Recensions parues dans ce numéro…

Écriture

KUMAI H., SHINOZAWA K., Manga. Le Messie, Marpent (France), BLF
Europe, 2009, 14 x 21 cm, 288 p., 9,50 €.

Le terme « manga » désigne en japonais les bandes dessinées en général.
En français, ce terme désigne les bandes dessinées japonaises, et par
extension celles du même genre. Mais ici, c’est un véritable « manga »
qui nous vient du Japon. Édité en 2006, il est déjà traduit en 8 langues
dont le français. Il s’agit d’une adaptation des quatre évangiles, ayant
pour but de raconter l’histoire de Jésus. Après une période d’apprivoisement
— les dessins sont quelque peu étonnants pour nos yeux européens
—, on ne peut que lire l’ensemble d’une seule traite. Certes, des
choix ont été faits, et on ne peut comparer le texte à celui des évangiles
qui, inspirés, nous révèlent Jésus, Fils de Dieu, à travers leur quadriforme.
Mais voici une belle porte d’entrée pour accèder aux textes
saints, qui bénéficie de la magie de la forme BD la plus populaire
aujourd’hui. Notons, par exemple, les encadrements plus foncés qui
signalent un récit dans le récit et qui donnent un relief tout particulier
aux paraboles, ou encore, les formes diverses et variées sous lesquelles
apparaissent les apports du narrateur. Les actions ou les dialogues des
personnages sont mis en valeur par les dessins, de façon très suggestive.
Il est vrai que le monde décrit a tendance à être dualiste, avec les bons
d’un côté et les méchants de l’autre, si bien que l’implication du lecteur
peut s’en trouver amoindrie. Mais l’amour de Jésus qui jaillit tout au long
du récit, nous entraîne au-delà. Or, au bas de chaque page, les références
évangéliques, d’une grande précision, permettent à chacun de s’y
référer s’il le désire. En somme, ce petit livre est un véritable trésor,
notamment pour les jeunes ! Notons qu’il sera suivi d’un second
volume, racontant les actes des apôtres ainsi que les épîtres, et qu’à
terme, l’ensemble de la Bible devrait donner le jour à une collection en
5 volumes. Merci aux auteurs et aux éditeurs de ce premier manga ! —
V. FABRE.

Prière et liturgie

SAINT AUGUSTIN, Homélies sur la Première Epître de saint Jean, Paris,
Institut d’Études augustiniennes (Œuvres de saint Augustin,
9e série, 76), 2008, 11,5 x 17 cm, 560 p., 34,00 €.

Pour éclairer le texte critique de J.W. Mountain et la traduction de
J. Lemouzy (+), le Père D. Dideberg introduit et annote les dix « tractatus » par lesquels Augustin, en 407, commenta, octave de Pâques oblige,
presque toute la première épître de saint Jean. Cette prédication au peuple
a consacré le théologien de la charité : pour lui, l’implication de
l’amour des frères et de l’amour de Dieu se fonde sur la révélation du
Dieu-Amour (51). La bibliographie et les importantes « Notes complémentaires » précèdent plusieurs tables, éclairant la vivacité des homélies :
« On exalte la charité et vous poussez des cris ! … De même que vous
prenez plaisir à faire l’éloge de la charité, prenez plaisir à la conserver
dans vos cœurs » (309). — N. HAUSMAN, s.c.m.

André BOULER, La prière de l’Anima Christi, Namur, Fidélité, 2007,
17 x 24 cm, 32 p., 11,50 €.

Depuis son invention au Moyen Âge, dont elle exprime parfaitement la
spiritualité, la prière de l’Anima Christi n’a cessé d’être une source
d’inspiration pour les mystiques et pour les artistes. Elle invite à
contempler l’humanité du Christ et son œuvre rédemptrice. Ses treize
stiques aux invocations brèves et bien rythmées ont été méditées par le
P. André Bouler (1924-1997) qui en a peint autant de tableaux à la fois
énergiques et apaisants. Les éditions Fidélité proposent dans un fascicule
attrayant la série des ces peintures abstraites. Elles sont précédées
par une introduction du P. Daniel Dideberg qui, après avoir présenté
l’artiste, livre une courte étude consacrée à l’Anima Christi et à son
histoire. — S. WAEFFLER.

Éthique

CARMEL DE BOURGES, Les mots d’Elisabeth de la Trinité. Concordance,
Bourges/Moerzeke, Carmel de Bourges/Carmel-EdiT, 2006, 21 x
30,5 cm, 848 p., 75,00 €.

Précédée d’un essai sur Elisabeth écrivain (C. De Meester), introduite
par sœur Elisabeth-Marie, cheville-ouvrière de l’entreprise, dotée d’un
mot d’amitié de l’Archevêque de Bourges, ce bel instrument de travail
n’a pas pris une ride, depuis sa publication et il demeurera définitivement
l’indispensable compagnon de ceux que la Carmélite de Dijon
peut intéresser et instruire. De consultation très aisée, cette concordance
quasi exhaustive des écrits, même les plus récemment découverts, rend désormais possibles les études approfondies qui s’imposent. On
citera comme particulièrement utiles les entrées « adorable-adorer »,
« louange de gloire », « maladie », « Paul », « sponsa »… Signalons encore
l’agréable trouvaille qui voit les lettres de l’alphabet « enluminées » par
des photographies de la sainte, disposées chronologiquement : de quoi
entendre la multitude de ces quelque cinq mille mots à la lumière d’un
visage. — N. HAUSMAN, s.c.m.

BEAU J. (éd.), Thérèse de Lisieux. Docteur de la vérité, Paris, Parole et
Silence (Cahiers de l’École cathédrale, 78), 2007, 14 x 21 cm, 160 p.,
14,00 €.

Ce volume rassemble les communications présentées lors d’une session
d’étude de l’École Cathédrale de Paris, les 1er et 2 février 2007. Elles
se répartissent en quatre sections : l’expérience thérésienne, Thérèse
docteur de la Vérité, Thérèse docteur de la Charité, Thérèse docteur de
l’Espérance. Mgr G. Gaucher met en lumière la nouveauté de la « petite
voie » de la confiance et de l’amour, découverte par la sainte fin 1894 –
début 1895. Paul Airiau (Charles Arminjon) aborde la question de la
liberté spirituelle thérésienne, affrontée au risque du galvaudage. Sa
conclusion a le mérite de la clarté et du réalisme : il faut tenir ensemble
que l’homme contemporain a plus que jamais besoin de la miséricorde
divine — donc de la pensée de Thérèse — mais aussi, pour pouvoir en
profiter, de méthodes appropriées d’oraison, y compris l’oraison
méthodique discursive. C’est le désir de véracité qui fut, à l’estime de
Mgr d’Ornellas, le roc sur lequel Thérèse a édifié sa maison : entre la
miséricorde divine et la misère de l’homme, Thérèse expose le chemin
de vérité, celui du cœur pur qui, à la dernière place, peut fixer purement
les yeux sur Dieu et son Amour. Croire en cet Amour qui s’est révélé à
nous, telle est la grâce et tel est le secret de Thérèse, voilà ce que nous
fait comprendre François Gérard. Quant à Michel Evdokimov, il fait une
émouvante comparaison entre Thérèse de Lisieux et saint Silouane de
l’Athos. Dans l’univers de la sainteté, ces deux saints nous montrent que
le mur de la séparation ne monte pas jusqu’au ciel. Ils nous libèrent du
légalisme et du triomphalisme, et nous enseignent que la vocation de
l’homme n’est pas de demeurer en enfer, mais de se laisser emporter par
la Miséricorde. — H. JACOBS, s.j.

Témoins

TEILHARD DE CHARDIN P. et SWAN L., Correspondance, Bruxelles, Lessius
(Au singulier, 17), 2009, 15,5 x 23 cm, 448 p., 29,50 €.

Pour fêter leur dix ans d’existence, les éditions Lessius nous offre leur
centième volume, prestigieux : publiées pour la première fois en français, plus de deux cents lettres ou notes de Teilhard à Lucile Swan (de 1932 à
1955) et une sélection des réponses et du journal de celle-ci. Un double
dossier donc, unique en son genre, qui se trouve précédé de « Souvenirs
de Pierre Teilhard » par son plus proche ami jésuite, P. Leroy (1992), et
de « Souvenirs de Lucie Swan » par Mary Wood Gilbert (1993) ; il est suivi
d’une étude sur « Teilhard et le Féminin » par Th.-M.King, s.j., (1993) et
d’une Postface de G. Martelet, s.j., (2008), auquel on devait déjà, chez le
même éditeur, ce Teilhard de Chardin, prophète d’un Christ toujours
plus grand
(2005) qui a fait date. Un très précieux « guide et index des
personnes citées » s’ajoute encore à la bibliographie sélective et à une
vingtaine de photographies très suggestives. Groupés en trois chapitres
(les années en Chine, la longue séparation de la guerre et de ses suites,
les dernières années), ces échanges intimes et féconds n’ont qu’un
thème, selon le jésuite : « vous, vous cherchez un équilibre à deux, et
pour moi, il n’est question que d’un équilibre à trois » (109). C’est qu’il
y avait bien d’autres femmes, dans la vie et la pensée de Teilhard, tandis
que Lucile comprenait tout autrement que lui le « je vous aime pour toujours » de son ami. Une correspondance dramatique, à certains égards.
— N. HAUSMAN, s.c.m.

RASTOIN C., Edith Stein (1891-1942). Enquête sur la source, Paris, Cerf
(Épiphanie), 2007, 13,5 x 19,5 cm, 384 p., 25,00 €.

En une succession de 32 petits chapitres, voici dressé un splendide portrait
d’Edith Stein, peut-être le plus complet jusqu’à aujourd’hui. Le cheminement
de celle qui, enfant, fut surnommée « le livre aux sept sceaux »
et qui deviendra sœur Thérèse-Bénédicte de la Croix, martyre, est profondément
marqué par sa capacité d’empathie (« Elle a cette capacité
précieuse d’apprendre de chacun, quel qu’il soit. » p. 51) ainsi que sa
capacité à « se prendre en main ». A travers ses amitiés, ses relations, ses
engagements et son œuvre, l’A. nous donne de rencontrer une autre S.
que celle, trop sévère et triste, des photos que nous en avons. Le livre nous
donne accès à des extraits de la Positio (recueil des dépositions recueillies
pour la canonisation), pour la première fois accessibles, ainsi qu’à
des extraits de textes encore inconnus des francophones. De plus, par les
recherches de l’A. et sa bonne connaissance du judaïsme e.a., les personnes
qui ont marqué S. nous sont présentées dans la richesse de leur
contexte et avec toute leur profondeur. À recommander, autant à ceux
qui connaissent déjà S. qu’à ceux qui veulent la découvrir. — S. DOURSON.

AUBÉ Gh., LEJAY J.-L., Prier 15 jours avec le père Épagneul, fondateur des
Frères missionnaires des campagnes
, Bruyères-le-Châtel, Nouvelle
Cité (Prier 15 jours avec…), 2007, 11,5 x 19 cm, 128 p., 12,50 €.

Né en 1904, Michel Épagneul fut d’abord dominicain. Les Frères prêcheurs
lui offrirent une vie religieuse riche et ouverte, qui annonçait déjà les futurs renouveaux encouragés par Vatican II. Touché par la détresse
des paroisses rurales, il fut amené à fonder les Frères missionnaires des
campagnes. Devenu frère Michel-Dominique, il lança une vie religieuse
à la fois traditionnelle et novatrice, où les frères seraient tous également
religieux, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs fondamentaux.
L’engagement apostolique au service des campagnes y serait le fruit de
la prière : « Vous voulez annoncer le Christ aux ruraux, contemplez-le
d’abord […]. » Bref, une vie communautaire, missionnaire et rurale. Les
difficultés furent nombreuses. Les mutations de la société éprouvèrent
profondément le frère Épagneul. Retiré à Paris, chez les Petites Sœurs
des pauvres, il y mourut en paix, en 1997, au terme d’un long chemin
d’abandon. Cette anthologie, avec ses commentaires, nous fait pénétrer
au plus intime de ce cheminement d’une authentique sainteté. —
H. JACOBS, s.j.