Recensions parues dans ce numéro…

Histoire

GRAY RUELLE K. et DURLAND DESAIX D., La Grande Mosquée de Paris. Comment des Musulmans ont sauvé des Juifs de la Shoah, Paris, Salvator, 2010, 28 x 25 cm, 40 p., 15,00 €.

Durant l’occupation nazie, un nombre inconnu mais relativement important d’adultes et d’enfants juifs ainsi que des résistants furent sauvés par des musulmans, notamment des Kabyles algériens. Avant d’être conduits en lieu sûr, beaucoup bénéfi cièrent, avec la complicité de son recteur, de la protection offerte par la Grande Mosquée de Paris, dont les vastes locaux constituent une véritable enclave au cœur de la ville. Basé pour une part sur l’œuvre d’un cinéaste kabyle, le récit de cette histoire émouvante est conté et joliment illustré par deux femmes américaines. Le livre se présente comme un album pour enfants (ou pour des adultes qui le commenteraient à des enfants), mais contient des indications précises de bibliographie et de sources. — J. SCHEUER s.j.

FINO C., L’hospitalité, fi gure sociale de la charité. Deux fondations hospitalières à Québec, Paris, DDB (Théologie à l’Université, 16), 2010, 15 x 23,5 cm, 464 p., 32,00 €.

Salésienne de Don Bosco, maître de conférences à la Faculté de théologie de l’Institut catholique de Paris, médecin et théologienne, l’auteur s’interroge sur la vocation propre de l’hôpital. Que peut-on dire encore aujourd’hui de l’hospitalité, à l’heure où l’on en déplore une certaine déshumanisation ? Son étude se concentre sur deux grandes institutions hospitalières de la ville de Québec. Leur histoire, en effet, lui a paru suggestive par rapport aux défi s contemporains de l’hospitalité. C’est qu’en effet l’hospitalité mise en œuvre dans ces deux hôpitaux témoigne d’une expérience à la fois professionnelle, éthique et théologale. On voit l’originalité du projet qui suppose la pratique de plusieurs disciplines. Cette recherche a permis d’éclairer de manière renouvelée la complexité de l’expérience hospitalière dans le passé, d’indiquer le rôle qu’y a joué la charité et d’en tirer des lumières pour aujourd’hui. Dans son étude, l’auteur s’explique sur les conditions épistémologiques de sa recherche et expose les principales fi gures historiques de la charité. Nous ne pouvons qu’indiquer la documentation impressionnante de ce travail qui s’impose par la pertinence de ses analyses. — H. JACOBS, s.j.

SOCIÉTÉ FRANÇAISE D’ÉTUDES MARIALES, Pèlerinages et processions. Permanence et mutations. Communications présentées à la 66e session de la Société française d’Études mariales, Merville-Valenciennes, septembre 2009, Paris, Bulletin de la Société française d’Études mariales/ Médiaspaul, 2010, 15,5 x 22 cm, 336 p., 30,00 €.

Dans le cadre du millénaire de la procession du Saint-Cordon de Valenciennes, la Société française d’Études mariales a voulu replacer cet exemple — qui fait l’objet d’un double chapitre, en ce compris les aspects politiques du culte (J.G.Roten, D.Foyer) — dans un contexte plus large, avec pour commencer, son arrière-plan biblique (D.Doré) et un essai de typologie des processions (J.Évenou). Après quoi, sont examinées les processions dans certaines liturgies monastiques (J.-L. Lemaître), au cœur de l’histoire de la sensibilité à l’espace (N.Lemaître), dans les missions de Grignon de Montfort (O.Maire), les processions mariales de Marseille (R.Bertrand), les pardons de Bretagne (B.Waché), les processions de Lourdes (A.Cabes), la grande procession de Boulogne (B.Béthouart) et celle de Tournai (J.Picke). Les deux derniers chapitres réfléchissent à la piété populaire, « trésor du peuple de Dieu, chance pour l’évangélisation » (M.Clavier) et à la théologie même des processions (P.De Clerck). Il ressort de ces pages que le saint cordon et ses analogues, déjà en Orient (73) ou dans les « troménies » bretonnes (234), signifi ent à la fois la mise hors de combat du « dragon » et le lien d’amour qui unit désormais la terre et le ciel (58). La procession aux flambeaux de Lourdes et celle plus tardive du Saint Sacrement (249), pèlerinage dans la nuit et confession de la Présence, rendent également leurs participants contemporains de l’Évangile. Si parfois la procession se reconvertit en attachement au patrimoine et à la culture, « nouvelle forme de laïcité compatible avec la croyance » (279), elle fi gure toujours le peuple de Dieu en marche, « un déplacement spatial en vue d’une conversion cordiale » (324). Quelques illustrations. — N. HAUSMAN, s.c.m.

Questions

COMEAU G., Peut-on donner sans condition ? Justice et amour. Et si donner et recevoir faisaient partie d’un même geste ?, Montrouge, Bayard (Christus), 2010, 12,5 x 18 cm, 128 p., 15,00 €.

Xavière, professeur de théologie au Centre Sèvres à Paris, l’auteur pose une question fondamentale. Nous associons le don à la gratuité. Mais est-il possible de donner de manière totalement désintéressée ? N’attendons-nous pas la gratitude de celui à qui l’on donne, n’escomptons- nous pas une image valorisante de nous-mêmes ? Toutes ces interrogations donnent lieu à une réfl exion pleine de fi nesse, claire et nuancée, où se rencontrent Ricœur et Hannah Arendt, Rahner et Balthasar, le P. Joseph Wresinski et Etty Hillesum. Au terme d’un parcours parfois sinueux, l’auteur propose de penser ensemble dette et don, « pour qu’il y ait une sorte de guérison ou de purifi cation mutuelle de l’un et de l’autre ». Car l’enjeu est pour nous le goût des relations dont sont tissées nos existences. — H. JACOBS, s.j.

LAFOND G., L’éveil du regard. Origine et destinée de la Création, Paris, Lethielleux, 2010, 15 x 23,5 cm, 652 p., 35,00 €.

En ouvrant le dossier de l’origine et de la destinée de la Création, le célèbre bibliste G. Lafond ne pouvait travailler à une échelle moindre que la Révélation tout entière. Il nous invite ainsi à un voyage scripturaire exhaustif, de la Genèse à l’Apocalypse, pour ouvrir les regards sur notre monde en voie de transfi guration. Pour que le discours de la science se déploie en profondeur, d’autres fondements épistémologiques et herméneutiques auraient été nécessaires ; mais ce n’est pas une lacune, cette synthèse monumentale représentant la contribution biblique au dialogue entre science et foi. Cette somme sera précieuse aux croyants pour découvrir que la vision biblique du monde n’est pas en opposition avec les découvertes scientifi ques et qu’elle contribue à mieux les interpréter. — Fr. DOMINIQUE, f.s.j.

Témoins

GABRIELLA DE L’UNITÉ (BIENHEUREUSE MARIA GABRIELLA SAGHEDDU), Lettres de la Trappe, Saint-Jean-de-Matha (Québec), Abbaye Val Notre-Dame (Voix monastiques, 21), 2010, 14 x 21 cm, 194 p., 18,00 €.

Sœur Maria Gabriella Sagheddu (1914-1939) est une moniale cistercienne qui a donné sa vie pour l’unité des chrétiens, dans le silence d’une Trappe de la campagne du Latium ; elle mourut de tuberculose. Le pape Jean-Paul II l’a béatifi ée en 1983. « Ma vie, c’est l’Amour », tel est le programme qu’elle s’était donné, et dont elle découvrit avec bonheur qu’il correspondait à celui de Thérèse de Lisieux. « Je ne suis pas venue à la Trappe, note-t-elle, attirée par l’esprit de pénitence, de travail, non ! Je suis venue pour mieux aimer le Seigneur ! » On conserve d’elle quarante- cinq lettres, émouvants témoignages de la simplicité aimante que fut sa vie, toute centrée sur le chapitre 17 de l’Évangile de saint Jean. On les trouve, dans le présent volume, traduites en français et précédées d’une excellente introduction. — H. JACOBS, s.j.

Vie consacrée

SŒURS DE L’ANNONCIADE, Les Sources, Thiais, Monastère de l’Annonciade, 2010, 11 x 18 cm, 1184 p., 30,00 €.

Dans ce volume de près de 1200 pages ont été rassemblés tous les documents qui forment les sources de l’Ordre des Annonciades. Ils sont présentés en traduction française à partir des manuscrits ou de la plus ancienne copie. Chaque fois, une courte introduction les précède. L’ouvrage est divisé en trois parties : la première est historique et comprend surtout la Chronique de l’Annonciade ; la deuxième offre l’ensemble des textes législatifs, notamment la Règle en ses diverses rédactions ; la troisième est constituée par les textes de la spiritualité annonciade, écrits surtout par le Bienheureux Père Gabriel-Maria, conseiller de sainte Jeanne, ou recueillis par ses fi lles spirituelles. La biographie des fondateurs ouvre ce recueil, précédant un aperçu sur la spiritualité de l’Ordre qui plonge ses racines dans celles de saint François d’Assise, de saint Bonaventure et de la Dévotion moderne. — H. JACOBS, s.j.

GOZIER A., Hadewijch d’Anvers, béguine et mystique. Le pavement de saphir, Paris, L’Harmattan, 2010, 13,5 x 21,5, 202 p., 19,00 €.

On peut être un peu agacé de trouver sous une nouvelle jaquette une réédition de traductions qui étaient certes inédites, en 1991, mais auraient pu être remises en perspective, au vu des publications récentes. Cependant, la première partie de l’ouvrage, qui veut donner des jalons à partir d’une douzaine de commentaires de l’Écriture, semble plus neuve, et permet de goûter au style rugueux de dom Gozier, avec ses titres ambigus (« Pourquoi je t’aime Ô Marie ? » ne parle pas de Thérèse, mais répond à la question qu’elle se posait), ses soulignements à l’ancienne, ses anacoluthes, aussi, pour le dire joliment. Très différente, la deuxième partie, où le sous-titre extrait de l’apocalypse répond aux textes d’Hadewijch, nous replonge dans des écrits de feu (traduits par J. van Mierlo et R. Vande Plas), en particulier les « Mengeldichten » — « car l’Amour dérobe en s’approchant, et se cache en se révélant ». — N. HAUSMAN, s.c.m.