Nous voici aux portes de l’été, moment choisi par le Saint-Père pour publier son encyclique « Laudato si  », sur la sauvegarde de ce qu’il appelle « la maison commune » — une expression qui désignait jusqu’ici l’Europe… Comment ne pas nous reconnaître dans cette description : « Jésus travaillait de ses mains, au contact direct quotidien avec la matière créée par Dieu pour lui donner forme avec son habileté d’artisan. Il est frappant que la plus grande partie de sa vie ait été consacrée à cette tâche, dans une existence simple qui ne suscitait aucune admiration » (Ls, 98) ? Et comment ne pas entendre l’instante recommandation : « J’espère aussi que dans nos séminaires et maisons religieuses de formation, on éduque à une austérité responsable, à la contemplation reconnaissante du monde, à la protection de la fragilité des pauvres et de l’environnement » (Ls 214) ?
Pour commencer notre numéro, voici une conférence sur la Lettre pontificale « Témoins de la joie » (21 novembre 2014), donnée à Lubumbashi (RDC) pour l’ouverture de l’Année de la vie consacrée ; le père Jean-Luc Vande Kerkhove s.d.b. n’hésite pas à s’y interroger sur le présent de la vie consacrée, en termes d’intériorité, de respect de la justice sociale, de notre engagement affectif premier, de notre distance des valeurs mondaines.
L’insistance pontificale sur une « Église en sortie » s’adresse à tous, mais elle doit être accueillie, montre ensuite soeur Marie-David Weill, c.s.j., par chaque communauté selon sa grâce ; cet appel peut s’éclairer de l’évangile selon saint Jean, où l’on voit le mystère apostolique se fonder dans l’envoi du Fils par le Père, et les « périphéries de l’humanité » se découvrir comme celles du péché.
C’est en terre aride que, chez les Pères du désert, rappelle le père Ugo Zanetti, o.s.b., l’injonction scripturaire à « prier sans cesse » a, en quelque sorte, pris chair de gloire, dans une sobriété liturgique parfois extrême et pour un fruit d’amour rejaillissant sur la création tout entière ; ainsi le vérifie une hospitalité à la mesure de l’agraphon : « Tu as vu ton frère ? tu as vu Dieu ! »
Surgissent à cette époque les grands traités sur la virginité, dont celui de Grégoire de Nysse, présenté par soeur Marie-Laure Desangles, f.m.j. ; lui-même marié, Grégoire met en exergue pour son frère moine le sens prophétique de la virginité consacrée de qui, jusqu’en son corps offert, veut être associé à la victoire du Christ sur la mort ; ainsi, la virginité, qui permet à l’homme de coïncider avec sa vraie nature, peut « être décrite à la fois comme un retour à l’état adamique et comme une anticipation de la résurrection ».
Après ces fondements, les questions. « La vie contemplative a-telle un avenir en Europe occidentale ? », interroge Mgr Pierre Raffin, o.p., évêque émérite de Metz. Et « quel avenir la vie consacrée accueillera-t-elle ? », se demande plus largement le père Wauthier de Mahieu, s.j. Les défis de l’histoire pour l’un, ceux de l’anthropologie générale, pour l’autre, sont à entendre d’une part comme des appels à s’adapter en se ressourçant, et d’autre part, comme des appels de la grâce à retrouver une vie plus radicalement évangélique.
C’est que la vie consacrée est belle, de la beauté même du divin qui se fait humain, de l’humain qui révèle le divin, comme nous l’explique Michelina Tenace du Centro Aletti. Ici encore, comme dans le cas des premiers moines ou des Cappadociens, c’est la source orientale, théologique et anthropologique tout ensemble, qui peut irriguer nos communautés de son indéfectible foi en la transfiguration du cosmos.

Notre Année de la vie consacrée va se poursuivre à la rentrée par le numéro hors-série promis à nos abonnés ; que le Seigneur dont nous fêterons aussi la Miséricorde achève donc en nous ce qu’Il a commencé.