Histoire

Deák V.H., La légende de sainte Marguerite de Hongrie et l’hagiographie dominicaine, Paris, Cerf (Histoire), 2013, 14,5 × 23,5 cm, 352 p., 39,00 €.

Dominicaine hongroise, l’A. est spécialiste de l’hagiographie médiévale. Sainte Marguerite (1242-1270), moniale de l’ordre de saint Dominique, est la première figure féminine dont la sainteté a été reconnue par les Frères Prêcheurs. Canonisée en 1276, elle fit l’objet d’une biographie, Legenda maior, écrite autour de 1340, en Avignon, par le théologien dominicain Garin de Gy-l’Évéque. Auparavant, son confesseur, le Frère Marcel, lui avait consacré, peu de temps après la mort de Marguerite, la Légende ancienne. En plus, nous avons les actes du procès de sa canonisation. Avec sainte Élisabeth de Hongrie, sa tante, sainte Marguerite est un exemple lumineux de don de soi à Dieu et de service du prochain. Née au début de l’an 1242, elle était la fille cadette du roi Béla IV (1235-1270). Suite à un voeu de ce dernier, toute sa vie se déroula au couvent de saint Catherine, à Veszprém. Elle fut la première à réaliser dans le contexte hongrois l’idéal spirituel des ordres mendiants. Le présent ouvrage ne traite pas de sa vie. Il s’attache à l’étude de son dossier hagiographique. Il commence par esquisser les grandes lignes de l’évolution du modèle de sainteté au Moyen Âge. On passe du saint thaumaturge et protecteur à l’idéal de sainteté évangélique de François et de Dominique, avant d’évoluer vers le modèle de la sainteté mystique. Les grandes lignes de cette évolution peuvent se découvrir dans le développement de la littérature hagiographique produite par les Prêcheurs et au sujet des Prêcheurs. L’A. examine, dans cette perspective, l’histoire de l’hagiographie de saint Dominique, des premiers saints dominicains canonisés et ensuite des personnages de cet ordre honorés seulement d’un culte local. Quant à l’hagiographie féminine, les premières générations de Prêcheurs ne lui portèrent guère d’intérêt. C’est dans cette optique que sainte Marguerite acquiert une grande importance. Elle est, en effet, la seule religieuse dominicaine « reconnue par son ordre, bien avant sainte Catherine de Sienne (+ 1380, can. en 1461) ». — H. Jacobs s.j.


Vie de l’Église

Delamare C., Thérèse d’Avila (1515-1582). L’oratoire et la forteresse, Paris, Salvator (Biographies), 2014, 15 × 22,5 cm, 352 p., 24,50 €.

La biographie rêvée. « Teresa » parmi ses frères, dans sa lignée, avec toutes les aventures de ces sept conquistadores couverts de gloire et de sang, restituées dans leurs péripéties. Un titre magnifique, pour celle qui se tient dans l’oratoire de ses monastères autant qu’elle assaille la forteresse de l’impossible. Un style admirable, au long d’une théorie de chapitres de deux pages, taillés dans une roche adamantine. Une femme plus grande qu’on ne le savait et plus exposée encore aux faiblesses de son entourage ou de son tempérament. L’ouvrage qu’il faut lire pour fêter les cinq cents ans de cette amoureuse impénitente, que la passion n’a pas ravagée, mais révélée dans sa stature éternelle. — N. Hausman, s.c.m.


Congrégation pour le clergé, Directoire pour le ministère et la vie des prêtres, Perpigan, Artège, 2013, 12,5 × 18 cm, 218 p., 15,00 €.

Publié aux éditions Artège, le Directoire pour la vie et le ministère des prêtres répond à une tendance bien connue de notre société depuis quelques décennies, la sécularisation. Voulu par la Congrégation pour le clergé, ce document du magistère aborde de nombreux thèmes, notamment la formation des prêtres, la vie spirituelle, l’obéissance, la prière. La vocation de cet opuscule est bien d’apporter une aide aux interrogations des pasteurs, tant pastorales que doctrinales. Cet ouvrage est particulièrement recommandé pour les séminaristes et prêtres qui désirent trouver une ligne de conduite éprouvée par l’Église depuis des siècles. La consultation des évêques du monde entier et de nombreux théologiens et canonistes, assure à ce Directoire une actualité et une pertinence qui perdurera tout au long des années à venir. Le but avoué des rédacteurs étant de favoriser la nouvelle évangélisation, « pour le bien de l’Église et du monde entier » (Introduction, site du Vatican, Jeudi saint 1994). — D. Bonnetain


Association des amis de Pierre de Teilhard de Chardin, Défis d’une évangélisation renouvelée. Les apports de Pierre Teilhard de Chardin, Bruxelles, Lessius (Au singulier, 25), 2013, 14,5 × 20,5 cm, 256 p., 22,00 €.

Spécialistes de Teilhard en différents domaines (scientifique, théologique, philosophique, spirituel, socio-politique), les quinze intervenants au colloque international, tenu en 2012 à l’université grégorienne de Rome, étudient la fécondité de son apport pour le temps présent. La 1re partie concerne Vatican II : T. vu par de Lubac ; T. et Gaudium et spes… La 2e partie évoque le temps présent : T. et les nouveaux champs de l’évangélisation ; rôle de la cybernétique dans la vision teilhardiennne ; renouvellement des relations politiques, économiques et sociales ; l’Église devant la revendication contemporaine de la liberté. La 3e partie se penche sur la crise actuelle du monde : T. et l’ouverture aux problèmes religieux ; T. et le dialogue avec les non-croyants ; la vision planétaire de l’humanité selon T. ; la vision évolutive du monde et le Christ cosmique : « Je crois que l’Univers est une Évolution. Je crois que l’Évolution va vers l’Esprit. Je crois que l’Esprit (dans l’homme) s’achève en Personnel. Je crois que le Personnel suprême est le Christ ressuscité ». — P. Detienne s.j.


Burton P.-A., « Vers l’infini d’une autre lumière ». Études de spiritualité cistercienne, t. 1 : Méthode, histoire et actualité, Saint-Jean-de-Matha (Québec), Abbaye Val-Notre-Dame (Pain de Cîteaux, n° 34, série 3), 2013, 15 × 20,5 cm, 518 p., 29,00 €.

L’auteur a eu l’heureuse idée de rassembler un vaste ensemble d’articles qu’il a naguère publiés : il forme le tome 34 et le tome 35 de la collection Pain de Cîteaux. Dans le n° 34, il a réuni ses études sous trois titres : Méthode, histoire, actualité. Dans la première catégorie, il entend nous introduire aux Pères cisterciens du xiie siècle. Leur lecture est pour nous souvent difficile. Dans le chapitre « Histoire », on trouve des questions d’historiographie, concernant saint Bernard et les origines cisterciennes. Elles touchent surtout Aelred de Rievaulx, dont le P. Burton est le grand spécialiste. Il y étudie certains aspects de sa personnalité et de sa vie, en particulier son entrée dans la vie monastique. Analysant la « Vita » d’Aelred par Walter Daniel, il y montre que, ni simple chronique ni pure légende, cette biographie est à lire comme un miroir où le lecteur doit, par delà les événements, remonter à l’identité spirituelle du moine et de l’abbé que fut Aelred. Dans une troisième partie, le P. Burton met en lumière l’étonnante actualité de la spiritualité cistercienne. Il le fait en s’attachant au bienheureux P. Joseph Cassant, moine de Sainte-Marie du Désert, que le P. Maître avait conduit par un chemin qu’éclaire la doctrine aelrédienne de l’amitié spirituelle. Il y examine aussi la « Déclaration sur l’identité laïque cistercienne » qui fut mise au point en juin 2008. On le voit, à travers la variété de ce volume, c’est à savourer la spiritualité cistercienne que nous conduit l’A. — H. Jacobs s.j.


Fromager M., Chrétiens en danger. Vingt raisons d’espérer, 2013, 13,5 × 21 cm, 200 p., 14,00 €.

D’après l’A., directeur de l’AED (Aide à l’Église en Détresse), 200 millions de chrétiens, c.-à-d. 10 % des disciples du Christ, ne sont pas entièrement libres de vivre leur foi. Après avoir évoqué la situation des chrétiens dans les différents pays qu’il a visités (Arabie Saoudite, Égypte, Irak, Syrie, Pakistan, Inde, Chine, Vietnam, Philippines, Congos, Soudan-s, Nigeria, Afrique du Sud, Mali, Brésil, Colombie, Nicaragua, Ukraine, Kosovo, France), il note les discriminations dont ils souffrent, réfléchit sur leur avenir et suggère diverses raisons d’espérer. En France, il relève « le dynamisme des communautés attachées à la forme extraordinaire du rite romain » et les 3000 baptêmes annuels d’adultes, parmi lesquels de plus en plus de musulmans… qui seront à la pointe de la mission auprès de leurs anciens coreligionnaires. Vingt récits variés, agréablement anecdotiques : un évêque, au Congo-Brazza, célèbre l’eucharistie, entouré de deux « gorilles » en aube et en armes. — P. Detienne s.j.


Ouédraogo K., Corpus du magistère romain sur les communications sociales, du concile Vatican II à nos jours, Paris / Turin, L’Harmattan (Africultura), 2013, 13,5 × 20,5 cm, 348 p., 36,00 €.

Prêtre diocésain du Burkina-Faso, l’A. a rassemblé dans ce recueil les principaux textes depuis un demi-siècle. On y trouve : le décret conciliaire Inter Mirifica (1963) ; les 47 messages annuels que les papes, de Paul VI à Benoît XVI ont adressé à l’occasion de la Journée mondiale des communications sociales (de 1967 à 2013) ; les instructions pastorales et quelques autres déclarations publiées par le Conseil pontifical pour les communications sociales. L’occasion, le contexte et les thèmes majeurs de chaque document ou groupe de documents sont brièvement signalés dans une notice d’introduction. — J. Scheuer, s.j.


Pape François, La lumière de la foi. Lumen Fidei, préf. Mgr A.-J. Léonard, Namur, Fidélité, 2013, 14,5 × 21 cm, 144 p., 6,00 €.

Cette première encyclique du pape François complète la trilogie initiée par Benoît XVI (Deus caritas est ; Spe salvi). Elle comporte quatre parties : « Nous avons cru en l’amour » ; « Si vous ne croyez pas, vous ne comprendrez pas » ; « Je vous transmets ce que j’ai reçu » ; « Dieu prépare pour eux une cité ». L’encyclique se termine par une prière à Marie, l’icône parfaite de la foi : Bienheureuse celle qui a cru ! Relevons quelques phrases : « Croire, c’est regarder avec les yeux de Jésus » ; « La foi transforme la personne tout entière, dans la mesure où elle se livre à l’amour » ; « Puisque la foi est écoute et vision, elle se transmet aussi comme parole et comme lumière » ; « La lumière de la foi se met au service concret de la justice, du droit et de la paix ». Le texte est émaillé de références bibliques (Jean, Romains, Hébreux,…), patristiques (surtout Augustin), et diverses (Dante, Rousseau, Dostoïevski, Eliot, Newman, Nietzsche, Guardini, Buber, Wittgenstein, Mère Teresa,…). Dans la préface, Mgr A.-J. Léonard se plaît à rappeler que Lumen Fidei « assume » un texte préparé par Benoît XVI, la contribution du pape François se bornant à quelques ajouts « si discrets qu’ils passent pratiquement inaperçus ». En appendice, un guide de lecture, que signent quatre théologiens jésuites. — P. Detienne s.j.


Aa Vv, Les grandes signatures de la catéchèse. Du XXe siècle à nos jours, t. 1, textes réunis par Th. Kisalu et présentés par H. Deroitte, 2012, Lumen Vitae (Les fondamentaux, 3), 17 × 24 cm, 256 p., 25,00 €.

Les éditions de l’institut Lumen Vitae — internationalement connues pour leur excellence dans le domaine de la catéchèse — commencent, dans la collection « Les Fondamentaux », à présenter des séries d’auteurs spécialistes en cette matière. Déjà, le volume inaugural de cette collection avait présenté « les Fondamentaux de la catéchèse » (2006). Ce volume se présente comme le premier tome dédié « à l’oeuvre réflexive et prospective de grands spécialistes de la catéchèse, du xxe siècle à nos jours ». Cette première anthologie sera complétée par un second volume comprenant pas moins d’une trentaine d’autres noms reconnus dans ce domaine. Domaine dont l’importance n’est plus a démontrer en cette période où la question, débattue, des « transmissions intergénérationnelles » requiert l’attention des agents pastoraux sollicités par l’urgence d’une évangélisation renouvelée. La liste des auteurs abordés (ou encore à présenter) montre l’ampleur de ce travail. Celle des contributeurs permet d’apprécier la variété des compétences, tant pratiques que théoriques, que Monsieur l’abbé Théo Kisalu (doctorant à l’UCL) et Monsieur Derroitte (responsable des éditions) ont fédérées pour ce travail dont l’importance sera reconnue de tous les catéchètes de nos écoles ou de nos paroisses. — J. Burton s.j.


Lafon M.-Ch., Marie-Dominique Philippe. Au coeur de l’Église du XXe siècle, Paris DDB janvier 2015, 15,5 × 23,5 cm, 840 pages, 24,9 €

Une famille du Nord. Douze enfants, dont quatre pères dominicains et quatre religieuses. Des personnalités trempées et chrétiennes, dont le P. Pierre-Thomas Dehau o.p., le frère de la mère. Des santés de fer. Une activité apostolique immense, présence aux familles, ministère de la Parole auprès des religieuses, affaire Chenu au Saulchoir, enseignements à Fribourg, contacts avec les nouvelles communautés et avec les jeunes. Henri, devenu à 18 ans le Fr. Marie-Dominique, s’éteindra juste avant son 94e anniversaire, comme fondateur de la Congrégation Saint-Jean depuis quarante ans et toujours membre de l’ordre des Dominicains. Une présence, comme l’indique le sous-titre, aux crises et aux bourgeonnements du XXe siècle, de 1912 à 2006 ; c’est un des intérêts de ce livre. Et pour traverser cette mer agitée, une pensée philosophique consacrée à saint Thomas, à sa métaphysique et donc à Aristote, qui reçut Foi et Raison comme une confirmation ; une méditation continuelle des écrits de saint Jean, et donc de Marie à la croix, ainsi que de la proximité de l’apôtre bien-aimé au service de saint Pierre ; de nombreuses amitiés spirituelles, particulièrement avec Marthe Robin et le pape Jean-Paul II. À sa mort les trois branches de la Famille Saint-Jean compteront plus de mille cinq cents membres. L’A. nous fait entrer au coeur de cette vie grâce à de nombreux témoignages et à la consultation des archives accessibles. Le portrait peint ici est attachant, celui d’un témoin de la Parole, fidèle à saint Dominique, moins à l’aise dans le gouvernement, répétait-il, dont il n’avait assumé le service que sur le tard. Et puis, à la dernière page du livre, une note de l’éditeur avertit qu’au moment où la rédaction était achevée, le prieur général des Frères de Saint-Jean a écrit, le 13 mai 2013, à tous les membres de la Famille Saint-Jean pour signaler des « témoignages convergents et jugés crédibles par ceux qui y ont eu accès (des autorités de l’Église et de notre congrégation, dont moi-même) disant que le Père Marie-Dominique a parfois posé des gestes contraires à la chasteté à l’égard de femmes adultes qu’il accompagnait » ! Un tremblement de terre. Rien dans l’ouvrage de M.-Ch. Lafon ne laissait présager la faute d’un homme épuisé depuis longtemps, toujours prêt à reprendre le travail, si ce n’est une allusion vague, p. 756, à un incident au moment des fortes tensions internes de 2002 chez les Frères. Sans doute le premier accroc sérieux de santé à 76 ans, un cancer au colon, avait-t-il laissé apparaître, dans les retrouvailles du Père convalescent avec les siens, des propos qui expriment la forte affectivité du fondateur. Et l’on pourrait noter qu’au coeur des tempêtes sociales et ecclésiales du XXe siècle, l’obligation vive de transmettre la Parole et l’engagement de la charité accompli dans l’extrême ou dans l’épuisement peuvent coexister moins que jamais avec les échardes dans la chair ; et il arrive que Dieu choisisse de ne pas épargner aux siens, au vu de tous, la honte que craignait le psalmiste. Le Seigneur sait comment conduire tous et chacun. Et l’on sait qu’il n’y a pas de garanties contre les incompréhensions venant de l’extérieur (la congrégation naissante ne fut pas épargnée par des milieux ecclésiaux) ou de l’intérieur (comme saint Ignace en prévenait les candidats à la Compagnie), ni contre l’érection de quelques murs internes (des anciennes familles religieuses ont parfois perdu ici leur discernement). Et sont plus fortes la paix et la joie en Christ, auxquelles nous appelle le Pape François. Dans l’exemplaire dont nous disposions, les pages 801 à 840 ont été reproduites une deuxième fois, après le cahier de photos. — J.-M. Glorieux sj.


Fondements

Pouchet Jean-Robert, osb, Vivre la communion dans l’Esprit Saint et dans l’Église. Études sur Basile de Césarée, Bégrolles-en-Mauges, Abbaye de Bellefontaine (Spiritualité Orientale 92), 2014, 15 × 21 cm, 624 p., 38 €.

En hommage au P. Jean-Robert Pouchet, bénédictin olivétain décédé en 2012, ce fort volume de la collection « Spiritualité Orientale » rassemble dix-sept articles publiés entre 1984 et 2007, autour de la figure de Basile de Césarée. Après avoir travaillé pendant une quinzaine d’années sur la tradition augustinienne et l’oeuvre de S. Anselme, sujet de sa thèse de doctorat en théologie, le P. Pouchet a été amené à s’intéresser aux Pères grecs, et particulièrement à la correspondance de Basile qui a fait l’objet d’une seconde thèse. Avançant au pas méthodique de l’historien, il a exploré systématiquement les questions de l’authenticité des quelques 300 lettres conservées, de leur datation, de l’identification de leurs destinataires, de leur contexte culturel et ecclésial, questions qui ont donné lieu aux articles, épars en diverses revues, ici réunis. Ils se présentent non par ordre chronologique, mais de façon thématique avec, pour ouvrir le recueil, une étude plus générale sur l’oeuvre de Basile et une discussion – dans laquelle la position du P. Pouchet paraît avoir été dirimante – sur les dates de son élection épiscopale et de sa mort ; les autres articles s’articulent ensuite autour de thèmes tels l’ascèse, la théologie de l’Esprit Saint, les amis de Basile, en particulier Eusèbe de Samosate, Amphiloque d’Iconium et Diodore de Tarse… Se trouvent ainsi éclairée la personnalité de l’évêque de Césarée, mais aussi données de nombreuses ouvertures sur son oeuvre théologique, comme en ce beau texte, qui clôt le recueil, sur le mystère de l’Église tel que Basile le présente dans ses Homélies sur les psaumes. Un ensemble d’indices (des noms de personnes, des lieux, des termes grecs…) et d’annexes complètent utilement ces études et permettent d’en tirer le meilleur profit. Un ouvrage doublement intéressant en ce qu’il approfondit et renouvelle sur certains points la connaissance de l’oeuvre et de la personne de Basile, défini comme un « être de communion », et en ce qu’il donne aussi à voir la démarche minutieuse d’un chercheur attaché d’abord à de patients travaux de philologie avant de produire sa synthèse théologique – M.-L. Desangles, f.m.j.


Delhez Ch., Le grand ABC de la foi, Paris / Namur, Mame / Fidélité, 2013, 16,5 × 23 cm, 336 p., 19,90 €.

« Grand », comme on disait jadis « le grand dogme » pour signaler une formation au sacerdoce qui s’aventurait dans les « questions plus difficiles » ? Pas exactement. Il vise plutôt la clarté et la simplicité. Aussi, si le format est imposant, le prix reste modeste… et la typographie lisible. Mais de quelle « grandeur » s’agit-il alors ? Quelles sont ses qualités ? Sa pédagogie, en fait, qui recourt aux astérisques quand un nouveau mot risque encore d’être incompris ou, mieux, au « Voir … » plus et plus loin… aussi. L’auteur le dit lui-même, ce n’est pas seulement un « vocabulaire », mais une « grammaire », qui conduit à une appropriation et une compréhension plus personnelle. Elle prépare aussi, peut-être, une « transmission » de type catéchétique (voir Youcat… ou encore le CEC). Bien sûr le témoignage de la foi relève d’un don de l’Esprit, d’une Pentecôte… et du martyre plus souvent que l’on n’y pense. Une petite réserve pourtant : dans la bibliographie « sélective » en effet, on aurait aussi souhaité quelques titres d’autres dictionnaires accessibles, mais plus thématiques (biblique, liturgique,…)
et complémentaires à celui-ci qui, avec sagesse, reste « généraliste » et d’un usage pastoral évident. — J. Burton s.j.


Descouvemont P., L’homme, ce chef-d’oeuvre… à peine moindre qu’un dieu, Paris, Éditions de l’Emmanuel, 2013, 15 × 22 cm, 304 p., 19,00 €.

Le présent ouvrage, que son A. nous présente comme un petit traité d’anthropologie, comporte une vingtaine de chapitres, d’allure traditionnelle. La majorité de ces chapitres ont pour titre un simple verbe : communiquer ; aimer ; s’extasier ; adorer… Les questions que l’A. soulève sont d’un intérêt varié : qu’est-ce que la théorie du « gender » ? Quelle différence y a-t-il entre eros et agapè ? Pourquoi y a-t-il plus de femmes que d’hommes dans les églises et les couvents ? Y aura-t-il des animaux au paradis ? Pourquoi l’athéisme contemporain est-il dit postchrétien ?... L’A. se penche sur l’attente des âmes avant la Résurrection, affirmant le droit et le devoir de prier pour la libération des âmes du purgatoire, il évoque l’ange gardien de sainte Gemma Galgani. Parmi les diverses citations auxquelles il a recours, relevons l’émouvant testament de Jean-Paul II… et l’intéressante question de Mgr Gay : Dieu a créé le grain de sable, pourquoi Jésus ne le déifiera-t-il pas ? La préface est de Fabrice Hadjadj. — P. Detienne s.j.


Meuser B. et Baer N., Youcat. Le livre de la Confirmation, Paris, Bayard / Fleurus-Mame / Cerf, 2013, 13,5 × 21 cm, 112 p., 9,00 €.

Après un faux départ (on se souvient que les exemplaires dotés de l’imprimatur du 11 février 2013 furent retirés par l’éditeur pour nous revenir avec l’imprimatur de la Toussaint), voici enfin le Youcat de la confirmation. Il présente toutes les qualités de ses prédécesseurs, pour la conception graphique aussi bien que pour l’enseignement de fond. Peut-être ne s’attendait-on pas à voir la confirmation traitée avec une telle ampleur (on repart des commencements de la révélation) ; il se pourrait aussi que la présentation du péché originel, même inspirée de Benoît XVI ou du cardinal Schönborn, p. 28 — soit un peu légère ; on ne sait pas bien non plus s’il fallait profiter de cette catéchèse sur la confirmation pour inviter au sacrement de la réconciliation… Mais le climat de prière et le tonus vivifiant de l’ensemble font à nouveau de l’entreprise une réussite didactique qui montrera certainement sa fécondité. — N. Hausman, s.c.m.


Bauquet N., d’Arodes de Peyriague X. et Gilbert P. (dirs), « Nous avons vu sa gloire. » Pour une phénoménologie du Credo, Bruxelles, Lessius (Donner raison, 36), 2012, 14,5 × 20,5 cm, 304 p., 28,50 p.

Le verset johannique qui donne sont titre, paradoxal : « vu » – « gloire », à ce travail collectif (rassemblant les institutions romaines de l’Institut français Centre Saint-Louis et l’Université Grégorienne) ouvre un chantier vaste et audacieux soucieux de conjoindre l’approche philosophique (nommément la phénoménologie) et celle de la théologie en contemplation de la manifestation des mystères que donne à méditer l’exposé de notre Credo. Après la conférence d’ouverture de l’initiateur (J.L. Marion) de ces rencontres (2010-2011), deux intervenants sont convoqués pour six considérations (De Deo Trino, De Deo Uno, De Spiritu Sancto, De Verbo Incarnto, De Ecclesia, De Novissimus) avant d’examiner in fine par ce que P. Gilbert propose comme un nouveau paradigme du rapport, toujours problématique, de la philosophie et de la théologie. Ce n’est évidemment pas possible, ici en quelques lignes, de rendre compte sérieusement de l’intérêt que présentent toutes les approches détaillées… Certaines semblent plus abordables : du Verbe incarné, de l’Église… et d’autres plus problématiques : du Dieu trine, du Dieu un… Il reste que, comme dans la « composition de lieu » dans les Exercices spirituels de saint Ignace, et du « visible » et de « l’invisible » qui y est évoqué, l’Incarnation du Verbe se donne comme une médiation permettant les « passages ». Ainsi du « Qui m’a vu a vu le Père » dans le texte : « Phénoménologie et Trinité ». Alors que « L’inhabitation trinitaire » supporte une « approche théologique à la lumière de la philosophie contemporaine de l’acte de parole ». Pour ne citer que les deux contributions à propos du De Deo Trino. Peut-être serait-il avisé de se préparer à la lecture, qui reste ardue, par le texte dit « Question de Méthode » où le P. Gibert s’interroge sur « Intention et intuition en philosophie et en théologie » ? Cela étant dit, chaque contribution s’efforce de préciser pour son propos cette question où il s’agit « de passer le Rubicon ». De toute façon, chaque chapitre demandera au moins une relecture ! — J. Burton s.j.


Deák V.H., Concilia sapientis amici. Saint Thomas Aquinas on the Foundation of the Evangelical Councels in Theological Anthropology, Rome, Editrice Pontificia Università Gregoriana (Tesi Gregoriana, Seri Teologia, 207), 2014, 17 × 24 cm, 448 p., 30,00 €.

Dans cette thèse, publiée par l’Université grégorienne, l’A., religieuse dominicaine hongroise, cherche à exprimer un lien intrinsèque entre les « conseils » observés par les religieux (que la théologie post-tridentine considérait plutôt comme une obligation facultative par rapport aux « préceptes ») et la vocation spirituelle du chrétien. Elle interroge Thomas d’Aquin, le premier théologien à avoir présenté une théologie systématique de la vie religieuse. Elle décrit la progression de la pensée de Thomas depuis la Summa contra gentiles (et les oeuvres attachées aux querelles entre le clergé séculier et les ordres mendiants) jusqu’à la Summa theologiae. Thomas situe préceptes et conseils dans la dynamique de la vertu de charité de la Loi Nouvelle, qu’il considère non pas comme une entité statique mais comme un développement spirituel. Les conseils ne sont pas simplement des moyens de tendre à la perfection, ils constituent l’essence et le modèle de notre don total à Dieu. Constituant un stade de générosité spirituelle et un signe de croissance dans la charité, les conseils concernent, en un sens, tous les chrétiens : l’esprit des conseils, au moins dans les actes intérieurs, ne sont pas facultatifs. L’A. évoque Vatican II (Lumen gentium V-VI) et les positions contrastées de Rahner et de Balthasar. Une note concerne l’état de perfection des évêques et celui des religieux. — P. Detienne s.j.


Torrel J.-P., Pour nous les hommes et pour notre salut. Jésus notre Rédemption, Paris, Cerf, 2014, 13,5 × 21 cm, 372 p., 19,00 €.

Jean-Pierre Torrell, dominicain, nous invite à suivre dans ce livre un cours de sotériologie (étude de la doctrine du salut) d’une clarté peu commune. Dès les premières pages, les termes les plus techniques sont expliqués. Cette pédagogie porte ses fruits car nous sommes immédiatement plongés dans l’étude du rachat et de la rédemption. Le théologien aborde dans une première partie les grands thèmes théologiques du salut, entre autres les notions de mérite, justification et de sacrifice. S’appuyant sur des auteurs tels que Tertullien, Anselme, et bien évidemment saint Thomas, l’auteur n’oublie pas d’être spirituel. La seconde partie nous présente un historique de la doctrine de la Rédemption telle qu’elle eut cours au xxe siècle. Il est à noter que la doctrine paulinienne du Corps du Christ traverse l’ensemble de ce livre remarquable : « La récapitulation de l’humanité sauvée dans le Christ se fait par son intégration dans le Corps du Christ… L’oeuvre du Christ s’accomplit par une espèce d’écoulement comparable à celui qui se produit entre la tête et les membres. » L’humanité « est par le Christ, avec lui et en lui, partie prenante du salut ». On ne peut que conseiller ce livre particulièrement pertinent quand le Carême débute. — D. Bonnetain


Prière et liturgie

de Couëssin P., Pas à pas dans l’oraison. Cent lettres pour débuter, continuer, persévérer, Paris, Parole et Silence, 2013, 15 × 23,5 cm, 290 p., 20,00 €.

Pas à pas dans l’oraison… ! Ne faudrait-il pas dire aussi « Pas à pas dans la vie chrétienne » ? Les 60 ans de sacerdoce, aux ministères variés, et en particulier au lieu de pèlerinage à Notre-Dame-de-Toute-Aide en Centre Bretagne où le pasteur s’adresse aux pèlerins, ont apporté au P. Pierre une expérience vivante et cordiale du lien nécessaire entre ces deux niveaux de la réalité chrétienne : vie et oraison – oraison et vie. Les 100 + 1 lettres au ton familier sont vraiment « adressées » et rencontrent les étapes annoncées : débuter, continuer et persévérer. C’est en fait au rythme d’un chemin de persévérance dans la prière une initiation déployée et approfondie aux richesses de la grâce reçue au baptême et nourrie de la vie sacramentelle « ordinaire ». La pédagogie épistolaire suppose une lecture ordonnée adaptée à celui ou celle qui en est le ou la destinataire… Une lecture « en contexte » donc que des guides seront bien avisés de distiller avec prudence. C’est surtout à la situation de rencontre personnelle que ce livre sera précieux. Sa pratique suppose une expérience suffisante de la rencontre d’accompagnement et de ce qui y est en cause. À celui ou celle qui chemine, la lecture, éventuelle, en sera alors bienfaisante. Car il ne faut pas brûler les étapes et elles ne sont pas toujours aussi bien ordonnées. Toute aventure de prière est sujette aux imprévus de Dieu. — J. Burton s.j.


Mac Leod Ph., Intériorité et témoignage. Aux sources de la présence, Paris, Ad Solem, 2014, 13,5 × 21,5 cm, 256 p., 21,00 €.

Ce n’est pas coquetterie d’écrivain que d’indiquer en colophon : « Achevé d’imprimer le 18 février 2014, … » ! C’est, en fait, que tout ce texte, et sa méditation, sont au service d’une initiation humble à la prière sous la garde discrète de sainte Bernadette de Lourdes dont la date indiquée signale la fête de la naissance au Ciel. Sept « rencontres » donc, sous son égide et son exemple, proposent quelques indications propices à pérégriner sur le sentier conduisant « aux sources de la présence » : comme Bernadette priait, des prières à la prière, accoisée dans la présence sous l’horizon du silence. Un cheminement fidèle à s’inscrire dans l’obéissance à la durée, au rythme des pas d’une marche où prier la Parole fait doucement place à la Parole priant en nous. Dans une « Annexe », encore quelques mots s’adossant simplement au Signe de la Croix, seul lieu honnête où s’adresser au Père. Être, sans les opposer, mais en leur donnant tantôt à l’une, tantôt à l’autre habiter dans la demeure avec Marthe et Marie. Sans « gourmandise spirituelle » ce serait contradictoire, fréquentez lentement ce « précis » de l’oraison. Son auteur deviendra votre frère (sa confidence est en « je-tu ») et la petite Bergère votre soeur à la frimousse barbouillée de boue de la Grotte (où tant de douleurs sont apaisées) et au calme dolant de l’infirmerie de Nevers. Son intériorité, et elle seule, aux pieds de la grâce immaculée, éclaire et témoigne. Déjà le secret en était scellé (l’auteur nous le rappelle avec d’autres saintes figures convoquées), dans l’abîme du Prologue johannique comme plus tard au creux de la nuit de Tolède. Grotte profonde pour notre coeur au Coeur de Dieu. L’auteur en est un guide sûr et d’expérience personnelle suggérée, mais authentique. — J. Burton s.j.


Vanier J., Prières glanées, illustrées par l’Arche de Beloeil, Namur, Fidélité (Prières glanées), 2014, 12,5 × 22 cm, 80 p., 14,95 €.

L’A., fondateur de l’Arche, présente ici quarante textes, dont huit qui lui sont propres, susceptibles de nourrir notre prière, en nous éveillant au souci de nos frères les plus démunis. Tous ces textes, introduits par une citation évangélique, sont naïvement illustrés par une douzaine de membres de l’atelier d’art Le Pot-en-ciel (Canada), « ayant ou non une déficience intellectuelle ». Parmi les auteurs les plus inspirants citons : saint Basile (À l’affamé appartient le pain que tu gardes) ; le P. Joseph Wresinski (Pour ces millions d’enfants tordus par les douleurs de la faim) ; Mgr Vladimir Ghika (Seigneur, bénissez-moi de la main et du coeur de vos pauvres) ; Martin Luther King (Si nous refusons de souffrir pour la justice)… et quelques inconnus : un romanichel (Ma caravane est mon monastère) ; un détenu (Je me suis préparé pour T’accueillir) ; un toxicomane (Démerde-Toi avec moi) ; une personne handicapée (Partager ce bonheur de vivre qui m’habite). Recommandé. — P. Detienne s.j.


Questions

Theytaz Ph., Ado et bien dans ta peau. Par la pensée et les comportements, tu peux faire que ta vie soit plus belle, Saint-Maurice, Éditions Saint-Augustin, 2013, 12 × 19 cm, 192 p., 13,00 €.

Y’a quelque chose qui cloche et tu ne sais pas quoi… L’A. est suisse. Docteur en sciences de l’éducation, il propose une cinquantaine de thèmes (exprimés en de courts textes, suivis chacun d’une explication) susceptibles d’éclairer les adolescents sur les sujets qui les intéressent ou qui les tracassent : le message – tu provoques de l’agressivité ; parler de soi sans être prétentieux ; la colère contre quelqu’un ; s’entraîner à gérer sa peur… Un ouvrage dont parents et éducateurs ne seront pas les derniers à tirer profit. — P. Detienne s.j.


Molla S. (dir.), Le souffle artiste, Genève / Montréal, Labor et Fides / Novalis (La chair et le souffle), 2014, 15 × 23, 112 p., 14,00 €.

Si l’Esprit saintement planait sur les eaux à l’aube de la Création et s’exhale encore quand du haut de la Croix, Il attestait que tout était accompli… Alors, oui, Il sera là, tressant les fils contrastés du beau, du vrai, du bien dans une danse déployant son unique mouvement… Il sera aussi de toutes les figures, de toutes les arabesques… inspirant le geste artiste respectueux de sa présence. Il le guidera, car nos pas ne lui sont pas spontanément accordés, et, venant à la chair, Il ne la trouve pas toujours en mémoire de son Origine… Faut-il le nommer, ou autrement dit : comment user du « comme » (p. 6) qui chercherait à l’identifier ? Conduit-Il, inspire-t-Il toujours « comme » Il conduisit la main divine à la glaise des commencements pour y insuffler la vie ? De quelle humilité s’agit-il pour qu’Il accorde à son Rythme le tremblement de nos mots, les miroitements de nos mélodies, les couleurs d’un autre arc-en-ciel… les
souffrances aussi de notre misère ? Ici, les textes, les interviews, les témoignages que nous lisons (citons les auteurs : Gérad Blais, Christian Bobin, Robert Bouvier, Natacha Casagrande, Claire Gibault, Jean-Pierre Lemaire, Frank Lalou, Matthias Tsabold) nous offrent leurs aventures et nous y sommes conviés au creux de ce «  ? » nécessaire à la jubilation pour « les merveilles que fit le Seigneur ». Le contenu de cet ouvrage correspond au numéro de septembre 2013 de la revue internationale de théologie et de spiritualité La chair et le souffle que publie la Faculté de Théologie de Neuchâtel (Suisse) dirigée par Lytta Basset. — J. Burton s.j.


Spadaro A., Cyberthéologie. Penser le christianisme à l’heure d’internet, Bruxelles, Lessius (Donner raison, théologie, 44), 2014, 14,5 × 20,5 cm, 160 p., 19,00 €.

Nos communautés religieuses ne seront certainement pas les dernières à se risquer dans les rets de la Toile… ! De bien les utiliser… ou de s’y entortiller ! Aussi, le livre d’un collaborateur de la célèbre revue jésuite Civilta Cattolica, interviewer et ami du Pape François, sera le bienvenu et d’un grand secours. Le sous-titre est important. À bien l’entendre, nous sommes invités, en raison du contrôle social que représente l’emprise croissante de la cyberculture, à évaluer sereinement, mais aussi de manière critique, les défis que le « christianisme » et la manière dont il se positionne (comme ensemble cohérent de doctrines et de pratiques) se doit de relever. Il n’est plus nécessaire de souligner que l’univers tentaculaire d’internet fait partie intégrante de la mondialisation galopante, et souvent insoupçonnée, de notre quotidien. Informés déjà ou encore novices, nous avons tout intérêt à réfléchir en profondeur sur cette mutation dans la culture de l’information et de la communication. Ce livre, clair et très documenté (bibliographie abondante, surtout anglo-saxonne et italienne), vous initiera non seulement aux arcanes « hardware et software » de son fonctionnement, mais encore vous proposera de réfléchir à des réalités ecclésiales comme « présence virtuelle », « intelligence collective de la foi », « réseau eucharistique » ou « connexion/communion », pour ne citer que quelques têtes de chapitre. Les avancées et les périls de ce « changement de paradigme » sont bien situés avec compétence (les travaux du père Spadaro ne datent pas d’aujourd’hui), ouverture et prudence. On ne peut que recommander vivement l’usage de cet outil indispensable et le proposer au cours de la formation à la vie religieuse. — J. Burton s.j.


Spiritualité

Bouyer L., Saint Philippe Néri. Un Socrate romain, coll. « Spiritualité », Genève, Ad Solem, 2015, 112 p., 15 €

La réédition d’un petit joyau à l’occasion du 500e anniversaire de la naissance de Philippe Néri (1515-1595) : une petite vie de ce nouveau « Socrate romain », écrite en 1946 par l’un de ses fils, Louis Bouyer, qui a su « croquer son portrait » de manière si évocatrice que les Supérieurs de l’Oratoire en ont fait la biographie officielle de leur saint fondateur. Philippe Néri, héritier des plus grands humanistes chrétiens de la Renaissance, unit avec une simplicité déconcertante joie rayonnante, ascèse exigeante, liberté dans l’Esprit et vie mystique. « Une humanité plus humaine, simplement parce que divine », voilà la clef de sa vie. Le cœur embrasé d’un feu mystérieux, Philippe arpente les rues de Rome pour regagner au Christ une jeunesse en péril. Sans méthode, sans structure, sans doctrine ni pratiques particulières, ce héraut de l’Évangile à l’état pur a la force d’un conquérant, la carrure d’un pêcheur d’hommes et l’innocence transparente d’un enfant. Tous tombent sous le charme de cet apôtre désarmé qui, sans rien imposer, conduit irrésistiblement ceux dont il sait si spontanément se faire le compagnon, à changer de vie et à devenir meilleurs. Un modèle attachant et entraînant pour tous les apôtres de la nouvelle évangélisation- M.-D. Weill, c.s.j.


Rastoin J., La Torah sculpte le Christ. Réflexions et aphorismes présentés par ses enfants, Toulouse, Éditions du Carmel, 2013, 12,5 × 16,5 cm, 152 p., 12,00 €.

J. Rastoin (1934-2008), traductrice polyglotte, a redécouvert le Christ et l’Église au contact du judaïsme. Elle a laissé, à sa mort, une collection de textes courts, empreints de judéophilie. Ses enfants (un jésuite et une carmélite) nous les présentent ici, accompagnés d’annotations, en une dizaine de chapitres : Israël et l’Église, la Shoah, le Carmel, Marie et Joseph, la communion des saints… Que nous dit-elle ? « Qui rencontre le Christ rencontre le judaïsme… » ; « L’Incarnation est d’abord une affaire juive avant d’être une affaire universelle… » ; « Le seul christianisme qui m’intéresse, le seul intéressant, c’est celui de Job… » ; « Être chrétien, ce devrait être un juif parfait, c’est-à-dire un autre Christ… » ; « Approfondir le coeur de saint Joseph, c’est pénétrer dans le coeur du vrai judaïsme… ». En appendice : une longue méditation du rosaire. — P. Detienne, s.j.


Basset L., Le mystère de l’affectivité, Genève, Labor et Fides (La chair et le souffle), 2013, 15 × 22,5 cm, 104 p., 14,00 €.

Ce livre publie le n° de septembre 2012 de la revue La Chair et le Souffle nouvellement apparue dans ce domaine. Le projet était de fournir une analyse, un constat et une question qui reste, on en convient, importante. « Après un siècle de scientisme assorti d’évacuation du sujet sentant, nombreux sont les Occidentaux qui se posent la question de la dimension spirituelle de l’affectivité : quel rôle peut-elle jouer dans le déploiement d’une vie spirituelle comprise comme quête de ce Tout-Autre dont chaque humain porte en lui la trace ? » Les 7 contributions de ce livre se veulent « de l’ordre de la redécouverte ». La richesse des traditions et des âges de la spiritualité chrétienne n’est donc pas négligée. Il reste que l’élaboration du rapport entre l’affectif et le spirituel de notre vie commande une grande prudence dans la définition des « dimensions » en cause. Peut-on se contenter pour ladite « spirituelle » de la comprendre « comme quête de ce Tout-Autre dont chaque humain porte en lui la trace » ? L’intérêt et le danger de recueils de textes d’auteurs divers résident dans les nuances (c’est le moins que l’on puisse dire) entre les anthropologies (et les théories psychologiques et neurologiques sous jacentes) et les théologies spirituelles. Pour le dire simplement, on veillera à repérer, dans chaque cas, comment le binôme « nature et grâce » est situé et analysé. Une lecture attentive s’impose donc. — J. Burton s.j.