Recensions parues dans ce numéro…

Spiritualité

Dom GOZIER, A., La croix : folie de Dieu, Magny-les-Hameaux, Socéval,
coll. « Méditer », 2005, 13 x 21 cm, 142 p., 14,00 €.

L’auteur, moine bénédictin, reproduit ici (quitte à accumuler les répétitions)
une vingtaine de textes concernant la croix, tous tirés d’ouvrages
publiés entre 1975 et 2003 : Père, je crois en Toi parce que tu es
un Dieu « kénotique », … Le chrétien est quelqu’un qui a mal au monde
entier, … Le Christ est crucifié en tous ceux qui souffrent (ce qui permet
à l’auteur de nier que des victimes de Hitler aient pu souffrir davantage
que le Christ). L’apologétique est classique : « Il aurait pu être
un roi renommé, un empereur richissime, il a choisi d’être serviteur. »
Sont cités avec prédilection Pascal, « Thérèse d’Alençon et de Lisieux »,
Simone Weil (« Toutes les fois que je pense à la crucifixion du Christ, je
commets le péché d’envie »). L’ouvrage est complété par des « pistes de
réflexion » : « Croyez-vous que la croix creuse la capacité de gloire ?
Croyez-vous qu’elle soit un discours de l’ineffable ? » La présentation de
« la croix dans le monde » (folie et scandale, plutôt que chômage et
drogue) et le vocabulaire utilisé (qu’est-ce qu’un « sacrifice » dans le
monde déchristianisé d’aujourd’hui ?) semblent viser un lectorat plutôt
traditionnel. — P. DETIENNE, S.J.

Témoins

JEAN-BLAIN, M., Eugène Ionesco, mystique ou mal-croyant ?, Bruxelles,
Lessius, coll. « Au singulier », 2005, 14,5 x 20,5 cm, 176 p., 19,50 €.

Personnage ambivalent (français, roumain ; mystique, esthète…) qui se
disait « athée croyant », E. Ionesco (1909-1994) a expérimenté, à l’âge de
18 ans, une illumination intérieure dont il n’a cessé jusqu’à la fin de sa
vie d’évoquer le souvenir. Il en a proposé diverses interprétations… au
gré de ses humeurs (il était maniaco-dépressif, asocial, jaloux, alcoolique,
infidèle) et de sa quête de l’intuition immédiate de la relation avec
Dieu… à travers diverses traditions (byzantine, bouddhiste, sanjuaniste).
L’auteur du présent ouvrage s’attache à en suivre les méandres,
en filigrane de son « théâtre de la dérision » (Le Roi se meurt…) et de ses
notes intimes. Dans son dernier ouvrage (La quête intermittente, 1988),
alors qu’il s’est mis avec ardeur à la composition de son opéra Maximilien
Kolbe, il reconnaît avoir sacrifié sa vie spirituelle à sa célébrité.
Et il s’exclame : « Oh ! Avoir plu à Dieu, une fois, dans cette longue vie inutile
[…] Mon Dieu, faites que je croie en Vous ! » L’ouvrage est enrichi
d’une chronologie de la vie et des œuvres de Ionesco. — P. DETIENNE, S.J.

SŒUR EMMANUELLE, Un pauvre a crié. Le Seigneur écoute, Paris, Éd.
de l’Emmanuel, 2005, 13 x 21 cm, 137 p., 7,50 €.

Voici de nouveau, dans son langage simple, direct et concret, un message
de Sœur Emmanuelle. Elle le délivre à ceux qui ne savent pas prier,
à ceux pour qui, à travers les années, avec leurs difficultés et leurs
peines, l’euphorie de la prière baignée de joie s’est muée en une sorte
de vide où Dieu paraît absent. Elle les invite à se placer face au miséricordieux
amour de Dieu. Elle témoigne du vrai sens de la prière, s’efforçant
de la décrire tel que le Père le lui a fait découvrir. La prière de
l’enfant lui semble le modèle même de la prière du chrétien : prière de
pauvre, faite de confiance et d’écoute. Tour à tour sont présentées les
prières de demande, celles de louange, celles de la pauvreté. Un florilège
de prières, suivi d’un choix de celles que Sœur Emmanuelle a ellemême
composées, complète ces pages si pleines d’évangile. Bref, un
livre spirituel écrit pour tous, fait d’expérience et d’humble témoignage.
C’est avec émerveillement qu’on l’entend s’écrier : « Je suis à Sion depuis
plus de soixante-dix ans, et j’y mourrai dans la joie. » L’émotion
nous étreint à l’entendre évoquer son lointain aïeul qui fut rabbin en
Allemagne. Un texte de pure simplicité, jailli tout droit de la méditation
des Ecritures, au contact des plus pauvres. — H. JACOBS, S.J.

SÉGALEN, J.-M., Prier 15 jours avec Marie-Céleste Crostarosa, une mystique
de l’Eucharistie au XVIIIe siècle
, Montrouge, Nouvelle Cité, coll.
« Prier 15 jours » 96, 2005, 11,5 x 19,5 cm, 122 p., 12,50 €.

Rédemptoriste, le P. J.-M. Ségalen nous fait remarquablement pénétrer
dans l’intimité spirituelle de la mère Marie-Céleste Crostarosa, beaucoup
trop peu connue de la plupart des chrétiens. Cette moniale a travaillé
à la fondation des Rédemptoristines et, avec saint Alphonse de Liguori,
à celle des Missionnaires du Très-Saint Rédempteur. Dans les deux
cas, Jésus était reconnu comme principal artisan de ces deux instituts
voués au salut des plus abandonnés. Née en 1696 à Naples, elle connut
la vie du Carmel, celle de la Visitation, et même, durant trois ans, celle
d’un monastère de dominicaines dont elle fut prieure pour pouvoir les
réformer. Elle mourut le 14 septembre 1755, initiatrice du Monastère du
Très-Saint Sauveur où il lui fut possible d’observer la Règle que le Seigneur
lui-même lui avait révélée à Scala en 1725. L’ordre fut approuvé le
8 juin 1750 comme Institut des Moniales du Très-Saint Rédempteur.
Après plusieurs tentatives, son procès en béatification débuta en 1879.
En 1895, ses écrits furent reconnus comme exempts d’erreurs et, en
1924, elle reçut le titre de Vénérable. La reprise des démarches en vue de
sa béatification date de 1983 et l’heure de celle-ci semble désormais proche. Comme l’écrit l’auteur, Marie-Céleste a brûlé du feu de l’amour
jusqu’à sa dernière heure. Les nombreux extraits de ses écrits, cités dans
cet ouvrage, font découvrir une spiritualité certes affective, mais très
profondément théologale. Elle savoure l’amour des Trois Personnes. Pas
de spéculation sur le mystère trinitaire mais une longue attention portée
sur le Christ, « porte ouverte pour entrer en Dieu », dans une « intériorisation
progressive en la bienheureuse Trinité », et sans cesse nourrie
par le sacrement de l’Eucharistie. — H. JACOBS, S.J.

LEDURE, Y., Le Père Dehon (1843-1925). Entre mysticisme et catholicisme
social
, Paris, Cerf, coll. « Histoire », 2005, 12,5 x 19,5 cm, 232 p., 22,00 €.

Le décès du pape Jean-Paul II ne lui a pas permis de béatifier le P. Léon
Dehon le 24 avril, comme c’était prévu. Mais la cérémonie n’aura pourtant
pas lieu prochainement car la prise en considération de ses déclarations
antisémites pose problème. Le P. Y. Ledure, prêtre du Sacré-Cœur,
nous donne ici une biographie réfléchie de son fondateur où, malheureusement,
les textes litigieux ont été passés sous silence. Néanmoins,
ayant déjà écrit plusieurs ouvrages au sujet du P. Dehon, nul mieux que le
P. Ledure n’est apte à nous faire découvrir cet homme de Dieu qui conjoignait
en profondeur l’amour du Cœur de Jésus avec les exigences apostoliques
et sociales de son époque. L’auteur ne cache pas les turbulences
pseudo-mystiques auxquelles fut mêlé le P. Dehon, ni ses difficultés romaines.
La confiance en Dieu, la ténacité d’une foi sans faille ont animé
ce serviteur de Dieu qui voulait aller à la rencontre des hommes pour leur
faire connaître l’Amour dont ils étaient aimés. Il savait qu’il n’y a pas de
charité sans justice. Le P. Ledure remarque très justement, en conclusion
de son ouvrage, que « c’est dans le souci de l’humain que peut germer le
désir de Dieu ». Multiforme a été son action, mais une a été la source dont
elle jaillissait, cette bonté dont ont témoigné tous ceux qui ont été concernés
par sa béatification. Le P. L. Dehon a appartenu à la génération qui a
assisté aux derniers craquements de la chrétienté avant son effondrement
(p. 140). Il a gardé l’antique dévotion au Cœur de Jésus, mais il était
conscient que n’existait pas l’homogénéité entre société et christianisme.
Il a donc voulu lui donner une nouvelle expression dans l’espace social.Vie
intérieure et espace public, telle est la relation indissociable à ses yeux où
l’amour du Cœur de Jésus apparaît comme principe de rénovation de la
société. Une très belle biographie spirituelle du fondateur des Prêtres du
Sacré-Cœur, mais où l’on voudrait voir les mises au point qui s’imposent
pour estimer en leur véritable portée des textes que l’on voudrait qu’il ne
les ait pas écrits. — H. JACOBS, S.J.

CENTI, T. S., Le bienheureux Fra Angelico. Giovanni da Fiesole, Paris,
Cerf, 2005, 12,5 x 19,5 cm, 174 p., 19,00 €.

Un historien dominicain constatait déjà, au milieu du XIXe siècle, l’incertitude
qui règne dans la biographie de l’Angelico. Aujourd’hui, malgré des recherches souvent reprises et de nouvelles hypothèses, les difficultés demeurent.
Diverses chronologies continuent à s’affronter et l’attribution
des œuvres du peintre est loin de faire dans tous les cas l’unanimité. Le P.
Tito S. Centi reprend le dossier dans cet ouvrage. Il le fait en exposant les
différents points de vue, et en optant, malgré les questions qui subsistent,
pour une voie sage et modérée. Concernant les nouveaux documents découverts,
qui ont donné lieu à des perspectives souvent opposées, il précise
ses propres observations après les avoir soigneusement examinées.
Mais, à son estime, les problèmes ne sont pas tels qu’ils imposent « un
nouveau courant charriant un abandon relatif de toute une tradition biographique
 ». Deux points l’ont particulièrement retenu : l’apport de la publication
des manuscrits de sainte Catherine de Sienne, qui offrent des indications
sur les activités de jeunesse de l’artiste. Et aussi la datation du
dernier séjour romain de Fra Angelico, appelé à Rome par une invitation
du cardinal Giovanni Torquemada. Certes, le dernier mot n’est pas dit sur
la biographie du Bienheureux, et d’autres hypothèses verront encore certainement
le jour. Mais le P. Centi ne s’est pas contenté de ces mises au
point historiques. Il nous offre de remarquables analyses, telle celle de la
rude opposition qui fit s’affronter le bienheureux avec saint Antonin de
Florence sur la question de la pauvreté dominicaine. Surtout, on appréciera
les jugements portés par l’auteur sur l’œuvre d’un peintre mystique
où Dominique et Thomas d’Aquin se révèlent une source admirable d’inspiration.
— H. JACOBS, S.J.

DELVILLE, J.-P. (sous la dir. de), Mystiques et politiques. Une lecture de
Bernard de Clairvaux, Claire d’Assise, Julienne de Cornillon, Edith
Stein, Etty Hillesum et des sept pères trappistes de Tibhirine, conférences
de la Fondation Sedes Sapientiae et de la Faculté de théologie,
Université catholique de Louvain, février-mars 2004
, Bruxelles, Lumen
vitae, coll. « Trajectoires », 2005, 13,5 x 19,5 cm, 132 p., 16,00 €.

Introduites par J.-P. Delville (« Mystiques et politiques »), conclues sur le
portrait des moines de Tibhrine par le P. A. Veilleux (« Mystique et politique
 »), ces conférences ont donné la parole aux plus fins connaisseurs
de leurs sujets (Bernard de Clairvaux par l’homonyme du P. J. Leclercq,
Claire d’Assise et Julienne de Cornillon traitées ensemble par M. Bartoli
et J.-P. Delville, E. Stein et E. Hillesum se rencontrant dans l’indicible,
pour M. Léna). Cette mise en regard un peu aléatoire manifeste assurément
l’interpellation des grandes figures mystiques sur les responsables
politiques ou ecclésiaux de leur temps. Une leçon qu’on aimerait voir se
poursuivre. — N. HAUSMAN, S.C.M.

Vie consacrée

SALACHAS, D., La vita consacrata nel Codice dei Canoni delle Chiese
Orientali (CCEO)
, Bologne, EDB, 2006, 14 x 21 cm, 324 p., 29,00 €.

Pour le canoniste — et a fortiori le fidèle ! — de rite latin, le droit canonique
oriental de la vie consacrée est déroutant à plus d’un titre : son
vocabulaire étrange (monastère stauropégiaque, congrégation de droit
éparchial, synaxe, …), son attachement à des catégories mises en
veilleuse par le droit latin (les ordres et les congrégations, préférés aux
instituts) et surtout son accent particulier sur la vie monastique font de
lui comme une terre mystérieuse, dont on soupçonne la richesse sans
la connaître vraiment. L’A., professeur à l’université Urbaniana, bien
connu pour ses nombreux ouvrages sur le Code des canons des Eglises
orientales, nous invite ici à mieux découvrir ce droit, à partir d’un examen
détaillé du titre XII du CCEO, consacré « aux moines, aux autres religieux
et aux membres des autres instituts de vie consacrée » (cann.
410-572). L’examen détaillé de chaque canon, mettant particulièrement
en évidence ses sources conciliaires et son iter formationis, soucieux de
bien identifier les points de convergence et de divergence avec le droit
latin, permet de se faire une idée précise de la législation orientale sur
le sujet et de mieux comprendre l’esprit qui l’anime. L’aspect juridique
est bien sûr prédominant dans le propos, mais la dimension théologique
n’en est pas pour autant absente, ce qui rend l’ouvrage intéressant
pour tout lecteur théologiquement cultivé. — B. MALVAUX, S.J.

VOILLAUME, R., Entretiens sur la vie religieuse. Retraite à Béni-Abbès, Paris,
Cerf, coll. « Perspectives sur la vie religieuse », 2005, 13,5 x 19,5 cm,
223 p., 23,00 €.

Une réédition de la retraite que l’auteur a proposée à des frères et à des
sœurs novices en 1971 (trois ans après la retraite qu’il a prêchée au Vatican)
 : neuf entretiens classiques, chaleureux et convaincants, sur la vocation,
les vœux, la vie communautaire… L’auteur présente l’évangélisation
comme une présence d’amitié, et l’oraison comme une « attente pleine
de désirs impatients de l’amour ». Il fait l’éloge du jeûne, de la prière nocturne,
du « goût du sacrifice volontaire », du costume distinctivement religieux…
Il insiste sur le danger de l’adaptation aux diverses cultures. Il
qualifie d’ambiguës les expressions « libération de l’homme » et
« conscientisation ». Il affirme, à la suite de L. Gardet, l’existence d’une
mystique naturelle… et il ajoute que les adeptes des religions non chrétiennes
ne peuvent atteindre la plénitude de la lumière. Le Christ est rarement
nommé Jésus… tandis que Dieu, qui est Seigneur, n’est jamais appelé
Père. Un long appendice est consacré à l’existence des anges et du
diable, éternel damné. Les citations tirées de la Bible, de Charles de Foucauld
et du récent concile sont reportées en fin de volume. Parmi les
quelques exemples dont l’auteur illustre son enseignement retenons une allusion aux « élections » dont l’ermite du Sahara était coutumier : il a
choisi comme monture, pour ses voyages apostoliques, non pas un chameau
de bât (trop lent) ni un chameau de course (trop riche) mais un
demi-méhari. Lecture agréable et bienfaisante. Pour tous. — P. DETIENNE,
S.J.

MICHEL DE SAINT-AUGUSTIN, Introduction à la vie intérieure, Paris, Parole
et Silence, coll. « Grands carmes », 2005, 14 x 21 cm, 612 p., 40,00 €.

Jan van Ballaert, né à Bruxelles en 1622, devint carme chaussé sous le
nom de Michel de Saint-Augustin. Il occupa plusieurs fonctions importantes
dans son ordre et mourut dans sa ville natale en 1684. Il est surtout
connu pour avoir, dès l’âge de 25 ans, dirigé spirituellement Maria
Petyt, mystique célèbre sous le nom de Marie de Sainte-Thérèse, qui
exerça une influence profonde sur son directeur. Lui-même fut un auteur
spirituel de première valeur que caractérisa l’union réalisée entre
l’esprit du Carmel et la tradition contemplative flamande. Son œuvre
écrite est considérable. Elle comprend ouvrages, traités et opuscules
écrits en latin ou en flamand, entre 1659 et 1669, et regroupés dans leur
version latine en quatre livres, en 1671. De cet ensemble, le frère G. Wessels
avait retenu, pour une nouvelle édition latine (1926), le troisième livre
auquel il avait joint un extrait du quatrième, consacré à l’importance de
calquer sa vie sur celle de la Vierge Marie. C’est de cette édition qu’est ici
présentée, pour la première fois, un traduction française selon les exigences
actuelles de notre langue. Michel de Saint-Augustin regardait luimême
son œuvre comme une sorte de pédagogie mystique. G. Wessels
notait justement qu’elle couvre l’ensemble de la vie ascétique et mystique
et se fonde, avant tout, sur son expérience personnelle et sa méditation
des Ecritures. C’est une doctrine spirituelle extrêmement exigeante.
Ainsi son exposé sur les trois vœux de religion se termine par une
présentation de la pauvreté spirituelle, achèvement véritable pour lui du
vœu de pauvreté. S’y retrouve le langage intransigeant du dénuement intérieur,
cher aux mystiques du Nord. Elle conditionne la suite du Christ
et constitue une réponse à son appel. Les pages consacrées à la règle des
carmes et celles où il traite de la conformité à Marie révèlent, pour leur
part, la dimension carmélitaine de son inspiration. — H. JACOBS, S.J.

DE VOGÜE, A., Histoire littéraire du mouvement monastique dans
l’Antiquité. Première partie : le monachisme latin. T. IX. De Césaire
d’Arles à Grégoire de Tours (525-590)
, Paris, Cerf, coll. « Patrimoines
christianisme », 2005, 24 x 15 cm, 374 p., 49,00 €.

« Commençant par les écrits de Teridius et de Césaire, qui prolongent
ceux de Césaire d’Arles étudiés dans le tome VIII, ce tome IX se termine
par une revue de l’Histoire des Francs, par où nous entrons dans l’œuvre
de Grégoire de Tours, qui nous occupera longuement dans le tome X » (9).
L’immense fresque du mouvement monastique latin continuera donc encore longtemps à se dérouler sous nos yeux, même si ce volume doit
être marqué d’une pierre blanche, puisqu’il contient la règle de saint Benoît
et « quatre de ses sœurs ». Fulgence de Ruspe, Justinien et Pélage précèdent
l’Opus maior, Cassiodore et Grégoire de Tours suivent, avant les
quatre tables habituelles (scriptutaires, d’auteurs anciens, des noms
propres, des mots, latins ou latinisés). Comme toujours, la lecture est
agréable et offre plus d’une perle : Césaire père du monachisme féminin
occidental (38), où toutes doivent apprendre à lire (43) ; les accords entre
Justinien et Benoît sur l’importante question du dortoir (93 ; cf. 180), la
latitude arlésienne de célébrer la messe, même le dimanche, « quand
l’abbé le jugera bon » (177), l’apparition des reclus dans l’Histoire des
Francs (322)… La présentation de la règle bénédictine, en cinquante
pages est un petit chef-d’œuvre de sobriété, tandis que la postface fait le
point sur les questions que se posent les modernes. L’histoire, même littéraire,
du monachisme étant toujours une revue de l’histoire de l’église,
nous attendrons le volume promis sur Grégoire le Grand, dont le passé
monastique permet d’augurer qu’il « contribuera plus que personne à
l’épanouissement spirituel des monastères » (344). — N. HAUSMAN, S.C.M.

PINGAULT, M. et M.-A., Á la rencontre des communautés nouvelles.
Petit guide
, Nouan-le-Fuzelier, Ed. des Béatitudes, 2005, 15,5 x 23 cm,
354 p., 24,00 €.

Les auteurs nous offrent avec ce volume un guide très heureusement
présenté et illustré des communautés nouvelles. Pour chacune d’entre
elles, une substantielle notice est fournie, et on trouve, en fin du volume,
un copieux carnet d’adresses. Le lecteur ne manquera pas d’être
surpris : un tel foisonnement de communautés nouvelles ! Et beaucoup
d’autres sont absentes de ce répertoire (voir, par exemple, dans les « Cahiers
de Feu et Lumière », Zoom sur les communautés nouvelles et leurs
1000 adresses, supplément no 190, décembre 2000). Il est vrai que le
terme de « communauté » prend un sens très large et qu’il comprend
des formes de vie extrêmement variées, avec de très nombreuses finalités.
Ce livre témoigne ainsi, en plus de son utilité obvie, que, dans notre
Eglise, à côté de bien des signes d’épuisement, il y a une merveilleuse
fermentation de vie. Prière, communion, évangélisation sont les traits
dominants de cette vie communautaire, souvent greffée sur des charismes
plus anciens, et où le radicalisme évangélique trouve des expressions
toujours renouvelées. — H. JACOBS, S.J.

SECONDIN, B., La règle du Carmel. Un projet spirituel pour aujourd’hui,
Paris, Parole et Silence, coll. « Grands Carmes », 2005, 14 x 21 cm,
230 p., 18,00 €

Traduisant le texte latin officiel que toute la Famille du Carmel utilise, le
texte français de la Règle précède ici le texte latin lui-même, avant la préface
du P. Secondin qui introduit son travail de redécouverte de ce chef d’œuvre ancien, dans l’orbite du Centre d’études d’histoire de la spiritualité
de Nantes. à l’origine, le patriarche Albert de Jérusalem donnait,
sous forme de lettre, quelques principes (vitae formula) aux ermites qui
habitaient « près de la source du Mont Carmel » ; nous ne connaissons
plus la rédaction originale du XIIIe siècle qu’à travers des transcriptions
du XIVe— assez pour comprendre que ces pèlerins laïcs désireux de s’installer
en Terre sainte rêvaient d’une refondation de l’expérience chrétienne
originelle (48). Le patriarche de Jérusalem leur offrit un projet global
que le transfert en Europe révéla modulable. Pour l’auteur, c’est dans
le chapitre 14 de la règle approuvée, qui traite de l’oratoire et de l’eucharistie,
que réside la clé de sa nouvelle interprétation (65) ; en fait, les chapitres
10-15, puis 16 et 17 (sur le jeûne et l’abstinence) doivent être entendus
comme un rappel de la communauté apostolique (74). On peut
alors comprendre que « tout est enraciné dans la Parole » (90) et qu’il s’agit
moins d’imiter le Christ que de le suivre (dans un itinéraire ouvert et dynamique,
plus que dans un littéralisme géographico-religieux). En conséquence,
l’identité carmélitaine est une identité en chemin, et la fraternité
des ermites représente une ecclésiologie alternative (« ils croyaient
en une église-communion, pauvre et libre », etc. [140 ; voir aussi 154]).
Des discernements personnels et communautaires s’imposent, en revenant
au modèle apostolique oublié de Paul (chapitre 20 de la Règle), c’està-
dire à sa façon de travailler et de prêcher ; il s’agit aussi d’expliquer (très
joliment) pourquoi les noms d’Elie et de Marie sont absents du texte fondateur.
En conclusion demeure l’icône biblique des puits à creuser (Gn
26, 17-33), plutôt que l’acharnement à conserver, comme les bergers de
Jacob, des puits contestés. Une bibliographie « essentielle » suit, puis la
Lettre circulaire des Supérieurs généraux célébrant en 1997 les 750 années
de l’approbation d’une Règle qui semble avoir encore de beaux jours
interprétatifs devant elle. — N. HAUSMAN, S.C.M