Recensions parues dans ce numéro…

Fondements

MUNSTERMAN, H., Marie corédemptrice ? Débat sur un titre marial controversé, Paris, Cerf, 2006, 14,5 x 23,5 cm, 104 p., 16,00 €.

En moins de cent pages (sans compter l’excellente bibliographie), le directeur du Centre théologique de Meylan nous offre un dossier substantiel sur une question débattue, et qui risque de refaire bientôt l’actualité : faut-il, avec le groupe Vox populi Mariae Mediatrici, militer pour
la proclamation d’un cinquième dogme marial qui proclamerait « Marie, corédemptrice, médiatrice et avocate », à la suite des apparitions mariales d’Amsterdam (reconnues en 2002) ? Ou bien, avec la Déclaration du Congrès mariologique international de Czestochowa (1997), considérer ces titres comme « ambigus » ? Centrée sur le seul titre de « corédemptrice », l’étude explore les fondements récents de la spiritualité mariale, à commencer par les choix mariologiques du concile de Vatican II (chapitre Ier), puis elle s’intéresse à la naissance, au développement et à l’interprétation du titre, à partir du Nouveau Testament (chapitre II). Le dernier chapitre recense dix arguments contre (chapitre III) : si le titre de « corédemptrice » n’est pas hérétique, il reste à déconseiller, parce qu’il relève d’une terminologie ou d’une systématique inadaptées — alors que l’idée d’une coopération mariale (dixit Rahner) est essentielle pour la théologie catholique. On saura gré à l’auteur d’avoir terminé, comme en surcroît, sur les aspects œcuméniques de cette délicate question. — N. HAUSMAN, S.C.M.

Histoire

DE VOGÜÉ, A., Histoire littéraire du mouvement monastique dans l’Antiquité. Première partie : le monachisme latin, Paris, Cerf (coll. « Patrimoine christianisme »), 2006, 14,5 x 23,5 cm, 368 p., 45,00 €.

Nous voici au dixième volume de cette saga, consacré dans sa « première partie », au monachisme latin de Grégoire de Tours, Fortunat, Grégoire le Grand et Colomban, autour de 600. Comme d’habitude, on lit tout, et on admire qu’un pareil travail, achevé par des tables si précises, nous conduise, après cent pages dédiées en gros à Grégoire de Tours, à deux monuments : Grégoire le Grand, en un peu plus de cent pages (dont soixante pour les Dialogues) et Colomban, en deux cents pages, les plus neuves pour nous. La Règle des moines, les deux états de la Règle conventuelle, le Pénitentiel, les Lettres, et l’œuvre anonyme du milieu colombanien forment une autre interprétation de Benoît et de Cassien, sous le pontificat même de Grégoire. La question n’est pas tant de savoir pourquoi les sœurs dorment deux par deux ou font trois confessions quotidiennes et pourquoi chaque moine porte sur lui l’hostie consacrée (postface), mais de pressentir la rencontre pacifique, sur le continent, de la tradition irlandaise et de l’influence italienne ; ce sera pour le volume suivant. — N. HAUSMAN, S.C.M.

DESTIVELLE,H., Le concile de Moscou (1917-1918). La création des institutions conciliaires de l’Eglise orthodoxe russe, Paris, Cerf (coll. « Cogitatio Fidei » 246), 2006, 13,5 x 21,5 cm, 505 p., 44,00 €.

La fièvre qui n’allait cesser d’agiter le corps immense de la Russie, de la révolution de 1917 à l’implosion de 1991, a pu laisser dans l’ombre un événement majeur de l’histoire de l’Eglise orthodoxe, le concile de Moscou de 1917-1918. Longuement préparé dans une situation politique incertaine et soumis très vite aux pressions du nouveau pouvoir soviétique, ce concile, se référant aux Pères de l’Eglise, nous a laissé, de façon ample et sereine, un témoignage important de l’ecclésiologie orthodoxe, dont certains accents ne manquent pas d’intérêts au vu de la situation ecclésiale contemporaine, notamment la conception d’un principe conciliaire, prônant la participation des laïcs à tous les niveaux de la vie de l’Eglise. Avant de donner une traduction de l’ensemble des décrets et du règlement du concile, l’A. expose la situation de l’Eglise russe en 1905. « L’Eglise est paralysée depuis Pierre le Grand… ! », avait écrit Dostoïevski ; en 1721, en effet, le tsar réformateur remplaça l’institution patriarcale par un « Très Saint-Synode », conçu comme une sorte de sénat représentant les différentes classes du clergé, dont les décisions étaient prises à la majorité et soumises à l’approbation d’un « haut procureur » laïc, ministre du gouvernement, veillant au bon fonctionnement de l’institution comme aux intérêts de l’Etat. Il faut cependant nuancer l’affirmation ; la pensée vigoureuse des derniers philosophes religieux orthodoxes, ainsi que des courants mystiques, révèlent une vitalité certaine ; en témoigne encore le travail important accompli par les commissions préparatoires sous un pouvoir indécis, craintif et contraint, sous la poussée même des courants révolutionnaires comme d’un désir de réformes dans l’Eglise, de convoquer enfin une assemblée qui n’avait pu avoir lieu pendant toute la durée de la période synodale. L’A. présente encore, en examinant la réception du concile, les réflexions de N. Afanassief sur les conceptions démocratiques à l’œuvre dans le concile ; celles de A. Schmemann sur la tentation de séparer le temporel et le spirituel, celles de J. Meyendorff sur les rapports entre Eglise et Etat. Critiques qui toutes trois soulignent une continuité avec la période synodale, qui sera exploitée par le nouveau pouvoir soviétique. G. Florovsky mettra en avant la recherche spirituelle inquiète qui traversait alors la société russe, dont Raspoutine demeure une figure emblématique et que le concile n’aurait pu aborder qu’à travers les réflexions de structure, qui viennent d’être rappelées, tout en permettant un engagement nouveau par rapport à l’époque synodale : le patriarcat ne fut pas tant rétabli que recréé. Une des décisions majeures du concile fut en effet le rétablissement du patriarcat ; de tendance principalement conciliaire et représentative, l’assemblée a pris cette décision, non selon un projet conçu dès le départ, mais sous la pression des événements révolutionnaires. Il en résultera un équilibre propre respectant une certaine représentativité et le pouvoir d’ordre des évêques. Cette première traduction des Actes du concile de 1917, les introductions et commentaires de l’auteur, nous offrent en langue française un instrument privilégié pour connaître l’Eglise chrétienne de l’Est de l’Europe. — J.-M. GLORIEUX, S.J.

Prière et liturgie

GRÜN, A., Vous êtes une bénédiction, Paris, Salvator, 2006, 11,5 x 21 cm, 157 p., 11,00 €.

L’A., bénédictin allemand, nous fait part de son expérience de la bénédiction, et il nous en indique le sens : loin d’être de la magie, la bénédiction est comme une intrusion de la vie divine dans notre quotidien. Lorsqu’elle est dirigée vers une personne, la bénédiction affecte la situation dans laquelle cette personne se trouve… et éventuellement elle la libère de ce que cette personne considère peut-être comme une malédiction. Lorsque c’est un objet (croix, cierge, bague, chapelet, etc.) qu’il est appelé à bénir, l’A. entend que cet objet devienne porteur des paroles très individualisées que, au nom de Jésus, il prononce. Après avoir consacré un chapitre à la manière dont la Bible conçoit la bénédiction (Adam, Abraham, Jacob, Elisabeth, Siméon, etc.), l’A. propose alors et commente diverses formes de bénédiction rencontrées dans la liturgie et dans la piété populaire : la bénédiction sur l’eau (des bénitiers), les cendres, le cierge pascal, la maison, les champs (lors des rogations), les divers signes de croix (sur le front, sur le pain, etc.) et les diverses impositions des mains, le bénédicité. En conclusion : chaque chrétien qui s’inspire de la conduite évangélique du Christ bénisseur peut devenir pour ses frères un agent de bénédiction. — P.DETIENNE, S.J.

BARONI, L., FLORET, M., LAPOINTE, G. (dir.), Oser le dire. Prières de vie et d’engagement, Montréal–Bruxelles, Novalis–Lumen vitae, 2006, 14 x 21,5 cm, 128 p., 15,00 €.

Le présent ouvrage rassemble d’intéressantes suggestions pour une « liturgie d’engagement » élaborée selon un schéma quadripartite (prier, célébrer, chanter, réfléchir) autour de cinq thèmes qui illustrent le combat non violent pour la justice et le dialogue interreligieux : solidarité ; création ; paix et violence ; femmes ; spiritualités. Nous y trouvons, à côté de prières désormais classiques (Martin Luther King, Dom Herder Camara, J. Gaillot, L. Senghor) de beaux textes composés à l’occasion de divers rassemblements : paraphrases actualisées du Pater, du Credo, du Confiteor, quelques litanies, des intercessions, deux chemins de croix, « Dieu de ceux qui luttent […] Donne-nous des Eglises plus courageuses que prudentes. » Avec une touche de féminisme : « Dieu/e est assise et pleure. » Les éditeurs, canadiens, invitent les lecteurs à composer eux-mêmes des formules adaptées à leur situation. — P. DETIENNE, S.J.

Patristique

ÆLRED DE RIELVAUX, Homélies sur les fardeaux selon le prophète Isaïe, Oka (Québec), Abbaye Notre-Dame-du-lac (coll. « Pain de Cîteaux », 25), 2006, 15 x 20 cm, 439 p., 23,00 €.

Rédigés avec un art raffiné par Ælred de Rielvaux (1110-1167) dans les dernières années de sa vie, inspirés du Sur Isaïe de saint Jérôme, émaillés d’innombrables citations bibliques et de références à la règle de saint Benoît, ces 31 sermons, présentés comme quotidiens, nous offrent un commentaire continu des oracles (onus, fardeau) prophétisés contre Babylone, les Philistins et Moab dans les chapitres 13 à 16 d’Isaïe. Leur sens littéral se prolonge en des harmoniques allégoriques (histoire du salut), tropologiques (vie morale et spirituelle du chrétien), eschatologiques (promesses du salut). La lune symbolise la foi ; le soleil, l’amour…, les autruches sont les hypocrites, les chats-huants sont les calomniateurs…, mais n’oublions pas cependant qu’une autre interprétation est possible : les maîtres des nations, forces du bien, deviennent dans le sermon suivant forces du mal. Les Philistins sont les juifs, coupables du meurtre du Christ (Samson) : toute la cité de Dieu déplore leur ruine et aspire à leur conversion. Les accents triomphalistes concernent surtout les philosophes grecs : « les voilà tous méprisés, désertés, incapables de renverser la simplicité chrétienne […] les saints sont remplis de compassion envers eux. » Les introductions aux sermons et les notes infrapaginales, parcimonieuses en ce qui concerne l’histoire (qui sont Cuthbert, Wilfrid, Dunstan ?), ainsi que les index biblique et thématique, sont de la main du traducteur, moine de Taizé. — P. DETIENNE, S.J.

Prière et liturgie

LOUF, A., L’œuvre de Dieu, un chemin de prière, Paris, Lethielleux, 2005, 11,5 x 19 cm, 176 p., 16,00 €.

La prière liturgique (Opus Dei), entendue comme prière vocale, est un des chemins du cœur à cœur de la prière intérieure (ou mentale, ou spirituelle) et n’est pas la spécialité des moines, même si « d’autres ferveurs se sont réveillées dans l’Eglise » (21). C’est la thèse de ce petit ouvrage, limpide à souhait, qui interroge la pratique liturgique traditionnelle : Le livre des degrés (prémonastique), les Pères du désert, la règle bénédictine, et le bienheureux Jan Ruusbrœc, « qui s’est livré à une description étonnamment précise du passage de la louange liturgique à l’expérience proprement mystique » (23). Déjà chez Cassien, la science spirituelle consiste en une connaissance de plus en plus approfondie des Ecritures, avec cette doctrine des « quatre sens », où l’anagogie transporte aux choses invisibles (71). En fait, il s’agit toujours de se rendre de plus en plus attentif à la liturgie que le Saint-Esprit célèbre dans nos cœurs (84) ; ou encore, « au cœur même de la louange, suscités et entraînés par un mystérieux « toucher » intérieur […], l’action de l’Esprit nous enlève à nous-mêmes et à notre activité naturelle, pour nous unir plus directement à la vie trinitaire » (136). Commencée dans les signes charnels, la prière ne pourra jamais être pure extériorité (pharisaïque), ni pure intériorité (faux mysticisme), mais, comme la Parole de Dieu, elle se fait publique et privée, vocale et secrète, rituelle et charismatique…, bref, « signe sensible, doué d’une merveilleuse densité spirituelle » (conclusion). Un très beau parcours, et de grands textes, pour une vérité très ancienne. — N. HAUSMAN, S.C.M.

Questions

MARTIN-VALAT, P., Symboles bibliques en littérature, Paris, Cerf (coll. « Initiations bibliques »), 2006, 13,5 x 21,5 cm, 192 p., 21,00 €.

Parcourir les quatorze thèmes retenus, de la Lumière à l’Innocent, en passant par les épiphanies végétales, l’Exil, les Noces, etc., c’est voyager dans les symboles fondamentaux de la mythologie générale, tels que la Bible, puis la littérature, les illustrent. Une traversée que l’auteur voudrait voir se prolonger, pour que la double source où s’abreuvent écrivains et poètes (les textes bibliques, l’Antiquité gréco-latine) se découvre à ceux qui s’y désaltèrent sans le savoir. — N. HAUSMAN, S.C.M.

RUEG, J.-G., Le cinéma en quête de sens, Toulouse, Ed. du Carmel, 2006, 14 x 21 cm, 192 p., 15,00 €.

« Il faut apprendre à lire un film […] le cinéma, comme tout art, doit pouvoir, par le langage qui lui est propre, nous faire passer du monde des sens à celui du sens […]. » Cette conviction anime l’auteur, dominicain, qui nous présente, dans une sorte de « ciné-club » (préface d’I. Jacob),
les quatorze films que, au prix de grands renoncements, il a retenus. Qu’il suffise de les énumérer, dans l’ordre choisi : The Truman show, Elephant man, La vie est belle, Citizen Kane, Trois couleurs : Rouge, L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux, La Strada, Ma nuit chez Maud, Les fraises sauvages, Eyes wide shut, Le goût des autres, Le dictateur, Pierrot le Fou, et, last but not least, Le festin de Babette. Dans le langage du septième art, une contre-plongée vers l’infini. — N. HAUSMAN, S.C.M.

Spiritualité

FOUCAULD, Ch. (de), L’Esprit de Jésus, Montrouge, Nouvelle Cité, 2005, 13 x 20 cm, 341 p., 25,00 €.

Un recueil de plusieurs séries de méditations composées par Ch. de Foucauld en divers temps et lieux. A la Trappe en 1896, il relève systématiquement tous les textes des quatre évangiles où Jésus s’exprime sur la prière : le ton est didactique, ponctué d’exhortations à la première personne du pluriel. On y trouve aussi quelques prières directes, telle celle désormais connue sous le titre de Prière d’abandon (p. 122). A Beni Abbès en 1905, il médite pendant un mois, jusqu’au Mercredi des Cendres, sur la fuite en Egypte : « Voilà déjà trois semaines que dure votre pénible marche d’hiver […]. Vous approchez sans doute de la frontière d’Egypte […] le vent froid empêche votre pauvre feu de s’allumer […]. » Puis pendant un mois encore, jusqu’au Samedi saint, il médite sur les dernières semaines de Jésus à Ephrem. La structure, ternaire, est toujours la même : « Mon Dieu, je vous adore […]. Cœur sacré de Jésus, merci […]. Mon Dieu venez en moi […]. » Il invoque dans le même souffle la Vierge et Magdeleine : elles restent près du Christ tandis qu’il prie la nuit et que les apôtres dorment. Certaines méditations sont composées uniquement de textes d’Evangile. — P. DETIENNE, S.J.

FOUCAULD, Ch. (de), Méditations sur les Psaumes, Montrouge, Nouvelle Cité, 2002, 13 x 20 cm, 435 p., 25,00 €.

Nazareth, 1897. Ch. de Foucauld consacre sa prière vespérale à la méditation systématique du psautier : il le parcourt, jusqu’au Psaume 116, à raison d’un demi-Psaume par jour, quelle qu’en soit la longueur (de 2 à 72 versets). Qu’en retenons-nous ? D’innombrables effusions pieuses sans souci d’exégèse (« Mon Dieu, que vous êtes bon ! ») ; de nombreuses références à l’enseignement de Thérèse d’Avila ; de très belles pages sur l’abjection et sur la conformité à la volonté de Dieu, qui n’empêche pas de souffrir des douleurs des autres ; quelques souvenirs émouvants (« Avec quelle joie je récitais jadis ce psaume en chœur ! ») ; divers examens de conscience (« J’ai dormi à l’église […] ce matin je ne me suis pas levé assez vite ») ponctués d’interventions du Christ (« Dis bien tes prières […] mange très peu le soir » !). Que quelques phrases étonnantes (« Repoussez les ennemis de l’Eglise : que leur désastre soit sept fois plus grand que les maux qu’ils lui ont infligés » !) ne nous fassent pas oublier l’essentiel : « Jouissons de ce que Dieu est Dieu […]. Réjouissons-nous des joies de Jésus ». — P. DETIENNE, S.J.

SŒUR GENEVIÈVE, Le trésor de la prière à travers le temps, Paris, Cerf, 2006, 13,5 x 19,5 cm, 165 p., 18,00 €.

Le florilège ici présenté relève du choix personnel de l’auteur, moniale dominicaine. La plupart des oraisons qu’elle rassemble sont adressées à Dieu ou au Christ ; deux d’entre elles invoquent la Vierge. L’index des thèmes indique les sujets les plus fréquemment abordés : le désir, la confiance, le pardon. Parmi la cinquantaine d’orants (dont sept orantes) retenus dans la sélection, un bon nombre sont des écrivains : Pascal, Léon Bloy, Claudel, Saint-Exupéry… Le hasard de la chronologie fait côtoyer le curé d’Ars et le cardinal Newman. Le recueil inclut des prières non seulement protestantes (Kierkegaarrd, Hammarskjöld…) ou orthodoxes (Soljénitsyne, le seul orant non décédé), mais également sumériennes, assyriennes, esséniennes. Son œcuménisme ne s’étend pas au monde hindou ou musulman. Recommandé. — P. DETIENNE, S.J.

GIRE, P., Maître Eckhart et la métaphysique de l’Exode, Paris, Cerf (coll. « Patrimoines christianisme »), 2006, 14,5 x 23,5 cm, 420 p., 45,00 €.

Pierre Gire publie un extrait de sa thèse de doctorat en philosophie, datant de 1989, où il étudie, en trois parties, le dynamisme spéculatif de Maître Eckhart tel qu’il se déploie dans son Commentaire du Livre de l’Exode, l’une de ses œuvres majeures et, peut-on dire, très représentative de sa pensée. Le langage du Maître rhénan convient au mouvement propre de la Déité, lequel consiste en son auto-manifestation par la médiation du Verbe, de sorte qu’il y a entre l’âme et Dieu une identité ou continuité ontologique. En même temps, pour exprimer mystiquement la percée de l’âme dans la Déité — ce qui constitue l’intentionnalité ultime de l’œuvre étudiée — Maître Eckhart, lecteur priant de l’Ecriture dans la Tradition, mobilise toutes les ressources du langage à sa disposition, et mêle consciemment l’exégèse, la théologie, la métaphysique et la spiritualité. La première partie du livre s’occupe donc de déceler dans l’œuvre les différents niveaux du langage selon leur ordre de dépassement progressif. La deuxième partie s’intéresse de plus près au dynamisme de l’Absolu-Principe dans la métaphysique eckhartienne. Celle-ci ouvre en effet un horizon d’intelligibilité à la mystique, en recourant à différents modèles de l’Absolu, empreints de thomisme (l’Absolu comme Etre), de néoplatonisme (l’Absolu comme Un), le modèle le plus dynamique étant celui de l’Absolu comme Intellect (en référenc au Verbe divin). Dans la dernière partie, qui représente la moitié du livre, Pierre Gire aborde la dimension mystique de la doctrine eckhartienne, étant compris que la dialectique de la percée de l’âme en Dieu couronne l’enseignement du Maître spirituel, et constitue sa plus grande originalité, controversée comme on le sait. Ce livre, au contenu dense, offre au public francophone une occasion précieuse d’étudier d’une manière approfondie, et sans en contourner la complexité, la doctrine eckhartienne telle qu’elle s’élabore autour du Nom révélé : Ego sum qui sum. — M.-G. LEMAIRE.

VANNIER, M.-A. (dir.), La naissance de Dieu dans l’âme chez Eckhart et Nicolas de Cues, Paris, Cerf (coll. « Patrimoines christianisme »), 2006, 14,5 x 23,5 cm, 188 p., 24,00 €.

Marie-Anne Vannier rassemble dans cet ouvrage les avis de dix spécialistes (elle comprise) d’Eckhart, à l’occasion de la découverte faite par G. Steer d’un traité de Maître Eckhart sur la question de la filiation divine comprise comme la naissance de Dieu dans l’âme. Le livre propose en particulier de considérer l’influence du Maître chez Jean Tauler, Nicolas de Cues et Michel Henry. Ces auteurs se fondent comme le Maître thuringien sur le prologue de saint Jean pour approfondir ce qu’il en est de cette « naissance de Dieu dans l’âme », sujet qui constitue véritablement le cœur de la théologie eckhartienne — et non le détachement, comme il a longtemps été dit. Le thème choisi concentre en effet toute la christologie d’Echkart et sa théologie trinitaire aussi bien que sa théologie de l’être humain à l’image de Dieu, par rapport à quoi le détachement n’est que la condition à tenir pour entrer progressivement dans le point de vue de l’éternité, de la pure nature divine. C’est ce que les trois auteurs ont su comprendre et développer dans leur pensée propre : Tauler, en traitant notamment de la transformation ontologique de l’agir humain ; Nicolas de Cues, avec la notion de christiformitas ; et Michel Henry, en découvrant la phénoménologie de la vie. — M.-G. LEMAIRE.

DAUZET, D.-M., La mystique bien tempérée. Ecriture féminine de l’expérience spirituelle. XIXe-XXe siècles, Paris, Cerf, 2006, 13,5 x 21,5 cm, 381 p., 39,00 €.

L’A., religieux prémontré, étudie le récit de l’expérience spirituelle à travers quelques échantillons d’écriture féminine, arbitrairement choisis : des documents confidentiels (journal intime, compte de conscience, correspondance…) non destinés à la publication, datant des cent années qui ont précédé Vatican II. Leurs auteurs : Marie-Aimée de Jésus Quoniam et Elisabeth de la Trinité, carmélites ; Marie Odiot de la Paillonne, fondatrice norbertine ; Cécile Bruyère, abbesse bénédictine ; Elisabeth Leseur, Jeanne Schmitz-Rouly et Camille C. (correspondante de Caffarel), mariées ; Mary Kahil (âme-sœur de Massignon), célibataire. L’A. tente d’approcher l’indicible expérience mystique, inadéquatement exprimée dans sa relation littéraire : un langage codé qu’il s’agit de décrypter, et qui recourt fréquemment à des oxymores : lutterepos, lumière-aveuglement, amertume-joie. Il en décrit le contexte : souffrance, solitude, désolation (maladie de l’âme, normale et bénéfique). Il relève l’importance de la médiation masculine : recherche de conseils chez un directeur spirituel, exigence de discernement, soumission libératrice… Un chapitre spécial est consacré aux peines intérieures (alias aridité) dans les circulaires nécrologiques carmélitaines.
— P. DETIENNE, S.J.

Témoins

ROSSIGNON, G., La voix de Dieu. Genèse de la mission de Jeanne d’Arc, Paris, Ed. de l’Emmanuel, 2004, 13 x 21 cm, 158 pages, 13,00 €.

« Quelle a été la vie quotidienne de Jeanne d’Arc depuis sa naissance jusqu’à son départ à Vaucouleurs ? Quelle formation humaine, familiale, paroissiale, villageoise a-t-elle reçue au cours des années passées à Domremy ? Comment est apparue en elle la conviction qu’elle avait une mission à remplir et en quoi consiste-t-elle ? Quelle est cette « Voix » liée à sa vie et comment l’expliquer ? » A toutes ces questions, l’auteur répond avec la sagacité de l’historien et la « perspicacité » du théologien (le mot est de Mgr P.-M. Guillaume, qui signe la préface, et c’est ce que R. Pernoud redit à son tour, en postface). « Car on ne peut comprendre Jeanne sans tenir compte de sa vie spirituelle. A celle-ci est liée la « Voix » » (107). Située dans le cadre du « prophétisme féminin », la mission de Jeanne fut donc spirituelle d’abord (selon les importants chap. V et VI) : à sa base, « une parole substantielle » qui lui donne de vivre de
plus en plus intensément sa vie chrétienne ; dans ce cadre, la mission de faire valoir les droits de Dieu s’accompagne de signes annoncés ; la « Voix » devient présence à ses côtés et message d’encouragement, de soutien et d’espérance (145). Selon l’hypothèse de l’auteur (138), ce qu’on attendait de Jeanne ne pouvait correspondre à ce qu’elle apportait, sa liberté de baptisée habitée par l’Esprit et fidèle à sa conscience (151). Une très belle étude, qui mériterait d’être portée plus loin (on notera que la note 2 de la p. 74 se trouve p. 78). — N. HAUSMAN, S.C.M.

MONTAGNES, B., Marie-Joseph Lagrange. Une biographie critique, Paris, Cerf (« Histoire. Biographie »), 2005, 14,5 x 23,5 cm, 625 p., 49,00 €.

Beaucoup plus complet que Le Père Lagrange au service de la Bible publié naguère par le père P. Benoît (Cerf, 1967), le présent ouvrage suit, d’époque en époque, la chronologie du très éprouvé fondateur de l’Ecole biblique de Jérusalem et orne chaque chapitre d’un précieux dossier documentaire. Ces textes authentiques font déjà le prix d’un travail qui mentionne, pour finir, ses sources archivistiques et bibliographiques, avant l’index des noms de personnes. Le profil humain et spirituel sur lequel l’étude se termine vaut aussi à lui seul le détour ; mais c’est tout le livre qui permet de méditer les aléas d’une existence de part en part ecclésiale, et l’impressionnante constance du savant dominicain : en acceptant de faire passer la Bible au feu de la critique historique, Lagrange s’exposait au zèle qui faillit l’emporter (interdiction et réprobation ne lui ont pas manqué), mais aussi aux défaillances qui l’ont atteint jusqu’en sa vieillesse — l’exégèse catholique vit aujourd’hui grâce à de tels tourments. — N. HAUSMAN, S.C.M.

BRION, E., Eustache van Lieshout. Des verriers wallons aux chercheurs d’or du Brésil, Namur, Fidélité (coll. « Sur la route des saints » 25), 2006, 12 x 19 cm, 93 p., 5,95 €.

L’auteur, père des Sacrés-Cœurs, nous offre ici une biographie sommaire d’un membre hollandais de sa congrégation, récemment béatifié, Eustache van Lieshout (1890-1943), missionnaire au Brésil. Son ministère de prédicateur et de confesseur, son zèle à endiguer l’hérésie du spiritisme, et sa réputation de faiseur de miracles, obtenus à l’aide d’eau de Lourdes et d’une relique (authentifiée, nous assure-t-on) de saint Joseph, attirent et édifient de grandes foules, ignorantes et superstitieuses. Il écrit à sa famille : « Chaque jour il y a des milliers de malades qui me rendent visite, et je reçois des centaines de lettres qui me demandent une prière. Dieu m’a donné beaucoup de grâces à distribuer à mon prochain. » Il meurt à l’âge de 43 ans, emporté par un typhus exanthématique. Le quartier de Belo Horizonte (dans l’état de Minas Gerais) où il a œuvré a été officiellement rebaptisé Padre Eustaquio. — P. DETIENNE, S.J.

BOUCHARD, F., Sainte Bernadette. La voie de la simplicité (1844-1879), Paris, Salvator, 2006, 14 x 21 cm, 276 p., 19,90 €.

Une habituée des biographies des saints nous offre ici, en plus de huit illustrations hors-texte, une nouvelle vie de Bernadette, précédée d’une « préface croisée » (un dialogue entre Mgr F. Deniau, évêque de Nevers et Mgr J. Perrier, évêque de Lourdes), suivie d’une postface de F. Vayne (directeur de Lourdes Magazine) et clôturée par un épilogue de Sœur Elisabeth de Tonquédec (Sœurs de la Charité de Nevers). Le corps de l’ouvrage se lit agréablement et, s’il n’apprend rien de neuf aux connaisseurs (la bibliographie donne les ouvrages essentiels), il permet de revenir sur plus d’un moment savoureux (comme lorsque la Dame répond : « ce que j’ai à vous dire, il n’est pas nécessaire que je le mette par écrit », 88). La ferme simplicité de Bernadette témoigne, tout au long d’une vie marquée par l’exclusion, que « rien n’est jamais perdu : Dieu s’inquiète des plus petits » (10). — N. HAUSMAN, S.C.M.

DESCOUVEMONT, P., Thérèse. Quelques secrets de la joie, Paris, Cerf, 2006, 14,5 x 21,5 cm, 348 p., 25 €.

Ce recueil, qui porte le nom de Thérèse de Lisieux, se présente si agréablement, grâce à la plume de sœur Françoise-Emmanuel, moniale bénédictine, qu’on ne sait plus si on le feuillette pour Thérèse ou pour son illustratrice… ou pour tous les autres qui sont aussi présents, de Senèque au cardinal Poupart en passant par la reine Fabiola (voir l’index des noms). Conçu comme une sorte d’album des limites (on commence par le mal de vivre, l’absence de motivation, le passé accablant, les tentations trop fortes…), l’ouvrage passe de ce « regard sur ma vie » au « regard sur les autres » (qui m’agacent, me font perdre du temps, m’empêchent d’être heureux…), puis à l’orientation vers Dieu, qui ne semble pas plus tonique (les communions stériles, l’au-delà problématique, la peur du jugement…). Mais, à chaque fois, c’est un petit traité de l’espérance qui nous est spirituellement livré, et parfois de manière vraiment étincelante (ainsi dans le chapitre intitulé « Le désir lancinant d’un amour authentique »). Une jolie façon de savourer les diverses facettes de la Bonne nouvelle, « toutes indispensables à l’invasion de la joie dans notre vie » (335). — N. HAUSMAN, S.C.M.

MARIEDE LATRINITÉ, Frère Dominique, Paris, Cerf, 2006, 13,5 x 19,5 cm, 245 p., 25,00 €.

Saint Dominique n’ayant rien écrit, c’est vers les témoins de son procès de canonisation (en 1233, douze ans après la mort du saint) que l’auteur, dominicaine missionnaire des campagnes, se tourne pour nous le présenter. Elle cite huit dominicains de Bologne, où il est décédé, et unevingtaine de religieux et de laïques de Toulouse, où il a débuté son apostolat. Elle organise arbitrairement les témoignages selon les sept demandes du Notre Père. De nombreux passages sont cités à l’identique, à plusieurs reprises. Il se montrait aimable aux juifs et aux infidèles ; il était aimé de tous… sauf des hérétiques dont il était un « persécuteur assidu ». Il passait ses nuits à l’église et il s’endormait au réfectoire : ses gémissements (« Que vont devenir les pauvres pécheurs ? ») réveillaient ses frères dans leurs cellules. Il punissait sévèrement leurs fautes, tout en restant patient et doux. Il refusait les aliments cuits avec de la graisse. Il ne possédait qu’une seule tunique, rapiécée. En voyage à travers bois, il priait à genoux, sans crainte des loups affamés. Il déambulait pieds nus et dormait tout habillé sur une claie ou sur une chaise, mais jamais dans le lit qu’on lui avait préparé. Nous ignorons totalement le sujet de ses « très beaux et très touchants sermons ». Parmi d’innombrables généralités (amant de la pauvreté, joyeux dans les tribulations…) émerge un exemple concret : des frères ayant, en son absence, exhaussé quelques cellules d’un bras, il leur ordonna de laisser inachevés les travaux entrepris. Epinglons les témoignages toulousains, particulièrement savoureux : « J’ai trouvé mouillé de larmes le lieu où il avait prié… Je lui ai tissé des cilices en poils de chèvre et de sanglier. » — P. DETIENNE, S.J.

PELON, R., Invitation à la contemplation. Vie et choix de textes du père Pierre-Thomas Dehau, dominicain, Paris, Cerf, 2006, 13,5 x 19,5 cm, 264 p., 25,00 €.

Pierre-Thomas Dehau, o.p. (1870-1956), père spirituel des Maritain, était malvoyant : il n’a rien écrit. Les ouvrages publiés sous son nom (Des fleuves d’eau vive ; En prière avec Marie ; Famille et Sainte Famille…) sont des retranscriptions d’enseignements oraux, spécialement destinés à des âmes consacrées. Un membre de sa famille en publie aujourd’hui des extraits, qu’il enrichit d’une note biographique et de quelques témoignages : « Il faut avoir souffert pour être consolé […]. », « Notre pain quotidien, nous ne devons le désirer qu’en quatrième lieu […]. » « Je suis plus certain de Dieu que de moi […]. » — P. DETIENNE, S.J.

CAVALLINI, G., Les « fioretti » de saint Martin de Porrès, apôtre de la charité, Paris, Cerf (coll. « Trésors du christianisme »), 2006, 13,5 x 19,5 cm, 308 p., 27,00 € (Témoins).

Cette « biographie officielle de l’Ordre des prêcheurs » reproduit la première édition de 1957 et une bibliographie de la même époque. Une merveilleuse histoire nous est ainsi contée, qui voit le petit mulâtre devenir apprenti barbier, puis frère, tandis que le service des pauvres occupe toute sa vie, autant d’ailleurs que la prière et les dures macérations. Pour édifiante et bien écrite qu’elle soit, cette vie d’anthologie mériterait de passer au creuset de la critique, pour que la haute figure du saint péruvien (mort en 1639, béatifié en 1837, canonisé en 1962) paraisse dans toute sa vigueur à nos contemporains. — N. HAUSMAN, S.C.M.

CLAPIER, J., Elisabeth de la Trinité. L’aventure mystique, Toulouse, Ed. du Carmel (coll. « Recherches carmélitaines »), 2006, 15 x 24 cm, 836 p., 39,00 €.

Le centenaire de la mort de la Bienheureuse Elisabeth de la Trinité fut l’occasion de ce volume dont la richesse en fait une véritable « somme » des études élisabéthaines. Avec la récente biographie de la Bienheureuse par le P. C. De Meester, nous disposons désormais de deux ouvrages incomparables pour approfondir « les sources », « l’expérience théologale » et « le rayonnement pastoral » de la carmélite de Dijon en son aventure mystique. Les vingt-neuf contributions que contient le livre que nous présentons forment une ample synthèse où sont analysés les influences qui l’ont marquée, les points fondamentaux de son message et ses apports les plus caractéristiques à la vie de l’Eglise. On appréciera l’examen des sources pauliniennes et johanniques de sa pensée théologique. On y découvrira, plutôt que l’ensemble du matériau biblique auquel elle se réfère, comment, en elle, retentissait la Parole. Sait-on qu’Elisabeth fréquentait aussi avec ferveur les écrits de Ruusbroec ? Le mystique brabançon l’a aidée à reconnaître quelque chose de l’expérience spirituelle qui l’habitait et l’attirait toujours davantage au-dedans d’elle. Evidemment, Elisabeth n’a pas assimilé la puissante synthèse du mystique de Groenendael, mais elle a retenu les pages poétiques où il était parlé de l’inhabitation de laTrinité dans notre âme. Pourtant, on ne s’étonnera pas que c’est Thérèse d’Avila qui occupe la place centrale dans son esprit et dans son cœur. Avant les autres, c’est sa maman qui lui fit découvrir les trésors des écrits thérésiens dont elle ne cessa de s’imprégner. Lectrice de Jean de la Croix, Elisabeth trouva également dans le Cantique spirituel et la Vive Flamme de quoi s’exprimer à elle-même et communiquer ce qu’elle vivait. Il semble bien pourtant qu’elle n’ait que peu lu le docteur du Carmel et même qu’elle ait peiné à cette lecture. Néanmoins, Jean de la Croix l’a aidée dans la première mise en forme intellectuelle de son expérience. Avec Thérèse de Lisieux, la rencontre fut certainement profonde. C’est elle qui reflète intensément les aspirations les plus intimes d’Elisabeth. Mais celle-ci en fit une lecture très personnelle, car son charisme d’intériorité et de présence de Dieu la conduisait par une route bien distincte. Le silence, en particulier, compta beaucoup pour elle. Elle l’aima, s’y retira et s’y épanouit comme en l’espace où Dieu vient à nous. Echo de celui de Dieu, le silence, pour Elisabeth, fut silence de communion et de plénitude. Elle y vivait avec les Trois Personnes. Dans ses écrits, on se rend compte que le mystère de la Trinité l’a fascinée : il y tient une place unique. Tout au long de sa courte existence, la dévotion trinitaire fut pour Elisabeth marquée d’une intimité profonde, caractérisée par une relation vivante à chacun des Trois et le désir de la communiquer aux autres. Ces quelques évocations suffiront à montrer combien cet ouvrage nous fait mieux découvrir cette carmélite qui fut un témoin de la grâce en action. — H. JACOBS, S.J.

PETITES SŒURS DU SACRÉ-CŒUR, Un chemin avec Charles de Foucauld, Paris, Fraternité Père de Foucauld, 2006, 21 x 21 cm, 56 p.

La famille spirituelle du bienheureux Charles de Foucauld compte aujourd’hui une vingtaine de groupes, instituts religieux ou associations, qui se réclament de son expérience spirituelle. C’est en 1933 que les Petites Sœurs du Sacré-Cœur ont été fondées afin d’unir l’amour de Dieu et celui des hommes par le partage du quotidien des plus démunis et des plus vulnérables. Cette plaquette, présentée avec goût, comporte texte et photos qui nous aident à pénétrer au plus profond de l’esprit de cette Congrégation. Elle a pour mission de faire régner Jésus et la charité dans le rayonnement de sa présence eucharistique. On y découvrira la très émouvante figure de l’une des premières sœurs, Alida Capart, sœur Marie-Charles de Jésus (1885-1961), qui fut obligée de quitter l’Institut en 1936, mais le réintégra en 1953 tout en demeurant en Belgique, son pays natal. — H. JACOBS, S.J.

VIGNON, J., ORANGE,A. (d’), Bienheureux Charles de Foucauld, Etampes, Clovis (coll. « Chemins de lumière », 9 [B.D.]), 2005, 18 x 27 cm, 46 p., 7,50 €.

Réédition d’un album illustré par des images légendées, paru naguère aux éditions Fleurus-Mame, dans la collection « Belles Histoires. Belles Vies ». Certes, il s’adresse aux jeunes, mais les plus anciens goûteront volontiers ce texte soigné, ces dessins minutieux, cette BD accessible à tous, conduisant le lecteur à la suite du Bienheureux Charles à l’écoute de l’appel de l’Evangile. — H. JACOBS, S.J.

RACINET, D., Saint Dominique, le visage d’un cœur, Saint-Maurice, Ed. Saint-Augustin, 2006, 14 x 21, 143 p., 19,00 €.

L’A., dominicaine au monastère de Taulignan, présente en une sorte de lectio divina tirée des anciens documents qui le concernent, des témoignages sur le « Père des Prêcheurs ». Elle nous invite à le suivre dans la découverte du cœur de Dominique. Sa prière, sa compassion, son dévouement d’apôtre sont successivement considérés selon une répartition trinitaire qui confère à ces pages toute leur originalité. Le Christ nous y apparaît comme l’ami de Dominique et celui-ci, à l’image du Seigneur, comme l’ami des hommes. Ainsi, à son tour, comme les premières prêcheresses, l’A. atteste que la religion du P. Dominique était « toute parfumée ». — H. JACOBS, S.J.

Vie consacrée

CENCINI, A., Verginità e celibato oggi. Per una sessualità pasquale, Bologne, Dehoniane Bologna (coll. « Psicologia e Formazione » 31), 2005, 14 x 21,5 cm, 224 p., 15,00 €.

Ce livre est un ouvrage qu’il faut commencer à lire à partir de la fin. Une longue réflexion a en effet conduit l’auteur à le rédiger dans un style poétique, « afin que la virginité continue à raconter la poésie de l’amour, et à façonner en nous un cœur où Dieu puisse trouver sa demeure. Pour toujours » (p. 217). En fait, même le choix de la virginité est un choix d’amour, car « être vierge, c’est “écrire” cet amour sur sa propre chair ou bien… l’y trouver déjà gravé par un Autre » (p. 216). Tout au long de ces pages, le lien entre celui ou celle qui se consacre à la virginité et l’amour est proposé avec insistance, car l’amour demande d’être vécu selon sa propre vocation. La sexualité d’une personne consacrée n’est pas présentée seulement comme renoncement, tout à fait nécessaire et conscient, mais aussi comme manière différente d’établir des relations, vraies et profondes, surtout d’aimer ceux qui sont les pauvres d’amour et ne se sentent pas aimés. La sexualité est transfigurée en « sexualité pascale », comme le souligne le sous-titre un peu audacieux — mais d’une sainte hardiesse : c’est le mystère pascal du Christ et l’Esprit donné par le Père qui glorifient la chair, afin qu’elle puisse communiquer l’amour par tout ce que la personne est, sans se borner à l’aspect génital. Pour cette raison le don de la virginité est « pour tous » et pas seulement pour quelquesuns. Ce livre, constitué de douze chapitres, est en fait pensé comme un parcours de formation permanente pour des personnes consacrées dans le célibat, dans une sorte d’année idéale de vie pour renaître constamment au don de la virginité. Chaque chapitre reprend le même schéma : un texte bref de l’Ecriture est toujours le point de départ, suivi par la réflexion de l’auteur et des citations choisies de spiritualité patristique et moderne. En dernier lieu, une brève poésie d’un auteur peu connu, frère capucin, affirme encore que la poésie est l’instrument idéal pour décrire le chemin spirituel de la « personne vierge » (expression préférée par l’auteur pour dire « personne consacrée »). On remarquera certainement que les textes bibliques sont en majorité tirés de saint Paul et qu’un seul passage de l’Ancien Testament est présenté. Pour ce qui concerne la Tradition, le choix des textes se concentre de manière particulière sur les Pères de l’Eglise mais ensuite, sauf rares exceptions, on propose des auteurs du XXe siècle. L’auteur a déjà écrit une vingtaine de livres en italien, traduits en différentes langues, dont, en français, Les sentiments du Fils. Le chemin de formation à la vie consacrée (v. Vies consacrées, 77 [2005-1], p. 69-70). — E. BARUCCO, O.C.D.

DORTEL-CLAUDOT,M., Union, fusion, fédération et réseaux d’instituts religieux. Première évaluation et nouvelles perspectives, Paris, Médiasèvres (coll. « Cahiers de la vie religieuse » 134), 2006, 17 x 14 cm, 89 p., 8,00 €.

L’A., jésuite fortement impliqué depuis 1970 dans les questions de regroupement d’instituts religieux (presque exclusivement féminins), en décrit les diverses modalités. Après un bref coup d’œil sur la période pré-conciliaire (Union romaine des ursulines en 1899 ; Fédération des augustines de la miséricorde de Jésus en 1947), il dresse l’état de la question depuis Vatican II. Divers motifs démographiques, apostoliques, spirituels, peuvent amener une petite congrégation (de 25 à 300 membres) en quête de renouveau ou de survie à s’incorporer dans une plus grande (de 400 à 500 membres) et à créer ainsi une fusion (en droit commercial, une absorption). Depuis 1970, bravant les peurs réelles ou imaginaires, et rassurées par certaines clauses transitoires, une cinquantaine de congrégations françaises y ont eu recours. Une autre possibilité envisageable est l’union (en droit civil, une fusion) : deux instituts fondent, sur pied d’égalité, une nouvelle congrégation. Depuis 1970, dix unions, comptant chacune un minimum de 400 membres, ont été ainsi créées en France. Elles concernent une cinquantaine d’instituts, qui se réclament éventuellement d’un même fondateur, d’une même spiritualité ou d’une même mission. Une telle union est précédée d’une étape de recherche active, étalée sur deux à trois ans, qui implique une démarche de désappropriation, et qui mène à un projet de vie qui, s’il est approuvé par au moins deux tiers des membres, permettra la procédure canonique conduisant au décret d’union. Parmi les autres réseaux ecclésialement reconnus, mentionnons une vingtaine de fédérations d’instituts féminins (et une fédération d’instituts masculins) regroupés en vue de réaliser certains projets apostoliques, d’organiser des retraites, des sessions, des noviciats communs, etc. Chaque fédération est chapeautée par un conseil fédéral, avec un président et un bureau. Notons également trois confédérations : bénédictins ; chanoines réguliers de saint Augustin ; oratoire. Quant à l’agrégation, ecclésialement reconnue, d’un institut à un autre, elle constitue entre eux un lien privilégié spirituel qui ne les prive pas de leur autonomie, et qui peut soit inclure soit exclure une perspective de fusion. Restent à mentionner les réseaux non reconnus par l’Eglise : ce sont des « fédérations allégées » qui ne permettent ni noviciat commun valide ni véritable communauté inter-congrégations. — P. DETIENNE, S.J.

Vie de l’Eglise

Il Santo. Rivista francescana di storia, dottrina, arte, Centro studi Antoniani, fascicule 1-2, 2005, 17 x 24 cm, 680 p.

Deux parties d’inégales ampleurs se partagent cet imposant volume. Dans la première est présentée, grâce aux soins de Giovanna Baldissin Molli et de ses collaborateurs, la copieuse bibliographie qui couvre, durant cinq siècles, jusqu’à 2004, toute l’historiographie consacrée à la basilique Saint-Antoine de Padoue et aux œuvres d’art qu’elle renferme. On y trouve pas moins de 1579 titres, avec chaque fois les indications signalétiques nécessaires. Elle est suivie de l’index des auteurs, de celui des artistes et des restaurateurs, de celui des titulaires des différents monuments funéraires et, enfin, de celui des autres personnalités. Dans la seconde partie, des pages 655 à 664, Antonia Navako Tezuka étudie le thème de la recréation de l’homme dans le Christ, dans la pensée du saint de Padoue. — H. JACOBS, S.J.

BROUCKER, J. (de), Les nuits d’un prophète. Dom Helder Camara à Vatican II. Lecture des Circulaires conciliaires de Dom Helder Camara (1962-1965), Paris, Cerf (coll. « L’histoire à vif »), 2005, 13,5 x 21,5 cm, 172 pages, 19,00 €.

La présence de dom Helder au Concile fut placée sous le signe d’un silence persistant in aula (il n’y prit jamais la parole) et d’autre part, d’une activité débordante « en coulisse » — comme le titre l’important chapitre III. On sait gré à l’excellent connaisseur de cette « figure prophétique » de nous avoir restitué quelque chose d’une vie et d’une intelligence « mystiques » (12) : les enthousiasmes de la Domus Mariae s’inscrivent sur ce fond de « Veilles », puisque dom Helder priait deux heures au moins chaque nuit (136). Les anecdotes savoureuses (« savez-vous que… les auditrices ont un bar, où les Pères conciliaires n’ont pas accès ? ») ne manquent pas, ni les commentaires hardis (« ce qui manque à Rome, c’est la vision »), pour illustrer l’hypothèse : dom Helder a vécu le Concile comme une dramaturgie biblique (115). Ce nouveau portrait d’un homme qui se sentait plus prophète que docteur (et fut sans doute les deux, 12) surgit des Circulaires que l’archevêque envoyait à ses familiers (leur « règle » est donnée p. 143), soit les 290 premiers textes des 2122 documents privés conservés ; l’édition française de ce bon millier de pages conciliaires est attendue. — N. HAUSMAN, S.C.M.

PIERRARD, P., L’Eglise d’en bas. La foule innombrable des « saints » inconnus, Montrouge, Nouvelle Cité, 2005, 13 x 20 cm, 191 p., 18,00€.

L’auteur, qui a consacré l’essentiel de son œuvre d’historien aux relations de l’église avec la société moderne, évoque ici la foule innombrable des saints inconnus ou ignorés qui ont incarné, dans leur vie quotidienne, l’esprit des béatitudes. Où les trouve-t-il ? Parmi les ouvriers jocistes, les paysans jacistes, les syndicalistes assoiffés de justice sociale, les mères, les vieilles filles, les servantes, les bonnes sœurs, les bénévoles au service des exclus, des malades, des prisonniers, des enfants juifs. Il rappelle discrètement le temps où l’église prêchait la résignation face à l’inégalité fatale des conditions sociales, et il épingle les valeurs évangéliques rencontrées dans l’autre camp : chez tant de ses instituteurs anonymes, ou chez telle ou telle de ses célébrités : Hugo, Zola, Jaurès, Proudhon, Camus, Coluche… Et il se plaît à citer Voltaire : « Dieu de tous les êtres, tu ne nous as point donné un cœur pour nous haïr et des mains pour nous égorger… Fais que nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d’une vie pénible et passagère » (Traité de la tolérance, 1763). — P. DETIENNE, S.J.

CONSEIL PONTIFICAL POUR LES LAÏCS, Associations internationales de fidèles. Répertoire, Vatican, Libreria editrice vaticana, 2006, 15 x 21 cm, 310 p., 10,00 €.

Premier répertoire de cette envergure, ce catalogue de 122 fiches recense, d’après leurs dénominations françaises, les associations de fidèles dépendant du Conseil pontifical pour les laïcs, érigées en associations privées ou publiques par le droit de l’église. Parmi elles, certaines comportent des clercs aussi bien que des laïcs (en ce compris des membres de la vie consacrée), d’autres sont des groupes à vocation œcuménique ou interreligieuse à dominante catholique : on trouvera ainsi la Communauté de l’Emmanuel et celle des Béatitudes ou encore le « Chemin neuf ». Chaque fiche contient en deux ou trois pages tout ce que l’on voudrait savoir pour mieux comprendre, et en particulier le nombre de membres et les adresses des sites internet. Un catalogue qui rendra les meilleurs services aux personnes de terrain aussi bien qu’aux « penseurs ». — N. HAUSMAN, S.C.M.

DELOFFRE, M.-H., Confesser l’Eglise. Introduction à l’ecclésiologie de Dom Guéranger, La Froidfontaine, Solesmes, 2006, 13 x 18 cm, 297 p., 20,00 €.

L’A., moniale bénédictine, glane dans les écrits liturgiques de Dom Guéranger les éléments d’une ecclésiologie qu’il n’a jamais élaborée pleinement. Elle en dégage les thèmes majeurs, qu’elle illustre d’abondantes citations, et qu’elle resitue dans le contexte gallican et ultramontain de l’époque. Pour Guéranger, le primat pétrinien doit s’inscrire en tête du traité de l’Eglise : « En notre père [Pie IX] réside le Seigneur […] il fait avec l’Eglise une seule et même chose. » Les évêques sont les vicaires de Pierre. Les conciles ne sont jamais nécessaires. Les évêques d’Occident dépendent du pape à un titre particulier. L’Eglise est une « société complète » : oui au pouvoir temporel du pape, non à la liberté des cultes. La liturgie, dépôt de la Tradition, a une valeur dogmatique. Marie forme à elle seule un monde à part dans l’univers de la grâce : elle est le cou entre la Tête et le reste du corps. « Allaitée » par Marie, qui devient sa mère après la Pentecôte, l’Eglise n’atteint sa pleine maturité qu’après l’assomption. Exposé clair et bien documenté. — P. DETIENNE, S.J.

Ecriture

GARIEL, C., Le pain d’Emmaüs, Paris, Médiaspaul, 2006, 19 x 12,5 cm, 127 p., 10,50 €.

« Ce qui manque à l’Evangile, c’est cela que je voudrais connaître ! » Les Evangiles sont pleins de blancs, d’espaces entre les lignes qui sont autant d’invitations à la recherche et à la méditation. Un des ces espaces, celui du dialogue entre Jésus et les deux disciples d’Emmaüs a particulièrement interpellé Cécile Gariel. Avec poésie, l’auteur livre, par le truchement d’une discussion à bâtons rompus, laquelle semble s’être déroulée à notre époque, le fruit de ses méditations. Dans un style simple et léger, elle rend fort bien l’incompréhension des disciples, la bienveillance de Jésus qui patiemment leur explique l’accomplissement des Ecritures et le chemin nécessaire pour parvenir à la lumière. Elle enfile dans la bouche de Jésus nombre de citations de la Torah, des Prophètes et de la Sagesse, soulignant ainsi l’unité du dessein de Dieu en Jésus et permettant d’apercevoir quelque chose de l’épaisseur de l’humanité des disciples d’Emmaüs. — B. DE BAENST.

MOURLON BEERNAERT, P., Récits et paraboles de vie (tome II). Une nouvelle série de cinquantes histoires brèves, Bruxelles, Lumen Vitae, 2006, 23 x 14 cm, 135 p., 15,00 €.

Comme pour son premier tome, paru en 1999, selon un classement différent cependant, l’auteur livre dans son ouvrage une cinquantaine d’histoires qui forment un « outil de travail » particulièrement utile pour Comptes rendus la catéchèse et la formation tant des enfants que des adultes. Commençant par une série de « mots d’enfants », il poursuit par quelques témoignages d’adultes. Ensuite, il propose des histoires étonnantes ou fantastiques, suivies de récits qui prennent au sérieux les souffrances de la vie. Enfin, il termine par le thème de l’amour fraternel. Un livre fort pratique pour aider les formateurs divers à rendre l’Evangile plus proche, plus concret. — B. DE BAENST.