Recensions parues dans ce numéro…

Témoins

Delbrêl M., Œuvres complètes, t. 8 : Athéismes et évangélisation, vol. 2 : Textes missionnaires, Bruyères-le-Châtel, Nouvelle Cité, 2010, 13 x 20 cm, 288 p., 19,00 €.

Avant sa conversion, en 1924, M. Delbrêl avait vécu l’absurdité de Dieu et du monde. Convertie, elle écrira : « En milieu athée, pour vivre, il faut évangéliser ! » C’est à cette lumière qu’il faut lire ce volume 2 de ses Textes missionnaires. Elle s’y explique sur les conditions de l’évangélisation et sur l’évangélisation elle-même. On y trouvera des réflexions très personnelles, enracinées dans une foi profonde : la foi, écrit-elle, « n’est-elle pas l’engagement “temporel” de la vie “éternelle” ? » Mais alors, conclut-elle, « notre erreur dans les engagements temporels ne serait-elle pas, non qu’ils soient temporels mais qu’ils ne le soient pas assez ? » Pour elle, évangéliser était une sorte de nécessité organique, pas un divertissement. Les notes des éditeurs, en fin de volume, nous laissent découvrir que sa pensée, dans de précédents recueils, avait été plus d’une fois retouchée. Nous pouvons désormais connaître, dans son exigeante vérité, l’élan qui la faisait vivre et intériorisait sa démarche d’évangélisation. — H. Jacobs, s.j.

Didgé, Joseph André. Audace et don de soi, Durbuy, Coccinelle, 2010, 22,5 x 30,5 cm, 48 p., 13,50 €.

Cette bande dessinée met en scène le destin exceptionnel du prêtre namurois Joseph André. Aumônier de prison, il se voua avec une ardeur indéfectible au salut de marginaux de toutes sortes. Il reçut par ailleurs la distinction de « Juste parmi les nations » pour avoir protégé de nombreux enfants Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Le scénario est parfois trop conventionnel, mais de belles représentations de Namur et le témoignage des proches du saint prêtre belge enrichissent ce récit accessible aux plus jeunes. — Fr. Dominique, f.s.j.

Burton P.-A., Ælred de Rievaulx (1110-1167). De l’homme éclaté à l’homme unifié. Essai de biographie existentielle et spirituelle, Paris, Cerf (Histoire), 2010, 14,5 x 21,5 cm, 656 p., 39,00 €.

Voici une biographique très documentée, sinon exhaustive, mais surtout une mise au jour du secret de la vie et de l’œuvre de cet homme exceptionnel qui aura marqué de son empreinte le monachisme cistercien du xiie siècle anglais. Le propos n’est pas seulement événementiel et nous pressentons que l’empathie ancienne de notre biographe lui a donné de percevoir, et de bien exprimer, les multiples facettes du génie d’Ælred. On se limiterait beaucoup à ne voir en lui « que » l’auteur des œuvres bien connues : Le miroir de la charité (commandité par Bernard lui-même) et, plus personnel, L’amitié spirituelle. Il faut considérer les vingt années de son abbatiat qui l’ont impliqué dans l’histoire ecclésiale et politique de son pays. Le rayonnement de la réforme cistercienne aussi a été largement son œuvre. La hauteur spirituelle des Sermons, la visée de sa théologie de l’histoire dans les Ecrits historiques ne peuvent se concevoir que d’un homme en humble possession d’une maturité humaine et spirituelle. On approuvera volontiers le titre de la conclusion de ce remarquable travail : « De l’homme éclaté à l’homme unifié dans le Christ. » Tant d’autres qualités (la rigueur historiographique surtout et, malgré quelques longueurs, la clarté pédagogique) seraient à signaler. Qu’il suffise de conclure le « lisez ce livre » par cela même que notre auteur affectionne, les « … » qui, en guise de pause, invitent à prier et méditer. — J. Burton s.j.

Reynal G., Pierre-André Liégé (1921-1979). Un itinéraire théologique au milieu du XXe siècle, Paris, Cerf (Histoire – Biographie), 2010, 14,5 x 23,5 cm, 496 p., 33,00 €.

La carrière théologique du P. Liégé o.p. (1921-1979), au service de la réconciliation du monde moderne et de l’Église, s’étend de 1948 à 1979 (de la fin du pontificat de Pie XII à l’inauguration du pontificat de Jean-Paul II) avec, au centre, le Concile auquel il a participé comme expert. Il a été l’initiateur de la théologie pastorale, une discipline dont il a cherché à préciser les contours et à justifier le caractère scientifique. Au menu : la crise de la Route dont il est l’aumônier national ; la responsabilité politique des chrétiens dans les événements d’Algérie ; les griefs portés à Rome contre lui (découragé, il songe à entrer à la Trappe) ; sa participa- tion à la revue Parole et mission ; son enseignement à l’Institut supérieur d’enseignement catéchétique. Parmi les sujets qu’il aborde : foi implicite et évangélisation ; le kérygme et la catéchèse ; ministère pastoral plutôt que sacerdoce ministériel ; le rapport à l’Église des non-évangélisés… À la question « Faut-il opposer foi et religion ? », il avoue, à la fin de sa vie, avoir donné pendant vingt ans une réponse fausse. — P. Detienne, s.j.

Lelièvre B., Saint Philippe Néri, un cœur brûlant d’amour, Paris, Éditions de l’Emmanuel, 2010, 13 x 21 cm, 96 p., 12,00 €.

Ce petit livre vise à faire découvrir saint Philippe Néri, non pas en proposant une nouvelle biographie, mais en le présentant sous l’angle de la charité qui a habité son cœur : cœur brûlant d’amour dans l’oraison, amour joyeux et fraternel, amour envers les pauvres, les malades, les pécheurs. Les chapitres, très courts, sont à lire comme des méditations car ils condensent en peu de mots l’enseignement du saint transmis aujourd’hui dans l’Oratoire. Ainsi un itinéraire se dessine, du cœur de Philippe au cœur de chaque homme qui voudra bien se laisser toucher. Cor ad cor loquitur signifie non seulement parler de façon à toucher les cœurs mais encore parler au cœur de chaque personne. — S. Dehorter, prêtre de l’Emmanuel.

Simonnet A., Pierre Emmanuel, poète du Samedi saint, Paris, Parole et Silence (Studium Notre-Dame de Vie), 2010, 14 x 21 cm, 176 p., 17,00 €.

Le mystère du Samedi traverse souvent, comme un « combat de Jacob », l’engagement risqué de l’écriture poétique, exposée aux abîmes de l’oxymore : « le jour nocturne ». Cette belle étude reconnaît en Pierre Emmanuel (Noël Mathieu, 1916-1984), un ce ces poètes marqués au sceau de ce Jour où tout semble suspendu et en Dieu et pour l’homme. Comment en serait il autrement pour celui dont le « premier » poème, Christ au tombeau (1938), ouvre « une voie de parole » qu’il ne quittera plus ? De cette voie, trois stations : Où est-il ton Dieu ?, Toute l’histoire de l’homme semble avoir la mort de Dieu pour objet, et La face nord de la miséricorde. Les citations de l’œuvre sont donc choisies thématiquement. Ainsi nous sommes accompagnés dans nos propres précipices où entendre cette Parole qui est la Voie et donne Vie. L’œuvre d’Emmanuel n’est pas une proposition de la foi mais, en amie, soutient notre propre chemin. Cette étude honore la collection « Sorgues » comme un de ces bras de la rivière éponyme, non loin de Venasque, qui irrigue en ses berges les « Témoins en Esprit-Saint ». — J. Burton s.j.

Carrier Y., Mgr Oscar A. Romero. Histoire d’un peuple. Destinée d’un homme, Paris, Cerf (L’histoire à vif ), 2010, 13,5 x 21,5 cm, 352 p., 28,00 €.

Après avoir rappelé le contexte historique (histoire du Salvador depuis l’époque coloniale ; option préférentielle pour les pauvres dans l’Église postconciliaire), l’A., professeur de théologie à l’université de Laval (Québec), se penche sur l’étonnant parcours de Mgr Romero (1917- 1980), prophète assassiné. Pasteur conservateur lié à l’Opus Dei, il devient archevêque de San Salvador en 1977, année au cours de laquelle, marqué par l’assassinat de Rutilo Grande s.j., il se convertit à la cause des pauvres et s’implique politiquement durant les trois dernières années de sa vie. C’est la période qui retient principalement l’attention de l’A. Nous en retenons l’analyse qu’il nous offre des lettres pastorales de l’archevêque et de ses homélies qui ont fait le sujet de sa thèse de doctorat, publiée en 2004. L’A. lui-même nous avertit : « Bien plus qu’une biographie historique, il s’agit de l’histoire d’un peuple. » La préface est signée François Houtard. — P. Detienne, s.j.

Sœur Marie du Christ, avec la collaboration de Sœur Marie-Emmanuel, Mère Marie de Saint-François d’Assise (1911-2005). Une vie dans la lumière, Paris, Salvator, 2010, 14 x 21 cm, 232 p., 22,00 €.

La Mère Ancelle et la Sœur Archiviste des Annonciades de Thiais nous présentent la lumineuse biographie de celle qui joua un rôle important dans leur Ordre. Simone Siraudeau naquit à Vincennes le 13 août 1911. Elle alla rejoindre le Seigneur le 29 novembre 2005. Entrée chez les Annonciades à Thiais à l’âge de 19 ans, elle fut tour à tour assistante, maîtresse des novices, ancelle, fondatrice de monastères auxquels elle ne cessa de donner son aide et sa sollicitude. Déchargée de son supériorat en 1996, elle passa ses dernières années comme une présence rayonnant la grâce de Dieu pour toutes les moniales de son Ordre. La simplicité de l’Évangile l’illuminait, vécue dans le charisme de l’Annonciade. Fondé à Bourges en 1502 par sainte Jeanne de France (1464-1505) et le Bienheureux Gabriel-Maria (1460-1532), frère mineur, cet Ordre a pour fin de plaire à Dieu en suivant la Vierge Marie et en imitant ses vertus, telles qu’en témoignent les Évangiles. L’intimité avec Jésus, un regard aimant et fervent sur Marie, voilà en quelques mots l’idéal si simplement évangélique qui animait cette religieuse dont l’intercession commence à être invoquée. — H. Jacobs, s.j.

Vie de l’Église

Missègue M.-G., Des maux de l’Église à ses mots d’espérance. L’a-venir du prêtre, Paris, Lethielleux, 2011, 14 x 21 cm, 240 p., 22,00 €.

Comment concevoir le sacerdoce à venir ? Dans le présent essai d’anthropologie théologique, l’auteure nous propose une réflexion audacieusement personnelle, dépouillée de toute référence aux auteurs face auxquels elle se situe. Qu’en retenons-nous ? Associer célibat et sacré est un retour aux religions ancestrales. Ce n’est pas le célibat qui a une dimension eschatologique, mais le mariage. Le Christ demande à ses disciples non pas de le représenter mais de l’imiter. Dieu s’incarne dans l’homme « fondamental » d’avant la distinction en mâle et femelle, il annihile l’opposition masculin-féminin ; il opère une totale désacralisation du créé. Le Christ en croix ne s’adresse pas à sa mère mais à la Femme. Les « prêtres », hommes ou femmes, mariés ou non, sont les ministres de la Mission. Leur vocation est une vocation parmi d’autres, pas au-dessus des autres. Le mariage et le célibat consacré ne sont pas des vocations, mais des choix de vie soutenant une vocation. L’A. propose un temps de célibat comme préparation à la Mission… et cette Mission requiert une telle disponibilité qu’elle exclut quasiment la possibilité d’avoir des enfants. — P. Detienne s.j.

Aa Vv, Célibat sacerdotal. Fondements, joies, défis… Colloque à Ars, 24-25-26 janvier 2011, Paris, Parole et silence / Société Jean-Marie Vianney – Sanctuaire d’Ars, 2011, 15 x 23,5 cm, 272 p., 25,00 €.

Sont regroupées ici une quinzaine de conférences prononcées lors d’un colloque (Ars, janvier 2011) consacré au célibat sacerdotal. Au programme : les objections historiques, sociologiques, etc. ; les aspects scripturaires ; les origines apostoliques ; une approche philosophique ; le contexte de diverses cultures ; identité de matière et différence de signification entre célibat sacerdotal et vœu de chasteté des religieux ; le rapport à l’eucharistie. Sont alors présentées les encycliques des derniers papes qui traitent du sujet : Ad catholici sacerdotii (Pie XI), Sacra virginitas (Pie XII), Sacerdotii nostri primordia (Jean XXIII), Sacerdotalis caelibatus (Paul VI)… et les Exhortations apostoliques de Jean-Paul II (Pastores dabo vobis) et de Benoît XVI (Sacramentum caritatis). D’autres interventions concernent la maturité affective, l’argument de convenance, l’œcuménisme, la vie spirituelle, la fécondité apostolique… La postface est signée de Mgr Bagnard, évêque de Belley-Ars : le céli- bat sacerdotal est une réponse à l’appel du Christ à tout quitter. Notons en passant que l’ordination d’une femme est un « blasphème ecclésiologique. » (Mgr Fr. Frost) — P. Detienne s.j.

Spiritualité

Peyrous B. et Loyer C., Vivre avec Dieu. 220 textes des plus grands auteurs chrétiens, Paris, Éditions de l’Emmanuel, 2010, 13 x 21 cm, 320 p., 18,00 €.

Des milliers de textes spirituels ont été écrits, observent les auteurs de cette anthologie. Que de lumières, parfois même décisives, pouvonsnous y trouver ! On a donc voulu nous en présenter ici un choix abondant, leur numérotation s’élevant au nombre de 230. N’ont été privilégiés que les auteurs les plus connus. Les textes ont été répartis selon un ordre chronologique mais qui évidemment n’est jamais contraignant. Quelques recueils semblables sont cités dans la bibliographie. Nous avons ainsi à notre disposition de quoi aider grandement notre prière, notre étude, notre lecture spirituelle. Un index thématique renvoie à de nombreuses notions dans les textes où elles sont rencontrées. Un index chronologique des auteurs, brièvement identifiés, achève de faire de ce volume un auxiliaire bien utile dans notre vie avec le Seigneur. — H. Jacobs, s.j.

Dubois M.-G., La joie en Dieu. Les trois âges de la vie spirituelle, Paris, Presses de la Renaissance, 2010, 13 x 20 cm, 250 p., 22,00 €.

Ce livre est une somme ! Ancien abbé de la Grande Trappe, l’A. livre un texte intelligent et fort documenté. Mettant à profit son expérience de maître des novices, il adopte un plan pédagogique et un style vivant pour entraîner le lecteur vers la connaissance de soi, du prochain et de Dieu. L’exposé des questions fondamentales de notre foi (la rédemption, le mal, la liberté, etc.) et la présentation des doctrines spirituelles (la petite voix thérésienne, l’obéissance bénédictine, etc.) sont limpides. Une synthèse à placer dans toutes les bonnes bibliothèques. — Fr. Dominique, f.s.j.

Alvarez T., Introduction aux œuvres de Thérèse d’Avila, 1 : Le livre de la vie, Paris, Cerf (Initiations), 2010, 13,5 x 21,5 cm, 192 p., 17,00 €.

Le cinquième centenaire de la naissance de sainte Thérèse d’Avila (2015) donne lieu à d’intenses préparatifs ; la présente Introduction est un des chantiers de la commémoration. Le père Alvarez dresse d’abord un portrait détaillé de l’Espagne du xvie siècle et de la vie religieuse à cette époque ; dans ce contexte, il situe Thérèse dans sa famille ; il entre enfin dans le fameux Livre de la vie, ses deux rédactions, sa structure et son contenu. La plume rigoureuse et experte de l’A. livre dans ce premier tome un aperçu enthousiasmant de la qualité scientifique des ouvrages à venir. — Fr. Dominique, f.s.j.

Thérèse d’Àvila, Amour et prière, textes choisis et présentés par P. Serouet o.c.d., Paris, Cerf (Trésors du christianisme), 2010, 13,5 x 19,5 cm, 224 p., 17,00 €.

L’A., religieux carme, propose ici une petite anthologie de textes tirés des œuvres de Thérèse d’Àvila. Il y est question d’un quadruple rapport de la prière : à l’amour, à la fidélité, à la charité fraternelle, à l’humi- lité. Recueillons-en quelques perles. Prier c’est parler à Dieu, lui parler d’amour. L’important n’est pas de penser beaucoup mais d’aimer beaucoup. L’oraison mentale est une conversation amicale et fréquente avec celui dont nous savons qu’il nous aime. Un simple regard est une parole d’amour. Dieu mène les âmes par divers chemins. Notre Seigneur ne regarde pas tant à la grandeur de nos œuvres qu’à l’amour avec lequel nous les accomplissons. La fidélité est un don de Dieu. Je veux servir ce Maître et je n’ai pas d’autre ambition que celle de le contenter. Quand l’âme trouve tout en Jésus, elle oublie tout le reste. Pour jouir des faveurs de Dieu, il faut d’abord se convaincre qu’on ne les mérite pas. Tout notre bien consiste à nous conformer à la volonté de Dieu… Notons l’insistance de Thérèse sur la parfaite union des cœurs en communauté, et sur l’importance de la contemplation de l’humanité du Christ. — P. Detienne, s.j.