« Bonne Année de la Vie Consacrée ! », dira-t-on peut-être dans notre petit monde pour échanger les voeux de 2015. Cependant, il ne faudrait pas que ce temps béni proposé à l’allégresse de toute l’Église se réduise à quelques célébrations festives, à la simple occasion de se trouver réunis dans certains hauts-lieux, voire, à un appel indélicat aux jeunes vocations. La requête du Pape François et du Dicastère qui le relaie va bien plus loin : regarder le passé avec reconnaissance, vivre le présent avec passion, embrasser l’avenir avec espérance (cfr. Lettre apostolique du 21 novembre). Il nous est donc intimé de nous convertir à la joie de Dieu (Lettre « Réjouissez-vous »), de nous avancer loin vers les frontières qui blessent les coeurs humains (Lettre « Scrutate »), et dans un autre document à venir, mais déjà annoncé, de rendre nos biens plus disponibles aux pauvres et mieux ordonnés à l’évangélisation. Ainsi, un temps de purification et de réorientation nous attend, dont nous ne pouvons ignorer l’exceptionnelle gravité.

Une revue ne peut y contribuer qu’en proposant des textes lumineux et forts, propres à faire réfléchir et — qui sait ? — à mettre en route. Pour les personnes consacrées, la formulation, orale ou écrite, des pensées et des actions, et la fréquentation de celles d’autrui, est salvatrice, en même temps que missionnaire. Lorsque l’on bénéficie, comme nous tous en Occident, des trésors de la tradition chrétienne, il s’impose, sous peine de manquer l’essentiel, d’en partager les dons à ceux qui y ont droit — surtout s’ils n’ont pas le temps, l’argent, ou la formation requises. Le contre-don peut venir de ceux que notre publication entraînerait à écrire des choses utiles aux autres, dans le Seigneur — il n’est pas rare que cela arrive. C’est ainsi aussi que se construit, pour l’honneur de l’intelligence chrétienne, un langage qu’il faut apprendre, pour l’habiter, en vivre, le transmettre, comme une demeure hospitalière à la diversité des cultures et des coeurs.

Nous donnons d’abord la parole, dans cette livraison, à des prélats d’ordres religieux, s’adressant à leurs chapitres généraux. Le premier, l’abbé général Mauro-Giuseppe Lepori, o.cist., est préoccupé de la concorde communautaire et de la communion autour des pasteurs qui accompagnent le troupeau en route. Le second, le père abbé François-Marie Humann, o.praem., nous avertit, avec saint Augustin, qu’aucune nouvelle Pentecôte ne peut advenir, ni la vie apostolique, porter du fruit, si la communauté ne se met, à travers l’expérience de la Croix, sous la conduite de l’Esprit.

Discerner les nouvelles formes de consécration, précise ensuite le père Leonello Leidi, c.p., relève, dans la situation d’incertitude doctrinale où nous sommes, d’un certain nombre de critères d’où peut surgir une nouvelle figure juridique, celle de « famille ecclésiale de vie consacrée » d’hommes et de femmes célibataires auxquels s’associent étroitement, mais non de plein droit, des laïcs, mariés ou non.

Puis le père Ghislain Lafont, o.s.b., nous revient avec une lettre amicale, où il explique les circonstances du grand texte autrefois offert à notre revue, au sujet des Directives Mutuae relationes, texte qui figure sur notre site www.vies-consacrées.be. Pour l’occasion, il montre aussi les impasses possibles d’une Année de la vie consacrée qui ne serait pas vivifiée par les sources du Concile, et les mutations qu’elles impliquent encore, irréversiblement.

Un mystique aussi célèbre que le père Jean-Joseph Surin est suivi pas à pas dans l’analyse d’une lettre de direction spirituelle où le père Robert Myle, s.j., spécialiste de l’auteur, voit se figer un débat interne à la Compagnie, à l’encontre d’une écoute de la destinataire qui aurait davantage fait honneur au charisme ignatien.

La chronique annuelle des ouvrages intéressant la vie consacrée elle-même est à nouveau proposée par Noëlle Hausman, s.c.m., avant quelques autres recensions et le relevé des ouvrages que nous avons reçus. Bonne lecture, et bonne Année, à la rencontre de Celui qui nous attend !