Recensions parues dans ce numéro…

Vie de l’Église

Schönborn chr. (card.), La joie d’être prêtres. À la suite du curé d’Ars, Nouan-le-Fuzelier, Éditions des Béatitudes, 2009, 15,5 x 23,5 cm, 160 p., 14,00 €.

Personne, après les célébrations qui ont marqué l’année sacerdotale 2009 et le 150e anniversaire de la mort du curé d’Ars, ne pourra dissocier cette haute figure de sainteté et l’exigence, proprement mystique, qui se découvre au cœur de la spiritualité spécifique du prêtre ordonné à la « charité pastorale » dans le service du sacerdoce baptismal de tous les fidèles. Devant 1200 prêtres rassemblés à Ars, précédés par un mot d’ouverture envoyé par Benoît XVI, les cardinaux Christoph Schönborn et Claudio Humes, ainsi que Mgr Guy-Marie Bagnard et le P. Philippe Caratgé ont déployé sous l’éclairage, fulgurant dans son dépouillement, de Jean-Marie Vianey, divers aspects de cette voie propre de sainteté. La contribution de l’archevêque de Vienne donne les 100 premières pages de ce volume. Familièrement, émaillé de souvenirs personnels, de « vécu », le propos ne vise pas à une élaboration doctrinale complète, mais à situer le sacerdoce ordonné au service du « projet de Dieu », à la suite des Apôtres. Il pourra ainsi le désigner comme service de la Miséricorde et de l’Eucharistie, double et unique source de la charité pastorale. La sainteté personnelle du prêtre, celle de son baptême, devra se laisser orienter par la grâce de son ordination et sera accueillie au cœur de sa propre obéissance à la Parole : dans la prière et le combat spirituel, dans le service de la parole pour une mission authentiquement prophétique. Des questions, enfin, proposées par des participants, font émerger les difficultés rencontrées par cette mission. Le cardinal, précisément, consacrera sa dernière causerie à évoquer la foi et la « pastorale » de Marie. C’est encore à souligner les dimensions de cette mission que les trois derniers témoins vont s’appliquer plus encore en référence à la figure du curé d’Ars, la « grâce d’Ars ». À nouveau, son effacement devant l’abîme eucharistique et son union « corps et âme » à la passion miséricordieuse du Christ font de lui non un « modèle à imiter » mais un intercesseur à qui demander comment nous devons, aujourd’hui et chacun en son lieu propre, nous laisser traverser de l’Esprit à l’œuvre dans l’Eglise du Christ, unique Grand Prêtre, pour le salut du monde que « le Père a tant aimé ». — J. BURTON s.j.

Clifford C., Hurtubise P. et Morrisey Fr., Le Pape, Montréal, Novalis (25 questions), 2009, 11 x 18 cm, 120 p., 13,95 $ CA.

Signalons cette savoureuse nouvelle collection, qui veut répondre en 25 questions à chacun de ses sujets. Dans ce petit volume consacré au Pape, les trois auteurs se sont chargés des aspects théologique (C.Clifford), historique (P.Hurtubise) et canonique (F.Morrisey, qui a déjà rendu tant de services), tout en se faisant « solidairement responsables » de l’ensemble des textes. Quelques questions sont consacrées au Pape lui-même (le mot, les titres, les successions…) ; d’autres à son élection ; d’autres à sa vie, sa « demeure » (Rome), ses insignes ; d’autres encore à son autorité ; et les dernières, à ses relations aux autres Églises, religions, États. Une excellente forme, pour un fond remarquable (voir notamment les clarifications sur l’infaillibilité, les types de documents et leur qualification magistérielle…). Longue vie aux aventuriers du digest éclairant ! — N. HAUSMAN, s.c.m.

De la Soujeole B.-D., op, Prêtre du Seigneur dans son Église. Quelques requêtes actuelles de spiritualité sacerdotale, Paris, Parole et Silence, 2009, 15 x 23,5 cm, 267 p., 23,00 €.

Cet ouvrage signé d’un seul auteur est en fait le fruit du travail d’un groupe réunissant des religieux, des prêtres, une théologienne et une ancienne directrice d’école. La composition élargie permet certes une richesse de regard. En même temps, l’écriture se ressent de cette dimension « synthétique », ce qui peut rendre la lecture parfois rébarbative. Néanmoins, il faut souligner l’intérêt majeur de cette recherche : resituer la vie spirituelle du prêtre à l’intérieur de sa vie baptismale. Cela permet à l’auteur de développer la distinction et le lien entre le sacerdoce ministériel et le sacerdoce baptismal et de rappeler la dimension fondamentalement « réceptive » de la vie chrétienne, y compris celle du prêtre (2e partie). Ainsi, apparaît-il plus aisé de situer la vie du ministre à l’intérieur de la vie de l’Église et de mettre en lumière sa valeur propre (3e partie). Fort de ces deux points de vue, l’auteur peut aborder la vie spirituelle sacerdotale dans son « réalisme chrétien » (4e partie). La charpente théologique et spirituelle de l’ouvrage est solide. On pourra pourtant s’étonner du peu de place accordée à l’Eucharistie dans la vie spirituelle du prêtre diocésain. N’est-ce pas pourtant un défi actuel de redécouvrir la juste place de ce sacrement dans la vie et le ministère du prêtre ? — Fr. G. DE LONGCAMP, c.s.j.

Benoît XVI, Benoît XVI en Afrique. Voyage apostolique au Cameroun et en Angola, 17-23 mars 2009, Paris, Parole et Silence / Lethielleux, 2009, 14 x 21 cm, 128 p., 8,00 €.

Ce voyage destiné à remettre l’Instrument de travail préparatoire au IIe Synode pour l’Afrique est demeuré célèbre pour la polémique qu’il suscita, en raison des déclarations papales durant le vol, sur les moyens de lutter contre le sida. Les esprits non prévenus trouveront bien davantage, dans les adresses aux deux pays, au moment où se célèbrent les cinquantenaires de nombreuses indépendances nationales. Le Pape a recommandé à chacun de ses auditoires, évêques, prêtres, membres de la vie consacrée, personnes mariées, la grande figure de saint Joseph ; aux malades, il a aussi rappelé qu’un Africain, Simon de Cyrène, a aidé Jésus à porter sa croix, et à tous, que le Christ a connu l’exil dans son enfance. En Angola, s’adressant à l’une des plus anciennes communautés catholiques d’Afrique subéquatoriale, il a encouragé à la paix et à la réconciliation, mais aussi au développement dont les Africains doivent être les premiers acteurs ; et ce renouveau ne se fera pas sans la reconnaissance due aux missionnaires, ni sans les femmes, qui maintiennent intacte la dignité humaine dans les régions les plus dévastées. Pour finir, le Pape a remercié Dieu d’avoir trouvé une Église vivante aussi bien qu’un peuple courageux et décidé à renaître ; il a aussi appelé tous les chrétiens à la solidarité qui engendre un partage toujours plus équitable des ressources de la terre entre tous les hommes. — N. HAUSMAN, s.c.m.

Spiritualité

Peyrous B., Histoire de la spiritualité chrétienne, Paris, Éditions de l’Emmanuel, 2010, 13 x 21 cm, 288 p., 17,00 €.

L’A., qui a consacré un ouvrage au fondateur de l’Emmanuel, esquisse ici en cinq chapitres, une histoire de la spiritualité chrétienne : origines, Moyen Âge, époque moderne, xixe siècle, xxe siècle. Qu’en retenons-nous ? Des saints qui sont des maîtres (Augustin, Thérèse de Lisieux) ; des ouvrages incontournables (Imitation de Jésus Christ ; Combat spirituel de Scupoli ; Exercices spirituels d’Ignace ; Introduction à la vie dévote) ; des spiritualités (Devotio moderna, École française) ; des mystiques (rhéno-allemands, espagnols) ; des dévotions (Sacré-Cœur, esclavage de Marie) ; des distinctions contestées (ascétisme, mysticisme) ; des querelles (jansénisme : molinisme) : des statistiques (Pierre Claver a baptisé de sa main 300 000 esclaves noirs). L’A. s’attarde sur les spiritualités orientales (hésychasme) et touche un mot du monde protestant. Les dernières pages se réduisent souvent à des listes de noms propres. Un texte dense, limpide, propre à éveiller chez le lecteur le noble désir d’en apprendre davantage : une bibliographie sommaire l’y aidera. N.B. : Maxime le Confesseur a combattu non pas le monothéisme mais le monothélisme (p.136). — P. detienne, s.j.

Gaucher G., « Tout est grâce. » Retraite avec Georges Bernanos dans la lumière de sainte Thérèse de Lisieux, Paris, Cerf (Épiphanie), 2009, 14,5 x 21,5 cm, 240 p., 18,00 €.

Personne ne s’étonnera de trouver sous la plume de Mgr Guy Gaucher le rapprochement, à l’intention d’une prédication de retraite, des deux noms qu’annonce le titre de ce livre. Certes le propos de se mettre à l’école de Bernanos pour entrer en prière n’est pas neuf. On connaît le très beau Prier 15 jour avec… Georges Bernanos de Benoît Lobet, mais il était naturel de convoquer de manière explicite, aux côtés de l’auteur du Journal d’un curé de campagne, celle qui dans ses Derniers Entretiens concentrait sa « petite voie » dans les trois mots lapidaires du « Tout est grâce ». Saint Augustin, quatorze siècles plus tôt l’avait écrit dans ses Confessions : « Tout est grâce, sans grâce la liberté ne réussit jamais à se rendre effective pour le bien. » Ici, au cours des huit entretiens dispensés par le prédicateur, nous entrons dans l’intelligence croyante de ce rapport vivant entre la grâce et la liberté. La lecture méditative et l’oraison quotidiennes, ensemencées de versets appropriés de l’Écriture, dans l’alternance des heures de la journée balisent sûrement un chemin vers le Seigneur. On y avance tenu par la main, par les mains faut-il dire, de deux figures tutélaires exemplaires et fortes qui ouvrent — et souvent fouillent — ces cœurs, les nôtres, qu’elles connaissent et disent si bien. Des repères biographiques distribuent les dates significatives des deux vies et une bibliographie (limitée à ces entretiens) complètent ce livre précieux. — J. burton s.j.

Rupnik M.I., Au regard de Dieu. L’examen de conscience, Namur, Fidélité (Spiritualité ignatienne), 2011, 14,5 x 21 cm, 88 p., 9,95 €.

« Avant d’être un travail moral, l’examen de conscience est une prière qui fait vivre le chrétien dans la liberté, le sauve du mal en l’introduisant au cœur de la Sagesse divine à l’œuvre dans le monde et dans l’histoire » (préface d’Alban Massie s.j.). Que dire de plus ? Sinon que nous avons dans ces pages denses et lumineuses — l’auteur est un artiste de tradition spirituelle orientale — une exposition classique et novatrice de cet « exercice » tant recommandé par Ignace de Loyola. Se placer dans la contemplation du dessein de Dieu et laisser sa Sagesse révéler — comme pour un cliché argentique plongé dans le bain révélateur — le relief spirituel de nos pensées et de nos actes tels que la conscience chrétienne les reçoit dans l’action de grâce ou — contrite — les rejette, voila qui est bien classique. La mise en œuvre proposée de manière très pédagogique en deuxième partie du livre est certainement davantage novatrice. Il faudra l’exercer pour apprécier la bienheureuse fécondité de l’Esprit. Car il s’agit du bonheur éprouvé à la suite du Fils vers notre Père. — J. BURTON, s.j.

Renault E., L’influence de sainte Thérèse d’Avila sur Thérèse de Lisieux. Essai, Toulouse, Éditions du Carmel (coll. Carmel vivant), 2009, 14 x 21 cm, 208 p., 18,00 €.

Après Ce que Thérèse de Lisieux doit à Jean de la Croix (Cerf, 2004) (voir Vies consacrées, 2005-2, p. 131), le présent « essai », préfacé comme il se doit par Mgr G.Gaucher, entrecroise les expériences religieuses de l’une et l’autre Carmélites, selon une méthode dite « de l’influence » (objective et subjective) de la Madre vers le jeune Docteur (13). L’ordre suit la chronologie de l’apparition des citations (une quarantaine), réminiscences, faits personnels ou communautaires chez Thérèse Martin, en deux chapitres (et quelques illustrations utiles) : l’initiation d’une part (environ 35 pages), la vie au Carmel de l’autre (125 pages). Faussement naïf sur certaines sources (les Derniers entretiens, la vie de Thérèse de Jésus d’après les Bollandistes), comme sur la « blessure d’amour » de Thérèse (120), l’auteur répète, sans jamais l’expliquer, que la « nuit intérieure » de la jeune carmélite va de son entrée au carmel à sa mort (63, 73, 84, 188). Quoiqu’il en soit, cette « imprégnation diffuse » du climat originel à permis à Thérèse non seulement d’aimer Teresa d’Avila comme sa mère, mais d’entrer dans une filiation dont l’amour de l’Église est la grâce et la joie. — N. HAUSMAN, s.c.m.

Mattheeuws A., Vite, réponds-moi Seigneur. L’accompagnement spirituel, Namur, Fidélité, 2009, 12 x 19 cm, 146 p., 9,95 €.

Renouvelant d’anciens écrits, cette nouvelle brochure, illustrée, présente de « simples propos pour l’accompagnement spirituel » à l’usage de tous, petits et grands. Toutes les têtes des 26 chapitres sont formulées sous forme de questions : n’y a-t-il pas plusieurs modalités pour accompagner ? Peut-on changer de guide spirituel ? Le Saint-Esprit peut-il être notre père spirituel ?… Les enseignements, nuancés, relèvent de la spiritualité ignatienne, et sont aussi formatés, la plupart du temps, par la relation de jeunes en formation spirituelle. Temps de découverte donc, qui ouvre sans doute sur d’autres prolongements, quand la forme principielle sera considérée du côté des « progressants ». — N. hauSMan, s.c.m.

Le Guillou M.-J., Vivre en amitié avec Dieu, Paris, Parole et Silence, 2009, 11,5 x 19 cm, 98 p., 10,00 €.

L’ouvrage propose cinq conférences du P. Le Guillou, développées en une mini retraite personnelle, pour faire grandir l’amour du Seigneur et la joie d’être ses enfants. Bien connu pour sa contribution à l’œcuménisme, l’A. découvre ici quel maître spirituel il était. Il présente d’abord les mouvements de la vie de prière et l’abandon confiant à Dieu, puis les formes courantes de tentation et le combat spirituel, le mystère de la mort et l’accueil de la vie éternelle, le dépassement de la mort et du péché dans l’alliance avec le Christ, et enfin l’eucharistie, célébration de la vie et sacrement de l’amour. Chacun de ces courts exposés dispose d’une structure claire et progressive, riche de larges citations bibliques et de quelques références aux auteurs de la littérature. — Fr. DOMINIQUE, f.s.j.

Marie de la Trinité, Carnets, t. I : Les grandes grâces (11 août 1929- 2 février 1942), Paris Cerf (Intimité du christianisme), 2009, 14,5 x 21,5 cm, 544 p., 44,00 €.

Marie de la Trinité, Carnets, t. II : Revêtir le sacerdoce (2 février- 8 juillet 1942), Paris Cerf (Intimité du christianisme), 2011, 14,5 x 21,5 cm, 686 p., 44,00 €.

Il ne peut être question de prétendre rendre compte de l’entièreté de ce massif dont on commence seulement à apercevoir quelques sommets… et quelques déserts. Colloques et journées de réflexion n’ont pas manqué : (Marie de la Trinité : Lectures d’une expérience et d’une œuvre. Colloque de la Tourette (15-16 novembre 2003) ; Marie de la Trinité : Union à Dieu et filialité — Mystique et épreuve. 1-3e « Colloque Marie de la Trinité », 6-8 décembre 2008, et 2 — Séminaire du 4 avril 2009 au Centre d’études du Saulchoir). Libre avec Marie de la Trinité (Paule de Mulatier), d’Evelyne Frank, écrit en 2008 est intéressant en ce qu’il signale l’intérêt que lui porte le public féminin dont nous connaissons personnellement le désir de vivre son sacerdoce baptismal. Les deux volumes déjà publiés bénéficient de tout l’apparat usuel en ce genre d’entreprise : Chronologie, Glossaire de quelques expressions latines, Index thématique (très détaillé) et Index des références bibliques (chronologique dans le texte et selon les livres de la Bible). Des introductions méthodologiques et doctrinales garantissent encore une approche prudente et éclairée de cette vie et de cette œuvre que nous ne pouvons pas ne pas reconnaître comme donnée à la vie chrétienne de notre temps. Le mouvement de la vie spirituelle dans notre Eglise du xxie siècle aura sans doute à tenir compte de ce témoignage où la suite du Christ et son union à Lui répond, sacerdotalement, à l’attente du Père d’avoir des « adorateurs en esprit et vérité ». — J. BURTON, s.j.

Van Breemen P., Le mystère, notre demeure, Namur, Fidélité (Vie spirituelle), 2009, 12 x 19 cm, 104 p., 8,95 €.

Comment trouver Dieu en nous et nous trouver en Dieu ? Cette double question qui ose s’approcher du « Mystère » de l’Alliance, jalonne la quête sous-jacente à ces sept méditations bibliques proposées par le P. Piet Van Breemen s.j. Prédicateur bien connu de retraites dans la tradition ignacienne, notre auteur a toujours le souci de veiller au « et réfléchir en soi-même, etc. » qui rend attentif à l’action de l’Esprit au cœur de la conscience priante. Les sept étapes allant du « Que cherchezvous ? » au « Shalom » pascal conduisent la contemplation des « mystères » de la vie du Christ. Les références, principalement johanniques, donnent aux mystères contemplés toute leur intimité et conduisent à la reconnaissance de l’unicité de notre réponse. Nous y aident, outre une Prière-colloque, un choix d’autres textes scripturaires et, très précieux assurément, quelques questions « Pour un approfondissement personnel ou pour un échange en groupe ». Un merveilleux petit format à emporter en solitaire ou même au fil des transports en commun où l’I-pod cadenasse la solitude urbaine ! — J. BURTON, s.j.

De Couëssin P., Prier c’est être là. Une initiation à l’oraison, 2009, Strasbourg, Éditions du Signe, 15 x 21 cm, 324 p., 16,00 €.

L’A., qui a été aumônier national de la JOC, envoie une centaine de lettres fictives, familières et « tutoyantes » à un correspondant imaginaire qui chaque matin trouve pénibles ses dix minutes de prière. Il lui prodigue des conseils pratiques (préparation le soir, un coin-prière, lecture uniquement comme rampe de lancement…). Il lui fournit des schémas : pardon, merci, me voici… Il recense les obstacles : distractions, aridité, trop plein d’images, irrégularité, soudain blocage, démarrage difficile… Relevons quelques phrases heureuses : « la ferveur n’est pas l’amour » ; « je sanctifie ceux que je porte dans ma prière » ; « on rejoint les autres au niveau où on vit soi-même » ; « dans la méditation on pense, dans la contemplation on aime » ; « la bonne oraison est celle qui sait durer devant le Seigneur » ; « ce qui importe, c’est l’attention amoureuse » ; « donnons gratuitement du temps à Dieu ». Certaines citations sont éclairantes : « l’homme est créé comme faisant partie d’un dialogue » (Urs von Balthasar) ; « l’amour vrai, c’est de continuer à aimer » (Mère Teresa) ; « le contemplatif n’est pas celui qui découvre des secrets ignorés, mais celui qui s’extasie devant ce que tout le monde sait » (un chartreux). Recommandé à tout qui cherche conseils et encouragements dans sa vie de prière. — P. DETIENNE, s.j.

Écriture

Stevan S., Judas, le mystère de la trahison. « La lumière luit dans les ténèbres », Paris, Éditions de l’Emmanuel, 2010, 13 x 21 cm, 112 p., 14,90 €.

« N’ayez pas honte d’assumer cette fraternité » (p. 84). Cette citation résume la méditation de l’A., qui se déploie entre l’arbre du pendu et la croix du sauveur. Judas, l’apôtre des ténèbres, l’incarnation de l’obscurité de la conscience, le traître, est avant tout un des Douze : son itinéraire est important à l’édification spirituelle. Nous ne connaissons pas son passé, nous ignorons ses conflits intérieurs. Judas a son mystère, comme toute personne. En cela, il est un exemple parfait de la nécessité de ne pas juger le pécheur, notre frère. L’A. ne s’enferme jamais dans la contemplation du morbide et montre comment Jésus tend la main au disciple infidèle, jusqu’au bout. L’ouvrage, dont le style est fluide et souvent proche de l’homélie, consiste en un commentaire de l’Écriture intégrant les hypothèses traditionnelles sur le mystère de Judas. Il propose aussi une analyse spirituelle d’œuvres d’art — Giotto, Le Caravage —, complétées d’annexes dignes d’intérêt. Les questions liées à la figure de Judas sont abordées sans faux-semblants — Comment un ami de Jésus en vint-il à le livrer ? Pour quels mobiles ? Comment Judas s’est-il enfermé dans une double vie ? Comment a-t-il sombré dans le désespoir ? Cette enquête vise à mieux connaître les compromissions de chacun avec le péché et à affermir l’espérance du lecteur dans la miséricorde de Dieu. —Frère DOMINIQUE, f.s.j.

Questions

Bonnewijn O. et Wanert A., Les aventures de Jojo et Gaufrette : Un Noël explosif, Le coffret bleu, Bye bye tristesse, Au bord de l’océan, pour tous ces volumes : Paris, Éditions de l’Emmanuel, 2009, 14 x 18 cm, 48 p., 8,50 €.

Exit Oui-Oui et Fantomette ! Nous avons déjà présenté ces « Histoires de l’oncle Olivier » racontées aux petits camps d’été et qu’il a eu la bonne idée de transcrire en faisant appel au talent d’une très bonne illustratrice. Si nous en parlons à nouveau, c’est pour souligner non seulement leur pertinence pastorale ou catéchétique, mais aussi la réflexion anthropologique remarquable qui en est la source. L’abbé B. (prononcer Bonneouaine, pour les Français) passe en effet du récit à son exégèse, souvent spirituelle, théologique et éthique, dans des explications concrètes et fondamentales. Ne donnons qu’un exemple. Dans Au bord de l’océan, les recherches d’un orphelin pour retrouver ses parents conduisent le lecteur à s’émerveiller sur la naissance humaine mais le font encore passer de la quête identitaire à l’interrogation existentielle : « Où était Bouloche avant d’être dans le sein de sa mère ? », demande-t-on. « Comme tel, il n’existait pas », ose répondre l’auteur qui précise : « Dieu a toujours su qu’il allait créer Bouloche », et conclut avec le psaume : « Le premier, il m’a connu et aimé. Il m’a créé par amour ». Puissent beaucoup d’éducateurs et de parents s’inspirer d’un tel langage ! — A. MASSIE, s.j.

Prière et liturgie

Corbon J., Les lieux de communion. Liturgie et œcuménisme, Paris, Cerf, 2009, 23,5 x 14,5 cm, 688 p., 49,00 €.

Le P. Corbon est théologien et enseignant, occidental ayant découvert les richesses de l’Orient en terre libanaise. Il est aussi soucieux de porter un regard spirituel et critique sur une réalité politique, sociale et religieuse compliquée. Telle est à n’en pas douter l’immense richesse de cet ouvrage : celle des « regards croisés » que pose l’auteur sur des questions touchant à la liturgie et à l’œcuménisme. La première partie nous permet de pénétrer dans la liturgie comme source de communion, telle qu’elle est vécue par nos frères byzantins. Toute liturgie prend sa source dans la communion trinitaire (chapitre 1) et s’achève dans la communion fraternelle (chapitre 12). Cette communion reçue dans la liturgie nourrit l’engagement œcuménique du P. Corbon. La préface du cardinal Kasper éclaire judicieusement le propos de la deuxième partie de l’ouvrage sur l’œcuménisme. Rappeler « l’importance du monde arabe comme milieu culturel du christianisme », ainsi que l’identité des Églises du Moyen- Orient « enracinée pour beaucoup d’entre elles dans l’antique patriarcat d’Antioche ». Chaque chapitre de ce livre est, de par la compétence de l’auteur, d’une immense richesse. La ligne éditoriale de l’ensemble est pourtant difficile à décrypter. Des conférences données à des dates et dans des contextes très différents sont mises les unes à côté des autres, sans que le lecteur en perçoive vraiment la raison. De plus, le lien entre les deux parties de l’ouvrage paraît assez artificiel et ne rend malheureusement pas la lecture continue aisée. — Fr. G. DE LONGCAMP, c.s.j.

Religions en dialogue

YounèS M. (dir.), L’expérience mystique et son impact sur le dialogue islamo-chrétien, Lyon, Profac, 2009, 14,5 x 21 cm, 116 p., 15,00 €.

Sous un titre tout à fait adéquat, ce mince volume recueille les communications faites lors d’une journée d’études organisée par le Centre d’études des cultures et des religions (Université catholique de Lyon). Quelques-unes invitent à découvrir des figures emblématiques de courants particuliers des deux traditions mystiques : ‘Abd-al-Qâdir (1808- 1883) et le maître dont il s’est inspiré, Ibn ‘Arabî (1165-1240), d’une part, Maître Eckhart, de l’autre. D’autres situent la place de la tradition soufie dans le monde de l’islam classique ainsi que sa présence plutôt modeste dans l’islam contemporain de France (et d’Europe). Les écrits et le témoignage de Louis Massignon et de Christian de Chergé, moine de Tibhirine, invitent à s’interroger, dans une perspective chrétienne, sur le statut de la mystique musulmane (le rapport naturel/surnaturel, la vertu de religion…) et sur l’importance de la voie mystique dans le dialogue entre musulmans et chrétiens. — J. SCHEUER s.j.

Patristique

Jérôme, Les hommes illustres, Paris, Migne (Les Pères dans la foi, 100), 2009, 13,5 x 20 cm, 224 p., 17,00 €.

Soucieux de montrer aux païens que les chrétiens sont, tout autant qu’eux-mêmes, hommes de culture, Jérôme, établi à Bethléhem, dresse, en 393, à l’imitation de Suétone, un catalogue de 135 écrivains ecclésiastiques et de leurs écrits. La liste, qui compte 102 auteurs grecs et 33 latins (9 apôtres, 66 évêques, 11 prêtres, 3 diacres, 1 moine… et 6 hérétiques, parce qu’ils ont combattu les païens), s’étend de saint Pierre à Jérôme lui-même. Les quelques lignes ou quelques pages qui leur sont consacrées mentionnent souvent leurs fonctions et leur époque… et, parfois aussi, leur patrie, le genre de leurs ouvrages, leur martyre, leurs parents, leurs études, leur sépulture. La chronologie est parfois bouleversée en faveur de regroupements linguistiques, géographiques ou thématiques. Ce centième ouvrage de la collection Les Pères dans la foi est enrichi d’un guide thématique, d’un tableau chronologique, d’un glossaire et d’un index biblique. La traduction, l’introduction et les notes sont de la plume de Delphine Viellard. — P. DETIENNE s.j.

Geoffroy d’Auxerre, Sur les trois premiers chapitres de l’Apocalypse. Vingt sermons, Saint-Jean-de Matha (CA), Éditions de l’Abbaye Val- Notre-Dame (Pain de Cîteaux, 30, série 3), 2009, 15 x 20 cm, 292 p., 23,00 €.

Geoffroy d’Auxerre, cistercien, fut le secrétaire de saint Bernard avant de devenir abbé de plusieurs monastères. Il est l’auteur de vingt sermons reprenant, verset par verset, les trois premiers chapitres de l’Apocalypse. La présente traduction est faite à partir du texte critique établi naguère par F.Gastaldelli. Les indications que Dom Jean Leclercq avait écrites pour cette édition ont été reprises dans le présent ouvrage. Geoffroy suit le texte biblique de très près, tout en se servant de l’une ou l’autre anecdote pour illustrer son commentaire. Son exégèse recourt souvent à un symbolisme qui nous surprend aujourd’hui mais qui toujours nous donne un enseignement spirituel. — H. JACOBS, s.j.

Fondements

Maldamé J.-M., Le Paraclet. L’Esprit qui donne vie, Paris, Desclée de Brouwer, 2009, 14 x 21 cm, 240 p., 18,00 €.

Dans une introduction profonde et vigoureuse, l’A. expose son projet : « mettre en œuvre une dimension essentielle à la vie humaine : la contemplation ». Il déploie pour cela ses talents de théologien et de prédicateur amoureux de la Parole de Dieu. En 12 chapitres très denses le dominicain parvient ainsi non seulement à offrir une théologie de l’Esprit Saint enracinée dans le donné biblique mais, en même temps, à montrer la centralité du Paraclet dans la vie chrétienne et la prière. Le p. Maldamé revisite le donné traditionnel en voulant lui donner « corps » pour notre temps : l’Esprit est une personne avec laquelle nous entrons dans un contact vital par la contemplation. C’est par lui que nous serons réellement chrétien au milieu d’un monde oscillant entre matérialisme et spiritualité éthérée. Fidèle à son projet d’aborder aussi les questions centrales de notre époque, l’A. consacre les trois derniers chapitres de son ouvrage à des thématiques essentielles : la création, l’histoire et la souffrance. Un ouvrage accessible, mais qui pourtant ne sacrifie pas la profondeur à la facilité. Les lecteurs qui cherchent une nourriture spirituelle profonde actuelle, enracinée en Dieu et dans le monde seront rassasiés. — G. DE LONGCAMP, c.s.j.

Éthique

Philippe M.-D., L’amour personnel des époux, Paris, Parole et Silence, 2009, 14 x 21 cm, 216 p., 20,00 €.

Cet ouvrage posthume est la retranscription d’un cycle de conférences données aux Associations familiales catholiques en France en 1979- 1980. Parmi les principales richesses de l’ouvrage, on doit souligner la convergence entre la pratique pastorale, l’enracinement biblique, par une lecture approfondie du livre de la Genèse et l’apport du regard philosophique puisé chez Aristote et Thomas d’Aquin. L’originalité de l’approche pourra déconcerter le lecteur, mais reste fort éclairante. On peut déceler dans l’analyse du dominicain trois moments : la naissance de l’amour personnel des époux ; l’épanouissement de l’amour des époux dans la famille et l’apprentissage de la durée. L’insistance sur la dimension humaine et spirituelle de l’amour des époux qui s’épanouit dans une véritable amitié, pourra certainement aider beaucoup de couples. On regrettera néanmoins la qualité moyenne de la transcription. Le style oral, tel qu’il est conservé, n’aide pas forcément à suivre le développement de la pensée. — Fr. G. DE LONGCAMP, c.s.j.

Commission biblique pontificale, Bible et morale. Quels critères pour discerner ?, Bruyères-le-Châtel, Nouvelle Cité (Racines), 2009, 13 x 20 cm, 289 p., 19,00 €.

La collection « Racines » accueille à juste titre ces « racines bibliques » de l’agir. Par cet ouvrage, la Commission biblique pontificale contribue non seulement au discernement des croyants en l’évangile, mais elle cherche à ouvrir un dialogue fécond avec femmes et hommes de bonne volonté. Pareils « critères pour discerner » mettent en évidence des orientations dans le récit biblique, et en manifestent l’audace et l’opportunité. Cette réflexion prétend aider pasteurs et théologiens à trouver des « stratégies médiatiques » (p. 276) ; et pourtant ce qu’elle a en vue, c’est l’exigence irréfragable de l’alliance. Et la « morale » qui en découle est d’abord une relation d’amour intense avec Christ. Il se peut que cette réalité ne soit pas plus médiatique aujourd’hui qu’il y a deux mille ans. — É. ROUSSEAU.

Audoyer J.-P. et Laubier P., L’Église à l’heure de « Caritas in Veritate ». La pensée sociale catholique : un défi pour le monde, Paris, Salvator, 2009, 14 x 21 cm, 208 p., 20,00 €.

Il n’est pas évident d’aborder de manière claire et vivante la doctrine sociale de l’Église et c’est peut-être le mérite principal de cet ouvrage : le dialogue par question/réponse en rend la lecture très simple. Les auteurs font aussi une large place au développement de cette doctrine. La mise en perspective historique facilite ainsi grandement le traitement de questions parfois complexes. Après avoir traité l’histoire et les principes du message social chrétien, sont affrontées des « questions disputées », avec une fortune diverse. L’importance de la loi naturelle est soulignée à de multiples reprises, mais on peut regretter qu’on ne consacre, dans la première partie, que 5 pages à cette notion complexe et fort remise en cause aujourd’hui. L’ouvrage présenté est une réédition revue et augmentée d’un livre « la société en question » déjà paru en 2001. Cela donne à cette nouvelle mouture un côté éclectique et un peu disparate qui ne facilite pas la lecture. Il n’en demeure pas moins que le lecteur qui cherche une introduction simple et concrète à la doctrine sociale de l’Église trouvera là un ouvrage intéressant. — G. DE LONGCAMP, f.s.j.

Témoins

Carmélites de Floreffe, Toujours en chemin. 1908-2008. Cent ans d’exode : de Montélimar à Floreffe, Floreffe, Carmel de Floreffe, 2009, 20,5 x 23 cm, 48 p.

Venues de Lyon, puis de Montélimar, après un détour par la Suisse romande, les Carmélites se sont établies à Floreffe, non loin de Namur, en 1908. Cette brochure commémorative retrace leur histoire et évoque leur vie cachée et priante. De belles photographies illustrent ce recueil où est aussi reprise une conférence de Jean Pirotte, utilisant des travaux réalisés sur le passé du monastère. À ces pages on se réjouit qu’ont été jointes des réflexions sur « l’aujourd’hui de Dieu ». « Le temps des ouvertures » donne le sens des changements survenus dans le monastère qui se révèlent avant tout comme une « avancée évangélique » où les moniales se voient appelées à réinventer leur fidélité. — H. JACOBS, s.j.

Danneels G., Confidences d’un cardinal. Entretiens avec Christian Laporte et Jan Becaus, Namur / Bruxelles, Fidélité / Racine, 2009, 15 x 23 cm, 176 p., 18,00 €.

Interrogé par deux journalistes à la veille de son accession à l’éméritat, le primat de Belgique esquisse son autoportrait. Glanons-en quelques bribes. Sa petite taille l’a poussé à exceller dans les études. Il a été attiré au sacerdoce par la liturgie et il trouve aujourd’hui « stupides » le « mépris » de l’orgue et la « canonisation » de la guitare. Il aurait aimé être professeur toute sa vie. Son éducation a été imprégnée de littérature française ; il aime Bernanos, qui a si bien compris les prêtres. Il est plus marqué par Noël que par Pâques ; il a le tempérament mystique (« Au fond je suis un moine ») plus que la fibre sociale ; il se savait considéré comme papabile. Il apprécie les trois B (Bach, Beethoven et les Beatles). Il aime lire, parler et surtout écrire (des chroniques). Le choix du roi Baudouin qui a secoué la Belgique n’était pas le sien. Il argue contre l’euthanasie : « Qui casse un vase qu’il s’est vu offrir ? » Il pense que Gaudium et spes est à réécrire, en y incluant l’écologie et les cellules souches ; que les documents conciliaires sur la communication sociale, l’enseignement et les prêtres sont faibles ; que les évêques manquent d’initiatives, d’inspiration, d’idées, de courage ; que la curie romaine évolue vers un appareil de fonctionnaires. Reste une question : que penseront les lecteurs de son appréciation audacieusement négative du best-seller de R. Dawkins qu’il n’a pas lu ? Un ouvrage qui exsude sérénité et chaleur humaine. Recommandé. — P. DETIENNE, s.j.

Berceville G., Marcel Van ou l’infinie pauvreté de l’amour, Paris, Éditions de l’Emmanuel, 2009, 13 x 21 cm, 208 p., 16,00 €.

À côté de sainte Thérèse de Lisieux, à l’école de laquelle il vécut sa vie toute consacrée à l’amour du Père, Van sera sans doute bientôt regardé lui aussi comme l’un des plus grands saints de notre temps. Son existence ne s’en écoula pas moins dans l’humilité d’un Frère Servant rédemptoriste, et la souffrance du Vietnam du Nord écrasé par les communistes. Sa vie a conjugué l’idéal thérésien de l’enfance spirituelle et la participation au mystère de la Rédemption que lui enseignait son père, saint Alphonse de Liguori. — H. JACOBS, s.j.

Michelin E. (dir.), Témoins dans l’Esprit saint, II : Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus, paradoxes et prophétie, Paris, Parole et Silence, 2009, 14 x 21 cm, 203 p., 19,00 €.

À l’occasion du 40e anniversaire de la mort du P. Marie-Eugène de l’Enfant- Jésus (1894-1967), un colloque s’est tenu en mars 2007 au Studium de Notre Dame de Vie. Ces travaux sont publiés en deux volumes. Le premier a déjà paru. En voici le second, consacré au thème du témoignage. Ses six contributions étudient le thème dans la pensée et l’expérience du P. Marie-Eugène. On sait que celui-ci a déclaré un jour que toute sa vie avait été fondée sur la découverte de l’Esprit saint. Vivant le mystère divin dans la profondeur de la spiritualité carmélitaine, il avait la ferme conviction que la croissance spirituelle comme développement de la grâce est une communion toujours plus intime avec le Christ, dans l’Esprit saint. — H. JACOBS, s.j.

Stein E., Correspondance, T. I : 1917-1933, Paris/Genève/Toulouse, Cerf/ Ad Solem/Éditions du Carmel, 2009, 14,5 x 21,5 cm, 780 p., 49,00 €.

Ce premier volume de la correspondance conservée d’Edith Stein rassemble deux volumes séparés dans l’édition allemande : la volumineuse correspondance avec Roman Ingarden, réinsérée parmi les lettres de 1917 à 1933. S’y ajoute la lettre de Pâques 1933 au pape Pie XI pour demander une prise de position claire de l’Église vis-à-vis de l’idéologie nazie. Une mine de renseignements nous est ainsi offerte : sur l’évolution intellectuelle et spirituelle d’Edith et son cheminement personnel qu’elle livre extrêmement peu dans ses écrits ; sur la période qui suit 1917, année où s’arrête le récit de Vie d’un famille juive. Ces lettres contribuent aussi à la connaissance du mouvement phénoménologique, conçu comme une œuvre collective et non comme l’affaire d’un seul, ainsi qu’à l’introduction de la phénoménologie en France. Elles nous font également mieux connaître l’époque d’Edith Stein au point de vue sociologique, pédagogique, au niveau des cercles féministes catholiques et des réseaux de résistance spirituelle au nazisme. Grâce au travail minutieux de C. Rastoin, ces précieuses lettres nous sont livrées avec deux index, un tableau chronologique détaillé pour les années 1917-1933 et des notes remaniées et complétées. À découvrir. — S. DOURSON.