Comptes rendus de livres ...

Ecriture

-LONGERE, J., (éd.), Marie dans les récits aprocryphes chrétiens, t. I, Soixantième session de la Société française d’Etudes mariales, Solesmes 2003, coll. « Bulletin de la Société d’Etudes mariales », Paris, Médiaspaul, 2004, 15,5 x 22 cm, 286 p, 35,00 E.

On n’ignore pas combien, ces dernières années, particulièrement en langue française, se sont multipliées éditions, traductions et publications touchant les écrits apocryphes chrétiens. On trouvera d’ailleurs dans ce Bulletin de la Société française d’Etudes mariales une approche bibliographique à leur propos (p. 53-61), due au père Jean Longère. Celui-ci en précise bien la signification : « Ces Ecrits ne se présentent pas en concurrence ou en supplément avec un Canon des Ecritures alors en devenir, mais ils véhiculent des traditions anciennes qui ne seront pas retenues quand s’affirmera l’orthodoxie à Rome et à Byzance. » Mais il ne s’agit pas davantage de doctrines secrètes ou de livres ultérieurement condamnés. De cet ensemble fort disparate, Edouard Cathenet, s’interrogeant sur les récits anciens de la Dormition de Marie, explique comment il faut les aborder (p. 174). Il ne faut pas les rejeter de façon globale, à la manière d’Epiphane, à cause de leur caractère légendaire. Il faut pouvoir reconnaître la nécessaire part de l’imaginaire dans l’expression de la foi, même si le départ entre orthodoxie et gnosticisme n’est pas très aisé à préciser. On comprendra, à la lumière de ces sages remarques, combien il était intéressant de se pencher sur la place que ces Ecrits ont réservé à la Vierge Marie. Ce fut le thème, en 2003, de la 60e session de la Société française d’Etudes mariales.
Avec toutes les exigences scientifiques et critiques requises, de nombreuses communications se sont attachées pour un certain nombre d’apocryphes, à situer Marie à la place qu’elle occupe dans l’histoire des mentalités et des représentations. On s’est avant tout préoccupé des textes concernant Marie jusqu’à la fuite en Egypte et ceux qui touchent à sa dormition. Dans ces recherches, le Protévangile de Jacques a particulièrement retenu l’attention, car il est daté de façon certaine (deuxième moitié du IIe siècle) et nous a été transmis fidèlement. L’iconographie, la piété, la liturgie ont généralement subi l’influence de ces textes. Mais E. Cothenet passe au crible de la critique la thèse non fondée de S. Mimouni d’un lien entre ces textes et l’institution des fêtes mariales. Ce Bulletin fait donc le point sur une question où de multiples études restent à poursuivre, où il faudra mettre au clair les procédés midrashtiques ou les techniques du roman hellénistique, et surtout distinguer, avec précision, l’imaginaire gratuit et l’intention doctrinale qui s’y discerne.
H. JACOBS, S.J.

-BURNET, R., Marie-Madeleine. De la pécheresse repentie à l’épouse de Jésus.Histoire de la réception d’une figure biblique, coll. « Lire la Bible », Paris, Cerf, 2004, 13,5 x 21,5 cm, 138 p., 13,00 E.

On connaît le succès mondial de Dan Brown Da Vinci Code. Amante de Jésus dont elle eut un enfant, Marie-Madeleine y apparaît comme le Graal des chevaliers de la Table ronde. Jamais encore elle n’avait joué un tel rôle. Comment comprendre que l’on soit ainsi passé de la pénitente à l’épouse de Jésus ? Le passionnant ouvrage de Régis Burnet, professeur aux Universités de Paris VII et Paris VIII, s’est donné pour tâche de se livrer à l’histoire de la réception du personnage de Marie-Madeleine. Chacun sait que chaque époque construit sa propre représentation des saints. A partir des données narratives, à partir des légendes qui veulent compléter les récits dont on dispose, à partir des images antérieures, en fonction des valeurs propres de l’époque et de l’utilisation que l’on veut en faire, on élabore une interprétation de la vie du saint dont les figures résultent de multiples combinaisons. De l’Evangile à Dan Brown, en passant par la Provence ou Vézelay, par la tradition dominicaine, par Bérulle ou les féministes, Marie- Madeleine voit ainsi sa figure sans cesse reconstruite jusqu’à son assimilation
au Graal qui, dès lors, ne peut plus guère nous dérouter. Dans les Evangiles, trois traits la définissent : la féminité, la fidélité, la proximité. Ces traits ont été reçus et interprétés tout au long de l’histoire, dans des contextes idéologiques qui les marquaient de leur empreinte. Aujourd’hui, les nouvelles interprétations lient ces trois traits aux idées d’oppression, d’initiation et de sexualité. Certes, elle garde le souvenir d’une âme trouble, mais sa distinction reconnue d’avec la pécheresse permet à la Madeleine d’aujourd’hui d’être libérée de la contrition et de la repentance. Les élucubrations de Dan Brown n’ont fait que reprendre des développements que l’évolution de la figure de Marie-Madeleine préparait depuis longtemps. Un ouvrage passionnant que pourraient encore compléter bien d’autres références, même très récentes.
H. JACOBS, S.J.

Ethique

-MELINA, L., NORIEGA, J. (a cura di), Camminare nella luce, Prospettive della teologia morale a partire da Veritatis Splendor, coll. « Studi sulla persona e la famiglia », 7, Roma, Pontifica Università Lateranense, 2004, 17 x 24 cm, 820 p., 38,00 E.

Dans ce livre, nous trouvons rassemblées les interventions et les contributions offertes à l’occasion du Congrès international organisé par l’Université pontificale du Latran de Rome, du 20 au 22 novembre 2004. Le titre du Congrès et du livre, Camminare nella luce. Prospettive della teologia morale a 10 anni da Veritatis Splendor, exprime bien le contenu de l’un et de l’autre.
Dix ans après la publication de la première encyclique qui porte sur les fondements mêmes de l’éthique, un certain climat de résistance et de polémique est désormais dépassé. Ce qui permet d’envisager les perspectives positives de la réflexion sur ce document magistériel. Il s’agit de considérer l’encyclique « non seulement comme un point d’arrivée, avec ses précisions doctrinales que toute réflexion morale doit prendre en compte, mais aussi et surtout un point de départ pour un vrai chemin de renouveau, en offrant une lumière décisive pour guider la vie des hommes et des femmes de notre temps dans la splendeur de la vérité reçue du Christ » (p. 5). On peut remarquer cette perspective dans l’importance accordée par les congressistes à la première partie du document qui, à partir d’une profonde méditation de l’Ecriture, pose les fondements de la réflexion ultérieure. Tel n’était pas le cas des premiers commentaires qui s’étaient surtout concentrés sur la deuxième partie où se trouvent les précisions doctrinales.
« Jésus est l’accomplissement vivant de la Loi en tant qu’il en réalise la signification authentique par le don total de lui-même : il devient lui-même la Loi vivante personnifiée » (VS 15). Telle est l’affirmation décisive pour saisir la logique de Veritatis Splendor, selon le cardinal A. Scola. Cette perspective théologique, et plus précisément christologique, ne doit pas s’opposer mais intégrer la compréhension rationnelle de l’agir humain. Cela implique aussi l’approfondissement de la relation entre le bien et la vérité de la personne selon une orientation déjà ouverte par l’encyclique qui intègre dans le bien moral propre de la personne, les biens pour la personne, vers lesquels tout homme est porté par ses inclinations naturelles. Un autre aspect de Veritatis Splendor qui est envisagé par le Congrès comme une perspective féconde, est la considération du lieu propre de l’agir chrétien. La demeure où l’agir moral chrétien est engendré n’est autre que la communauté ecclésiale, où se réalise la vivante rencontre avec Jésus Christ. Donc, il s’agit d’un livre important pour tous ceux qui désirent approfondir l’étude de la théologie morale dans le sillage de ce vrai renouveau souhaité par l’encyclique de Jean-Paul II. Enfin un livre très riche par la qualité des auteurs, par la diversité des apports, dans l’unité d’un chemin éclairé par l’unique Lumière évangélique : « La splendeur de la Vérité ». Signalons aussi les livres des congrès qui ont précédés, en 2000 et en 2001 : MELINA, L., LARRÙ, J. (a cura di), Verità e libertà nella teologia morale. MELINA, L., PEREZ-SOBA, J.-J. (a cura di), Il Bene et la Persona nell’agire.
S. CONOTTER, O.C.D.

Prière et liturgie

-NOTHOMB, D., L’Esprit que Dieu nous a donné. Retraite de huit jours sur le Saint-Esprit, Paris, Editions de l’Emmanuel, 2005, 15,5 x 24 cm, 252 p., 15,80 E.

Dédié aux premiers membres rwandais de la Communauté de l’Emmanuel qui ont donné leur vie en martyrs le 7 avril 1994, cet ouvrage, de belle facture, reprend, en un texte soigné, les notes dont l’auteur s’est servi pour donner une vingtaine de retraites sur l’Esprit Saint. De l’événement de la Pentecôte à l’action créatrice de Dieu, la méditation cherche à comprendre comment l’Esprit fait de nous des temples, illumine les croyants, leur communique son amour, les conduit à la liberté, et prodigue le don de force comme celui de l’unité ; le huitième jour offre l’occasion d’une synthèse au sujet de la sainteté et s’achève sur un témoignage personnel. Quoiqu’il s’en défende dans l’avant-propos que nous venons de rendre, le père N. fait preuve - en plus de sa connaissance scripturaire - de ses compétences dogmatiques, dans les notes annexes, le thème des homélies de chaque jour, les prières où l’âme se repose et les autres invocations anonymes qu’il faut sans doute lui attribuer. L’ouvrage se termine sur un riche index des références bibliques rencontrées. Une belle manière d’entrer en retraite, non pour « acquérir » l’Esprit Saint, mais pour que ce « pinceau » divin puisse mieux dessiner en nous l’image du Fils aimé du Père (235).
N. HAUSMAN, S.C.M.

-DAVIES, M., La réforme liturgique anglicane, Etampes, Clovis, 2004, 14 x 21,5 cm, 368 p., 22,00 E

Trois parties inégales constituent le plan de l’ouvrage : présentation des théologies catholique et protestante de la justification et de l’eucharistie (I-VII), iter de la réforme liturgique de Cranmer avec le Book of Common Prayer (VIII-XV), conclusion sur le thème du compromis (XVI). L’A. ne laisse aucun doute sur sa thèse : la transformation de la liturgie entraîne la transformation de la foi (p. 145). Dans une conception très figée de la Tradition, présentant la théologie et le Missel de Trente comme le seul point de référence, il procède à une critique des innovations liturgiques. On ne s’étonnera pas de retrouver dans l’argumentation de ce livre des propos des opposants à la réforme liturgique de Vatican II qui oeuvrent, à l’instar des adversaires de Cranmer, à la « défense de la messe traditionnelle » (p. 291-292).
G. BOVENS, O.PRAEM.

Questions

-FORTHOMME, B., La jalousie. Election divine, secret de l’être, force naturelle et passions humaines, coll. « Donner raison », 16, Bruxelles, Lessius, 2005, 14,5 x 20,5 cm, 816 p., 59,00 E

Une préface de J. Lebrun, un liminaire, puis une ouverture de l’auteur, et nous voici embarqués dans « la pluralité exclusive de la jalousie » (ch. I). C’est que « la liberté est formée par la préférence » (ch. II, où l’on note un très beau passage sur saint Joseph, 159-160), ce que veut attester « l’exclusivité amoureuse » (ch. III) ; or, c’est à partir « de l’être » (ch. IV) que s’intuitionnent les singularités irréductibles (322). Ainsi se découvrent les racines de « la terre nue » (ch. V), celle qui exulte quand la vie prend corps (ch. VI) et que s’aperçoivent les « envies » (ch. VII), avec leurs « signes dramatiques » (ou encore, « la jalousie shakespearienne », ch. VIII), ainsi que « le savoir indiscret » (ch. IX). « Emergence et dépassement du politique » (la jalousie du roi Saül, ch. X) pointent dès lors vers « la gloire du singulier » : ce chapitre XI, encore intitulé « des stigmates », nous retient particulièrement, après 676 pages d’une lecture souvent difficile ; il précède « les fins de la jalousie » (ch. XII) et l’envoi final. Plus qu’ailleurs sans doute, le franciscain y fait jouer ses dons d’historien, de spirituel, de philosophe lecteur de la Bible, etc., dans une sorte de « sémiotique accumulative », comme il dit (715), qui finit par « un delirium distinct du délire ». Or donc, la jalousie nous délivre du souci de la conservation de soi, elle nous inquiète aussi, mais permet autre chose : « plus je m’abandonne à l’infini, plus il s’adonne à moi ». Et Dieu lui-même « sera trop jaloux de tout notre être pour ne pas accueillir sans retenue notre abandon total à lui et pour ne pas nous recueillir tout entier en lui seul ». Le lecteur peut être pris de vertige, malgré tant d’éclats - citons encore : « l’athéisme comme soulagement de la jalousie, comme déchargement d’avoir à préférer l’unique, comme anesthésie de la douleur de l’exclusivité » (760). La bibliographie sélective et l’index des noms le laissera sans doute encore plus pantois.
N. HAUSMAN, S.C.M.

-ARNOULD, J., Les moustaches du diable, Paris, Cerf, 2003, 21,5 x 13,5 cm, 224 p., 20,00 E.

Dans le registre des livres que l’on regroupe sous la rubrique « Science et foi », en voici un qui n’a pas seulement de provocateur que son titre. La double compétence de l’auteur - ingénieur, ce théologien exerce au Centre national d’études spatiales - lui permet d’approcher avec vigueur les thèmes difficiles où se confrontent classiquement les deux approches susdites. Les dérives inverses des deux démarches sont renvoyées dos à dos au profit d’un questionnement exigeant et rigoureux à propos des questions récurrentes (déterminisme et liberté ; hasard et causalité finale, pour ne pas tout citer) où « scientisme » et « fidéisme » rivalisent souvent de dogmatisme. Le réenchantement du monde et la deep ecology ne font pas un « Nouvel âge » où l’humanité serait délestée de son histoire et de sa responsabilité ! Big Bang et création ne répondent pas aux mêmes questions, ni la neurologie et l’éthique. Encore faut-il savoir bien les poser. Ici, on est heureux de voir s’imposer la nécessité d’une médiation spécifiquement philosophique soucieuse d’assurer, pour commencer, les distinctions épistémologiques requises en ces questions. Certes, chaque chapitre de ce livre en mériterait plusieurs, si ce n’est une bibliothèque, mais pour une sérieuse entrée en matière on trouvera ici un guide sûr et agréablement écrit.
J. BURTON, S.J.

-AVAN DEN BERG, L., et MADELEIN, L., Soeur Sourire. Journal d’une tragédie, Bruxelles, Editions Luc Pire, 2005, 16 x 24 cm, 256 p., 20,00 E.

« Roman inspiré de la biographie », avoue la quatrième de couverture, qui annonce aussi la discographie, des photographies personnelles et des extraits authentiques du journal de Jeannine Deckers, plus célèbre sous le nom de Soeur Sourire ; il faudrait y ajouter quelques témoignages du premier cercle des intimes. Un livre bien documenté et bien écrit, dont on ne recommandera pourtant pas la lecture. D’abord, parce qu’il ne respecte en rien le grand silence qui exprime, depuis 1960, la position des dominicaines de Fichermont. Ensuite, parce qu’il se plaît - sous couvert du roman - à décrire les relations intimes de l’héroïne avec son amie, ce qui n’ajoute rien à un dossier que tout le monde sait scabreux. Enfin, parce qu’il met en scène le suicide final, sa véritable trame d’ailleurs, en tant qu’issue des inextricables difficultés financières où l’injustice ne manque pas. Pour reprendre un mot du titre, c’est bien une tragédie d’avoir à subir une littérature que les psychologues avertis pourraient seuls interpréter.
N. HAUSMAN, S.C.M.

Spiritualité

-GRÜN, A., « Ce que je veux je ne le fais pas ». Du conflit à l’unité intérieure, coll. « Sagesse », Médiaspaul, Paris/Montréal, 2004, 11 x 18 cm, 138 p., 11,50 E.

Ce nouveau livre d’A. Grün (première édition en 1998) est une approche « psycho-spirituelle » d’un chemin qui devrait aider à aller de la détresse (exprimée par le cri que rappelle le titre en écho à Rm 7, 14-25) à l’unification de notre être en Dieu. L’option, prise par l’A., d’interpréter ce passage de Rm comme s’appuyant « manifestement sur l’éthique hellénistique, qui décrit de façon très précise le conflit entre le corps et l’âme [...], les passions et les vertus » (p. 45), oriente l’ensemble de ce livre. Certes, il note aussi que « Paul élève le conflit à un autre niveau. Il est persuadé qu’en nous la loi du péché règne à côté de la loi du bien, la Loi de Dieu » (p. 45). Il reste que nous n’aurons pas ici une élaboration théologique de ce combat mais une évocation des soubassements psychiques de cette contradiction spirituelle. En effet, déclare l’A., « Paul savait qu’à côté de ses penchants sains existaient en lui bien d’autres aspects sombres et mauvais de son âme » (p. 47). D’où la proposition d’un chemin : la reconnaissance en nous de cette part d’ombre (à ce propos, voir MONBOURQUETTE, J., Apprivoiser son ombre, Médiaspaul, 2001, recensé dans VC 2002/4, 272-273) et le travail de son intégration dans l’unité d’un Soi pacifié. Certes, cette démarche est reconnue comme partie intégrante de Rm 7, 25 : « Grâce soit à Dieu par Jésus Christ notre Seigneur ». Ces 10 courtes pages en compagnie de Paul font suite à une lecture « psychanalytique » (plutôt d’inspiration freudienne) de trois guérisons en Marc (Mc 1, 23-26 ; 9 et 5, 1-20) où Jésus Thérapeute, par ses paroles et ses gestes, expulse nos démons (ici évoqués comme les conflits intrapsychiques nés de la méconnaissance, sinon du refoulement, de notre ombre). Vient ensuite un court passage consacré à l’acédie (d’abord monastique mais « absolument un phénomène de notre époque » (p. 60) qui va évoquer la nécessité « d’accéder à la fameuse apatheia » (p. 64). Comment ? Trente pages exposent alors la théorie de l’ombre chez Jung et les attitudes et démarches requises à son intégration dynamique vers un Soi unifié. Unifié, Unité, nous sommes alors initiés (via Jn 17, 22ss, assez curieusement « interprété dans le cadre de la philosophie grecque du to hen et en ayant à l’esprit l’enseignement de Jung sur l’ombre » (p. 98) à la réponse apportée par la mystique de l’Un dont témoignent les expériences variées de l’union amoureuse (le Cantique des Cantiques) aussi bien que celle du sentiment de paix « océanique » de communion avec le Cosmos... et la théologie de Maître Eckhart. Ainsi, la résolution du rapport à l’ombre (ce refoulé inconscient) sera un chemin de libération personnelle et communautaire (couple, communauté, paroisse, église aussi pour une lecture d’Ep 4, 1-6). On le concèdera, c’est beaucoup et trop rapide. L’A. lui-même le regrette souvent. Ce n’est pas que la considération de l’ombre n’offre des aperçus très suggestifs et « éclairants » ainsi que des remarques pleines de sagesse pour la conduite de nous-mêmes et avec autrui. Mais on ne peut - sans plus de nuances - proposer aussi rapidement ces rapprochements où quelques citations de l’Ecriture, les Pères du désert, Eckart (et aussi Parménide, Héraclite, Plotin et Philon d’Alexandrie au premier chapitre) viennent illustrer une approche jungienne de notre dramatique division intérieure. Nous ne sommes pas sûr que cette généalogie ne nous conduise pas vers une compréhension de la vie spirituelle et mystique où tout le « mystère » qu’est le Christ - et le scandale de la Croix - soit pleinement honoré. L’A. dénonce à plusieurs reprises les dérives du New Age. Ne devrait-il pas se rendre compte qu’elles s’enracinent, en partie, dans ce courant de psychologie humaniste nord-américain insuffisamment critiqué (on se reportera à LEBEAU, E.-U., La santé au secours de la Foi, Médiaspaul, 2001, recensé dans VC 2002/4, p. 278-279).
J. BURTON, S.J.

-BENOIST, J., MONTABONE, A., Découvrir la prière au Coeur de Jésus et au Coeur de Marie, coll. « Découvrir », Paris, Salvator, 2004, 12 x 18 cm, 120 p., 12,00 E.

« La découverte de Jésus en sa vie intérieure, en son Coeur, conduit à l’admiration de son humanité ouverte sur sa divinité et saisie par elle » (p. 117). Cette citation donne l’intention de ces pages pleines de ferveur qui entendent nous découvrir l’actualité de la théologie du Coeur du Christ. Une documentation succincte sur l’histoire et la géographie de cette « dévotion » est jointe à sa présentation scripturaire, doctrinale et priante. On ne chicanera pas les auteurs pour tel raccourci un peu rapide ; bien avant saint Claude de la Colombière, le jésuite saint Pierre Canisius et combien d’autres de ses confrères vénéraient déjà le Coeur du Seigneur. Mais on leur sera reconnaissant de noter que la prière au Coeur de Jésus encourage chacun à une relation personnelle avec le Fils de Dieu fait homme, et qu’elle est inséparable tant de la dévotion à la Trinité que de celle envers l’Eucharistie.
H. JACOBS, S.J.

-LOUIS DE BLOIS, Institution spirituelle. Institutio spiritualis. Présentation, traduction et notes par Max Huot de Longchamp, Toulouse, Paroisse et Famille/éditions du Carmel, 2004, 14,5 x 21 cm, 176 p., 18,00 E.

Louis de Blois, Abbé bénédictin de Liessies-en-Hainaut, né en 1506 et mort en 1566, a été l’un de nos grands spirituels. Son oeuvre, toute nourrie des Pères et des auteurs médiévaux, est aussi l’une des dernières productions de l’Ecole flamande avant que la mystique ne connaisse un nouvel essor en Espagne puis en France. Héritier de toutes les sources de la Contre-Réforme - Erasme et la devotio moderna en particulier- il marquera aussi profondément les écrivains qui viendront après lui, comme Louis de Grenade et François de Sales. En 1555, le père Nadal le recommandait pour la formation des jeunes jésuites et le P. Mercurian, s’opposant à l’orientation contemplative dans la Compagnie à partir de 1575, fera toutefois exception pour lui, allant même jusqu’à le recommander en 1580, comme le fera aussi son successeur Aquaviva. L’Institution spirituelle est le plus connu de ses traités, et l’on y trouve, à côté de l’influence du Pseudo-Denys, de saint Bernard et de Tauler, celle d’Harphius et de la Perle évangélique, dont, au dire de dom Huyben, elle « est dans ses grandes lignes le fidèle reflet ». Sur Louis de Blois et son oeuvre, sur la doctrine des spirituels du Nord et l’Institution spirituelle, on trouvera dans cette édition toutes les précisions réunies pour nous faciliter l’accès à ce texte admirable.
H. JACOBS, S.J.

-ROTON, Placide de (Dom), Jésus c’est tout. Préface d’A. de Vogüe, Le Barroux, Editions Sainte-Madeleine, 2004, 13,5 x 20,5 cm, 356 p., 23,00 E

L’éditeur a repris dans ce volume les « retraites du mois » tirées des écrits du père Placide, et publiées dans le Bulletin des Oblats de la Pierre-qui- Vire au temps de son abbatiat (1949-1952). On y ajoute une retraite inédite qu’il prêcha en 1950 à des chanoinesses de Saint-Augustin et qui fut recueillie en notes par l’une des religieuses. Comme le dit le père A. de Vogüé dans la préface, on y trouve « le cri d’un coeur rempli de la Parole de Dieu », cri d’un moine qui « désirait plaire à Dieu seul ». La doctrine en est simple et belle, n’ayant qu’un seul but : « que Jésus soit l’objet de notre recherche assidue » (p. 184).
H. JACOBS, S.J.

-DEMOUSTIER, A., Qu’appelle-t-on Exercices spirituels ? La proposition ignatienne, coll. « Cahiers de spiritualité », Paris, Médiasèvres, 2004, 17 x 24 cm, 53 p., 7,00 E.

Comment présenter les Exercices spirituels de saint Ignace ? Telle est la question à laquelle s’attache le Père Demoustier. Avec lucidité et courage, car pareille présentation ne va pas sans risque face à l’homme de la première décennie du XXIe siècle. Les difficultés sont nombreuses, mais l’A. a vécu les Exercices et les a proposés un certain nombre de fois (p. 4). C’est donc comme un livre abordé dans son rapport au type d’expérience qu’il autorise, que cette présentation est faite, et résultant de nombreuses rencontres entre l’exercitant et celui qui donne les Exercices. En fait, les Exercices spirituels proposent à celui qui les fait une confrontation longue et intense avec la figure du Christ telle qu’elle est transmise dans l’Eglise par les Ecritures (p. 5). Pareille référence à Jésus Christ ouvre sur une expérience de foi qui permet d’entrer dans un rapport personnel avec Jésus, Fils du Dieu vivant. L’expérience initiale d’Ignace de Loyola, le parcours des Exercices spirituels, les « manières de faire », le discernement, tels sont les points fondamentaux qu’analyse le P. Demoustier. En conclusion, il faut affirmer l’erreur qu’il y a à voir dans les Exercices un endoctrinement ou une démarche individualiste et volontariste, voire une prise de pouvoir. Non, les Exercices permettent de vivre la vie chrétienne commune à tous, mais en première personne. Ils ne sont pas la seule initiation à une vie authentiquement théologale. Mais ils ont bien leur originalité et rendent possible une vie chrétienne vécue comme foi, et pas seulement comme religion.
H. JACOBS, S.J.

-NABERT, N., Liturgie intérieure, coll. « Athéna », Genève, Ad Solem, 2004, 11 x 17,5 cm, 158 p., 15,00 E.

Publiées de 2000 à 2004 dans le journal La Croix, ces méditations ici rassemblées sont oeuvre de sagesse orante. La beauté et l’intériorité de ces pages servent à souhait une appropriation silencieuse de la Parole. Ainsi « le long et patient enseignement du Christ nous retire à la nuit de notre être limité et nous ordonne à la sagesse illimitée de Dieu » (p. 74). Une simplicité toute cartusienne imprègne de sa lumière un chemin où « Dieu est présent : l’âme présente par un silence de nudité » (p. 99). Ainsi, peu à peu, nous voici transformés par la tendresse de Dieu (p. 62) qui nous remet au pardon du Fils et nous soulève dans la vigueur de l’Esprit (p. 68). Oui, vraiment, ces textes nous aident à passer « de la division à la lumière ajourée des priants, de l’exode à l’union au Père » (p. 60).
H. JACOBS, S.J.

Témoins

-DE PAZZI, M.-M., Les trois extases de la Passion de Jésus, coll. « Flèche de Feu », 5, Bégrolles-en-Mauges, Abbaye de Belle-Fontaine, 2003, 21 x 15 cm, 155 p., 13,50 E.

Née en 1566 à Florence, M.-Madeleine de Pazzi fit voeu de virginité à 10 ans, connut sa première extase à 12 ans, entra chez les carmélites à 16 ans. Dès ses voeux en 1584, elle eut une vision de Jésus crucifié, pratiqua avec lui l’échange des coeurs et reçut une couronne d’épines. Elle aura trois grandes extases de la Passion et des soeurs présentes écriront ce qu’elles ont vu et entendu. Favorisée d’un mariage mystique, elle devint maîtresse des novices puis sous-prieure et mourut en 1607. Son corps s’est gardé intact jusqu’à ce jour. Elle fut béatifiée dès 1626. Ce petit livre rapporte les récits des trois grandes extases de la Passion, qui durèrent de 16 à 26 heures entre un jeudi et un vendredi. Appelée par le Christ à répondre à son amour rédempteur, elle arriva à chercher dans la croix son plaisir. « Elle a vécu ce à quoi tout chrétien est appelé : porter sa croix à la suite du Seigneur. » A des gens du Nord, sa piété expansive et prolixe peut sembler quelque peu excessive.
B. CLAROT, S.J.

-AUCANTE, V., Le discernement selon Edith Stein, coll. « Les Cahiers de l’Ecole Cathédrale », Paris/Le Muveran (CH), Parole et Silence, 2003, 21 x 14 cm, 154 p., 12,50 E.

Ce livre qui détaille avec précision les étapes du cheminement intellectuel et spirituel d’Edit Stein, de l’agnosticisme à sa vocation carmélitaine, met en lumière deux caractéristiques de sa manière de concevoir la vocation : « Discerner le for intérieur de l’être, puis tenter de réaliser cette vocation selon les circonstances et les possibilités du moment. » Sans négliger le fait que la psychanalyse puisse y contribuer, Edith Stein, contrairement à Freud, n’y voit « qu’une étape sur le chemin intérieur ». Il en va de même du sentiment, dont les motions doivent être clairement discernées pour permettre une orientation de l’action. L’A. rappelle à ce propos qu’Edith « a été amoureuse à plusieurs reprises ». Cette orientation exige l’accès à ce qu’Edith appelle le « noyau de l’âme, c’est-à-dire « le centre d’unité de la personne le plus intérieur ». Le regard d’autrui, à savoir celui d’un conseiller spirituel, peut jouer un rôle important dans cette démarche. Il ne s’agit nullement de tomber dans l’irrationnel, car, ainsi que nous avons eu l’occasion de le souligner chez sa contemporaine Etty Hillesum, qu’elle a personnellement rencontrée en 1942 au camp de transit de Westerbork, l’intelligence doit également éclairer ce discernement. Pour Edith Stein, la prière est l’activité la plus appropriée pour y parvenir, car elle consiste à « mettre notre âme tout entière à recevoir, à être formée dans les mains de Dieu ». Elle comporte d’ailleurs deux dimensions complémentaires : la prière solitaire et la prière communautaire de l’Eglise, cette « cathédrale éternelle » animée par l’Esprit Saint. La prière « permet aussi à l’âme de mettre en ordre avec calme les différents pôles de la pensée ». Quant à la vocation, « elle n’est pas un acquis définitif dont on pourrait ensuite jouir tranquillement : elle nous jette dans le devenir, elle nous invite à nous réaliser et, ce faisant, à nous transformer ». Elle comporte aussi une spécificité, masculine ou féminine, même s’il s’agit de la vie religieuse. Edith n’hésite même pas à se demander si des femmes pourraient un jour être appelées à la prêtrise, étant donné que l’Eglise « s’adapte sans cesse à l’évolution de l’humanité ». Finalement, estimet- elle, « aucune profession ne devrait être réservée à la femme ou à l’homme ». Plutôt qu’une répartition par sexe, Edith défend une répartition par caractère, certaines femmes ayant une force masculine, et certains hommes une sensibilité féminine. L’A. précise en son Préambule que son livre n’est pas un traité de niveau scientifique, ni une étude systématique de la pensée ou de la vie d’Edith Stein. Soulignons toutefois pour notre part qu’il témoigne d’une culture philosophique remarquablement documentée et d’une incontestable familiarité avec les nombreux écrits de sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix.
P. LEBEAU, S.J.

-DOBHAN, U., PAYNE, S., KÖRNER, R., Edith Stein, disciple et maîtresse de vie spirituelle, coll. « Carmel vivant, série Edith Stein », Toulouse, Editions du Carmel, 2004, 11 x 17,5 cm, 121 p., 10,00 E.

Cet excellent petit volume rassemble trois conférences données par des carmes déchaussés au colloque « Edith Stein » que l’Ordre du Carmel avait organisé à Rome en 1998. Le père Dobhan montre en Edith Stein la disciple de Thérèse d’Avila dont la vie l’amena au Christ. Il fait justement remarquer combien E. S. était tributaire des vues de son temps sur l’histoire de l’Espagne. C’est avec émotion qu’il s’exclame : « Dommage qu’Edith Stein n’ait pas su que la sainte Mère Thérèse... était d’origine juive comme elle ! » Le père Payne nous fait découvrir en E. S. la disciple de Jean de la Croix, elle qui prit également la Croix dans son nom de religion. Le père Körner analyse le concept si fondamental pour E. S. d’Einfülhung, cette capacité psychologique qui nous permet de découvrir ce que vit autrui. E. S. n’a-t-elle pas vu dans l’oraison un chemin d’Einfülhung avec le Christ ?
H. JACOBS, S.J.

-BAUDOUIN DE FORDE, L’éloge de la foi et deux sermons, coll. « Pain de Cîteaux », 20, Oka (Québec), Abbaye Notre-Dame du Lac, 2003, 20,5 x 15 cm, 238 p., 18,00 E.

On ignore à peu près tout de l’enfance de Baudouin. En 1150, il se trouve en Italie, probablement comme étudiant en droit. Prêtre et archidiacre, il entre à l’abbaye cistercienne de Forde (Angleterre) en 1170 et en devient Abbé en 1173. Il composa alors presque toute son oeuvre écrite. Nommé évêque de Worcester, il est promu archevêque de Cantorbéry en 1184. Il lutte longuement contre les moines bénédictins de cette ville, trop riches et prétentieux. Des décisions malheureuses le rendirent impopulaire. Parti en croisade, il mourut devant Saint-Jean d’Acre en 1190. Il nous reste de lui 16 traités et 11 sermons dont les deux ici publiés furent retrouvés récemment par un moine d’Orval (Belgique). Son Traité sur la foi, écrit à la demande de l’Abbé de Cîteaux, vers 1173, systématique et assez scolaire, se compose d’une centaine de chapitres assez courts, présentés sous forme de thèses avec des arguments surtout bibliques. Basée principalement sur la Parole de Dieu, la foi doit nous conduire à l’amour. Don de la grâce, elle nous rend enfants de Dieu. Elle peut être refusée et passe par des hauts et des bas. Le Sermon sur l’obéissance à Dieu présente celle-ci comme le don par excellence où s’exprime le mieux l’amour. Le Sermon sur la Sainte Croix montre que, devenue glorieuse, la Croix nous procure le pardon et le salut.
B. CLAROT, S.J.

-BAUDOUIN DE FORDE, Grâce et beauté de la Vierge Marie et autres sermons, coll. « Pain de Cîteaux », 22, Oka, Notre-Dame-du-Lac, 2004, 15 x 20 cm, 200 p., 18,00 E.

Le volume 22, série 3, de « Pain de Cîteaux », continue le volume 21 et la traduction des sermons de B. de Forde. Ils ont pour thèmes l’Annonciation, l’Assomption, la vie commune, la pauvreté, tout ce qui touche à la vie monastique. Ici encore, le recours à l’Ecriture entraîne souvent le langage symbolique. La sévérité est souvent présente, mais l’amour demeure toujours premier dans les exhortations du prédicateur. A la question : « Serons-nous réduits à désespérer ? », sa réponse est sans équivoque : « Non, absolument pas, puisque Dieu est amour » (Jn 4, 16). Et il ajoute : « ... même si mes mérites sont minces et peu nombreux, par delà mes limites, j’ai une espérance plus ample. » Quant à l’Esprit Saint, B. n’ignore pas que c’est lui « qui assure l’authentique sécurité dans l’articulation de la crainte et de la sainte espérance ». Bien sûr, il reconnaît nos multiples raisons de pleurer, mais il atteste que « l’eau de la tristesse sera changée en vin de la joie ».
H. JACOBS, S.J.

-BAUDOUIN DE FORDE, Beauté de la vie monastique et autres sermons, coll. « Pain de Cîteaux », 21, t.1, éd. P.-Y. Emery, Oka, Abbaye Notre-Dame-du-Lac, 2004, 15 x 20 cm, 191 p.

Sous forme ronéotypée, seize « traités » avaient déjà été traduits dans la série 1 de la même collection, par le père Robert Thomas, d’après l’édition Migne. A présent, avec le titre « sermons », ces textes sont retraduits par P.-Y. Emery, mais, cette fois, d’après l’édition critique de David N. Bell, du Corpus Christianorum. Baudouin a dû les prêcher, pour la plupart, aux moines de Forde, entre 1172, date à laquelle il devint abbé, et 1180, quand il fut chargé de l’évêché de Westminster. Devenu évêque, il adressera encore trois de ces sermons à ses prêtres et un à des chanoines augustins. Les sujets en sont variés, comme l’obéissance, l’Eucharistie, la mansuétude et d’autres thèmes où l’amour occupe souvent une place centrale. S’adressant à ceux qui ont autorité dans l’Eglise, il dit la dignité et la grandeur de leur fonction, mais il insiste plus encore sur l’humilité de leur ministère. Aux prêtres, il rappelle leur vocation à la sainteté, et souligne leur relation à l’Eucharistie. La perversion a touché les prêtres et les laïcs, mais Baudouin somme les prêtres de retrouver la dignité de leur ministère. Le prédicateur est souvent rude et exigeant. Son langage, enraciné dans l’Ecriture, ne recule pas devant les symboles mais l’amour est au coeur d’une prédication qui se fait dialogue où Dieu requiert du coeur l’amour pour ce qui est de l’intérieur, et le zèle pour ce qui est de l’extérieur.
H. JACOBS, S.J.

Vie consacrée

-COMMISSION FRANCOPHONE CISTERCIENNE, Prions le Seigneur, Paris, Lethielleux-Kinor, 2004, 14,5 x 21 cm, 398 p., 25,00 E.

La Commission francophone cistercienne regroupe un ensemble de moines et de moniales qui ont travaillé à la réforme liturgique. Des laïcs se sont joints peu à peu à eux et le groupe n’a pas cessé, au cours des années, de se renouveler. Ils ont composé pas mal d’hymnes de Prière du temps présent, puis une série de Prières au fil du temps. C’est dans la ligne de ce dernier ouvrage, en le revoyant et en le réactualisant entièrement, que nous est offert ce nouveau volume, rassemblant des prières qui s’inscrivent à la fois dans le cours des heures d’une journée et dans le temps liturgique. Une table scripturaire et une table thématique permettent un recours libre à ces prières « claires, brèves, sobres et d’un riche contenu théologique ». Par delà les milieux monastiques, elles aideront bon nombre de chrétiens à nourrir leur prière par des oraisons aussi substantielles que savoureuses.
H. JACOBS, S.J..

-Marchons ensemble, Seigneur ! Femmes à la suite du Christ au Carmel. Actes des Assemblées fédérales des Carmélites de France-Nord (7-17 juin 2004), coll. « Carmel vivant », Toulouse, Editions du Carmel, 14 x 21 cm, 223 p., 17,00 E.

Du 7 au 11 juin 2004, des journées ont été organisées par les Fédérations des Carmélites de France-Nord à l’occasion du quatrième centenaire de l’implantation du Carmel en France. Leur thème fut la suite du Christ et les réformes qu’y ont apportées les moniales durant ces quatre siècles. Il a fallu choisir quelques grandes figures du Carmel pour illustrer ces réflexions. Choisir n’est pas exclure : on peut donc comprendre l’absence de Madame Acarie, de Madame Louise de France, de sainte Thérèse de Lisieux, et de combien d’autres... En tout cas, on se réjouira de trouver l’évocation, profonde et fascinante, de Madeleine de Saint-Joseph, des martyres de Compiègne, d’Elisabeth de la Trinité, d’Edith Stein. Dossier très riche, ce livre, qui reprend les conférences données durant ces journées, nous fait pénétrer au plus vif de l’expérience carmélitaine. Que l’on nous permette de ne signaler ici que la très belle communication de soeur Frédérique Oltra, du carmel Saint-Joseph, qui écoute comment trois grands saints du Carmel, sainte Thérèse d’Avila, saint Jean de la Croix, sainte Thérèse de Lisieux, ont habité le récit évangélique de la rencontre de Jésus avec la Samaritaine. Tous les trois voyaient en celle-ci comme une figure emblématique de leur vocation à l’amour.
H. JACOBS, S.J.

-La vie religieuse et la question de l’autorité. Session des 18, 19 et 20 février 2003 du Centre Sèvres - Facultés jésuites de Paris, coll. « Cahiers de vie religieuse », Paris, Mediasèvres, 2004, 17 x 24 cm, 109 p., 11,00 E.

La session de février 2003 du Centre Sèvres des jésuites de Paris avait pris pour sujet « La vie religieuse et la question de l’autorité ». C’était là une très intéressante initiative car, on le sait, on réfléchit plus habituellement sur l’obéissance. Le lecteur ne sera pas déçu par les neuf contributions ici rassemblées. Se penchant sur l’histoire de l’exercice de l’autorité, avec ses changements et sa continuité, l’amiral Thierry d’Arbonneau rappelle le mot de Michel de Belle Isle à son fils, au début du XVIIIe siècle : « Je ne vous dirai pas : cherchez à mériter l’estime du corps que vous commandez... je vous dirai : cherchez à en mériter l’amour. » Dans un monde de violence, une armée disciplinée n’en demeure pas moins indispensable. Avec sa riche expérience, le Père Odilon de Varine, étudiant l’exercice de l’autorité dans la vie religieuse, met l’accent sur trois points : concevoir l’autorité religieuse en termes d’alliance, exercer l’autorité dans un contexte qui valorise l’autonomie ; l’autorité libère par la parole qu’elle autorise et par celle qu’elle profère. Aussi, conclut-il, vivre justement du service d’autorité suppose une humble conscience à la fois de la relativité et de la nécessité des décisions : une attention très grande à l’Esprit en chacun, comme en soi ; un souci constant de la communion à réaliser dans la mission reçue et la liberté à faire croître ; un souci du bien universel tout en préférant toujours la miséricorde à la justice. Le père Jean Miler présente, pour sa part, l’autorité du Serviteur dans l’évangile de Matthieu, et Marie Guillet insiste sur la dimension spirituelle de l’exercice de l’autorité. Avec les autres contributions dont nous ne pouvons faire état ici, nous avons donc dans ce recueil de précieuses indications sur la manière d’être responsable aujourd’hui.
H. JACOBS, S.J.