Recensions parues dans ce numéro…

Spiritualité

DECLOUX S., « Croyez à l’Évangile ! » Retraite de huit jours à la suite de
saint Marc
, Namur, Fidélité, 2007, 14,5 x 21 cm, 192 p., 13,95 €.

Le père Decloux nous offre, pour la troisième fois, de vivre une retraite en
lisant un évangile synoptique pas à pas. La répartition des méditations
demeure celle qui nous avait été proposée dans les deux opus précédents :
deux textes par jour pendant huit jours consécutifs. Le retraitant,
méditant les seize chapitres de l’évangile de Marc, est invité à suivre le
Christ sans jamais le quitter des yeux. Ce faisant, il emprunte le chemin
de liberté de Jésus, tel qu’il nous est présenté par le texte biblique. Au fil
des pages et des jours de sa retraite, il éprouve la densité des foules qui
entourent le Christ et perçoit la nature du lien d’amour absolu qui unit
le Sauveur à son peuple. Il découvre ainsi que Jésus répond à l’espérance
de l’homme et est introduit au mystère de la filiation divine offerte à
tous. Avec cet ouvrage, non seulement l’auteur nous livre dans ses textes
une véritable retraite guidée, mais aussi un très beau commentaire
spirituel du second évangile.— S. WAEFFLER.

ABGRALL M.-Th., Vers la source vive. Comme un ami parle à son ami,
Paris, Bayard (Christus), 2007, 15 x 20,5 cm, 192 p., 19,80 €.

L’A., membre de la communauté Saint-François-Xavier, rassemble ici
une quinzaine d’articles, regroupés en trois sections : Oser dire, Apprendre
à marcher, Devenir source
. Elle y aborde, dans une perspective ignacienne
et sur les traces de Madeleine Daniélou, des sujets tels que l’amitié
(qui ne peut vivre que d’une égalité reconnue et d’une différence
aimée) et la vieillesse (des « contemporains de Dieu »). Elle invente et
décrit avec bonheur sept nouveaux « fruits du Saint-Esprit » : la bonhomie,
le toucher juste, l’esprit de liberté, le sens du temps, l’intelligence
de l’heure, le sens de la communion, l’élan pour la mission. Ses textes
sont émaillés de citations. Parmi ses sources privilégiées relevons les
psaumes, Péguy, Claudel, Thérèse de Lisieux, Edith Stein, Madeleine
Delbrêl : « Il y a des lieux où souffle l’Esprit, mais il y a un Esprit qui souffle
en tous lieux. » — P. DETIENNE, s.j.

FÉVOTTE P.-M., Louange de gloire. Élisabeth de la Trinité, Toulouse,
Éditions du Carmel (Carmel vivant, série Élisabeth de la Trinité),
2007, 11 x 17,5 cm, 112 p., 8,00 €.

L’A se penche sur la « musique intérieure » d’Élisabeth de la Trinité. Il en
développe les riches harmoniques (Le chant de l’épouse ; Au diapason
de Dieu ; Laudem gloriae ; La lyre ; L’hymne du silence…
), illustrant son
propos par d’abondantes citations tirées des œuvres de la bienheureuse.
— P. DETIENNE, s.j.

DE LA CROIX P.-M., o.c.d., Demeurez en moi (Jn 15,4), Toulouse, Éditions
du Carmel (Vives flammes), 2007, 11 x 17,5 cm, 128 p., 8,00 €.

Dans cette retraite carmélitaine, l’A. présente le double mouvement de
la « demeurance » divine. « Vous en moi », représenté par les sarments
dans le cep, est illustré par Thérèse de Lisieux et par Jean de la Croix,
dans la Montée du Carmel et dans la Nuit obscure. « Moi en vous », représenté
par la sève dans les sarments, est illustré par Elisabeth de la Trinité
et par Thérèse d’Ávila, dans le Château intérieur et dans le Livre des
Demeures
. Demeurant dans la « personne » du Christ, nous poursuivons
le travail commencé par lui à l’incarnation. Par la prière, qui est à la fois
fin et moyen, nous lui permettons de demeurer en nous de manière
continue. C’est en cela que consiste l’idéal carmélitain : une intimité
d’amour (qui est autre chose que l’état de grâce sanctifiante), une vie en
présence de Dieu, qui requiert solitude et silence, dans la pureté de cœur,
sous le signe de la foi, la pauvreté et l’amour. À lire. — P. DETIENNE, s.j.

LANGLOIS CL., Lettres à ma Mère bien-aimée. Juin 1897. Lecture du Manuscrit
C de Thérèse de Lisieux
, Paris, Cerf (Sciences humaines et religieuses,
écritures thérésiennes), 2007, 13,5 x 21,5 cm, 416 p., 34,00 €.

Il est donc devenu possible « d’aller de l’avant » (406) dans la connaissance
du dernier manuscrit de Thérèse de Lisieux. Son découpage en
27 lettres journalières et six parties distinctes par l’historien qui a déjà
renouvelé l’approche des dernières paroles, du désir du sacerdoce et du
poème de septembre
est rigoureusement argumenté, et d’abord par des
« preuves » ; puis le texte thérésien nous est proposé en fonction de ce
travail de « décomposition-recomposition » ; enfin, un précieux commentaire
met en évidence, partie par partie, le manuscrit C ainsi
« déplié ». On voit s’y affirmer le jeune écrivain en pleine possession de
ses moyens et s’y dérouler la rupture de la dernière maturité, dans l’écriture
à son frère Roulland (Bellière étant « le novice du dehors »), mais
aussi, dans l’impressionnant dialogue avec Mère Marie de Gonzague,
auxquelles de très belles pages rendent justice (c’est le chapitre V de la
IIIème partie, sans doute le plus saisissant). Les notes ouvrent encore,
la plupart du temps, de nouveaux horizons : pourquoi Thérèse n’eutelle
pas le contact avec sa sœur Léonie (55), quelle est donc son image
de Dieu (198), quelle place tient la révélation de l’imposture de Léo
Taxil dans sa crise finale (252 ; cf.265), que savait Thérèse de la situation
financière de son couvent (273), quelle transmission reçut-elle de Mère
Geneviève, la fondatrice de sa communauté (341) ? Une Thérèse qui
a pu manquer de discrétion (323), qui parvient à faire dire au texte évangélique
quasiment le contraire de son sens premier (361), qui se découvre
tout ensemble femme mystique et père spirituel (404) ; et pour ce qui est
de « la nuit du néant », une Thérèse qui « n’a pas découvert abstraitement
la fraternité avec ceux qui n’ont pas la foi ; elle a mis ceux-ci au cœur de
sa prière… ; mais cette prière est la pointe extrême de son expérience,
c’est elle qui illumine sa nuit d’une lumière noire » (246 ; citations inversées).
— N. HAUSMAN, s.c.m.

LE GUAY D., Le Couvre-tête de Dieu… Joseph du village de Nazareth,
Paris, Cerf, 2007, 15 x 21 cm, 192 p., 17,00 €.

L’A., philosophe et critique littéraire, évoque la personnalité de saint
Joseph, en qui se concentre l’attente séculaire d’Israël : il espère plus
qu’il n’attend, il fait confiance à la confiance. Sa méditation se prolonge
jusqu’à la nativité : « Joseph, dans sa prière, offre son âme comme on
ouvre sa besace au passage des frontières »… « Ma voile est tendue : que
Son souffle me pousse » ! Scrupuleusement respectueux du texte biblique
(sauf à considérer Marie comme fille unique, en contradiction avec
Jean 19,25), l’A. en comble les marges et les interlignes du fruit de son
imagination. Sa prose agréablement cadencée (voire bucolique : Au loin
le fils de Gamaliel joue de la flûte ; il garde le troupeau) est entremélée
de passages formellement poétiques. À savourer. — P. DETIENNE, s.j.

BUCCA N., Lourdes de A à Z, Bruyères-le-Châtel/Lourdes, Nouvelle
Cité/NDL (Spiritualité), 2007, 14,5 x 23 cm, 224p., 19,00 €.

Cette mini encyclopédie est due à la plume de 24 spécialistes, parmi lesquels
le P. André Doze, à qui ont été confiés 67 des 154 articles. La plupart
des mots-clés concernent l’histoire locale : les lieux (Bartrès, le
cachot, les divers nouveaux bâtiments et leur architecture…), les événements
(apparitions, examens…), les personnages (8 papes, 13 évêques
de Tarbes, 7 historiens, des médecins, des écrivains, des cinéastes…)
éparpillés au gré de l’alphabet, sans souci de chronologie et au prix de
nombreuses et inévitables répétitions. Certains articles, présentés
comme théologiques (apparitions, miracles, pèlerinage, sanctuaires,
religion populaire…) sont d’un intérêt plus général. L’article consacré à
l’eucharistie est étayé par de longues citations de l’exhortation apostolique
Sacramentum Caritatis de Benoît XVI. Dans l’article intitulé Oblats
de Marie Immaculée
, le P. Nino Bucca o.m.i., directeur de l’ouvrage, évoque
longuement le Fondateur de sa congrégation. Style pieusement
enthousiaste ; excellentes illustrations. — P. DETIENNE, s.j.

VAN AEL J., Le récit de la Passion en 16 icônes, introduction de Dom
Louf
, Namur, Fidélité, 2007, 18 x 25 cm, 120 p., 22,50 €.

Présentée par dom Louf dans une de ces mises en perspective spirituelle
dont il a le secret — nous voici dans la droite ligne du quatrième concile
de Constantinople —, précédée d’une vue d’ensemble et d’un commentaire
iconographique, la série de seize tableaux de Joris van Ael propose
chaque moment de la Passion de manière redoublée : une première page
fait voir l’icône, en face d’un texte d’accompagnement ; une reprise en
médaillon d’un détail du même tableau s’accompagne d’une prière.
On feuillette, on regarde, on prie donc, en passant parfois devant comme
ce fier Simon de Cyrène, ou en revenant au jardin de la triple agonie…
Une dernière notice nous présente l’auteur, né en 1949, élève de B. Frinking
puis de son maître L. Ouspensky, et aujourd’hui « écrivain » d’icônes
dans l’Église occidentale. Un bel ouvrage. — N. HAUSMAN, s.c.m.

PAPA D., Le sorelle povere di santa Chiara. « La forma di vita » e l’identità,
Bologne, EDB, 2007, 15 x 21 cm, 256 p., 16,00 €.

Ce livre est fruit d’une étude et d’une réflexion également communautaires
(ceux de la fraternité de Otranto en Italie), sur la « forme de vie »
voulue par sainte Claire (en 1253) et vécue par les premières « sœurs
pauvres » d’Assise. On veut y montrer comment l’idéal original de sainte
Claire et de saint François a été modifié dans les « règles » postérieures,
surtout la règle approuvée par le pape Urban IV (en 1263, après la mort
de Claire) et les constitutions actuelles de « l’Ordre de sainte Claire » (et
les noms ne sont pas indifférents, on le souligne à plusieurs reprises !).
Des tableaux synoptiques émaillent le livre : tout le monde peut remarquer
les différences, sans oublier la continuité. Le désir d’un renouvellement
de la vie religieuse à partir d’un contact renouvelé avec l’esprit
des fondateurs est la préoccupation dominante, ainsi que la ré-appropriation
de la forme particulière de vie contemplative propre à sainte
Claire et à sa manière de penser la clôture. Cette « recherche » ne prétend
pas donner le dernier mot sur la compréhension du charisme originel,
mais à partir du texte même de sainte Claire, entrevoit des nouvelles
perspectives que seul le temps et la réception du magistère de l’Église
pourront achever et approuver comme authentiquement évangéliques.
En effet, si l’ouvrage prône un retour à la « forme de vie » originelle, à sa
lettre et à son esprit, certaines affirmations mettent en garde contre des
expressions de la vie religieuse du XIIIe siècle, dont le sens et l’actualité
seraient incompréhensibles au XXIe siècle. Cependant ce livre n’échappe
pas à un risque : il ne suffit pas de préférer une perspective « carismatica-
inspirazionale
 » plutôt que juridique ou historique pour trouver
aussitôt la solution du renouvellement de la vie consacrée. Tous les
apports sont importants pour rejoindre le but fondamental : « Repartir
du Christ ». — E. BARUCCO, o.c.d.

PERRIER J. (Mgr), Lourdes aujourd’hui. Et demain ?,Bruyères-le-Châtel/
Lourdes, Nouvelle Cité/NDL (Spiritualité), 2007, 15 x 22 cm,
192 p., 17,00 €.

L’A., évêque de Lourdes, propose, en autant de chapitres, douze thèmes,
qu’il illustre par des réflexions évangéliques ponctuées de citations pontificales,
et dont il suggère les répercussions dans le sanctuaire marial.
Chaque exposé est suivi d’un témoignage. Parmi les témoins, accompagnés
de leurs photos, relevons : Tim Guénard, une pasteure méthodiste,
un général en retraite, un aumônier de personnes prostituées, travesties
et transsexuelles… Quant aux thèmes, retenons : les bénévoles, les jeunes,
les malades, les personnes handicapées, les exclus, l’eucharistie, la paix,
l’internationalité, l’œcuménisme, le dialogue interreligieux. Le texte fourmille
de détails concrets : la mère de Bernadette a la réputation de boire ;
ses tantes Bernarde et Basile ont été filles-mères. Plus curieusement : « Pie
XII accepta que le Vatican serve d’intermédiaire pour des plans visant à
éliminer Hitler. » Lecture agréable et bienfaisante. — P. DETIENNE, s.j.

Questions

PIRET P., L’Art et le Christianisme, Bruxelles, Lessius (Donner raison,
21), 2007, 14,5 x 20,5 cm, 352 p., 26,00 €.

Saisir « l’esthétique de la révélation » — c’est-à-dire l’acte du Christ qui
se rend visible — dans « la mise en œuvre artistique », s’interroger sur la
relation entre « art et christianisme », tels sont les propos de ce livre du
père Pierre Piret, jésuite, professeur à l’I.É.T. Ce dernier, à travers les
pages très denses de son ouvrage, nous fait pénétrer « d’une plénitude
à une plénitude », nous fait découvrir avec ravissement la mise en œuvre
artistique de l’esthétique chrétienne et le pouvoir salvateur de la beauté.
L’auteur nous invite à un long voyage initiatique en passant par l’Écriture
sainte, la figuration du Christ au cours des huit premiers siècles,
l’enseignement des Églises tant orientales qu’occidentales, la relation
de l’esthétique à l’éthique car l’amour de la beauté est lié à celui des personnes.
Il déroule également à nos yeux le renouvellement perpétuel des
formes artistiques au moyen d’exemples très judicieusement choisis dans
l’architecture, la sculpture, la peinture et la musique. Nous trouvonsdans
ce livre des pages très éclairantes sur le rapport entre l’activité artistique
et la liturgie, la sculpture et la sainteté, ainsi que sur l’art sacré contemporain.
Un dernier chapitre consacré à la musique, nous fait entrer de
plain-pied dans cette grande liturgie cosmique symbolisée par l’orgue.
Ce livre tout à fait incontournable se termine ainsi sur un superbe point
d’orgue, nous donnant d’excellentes clefs de lecture pour qui veut discerner
et comprendre aujourd’hui les enjeux de l’art dans le christianisme.
— D. GOBLET, o. praem.

DE MONTALEMBERT J., L’aventure du christianisme, dessins BRUNOR,
Paris, Cerf (Pour lire), 2007, 14,5 x 17,5 cm, 272 p., 18, €.

Aumônier dans un lycée français de Buenos Aires, l’A. offre à ses élèves
une nouvelle présentation du christianisme, susceptible de les intéresser
par un style attrayant, illustré de caricatures naïvement humoristiques :
les « signes » du Christ sont représentés par un cygne ! Les sujets
ici effleurés (la Bible, son élaboration, son message ; Dieu, le monde, le
mal ; Jésus, sa vie, les conséquences de sa résurrection…) soulèvent
d’abondantes questions. L’A. ose espérer qu’elles donneront aux parents
matière à dialogue, et qu’elles permettront aux maîtres laïques de mieux
comprendre le christianisme pour éventuellement mieux le critiquer.
Relevons deux affirmations apologétiques contestables : l’hindouisme
justifie la violence ; le bouddhisme n’étend sa compassion qu’à ses seuls
adeptes. Et que penser de l’étymologie du mot messe que l’A. fait dériver
du latin mensa ? — P. DETIENNE, s.j.

Vie de l’Église

BORRAS A., Le diaconat au risque de sa nouveauté, Bruxelles, Lessius
(La part-Dieu, 10), 2007, 14,5 x 20,5 cm, 240 p., 22,00 €.

Il y a dix ans paraissait du même A., en collaboration avec B. Pottier s.j.,
La grâce du diaconat. Questions actuelles autour du diaconat latin
(Bruxelles, Lessius, 1998). Par ce nouvel ouvrage, A. Borras, canoniste
et théologien réputé, actuellement vicaire général du diocèse de Liège,
actualise sa propre réflexion théologique sur le diaconat à la lumière
notamment de l’étude de la Commission théologique internationale
(Diaconat. Évolutions et perspectives, dans DC, 100, 2003) et de l’expérience
récente de la mise en œuvre du diaconat. Face aux apories
classiques du diaconat qui le considèrent comme une suppléance
soit au presbytérat soit à l’apostolat des laïcs, et mettent alors en
danger l’existence même du diaconat, l’A. élabore une théologie ayant
pour angle d’approche sa profonde nouveauté. Le plan de l’ouvrage permet
une consultation assez libre des chapitres. L’A. étudie d’abord le
contexte historique de la réactivation d’une réalité ancienne dans un
contexte qui s’était passé de lui et ne veut plus lui faire de place. Il recentre
alors la question sur la mission de l’Église, afin d’éviter qu’on ne projette
sur le diaconat la solution aux bouleversements sociétaires, et
cherche dans le sacrement de l’ordre la transcendance qui l’empêche
de se dissoudre dans une pure fonctionnalité. L’A. rappelle ainsi que
le diacre ne sert pas l’Église de manière individuelle mais en tant qu’appartenant
à l’ordre des diacres. Ceci joue un rôle dans la façon dont le
caractère sacramentel peut être défini pour le diacre. Mais l’originalité
la plus manifeste de l’A. se trouve dans une étude théologique pointue
qui jette une lumière originale sur un problème épineux : la distinction
entre le ministère diaconal et les ministères laïcs. On entend souvent
cette remarque selon laquelle « un diacre ne fait rien que ce que qu’un
laïc peut faire », mais la mentalité induite par cette expression amène
à des malentendus fâcheux. En effet, l’habitude tenace de considérer
les ministères en fonction de la potestas du ministre ruine souvent la
tentative d’articuler les ministères entre eux : on ne cherche pas à savoir
ce que le ministre fait ou doit faire, mais ce qu’il est le seul à pouvoir
faire au titre de son ordination. Or les ministères se signifient les uns
les autres : « À quarante ans de distance, le diaconat rétabli pourrait
bien être ce service, ce ministère qui décentre l’Église et la tient en
haleine dans la préoccupation de l’ailleurs ou d’un au-delà d’ellemême.
Dans cette perspective, on conviendra aisément des limites de
la considération du diaconat comme d’un “ degré inférieur ” » (p. 34).
Pour y parvenir, l’A. indique qu’il faut « dépasser une compréhension
binaire du rapport de l’Église au monde pour passer à une vision
ternaire entre histoire, Église et eschatologie » (p. 36). « L’ordination
diaconale habilite au ministère, c’est-à-dire à servir l’Église pour la disposer
à sa mission, à la suite du Christ et dans la force de son Esprit »
(p. 38). C’est pour cela que le diacre reçoit souvent un ministère aux
« avant postes ». C’est ici que le caractère diaconal du Christ se manifeste
avec vigueur. « Le diaconat permanent peut conduire tous les
baptisé à une prise de conscience plus aiguë de la diaconie du Christ
dans laquelle, tous ensemble et chacun pour sa part, ils sont entraînés
par la grâce de leur baptême. Dans cette perspective, il y a lieu de se
demander si le diaconat ne serait pas une clé du renouvellement du
ministère de l’Église tout entière » (p. 234). Malgré sa densité conceptuelle,
l’ouvrage se lit aisément et chaque chapitre livre son lot de
remarques judicieuses, tirées de l’expérience pastorale de l’A. et de
ses lectures abondantes sur le sujet. La démarche est stimulante et
pourrait trouver un complément utile dans une prise en compte de la
vie religieuse, qui elle aussi et peut-être surtout, recentre l’Église sur
son eschatologie. — R. TARDY.

VINGT-TROIS A. (Mgr), Croire, espérer,aimer, Paris, Presses de la Renaissance,
2007, 14 x 22,5 cm, 348 p., 20,00 €.

Sont rassemblées ici trente-six interventions (homélies, conférences,
interviews, …) que, depuis sa nomination en 2005, l’archevêque de Paris
a adressées à un auditoire varié : théologiens, séminaristes, aumôniers,
catéchistes, responsables politiques, chefs d’établissements scolaires.
Parmi les sujets traités, retenons : une présentation de l’héritage intellectuel
de Jean-Paul II ; une défense de l’allocution de Benoît XVI à
Ratisbonne ; deux commémorations (le génocide arménien en 1915 ; la
grande famine en Ukraine en 1932-1933) ; deux dialogues avec le peuple
juif (à Bruxelles et à Tel Aviv) ; une analyse de la pénurie de prêtres et
de sa répercussion en Île-de-France. L’orateur procède de manière
avantageusement didactique (trois thèmes, cinq points, six conclusions)
et parsème son texte d’allusions à l’actualité : émeutes en banlieues ;
caricatures de Mohammed. Deux idées-forces se dégagent : être chrétien
introduit nécessairement une différence ; l’Église est missionnaire
ou elle n’est pas. — P. DETIENNE, s.j.

SESBOÜÉ B., La théologie au XXe siècle et l’avenir de la foi. Entretiens
avec Marc Leboucher
, Paris, Desclée de Brouwer, 2007, 15 x 23,5 cm,
400 p., 25,00 €.

Théologien chevronné, éditeur d’une monumentale Histoire des dogmes
(4 tomes, 1994-1996), l’A. présente, sous forme d’interviews et à titre
personnel, un passionnant bilan du XXe siècle, siècle de l’Église. Parmi les
sujets traités, relevons : la foi confrontée à la science et à l’histoire ; le
scandale trinitaire au regard des monothéismes non chrétiens ; l’unicité
du Christ et le dialogue interreligieux ; le « retour aux Pères » ; le piétinement
de l’œcuménisme ; l’Église face à la modernité (les rendez-vous
manqués ; la réconciliation à Vatican II), la réception du concile ; le débat
sur les ministères ; théologie et vie spirituelle… Évoquant l’avenir de la
foi, l’A. suggère « une voie qui fasse davantage appel à la liberté adulte et
à la responsabilité » du croyant. « Le centre, nous dit-il, doit devenir plus
centrifuge, et la périphérie plus centripète. » Parmi les auteurs les plus
fréquemment cités (K. Rahner, Y. Congar, H. de Lubac), relevons le nom
d’Yves de Moncheuil, ce « précurseur en théologie » auquel l’A. a consacré
récemment un bel ouvrage. À lire. — P. DETIENNE, S.J.

FLYNN G., (dir.), Yves Congar, théologien de l’Église, trad. D.Barrios-
Delgado, J.Prignaud et J.Mignon, Paris, Cerf, 2007, 22 x 14 cm, 448 p.,
44,00 €.

Quand des experts de neuf pays relisent, pour le centième anniversaire
de sa naissance, l’œuvre de celui qui apparaît comme le plus grand
ecclésiologue de tous les temps, on peut enfin disposer d’un recueil qui
commente la plupart des œuvres majeures du Cardinal Congar (sauf
sans doute celles qui touchent à la christologie). Après l’introduction de
l’éditeur et une série de quatre préfaces par des dignitaires de diverses
confessions chrétiennes, quatre parties regroupent les études consacrées
au théologien (la tradition, le thomisme, la réforme de l’Église
catholique, la théologie du laïcat, l’homme d’Église), à l’oecuméniste
(l’unité espérée, les perspectives liturgiques, une éthique pour la réconciliation),
à l’historien de l’ecclésiologie (la double étude sur l’Église,
Mon journal du Concile, les journaux d’Yves Congar, la pneumatologie,
la tradition encore) et enfin, ses rapports avec le dialogue interreligieux
(la théologie des religions, le théologien de la grâce dans un vaste
monde, Congar et Balthasar, l’appel à Congar dans le cas de J. Dupuis).
L’épilogue ouvre sur le nouveau millénaire. Une bibliographie sélective,
un index des noms propres et une présentation des auteurs achèvent ce
fort volume, qu’on aimera découvrir peu à peu — Noëlle HAUSMAN, s.c.m.

MASSON C., Les laïcs dans le souffle du Concile, Paris, Cerf (Histoire),
2007, 12,5 x 19,5 cm, 352 p., 29,00 €.

Sur un sujet qui peut paraître austère, voici un ouvrage qui se lit agréablement,
et qui bénéficie des recherches doctorales les plus récentes
(voir l’excellente bibliographie). Le premier chapitre trace rapidement,
mais exactement, le profil des laïcs au Concile Vatican II. Le deuxième
esquisse, tout aussi justement, l’histoire et la théologie du laïcat jusqu’à
Pie XII. On sera plus intéressé encore par le troisième chapitre, sur la
réception du Concile dans un contexte de crise, celle de l’Action catholique
spécialisée notamment ; il ouvre sur « la recherche d’une autre
Église », en raison des communautés de base, des contestations de la
paroisse, de la chute des vocations sacerdotales, de la polarisation entre
intégristes et traditionalistes. Le quatrième et dernier chapitre traite des
« maturations et apaisements », avec les signes de renouveau (magistériel),
le passage de l’Action catholique aux communautés nouvelles
et les autres transformations de l’Apostolat des laïcs en France : dans
les domaines de l’évangélisation, de la paroisse encore, de la prière
et de l’Eucharistie, de la catéchèse et de l’enseignement, avec bien
entendu la place des femmes. L’engagement des chrétiens dans le
monde est examiné à nouveaux frais, notamment dans le champ intellectuel
et dans la vie sociale sous toutes ses formes, y compris la
construction de l’Europe. Les perspectives finales montrent les limites
et les synergies des modèles et clivages évoqués. On conclura avec l’auteur,
commentant la remarque d’Emile Poulat, frappé par la « présence
catholique dans des secteurs négligés marginaux, à peu près seule,
sans concurrence » : ce « militantisme mal connu et peu bavard…est
peut-être une des forces les plus réelles de la communauté catholique »
(177). — N. HAUSMAN, s.c.m.

Écriture

VANHOOMISSEN G., Maladies et guérison. Que dit la Bible ?, Bruxelles,
Lumen Vitae (Connaître la Bible, 48), 2007, 15 x 21 cm, 80p., 10,00 €.

L’A., professeur d’exégèse, se penche sur les maladies dans la Bible.
Au-delà des causes naturelles, sont vues comme résultant de la violation
d’un commandement divin… mais, Dieu ne pouvant être incriminé,
elles sont conçues comme infligées par des créatures qui lui sont
subordonnées : les démons. Pour Job, le malheur du juste n’est pas un
châtiment, mais une épreuve. Les supplications psalmiques, révélant
des « fractures de l’âme » (maux à la fois physiques et psychiques), en
appellent à l’amour fidèle du Seigneur : la maladie ne coupe pas la relation
avec Dieu. Dans la guérison qu’il accorde, la perspective devient
spirituelle : pardon, salut, plénitude de vie. Les guérisons de Jésus sont
des signes de la venue du Royaume de Dieu. L’A. clarifie l’expression
« Ta foi t’a sauvé » : dans les miracles-guérisons, la foi précède le miracle ;
dans les miracles-légitimations, elle est la conséquence de l’initiative
du thaumaturge. L’A. évoque alors les dons de guérison offerts à la
communauté chrétienne (et la prière « toujours exaucée ») et il conclut
par l’évocation paulinienne (Col 1,24) de l’inéluctable mysterium doloris.
— P. DETIENNE, s.j.

BAUDASSÉ Ph., La Bible, livre de vie, Paris, Éditions du Jubilé (Guide
Totus), 2007, 13 x 18 cm, 192 p., 9,00 €.

On l’aura rapidement compris, la visée de ce livre est bien moins d’être
un ouvrage de référence qu’une introduction sérieuse et accessible à
la Bible. Après l’avoir sommairement située comme Parole de Dieu, et
l’avoir présentée du point de vue formel (division en chapitres, versets,
présence de titres et de notes) l’A. s’attache à son contenu en dessinant
l’arrière-plan historique, religieux et social de la Bible. Puis il poursuit
efficacement son propos en parcourant un vaste champ de questions
auxquelles il répond en quelques paragraphes ciselés : la violence ?
pourquoi les répétitions ? un livre de science ? etc. Le guide, souvent
illustré de citations bibliques opportunes, s’achève par des annexes
dont on retiendra la proposition de lecture de la Bible sur un an, ou
encore celle consacrée aux principales traductions françaises actuellement
disponibles même si elle ménage une place par trop singulière à
la version de l’éditeur. Nous voyons, au final, dans cet ouvrage une invitation
à ouvrir la Bible afin de se mettre directement à l’écoute de Dieu.
L’initiative est belle.—S. WAEFFLER.

Œcuménisme

KASPER W. (CARD.), Manuel d’œcuménisme spirituel, Bruyères-le-
Châtel, Nouvelle Cité (Racines), 2007, 13 x 20 cm, 96 p., 13,00 €.

Le très renommé Président du Conseil Pontifical pour la Promotion de
l’Unité des chrétiens nous propose, dans ce tout petit ouvrage, une grande
invitation à la pratique quotidienne du véritable œcuménisme, « pour la
cause de l’unité des chrétiens ». C’est donc un simple manuel, divisé en
trois parties désormais classiques (l’approfondissement de la foi, la prière
et la célébration, la diaconie et le témoignage), et nanti d’une bibliographie
fort précieuse, puisqu’elle reprend les documents résultant des
dialogues œcuméniques internationaux auxquels l’Église catholique a
participé dans l’après-Concile. À tout moment, le texte se suspend dans
un paragraphe qui débute invariablement par « Ensemble les chrétiens
peuvent… ». On sera sans doute surpris par l’étendue de ce qui est, dès
aujourd’hui, possible, mais aussi, par la précision de certaines notes infrapaginales.
À intégrer d’urgence, par tous. — N.HAUSMAN, s.c.m.

Patristique

DUPONT V., Les Pères de l’Église, témoins du Christ, Bégrolles-en-Mauges,
Abbaye de Bellefontaine (La Tradition, source de vie), 2007, 15 x
21 cm, 352 p., 19,50 €.

Si « les ouvrages d’introduction aux Pères de l’Église ne manquent pas »,
comme le concède sa 4e de couverture, trop rares sont cependant ceux
qui peuvent prétendre à la qualité de ce récent manuel. Dès le premier
contact, le lecteur est saisi par la richesse des cartes, des schémas et des
tableaux synthétiques qui l’aident à la compréhension du foisonnement
théologique des premiers siècles. Puis il se découvre rapidement
immergé dans le contexte social des Pères et effectue un véritable
voyage du fait de l’approche géographique adoptée par l’A. C’est ainsi
que, région par région, elle dépeint la situation ecclésiale et, à la manière
d’un roman historique, y campe plus de trente figures de vifs pasteurs.
L’exposé de leur opinion déploie à cette occasion, et en toute clarté, une
authentique christologie patristique. Cette introduction se distingue
des autres par sa pédagogie, sa concision, et les citations qui l’illustrent.
De ce fait, elle devrait se ménager une place de choix dans la plus
modeste des bibliothèques. — S. WAEFFLER.