Témoins

Dupriez Ph. (dir.), Joseph Comblin, prophète et amis des pauvres, Bruxelles, Lessius (Au singulier, 26), 2014, 15,5 × 23 cm, 192 p., 19,00 €.

Arrivé en 1958 en Amérique latine où il résida jusqu’à sa mort, J. Comblin (1923-2011), prêtre belge naturalisé brésilien, est ici présenté comme prophète et ami des pauvres, aux côtés de dom Helder Camara. Le présent ouvrage, après une courte bio-bibliographie, nous présente quelques « Paroles » de J.C. : « Église, crise et espérance » (2010) ; « Esprit Saint Libérateur » (1987) ; « Foi et religion » (2012) ; « Vatican II, 50 ans après » (posthume). En annexe : le « Pacte des catacombes », signé par 40 évêques, en majorité latino-américains, présents au concile Vatican II : J.C. considérait ce texte comme l’apparition d’un « nouveau franciscanisme » en Amérique latine. Suivent alors une dizaine de témoignages de théologiens, parmi lesquels celui de Fidèle Mabundu Madamba insistant sur la pertinence de l’apport de J.C. pour l’Afrique. Retenons aussi l’étude du sociologue François Houtart « Les défis de la théologie de la libération et le rapport à la nature », un sujet que J.C. n’a pas abordé systématiquement. — P. Detienne s.j.


Lagrange M.-J., Journal spirituel (1879-1932), Paris, Cerf, 2014, 15 × 24 cm, 529 p., 29,00 €.

L’index onomastique est un bon instrument pour entrer dans la spiritualité du P. L. : bien sûr Thomas d’Aquin et Dominique y occupent une place de choix ; mais à côté d’eux, on retrouve abondamment Marie, Thérèse d’Avila et Joseph. Mais plus encore, comme disait de lui R. de Vaux, il fut un « homme complet », car, ainsi que l’explicite l’éditeur de ce qui reste des notes spirituelles du dominicain, il « rassemblait dans l’unité de la foi, de la charité, et de la prière, la vie conventuelle, la recherche en bibliothèque et l’archéologie sur le terrain, l’enseignement de la Bible et la prédication » (p. 9). À côté de notes qui touchent plus particulièrement à son travail de chercheur, qui fut loin d’être un long fleuve tranquille, on découvre un homme d’une simplicité d’enfant au sens évangélique, tout en ayant un tempérament fort, ce qu’indiquent également les quelques portraits insérés dans l’ouvrage, qui révèlent un visage qui en dit long sur sa vie intérieure. Et même en prenant quelque distance avec un langage bien différent de celui de notre époque, c’est un réel plaisir de lire ces pages sous la plume d’un éminent savant pour qui travail scientifique et vie spirituelle furent unifiés à un point tel qu’on pourrait qualifier sa vie en paraphrasant le titre d’un grand livre de Jean Leclercq : « L’amour de la lettre et le désir de Dieu ». — B. Joassart s.j.


François G. et Pitau B., Madeleine Delbrêl. Poète, assistante sociale et mystique, Bruyères-le-Châtel, Nouvelle Cité, 2014, 15 × 22 cm, 324 p., 21,00 €.

Madeleine Delbrêl (1904-1964), fille unique d’un couple mal assorti, devenue athée à l’âge de 17 ans, se retrouve deux ans plus tard « éblouie par Dieu » au contact d’un jeune chrétien dont elle tombe amoureuse… et qui entre chez les dominicains. Définitivement convertie, elle entraîne deux de ses amies (anciennes du scoutisme comme elle l’était elle-même) à Ivry, dans une mairie communiste de la banlieue de Paris, où elle passera toute sa vie. À la tête d’une petite communauté de femmes, elle y mène une vie à la fois de militante sociale (on la présentera comme la soeur aînée des prêtres ouvriers) et de mystique : « Il s’agit moins de travailler pour le Christ que de vivre le Christ. » Les A. du présent ouvrage, deux prêtres dont l’un est postulateur de la cause de béatification de M.D., tirent leurs citations de ses articles et de sa très abondante correspondance. Certains de ces textes sont inédits, d’autres ont été repris dans des ouvrages tels que Nous autres, gens des rues et Ville marxiste, terre de mission. Pour tous. — P. Detienne s.j.