

Depuis les études de F. Morlot, toujours d’actualité, les instituts séculiers ne disposaient pas, en langue française, de présentation globale de leur vocation. C’est chose faite avec ce petit ouvrage qui s’ouvre par une présentation historique fort stimulante (jusqu’au Catéchisme), se poursuit en parcourant l’enseignement de Vatican II sur la sainteté, décrit théologiquement la « sécularité » et la place des laïcs consacrés dans l’Eglise, précise le statut canonique des instituts en cause et s’achève par la vie de leurs membres, laïcs et clercs. Une annexe donne la liste des instituts séculiers de langue française, répartis dans le monde. L’annotation est légère, comme il se doit pour un travail synthétique. Malgré quelques inexactitudes (ainsi, contrairement à la p. 78, l’expression « état de perfection » n’a pas disparu de l’enseignement du magistère, puisqu’on la retrouve chez Jean-Paul II dans Redemptionis donum), on sera d’accord avec l’auteur quand il conclut : « Reconnus, mais pas encore bien connus, les instituts séculiers sont une chance pour l’avenir de l’Eglise » (p. 183). La question demeure de savoir pourquoi une forme de vie qui paraît si adaptée au « nouveau millénaire » ne semble pas encore prendre son essor. - Noëlle HAUSMAN, S.C.M.

-LESPINAY G. Etre formateur aujourd’hui. La formation à la vie religieuse. L’appel. Le discernement. L’adaptation, Paris/Montréal, Médiaspaul, 2002, 19 x 12,5 cm, 222 pages.

Dans un langage simple, marquées au coin de cet humour que donne l’expérience, ces pages aideront ceux qui ne désespèrent pas de former à la vie religieuse même les « vrais délinquants » (p. 23). L’appel à rencontrer Dieu y est d’abord entendu, et les signes qui accompagnent le choix sont évalués ; un troisième chapitre s’intéresse aux jeunes d’aujourd’hui, avec leur peur de s’engager et ce qu’elle révèle ; l’accompagnement des vocations s’éclaire de l’exercice de la miséricorde. La « préformation » est soigneusement décrite, depuis l’accueil de la demande jusqu’à l’entrée. L’adaptation à la vie religieuse se déroule ensuite, avec ses premiers défis. Les formateurs et la communauté de formation passent au même crible du (meilleur) bon sens (« qui doit s’adapter ? »), avant qu’on n’examine l’évaluation elle-même. Un dernier aperçu ouvre sur la pastorale des vocations et ses exigences (une communauté visible, ouverte, priante...). Un ouvrage de théologie pratique, s’il en est. - Noëlle HAUSMAN, S.C.M.