Recensions parues dans ce numéro…

Écriture

C. ROBERT, Ricochets de la Parole, Paris, supplément à Vie chrétienne (153), 2005, 15 x 21 cm, 116 p.

Membre de la communauté Vie Chrétienne, l’auteur nous propose, en ordre diffus, une vingtaine de compositions, principalement évangéliques (tempête apaisée, apparition à Marie Madeleine, reniement de Pierre, résurrection de
Lazare…) qu’elle rédige dans l’esprit de la contemplation ignacienne : « À Béthanie, je suis Marthe […] À l’appel au bord du lac, je suis la barque, je suis le filet, je suis Pierre […]. » Animatrice d’ateliers d’écriture, elle fignole longuement son texte, qui se déploie en un récit agréablement méandreux. Le préfacier invite les lecteurs à s’adonner eux aussi à une pareille contemplation savoureuse de l’Évangile… en résistant à toute tentation d’esthétique autocentrée… et en la concluant, à la manière ignacienne, par un colloque chaleureux (« comme un ami parle à un ami ») qui jaillit du cœur et qui « tord le cou » à la littérature. — P. DETIENNE, s.j.

Louis ESCOYEZ, Cris et louange. Psaumes pour aujourd’hui, Namur, Fidélité, 2005, 13 x 22 cm, 167 p., 9,95 €.

L’auteur, laïc engagé, métamorphosant le psautier tout en cherchant à en préserver l’esprit, nous présente cent cinquante prières, non psalmodiables, christianisées et actualisées : il y interpole les mystères chrétiens et la vie éternelle, il y évoque une fête de Noël et un feu de camp. Certaines d’entre elles, tel le long psaume 119, correspondent fort peu au texte original, tandis que d’autres (121, 123, 130, …), sans en garder la saveur, en restent fort proches. Le vocabulaire est délibérément familier : « Dieu se défile, les hommes ont perdu la boussole, mon cœur se ratatine […]. » Il bannit la belle expression traditionnelle rendre grâces, que l’auteur juge obsolète, tandis qu’il utilise « glorifier » et « rendre hommage ». Il intègre des mots savants ou surprenants tels que « drageon », « sérac », « big-bang », « zombi ». La plupart des « actualisations » de l’auteur, telle que celle de la barbe d’Aaron au psaume 133, sont des réussites... malgré le risque permanent d’une « dépoétisation » du texte hébreu : « Si le Seigneur ne bâtit la maison » devient « Si le Seigneur ne met la main à la pâte »… « Rien ne l’ébranle » devient « il est comme un pilier ancré dans le béton. » La lisibilité du texte est handicapée par une ponctuation défectueuse ; par la maintien de l’étrange et énervant passage abrupt entre la seconde personne (Dieu-tu) et la troisième (Dieu-il), caractéristique du psautier ; et par la « majusculisation » de la lettre initiale du premier mot de chaque ligne… sans parler de l’interférence entre le Nouveau et l’Ancien Testament qui provoque parfois des anachronismes. Le lecteur est invité à comparer les « transcréations » de l’auteur avec le texte biblique, et à tenter, lui aussi, sa propre transposition : il en éprouvera une admiration respectueuse pour le présent ouvrage… et une dévotion accrue pour le psautier biblique. — P. DETIENNE, s.j.

Éthique

CROMMELINCK L., Traces de visages. Lecture d’Emmanuel Lévinas et Sylvie Germain, Malonne, Feuilles Familiales, 2005, 15 x 21 cm, 100 p., 15,00 €.

L’auteur souhaite nous introduire à l’œuvre de deux grands auteurs : le philosophe Emmanuel Lévinas (1906-1995) et la romancière Sylvie Germain (1954). « Ils n’ont pas cessé, dit-il, d’éclairer ma route. » Il croise leurs textes, il en manifeste de remarquables correspondances, il partage ce qu’il a reçu de leur lecture. Les thèmes du visage, de la caresse, de Dieu, de la souffrance et du mal révèlent tour à tour de captivantes connivences malgré d’indéniables singularités. Pour Dieu, par exemple : quand ce terme apparaît dans les écrits de Lévinas, il n’y va pas d’un discours théologique. Il s’agit toujours de « penser en philosophe ce mot comme signifiant », indépendamment de l’existence ou de la non-existence de Dieu. Se plaçant avant toute théologie, positive ou négative, Lévinas cherche à « décrire » les conditions dans lesquelles ce mot « extra-ordinaire » peut prendre et faire sens. Il y a donc toujours lieu de chercher une signification du Transcendant sans l’annuler en le faisant entrer dans un ordre immanent. Pour Sylvie Germain, il s’agira d’écouter le silence de Dieu. S’inspirant de Lévinas, qui fut son professeur, il est question pour elle de déchiffrer les pas d’un Dieu Passant, qui dérange l’ordre du monde en l’empêchant de se replier sur lui-même. En finale, L. Crommelinck tire de la pensée de ces deux auteurs une leçon de fraternité humaine : l’un et l’autre creusent l’énigme de l’humain et de son sens. De cette méditation jaillit pour l’auteur l’exigence de « remercier » E. Lévinas et S. Germain, et donc de « se rallier » à eux. — H. JACOBS, s.j.

Fondements

SAINT THOMAS D’AQUIN, Adoro, Genève, Ad Solem (coll. Sophia), 2005, 11 x 17,5 cm, 112 p., 15,00 €.

Saint, théologien et poète, Thomas d’Aquin est l’auteur de ce poème mystique admirable, l’Adoro Te devote, chef d’œuvre de la littérature spirituelle occidentale. L’authenticité thomasienne de ce texte n’est plus constestable depuis sa démonstration par Robert Wielockx en 1998 et l’édition critique que ce chercheur en a donnée. Le présent opuscule en propose la méditation à deux voix, celle d’un frère et d’une sœur dominicains, qui traduisent les strophes l’une après l’autre et s’efforcent d’en saisir toute la profondeur théologique et priante. Au frère Olivier-Thomas Venard reviennent les traductions, les gloses et les scholies, à la sœur Marie (Geneviève) Trainas, les notes et les remarques. Leur commentaire, sobre et lumineux, nous fait pénétrer dans toutes les dimensions du double mystère de l’Eucharistie, Dieu caché et humanité cachée. Ne dirait-t-on pas que Thomas met ici en échec sa propre épistémologie, faisant taire les sens et le sentiment, pour ne donner place qu’à la pure foi, crucifiante pour l’entendement et mortifiante pour l’émotion sensible ? Mais cette foi est foi en une parole, celle du Fils transmise par l’Église, pour que chacun puisse l’entendre au jour de la visite de la grâce. — H. JACOBS, s.j.

Jean LECUIT, « Jésus misérable ». La christologie du Père Joseph Wresinski, Paris, Mame-Desclée (coll. Jésus et Jésus-Christ, 92), 2006, 15 x 22,5 cm, 144 pages, 19,00 €.

Il fallait que dans la prestigieuse collection de christologie prenne place ce « Jésus misérable » du P. Wresinski, le fondateur d’ATD Quart Monde, actuellement en voie de béatification. Hormis la brève bibliographie, la présentation de Mgr J. Doré et l’avant-propos de l’auteur, l’ouvrage propose en 120 pages environ de considérer, d’après les écrits du P. Joseph, Jésus et les foules (chapitre I), Jésus Fils de Dieu fait homme de la misère (II), Jésus et les riches (III), la communion de l’humanité autour du plus pauvre (IV), Jésus Évangélisateur et Libérateur ; car évangéliser, c’est libérer l’homme (V). L’abaissement et la glorification du Christ sont au cœur de la réflexion : « Jésus misérable » est l’expression historique de la kénose, qui va jusqu’au « triomphe du Christ fait péché, descendu aux enfers », selon l’important chapitre II. Affirmer que Jésus est le Fils de Dieu fait homme de la misère, c’est pour le P. Lecuit, donc le P. Joseph, tout ensemble méditer sur les conditions économiques de la vie en Galilée, entendre l’appel de Jésus aux nantis, contempler l’identification du Christ aux plus pauvres. Ainsi, « le plus pauvre est le pôle unificateur des hommes » ; croire en son humanité, c’est, « d’une manière mystérieuse mais réelle, adhérer à Jésus-Christ » (106-107). On ne peut faire l’impasse sur de telles vérités. — N. HAUSMAN, s.c.m.

Histoire

BERETTA F. (sous la dir. de) , Galilée en procès, Galilée réhabilité ?, Saint-Maurice, Éditions Saint-Augustin, 2005, 14 x 21 cm, 174 p., 15,00 €.

Lors de la session plénière de l’Académie pontificale des Sciences, le 31 octobre 1992, le cardinal Paul Poupard présenta au pape le rapport final des travaux de la Commission pour l’étude de la controverse copernicienne instituée à la demande de Jean-Paul II en 1981. Lors de cette session, le pape prononça un discours où il prit position touchant l’affaire Galilée. Le présent ouvrage donne les informations historiques indispensables pour comprendre ce qui s’est passé au XVIIe siècle et s’efforce de préciser la véritable signification de la prise de position pontificale de 1992. Quatre contributions composent ce dossier : Michel-Pierre Lerner étudie la doctrine copernicienne et sa proscription (1616), Francesco Beretta analyse la condamnation de Galilée (1633), Luca Bianchi s’attache à Urbain VIII, Galilée et la toute-puissance divine. Annibale Fantoli examine les problèmes historiques posés par la « clôture » de la question galiléenne (1992). De cet ensemble, on retiendra quelques mises au point pertinentes. Il ne faut pas trop honorer en Galilée le théologien au détriment du Galilée physicien (p. 89). Il faut reconnaître la faiblesse des arguments d’Urbain VIII et de ses idées, et souligner la justesse de la réponse de Galilée répliquant au pape que si la recherche scientifique est un exercice peut-être vain, elle n’en est pas moins permise et prescrite par Dieu (p. 90). Jean-Paul II a fait remarquer que la condamnation de Galilée n’était pas irréformable. C’est peut-être une conclusion un peu décevante (p. 110), mais il est vrai que le monde a bien changé et que Galilée n’a même plus besoin d’être réhabilité (p. 12). On trouvera également dans ce volume une bibliographie et quelques textes essentiels. — H. JACOBS, s.j.

LE PICHON J., France – Indochine. Au cœur d’une rencontre (1620-1820), Paris, Éditions du Jubilé, 2005, 23,5 x 15,5 cm, 480 p., 17,00 €.

Ce gros volume fait le récit de la présence française dans le Sud-Est asiatique (Thaïlande et surtout Vietnam), principalement au XVIIe siècle. Cette présence, à l’époque, est surtout le fait de missionnaires. Tentant de se dégager quelque peu de l’emprise des patronats portugais et espagnol, Rome fonde la Congrégation de la Propagation de la foi et se tourne vers la France. Le premier missionnaire français fut le jésuite Alexandre de Rhodes, connu pour sa contribution décisive à la création d’un alphabet permettant de transcrire la langue vietnamienne sans recours aux idéogrammes chinois. Suit la période des Vicaires apostoliques et des missionnaires envoyés notamment par les Missions Étrangères de Paris : Pierre Lambert de La Motte, François Pallu, Louis Laneau… Du côté européen comme du côté des dirigeants asiatiques, les projets politiques et militaires ainsi que les préoccupations marchandes interfèrent fréquemment avec l’évangélisation. L’échec de l’ambassade envoyée par Louis XIV au Siam marquera cependant un temps d’arrêt pour les ambitions françaises, de sorte que les missionnaires du XVIIIe s. se trouveront à la fois plus démunis et plus libres. Ayant séjourné trente ans en Indochine, l’auteur place son récit sous le signe de ce qu’il perçoit comme « la grande affinité […] entre l’esprit vietnamien et l’esprit français » (423). — J. SCHEUER, s.j.

G.G. MERLO, Au nom de saint François. Histoire des Frères mineurs et du franciscanisme jusqu’au début du XVIe siècle, Paris, Cerf-Éditions franciscaines, 2006, 14,5 x 23,5 cm, 414 p., 34 €.

Fruit de foisonnantes recherches, l’ouvrage cherche à suivre les entrelacs de l’histoire franciscaine primitive, avec une acribie dont témoignent à la fin l’imposante bibliographie, le nécessaire index chronologique et l’habituel index onomastique. L’étude s’arrête à la césure capitale de la convocation du concile de Trente (1542). Des incroyables péripéties du mouvement franciscain, détaillées par le menu, il est malaisé de dégager quelques accents, sinon la terrible leçon que ces marginalisations plus ou moins volontaires, ces sécessions plus ou moins imposées, ces stagnations et ces recommencements plus ou moins institutionnalisés nous laissent entrevoir, au sujet de ce que l’auteur nomme justement « l’impossible unité ». Des fragments de vie nous sont contés, dans ce dialogue qui veut reconstruire le passé pour qu’il devienne histoire (13), et qui laisse ouvertes les questions primordiales sur l’autorité d’un archétype fascinant entre tous. — N. HAUSMAN, s.c.m.

Chr. THEOBALD (dir.), Vatican II sous le regard des historiens. Colloque du 23 septembre 2005, Centre Sèvres-Facultés jésuites de Paris, Paris, Médiasèvres (coll. Théologie, 136), 2006, 24 x 17 cm, 160 p., 11,00 €.

Le concile Vatican II fait à présent l’objet d’une nouvelle vague d’études. Après la publication des textes, puis des commentaires, l’histoire a commencé son œuvre, en particulier avec la sortie des cinq volumes intitulés l’Histoire du Concile de G. Alberigo. Le colloque du Centre Sèvres met d’abord en perspective ces lectures (Ch. Theobald), puis G. Alberigo présente son œuvre d’historicisation de Vatican II. H. Legrand accueille la thèse qui veut que le Concile dépasse considérablement ses textes et ses décisions, mais il pense aussi que l’histoire se fera désormais autour des textes ; c’est pourquoi leur genèse historique doit être mieux connue (il en fait la démonstration dans le cas de controverses récentes). Parmi les autres contributions, plus spécifiques (E. Fouilloux pour la mission, G. Routhier pour le laïcat), mentionnons le chapitre sur « la place de la vie religieuse ». Ch. Hourticq y considère d’abord le déroulement, l’ecclésiologie et la vie du Concile sous cet angle, puis elle propose un bilan de la réception du Concile dans notre cas : « la place accordée à la vie religieuse est presque inexistante », alors que le décret Perfectae caritatis d’une part, le motu proprio Ecclesiae sanctae du 6 août 1966 d’autre part, ouvraient un temps d’adaptation dont l’inventaire paraît aujourd’hui « contrasté ». M. Fédou, enfin, souligne que le Concile ne fut pas seulement un événement exceptionnel, mais un temps où identifier l’expérience de Dieu comme une proximité de et à tout homme dans l’histoire : « cet héritage est une promesse. » — N. HAUSMAN, s.c.m.

Œcuménisme

J. FAMERÉE (dir.), Baptême d’enfants ou baptême d’adultes ? Pour un identité chrétienne crédible, Montréal-Bruxelles, Novalis-Lumen Vitae, 2006, 14,5 x 23 cm, 82 p., 14,00 €.

Que retenons-nous de ce colloque, tenu à Louvain-la-Neuve en 2004 et auquel ont participé trois théologiens catholiques et un pasteur baptiste ? Notre monde postchrétien sécularisé (individualisé et détraditionalisé, pluralisé et particularisé) accueille favorablement le rétablissement du baptême d’adultes comme la forme idéale du baptême. L’adhésion au Christ et l’entrée dans l’Église qu’il manifeste couronnent la démarche d’un long catéchuménat personnalisé, qui admet de nombreux degrés d’appartenance. Conforme au Nouveau Testament, il avait cours chez nous durant les trois premiers siècles… avant de muter en un « rite de naissance », que rejettent de nombreuses communautés protestantes. Nous lui accorderons donc une priorité pastorale… mais sans exclusive : le baptême des enfants, pour autant que nous ayons l’espoir fondé d’une éducation chrétienne, et bien qu’il banalise le sens théologique et anthropologique du sacrement, a l’avantage de mettre en évidence la précédence absolue de la grâce de Dieu. — P. DETIENNE, s.j.

Patristique

L. BROTTIER, L’appel des « demi-chrétiens » à la « vie évangélique ». Jean Chrysostome prédicateur : entre idéal monastique et réalité mondaine, Paris, Cerf (coll. Patrimoines christianismes), 2005, 14,5 X 23,5 cm, 421 p., 55,00 €.

Sur un sujet exceptionnel, l’une des meilleures spécialistes contemporaines du très méconnu Docteur de l’Orient nous offre un abondant florilège de textes peu traduits, ordonnés par l’idée maîtresse que la « vie angélique » est celle de tout chrétien, même « à demi » (128). Les analyses sont serrées, dans un texte présenté presque sans paragraphes, les notes, ultraprécises (ex. :356), les index (y compris celui des œuvres chrysostomiennes non traduites) foisonnants. On excusera quelques longueurs (sur la colère, par exemple), en raison, notamment, de puissants excursus (comme ce « détour par la peinture » où l’on finit par voir en Jean Bouche d’Or un « précurseur de la devotio moderna et de la spiritualité ignatienne » (250). Un maître-ouvrage, sûrement. — N. HAUSMAN, s.c.m

Les apophtegmes des Pères. Collection systématique. Chapitres XVII-XXI, texte critique, traduction et notes par + J.-Cl. Guy, s.j., Paris, Cerf (coll. Sources chrétiennes, 498), 2005, 13 x 19,5 cm, 472 p., 35,00 €.

Voici la fin d’une longue histoire, puisque le P. Guy est décédé en 1986. Ce troisième et dernier volume des Apopthegmes achève la première édition française du texte grec dans la collection systématique, avec, pour la moitié du volume, de précieux instruments : une concordance entre la collection alphabétique et la collection systématique ; un index scripturaire des trois volumes, un index des noms de lieux et un autre des noms de personnes, puis un index des mots grecs qui court sur plus de deux cents pages et enfin une liste des errata des deux premiers volumes. Ne citons qu’un texte, qui connaîtra une si grande postérité : « On demanda à un vieillard : “Quel doit être le moine ?” Et il répondit : “A mon avis, comme seul en face du seul” » (202). — N. HAUSMAN, S.C.M

MAXIME LE CONFESSEUR, Mystagogie, Paris, Migne (coll. Les Pères dans la foi, 92), 2005, 13,5 x 19,5 cm, 192 p., 17,50 €.

Le concile de Chalcédoine (451) a déclaré le Christ vrai Dieu et vrai homme : une personne, deux natures. Mais qu’en est-il de ses activités ? Sont-elles attribuables à la personne ou aux natures ? En d’autres termes : le Christ possède-t-il deux volontés ou n’en a-t-il qu’une seule, comme le proclament les hérétiques monothélistes ? Maxime le Confesseur (580-662) donnera sa vie en défense de la dualité des volontés, ni confondues ni conflictuelles. Sa position est superbement reflétée dans sa Mystagogie, un ouvrage qui est à la fois une méditation sur les rites liturgiques au VIIe siècle et un traité d’ecclésiologie. Il propose une série de comparaisons qui illustrent la non-antinomie entre union et différence, unité et diversité : la lettre et l’esprit dans l’Écriture, les essences visibles et les essences invisibles dans le monde, la terre et le ciel dans le monde sensible, le corps et l’âme dans le corps humain. Le texte, d’un abord difficile, est alourdi par des phrases fort longues, parsemées d’incises. La traductrice, professeur à l’Institut catholique de Paris, a enrichi sa traduction d’une importante préface et de plusieurs index : thèmes, citations, noms propres. — P. DETIENNE, s.j.

JACQUES DE SAROUG, Homélies sur la fin du monde, Paris, Migne (coll. Les Pères dans la foi), 2005, 13,5 x 19,5 cm, 225 p., 15,00 €.

Jacques de Saroug, avec saint Ephrem, est l’un des plus grands écrivains chrétiens de langue syriaque. Il a étudié, vers les années 470, à l’École de Nisibe, à l’époque où celle-ci subissait les turbulences qui suivirent le concile de Chalcédoine (451). Prêtre puis évêque, Jacques de Saroug est mort en 521. Les recherches récentes ont conclu à son monophysisme, mais il était adversaire de toute polémique et ne souhaitait que la silencieuse adoration du Mystère. Il a laissé une œuvre immense dont on nous donne ici huit homélies en traduction française. « Harpe de l’Église », « Flûte de l’Esprit saint » sont les surnoms d’un auteur dont les homélies, de forme poétique, sont souvent intégrées dans la liturgie syriaque. Celles que l’on trouve dans le volume, traduites avec un grand souci de littéralité et présentées dans leur structure métrique, sont imprégnées de l’ Écriture sainte et entièrement traversées du souffle eschatologique : « Que je vive par ta miséricorde, Christ, qui viens accomplir le Jugement. » — H. JACOBS, s.j.

B. POUDERON, Les apologistes grecs du IIe siècle, Paris, Cerf, 2005, 13,5 x 21,5 cm, 355p., 35,00 €.

Les Apologistes (ou Apologètes) « sont des écrivains de l’Église ancienne dont les ouvrages, rédigés en grec ou en latin, eurent pour objet la sauvegarde et l’illustration de la religion chrétienne, de sa doctrine et de sa communauté » (p. 13). Bien que cette littérature aille des origines au Ve siècle, l’usage veut que le terme « apologistes » soit réservé aux écrivains chrétiens dont l’activité se consacra presque exclusivement à la défense du christianisme, fortement menacé, de l’époque qui va de Trajan, empereur en 98, et Hadrien jusqu’au règne de Commode (180-192). On les distingue des Pères apostoliques, « successeurs des apôtres ». L’ensemble de leurs écrits a été rédigé à l’intention de lecteurs extérieurs à l’Église et à la foi, pour « convaincre, dénoncer, réfuter, expliquer ». Ce qui n’exclut pas qu’il y ait eu, dans leurs ouvrages, plusieurs genres littéraires et une grande variété de thèmes développés. On pourra donc toujours discuter à propos d’une désignation qui remonterait au Xe siècle et, en tout cas, au XVIIe siècle. L’auteur a rassemblé un dossier qui représente une synthèse fort complète de la littérature des Apologistes, des questions biographiques, historiques et doctrinales qu’elle soulève, et des principales études qui lui ont été consacrées. Dans son introduction, il présente les circonstances politiques et l’environnement religieux de cette littérature. Particulièrement éclairant est son exposé des grands thèmes des Apologistes et de la première théologie chrétienne qui s’y manifeste. Ce qu’il appelle les « prémices de l’Apologétique chrétienne » est constitué par les discours insérés dans les Actes des Apôtres, les dix courts fragments du Kérygme de Pierre, l’Apologie perdue de Quadratus et les citations faites par Origène d’une Controverse de Jason et Papiscus qu’il faudrait attribuer à Ariston de Pella. Viennent alors les grands auteurs auxquels B. Pouderon consacre chaque fois un chapitre : Aristide, Justin, Athénagore d’Athènes, Méliton de Sardes et Théophile d’Antioche. Ne sont pas oubliés les apologies perdues, contemporaines de Marc Aurèle, ni les ouvrages anonymes comme le célèbre Écrit à Diognète. L’ouvrage se termine par l’évocation de l’Irrisio d’Hermias, les Sentences de Sextus et le corpus pseudo-justinien. On le voit, le dossier est pratiquement exhaustif. Selon l’habitude, il s’achève au IIe siècle, mais il n’oublie pas de signaler que la production d’ouvrages apologétiques se prolongea bien au-delà, comme dans le Protreptique de Clément et le Contre Celse d’Origène. L’ouvrage de B. Pouderon demeurera longtemps le vade-mecum classique de tous ceux qui voudront s’enrichir au contact des débuts et des premiers développements du discours chrétien. Une copieuse bibliographie et un index des textes cités complètent cette précieuse « Initiation ». — H. JACOBS, s.j.

AELRED DE RIELVAUX, Sermons pour l’année, 4. Collection de Durham. Sermons 47 à 64, introduction, traduction, notes et index de G. de Briey, Oka, Abbaye Notre-Dame du Lac (coll. Pain de Cîteaux, 23, série 3), 2005, 15 x 20 cm, 262 p., 19,00 €.

La collection de Durham comporte 32 sermons d’Aelred. Dix-huit d’entre eux sont traduits dans le présent volume. Rappelons que le P. Raciti a donné en 2001 l’édition critique de cet ensemble dans le Corpus Christianorum. Ils ont pour thème le temps liturgique : l’Avent, la vigile de Noël, la Nativité, l’Épiphanie, la Présentation, le mercredi des Cendres, le jeûne, saint Benoît, l’Annonciation, la fête de Pâques. Deux sermons s’adressent à des prêtres, lors d’un synode. Toute cette prédication est entièrement nourrie de l’Écriture sainte. Le recours au symbole est continuel. La doctrine spirituelle qui s’en dégage est profonde et substantielle : « Dieu doit être cherché durant nos temps de loisir, quand nous sommes seuls ; il doit être cherché là où nous sommes rassemblés à plusieurs ; il doit être cherché même quand nous sommes occupés aux choses extérieures. » L’amour est l’exigence suprême : « Le Christ ne tient certainement pas pour pasteur celui qui n’a pas appris à aimer. » Car, pour Aelred, « ne comprend que celui qui aime ». — H. JACOBS, s.j.

AELRED DE RIEVAULX, Sermons pour l’année, 5. Sermons 65 à 84 et Prière d’un pasteur, Oka, Abbaye Notre-Dame du Lac (coll. Pain de Citeaux, 24, série 3), 2005, 15 x 20 cm, 295p., 19,00 €.

Comment réussir un sermon ? Aelred répond, en reconnaissant qu’il ne remplit pas toujours ces conditions : « Il est nécessaire que l’esprit de celui qui parle soit préparé par le calme, instruit par la lecture spirituelle, affermi par la méditation, éclairé par la prière » (sermon 73, 2, sur l’Asssomption, p. 108). La collection Pain de Citeaux termine avec ce volume la traduction des sermons du Bienheureux Aelred de Rievaulx, tirés des collections de Clairvaux ou, comme ici, de Durham et ailleurs. Ces sermons sont classés selon les fêtes liturgiques de l’année : Ascension, Pentecôte, S. Jean-Baptiste, S. Pierre et Paul, Assomption, Nativité de sainte Marie, Toussaint, Avent (calendes de novembre), Noël et S. Benoît. Aucune mièvrerie ni moralisme dans ces prédications essentiellement bibliques, nourries de Jérôme d’Augustin, de la règle de S. Benoît, mais le cœur de l’esprit cistercien, à la fois appliqué à l’intelligence spirituelle des Écritures, mais aussi à la simplicité de la vie monastique. Pour clore cette série, la « Prière d’un pasteur », reprenant les points de la Règle relatifs à la charge du supérieur : prière d’un pasteur « pauvre et miséreux » (miser et miserabilis), qui se repent de ses fautes, qui prend à parti le seul vrai pasteur qui l’a choisi, qui demande la sagesse et qui intercède pour le bien de tous. Comme l’introduit Sœur Gaëtane de Briey, traductrice, un texte non « pas à lire mais à prier » (p. 261). – A. MASSIE, s.j.

Prière et liturgie

SAINT ANTOINE DE PADOUE, Sermons des dimanches et fêtes. I. Du dimanche de la Septuagésime au dimanche de la Pentecôte, Paris, Cerf (coll. Sagesses chrétiennes), 2005, 14 x 20 cm, 542 pages, 49,00 €.

Agrémentée de huit pages d’illustrations hors-texte, cette première traduction intégrale des 76 Sermons des dimanches et fête (l’Opus evangelicum ) a opté pour une proximité du texte original qui permet tout de même aux Sermons (achevés en 1231) de parler encore aujourd’hui. La partie est bien difficile, car il s’agissait surtout pour le futur Docteur de l’Église de former les prédicateurs aux différents sens de l’Écriture, lesquels « concordent », et aux étymologies, qui semblent parfois bien étranges aujourd’hui — sans même parler du recours à des « autorités » extrabibliques. De précieuses notes du valeureux P. V. Strappazzon accompagnent ainsi le lecteur intrépide, heureux d’accéder enfin par ce « quadrige » interprétatif à l’œuvre finale du saint portugais. — N. HAUSMAN, s.c.m.

Autour de l’œuvre de Didier Rimaud. Au service du chant et de la liturgie, Paris, Médiasèvres, 2005, 17 x 24 cm, 115 p., 11,00 €.

Le 22 janvier 2005, les responsables du Centre Sèvres et du Centre national de Pastorale liturgique ont eu l’heureuse initiative d’organiser une journée de mémoire et d’étude dédiée à la personne et à l’œuvre de Didier Rimaud, s.j. Une dizaine de contributions mettent en lumière sa personnalité si attachante et de nombreux aspects de ce qu’il a accompli pour le chant et la liturgie. Signalons les très belles pages consacrées au poète que fut le père et l’analyse de sa relation aux psaumes, où le P. P. Guyon s.j. voit dans les trois verbes (traduire, écrire, prier) ce qui éclaire son activité durant près de cinquante ans. Un entretien avec lui, paru dans la revue Célébrer en mai 1997, nous ouvre à quelques secrets de sa vie et à ce qui l’a toujours hanté : « Comment trouver les mots qui parlent aux hommes et aux femmes de notre temps qui ne sont pas touchés par le message chrétien ? » Par ailleurs, ce n’est pas sans émotion qu’on l’entend affirmer que les orientations apostoliques de la Compagnie, qui lient l’annonce de la foi à la promotion de la justice, le « touchent de près ». Le chant, remarque-t-il, est l’annonce de la foi, mais « cette annonce ne peut être pour moi déconnectée de la justice ». — H. JACOBS, s.j.

Questions

V. SOLOVIEV, Trois entretiens. Sur la guerre, la morale et la religion, suivis du Court récit sur l’Antéchrist, Genève, Ad Solem, 2005, 12,5 x 21,5 cm, 189 p., 25,00 €.

Ce dernier ouvrage de Soloviev, considéré comme son chef d’œuvre, se compose de trois entretiens (le deuxième porte sur la politique et non sur la morale), de lecture très agréable, et il s’achève par le très célèbre Court récit sur l’Antéchrist. L’introduction de B.Marchandier, dédiée au P. F. Rouleau, remplace celle de la première édition de 1984 (Paris, Œil) et montre finement que l’on se trouve ici devant un ouvrage sur les fins dernières. Protagonistes de ces conversations mondaines, le Prince (fourrier de l’Antéchrist), Monsieur Z (Soloviev lui-même), l’homme politique (européen sceptique), la Dame (hôtesse spirituelle), et le Général (croyant du passé) débattent de la guerre, de la politique et de la religion aussi brillamment qu’on pouvait le faire dans la claire atmosphère de la Méditerranée antique. Mais l’Antéchrist s’approche, auquel ne s’opposeront que trois justes : le pape Pierre, le starets Jean et le professeur Pauli, avec le petit reste des fidèles repoussés au désert. La suite ? Ce sera après cette fin, hors de l’histoire. Un écrit prémonitoire autant que visionnaire, à méditer en urgence — N. HAUSMAN, s.c.m.

J.-M. PETITCLERC, Éducation non violente. Comprendre, prévenir, enrayer la violence, Saint-Maurice, Éditions Saint-Augustin, 2005, 12 x 19 cm, 100 p., 11,00 €.

La collection suisse « L’aire de famille » se propose, depuis 2001, d’offrir des éléments de réflexion et de formation pour les familles. Ici, elle confie au salésien J.-M. Petitclerc de donner le goût d’une éducation non violente. Notre société, par bien des aspects, comporte des aspects déshumanisants, et la violence structurelle ne manque pas. Chacun porte par ailleurs en lui une agressivité qu’il faut apprendre à canaliser. La violence, par contre, il convient de pouvoir l’affronter sans l’alimenter. L’auteur, se réclamant de François de Sales et de Don Bosco, prône à tout crin une éducation à la douceur. Cela prend du temps et demande de l’énergie. Mais les fruits en seront savoureux, et la dynamique… contagieuse. — Ét. ROUSSEAU.

D. JONES, Le mythe d’Arthur,Genève, Ad Solem (coll. Athena), 2005, 11x17,5, 128 p., 15,00 €.

Les éditions Ad Solem ont l’art de publier dans la collection Athena des textes rares, ayant valeur d’engagement pour une vision bien définie de la sagesse. « Athena s’est effacée devant Marie, la sagesse humaine a rencontré la Sophia divine, et de cette union est née l’Europe, fille des Muses et de l’Esprit » indique le texte éditorial de la collection. Dans le carde de cette réflexion sur la « culture européenne », il n’était pas inutile d’évaluer la signification de la figure d’Arthur qui, de chef de guerre du lointain Ve siècle romain, est devenu le héros central de la littérature romanesque de la quête du Graal, toute imprégnée de l’influence celte des régions où elle a donné lieu à des créations littéraires de grande ampleur. David Jones (grand moderniste, peintre et poète de grande renommée, 1895-1974) nous donne ici une étude très sensible et érudite de ce qui constitue la transmutation de l’histoire en mythe et de l’influence de celui-ci sur l’imaginaire — romanesque et religieux — de cette part celtique de nos racines. Influence que l’on peut suivre jusqu’à nos jours (dans Le seigneur des anneaux de Tolkien, ou dans Les chroniques de Narnia de Lewis, auteurs également étudiés dans d’autres textes de cette collection). Nous faut-il aller à Avalon où la légende dit qu’Arthur reviendra pour préparer, en se retirant, le retour du Roi, le Christ lui-même ? Figure christique, assurément, Arthur n’a pas fini de nous inspirer. « Nous ne savons pas quelles chansons sont encore possibles ni quelle forme prendra notre mythe, mais il semble que devant nous le désert soit vaste ; et il est certain qu’au cours de notre anabase nous aurons de bonnes raisons de garder à l’esprit la tradition de nos origines, tant matérielle que spirituelle » (p.94). — J. BURTON, s.j.

F. RASTIER, Ulysse à Auschwitz. Primo Levi, le survivant, Paris, Cerf (coll. Passages), 2005, 14,5 x 23,5 cm, 207 p., 25 €.

Un hommage à Primo Levi qui prend le parti d’interpréter son œuvre poétique à partir d’un vers du Survivant (Il supersiste) et emprunte son titre à Danielle Sallenave (44) ; c’est que l’Ulysse de Dante est pour Levi la figure même de la culpabilité diffuse de celui qui revient. Mais « si l’Enfer de Dante devient en quelque sorte une allégorie d’Auschwitz, ce n’est pas l’Enfer qui permet de comprendre Auschwitz, mais Auschwitz qui prive de sens l’Enfer même » (104). Ce bel ouvrage de littérature pose, dans son avant-dernier chapitre (« Après-culture et posthumanité ») les questions essentielles : « L’extermination a-t-elle marqué dans l’histoire un seuil qui ferait entrer l’humanité dans une ultime étape, posthistorique, celle d’une posthumanité ? L’homme, animal politique, doit-il redevenir un animal biologique ?… L’eugénisme positif et l’eugénisme négatif partagent des racines communes (137-138). Le démasquage de G. Steiner, d’Agamben et de M. G. Dantec remonte, dans ce même chapitre, à Nietzche aussi bien qu’aux ruses apocalyptiques pour établir comment les thèmes catastrophiques, biopolitique et postculturel font système : « l’après-culture ne peut être que la barbarie » (177) ; or, les paroles du témoin sont précieuses, face à la barbarie qui vient (198). — N. HAUSMAN, s.c.m.

C. CAYOL, Je suis catholique et j’ai mal, Paris, Seuil, 2006, 11 x 19 cm, 202 p., 17,00 €.

L’auteur, mère de famille, divorcée, chérit l’Église d’un amour blessé : « Église, ô mon Église, je t’en prie, accueille-nous, nous qui ne sommes pas “comme il faut” ». Elle en exprime, en une vingtaine de méditations, différentes facettes (« Église, l’amour dont tu me parles, je ne vois pas bien comment tu le vis… ») tout en demeurant consciente que certains de ses propos sont eux-mêmes blessants : « Je m’en veux, je sais bien qu’il est facile de dénoncer… Arrêter de juger, comme on arrête de fumer, c’est dur. » Elle s’adresse fréquemment au prêtre : « C’est à l’aune de son inquiétude que se mesure sa profondeur […] Je voudrais lui demander pourquoi il ne parle pas de ce qu’il cherche. » Quant à Jean-Paul II, elle aurait aimé lui entendre dire : « J’aurais voulu voir moins de monde et m’arrêter sur plus de visages. J’ai fait ce que j’ai pu. » Parmi les figures évangéliques sur lesquelles elle s’attarde, mentionnons le serviteur alité pour lequel son maître, centurion romain, éprouve un amour qu’elle imagine homophile, et les hôtes de Béthanie : « Marthe, c’est trop tard, c’est fini, la nuit tombe, je dois partir… » — P. DETIENNE, s.j.

PAPON L.-G., L’incidence de la vérité chez Thérèse de Lisieux. L’épreuve spirituelle du savoir et son enseignement psychanalytique, préface par R.Lew, Paris, Cerf, 2006, 13,5 x 21,5 cm, 246 p., 23,00 €.

Le sous-titre convient mieux à l’ouvrage que le titre, mais il faut avouer que cette lecture suivie du Ms A (surtout) laisse l’habitué de Thérèse assez pantois. Cependant, c’est bien Thérèse qu’entend l’auteur quand il comprend par exemple la « nuit de la foi » comme « une épreuve de l’amour, et non une tentation contre lui » (113). Il faut attendre le sixième et dernier chapitre pour aller jusqu’à la fin de l’histoire (via « une mort féminine recueillie par des femmes ») : Thérèse « dit seulement qu’il existe un lieu durant lequel ni la haine, ni la séduction, ni la complicité, ne produisent les idées qui nous viennent. En cela, nous pouvons lui faire confiance, car elle n’a aucun mérite ». Étrange, et très beau. — N. HAUSMAN, s.c.m.

Religions en dialogue

J.-Y. CALVEZ (éd.), Entre violence et paix. La voix des religions, Paris, Éditions Facultés jésuites de Paris, 2005, 12,5 x 19 cm, 156 p., 12,00 €.

Face au péril — réel ou supposé — du « choc des civilisations » et des religions qui les habitent et les animent (la célèbre thèse de S. Huntington est ici présentée par Fr. Boëdec), de quelles ressources de foi, de pensée et d’engagement disposent les croyants ? Dans la première moitié du cycle de conférences ici rassemblées, trois chrétiens, excellents connaisseurs des traditions dont ils se font les interprètes, traitent de « Violence et résistance au mal dans la tradition juive » (G. Comeau), « Violence et non-violence dans le bouddhisme » (P. Magnin), et enfin « Dans le Coran : violence et non-violence » (S. K. Samir). La seconde partie du cycle examine quelques moments historiques du rapport entre christianisme et violence : théorie de la « guerre juste » et pacifisme chrétien (J.-Y. Calvez), violences confessionnelles et tentatives de « paix de religion » au XVIe siècle (Ph. Lécrivain), résistance des catholiques dans l’Allemagne nazie (B. Koehn), rencontre de prière pour la paix à Assise, en octobre 1986 (A. Kim). Chacun de ces brefs exposés apporte une contribution dense et cependant fort lisible. On pourrait seulement regretter que la parole n’ait pas été donnée à des représentants des religions concernées. — J. SCHEUER, s.j.

C. PINGUET, La folle sagesse, Paris, Cerf (coll. Patrimoines), 2005, 14,5 x 23,5 cm, 128 p., 19,00 €.

Curieuse, cette étude de littérature comparée... Dans une première partie sont considérés les fous pour le Christ (dont J.-J. Surin, bien sûr) et les stylites chrétiens, côte à côte avec les folies divines en terre d’Islam (dont Hallâj). La deuxième partie veut entendre les paradoxes inspirés des soufis, puis la méconnue poésie médiévale du non-sens, en Occident (avec la Fête de l’Âne) et en Orient. La conclusion fait l’éloge du déraisonnable, avant une bibliographie extrêmement spécialisée (ce qui explique sans doute pourquoi le texte est sans note). L’auteur dit s’être appliquée, « à l’heure où il est trop souvent question d’antagonismes entre chrétiens et musulmans, à mettre en avant les dialogues interconfessionnels (de Grégoire Palamas avec le Sultan, par exemple) et l’esprit de tolérance ». Certes. Mais encore ? — N. HAUSMAN, s.c.m.

Spiritualité

CH.A. BERNARD, Théologie mystique, édition préparée par M. G. Muzj, présentation par F. Imoda, Paris, Cerf (coll. Théologies), 2005, 14,5 x 23,5 cm, 374 p., 40,00 €.

Cet ouvrage posthume a été conçu comme le quatrième volume d’une théologie de la vie mystique chrétienne, déjà si bien représentée par les trois tomes intitulés Le Dieu des mystiques. Et, certes, il achève magnifiquement l’ensemble. La première partie, intitulée « La pensée du P. Charles-André Bernard présentée par lui-même » vaut à elle seule le détour, car on y trouve, en une trentaine de pages, posées et rencontrées les questions majeures de la spiritualité chrétienne. La deuxième partie est consacrée à la théologie mystique (d’où le titre du livre), avec ses contextes, sa doctrine, son recours à l’expérience, des éclaircissements théologiques, et un dernier chapitre « Le déploiement de la vie mystique » qui constitue un autre sommet. Tout au long, de courtes « Notes de lecture » balisent l’itinéraire par des figures (Denys, Eckhart, saint Thomas, Thérèse d’Ávila) ou des synthèses (mystique et voies du salut, mystique et dons de l’Esprit, la théologie mystique spéculative...). Une longue bibliographie de et sur l’auteur achève cet hommage à un penseur habité, dans ses pages ultimes, par la présence discrète de Thérèse de Lisieux. — N. HAUSMAN, s.c.m.

ELISABETH DE LA TRINITÉ, Chaque dimanche est une aurore. Cinquante-deux 2 méditations choisies et présentées par Conrad de Meester, Moerzeke, Carmel-Edit, 2005, 14 x 21,5 cm, 146 p., 12,00 €.

Éditeur des œuvres complètes d’Elisabeth de la Trinité (1880-1906) dont, en cette année jubilaire, il prépare une biographie, l’auteur, prêtre carme, nous propose un florilège de cinquante-deux extraits des écrits de la Bienheureuse : un pour chaque dies dominicus (sic) de l’année liturgique. Répartis sur deux pages, et précédés d’une courte introduction, ces textes se présentent non datés, et non chronologiquement organisés. Une trentaine d’entre eux sont extraits des lettres qu’Elisabeth a envoyées à sa sœur, à sa mère, à un prêtre, à une amie… Une douzaine d’autres proviennent de notes rédigées durant sa dernière retraite. Cinq autres encore reproduisent des poèmes. Ouvrons l’ouvrage au hasard : « J’aime tant penser que c’est pour Lui que j’ai tout quitté […] Deux mots, pour moi, résument la sainteté : union, amour […] Le sacrifice, c’est de l’amour mis en action […] C’est si bon la foi : le ciel dans les ténèbres […] Je veux être apôtre du fond de ma solitude […] Il a mis en mon cœur une soif d’infini et un si grand besoin d’aimer, que Lui seul peut rassasier ! » L’ouvrage est illustré d’une douzaine de photos représentant Elisabeth. — P. DETIENNE, s.j.

F. YOU, Les béatitudes, un itinéraire de vie spirituelle, Paris, Parole et Silence, 2005, 11,5 x 19 cm, 104 p., 9,00 €.

Dans sa présentation des huit voies fondamentales proposées par Matthieu dans sa Charte du Royaume de Dieu, l’auteur, abbé bénédictin d’une abbaye landaise, calque son « itinéraire » sur la marche des Hébreux à travers la désert. Les quatre premières béatitudes matthéennes se résument en ces termes : choisir de dépendre de Dieu ; se laisser conduire par lui ; se détacher pour cela des réalités mondaines ; être assoiffé de vie avec lui. Les quatre dernières béatitudes explicitent la mise en œuvre, dans la vie quotidienne, de cette figuration au Christ. Un dernier chapitre concerne l’apparente absence de la prière dans le texte étudié. Pour tous. — P. DETIENNE, s.j.

Card. F.-X. NGUYÊN VAN THUÂN, 365 jours d’espérance avec François-Xavier Nguyên Van Thuân, Paris, Éditions du Jubilé, 2005, 11 x 18,5 cm, 945 p., 29,90 €.

Le cardinal Thân (1928-2002) a publié, en vietnamien, un certain nombre d’ouvrages qui ont tous pour thème l’espérance. Leur contenu est redistribué, dans le présent recueil, sur une période de 52 fois sept jours, selon une division assez lâche, qui exclut toute référence à l’année liturgique : des titres tels que L’Église, L’apostolat, La famille, Le quotidien… reviennent fréquemment. Les citations comportent des prières, des réflexions, des historiettes hagiographiques et moralisantes, sans précision de leur source. Elles sont accompagnées de textes empruntés au Nouveau Testament (imprimés en gras) et à Vatican II (imprimés en italiques). Les traducteurs et adaptateurs sont vietnamiens. Pour tous. — P. DETIENNE, s.j.

A. RICCARDI, La Paix préventive, Paris, Salvator, 2005, 14 x 21 cm, 287 p., 19,00 €.

La communauté Sant Egidio s’est constituée dans l’après-Concile. Partant de jeunes désireux d’incarner mieux leur christianisme, en particulier dans la vie de prière et le souci des plus pauvres, Sant Egidio a acquis une expertise dans la promotion et la recherche de la paix, jusque et y compris au niveau des États. Son fondateur présente la « méthode » de la communauté pour travailler à la paix, et aider les parties en présence à chercher ensemble des solutions qui respectent chacun. A. Riccardi en appelle également au témoignage de beaucoup qui, dans des conflits déshumanisants à l’excès, des situations d’une violence extrême, ont veillé à ne pas rendre le mal pour le mal, à inventer du bon. En un temps où se développe une « mystique de la violence », il est urgent que les chrétiens ne soient pas en reste, mais s’engagent radicalement au service de la paix. Les situations et les personnes évoquées dans cet ouvrage donneront idées et impulsion à ne pas laisser à d’autres le soin d’être artisans de paix, également de manière « préventive ». — Ét. ROUSSEAU.

C. M. MARTINI, Découvrir sa vocation, Saint-Maurice, Éditions Saint-Augustin, 2005, 14 x 21 cm, 225 p., 22 €

« L’évangile pour ta liberté ». Il y a 15 ans, des jeunes du diocèse de Milan furent conviés à vivre en groupe une recherche visant à découvrir la vocation personnelle de chacun. C. M. Martini veille à ce que le discernement spirituel soit éclairé par la lectio, avec en toile de fond la parabole « du semeur », et la figure de Samuel dont le groupe prit le nom. Dans la vie des jeunes de notre temps, c’est le Seigneur encore qui « dilate le cœur », dans la mesure où l’humain lui fait don de sa liberté. Samuel est le croyant qui se laisse mener par le Seigneur et accepte de le servir quand Il le juge bon. Pour nous mettre à la suite d’un tel prophète, il importe d’apprendre à contrôler ses sentiments et émotions, se donner du temps de recueillement pour accueillir un Dieu qui se donne et nous précède ; il suscite des disponibilités pour qui veut bien l’écouter et se laisser devenir « prophète » à son tour. Ce livre est le compte rendu fidèle d’une démarche guidée pas à pas, en dialogue avec Mgr Martini, et adossé aux Exercices de saint Ignace, peut être pour tout (jeune) adulte un outil précieux pour découvrir ou rafraîchir ses « oui » au Maître de la moisson. — Ét. Rousseau.