L’Année de la Vie consacrée va se poursuivre par l’Année sainte de la Miséricorde, du 8 décembre 2015 (Immaculée Conception) au 20 novembre 2016 (Christ-Roi), pour célébrer le cinquantième anniversaire de la clôture du Concile Vatican II, joie des joies ! On sait comment la devise épiscopale du Pape François (Miserando atque eligendo), inspirée d’une homélie de Bède le Vénérable commentant l’appel de saint Matthieu, unit l’élection et l’amour miséricordieux [1]. Ce sera donc pour les consacrés l’occasion renouvelée de célébrer la Miséricorde dont ils vivent et de la manifester par toute leur existence.

En même temps que cette annonce d’une nouvelle Année sainte (la dernière remonte au Jubilé de l’an 2000, sous le pontificat de Jean-Paul II), nous recevons enfin la traduction française, encore imparfaite, de la Lettre « Scrutate » de notre Dicastère, datant déjà du 8 septembre 2014. Partant de l’« icône biblique » de l’Exode, puis de l’itinéraire du prophète Elie, elle nous invite à la règle suprême de suivre le Christ, « d’un pas rapide ». Plutôt que de rester au milieu du gué, il s’agit d’avancer « vers des terres mystérieuses entrevues dans la foi », en discernant « le frémissement des étoiles » et les plus petits signes (on reconnaît la figure d’Abraham, en superposition du jeune serviteur d’Elie) ; bref, de planter nos tentes au carrefour des sentiers non battus, pour s’arrêter (intercéder) et repartir, selon les indications de l’Esprit. « Scruter les horizons de notre vie et de notre temps, par une attention vigilante. Scruter la nuit pour découvrir le feu qui illumine et guide, scruter le ciel pour reconnaître les signes porteurs de bénédictions sur notre pauvreté. Veiller avec vigilance et intercéder, fermes dans la foi ». Nous reviendrons bientôt à cette Lettre toute empreinte de la dimension nécessairement prophétique de nos vies consacrées.

Nous ouvrons ce numéro par la contribution passionnante du Frère Patrick Prétot, o.s.b., expert ès liturgie s’il en est, à propos d’une question du vêtement des laïcs « communautaires » dans les célébrations ; nos choix liturgiques impliquent toute une ecclésiologie, et c’est elle qui peut, d’époque en époque, les gouverner.

Après l’habillement, l’argent. Un autre lieu d’expression de notre existence consacrée, qu’on aurait tort de négliger, dès lors que le Pape d’abord, notre Dicastère ensuite, l’ont mis au premier rang des domaines à examiner, en cette année qui ne peut se contenter d’ajustements de façade. En tant que canoniste œuvrant depuis longtemps en Afrique, Silvia Recchi, de la Communauté Redemptor Hominis, part des situations locales ; son commentaire aidera également des pratiques plus occidentales à se laisser réordonner.

Autre lieu crucial, la formation. Nous publions le « Décalogue » que le père Amadeo Cencini, canossien, propose comme cadre pour l’initiation des jeunes évangélisateurs, à la lumière d’Evangelii gaudium. Il n’hésite pas à dénoncer les attitudes opposées aux qualités qui s’imposent, permettant ainsi un discernement approprié.

Le Père Armand Veilleux, o.c.s.o., entend la vie religieuse du côté de la « médiation culturelle » de la foi qu’elle réalise, à travers les âges. Ce point de vue bien étayé permet d’éclairer l’aspect social que peut prendre aujourd’hui le charisme religieux, dans les diverses cultures qui déterminent son existence. Un horizon s’ouvre pour des formes nouvelles de l’expression culturelle de notre expérience d’une relation personnelle avec le Christ.

Dans l’immensité des spiritualités d’Asie, Thomas Merton, né il y a tout juste 100 ans, a tracé un sillage d’or, que le père Jacques Scheuer s.j. nous rappelle, depuis l’enfance bousculée du futur auteur à succès, jusqu’à son immersion dans la vie monastique, avec ses recherches d’approfondissement spirituel du côté des traditions antiques de l’Inde et de la Chine. Sa mort accidentelle à Bangkok en 1968 le trouvera toujours dans la tension entre l’idée d’une expérience identique dans toutes les spiritualisés et la reconnaissance de leurs différences irréductibles.

La série d’illustrations que nous avait offertes le regretté P. Defoux, s.j., relisant au deuxième degré le sérieux ouvrage de Rodriguez, Pratique de la perfection spirituelle, ont été récemment reproduites sur notre site, www.vies-consacrees.be. Aujourd’hui, Sylvie Lucel (sms.lucel1@gmail.com) met en image des dits des Pères du désert ; nous vous en proposons une planche, présente en couleur sur notre site : tant qu’il y a de l’humour, il y a de l’espoir…

Quelques recensions et la liste des ouvrages récemment reçus achèvent ce numéro ; si d’aventure vous aviez oublié de vous réabonner, ou d’abonner des amis, c’est le moment, l’Année de la Vie consacrée bat son plein !


[1Voir dans notre revue P. Auffret, « A propos de la devise du Pape François : miserando atque eligendo », Vs Cs 86 (2014 2), 112-116 ; il faut comprendre : parce qu’il y a eu regard d’amour, il y a eu appel à suivre.