Recensions parues dans ce numéro…

Témoins

 Pottier B. (dir.), Dieu à la source. La théologie d’Albert Chapelle. Actes du colloque « Albert Chapelle, un théologien », tenu à Bruxelles et Paris du 10 au 13 février 2009, Bruxelles, Lessius (Donner raison, 26), 2010, 15,5 x 20,5 cm, 304 p., 24,50 €.

Les participants, ainsi que bien d’autres lecteurs, seront heureux d’avoir sous la main les exposés du colloque organisé par l’Institut d’Études Théologiques de Bruxelles, ainsi que par la Faculté Notre-Dame de Paris, à l’occasion du quarantième anniversaire de l’Institut de Bruxelles : trois jours consacrés à la pensée philosophique et théologique du P. Albert Chapelle s.j., son fondateur. Ce fut l’occasion de reparler, à travers la vie d’une personne, de quelques événements de la vie de l’Église de nos régions au cours des dernières décennies : le concile Vatican II, la rédaction du Catéchisme de l’Église catholique (avec le cardinal Christoph Schönborn), la fondation de l’I.É.T. en 1968, la formation théologique et spirituelle des prêtres (le cardinal André Vingt-Trois). Comme le note Antoine Guggenheim lors de la Reprise conclusive à deux voix en fin de l’ouvrage, le colloque a rappelé des sources de la pensée du P. Albert C. : l’Écriture et son exégèse médié- vale, ainsi que les Exercices de saint Ignace. De ceux-ci, le jésuite avait une connaissance pratique remarquable, dont plus d’un a profité pendant les mois où l’enseignement était censé au repos. La question de l’articulation de la philosophie et de la théologie dans la pensée du P. Albert C. a souvent été posée ; question traitée avec acuité par Mgr Pierre d’Ornellas à l’aide du mémorial du P. Chapelle, Au creux du Rocher, ainsi que d’un dernier exposé au soir de sa vie, Israël, son Serviteur, donné en décembre 2002 à l’École cathédrale de Paris. Une méditation sur la première Alliance et sur l’A.M.D.G. Dans la même Reprise conclusive, le P. Bernard Pottier propose quelques recherches à faire en des points importants de la pensée du P. Albert C. : le travail de la mémoire, l’anthropologie et le deuxième commandement semblable au premier, l’agir et le pardon, les combats menés par le P. Albert C. et l’équipe de l’I.É.T., les conflits qui ont émaillé son histoire. En écho au colloque, l’ensemble des chapitres, riches et divers, est avant tout le fruit d’une action de grâce. — J.-M. Glorieux s.j.

 Valli A.-M., Carlo Maria Martini. L’histoire d’un homme, Saint-Maurice (Suisse), Saint-Augustin, 2012, 14 x 21 cm, 264 p., 21,00 €.

L’A., journaliste italien, nous propose ici non pas une biographie mais un portrait, à la fois sympathique et élogieux, du cardinal Carlo Martini (1927-2012), jésuite polyglotte et « progressiste », qui fut un temps considéré comme papabile. Son parcours est présenté en quatre étapes : professeur d’exégèse, recteur de l’Université Grégorienne (1969-1978), archevêque de Milan (1980-2002), retraité à Jérusalem. Les citations que l’A. accumule constituent une véritable anthologie des positions courageuses de Martini concernant des sujets controversés tels que : euthanasie, contraception, divorcés remariés, couple homosexuel, adoption par une personne seule, diaconesses, peine de mort. Soucieux non seulement d’œcuménisme et de dialogue interreligieux, Martini a instauré une Chaire des non-croyants. L’A. montre ce qu’était sa complémentarité avec son contemporain Benoît XVI. Retenons son appréciation de Luther : « Grand réformateur, il tira des Écritures de bonnes idées. » Et relevons ses recommandations aux enseignants : n’être jamais déconcertés par la diversité, être prêts à courir des risques, mettre les pauvres au centre de la vie, se nourrir en permanence de l’Évangile. — P. Detienne, s.j.

 Albert de l’Annonciation, o.c.d., Douce lumière dans la Nuit. John Henry Newman, maître spirituel, Toulouse, Éditions du Carmel (Vie intérieure, 17), 2010, 15 x 19 cm, 104 p., 13,00 €.

Qui n’a pas été impressionné, à l’occasion de sa récente béatification, par l’épreuve que fut pour Newman son entrée dans l’Église Romaine ? On peut justifier son choix par l’attrait en lui de la Vérité, mais encore faut-il le comprendre de l’intérieur. L’enjeu de cette réédition en un livre d’un double article de 1959 du père Carme A. de l’Annonciation est de proposer une « véritable radioscopie de l’âme » (p. 5) de Newman au moment de ce passage. Ce qu’il vécut est rapproché — sans durcissement — de la nuit obscure de saint Jean de la Croix comme processus radical de purification. Ainsi se comprend le titre donné à l’ensemble, « Douce lumière dans la nuit » avec ses deux parties : « En marche vers la terre promise » et « Le maître spirituel ». Dans ces pages qui témoignent de la fécondité de sa longue fréquentation de Newman, l’A. nous entraîne vers le « monde invisible » dans le « désir et la crainte », en citant largement le docteur d’Oxford dans ses écrits les plus variés. C’est en maître spirituel que Newman nous enseigne sur l’examen en vérité de soi-même devant Dieu : « L’hypocrite commun que nous pouvons tous être, se trompe lui tout le premier, sans chercher à faire la clarté en lui. Tel cherche la louange en croyant chercher Dieu, tel veut tromper Dieu — comme on trompe à la douane — et se croit innocent devant lui, tel se trompe lui-même en essayant de contrefaire des sentiments qu’il n’a pas… Rien n’est plus rare que l’honnêteté et la droiture d’esprit » (pp. 93-94). Le chemin tracé est une invitation à le suivre. — S. Dehorter, prêtre de l’Emmanuel.

 Honoré J. (card.), John Henry Newman. Le combat de la vérité, Paris, Cerf (Initiations aux théologies), 2010, 13,5 x 21,5 cm, 224 p., 24,00 €.

Connu pour ses nombreux travaux sur J.H. Newman (1801-1890) dont il est le meilleur connaisseur en langue française, l’A., archevêque émérite de Tours, aujourd’hui nonagénaire, aborde les différents thèmes du credo newmanien (création, économie, christologie, via media, laïcat responsable, développement doctrinal, justification, eschatologie…) qu’il replace dans le contexte chronologique de la vie singulièrement mouvementée de Newman : chaque chapitre est introduit par une citation tirée de sa correspondance. L’A. montre en quoi le (récemment béatifié) cardinal Newman, qui ne se considérait pas comme un théologien professionnel, est un penseur proprement original : certaines de ses plus profondes intuitions ont nourri la discussion à Vatican II. Un ouvrage sérieux, et austère, qui s’adresse en priorité aux lecteurs familiers de la pensée de Newman. — P. Detienne, s.j.

Vie de l’Église

Melloni A. et Ruggieri G. (dir.), Qui a peur de Vatican II ?, Bruxelles, Lessius (La part-Dieu, 16), 2010, 14,5 x 20,5 cm, 160 p., 19,00 €.

Saluons la rapide traduction française (l’édition italienne date de 2009) de cet opuscule qui reprend les travaux récents de quelques-uns des meilleurs herméneutes du Concile. Le but du titre-choc est d’inviter le lecteur à comprendre le pourquoi du débat toujours actuel au sujet de l’unité interne du Concile et du poids à attribuer à ses décisions (10). Ainsi, G.Ruggieri expose les raisons du débat (« Réception et interprétations du Concile Vatican II ») et les différentes postures qu’il engendre ; Chr.Theobald revient sur les enjeux herméneutiques à propos de l’histoire du Concile dont il tente de reconstruire la logique unitaire (et théologique plus qu’ecclésiologique) à partir de Dei Verbum ; J.A.Komon- chak propose une intéressante exégèse du discours pontifical de 2005 (« Benoît XVI et l’interprétation de Vatican II ») ; P.Hünermann reprend la question en traitant « le texte, un complément à l’herméneutique de Vatican II » et, last but not least, A.Melloni offre un passionnant « Petit guide pour évaluer Vatican II ». Des notes parfois imposantes et un utile index des noms propres achèvent cet indispensable apport à une discussion renouvelée. — N. Hausman, s.c.m.

 Routhier G. et Jobin G. (dir.), L’autorité et les autorités. L’herméneutique théologique de Vatican II, Paris, Cerf (Unam sanctam, nvelle série), 2010, 14,5 x 23,5 cm, 256 p., 19,00 €.

« Poursuivre le dialogue avec Vatican II… à partir de notre situation ecclésiale et théologique contemporaine, marquée par les interprétations précédentes » du Concile, tel est l’objet du travail théologique du groupe d’auteurs qui s’intéressent ici particulièrement au rôle normatif du Magistère dans l’herméneutique postconciliaire (9). Partant de la révélation, et en particulier de la réception de Dei Verbum (L.Boeve, K.Schelkens), l’ouvrage s’intéresse à la fameuse « hiérarchie des vérités » du Décret sur l’œcuménisme (UR 11, C.E.Clifford) pour relire, via le Synode de 1969 (J.Famerée), la pensée conciliaire sur la collégialité telle qu’elle s’opère jusqu’au Code 1983 (P. de Mey), mais aussi dans la réinterprétation récente de l’autorité des conférences épiscopales en matière de liturgie (L.Villemin) et de mandat d’enseigner (G.Routhier). Dans une troisième partie, sont examinées l’autorité de Gaudium et spes (G.Jobin) et celle des pratiques chrétiennes de la charité (C.Fino), pour finir par un décapant retour à l’autorité du texte (« Comment parler des textes conciliaires sans les avoir lus ? », F.Nault). Si « la vraie réception de Vatican II n’a pas encore commencé » (J.Ratzinger, étudié par L.Boeve en frontispice), c’est bien que les herméneutes « sont renvoyés à une discussion jamais achevée sur les lieux théologiques et leur hiérarchisation », mais aussi, que les différentes autorités (des contenus, des interprètes, de la transmission, de l’Écriture…) sont liées entre elles dans tout acte interprétatif (8). On ne peut donc que souhaiter à tous une bonne reprise de la lecture du Concile. — N. Hausman, s.c.m.

Écriture

 Poupard B. et Kahn J. (dir.), Lire et prier les Écritures. La tradition monastique de la lectio divina, Bruxelles, Lumen Vitae (Écritures, 15), 2010, 15 x 22,5 cm, 220 p., 22,00 €.

À l’occasion du dixième anniversaire de la mort du P. Jacques Dupont, o.s.b., un colloque s’est tenu au monastère de Clerlande sur la lectio divina. Une douzaine de contributions, reprises dans ce volume, s’efforcent d’y « croiser des approches très diverses autour de l’acte de lire et de relire les Écritures pour y laisser surgir une Parole qui brûle le cœur et s’accomplisse dans un agir ». De multiples témoignages y sont interrogés, depuis Jérémie jusqu’aux Pères du désert, depuis Aelred de Rievaulx jusqu’à aujourd’hui. Retenons cette affirmation de dom J. Dupont, lors d’une conférence donnée en 1986 : « Il n’y a pour nous de lectio qui n’aille jusqu’à la meditatio, et il n’y a pas non plus de meditatio sans une application sérieuse de la lectio. C’est ensemble qu’elles doivent nous porter sur le seuil de la contemplatio. » Ce recueil d’études, très riches et très documentées constitue un guide extrêmement précieux pour conjoindre exégèse et lecture spirituelle de l’Écriture. — H. Jacobs, s.j.

 Spohn W.C., Jésus et l’éthique. « Va et fais de même », Bruxelles, Lessius (Le livre et le rouleau, 37), 14,5 x 20,5 cm, 304 p., 24,50 €.

Ce livre intéressera les moralistes, les accompagnateurs spirituels et les prédicateurs. Quelle est la place de Jésus dans la vie morale des chrétiens ? Comment la lecture du récit de sa vie les transforme-t-elle ? Utilisant les acquis de l’exégèse narrative, de l’éthique des vertus (avec une place particulière accordée aux émotions et à l’usage de l’imagination analogique) et des pratiques spirituelles (comme lieu d’intégration) (partie I), l’A. aborde la « transformation chrétienne » (partie II) autour de trois pôles : la perception, les dispositions, l’identité. Un parcours se dessine : percevoir le monde comme le lieu de la sollicitude et de l’action de Dieu ; s’exercer à une lecture empathique de l’Écriture pour acquérir l’esprit et les dispositions du Christ ; recevoir son identité chrétienne dans l’eucharistie célébrée en communauté. De belles pages sont consacrées à la lectio divina et au discernement comme sagesse morale pratique. Le sous-titre ressaisit admirablement le propos. Pour « faire de même » (et non pas faire la même chose), le chrétien est invité à la suite du Bon Samaritain à « voir » et à se laisser « saisir de pitié ». Le lecteur européen est plongé dans la réflexion théologique d’outreatlantique. Le peu de références à la tradition occidentale (saint Thomas est très peu cité dans l’éthique des vertus) pourra surprendre. Lire ce livre permettra le dialogue. — S. Dehorter, prêtre de l’Emmanuel.

Fondements

 Solignac C., Théologie symbolique de saint Bonaventure, Paris, Parole et silence (Cahier du Collège des Bernardins, 95), 2010, 15 x 21 cm, 132 p., 14,00 €.

La théologie de saint Bonaventure a toujours uni la spéculation et la pratique. « Je ne veux Te connaître que pour T’aimer », dit une inscription qui exprime bien la double orientation de ses œuvres. Dans son projet de favoriser la rencontre du fidèle avec Dieu, la théologie « symbolique » joue un rôle essentiel. À la suite de Denys, Bonaventure en fait le premier degré de la théologie. Mais il s’en distingue en faisant du Christ le seul véritable maître de cette théologie, en la concevant davantage comme une pratique que comme un discours, et en lui donnant pour sujet le livre du monde, en particulier le monde sensible. L’auteur du présent ouvrage donne toute les clarifications nécessaires pour nous permettre d’entrer dans cette théologie où se révèle à nous « ce réseau fascinant des vestiges, des images et des ressemblances capables de nous conduire à Dieu » dans notre manière d’user de toutes choses. L’une des qualités les plus remarquables de cette théologie symbolique, mises en lumière par l’auteur, est ce profond réalisme qui fait de notre usage des créatures un chemin possible et légitime vers Dieu. L’autre qualité est son christocentrisme franciscain où se fonde l’expérience, également franciscaine, de la fraternité universelle. — H. Jacobs, s.j.

 Larchet J.-Cl., La théologie des énergies divines. Des origines à saint Jean Damascène, Paris, Cerf (Cogitatio Fidei, 272), 2010, 13,5 x 21,5 cm, 496 p., 43,00 €.

Patrologue reconnu et prolixe, l’A. nous entraîne au sein de la théologie trinitaire de l’époque patristique classique. Il définit ainsi les actions du Père, du Fils et du Saint-Esprit et présente la théologie des énergies, relative à la définition de Dieu, à la connaissance humaine de Dieu et à la nature de la grâce. L’ouvrage ne brille ni par ses développements philosophiques ni par son dossier scripturaire, mais il montre agréablement comment la notion d’energeia a suscité les débats depuis la crise arienne et comment elle a passionné les pères grecs depuis Philon d’Alexandrie. Fidèle à lui-même, Larchet apparaît tour à tour lumineux et réducteur, subtil et grossièrement partisan. Pour l’exemple : rien ne semble justifier que l’excellent renczes, Agir de Dieu et liberté de l’homme. Recherches sur l’anthropologie théologique de Maxime le Confesseur, Paris, 2003, ne soit cité qu’en passant, dans une note (p. 331, n° 1), alors qu’il apporte à ce dossier des éléments de premier ordre. Malgré ces faiblesses, la sélection des sources fait de cet ouvrage une référence à consulter pour sa documentation sur la théologie patristique des énergies divines. — Fr. Dominique, f.s.j.

Prière et liturgie

 Les chartreux, Chemins vers le silence intérieur. La contemplation, Paris, Parole et Silence, 2010, 11,5 x 19 cm, 120 p., 10,00 €.

Les textes ici rassemblés à l’occasion du neuvième centenaire de la fondation de leur Ordre (en 1084) sont de la plume d’une douzaine de chartreux — dont une femme — ayant vécu entre le xiie et le xxe siècle. S’exprimant en sermons, méditations, prières, traités, épîtres, ils présentent une initiation au monde de la contemplation. Écoutons-les. Marguerite d’Oyngt († 1310) : « Je ne sais même pas si tu m’aimes, mais je sais que tu aimes ceux qui t’aiment. » Jean de Landsberg († 1539) : « Celui qui aime sincèrement Dieu ne veut pas être le seul à l’aimer ». Louis-Marie Baudin († 1926) : « Pouvons-nous nous plaindre des plans divins qui ont permis nos chutes quand nous avons un tel Sauveur ? » François Pollien († 1936) résume l’esprit de l’ouvrage : « N’importe quel chrétien peut devenir contemplatif ; aucun don naturel spécial, ni aucune grâce exceptionnelle n’est nécessaire pour cela. Rien ne s’y oppose quelle que soit notre condition physique ou notre santé spirituelle dès lors que nous voulons vraiment nous rapprocher de Dieu et nous unir à lui. La préface est du Cardinal Carlo Martini. — P. Detienne, s.j.

 Radermakers J. et Zanguropol Alexe L. (sculptures), Mystères de l’année liturgique. Souffle, Terre, Parole, Bucarest, Éditions de l’Archevêché catholique de Bucarest, 2010, 22 x 28 cm, 124 p.

Quelle heureuse initiative… joindre dans un même mouvement le geste et la parole ! De la Parole, en écho, les paroles précises, intérieures aussi de l’exégète : Jean Radermakers, s.j., (professeur à l’Institut de théologie de Bruxelles) qu’une large audience reconnaît avec joie. Pour le Geste, comme celui du Pottier de la Genèse, tremblé et ferme tout autant, les traces d’un modelé caressant et tantôt plus âpre des pressions et des retenues d’une sculpteuse, coloriste très tendre et vive quelques fois : Luana Zanguropol Alexe (enseignante à l’École européenne de Bruxelles). Mais il ne fallait pas oublier la tierce présence : celle du souffle ardent de la fournaise : l’Esprit, dans la création de cette double et unique œuvre toute orante. Ainsi, le sous-titre de cet admirable album était honoré : Souffle, terre, Parole. Il n’aurait pas été déplacé, peut-être, de donner aussi une majuscule à cela qui accueille le souffle et va proférer les premières paroles… la glèbe, l’argile, la pâte résistante et ductile aussi : pétrie ici au rythme vivant de l’année liturgique, hospitalière de toutes nos morts et grave déjà de notre éveil en gloire. Dire plus ne peut être que notre propre résonance à cette double et unique prière. Beaucoup devraient pouvoir s’y laisser conduire avec reconnaissance. — J. Burton, s.j.

 Fleinert-Jensen F., La prière fondamentale. Entretiens sur le « Notre Père », Genève, Labor et Fides (Essais bibliques, 46), 2010, 15 x 22,5 cm, 160 p., 18,00 €.

Pasteur protestant d’origine danoise, l’A., en dialogue avec un exégète anonyme, étudie le sens primitif du « Notre Père », ses interprétations successives (de Tertullien à Luther) et son application au présent. Que nous apprend-il ? Cette prière de supplication ne contient aucun élément de louange (d’où l’ajout ultérieur de la doxologie, dont l’amen terminal signifie ainsi est-il !) Sa première partie pourrait refléter la prière personnelle de Jésus. « Que ton nom soit sanctifié » signifie : Fais-toi reconnaître comme Dieu. Le règne est moins un état qu’un mouvement par lequel la souveraineté de Dieu s’affirme. La troisième demande résume les deux précédentes : elle évoque ce que fait Dieu, et non pas de ce que nous faisons grâce à Dieu. Le pain exprime tout ce qui est élémentaire ; il concerne aussi bien le besoin que le désir. Offenses traduit mal le mot « dettes » : Dieu n’est pas un être blessé dont il conviendrait d’apaiser le courroux. L’A. répond à de multiples questions : le pardon (qui pourrait être inclus dans la demande concernant le pain) est-il unilatéral ou conditionné ? Comment traduire peirasmos (« tentation », « épreuve » ?) et eisphérein (« soumettre », « laisser succomber » ?) ? Qui est l’instigateur de la tentation ? La dernière demande (le mal ou du Malin ?) est-elle un doublet de la précédente ? Recommandé. — P. Detienne, s.j.

 Frère Yves (de l’Abbaye de la Pierre-qui-Vire), Frère Yves, une œuvre en prière, Paris, Éditions de l’Emmanuel, 2010, 24 x 25 cm, 96 p., 23,00 €.

« Frère Yves est un cas d’enfance sauvegardée, intacte, de simplicité rare. Bienfaisante. Apaisante exception. » Ainsi, dans sa brève préface, le P. Boespflug, o.p. — bien connu pour ses travaux dans le domaine de l’art religieux — caractérise-t-il l’œuvre exceptionnelle du Frère Yves (Pierre Vitry), moine de l’abbaye de la Pierre-Qui-Vire depuis 1946. On connaît la place importante que cette abbaye tient dans la promotion d’une connaissance éclairée et précise des arts religieux, roman en l’occurrence, que la célèbre collection du Zodiaque a contribué à diffuser. Cet environnement visuel et spirituel ne sera pas sans orienter les traits et les figures qui vont glisser des mains de notre artiste. Née du contact direct avec la Bible l’inspiration naissante dans l’âme religieuse de frère Yves « se joint à son imagination fertile pour découvrir une image dans le texte » (7). C’est des épousailles de ces deux imaginaires que naissent le trait et la couleur pour notre plaisir et notre prière. Les gouaches de 1960 laissent aux juxtapositions des couleurs le soin de faire apparaître les sujets bibliques dans leur dramatique propre ; mais viennent les réalisations à l’acrylique des années 1990-2000 (on s’étonne de ne rien trouver des années intermédiaires, désert ?) qui, dans la sobriété des teintes seulement de fond, laissent la simplicité et le dépouillement du trait, avec une parcimonie ascétique, dire l’essentiel. Une œuvre isolée, elle date de 1952, à l’œuf, semble nous orienter vers la source de toute l’œuvre : c’est le grand exemple du lavement des pieds. L’humilité christique de ces « « images » est de haute louange. Il reste à les prier. L’entretien de l’artiste avec Marie-Laure Mourot en fera apprécier les racines monastiques. — J. Burton s.j.

Questions

 Badde P., L’autre suaire. Enquête sur le secret de Manoppello, Paris, Éditions de l’Emmanuel / Éditions du Jubilé, 2010, 14 x 22,5 cm, 368 p., 22,00 €.

Alors que les discussions sur le Suaire de Turin sont loin de s’achever, voici qu’apparaît « l’autre suaire », le voile de Manoppello. Il s’agit d’une image du Christ, dont l’origine demeure inconnue, qui ne contient aucune trace de pigments, et qui aurait servi de modèle pour les représentations de la Sainte-Face. Apparu au XVIe siècle, ce voile aurait été posé, quand le Christ fut enseveli, sur son visage, au-dessus du suaire. Alors que le Suaire de Turin nous offrirait l’image du Christ mort, celuici nous révélerait le visage du ressuscité. Bien qu’en septembre 2006, Benoît XVI ait été le premier pape à vénérer le suaire de Manoppello, bien que l’on ne puisse guère douter de la bonne foi de ceux qui s’en font les dévots, il vaut mieux se garder de toute naïveté non critique. Comme l’écrit Odile Celier (Vie spir., nov. 2010), « la tradition de la foi affirme clairement qu’on ne peut atteindre l’événement de la résurrection que par la médiation du témoignage des disciples ». — H. Jacobs, s.j.

 Ledure Y., La rupture. Christianisme et modernité, Paris, Lethielleux, 2010, 14 x 21 cm, 202 p., 18,00 €.

L’auteur explique lui-même l’intention qui l’a amené à écrire cet ouvrage. Il s’agit de « relever les zones de friction, voire de rupture, entre un christianisme traditionnel, riche de ses deux mille ans d’histoire et de créativité, et une modernité se développant selon sa seule logique, qui souvent ignore l’histoire ». Certes le parcours n’est pas exhaustif, la réflexion ne veut pas anticiper l’avenir, mais l’étude est sérieuse, l’analyse est lucide et originale, le ton demeure serein. Prenant justement ses distances avec la Radical Orthodoxy, l’auteur n’entend pas négliger tout le questionnement humain, y compris celui de l’interrogation religieuse. L’idée de transcendance est au cœur de sa pensée, mais il la considère comme a posteriori, s’intégrant dans la dynamique mondaine, au point de devenir expérience de vie et de transformer le parcours vital en cheminement spirituel. Avec raison, il récuse la problématique patriarcale qui fausse l’anthropologie catholique. Courageusement, il prend ses distances avec la fixation de la gouvernance ecclésiale dans des règles d’un autre âge. L’auteur nous offre ainsi un livre tonique où la liberté de l’esprit plaide pour un christianisme qui soit proche de l’homme, un humanisme qui réconcilie et qui pacifie. — H. Jacobs, s.j.

 Vignot B., Le phénomène des Églises parallèles, Paris, Cerf (L’histoire à vif ), 2010, 13,5 x 21,5 cm, 130 p., 13,00 €.

L’A., prêtre vieux-catholique de l’union d’Utrecht, revient sur un sujet qu’il a traité il y a vingt ans (Les Églises parallèles, 1991) et qu’il ne cesse d’étudier avec compétence. Les plus anciennes Églises parallèles naissent au temps du jansénisme (XVIIIe siècle), du concile Vatican I (1870), du concordat (1801) ; les nouvelles Églises prendront leur essor dans les années 1950. L’A. nous présente leurs particularités à travers la personnalité de trois fondateurs : Joseph René Vilatte (1854-1929), Arnold Harris Mathew (1852-1919), Jules Houssay, alias l’abbé Julio (1844-1912). Parmi les caractéristiques de ces communautés marginales, relevons : syncrétisme doctrinal, exorcismes, guérisons, révélations privées, piété populaire. Un problème épineux consiste dans la validité des ordinations presbytérales et épiscopales. En appendice : une liste d’une centaine d’Églises, vingt biographies succinctes, une bibliographie commentée. Préface de l’évêque de Créteil. À lire. — P. Detienne, s.j.