Recensions parues dans ce numéro…

Patristique

ISAAC LE SYRIEN, Œuvres spirituelles II, 41 discours récemment découverts, coll. « Spiritualités orientales » 81, Bégrolles-en-Mauges,
Abbaye de Bellefontaine, 2004, 15 x 21 cm, 482 p., 25,00 €.

Isaac le Syrien, moine et éphémère évêque de Ninive, vécut vers le milieu
du VIIe siècle. L’époque, troublée par les invasions arabes, connut cependant
une grande floraison littéraire et théologique. Les grands textes
des théologiens de Byzance furent traduits en syriaque, et Isaac se fit particulièrement le disciple d’Evagre et de Théodore de Mopsueste. Il mourut
solitaire, à un âge avancé, devenu complètement aveugle « à cause de
ses efforts prolongés pour lire l’Ecriture ». Il est l’auteur d’une série de
discours qui, traduits en diverses langues, eurent une influence considérable
sur la spiritualité des Eglises d’Orient, tout particulièrement l’Eglise russe. En1983, on découvrit un autre ensemble de Discours et de Centuries, aujourd’hui partiellement accessibles en édition critique et dans quelques langues modernes. Il s’agit de 41 documents de longueur inégale. La présente traduction française comprend l’ensemble de ces textes nouvellement découverts. Notons qu’une troisième partie de l’œuvre d’Isaac, inconnue jusqu’aujourd’hui, et dont l’édition et la traduction sont en préparation, a été récemment découverte à Téhéran. Les textes que nous découvrons dans le volume ici recensé ont été écrits, au dire du même Isaac, pour traiter du « labeur de la prière », cette « conversation avec Dieu pour laquelle toute chose existe », et plus précisément des « pratiques de la prière cachée (ou secrète) ». Telle est bien l’intention d’Isaac : expliquer et propager la pratique de la « prière intérieure ». On sait que ses écrits ne furent pas sans être contestés. On pense aujourd’hui que ce fut par peur d’une mauvaise compréhension, par les jeunes moines, de son insistance sur la miséricorde de Dieu. — H. JACOBS, S.J.

Spiritualité

LAPLACE, J., Marie et l’Esprit.Au cœur de la vie spirituelle, coll. « Vie intérieure », Toulouse, Editions du Carmel, 2005, 15 x 19 cm, 119 p., 12,50 €.

Ce petit livre de vie spirituelle « cherche à conduire au cœur du mystère
de l’Esprit réalisant dans une créature le dessein éternel de Dieu », à savoir,
la divinisation de l’homme. Notre divinisation est notre mystère propre, dont Marie témoigne. En effet, cette transformation, l’Esprit l’a opérée en Marie, si bien qu’« elle est l’humanité telle que Dieu l’a conçue ». « La première en chemin », « par qui l’Esprit nous a donné Jésus », Marie resplendit pour nous comme un signe grandiose. Résonnant de l’Ecriture, des Exercices spirituels et de la patristique, cet essai en quatre étapes part du point de vue éternel de Dieu pour aller vers son déploiement dans le temps, en suivant les Evangiles. L’ouvrage peut être médité à partir de cette parole : « Marie est la vie spirituelle de l’humanité ». — M.-G. LEMAIRE.

PRADERE, M., Jésus doux et humble de cœur, coll. « Vie spirituelle »,
Paris, Editions de l’Emmanuel, 2005, 14 x 21 cm, 296 p., 14,80 €.

A partir de son expérience missionnaire, l’auteur a compris que la douceur
et l’humilité du cœur de Jésus peuvent seules « ouvrir les cœurs au
message de l’Evangile ». Dans la mouvance du père Glotin, il entreprend
la rédaction de ce livre, plutôt d’introduction générale, dont le style est à
la fois méditatif et pédagogique. Il présente les fondements de la dévotion
au Cœur de Jésus, notamment à travers l’Ecriture (principalement saint Jean) ainsi que la Tradition patristique, magistérielle et spirituelle. En douze chapitres successifs (dont le dernier traite du Renouveau charismatique),
l’auteur parcourt avec liberté et suggestivement de multiples aspects concernant le Cœur de Jésus, de manière à en présenter la profonde
richesse. Se mettre à l’école du Cœur de Jésus nous entraîne à celle
du disciple bien-aimé, qui reçut chez lui Marie pour mère. C’est aussi recevoir
de son Cœur les sacrements — en particulier l’Eucharistie — qui
ont jailli de son côté transpercé, comme le symbolisent le sang et l’eau.
Le lecteur trouvera assurément de quoi glaner. — M.-G. LEMAIRE.

Religions en dialogue

DANDOY, M. (éd.), Le protestantisme.Mémoire et Perspectives, Bruxelles, Racine, 2005, 15 x 23 cm, 388 p., 22,95 €.

Introduit par le Président de la Chambre de Belgique, cet ouvrage se prétend
tendu entre Mémoires et Perspectives. Peut-être aurait-on gagné en
clarté à parler de « protestantisme en Belgique… de langue et culture françaises ». Ce travail d’équipe a mobilisé une vingtaine de collaborateurs. Il
rend compte de multiples aspects de la vie des protestants au pays Belgique,
où ils ne furent ni ne sont suffisamment déterminants, ni en nombre, ni en zones d’influence. Une ample table des matières (373-380) articulera un survol historique avec une description parfois anecdotique de la manière dont les Eglises issues de la Réforme portent leur mission. Deux chapitres plus fondamentaux traduisent la relation à la Bible, ainsi que le vécu au quotidien de la profession de foi et de la vie intérieure. Ce livre arrive à point nommé, en des temps où il est débattu de ce que l’Europe doit à la religion chrétienne. C’est bien entendu une Eglise située – cela vaut parfois mieux que de prétendre à de l’universalité tous azimuts —, et en interaction avec son époque (la modernité) qui se raconte ici. On notera également avec joie les ouvertures sur libre examen et laïcité, et même la présentation du « grand frère », le protestantisme français. Au fil de ces pages qui se donnent avec modestie, le lecteur entrera progressivement dans la compréhension (c.-à-d. l’accueil respectueux) d’un « autre » dont il a à entendre l’annonce d’une manière d’être « de Christ ». Et cela peut être heureuse nouvelle. — Et. ROUSSEAU.

Témoins

BOUCHARD, F., Frère Gabriel Taborin à l’école de la Sainte-Famille,
Paris, Salvator, 2004, 14 x 21 cm, 288 p., 19,00 €.

Françoise Bouchard est connue et appréciée pour ses biographies de
saints. C’est au fondateur des Frères de la Sainte-Famille qu’elle consacre
les pages présentes. Né dans l’Ain, à Belleydoux, en 1799, G. T. aurait
peut-être souhaité devenir prêtre, mais c’est dans le laïcat consacré qu’il
trouva sa vocation. Novice chez les Frères de Saint-Joseph, puis chez ceux
de la Croix de Jésus, il connaît de nombreux déboires. D’autres essais
aussi infructueux furent tentés avant que ne se dessine sa véritable mission.
Les Frères de la Sainte-Famille naquirent enfin et découvrirent peu
à peu la forme et les règles de leur Institut. On date de 1838 l’année officielle
de leur fondation. Ils se définissaient comme « une petite association
de Frères de l’Institution chrétienne », voués à « toutes sortes de
bonnes œuvres », surtout en secondant les curés en qualité de maîtres
des écoles paroissiales, de catéchistes et de clercs. Dans ces années difficiles,
il fut soutenu par l’amitié du Curé d’Ars. G. Taborin mourut en
1864, laissant une congrégation solidement charpentée et déjà nombreuse,
vivant de l’idéal de Marie et de Joseph, à Nazareth, travaillant ensemble
pour Jésus. Elle est aujourd’hui répandue dans de nombreux pays
et attend avec confiance la béatification de son fondateur. Cette biographie,
alerte, agréablement menée, fondée sur une documentation sérieuse,
y contribuera sûrement. — H. JACOBS, S.J.

MAGNET, A., Alberto Hurtado.Un toit pour le Christ. 1901-1952, Préface de D. Sonveaux s.j., coll. « Sur la route des Saints », 23, Namur,
Fidélité, 2005, 12 x 19 cm, 58 p., 4,95 €.

Un tout petit ouvrage, pour rappeler une grande vie, et faire comprendre
la canonisation récente de ce jésuite chilien qui connut la pauvreté
et, fait plus rare, ne lui tourna pas le dos. Son itinéraire nous est
rapporté (avec ce long séjour à Eeghenhoven-Louvain qui le rend plus
proche encore de nous), puis son retour au Chili, et enfin, nous est présentée
son œuvre, qui donne encore, cinquante ans plus tard, à des dizaines
de milliers de personnes, et jusqu’en Asie, le toit auquel « le
Christ » a droit. Son mot favori, « contento, Señor, contento », dit l’achèvement espéré d’un combat sans merci : « je soutiens que chaque
pauvre, chaque vagabond, chaque mendiant est le Christ en personne
qui porte sa croix » (36). — N. Hausman, s.c.m.

HURTADO, A., Comme un feu sur la terre.Pages choisies, Paris, Centre Sèvres, 2005, 12,5 x 19 cm, 211 p., 13,00 €.

E.Hurtado (1901-1952), jésuite chilien, récemment canonisé, est un héros
national. Le présent ouvrage, après avoir, dans une courte biographie,
évoqué les activités caritatives multiformes de son Foyer du Christ (Hogar
de Cristo), rassemble, sans respecter la chronologie, une cinquantaine de
textes tirés de ses œuvres (homélies, conférences, méditations, réflexions
personnelles) s’échelonnant entre 1938 et 1952. Sa théologie est traditionnelle, édifiée sur le Corps mystique ; sa spiritualité est ignatienne, prônant la contemplation dans l’action. Relevons quelques expressions : « Le
christianisme se résume en un désir ardent de bonheur pour nos frères ;
il appartient au plan de Dieu que nous soyons pressurés ; l’équilibre de la
vie apostolique ne s’obtient que dans la prière ; chacun reste superficiel
s’il n’a pas souffert… » Il prêche la joie comme témoignage, rappelle son
exclamation favorite : Contento, Señor, contento et, tout en invitant les
chrétiens au don total de soi à Dieu et à l’humanité, il n’hésite pas à leur
suggérer « une marge de fantaisie dans leur vie… une manière d’être
douce, joyeuse, légèrement originale. » Ses notes personnelles sont révélatrices. Il note les dangers de l’action apostolique : « Travailler pour faire
de l’apologétique. Vouloir toujours avoir raison. Tout diriger. Ne pas
confier de responsabilités aux autres. Etre dur pour les associés. Considérer
comme ennemi quiconque s’oppose à moi. Etre destructeur par une
critique injuste ou inutile. Ne pas assez dormir ou manger suffisamment. »
Il laisse deviner ses combats : « Ne pas attendre de gratitude… Remettre
le succès entre les mains de Dieu. » Et il lui arrive de constater : « Je suis
seul. Personne ne me comprend. Les meilleurs amis ont manifesté leur
opposition. » Quatre jours avant sa mort, il dicte une lettre dans laquelle
il exprime son dernier vœu : « Que l’on veille à créer un climat de véritable
amour et respect envers les pauvres. » — P. DETIENNE, S.J.

BOUCAND, M.H., Le corps mal-entendu.Un médecin atteint d’une maladie rare témoigne, « Supplément à Vie chrétienne » 502, Paris, Vie
chrétienne, 2005, 15 x 28 cm, 112 p., 13,00 €.

La manière bien personnelle dont MHB témoigne, aurait fait mouche
si elle avait « seulement » rendu compte d’un des deux versants de sa
vie : l’exercice de son « métier » de médecin, d’abord ; le partage dans sa
vie au quotidien, ensuite, avec la maladie, cette « voleuse », qu’elle perçoit
d’une manière toute particulière, elle qui est… médecin. L’articulation
qu’elle propose de ces deux dimensions rend son essai-récit passionnant.
Médecin vouée à l’accompagnement de personnes « en éveil
de coma », entre autres ou pour qui on doit malheureusement envisager
un handicap souvent lourd, l’A. est déjà blessée dans sa propre chair — en tant qu’elle est faite pour la communication — par l’aphasie de sa
mère. Et cette réalité l’incite à aborder la personne malade avec respect,
pudeur, comme quelqu’un qui cherche (à comprendre), à se laisser évoluer
par ce que l’autre apprend et ce qui chemine en lui, en elle, comme
« vouloir vivre ». Là, M.H. Boucand s’efforce de mettre sa foi en Christ
au diapason de l’accompagnement de l’autre souffrant, à profondément
prendre soin de lui. Puis, de manière discrète mais constante, une
maladie « orpheline » va se donner à connaître. Précarité une nouvelle
fois, à se laisser découvrir et accueillir, passage de l’autre côté des soins,
sans oublier une confrontation à soi-même et à ses peurs, douleurs,
souffrance. Peut-être faut-il avoir arpenté ce chemin, pour saisir (être
saisi ?) combien ce livre est le récit d’une espérance en acte. Non sans
désabusement, en face de tout ce qui rend votre état plus pénible encore,
au nom de peurs de « je sais (mieux que vous !) », avec un humour
aussi, qui fait que jamais le récit ne se soumet à la désespérance —
même s’il ne la méconnaît pas —, l’A. rend compte d’un beau chemin
d’être humain, qui fait le choix de s’accueillir fragile, démuni, éminemment
digne et respectable. Oserons-nous dire que ces mots deviennent
« vitraux » laissant filtrer une autre Lumière ? — Et. ROUSSEAU.

FERNANDEZ, G. M. (dom), Dieu seul ! L’ardent désir d’un jeune moine.
Biographie spirituelle du bienheureux Rafael,
coll. « Voix monastiques
 », no 13, Oka (Québec), Abbaye N-D du Lac, 2005, 14 x 21 cm,
141 p., 12,00 €.

Rafael Arnaiz Baron est un jeune oblat trappiste, mort à 27 ans à l’abbaye
de San Isidro de Duenas (Palencia) en Espagne. Le pape Jean-Paul II l’a béatifié à Rome le 27 septembre 1992. Ecrite par le père abbé du monastère où vécut Rafael, cette biographie retrace très simplement la pureté d’une trajectoire faite d’amour et de souffrance. Né à Burgos le 9 avril 1911, ce jeune moine connut de douloureuses épreuves de santé qui le forcèrent à sortir de l’Ordre plusieurs fois pour y être ensuite réadmis. Il mourut le 26 avril 1938. A travers un itinéraire spirituel exceptionnel et une vocation tout à fait singulière, Rafael fut peu à peu conduit à tout donner à Dieu. Il nous formule lui-même la leçon de son existence : « C’est en contemplant la croix que j’ai appris le peu que je sais » (p. 123). — H. JACOBS, S.J.

Vie consacrée

STAWICKI, S., La coopération, passion d’une vie.Vie et manière de vivre de Vincent Pallotti (1795-1850), Kigali, Pallotti-Presse, 2004, 17 x 24 cm, 542 p.

Cette thèse de doctorat en théologie a demandé à son A. quatre années
de recherches. Elle commence par situer saint Vincent Pallotti dans son
milieu et au cœur de son expérience spirituelle. La pensée mystique du
fondateur de la Société de l’Apostolat catholique est essentiellement apostolique. Elle a pour centre l’idée de la « coopération » pour la gloire de Dieu et le salut de tous. La thèse étudie ensuite saint Vincent et son œuvre au sein de l’Eglise, et l’élaboration de son ecclésiologie de l’apostolat. Elle
s’attache enfin à la perspective d’universalité dans laquelle l’inspiration
fondatrice du système de « Procures » entend permettre la formation et la
réalisation d’un « don de la coopération ». L’A. a pu ainsi démontrer combien
l’essence de la spiritualité pallottine se trouve dans la coopération,
« le plus divin de tous les dons divins que Dieu communique à ses créatures
 », selon l’expression de saint Vincent lui-même. De ces analyses minutieuses
se dégagent non seulement la théologie de Pallotti mais aussi sa personne et sa mission, situées dans une lumière renouvelée. Thèse extrêmement
riche, abondante, foisonnante même, elle marque un tournant
dans la connaissance de la vie de saint Vincent, de sa spiritualité et
de son charisme. Une brève chronologie biographique ouvre cet ouvrage
aux références multiples. Au surplus, et ce n’est pas son moindre mérite,
cette thèse nous manifeste l’actualité du message pallottin de la coopération
à l’âge de la nouvelle culture des communications. — H. JACOBS, S.J.

Vie de l’Eglise

WATTS, G., Benoît XVI. Son histoire, Paris, Salvator, 2005, 14 x 21 cm, 122 p., 12,00 €.

Voici un ouvrage de ferveur, qui esquisse le portrait du nouveau Pape, avec
plusieurs coquilles et quelques inexactitudes. Mais le texte est agréable et
peut être préféré à des sommes plus sophistiquées. On restera perplexe devant la devise proposée en frontispice, Succita, virescit (toujours travaillé,
il repousse) : une constatation ou une prévision ? — N. HAUSMAN, S.C.M.