Recensions parues dans ce numéro…

Ecriture

MEIER, J. P. , Un certain juif Jésus. Les données de l’histoire. III : Attachements, affrontements, ruptures, Paris, Cerf, 2005, 15 x 23 cm,
740 p. , 50,00€.

En attendant le 4e volume, à paraître en cette année 2006, voici le tome 3
de la traduction française de l’œuvre magistrale de J.-P. Meier. Son projet
est de restituer, avec toute la méthode et toute la rigueur possibles,
le Jésus historique tel que la science de l’histoire peut l’appréhender à
travers les témoignages que nous possédons sur lui. Ce Jésus « historique » ne coïncide donc pas adéquatement, loin de là, avec le Jésus-Christ de la foi ni avec la christologie des théologiens. Le tome 1 s’attachait au cadre, à la chronologie et aux premières années de Jésus. Le tome 2 avait pour objet ses paroles et ses actes essentiels. Le présent ouvrage examine les diverses relations entretenues par Jésus : les gens à sa suite, les disciples, les Douze, les mouvements juifs, comme surtout les pharisiens, les sadducéens, les esséniens. L’A. étudie ce réseau caractéristique de relations où apparaît clairement leur caractère essentiellement juif. Jésus venait du judaïsme majoritaire et se définissait par rapport à lui. Le titre anglais de l’œuvre de J. P. Meier évoquait la « marginalité » de Jésus. Par ce terme il faut entendre son caractère énigmatique. Le Jésus historique demeure une énigme et il est impossible de lui donner une définition trop déterminée. L’A. nous ouvre donc des questions sur ce personnage mystérieux, mais on ne pourra jamais remettre en cause sa judéité fondamentale. Jésus fut intensément juif, mais pourtant « marginalisé » au regard des institutions centrales du pouvoir juif
de son temps ou par rapport à elles. Jésus a été un juif qui soutenait et
observait la loi mosaïque, mais sa position vis-à-vis de cette loi demeure
difficile à cerner vu la manière dont il la comprenait et les positions diverses
qu’il a prises à son propos. Le mouvement auquel Jésus a donné
l’impulsion n’était pas un rassemblement d’ « enthousiastes » dont les
attentes eschatologiques excluaient toute organisation pratique. Il lui a
fourni des éléments au moins embryonnaires d’organisation et de structure.
Cela explique le développement de l’Eglise primitive sous la conduite de personnages comme Pierre, Jacques et Paul. C’est que déjà, avant la Passion, le mouvement de Jésus avait reçu de lui son identité et un système de soutien à l’intérieur du judaïsme de son époque. Prophète à la manière d’Elie, Jésus a annoncé la fin de l’état présent des choses et la mise en place d’un nouvel ordre où Dieu exercerait pleinement sa souveraineté royale sur Israël. Dans la paix et la joie, Dieu accomplirait sa volonté par son peuple repentant et pardonné. Jésus n’a pas donné à ce sujet de détail concret. Sa tâche fut celle de prophète de ce royaume et d’y préparer Israël en l’appelant à la conversion et à un renouveau de la vie morale. Par ses paroles et ses actions, Jésus anticipait ce que Dieu seul accomplirait pleinement lors de sa venue. Mais ses actes étaient seulement symboliques et prophétiques. Il ne s’agissait
pas pour lui d’établir un nouveau régime politique. Les tensions et les affrontements étaient cependant inévitables : Caïphe et Pilate ne pouvaient que faire en sorte de décapiter le mouvement. Pour la foi, l’œuvre de Jésus n’a pu être détruite car le Seigneur est ressuscité et a chargé ses disciples d’évangéliser le monde. Pour l’historien, la survivance de son mouvement doit beaucoup au fait que Jésus l’a structuré — pensons aux douze Apôtres, signes de l’Israël nouveau — et lui a donné une identité propre au sein du judaïsme palestinien.
J. P. Meier, — les critiques l’ont dit avec admiration — a tenté la reconstruction moderne la plus ambitieuse du Jésus de l’histoire. Méticuleux,
méthodique, il a examiné toutes les sources disponibles, y compris
saint Jean, rigoureusement fidèle aux critères reconnus par l’exigence
scientifique, tout en demeurant lucide sur leurs limites. Finalement,
c’est un Jésus plutôt traditionnel qui nous est restitué, fortement
influencé par Jean-Baptiste, et qui a beaucoup de points communs avec
celui de Paul et des évangiles. Est-ce à dire que J. P. Meier réponde à
toutes les objections possibles ? Bien sûr que non, et le chantier demeure
ouvert. Parmi quelques contestations plus importantes, notons
qu’on lui a reproché d’avoir rejeté les tentatives faites pour préciser les
structures et caractéristiques de la source Q, qu’il estime inconnaissables.
On a également mis en cause la faiblesse de la thèse qui le conduit à exclure totalement l’évangile de Thomas, attribué par lui à une réduction gnostique tardive.
Pour conclure, répétons-le : le Jésus historique est reconstruit et il n’est
pas le Jésus réel. Mais J. P. Meier a remarquablement accompli sa tâche
qui s’impose d’autant plus qu’ignorer la science et ses exigences critiques
n’est pas la meilleure manière de faire droit à la foi dans le Verbe
fait chair. – H. JACOBS, S.J.

DE PERETTI A., L’humour du Christ dans les évangiles, Paris, Cerf,
2005, 13,5 x 19,5 cm, 360 p., 29,00€.

Autant le dire d’emblée, on ne rit pas vraiment à la lecture de ces pages,
mais on finit, après un peu d’agacement (ces questions toujours recommencées ! ), par regarder les choses autrement — je suggère aux impatients de commencer par le chapitre XI, qui donne quelques passe-partout. Les trouvailles ne manquent pas, ni avant, ni après ces « secondes avancées », mais c’est alors peut-être que l’ouvrage passionne :
comment lire l’évangile jusqu’au bout, à l’enseigne de l’humour ? Pour
les tentations au désert, peut-être ; pour les apparitions, passe encore ;
mais pour aller de « l’ânon dans Jérusalem » à la « royauté de vérité » ?
C’est pourtant ce qui arrive, grâce à mille et une traductions scripturaires
et à une conception « baroque » (voir ce terme dans le lexique final) de l’esprit - ni dérision, ni raillerie, ni persiflage, mais l’incroyable verve d’un polytechnicien, docteur en lettres et sciences humaines, qui écrit des oratorios et autres codicilles. Avouons que cet « enjouement
de la grâce » (231) vaut bien d’autres exégèses — N.HAUSMAN, S.C.M.

PELLETIER, A.-M., Le signe de la femme, Paris, Cerf, 2005, 13,5 x 19, 5 cm, 250 pages, 25,00€.

Pour remédier à « la longue histoire de mauvais usages du texte » (17),
l’auteur revisite « une série d’affirmations de l’Ancien et du Nouveau
Testament concernant la relation homme-femme » (11) — l’ouvrage reprend
en les remaniant divers articles publiés antérieurement (245). On
y part bien sûr, dans une première partie, de « la relation fondatrice »
(Gn 1-2), pour voguer vers le Cantique des Cantiques, et toucher à la
nouveauté chrétienne (Gal 3,28). Dans une deuxième partie, est rouvert
le débat du dossier corinthien (1 Co 11,9), pour y voir à l’œuvre la logique
du Christ et entendre la littérature s’inspirer de la théologie (chez
V. Grossman). Dans la troisième partie, il s’agit de lire la lettre aux Ephésiens
(5,21-33 ; 4,5 ; 5,21), où l’on découvre la non-maîtrise vécue à la
manière du Christ comme chemin royal de la vraie puissance (180) ;
pour finir, « le signe de Marie » s’éclaire du Premier Testament, tandis
que les femmes sont entendues comme les pédagogues de l’Eglise, englobant
(comme l’a vu Balthasar) la fonction ministérielle masculine.
Ainsi, « dans le Christ, il y a bien et plus que jamais, l’homme et la
femme ! » — N.HAUSMAN, S.C.M.

Prière et liturgie

LOUF, A., Chemin de croix au Colisée, Namur – Paris, Fidélité, 2005,
12 x 19 cm, 73 p., 7,95€.

Prêché le vendredi-saint de 2004 en présence de Jean-Paul II, ce chemin
de croix est à la fois traditionnel et novateur. Chacune des quatorze méditations est précédée d’une lecture biblique (où les trois chutes ont été remplacées par l’agonie de Jésus, la trahison de Judas, le reniement de
Pierre…) et conclue par une prière-intercession adaptée au « mystère »
contemplé : pour les pécheurs, pour les étrangers, pour les parents « désenfantés »… Dans la préface, l’A, moine cistercien, évoquant le film de Mel
Gibson, met en garde contre la tentation de dolorisme — P. DETIENNE, s.j.

Fr. ROGER, de Taizé, Prier dans le silence du coeur.Cent prières, Taizé,
Les Presses de Taizé, 2005, 11 x 17,5 cm, 124 p., 10,00€ ; Pressens-tu
un bonheur ?,
ibid., 160 p., 9,00€.

Les Presses de Taizé offrent ici deux petits ouvrages, dont la publication
entoure le décès de Fr. Roger. Le premier présente en quelques tableaux
majeurs son chemin. Y éclatent les mots de : bonheur, joie, paix, fête ;
communion et simplicité ; espérance. À accueillir le regard du fondateur
de Taizé, on pouvait reconnaître que ce n’étaient pas là paroles protégeant
du désarroi et des souffrances de l’autre, frère et sœur. Ses rencontres
avec Jean XXIII, Paul VI, Jean-Paul II, Mère Teresa, celle plus secrète
avec Dieu qui « ne peut qu’aimer » (139) invite le lecteur lui aussi
à devenir rayonnement de la confiance que le Créateur met dans l’humain.
Le second recueil nous confie des prières de Fr. R. On pourra apprécier
combien la Foi de cet homme n’étalait pas l’évidence d’une relation à
Dieu, mais qu’elle se faisait plutôt invitation. Reconnaissance de l’humain,
d’un désir de communion avec le « plus intime que soi », soif de
communion en cette prière dont Roger dit que « rien n’est plus responsable » qu’elle (7), car elle est creuset d’un amour qui se laisse humblement
(in-)former par l’Amour. — ET. ROUSSEAU.

AUBIN, C., Prier avec son corps à la manière de saint Dominique, coll.
« Epiphanie », Cerf, Paris, 2005, 13,5 x 18,5 cm, 242 p., 22,00€.

C’est un véritable traité d’oraison que nous offre ce magnifique texte de
Sœur Catherine Aubin, dominicaine. Recueillant la tradition de son
ordre à travers le texte des « Neuf manières de prier de saint Dominique »
(dans la traduction française provisoire des Petites Sœurs de l’Agneau)
elle nous introduit, avec la double compétence qui est la sienne (licenciée
en psychologie et docteur en théologie) et non moins avec son expérience
propre, à la diversité de l’univers de la prière. Univers intérieur
d’une grande richesse que les neuf « attitudes » du corps (incliné, prosterné,
mortifié, agenouillé, méditant assis, les bras en croix, les mains
levées vers le ciel, debout, assis ou encore, en marche), viennent déployer
comme en une icône vivante où symbolisent le ciel et la terre.
Profondément enracinée dans l’anthropologie biblique, cette gestuelle
quasi liturgique de la prière (en pensée, en parole et en geste unissant
néphèsh, rouah et bâsâr) dispose le priant à un « enfantement (…) pour entendre le Seigneur nous dire : je te reçois comme tu es, tu es mon ami, sois fécond et donne du fruit » (p.10). La place nous manque pour détailler le parcours de ces neuf chapitres et leur mouvement interne ainsi
que les richesses de doctrine spirituelle qu’ils nous livrent. On n’en recommandera que d’autant plus la pratique. Iconographie et bibliographie
achèvent de faire de ce livre une « exception » dans ce genre de littérature.
— J. BURTON, S.J.

STINISSEN, W., L’éternité au cœur du temps, coll. « Vie intérieure », Editions du Carmel, Toulouse, 2005, 15 x 19 cm, 200 p., 18,30€.

Pour qui n’aurait pas eu l’opportunité de lire ce livre déjà publié en 2002,
en voici une nouvelle édition inchangée. Ne s’agit-il pas de l’éternité au
cœur du temps ? Il restera toujours que le temps, c’est « l’attente de Dieu
qui nous attend ». L’ayant déjà chaudement recommandé dans notre
recension (Vs Cs, 2004/1, 67) nous ne pouvons que redire l’excellence
de ce texte et en particulier du Chapitre V : « Prier : se tenir devant l’Eternel
 ». Mais il n’est pas le seul. A vous de le découvrir à nouveau. —
J. BURTON, S.J.

Témoins

BOUCHARD, F., Le saint Curé d’Ars.Viscéralement prêtre, Paris, Salvator, 2005, 14 x 21 cm, 318 p., 19€.

Les témoignages des contemporains de Jean-Marie Vianney, notamment
aux procès de sa béatification, sont connus. Les études historiques
le concernant ne manquent pas non plus. On ne s’étonnera donc
pas de ne trouver dans cette nouvelle bibliographie du saint Curé d’Ars
autre chose que ce qu’on a pu lire déjà dans Trochu, Fourrey ou Nodet.
S’agit-il alors d’un « carnaval » de plus (c’est ainsi que M. Vianney désignait
les images d’Epinal éditées à sa gloire) ? D’abord, chaque fait ou
témoignage est contrôlé par des références de première main (ou
presque : p. 52, les jésuites étaient-ils déjà à La Louvesc en 1807 pour
entendre en confession le jeune Jean-Marie pèlerin ?). Ensuite, il coûte
presque deux fois moins cher que l’universel Trochu. Enfin, il est toujours
bon d’entendre une voix féminine parler de ce que représente le
prêtre pour elle. On regrette presque que l’auteur ne se soit pas livrée
davantage dans ce récit qui a pourtant une belle ambition : discerner
l’essence du sacerdoce à travers les épisodes vécus par le pauvre et saint
curé. Mgr Ricard, préfacier, donne le sens du sous-titre : Jean-Marie
Vianney était « viscéralement prêtre » parce qu’en lui, « l’esclave du
confessionnal », selon les mots de Jean-Paul II, tressaillaient les entrailles
de la miséricorde de Dieu. Dans la postface, le P. Nault, recteur
du sanctuaire d’Ars, visite à nouveau les premières années du jeune
Vianney pour déceler chez sa mère, son père, et l’abbé Balley, les
« grandes influences » qui formèrent le futur patron de tous les curés de
l’univers et modèle de « charité pastorale ». De ce récit mené allègrement,
on appréciera les intertitres que l’auteur a placés tout au long de
son texte : teintés d’humour souvent (« pas malin, le grappin ! », p. 154,
à propos du démon ; « Fuites de rumeurs… Rumeurs de fuite », p. 221-
222, pour évoquer le deuxième départ de la paroisse), ils constituent
comme les fruits de la contemplation d’une vie toute donnée à « gagner
des âmes au Bon Dieu ». Ces traits de style rachètent largement les coquilles nombreuses et quelques expressions aux allures dépassées (par
ex. : un jeune homme qui, renonçant à l’illusion d’une vocation religieuse,
« s’établirait dans la vie », et une religieuse qui « mourra en prédestinée
 », p. 204). – A.MASSIE, S.J.

DE MONTALEMBERT, Ch., La vie de sainte Elisabeth de Hongrie, coll.
« Sagesses chrétiennes », Paris, Cerf, 2005, 12,5 x 19,5 cm, 482 p.,
40,00€.

L’A., qui a été en son temps une figure du proue du catholicisme français,
publie, en 1836, à l’âge de 26 ans, en un style agréablement littéraire
et chaleureux, une biographie rigoureusement documentée d’une
aïeule (à la vingtième génération) de son épouse : Elisabeth (1207-1231),
fille du roi de Hongrie, fiancée à 4 ans, mariée à 13 ans, veuve à 20 ans
du duc Louis de Thuringe décédé en croisade, canonisée quatre ans
après sa mort. L’intention de l’A. est apologétique : réhabiliter le Moyen
Âge. Il nous décrit les mortifications extrêmes de la sainte ; ses libéralités
« insensées » ; son service héroïque des lépreux ; ses dons de thaumaturge
et la légende fort poétique de ses miracles ; son don des
larmes… Puis il nous dépeint les persécutions qu’elle subit aux mains
des frères de son mari défunt, qui la chassent de son château ; les humiliations et les peines (il la fait battre et lui-même la frappe jusqu’au
sang ! ) que lui impose son père spirituel. En 1229, après avoir confié à
divers couvents ses quatre enfants, dont la cadette qui a deux ans deviendra
abbesse, elle revêt l’habit du Tiers Ordre de Saint François, dont
elle reçoit en cadeau symbolique le « pauvre vieux manteau » et elle
meurt à l’âge de 24 ans. Retenons deux traits : son sens social et sa charité
exquise — son refus systématique des mets dont la provenance lui
paraît tachée d’injustice ; sa réflexion après avoir obtenu de son mari la
restitution des bestiaux enlevés à de pauvres paysans éplorés : « Le bétail
leur est rendu… mais qui rendra leurs larmes ? ». — P. DETIENNE, S.J.

TEILHARD DECHARDIN, P., Je m’explique, (nouvelle édition revue et fortement augmentée). Textes choisis par J.-P. Demoulin, Editions du
Seuil, Paris, 2005, 14 x 20,5 cm, 314 p., 23,00€.

Anniversaire oblige ! Si 50 ans après sa mort les controverses à propos
de la « vision » de Teilhard ne manifestent plus l’effervescence qu’elles
ont connue, il restera nécessaire de s’entourer d’analyses et de commentaires
autorisés pour l’apprécier avec justesse et encore aujourd’hui
en recueillir quelques fruits. On le sait, l’œuvre publiée de T. est énorme
(13 volumes aux éditions du Seuil sans compter l’abondante correspondance,
le journal et de nombreux écrits spirituels chez d’autres éditeurs)
et il n’est pas inutile d’avoir sous la main un « entrée » raisonnée
dans ce massif quelques fois difficile d’accès en raison du vocabulaire
sui generis de Teilhard. Il sera donc bien avisé, néophyte ou déjà familier,
le lecteur qui (re)commencera son exploration à l’aide de ce recueil« ordonné » (selon un schéma proposé en son temps par Teilhard luimême)
et présenté par l’incontestable connaisseur de Teilhard qu’est
J.-P. Demoulin. Index abondant, bibliographie de T. complète, bibliographie
secondaire bien étoffée, adresses de contacts diverses (dont
www.mnhn.fr/teilhard) complètent utilement ce parfait hommage à la
mémoire d’une des grandes figures de la pensée du xxe siècle chrétien.
— J. BURTON, S.J.

MARTELET, G., Teilhard de Chardin, prophète d’un Christ toujours
plus grand,
coll. « Au singulier » 10, Bruxelles, Lessius, 2005, 14,5 x
20,5 cm, 280 p., 28,00€.

A l’occasion du cinquantième anniversaire de la mort de Teilhard de
Chardin, ce livre veut en présenter la vie et l’oeuvre telles qu’elles furent
enracinées dans le thème paulinien de la récapitulation de la Création
toute entière dans le Christ. Ce thème fondamental de notre
contemplation chrétienne, Teilhard l’a déployé en explorant, avec son
intelligence croyante et scientifique, l’immensité de l’univers à la lumière
d’un Christ cependant toujours plus grand. Un Christ dont la
croissance dans l’univers n’aura de cesse jusqu’au terme de notre histoire
où il sera « tout en tous ». Il tient ainsi ensemble la primauté du
Christ et la transcendance de l’homme, en pointant l’événement christique
dans sa radicalité et par là même dans son indépassabilité. Admirant
en Teilhard l’un de ses aînés, le père Martelet lui doit, pour une
bonne part, son propre cheminement spirituel et intellectuel depuis sa
lecture décisive du « Milieu divin ». Aussi prend-il à cœur de défendre
l’orthodoxie de ses options théologiques, sans nier, au contraire, leur
originalité. Sans doute l’auteur a-t-il le souci de réhabiliter une pensée
mal appréciée, mais surtout, il veut en proclamer la richesse spirituelle
pour notre temps, en particulier à l’égard de la nouvelle Evangélisation.
Car ce jésuite a proposé une compréhension chrétienne profonde de la
théorie de l’évolution : celle-ci n’apparaît plus nécessairement comme
une contestation du dogme chrétien, mais comme un lieu où celui-ci
peut, en fait, être confirmé et susciter un nouvel émerveillement. C’est
ainsi, dans une sincérité et une intelligence touchantes, que Teilhard l’a
vécu et exprimé. Ce livre en trois parties et vingt chapitres contient
même un « petit lexique teilhardien ». — M.-G. LEMAIRE.

Spiritualité

DAIKER, A., Au-delà des frontières ! Vie et spiritualité de Petite Soeur
Magdeleine,
coll. « Epiphanie », Paris, Cerf, 2005, 13,5 x 19,5 cm, 264
p., 20,00€.

En cinq étapes christiques (Bethléem, la Galilée, Nazareth, Béthanie, Jérusalem), voici enfin une vie encore sommaire de l’alter ego du Père Voillaume, la fondatrice des Petites Soeurs de Jésus, de la grande famille
de Charles de Foucauld. Issu d’une thèse doctorale allemande, l’ouvrage
montre, en plus de photos très rares, les aléas d’une trajectoire adoratrice
et apostolique tout ensemble, qu’il faudrait sans doute aussi qualifier
de mystique, vu les « rêves éveillés » qui la scandent, les tentations
qui l’entourent (on se sépare et on recommence souvent) et l’« apostolat
de l’amitié » qui la caractérise jusqu’à la fin, le 6 novembre 1989. Ouverte
à toute théologie, dépassant les frontières de sa propre religion,
Magdeleine Hutin ne pouvait trouver que dans l’adoration du Saint Sacrement
la source de ce dynamisme étonnant qui voit les Petites Soeurs
présentes aujourd’hui dans tous les coins du monde, du côté des faibles
et des opprimés — N.HAUSMAN, S.C.M.

LEFÈVRE, D., Frères missionnaires et Sœurs des campagnes. La fraternité au quotidien, Paris, Parole et Silence, 2005, 15 x 23,5 cm, 271 p.,
23,00€.

L’A. nous présente dans ce livre l’une des plus belles pages de l’histoire
de l’Eglise de France et de la vie religieuse au xxe siècle. On sait que la
situation spirituelle navrante des campagnes françaises avait conduit
le Père Epagneul à fonder les Frères et les Sœurs missionnaires des campagnes.
L’élément qui, dès le départ, façonne en profondeur les deux
instituts était « de vivre et d’exister en communauté ». Frères et Sœurs
sont tous égaux, et particulièrement prêtres et frères laïcs, ce qui n’était
pas toujours évident pour toutes les autorités de l’Eglise. En raison de
leur baptême, racine de leur vocation, ils entendent porter « solidairement
la responsabilité de la vie apostolique, de la congrégation » et du
prieuré dans lequel ils vivent. Fraternité de communion, son existence
n’est pas entièrement centrée sur la pastorale : des religieux et des religieuses
exercent un métier ou sont engagés dans des réseaux de solidarité
auprès des personnes en grande précarité. Mais, sous le patronage
de saint Martin, c’est le monde rural qui constitue l’horizon de leur
existence. Leur histoire est ici retracée avec ses lumières et ses obscurités.
Parmi les éléments lumineux, on notera combien Vatican II fut
salué par les deux instituts comme la confirmation de leurs intuitions :
« Vatican II a été reçu par nous comme une consécration de ce qui était
déjà notre vie » (p. 73). Mais les ombres ne sont pas cachées, tel ce conflit
des générations qui apparut entre le fondateur et ses compagnons, et
les Frères ou Sœurs plus jeunes ; telle encore la situation présente où le
manque de vocations accule à des choix renouvelés. Ce panorama historique
est également riche de la présentation de la vie et de l’activité
multiformes des Frères et des Sœurs en Europe et dans le Tiers-Monde.
On ne peut que s’émerveiller devant la fécondité du sillon ouvert par
Michel-Dominique Epagneul, témoin des béatitudes évangéliques dans
le monde rural. — H. JACOBS S. J.

CLAPIER, J., Une voie de confiance et d’amour. L’itinéraire pascal de
Thérèse de Lisieux,
Préface par le Père P. Debergé, coll. « Epiphanie »,
Paris/Toulouse, Cerf/Carmel, 2005, 20 x 14 cm, 197 p., 19,00€.

Le Père Clapier reprend ici, sous une forme épurée, sa belle thèse « Aimer
jusqu’à mourir d’amour
 ». Thérèse et le mystère pascal, coll. Théologies,
Paris, Cerf, 2003, en optant pour un parcours chronologique : l’enfance,
la maturité, la descente vers l’Amour, la joie d’être à Dieu, la confiance
jusqu’à mourir d’amour, et la conclusion justifie son titre : « Thérèse et
la voie de la confiance retrouvée ». Même s’il ne remplace pas l’imposante
étude citée, ce petit ouvrage, si bien écrit, met en évidence plusieurs
de ses trouvailles (quoiqu’on puisse discuter certaines analyses
plus psychologisantes). Au total, une entrée en matière (une voie) très
exacte pour approcher du génie thérésien — N.HAUSMAN, S.C.M.

Sr GIOVANNA DELLA CROCE, L’Enfant Jésus au Carmel. Histoire et Spiritualité, coll. « Carmel vivant », Toulouse, Editions du Carmel, 2005,
14 x 21 cm, 266 p., 17,50€.

L’A., carmélite, nous propose une histoire de la dévotion à l’Enfant
Jésus, caractéristique, nous dit-elle, de la spiritualité carmélitaine. Elle
en détaille les diverses manifestations (statuettes, chansonnettes, récits
pieux de visions et de miracles) dans les couvents de carmes, et surtout
de carmélites : en Espagne (El Parlero de Tolède ; El Quitito de Séville
 ; El Peregrinito de Valladolid…) ; en Italie (Il Celeste Fratellino de
Florence), en Allemagne, en France. Elle décrit spécialement l’Enfant
Jésus de Beaune et l’Enfant Jésus de Prague, originaire d’Espagne. Dans
le cas de Thérèse d’Avila et de Jean de la Croix, dévots passionnés de
l’humanité du Christ, l’A. s’en réfère à des traditions orales : elle distribuait
des statues du Niño ; elle en tenait une sur ses genoux durant ses
voyages de fondation… il organisait des processions de Noël au couvent
de Grenade. Leurs écrits ne portent pas de traces de cette dévotion,
ni pour eux-mêmes ni pour les autres… à part quelques vers : Cet
enfant saigne déjà, mais je ne sais pourquoi
(Thérèse d’Avila)  ; Dieu dans
la crèche pleurait et gémissait
(Jean de la Croix). L’A. cite les mises en
garde de Thérèse d’Avila : Dieu nous garde des sottes dévotions ! et de
Jean de la Croix : L’âme doit se détacher de toutes les images perceptibles
par les sens.
De nombreuses reconstitutions historiques de l’A. sont rendues
caduques par des expressions telles que : il est loisible de supposer
que… il ne fait aucun doute que… — P. DETIENNE, S.J.

RASTOIN, C.,GOLAY, D.-M., Avec Edith Stein, découvrir le Carmel français, coll. « Carmel vivant, série Edith Stein », Toulouse, Editions du
Carmel, 2005, 11 x 17,5 cm, 160 p., 11,00€.

Edith Stein s’est beaucoup intéressée à l’histoire de son ordre. C’est ainsi
qu’elle en est venue à étudier le Carmel français à travers quelques figures
privilégiées. Les A. ont d’abord considéré le rapport d’E. S. à la
France, à la langue française et au Carmel français. Ils ont alors analysé
ce que furent pour elle, tour à tour, Madame Acarie, Sœur Marie-Aimée
de Jésus , Marie-Antoinette de Geuser, Elisabeth de la Trinité, « la petite
Mariam » (Marie de Jésus crucifié), Thérèse de Lisieux, les martyres de
Compiègne. De la vie et des écrits de chacune de ces carmélites françaises,
E. S. a su tirer la substance spirituelle dont elle peut alors faire
son propre profit et en témoigner pour les autres, y compris nousmêmes,
lecteurs admiratifs de ce précieux petit livre. — H. JACOBS, S.J.