Recensions parues dans ce numéro…

Prière et liturgie

EGLISE DE METZ, Spécial Carême à Domicile 2006, supplément
d’Eglise de Metz, 5,00€ (tarifs dégressifs).

Depuis quelques années, le diocèse de Metz propose ce Carême à domicile
qui consiste en un petit livret rédigé afin d’accompagner les chrétiens
qui souhaitent vivre le carême à leur domicile. Il les invite à se rencontrer
en petits groupes, à cinq reprises, pendant le carême, afin de partager autour
d’un thème qui était en 2006, la charité. Mgr Raffin, évêque de Metz,
introduit le parcours en soulignant la nouveauté du commandement de
la charité (1 Jn 4, 11). L’ensemble se termine par une proposition de veillée
de prière pouvant rassembler plusieurs groupes d’une paroisse ou d’un
même quartier. Pour 2007, le thème est « La Réconciliation », et le livret
présentera cinq approches différentes, à partir de textes bibliques, pour
retrouver l’urgence et la saveur de toute réconciliation. Un outil qui peut
s’avérer bien précieux ! Pour tout renseignement, adresse de courriel
— V. FABRE.

Spiritualité

François MARTY, S.J., Sentir et goûter. Les sens dans les Exercices spirituels de saint Ignace, coll. « Cogitatio fidei » 241, Paris, Cerf, 2005,
13,5 x 21,5 cm, 318 p., 30,00€.

Dans les Exercices spirituels, saint Ignace a parlé des sens, ces racines mobiles de l’homme, de façon remarquable. Quel profit pourrait en tirer encore le contemporain nanti de prothèses savantes, dont la moindre n’est
pas le téléphone portable ? Le présent ouvrage, fruit d’une longue réflexion
commencée autrefois avec le père Maurice Giuliani, peut être une
réponse à cette question, à partir de ce que saint Ignace a écrit dans la
deuxième annotation à l’intention de celui qui donne les Exercices : qu’il
propose brièvement le donné de l’histoire à contempler, « … car ce n’est
pas d’en savoir beaucoup qui rassasie et satisfait l’âme, mais de sentir et
de goûter les choses intérieurement. » Commencée par le convalescent
de Loyola, la fréquentation priante de l’histoire évangélique, fille de la lectio
divina
, dont l’application des sens de l’imagination est un sommet, a une force de guérison de la sensibilité profonde, si l’on veut bien entendre
par là ce par quoi l’homme perçoit quelque chose de Dieu, au moins dans
la consolation émerveillée de l’enfance.
Le propos n’est pas neutre ; un débat a été présent dans toute la tradition
des Exercices et porte précisément sur la compréhension de l’application
des sens : s’agit-il d’une détente consentie le soir après le travail élevé de
la contemplation intellectuelle du jour, tout au long des deuxième, troisième
et quatrième Semaines des Exercices ? Il faut reconnaître que, dans
leur majorité, les commentateurs ont répondu par l’affirmative : le modèle
ignatien, selon une appréciation courante et estimable, serait celui
de l’intériorité par l’acquisition d’un savoir, plutôt que celui d’un sentir
propre à chacun, où le Maître intérieur se donne de façon unique. En une
époque où l’action a supplanté la contemplation, il n’est pas sans intérêt
d’entendre la seconde lecture que l’auteur développe en deux parties. La
première, « Exercices » et récit évangélique, est une analyse minutieuse du
texte : la mention des sens, prédominante dans les trois dernières semaines,
s’inscrit dans le plan même de la journée des Exercices : les deux
premières contemplations, proposant chaque jour l’histoire, sont, par leur
effort sur le voir et l’entendre, plus intellectuelles par nature ; un premier
approfondissement est demandé dans les deux répétitions par un retour
sur ce qui a été senti et goûté ; l’application des sens, dominée par un toucher entre les personnes, révèle alors ce qu’elle est, un accomplissement
de la communion entre le Créateur et la créature. Ce plan de journée, heureusement souligné comme un des deux axes d’intelligence des Exercices, l’autre étant le plan plus connu des quatre semaines, n’a rien d’une logique inéluctable, car l’attention aux personnes, présente dès la proposition des contemplations du matin, peut faire que quelque chose de la
grâce de l’application des sens soit donnée dès alors !
La deuxième partie, En ces temps qui sont les derniers, est de nature plus
philosophique et plus intuitive ; il y s’agit, après la considération de la vocation des sens à voir Dieu, et donc après une intelligence de la consolation
comme ce qui se coule dans les sens du mystère même de Dieu, de
réfléchir sur les conditions concrètes de la réception par l’homme du
donné évangélique. C’est en ce sens que saint Ignace, tenant compte des
données de son temps, a proposé en deuxième Semaine les méditations
célèbres du Règne et des Deux Etendards ; c’est en ce sens encore qu’il a
conçu la toujours mystérieuse démarche de conversion de la première semaine. Ces considérations, ajoutées aux contemplations évangéliques demandent, par leur nature même, une constante actualisation ; ce que l’auteur esquissera par des réflexions sur les sens du corps et de l’imagination, ainsi que sur « le temps de Vatican II ».
La reprise méditative de la conclusion est stimulante. Trois questions, souvent évoquées dans l’ouvrage, sont reprises : comment s’y prendre pour
donner les Exercices ? Quelle est la place de l’itinéraire ignatien dans la tradition spirituelle de l’Eglise : primat de l’action et de l’imagination en regard
de la nuit des sens carmélitaine, changement d’époque et rôle de la
lecture, de l’appel du Règne, de la mission ? Quelle guérison enfin de la
langueur de l’âme se donne-t-elle dans la pauvreté du dialogue contemplatif,
alors que le langage est hanté par la clarté, quelle guérison encore
dans l’assomption de toutes les misères d’un corps harcelé par la « bonne
forme » ? — J.-M. GLORIEUX, S.J.

Vie consacrée

LÉCRIVAIN, Ph., (ed), La manière de vivre des religieux : une provocation à vivre autrement. Session février 2004 du Centre Sèvres, coll.
« Cahiers de vie religieuse » 130, Paris, Médiasèvres, 2005, 17 x 24 cm,
164 p., 12,00€. Vivre ensemble l’Evangile dans l’Eglise et la société :
une dimension à redécouvrir dans la vie religieuse. Session février
2005 du Centre Sèvres,
coll. « Cahiers de vie religieuse » 133,
Paris, Médiasèvres, 2005, 17 x 24 cm, 137 p., 11,00€.

Le Centre Sèvres (Facultés jésuites de Paris) organise chaque année une
session sur la vie religieuse « apostolique ». En 2004, il a posé la question :
comment notre vivre autrement, dans nos divers champs d’apostolat (enseignement,
santé, paroisse…), rencontre-t-il les défis de la société
contemporaine (banlieues, exclusion, individualisme, fragmentation culturelle…),
« au service d’un monde qui est bon » ? Un frère des Ecoles chrétiennes
propose « une présence renouvelée au monde de l’éducation. »
Un bénédictin entreprend une « critique » de la vie religieuse. Deux associations
de fidèles exposent leurs intuitions originales : Sant’Egidio et Fondacio.
Relevons quelques formules heureuses : vocation à l’altérité ; enfouissement
militant ; laisser la tradition vivante inventer un avenir des
formes de la vie religieuse…
Après le vivre autrement, le Centre Sèvres prend pour thème, en 2005, le
vivre ensemble l’Evangile en « modernité tardive » : le religieux est invité,
à la manière d’un fondateur, et au-delà des querelles entre vie commune
et dispersion missionnaire, à lire le présent en faisant mémoire du passé.
Deux articles constituent un retour aux sources. Le premier, traitant de la
vie communautaire dans les épîtres pauliniennes, y discerne la signification
eschatologique de l’agapè, trois siècles avant l’invention de la vie religieuse.
Le second tire divers enseignements de la Vie de saint Antoine
(rédigée peu après sa mort, en 356, par saint Athanase) : il faut être plusieurs
pour être seul avec Dieu… et sans savoir ce que cela donnera. Une
sœur des Filles du Saint-Esprit (« Liées par une même mission ») et un frère
de Saint-Gabriel (« Appelés à la fraternité ») exposent les mesures
concrètes récemment prises dans leurs congrégations en vue de l’actualisation
de ce vivre ensemble. Deux articles plus théologiques ont pour
objets : les tensions et les promesses entre les concepts d’autonomie et de
tradition en vie commune ; la communauté religieuse comme communauté
eucharistique. — P. DETIENNE, S.J.