Recensions parues dans ce numéro…

Vie de l’Église

JEAN XXIII, PAUL VI, JEAN-PAUL II, « Et Pierre se leva… » (Ac 2,14).
Recueil des discours des papes concernant le Renouveau charismatique catholique depuis ses origines jusqu’à nos jours
, textes présentés par O. Pesare, Nouan-le-Fuzelier, Béatitudes, 2006, 15,5 x 23,5 cm, 186 p., 15,50 €.

Paru en anglais en 2000, ce recueil des textes officiels et non officiels
adressés par les Papes récents (Benoît XVI excepté), ou encore le Saint-
Siège, à propos du Renouveau charismatique catholique s’achève sur
une étude de ce même Renouveau, de 1959 à 2000 (et 2025, si on suit les
projections). On trouvera en note l’indication des versions originales en
français et, dans un cahier central, quelques photographies des rencontres
pontificales avec les leaders de ces mouvements. L’étude finale (de
D.Barrett et T.M.Johnson) indique que le déclin du Renouveau dans les
pays occidentaux contraste avec son accroissement partout ailleurs ;
une typologie de six catégories d’adultes engagés y est tentée. Ces données
pourraient inspirer plus d’une interprétation. — N. HAUSMAN, s.c.m.

FROST F. (Mgr), L’Église se trompe-t-elle depuis Vatican II ?, Paris,
Salvator, 2007, 14 x 21 cm, 224 p., 19,90 €.

Dès la préface de Mgr G. Bagnard, on sait que l’ouvrage est une réponse
(commandée) à la Lettre à nos frères prêtres que la Fraternité Saint
Pie X rendit publique à Rome, « quasiment sous les fenêtres du Vatican »,
le 2 février 2004. L’analyse théologique est rigoureuse (elle repère exactement
les omissions et défauts de perspective de la Lettre), précise (elle
part de l’anthropologie christologique de Jean-Paul II, qu’elle défend
contre l’accusation de modernisme), exacte (en particulier sur la notion
de « hiérarchie des vérités » à Vatican II et l’analogie de l’être) ; elle médite
le rôle de la charité dans l’acte de foi et ne craint pas d’avancer vers les
thèses fortes (la possibilité du martyr hors des frontières visibles de
l’Église catholique, la reconnaissance de la bonne foi des hérétiques…)
et elle défend de chaque grief porté contre lui le cardinal W. Kasper (voire,
Ratzinger). Elle admet aussi, comme il se doit, l’herméneutique du
dogme et donne quelques exemples de réinterprétation (dont la Déclaration
luthéro-catholique sur la justification, mais aussi le subsistit in de
LG 8) ; bref, elle montre dans la nature sacramentelle de l’Église le fondement
de l’œcuménisme, si bien qu’au terme, la Lettre aux prêtres manifeste
son ecclésiologie nestorienne (l’Église comme société parfaite, sans
plus). Pour finir sont passées en revue les initiatives œcuméniques récentes,
toutes fécondes dans leur ecclésialité. Un ouvrage exigeant, à étudier
de près pour mieux aimer l’Église de Vatican II. – N. HAUSMAN, s.c.m.

Éthique

LE PICHON X., Aux racines de l’homme. De la mort à l’amour,
Paris, Presses de la Renaissance (coll. Petite Renaissance), 2007,
11 x 18 cm, 320 p., 8,70 €.

Les Presses de la Renaissance ont eu l’excellente idée de republier, en
format réduit, quelques textes qui avaient été remarqués. Celui-ci
(publié en 1997) méritait amplement cette remise en circulation. Voici
un très grand livre d’un scientifique de haute renommée (en géodynamique)
et d’un homme de haute humanité. Croyant catholique et
engagé auprès de l’Arche fondée par Jean Vanier, aussi. C’est donc un
livre écrit à la première personne. « Un essai inclassable » titrait le Nouvel
Observateur ! Rigoureux et d’une prudence exemplaire dans l’exposition
des hypothèses et théories concernant l’évolution biologique et
culturelle de notre humanité, cet essai déploie de manière convaincante
une lecture de nos aventures en humanité, corrélées à la croissance (ou
au mépris) du souci que nous avons (individus et sociétés) de la faiblesse,
de la souffrance et de la mort de nos semblables, dans un « être
touché » et un « toucher » qu’il est permis de croire divin. On ne peut lire
ce livre qu’en accordant son propre souffle au sien. Une bibliographie
oriente utilement vers d’autres lectures. Vous ne l’avez pas lu, lisez-le !
Vous le connaissez déjà, achetez-en quelques exemplaires pour vos
amis. Il ne faut pas le mettre sous le boisseau. — J. BURTON, s.j.

Fondements

SCHLOSSER M., Saint Bonaventure. La joie d’approcher Dieu, Paris,
Éditions franciscaines / Cerf (coll. « Initiations au Moyen Âge »),
2007, 12,5 x 19,5 cm, 240 p., 19,00 €.

Dans une première partie, l’auteur présente saint Bonaventure (1217-
1274), enseignant et chef d’ordre, dans la seconde, elle en brosse le « portrait
théologique ». Ce petit volume est une brève mais excellente introduction
au Docteur séraphique. On y découvre combien juste est le
témoignage rapporté dans les Actes du concile de Lyon : « Dieu lui avait
donné cette grâce : il embrassait d’un amour irrésistible le cœur de tous
ceux qu’il rencontrait » (p. 12). L’auteur caractérise très justement la
compréhension que Bonaventure avait de l’entreprise théologienne :
l’intelligence théologique ne concerne pas seulement l’intellect en
quête de connaissances dans la seule vue de la vérité. Bien davantage,
elle vise dans l’homme sa capacité d’aimer. C’est que, de même que la
foi en Dieu entraîne son amour, ainsi, c’est l’homme tout entier qui s’accomplit
dans la connaissance théologique. Celle-ci n’est donc pas seulement
une science, mais une sagesse, car elle contient en germe la rencontre
mystique avec Dieu. Devenu en 1257 ministre général de l’ordre,
Bonaventure se trouva à la tête de quelque trente–cinq mille frères, divisés
par le conflit des interprétations des intentions de saint François.
Il dut faire œuvre de second fondateur de l’ordre, et ce, dans des circonstances
qu’avaient profondément marquées la querelle des ordres mendiants
et le problème du joachimisme. Ses apports de législateur et
d’écrivain tendirent, avant tout, à centrer chaque frère mineur sur le
Crucifié pour qu’il se laisse assimiler à lui. Quant à sa pensée théologique
et à sa doctrine mystique, elles sont tout imprégnées de ce christocentrisme
franciscain. Au fond, le but unique de Bonaventure fut de
faire « éveiller en l’homme un amour qui réponde à l’amour de Dieu »
(p. 176). — H. JACOBS, s.j.

ZUNDEL M., Vivre Dieu. L’art et la joie de croire, Paris, Presses de la
Renaissance, 2007, 15 x 22,5 cm, 288 p., 19,00 €.

La présentatrice, à qui nous devons déjà une biographie de Maurice
Zundel (1897-1975), nous propose une anthologie de ses écrits : 525 citations,
tirées de 75 sources : conférences, retraites données en divers
pays (Égypte, Liban, Angleterre, etc.), homélies enregistrées, correspondance,
notes privées… La rédaction de ces textes s’étend sur une
vingtaine d’années (1954-1975). Bon nombre d’entre eux sont inédits.
L’anthologie se présente en trois parties : Dieu, relation à soi ; Dieu, relation
à l’autre ; le Credo… une division qui aurait peut-être étonné Zundel,
cet esprit visionnaire qui s’exprimait sur l’inspiration du moment,
et qui n’a jamais eu le souci d’une catéchèse organisée. Des perles à chaque
page : l’émerveillement est l’expérience spirituelle par excellence ;
Dieu est une expérience ; ne parlez pas trop de Dieu, vous allez l’abîmer ;
vivez-en, et qu’on le sente ! Qu’est-ce qui nous porte à croire en Dieu sinon
le rayonnement de Dieu à travers le visage de l’homme ?
Recommandé.
— P. DETIENNE, s.j.

DESCOUVEMONT P., Peut-on croire à la Providence ?, Paris, Éditions de
l’Emmanuel, 2007, 13 x 21 cm, 144 p., 13,00 €.

L’A., ancien conseiller national des Équipes Notre-Dame, considère le
mystère de la Providence à la lumière des deux Testaments. Il l’explicite
par des citations empruntées au Catéchisme de l’Église catholique
(302-314). Il l’illustre par la vie des saints d’hier (victimes de maladies,
de persécutions, d’injustices…) et l’exemple de grands chrétiens d’aujourd’hui,
dont plusieurs laïques : Emmanuel Mounier, Aimé Forest,
Madeleine Delbrêl. Considérant alors le problème du mal, il relève deux
paradoxes : Dieu, qui a horreur du mal, s’en sert pour un bien supérieur ;
tout acte humain dépend totalement de Dieu et totalement de l’homme,
créé libre. Déroutant et inacceptable sans la grâce, le mystère de la Providence,
souvent contesté (Arius, Pélage, Luther…), est déformé par des
erreurs telles que la croyance au destin, le panthéisme, le providentialisme…
Un dernier chapitre évoque la Croix rédemptrice. Ouvrage de
catéchèse, et non de pastorale, que l’A. déconseille aux personnes
dépressives. — P. DETIENNE, s.j.

Patristique

JEAN MOSCHOS, Le pré spirituel. Fioretti des moines d’Orient, Paris,
Migne (coll. Les Pères dans la foi, 94-95), 2007, 13,5 x 20 cm, 312 p.,
25,00 €.

Le présent recueil contient quelque 250 histoires édifiantes que, au
début du VIIe siècle et à la veille de la conquête arabe, l’A, originaire de
Cilicie, a recueillies auprès d’anciens, cénobites ou anachorètes, qu’il a
rencontrés en Judée, au Sinaï, en Égypte, en Asie Mineure, en Afrique,
en Italie. Écrits en grec et traduits en latin, ces récits, parfois légendaires,
mettent en scène des stylites sur leurs colonnes, des « dendrites »
dans leurs arbres, des « broutteurs » qui se nourrissent exclusivement
de végétaux crus, des moines lascifs, des prostituées converties, des possédés
démoniaques, des miraculés, des hérésiarques monophysites et
monothélistes, des non-repentis châtiés en cette vie et damnés dans
l’autre… Parmi les animaux, dont l’apparition est plutôt rare, citons les
ânes, les chamelles et surtout les braves lions. Les titres des différents
« chapitres » (v.g. « récit du même ancien ») en révèlent rarement le
contenu. En appendice : une liste de plusieurs centaines d’acteurs, dont
vingt sont prénommés Théodore. — P. DETIENNE, s.j.

Prière et liturgie

DE CHALENDAR X., 100 prières inspirées de l’Évangile, Paris, Salvator,
2007, 11,5 x 21 cm, 128 p., 11,00 €.

Chacun de ces textes, rédigés en un langage extrêmement simple, est
précédé, en exergue, du verset évangélique qui a inspiré la prière de
l’A. : soit une méditation avec une application personnelle : Quand je
rencontre quelqu’un…
 ; soit une contemplation à la manière d’Ignace :
Je me mets à la place de Simon… Certains textes sont ‘actualisés’ : Nicole,
fille de Jean,m’aimes-tu ?
Le ton est parfois léger : Bravo, Jésus, pour ton
succès, ta voix porte bien, tu n’as pas besoin de micro…
Les utilisateurs
de cette brochure sont invités à la considérer comme une rampe de lancement
qui les aide à personnaliser leur prière. — P. DETIENNE, s.j.

OLLIVIER C., 100 prières des Pères de l’Église, Paris, Salvator, 2007,
11,5 x 21 cm, 160 p., 12,00 €.

Rassemblées en dix chapitres (présence, confiance, etc.), ces cent prières
sont précédées d’une ouverture et suivies de repères biographiques
ainsi que d’une brève bibliographie. Malheureusement, des doublets
(Cyprien, Origène) et des libertés orthographiques (5 dans la seule page
9) risquent de nous distraire des fulgurances de certains choix (on citera
Hilaire, Grégoire de Nysse, Grégoire de Nazianze), ainsi que des prières
anonymes anciennes qui méritent à elles seules le détour. — N. HAUSMAN,
s.c.m.

GLOTIN É., La Bible du Cœur de Jésus, préf. cardinal Schönborn, Paris,
Presses de la Renaissance (coll. Spiritualité), 2007, 16 x 24 cm, 768p.,
35,00 €.

Le P. Édouard Glotin s.j. est sans doute l’un des meilleurs spécialistes
actuels de l’histoire et de la spiritualité du Cœur de Jésus. Travail de toute
une vie, son ouvrage présente la Révélation chrétienne à partir de son
centre, le Christ, son Cœur. Son livre est La Bible du Cœur de Jésus. Au fil
des chapitres, divers thèmes importants sont développés avec profondeur :
le symbole du « cœur » dans la Bible et la culture moderne (ch. 3) ;
le mystère du Cœur de Jésus dans l’Écriture sainte et son expérience
multiforme dans la Tradition ecclésiale, jusqu’à sainte Marguerite-
Marie (ch. 5 et 6) ; l’inculturation moderne du message de Paray-le-
Monial (ch. 8 et 9), le problème de la conscience du Christ rédempteur
(ch. 12).
Pour tous ceux qui se nourrissent de la spiritualité du Cœur de Jésus,
La Bible du Cœur de Jésus sera un livre de référence, d’une richesse
incomparable. Muni de plusieurs outils pédagogiques (y compris un
site www.labibleducoeurdejesus.com), il est accessible à un large
public. — D. DIDEBERG, s.j.

Questions

KANA BELLA M.G., La vie fraternelle en communauté, 2002, La formation
permanente chez les femmes religieuses en Afrique
, 2003 ; Mieux
comprendre et mieux vivre la pauvreté religieuse en contexte africain
,
2004 ; La formation dans la vie consacrée, 2005 ; le tout : Yaoundé,
Université catholique d’Afrique centrale (La Quinzaine de Yaoundé).

Un des défis auquel est affrontée la vie religieuse en Afrique, c’est d’en
repenser les aspects essentiels en fonction de la culture et des structures
sociales du continent. C’est à quoi s’attachent les sessions qui se sont
tenues annuellement en juillet depuis 2002. Les brochures recensées
contiennent les exposés faits à ces occasions par leur auteur, membre
des Sœurs de Saint-Paul de Chartres. Celle-ci a reçu sa formation à
l’Université grégorienne à Rome et à l’Université de Lille III. Elle dirige
actuellement l’Institut de théologie et de pastorale pour les religieux.
À partir des documents du magistère et de la Bible sur la question traitée,
chaque brochure en examine les implications pour le contexte africain.
— E. BRION, ss. cc.

MASSIE A., L’Évangile de Judas décrypté, Namur, Fidélité (coll. Que
penser de… ?, 68), 2007, 12x19 cm, 88 p., 8,00 €.

Un évangile apocryphe mettant en scène Judas a été composé en grec
vers 150. Saint Irénée, décédé vers 200, l’a mentionné comme un écrit
de la secte gnostique des Caïnites, dont l’enseignement ésotérique prônait
le salut par la connaissance : seuls, les « initiés » échappent à la perversion
intrinsèque de notre monde. En 1978, des paysans égyptiens ont
trouvé, par hasard, dans le désert, une version copte de ce texte, ce qui
constitue une découverte archéologique majeure. Le manuscrit, d’une
trentaine de pages, est incomplet. Il date de vers 300 ; il a été publié en
2006. Judas y est présenté comme le seul disciple que Jésus parvient à
initier. Il le charge de le trahir afin que, délesté de son corps matériel, il
puisse retourner à la lumière. La présente brochure oppose ce Judas
gnostique au Judas des évangiles canoniques. — P. DETIENNE, s.j.

GRIEU É., Chemins de croyants, passage du Christ, Paris, Lethielleux,
2007, 14 x 20,5 cm, 320 p. 19,00 €.

À travers le témoignage de dix catholiques pratiquants, engagés dans
des activités extra-ecclésiales (politique, syndicat, ATD Quart Monde…),
l’A montre comment, dans l’expérience la plus humaine, faite de combats,
de questions, d’angoisses, de projets, se manifeste l’accueil
confiant de l’Amour divin : inconditionnel, irrévocable, libérateur,
pardonnant. Chacun des cinq chapitres (la transformation ; la place
des épreuves ; le conflit entre la norme et l’amour ; les méandres de
la foi ; la place de l’Église) est introduit et conclu par une référence à
la Révélation : l’appel d’Abraham, la tentation au désert… À lire.
— P. DETIENNE, s.j.

Spiritualité

JULIENNE DE NORWICH, Écrits mystiques, Toulouse, Éditions du Carmel
(coll. « Vie intérieure »), 2007, 15 x 19 cm, 18,00 €.

On se souvient de Thomas Merton écrivant, à propos de Julienne de
Norwich, que son œuvre est une « admirable synthèse d’expérience
mystique et de réflexion théologique ». Il affirmait même qu’avec
Newman elle était la plus grande théologienne d’Angleterre. Ivan
Mareil, pour sa part, note avec justesse, dans l’introduction, que
Julienne nous fait retrouver la fraîcheur de la mystique anglaise trop
souvent méconnue. Julienne fut une recluse dont la vie fut confinée à
une cellule jouxtant l’église Saint-Julien à Norwich. Sa biographie nous
échappe largement. Elle écrivit le Livre des révélations dont les éditions
du Cerf ont publié une traduction en 1992. C’est cette traduction qui a
été choisie pour les écrits de Julienne repris dans le présent ouvrage.
On remarquera que la présentation qu’en donne I. Mareil en renouvelle
l’intérêt. Il y insiste sur la perspective fondamentale de la spiritualité
de Julienne. C’est, nous dit-il, la bonté du dessein de Dieu
envers l’homme qui en constitue le centre unificateur. C’est une mystique
toute d’espérance car tout y est orienté vers notre salut, de façon
concrète et réelle. — H. JACOBS, s.j.

ÆLRED DE RIEVAULX, Dialogues sur l’âme (introduction, traduction et
notes de P.-Y. Emery), Oka (Québec), Abbaye cistercienne Notre-
Dame-du-Lac (coll. Pain de Cîteaux, série 3, 26), 2007, 15,5 x 20,5,
144 p., 18,00 €.

Cette forme de dialogue entre maître et disciple a peut-être été inspirée
à Ælred par les textes de Cicéron ou de saint Anselme. C’est vers la fin de
sa vie qu’il a entrepris de composer ce traité, qu’il n’eut pas le temps
d’achever. Il est mort, en effet, en janvier 1167 et il avait commencé sa
rédaction avant la fin de 1165. Ce texte est caractéristique de l’intérêt
que les cisterciens du XIIe siècle manifestaient pour l’âme. Il ne s’agissait
guère de métaphysique mais de cette psychologie qu’il convient de
connaître dans le processus de la conversion. Les moines de l’ordre de
Cîteaux sont à l’origine, à cette époque, de trois traités sur le même
sujet : La nature du corps et de l’âme de Guillaume de Saint-Thierry
(vers 1140), la Lettre sur l’âme d’Isaac de l’Étoile, le traité sur L’esprit et
l’âme
, compilation anonyme datant de peu après 1170. L’écrit d’Ælred
leur est semblable mais s’en distingue par sa perspective plus large et
son caractère plus nettement augustinien. La traduction présente a été
faite à partir du texte critique établi par C.H. Talbot et publié dans
le tome 1 du Corpus Christianorum, Continuatio mediaevalis (1971,
pp. 685-754). — H. JACOBS s.j.

JOURDAIN DE SAXE, Lettres à Diane d’Andalò, Paris, Cerf (coll. Intimité
du christianisme), 2007, 12,5 x 19,5 cm, 168 p., 18,00 €.

Le bienheureux Jourdain, deuxième maître général des dominicains,
envoie, de divers endroits (Paris, Rome, Milan, Padoue…), entre 1222 et
1236, à la bienheureuse Diane, du couvent Sainte-Agnès, récemment
fondé à Bologne, une cinquantaine de lettres de direction spirituelle qui
lui prêchent, à elle et à ses consœurs, la discrétion dans les pénitences
(la mortification corporelle est peu utile), l’équilibre, la confiance, la
sérénité. L’intérêt de ces lettres réside moins dans la grande culture littéraire
et dans l’érudition biblique profonde qu’elles manifestent, que
dans l’amitié forte et chaleureuse qu’elles dégagent : tu es imprimée
dans la moelle de mon cœur ; je sais que tu m’aimes avec les entrailles
de ton cœur ; je ne puis m’empêcher de souffrir de ton éloignement ; je
te quitte avec un serrement de cœur ; je t’ai vue récemment en rêve dans
mon sommeil ; j’ai mal à ton pied. La traductrice, Marguerite Aron, enrichit
chaque lettre d’une annotation historique. — P. DETIENNE, s.j.

GILON J., ROCHETTE J., Beauraing. La Vierge au cœur d’or. 75e anniversaire
des apparitions
, Bruyères-le-Châtel, Nouvelle Cité (coll. Spiritualité),
2007, 192 p., 15 x 22 cm, 20,00 €.

C’est avec bonheur que le recteur du sanctuaire de Beauraing et le recteur
du Grand Séminaire de Namur, bibliste, ont écrit ce livre à l’occasion
du 75e anniversaire des apparitions. L’ouvrage se veut un « chemin
de prière et de réflexion » qui permet progressivement d’entrer dans la
profondeur de l’évènement des apparitions et de répondre à l’appel
qu’elles constituent. Ainsi, pour chacun des 8 chapitres, les auteurs
exposent les faits, les approfondissent par une méditation spirituelle,
les amplifient grâce à l’Ecriture et les illustrent par un témoignage récent
pour enfin aboutir à la prière. Les 8 étapes suivent l’ordre chronologique
de l’événement, partant de la situation ecclésiale qui le précède
pour aboutir à la situation actuelle et ses perspectives d’avenir. Cette
démarche permet de comprendre le passé récent, d’en saisir le sens. Elle
l’ancre dans la foi et le déploie grâce à l’Écriture. Elle en rend l’actualité
par le moyen du témoignage et ouvre à la présence divine dans l’espérance
en proposant la prière. — B. DE BAENST.

FAU J., En retraite avec sainte Thérèse. Méditer l’Acte d’offrande
à l’Amour miséricordieux
, Paris, Cerf (coll. Épiphanie), 2007,
13,5 x 19,5 cm, 168 p. 14,00 €.

L’A., un prêtre à la retraite qui a consacré, il y a cinquante-trois ans, une
thèse de doctorat à Thérèse de Lisieux, propose ici une quinzaine de
méditations ayant pour fil conducteur l’Acte d’offrande à l’Amour
miséricordieux. Il en montre l’originalité : le Trésor du Carmel, un
ouvrage que Thérèse a étudié au noviciat, lui proposait comme « grande
marque de la vocation de notre saint ordre : la crainte salutaire du jugement
de Dieu (…) prêt à s’enflammer contre les hommes coupables. »
Parmi les sujets abordés notons : le désir de sainteté, le sentiment d’impuissance,
l’amitié de Jésus-Chirst, le mystère de la souffrance… Les
divers chapitres, et c’est leur grand mérite, se présentent moins comme
un commentaire personnel de l’A que sous la forme d’une chaîne de
citations qui, tirées de multiples sources (autobiographie, lettres, prières,
poésies…) s’enrichissent mutuellement. Certains textes sont reproduits
dans plusieurs chapitres. L’A. note que Thérèse ne s’est guère
exprimée par écrit sur deux sujets qui lui tenaient à cœur : l’oraison et
la Vierge Marie. Il insiste sur la double vocation de Thérèse : sauver les
âmes, prier pour les prêtres. — P. DETIENNE, s.j.

GRŒSCHEL B., Une douce petite voie. Guide pratique sur les révélations
privées
, Nouan-le-Fuzelier, Éditions des Béatitudes, 2007,
13,5 x 20 cm, 168 p., 13,00 €.

Largement inspiré d’un ouvrage plus que centenaire (Des grâces d’oraison,
traité de théologie mystique
, Auguste Poulain, s.j.) l’A., capucin, offre au
lecteur contemporain, dans le contexte du New Age, quelques règles élémentaires
concernant les révélations privées : authentiques (Lourdes),
discutables (Medjugorje), fausses (Madame Guyon 1648-1717), truquées
(Madeleine de la Croix, franciscaine, XVIe siècle). Les révélations privées ne
viennent pas directement de Dieu : la foi qu’elles sollicitent ne peut être
qu’une foi humaine. Les écrits de certains saints canonisés (Hildegarde,
Elisabeth de Schönau, Colette, Catherine de Sienne, docteur de l’Église…)
contiennent des erreurs dues à l’interprétation ou à la transmission d’une
révélation authentique. L’A. adresse un chapitre aux directeurs spirituels :
patience, bienveillance, objectivité, prudence, discernement. Il termine
par un bel éloge de notre propre expérience spirituelle. En appendice,
un glossaire : locutions, visions, apparitions… — P. DETIENNE, s.j.

DUFRASNE D., Libres et folles d’amour. Les béguines du Moyen Âge.
Hadewijch d’Anvers, Mechtilde de Magdebourg, Marguerite Porete

(illu. R. d’Oreye), Bierges, Thomas Mols, 2007, 14 x 21,5 cm, 232 p.,
23,00 €.

Préfacé par le cardinal G. Danneels, heureux Ordinaire du lieu, « ce petit
livre aux pommettes rougissantes de timidité » ne veut pas s’adresser aux
spécialistes du « béguinisme », mais aux amoureux de la source cachée où
les béguines médiévales ont puisé leur audacieuse liberté. Après ces avertissements
et autres mises en perspective des nouveautés de l’époque,
surgit la première des cinquante admirables illustrations qui concourent,
avec une typographie extraordinairement propice à ces enluminures
d’un nouveau genre, à faire de l’ouvrage un très beau livre. À l’origine de
ces « orphelines de naissance », dont aucune stratégie pastorale ni aucune
urgence économique ne peut rendre raison, on trouve, dans les contrées
liégeoises, Marie d’Oignies et les siens (1177-1213), puis Ide de Nivelles,
les béguines de Louvain (1232), celles de Gand (1234), enfin, les centaines
d’autres béguinages qui vont, au milieu du XIIIe siècle, couvrir les Pays-Bas
hollandais, le Bas-Rhin, le sud et l’est de la France, le nord de l’Italie… Trois
monographies, splendidement illustrées donc, nous offrent ensuite de
feuilleter les vies d’Hadewijch, de Mechtilde et de Marguerite dont les
voix résonnent en ces pages — ce n’est pas leur moindre mérite d’avoir
recouru aux écrits authentiques, souvent ignorés. Le dernier fusain
montre la ronde mystique de ces femmes qu’un seul amour (minnenmystiek)
emporte vers un nouveau printemps. — N. HAUSMAN, s.c.m.

MAUR DE l’ENFANT-JÉSUS, Écrits de la maturité, 1664-1689, éd. critique
précédée d’une étude par Dominique TRONC, Toulouse, Éditions du
Carmel (coll. Sources mystiques), 2007, 21 x 14 cm, 342 p., 35,00 €.

Disciple de Jean de Saint-Samson, proche de Jean-Joseph Surin, Maur
de l’Enfant-Jésus (1617-1690) fut une des figures majeures de la réforme
carmélitaine en France. Son œuvre est demeurée en bonne partie inédite
ou accessible seulement dans des éditions du XVIIe siècle. Le volume
des œuvres de la maturité contient deux séries de lettres de direction
(l’une adressée vers 1673-1675 à la jeune Jeanne-Marie Guyon), deux
courts Traités de la vie intérieure et mystique, ainsi qu’un traité plus
développé intitulé Le Royaumeintérieur de Jésus-Christ dans les âmes.
Redécouverte notamment par Michel de Certeau à l’occasion de ses
recherches autour de Surin, l’œuvre de Maur est un beau témoin de la
spiritualité carmélitaine à l’époque où la mystique commençait à
connaître un certain discrédit. Auteur d’une éclairante étude introductive
(9-27) et de notices de présentation, D. Tronc se propose de publier
également les œuvres de jeunesse. — J. SCHEUER, s.j.

Témoins

TEILHARD DE CHARDIN P., Je m’explique (nouvelle édition, revue et fortement
augmentée), Textes choisis par Jean-Pierre Demoulin, Paris,
Seuil, 2005, 14 x 20,5 cm, 314 p., 23,00 €.

Anniversaire oblige ! Si, 50 ans après sa mort, les controverses à propos
de la « vision » de Teilhard ne manifestent plus l’effervescence
qu’elles ont connue, il restera nécessaire de s’entourer d’analyses et
de commentaires autorisés pour l’apprécier avec justesse et encore
aujourd’hui, en recueillir quelques fruits. On le sait, l’œuvre publiée de
Teilhard est énorme (13 volumes aux éditions du Seuil sans compter
l’abondante Correspondance, le Journal et de nombreux écrits spirituels
chez d’autres éditeurs) et il n’est pas inutile d’avoir sous la main une
« entrée » raisonnée dans ce massif quelquefois difficile d’accès en raison
du vocabulaire sui generis de Teilhard. Il sera donc bien avisé, néophyte
ou déjà familier, le lecteur qui (re)commencera son exploration à
l’aide de ce recueil « ordonné » (selon un schéma proposé en son temps
par Teilhard lui-même) et présenté par l’incontestable connaisseur de
Teilhard qu’est J.-P. Demoulin. Index abondant, bibliographie de Teilhard
complète, bibliographie secondaire bien étoffée, adresses de
contacts diverses (dont www.mnhn.fr/teilhard) complètent utilement
ce parfait hommage à la mémoire d’une des grandes figures de la pensée
du XXe siècle chrétien. — J. BURTON, s.j.

KOUDELKA V.J., Chère petite sœur… Lettres du Père Vladimir à
Sœur Ruzena
, Paris, Cerf (coll. Intimité du christianisme), 2007,
12,5 x 19,5 cm, 112 p., 12,00 €.

Une soixantaine de lettres, courtes, écrites en langue tchèque, envoyées
de Suisse, pendant une douzaine d’années (1991-2003), à Anicka (Anne)
devenue Sœur Ruzena (Rose de Lima) dominicaine, par le Père Koudelka
o.p. (1919-2003). Que lui dit-il ? Nous avons peur du mot aimer ;
nous projetons nos défauts sur les autres ; permettez aux autres d’être
imparfaits ; la prière n’est pas seulement un don, c’est aussi un art ; Dieu
est une mère aimante ; lisez un roman… Tous ces conseils répondent à
des questions de sa correspondante. — P. DETIENNE, s.j.

MASSIGNON – ABD-EL-JALIL, Parrain et Filleul (1926-1962), correspondance
rassemblée et annotée par F. Jacquin
(préf. M. Borrmans),
Paris, Cerf (Histoire), 2007, 14,5 x 23,5 cm, 304 p., 35,00 €.

La très précieuse correspondance entre le flamboyant islamologue et le
jeune marocain converti nous ouvre sur les grands espaces de la mystique
musulmane quand elle s’emmembre de christianisme, à moins que
ce ne soit l’inverse. L’annotation très soignée et la préface précise nous
permettent de croiser, au cœur du dialogue des deux amis, les hautes
figures de tout ce qui compte, parmi les contemporains : Monchanin,
Roncalli, Montini, de Lubac… (voir l’index des noms propres), mais
aussi, bien des vocations de femmes, dont la petite sœur Magdeleine de
Jésus. On peut être surpris par le silence des deux prêtres (Massignon
l’était devenu en secret) à propos du concile Vatican II, ou par certains
propos anti-judaïques qu’il faudrait situer. Demeure l’énigme de cette
badaliya (association de prière et de jeûne) et de ce qu’elle suppose de
compassion universelle, mais aussi de substitution, dans la « solidarité
christique ». Le site franciscain du dialogue des deux érudits fut remarquablement
hospitalier à ce qui allait devenir le premier renouveau du
regard chrétien sur l’islam. — N. HAUSMAN, s.c.m.