Comptes rendus de livres...

Fondements


-ROUTHIER, G., VIAU, M., Précis de théologie pratique, coll. « Théologies pratiques », Bruxelles-Montréal, Lumen Vitae-Novalis, 2004, 14,5 x 23,5 cm, 820 p., 30,00 EUROS.

Il faut un certain humour pour appeler « précis » ce monument de 820 pages, qui se divise en deux sections. La première porte sur la théologie pratique elle-même (sa naissance, son épistémologie, ses courants, ses instruments, ses concepts, sa méthodologie, ses domaines) ; la deuxième explore, un par un, ses actes fondateurs : « proclamer », « célébrer », « développer », « soutenir ». La préface des éditeurs note que la tâche de la théologie pratique « consiste essentiellement à élaborer un discours critique sur les pratiques inhérentes à certaines traditions chrétiennes et sur leur performativité dans le monde contemporain » (5). Au terme de la lecture, on aura en effet compris que cette discipline théologique suppose toutes les autres, qu’elle tend à engager dans les vastes horizons de l’espace social. - N. HAUSMAN, S.C.M.

Histoire


-LAKS S., Mélodies d’Auschwitz. Préface de P. Vidal-Naquet. Postface par A. Laks, coll. « Histoires-Judaïsme », Paris, Cerf, 2004, 13,5 x 21,5 cm, 168 p., 20,00 EUROS.

On peut commencer cet ouvrage par la postface, et déchiffrer si possible les « Trois polonaises varsoviennes » offertes en appendice. Le chef d’orchestre de Birkenau a voulu, quarante ans après les faits, reprendre son premier récit de cette incroyable « histoire de la musique jouée dans un camp de concentration nazi » (23). Le texte n’est pas divisé en chapitre, mais en alinéas, qui n’ont rien d’une montée dans l’horreur : l’auteur s’est volontairement centré sur l’orchestre, ses musiciens, ses moyens de survivre, ses partitions - sans échapper, bien seurosr, à ce qu’il nomme « le contexte ». Loin d’avaliser la « légende » de la musique comme moyen de résistance (« je n’ai pas rencontré un seul prisonnier que la musique ait stimulé et encouragé à survivre », 133), l’ouvrage pose plutôt la question de la coexistence, dans l’âme allemande, de la barbarie et du goeurost pour les morceaux musicaux les plus recherchés (132). Quelques autres interrogations pourraient aussi nous demeurer, sur les abîmes de la cruauté humaine et les prodrômes de l’inhumanité. - N. HAUSMAN, S.C.M. 

Spiritualité


-FLORIS, A fond la vie, Nouan-le-Fuzelier, Editions des Béatitudes, 2004, 18,5 x 25,5 cm, 208 p., 18,00 EUROS.

Floris a ses maîtres : on discerne l’influence de Greg, pour le rire plus fort que l’horrible ; Peyo, pour la joie de vivre ; ou J.-F. Kieffer, pour le trait essentiel. Mais qu’on ne se laisse pas tromper par le genre littéraire de cette bande dessinée : un tel ouvrage pourra figurer dans toute bonne bibliothèque de noviciat ! La bibliographie qui parsème les pages sous forme de petits cartouches est d’ailleurs très riche : Floris s’inspire des classiques de la spiritualité comme des témoins du renouveau pour offrir une catéchèse fondée sur la rencontre du Christ dans la prière, la lecture de la Bible, la vie sacramentelle et ecclésiale. Il n’évite pas le questionnement existentiel de notre époque, marquée par la violence et la culture de mort, qu’il sublime par la drôlerie de ses dessins. Au coeur de son propos, il montre comment est possible l’union à Dieu dans un cheminement où la reconnaissance de la faiblesse et de la pauvreté ouvre à l’accueil de la grâce. Au long de ce parcours, le lecteur rencontre les « prix Nobel de l’amour », les saints, et les témoins privilégiés de la présence de Dieu dans le monde, les pauvres. Ce livre est aussi un témoignage, où l’auteur se met en scène lui-même, avec son épouse et ses cinq enfants. On peut le lire comme Mgr Thomazeau le recommande, par petites touches. Mais il est bon de se laisser aussi entraîner par le mouvement même du récit, de la découverte de l’amour à la maturation de l’expérience de la prière. La plus belle trouvaille : les trois anges de la Trinité de Roublev entourés de tous les enfants du monde pour célébrer les noces éternelles de l’amour (204). - A. MASSIE, S.J.

-GRÜN A., Le trésor intérieur, Namur, Fidélité, 2004, 14,5 x 21 cm, 192 p., 14,50 EUROS.

Dans le domaine de la littérature religieuse, le phénomène éditorial que représentent les publications du P. Anselm Grün, o.s.b., est considérable. Il était donc prévisible qu’un livre d’entretiens soit envisagé. Sa maison d’édition tchèque Karmelitánské nakladatelství s’en est chargée. Les deux journalistes préposés à l’interview connaissent bien le sujet et « harcèlent » quelque peu l’auteur. Les questions, quelquefois très rapides, rendent le livre vivant mais coupent parfois un développement qui aurait gagné à être plus nuancé. Il reste que ces dix chapitres ne manqueront pas d’intérêt pour qui cherchera à caractériser un « état de la théologie spirituelle » en Europe de l’Ouest, vers les années 2000. Nous sera-t-il permis d’être étonné de ne jamais entendre parler de la vie spirituelle comme vie de et dans l’Esprit Saint ? Suffit-il de dire rapidement que « l’acceptation de soi est certainement l’aspect psychologique de l’amour de soi tel que le demande Jésus. En ce sens, Jung a traduit une des exigences importantes de Jésus dans son langage psychologique. Je suis d’accord avec Jung » (113) ? Ces interrogations ne diminuent en rien la justesse de l’écoute et de la compréhension de la situation psychique des personnes de notre civilisation occidentale que met en oeuvre la pratique pastorale du P. Grün et on ne peut demander à cet exercice des « entretiens » d’éclairer tous les aspects des nombreuses questions abordées. On restera donc attentif avec l’auteur à cette « nouvelle religiosité » (141) de l’homme en quête de bonheur, là même où elle s’exprime et le fait souffrir. Le père Grün ne contestera pas qu’il s’agit là d’une entrée dans la vie théologale qu’il faut aussi nommer et accueillir comme une grâce qu’un nouveau pélagianisme risquerait d’oublier. Quelques phrases au sens incertain nous rappellent la difficulté de la traduction et quelques coquilles auraient pu être évitées ( koan et non koane, sorte d’apophtegme dans la tradition Zen du bouddhisme, p. 125 ; hamartia et non harmartia, mot grec pour péché, p. 133). A l’image du visage souriant et au regard plein de tendresse (que nous montre la photo en couverture), beaucoup de pages réjouiront et éclaireront le lecteur partenaire de ces « entretiens ». - J. BURTON, S.J.