Questions

Aa Vv, Combattre le démon. Histoire, théologie, pratique, Paris, Éditions de l’Emmanuel (IUPG), 2011, 13 × 21 cm, 272 p., 18,00 €.

La pastorale des « marges » ou de la « périphérie », selon l’invitation du pape François, conduit plus que de coutume à rencontrer des plaintes qui font directement ou indirectement référence — dans ce qui est exprimé en tout cas — à une « présence maléfique ». Il n’est pas rare que cette plainte débouche sur la demande, non seulement d’une « prière » particulière, mais aussi d’une intervention plus précise. La difficulté est de discerner, dans la situation vécue, ce qui relève de « pensées vagabondes » (d’ailleurs très présentes dans l’environnement culturel des plus banal et manipulées par certains médias), comme dysfonctionnement d’ordre psychique ou situé spirituellement dans le registre du combat spirituel. L’histoire de l’Église a connu, depuis ses origines, des attentions très variées en termes de doctrine et de souci pastoral en ce domaine. Les Pères de Vatican II ont laissé un chantier ouvert… Et le besoin d’un exposé de la « Doctrine commune de l’Église » se référant, entre autres autorités, à la position émanant de la Congrégation pour la doctrine de la foi (publiée dans La Documentation catholique, 3-17 août 1985, n° 1681, pp. 708-718), reprise pour l’essentiel dans le CEC (391, 2851). Certes, pastoralement parlant, il faudra être attentif, dans notre société cosmopolite, au « monde des esprits » propre à la culture d’Afrique en particulier. Enfin, sans préjudice du « prêtre pieux, éclairé, prudent et de vie intègre » évoqué au Canon 1172, § 2, les quelque 80 pages finales fortifieront notre foi et notre espérance en « la victoire radicale du Christ » et éclaireront aussi notre engagement au service du soin de charité dans le Christ pour son Corps ainsi tenté et dans l’épreuve. — J. Burton s.j.


Aa Vv, Gender qui es-tu ?, Paris, Éditions de l’Emmanuel, 2012, 13 x 21 cm, 272 p., 19,00 €.

Agitant la société, les familles, l’école et l’éducation des enfants (outre-Atlantique d’abord, dans toute l’Europe bientôt, sans parler de qui a accès à Internet) sous le titre médiatisé de « théorie du genre » (Gender theory), ce courant de pensée déjà ancien a ses racines dans un développement radical du féminisme « classique » des années Simone de Beauvoir (1908-1986) mais la publication du livre de Judith Butler en 1990, Gender Trouble. Feminism and the Subversion of Indentity a fait date. La généalogie et le développement de cette radicalisation sont bien analysés dans la contribution d’Oliver Bonnewijn. L’ensemble des textes regroupés ici à la suite d’un colloque de 2011 sous l’égide de l’Institut universitaire Pierre-Goursat offre un éventail d’analyses souvent proposées comme en duo. La simple mention des contenus des chapitres révèle le niveau et l’engagement des auteurs de ce volume ainsi que les perspectives sociétales mises en jeu par la proposition chrétienne concernant les spécificités irréductibles et les complémentarités nécessaires entre l’homme et de la femme. La position constructiviste — rien n’est donné tout est à décider — de la théorie susdite prône en effet une déconstruction des fondamentaux anthropologiques, rejetés comme domination « patriarcale » (judéo-chrétienne évidemment), au profit d’une liberté performative toute puissante visant une égalité abstraite des humains capables de se choisir totalement, y compris en leur sexualité. De la théorie à l’application, la mise en oeuvre devient de plus en plus technologiquement capable de promouvoir culturellement des « identités fluides » estompant toutes frontières entre des territoires féminins ou masculins. On cherchera même dans saint Paul (Ga 3,28) une justification de cet effacement des différences. Un auteur titre sa contribution : « La sexualité : entre nature et aventure ». Les contributions à ce colloque ouvriront des chemins pour une proposition chrétienne en ces matières. — J. Burton s.j.


Basset L. et Poletti R., Le souffle va où il veut. Entretiens avec S. Molla, Genève, Labor et Fides (Itinéraires spirituels), 2013, 13,5 × 21 cm, 184 p., 17,00 €.

Dialogue de deux « femmes de compassion » (pasteur Serge Mollat, préface), protestantes, suisses, accompagnatrices spirituelles de personnes en quête de sens. L. Basset est pasteure, théologienne, exégète, conférencière ; R. Poletti est docteure en soins infirmiers, psychothérapeute, chroniqueuse depuis 1987 dans la presse populaire, animatrice de retraites. Abordant divers thèmes (santé, mort, convictions, Église), elles enrichissent leurs propos de leurs expériences spirituelles : LB évoque le suicide de son fils Samuel, à 24 ans ; RP cite ses maîtres : Jean-Yves Leloup, Anthony de Mello. Aucun sujet n’est tabou : médecines parallèles, guérisseurs, formules secrètes de guérison… Relevons quelques affirmations : « Beaucoup de divorces (et d’entrées en maison de retraite) se passent mal par manque de rituel » ; « Notre culture occidentale a mis en avant le mal commis sans prendre en compte le mal subi » ; « Nos contemporains cherchent des gens crédibles, cohérents dans leur dire et leur faire ». Conclusion : un regard optimiste sur l’Église d’aujourd’hui. — P. Detienne s.j.


Boillat J.-Cl. et Amherdt Fr.-X., Web & Co et pastorale. Les Nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) et la transmission de la foi, Saint-Maurice (Suisse), Éditions Saint-Augustin, 2013, 14 × 21 cm, 312 p., 22,00 €.

Après notre pape François et son attitude ouverte aux nouvelles formes de communication, il sera de « bon ton » de s’informer sérieusement à leur propos. Ce manuel est un véritable « traité » en la matière : textes du magistère, cartographie du dédale des nouveaux réseaux et lexique approprié, internet et pastorale, modèles « clé sur porte » de leur utilisation, etc. Rien n’est oublié ! Vous saurez tout ce que vous n’avez pas encore compris… Les auteurs, respectivement diacre, coordinateur pour la pastorale des médias au diocèse de Bâle, et prêtre, professeur à l’université de Fribourg (Suisse), tous deux à l’évidence engagés dans ces domaines sont, on ne peut en douter, très compétents. Ce livre se doit d’être à la disposition de toute bibliothèque paroissiale ou de formation aux ministères. — J. Burton s.j.


Spiritualité

Álvarez T., Introduction aux oeuvres de Thérèse d’Ávila, 4 : Le Château intérieur ou Les Demeures, Paris, Cerf (Initiations), 2012, 13,5 × 21,5 cm, 144 p., 15,00 €.

Pour Thérèse d’Avila, le Château intérieur est une autobiographie spirituelle supérieure au Livre de la vie car elle avait « plus d’expérience » et elle « ne traite que de Lui ». Cette quatrième livraison de l’Introduction d’Álvarez représente ainsi un rendez-vous important. Ce guide de lecture remplit excellemment sa fonction : mise en dialogue avec les auteurs spirituels et les théologiens de son temps, Thérèse révèle les grandes lignes de sa pensée, entre ascèse et vertu, charité fraternelle et pratique de l’oraison, expériences mystiques et vie ecclésiale, témoignant de la multiformis sapientia qui l’inspirait et la faisait admirer des plus grands, de saint François de Sales à saint Vincent de Paul. — Fr. Dominique, f.s.j.


Mac Leod Ph., Avance en vie profonde, Paris, Ad Solem (Spiritualité), 2012, 13,5 × 21,5 cm, 190 p., 21,00 €.

Depuis une quinzaine d’années qu’il habite le silence des Pyrénées, l’A. gagne en maturité littéraire, sa prose arbore avec assurance les accents touchants de la poésie. Tous les cahiers ne sont pas d’égale beauté, mais l’ensemble entraîne le lecteur, qu’il tutoie et prend par la main, à lire la nature et à entonner l’hymne silencieux de la présence qui se découvre, présence à soi, présence de Dieu. — Fr. Dominique, f.s.j.


Gertrude d’Helfta, « Le héraut de l’amour divin », livre II lu par soeur Marie-Béatrice Rétif, Paris, Cerf (L’abeille), 2013, 160 p., 12,5 × 19,5 cm, 14,00 €.

Le « concept » de la collection dite de L’abeille offre une démarche originale à qui désire rencontrer un grand texte de la littérature spirituelle et la personnalité de son auteur. On se laissera guider par la lecture personnelle et attentive de soeur Rétif, abbesse de l’abbaye bénédictine de Saint-Louis-du-Temple de Limon. C’est un choix et il est bon d’en respecter l’ordonnance : « Ouvrons le livre », « Extrait choisi » (ici le livre II du Hérault de l’amour divin, « Mémorial spirituel »), une première halte — « L’acte d’écriture et de lecture », « Lecture accompagnée » (de l’extrait) « dans l’excès de la Miséricorde » (pp. 33 à 92), « Une sainte pour aujourd’hui », les annexes (« Chronologie », « Les deux “Gertrude” et les deux “Melchtilde” à Helfta », « Présentation de chaque livre », « La dévotion aux cinq plaies », « Des phénomènes mystiques liés au coeur », « Les antiennes de l’office divin »). La bibliographie et une table des matières détaillée permettront une utilisation optimale de ce 9e volume de la collection. Plus qu’une initiation, le livre II ici présenté « offre un enseignement riche sur une vie de prière » (p. 108) et son beau commentaire aide à en cueillir les fruits. — J. Burton s.j.


Vie de l’Eglise

O’Malley J.W., Le concile de Trente. Ce qui s’est vraiment passé, Bruxelles, Lessius (La part-Dieu, 23), 2013, 14,5 × 20,5 cm, 352 p., 25,00 €.

Faisant suite au remarquable ouvrage concernant Vatican II, le P. John O’Malley, jésuite américain, reprend la plume à l’occasion du 450e anniversaire de la clôture du Concile de Trente pour nous en relater la véritable histoire. Pour beaucoup de nos contemporains, Trente est considéré comme le début de la fermeture de l’église catholique au monde moderne. L’auteur rétablit la vérité et nous dévoile un Concile en proie à des questionnements doctrinaux et pastoraux. Face aux luthériens grandissant en influence, il établit fermement la doctrine de la justification et maintient la pratique des sacrements. Au plan pastoral, il institue la création des séminaires, place le sacrement de la confession au centre de la vie de tout chrétien, et montre sous un jour nouveau le rôle des évêques. Si vous êtes certains de connaître parfaitement le Concile de Trente, ses tenants et aboutissants, empressez-vous d’acquérir ce livre, vous serez poussé dans vos retranchements, car le P. O’Malley met nos a priori à rude épreuve. A contrario, si Trente n’évoque rien pour vous, il vous permettra d’apprendre sereinement, hors des préjugés, « Ce qui s’est vraiment passé ». — D. Bonnetain


Patristique

Sédulius, Le chant de Pâques. Poème pascal — prose pascale, traduction de B. Bureau, Paris, Migne (Les Pères dans la foi, 103), 2013, 13,5 × 19,5 cm, 372 p., 19,00 €.

La belle édition Migne nous livre dans la collection « Les Pères dans la foi » un texte écrit par un poète chrétien du ve siècle après Jésus-Christ. Sédulius (dont l’hymne A Solis Ortus Cardine est toujours en usage de nos jours dans la liturgie) écrivait pour une société privilégiée et cultivée mais désirant pratiquer réellement la religion, au point que les spécialistes s’accordent pour dire que les poèmes présentés ici servaient d’exercices spirituels pour ses lecteurs. Divisé en cinq livres dont le premier traite des miracles de l’Ancien Testament et les quatre derniers des miracles opérés par Jésus, Sédulius nous prend par la main et nous mène dans la difficile cohabitation entre Bible et poésie. Au final ce livre est un chef d’oeuvre littéraire, pour lequel il convient d’abandonner toute prétention exégétique littérale afin d’en goûter la beauté. L’allégorique est maître et tant mieux ! L’auteur nous prévient lui-même en préface : « Ne cherche pas ici l’oeuvre d’un livre artificieux. Au contraire, contente-toi de venir vers les fastes d’une table modeste et accepte volontiers de te rassasier en esprit plus qu’en nourriture. » — D. Bonnetain


Thomas le Cistercien, Commentaire sur le Cantique des cantiques, t. 3, intro, trad. et notes par P.-Y. Emery, Saint-Jean-de-Matha (Québec), Abbaye Val-Notre-Dame (Pain de Cîteaux, série 3, 33), 2013, 15 × 20,5 cm, 424 p., 29,00 €.

Le premier tome de ce Commentaire a été recensé par la N.R.T. (t. 134, n° 1, janvier- mars 2012, pp. 159-160) et également dans V.C., n° 85, 2013, p. 146. Dans ce 3e volume, ce sont les livres IX à XII dont on trouvera la traduction. Thomas le Cistercien y continue son oeuvre de commentateur, utilisant toujours la méthode allégorique. Une fois les surprises surmontées, le lecteur d’aujourd’hui y découvre une richesse
surabondante à savourer et à méditer. C’est à la fois chaque chrétien et l’Église dans son ensemble qui peuvent boire à cette source. Ainsi Jérusalem, qui signifie « vision de paix », est pour Thomas la patrie céleste où demeure la plénitude de la tranquillité. L’âme ou l’Église ont à l’imiter par l’intégrité de leur action terrestre, par la suavité de la louange divine, par la douceur de l’amour mutuel. Très souvent, pour bien se faire comprendre, Thomas utilise des numérations didactiques, qui soutiennent l’intelligence et la mémoire. Ainsi « triple est la sanctification : la première quand quelque chose est consacré au service de Dieu ; la deuxième quand quelqu’un est délivré du péché ; la troisième lorsque, par quelque grâce privilégiée, on marche avec Dieu ». C’est que tout ce cheminement à travers le Cantique des cantiques doit nous conduire au terme de notre route, qui est notre béatitude : « et c’est le Christ ». — H. Jacobs s.j.


Témoins

Marie-Antoine de Lavaur, Histoire de Bernadette, Toulouse, Éditions du Pech, 2013, 11 × 17,5 cm, 272 p., 15,50 €.

L’A. du présent ouvrage, paru en 1879, année du décès de Bernadette, est un capucin, contemporain de la sainte, pionnier des pèlerinages de Lourdes et initiateur de la procession aux flambeaux. Il nous rappelle que, dès janvier 1862 (moins de quatre ans après la première apparition), l’évêque de Tarbes a déclaré : « Nous sommes obligés de conclure qu’il y a ici intervention divine et que tous les faits de Lourdes sont vrais et incontestables. » Le récit abonde en réminiscences bibliques : B. est comparée à la colombe de Noé, à Judith, à Jeanne d’Arc, à Abraham : « Oublie ton peuple, quitte la maison de ton père. » Elle est « l’innocente brebis qui s’interpose généreusement en victime entre l’indignation du ciel et les crimes de la terre. » L’A. s’adresse à elle dans les termes du Magnificat : « Les générations vous appelleront bienheureuse. » L’ouvrage est enrichi d’une abondante chronologie. N.B. : « Qui perfectus est delectabiliter moritur » est traduit par « C’est un plaisir parfait que de mourir ». — P. Detienne, s.j.


Marie de Saint-Jean, Carnet de nuit (1938-1939), Paris, Cerf (Épiphanie), 2013, 13,5 × 19,5 cm, 240 p., 12,00 €.

Sont rassemblées ici quelque 78 « prières nocturnes » composées en 1938-1939 par Bernadette Beauté (1876-1969), alias Marie de Saint-Jean, fondatrice de la congrégation des Dominicaines missionnaires des campagnes. Prières et réflexions sont disposées en lignes étrangement courtes : « Au lieu de parler de / mort à soi / si on parlait / de vie en Dieu. » Le style est imagé, illustré d’allusions bibliques : « Le Bien- Aimé se repose parmi les fleurs. » À la suite de saint Dominique, l’A. prie beaucoup pour les pécheurs. Elle ne cesse de confier à Dieu les Supérieures, responsables du bien-être de leurs communautés : « Que la Supérieure soit bonne, qu’elle soit compréhensive à tous les besoins. » Rares sont les textes qui portent une date. Rares également les allusions personnelles ; « ces longues nuits d’insomnie et de fatigue du coeur… mon corps n’est plus qu’une ruine ». Plusieurs textes font allusion à soeur Marie de la Trinité, cette dévouée compagne avec laquelle elle a entretenu une correspondance pendant quarante ans. — P. Detienne, s.j.


De Meester C., Sainte Edith Stein ou la soif de la vérité, Paris, Cerf (Épiphanie), 2013, 13,5 × 19,5 cm, 96 p., 7,00 €.

Edith Stein suscita à l’occasion de sa canonisation une vague éditoriale importante. Il était attendu que le familier des saintes carmélitaines contemporaines offre lui aussi une lecture de ce qui, à première vue, parait improbable de cette destinée : une jeune femme juive, un moment agnostique, brillante philosophe assistante de Husserl, convertie « en une nuit », baptisée catholique, en profession religieuse au Carmel, bénédicte de la Croix, prise dans la tourmente nazie qui déferle sur l’Europe, solidaire de son peuple et au plus haut de la vie chrétienne offerte au martyre… ! L’A. a judicieusement choisi ici de placer cette trajectoire sous le signe de « la soif de la vérité ». N’était-ce pas l’exclamation d’Edith elle-même à la fin de cette nuit où elle consentait, terminant la lecture de la vie de Thérèse d’Avila, à s’exclamer : « C’est ici la vérité » ? Huit textes « méditatifs » de différentes périodes de cette « aventure » ont été judicieusement choisis par l’A. Pour nous donner de rendre grâce pour cette vie-là et pour peser à notre tour ce qui nous conduit à entendre le témoignage crucifié du : « Je suis la Vérité. » À la quête s’offre une rencontre. Edith y a consenti. — J. Burton s.j.