Recensions pour la période 2016-1

Témoins

POUTET Y., Catherine de Bar, 1614-1698. Mère Mectilde du Saint-Sacrement. Moniale et fondatrice bénédictine au XVIIe siècle, Paris, Parole et Silence (Mectildiana), 2013, 15 x 23,5 cm, 977 p., 46,00 €.

L’auteur, décédé le 29 juin 2009, était un Frère des Écoles chrétiennes, bien connu par ses études sur saint Jean-Baptiste de La Salle et la spiritualité des XVIIe et XVIIIe siècles. « Fin psychologue et historien compétent », il a fait montre des mêmes qualités dans cette biographie posthume de Mère Mectilde, publiée avec les modifications nécessaires, qu’autorisait le placet qu’il en donna peu avant sa mort. L’héroïne de cet ouvrage fut quelques années Annonciade, avant de fonder les Bénédictines de l’Adoration perpétuelle du Saint-Sacrement. Née en 1614 à Saint-Dié (Vosges), elle fut chassée par la guerre de son monastère. Elle rejoignit en 1639 les bénédictines de Rambervillers. Au fil de nombreuses vicissitudes, elle fonda un nouvel Institut dont les monastères se multiplièrent rapidement. Elle mourut à Paris le 6 avril 1698. L’auteur suit par le menu toutes les péripéties de ce long cheminement où s’entrecroisent événements et rencontres. Le lecteur est frappé par les multiples maîtres spirituels avec lesquels Mère Mectilde fut en contact : Bernières, Renty, Condren, et tant d’autres. Ses écrits sont analysés, donnant une vue générale de son expérience et de sa doctrine. Celle-ci est certes entièrement déploiement de l’amour, mais avec une insistance appuyée sur notre anéantissement. Jamais toutefois le mystère pascal n’est oublié et elle note « que Celui qui fait mourir fait revivre notre faiblesse par la puissance de sa très sainte main » (p. 447). Personnalité hors du commun, à tout point de vue, Mère Mectilde sera sans doute béatifiée. La présente biographie, rigoureuse et documentée, nous permet de découvrir une moniale d’une incontestable sainteté. Sa reconnaissance par l’Église pourra lui apporter un rayonnement désormais beaucoup plus étendu. Outre une copieuse bibliographie, on trouvera également dans ce volume un index toponymique général, un index des noms de personnes, augmenté de précisions biographiques établies par le P. Joël Letellier, et de très nombreuses notes complémentaires. Notons que le P. Letellier a récemment écrit un article sur L’œuvre eucharistique de Catherine Mectilde de Bar (dans Liturgie, 166, sept. 2014, pp. 234-350). — H. JACOBS s.j.

SCHLEKENS K. et METTEPENINGEN J., Godfried Danneels. Biographie, Anvers, Polis, 2015, 15 x 23 cm, 544 p., 24,95 €.

Il était temps de revenir sur la longue vie pastorale du discret et influent Cardinal belge, maintenant que se dissipent les scandaleuses ombres qui ont paru ternir sa sortie de charge. C’est une magnifique et passionnante histoire qui nous est ici contée, dans un style très sobre, d’après une information de première main, qui n’omet aucun épisode, même si l’on aurait voulu parfois en savoir plus — quelle classe ! On avait déjà reconnu dans « l’humaniste chrétien » cet intellectuel de haut vol, tenant contre vents et marées le milieu dans tous les conflits, entouré d’un contexte d’amis et d’influences (universitaires, notamment), obstinément fidèle au siège de Pierre qui ne le lui a pas toujours rendu ; on découvre de plus l’incroyable globe-trotter, le protagoniste caché d’un renouveau curial évangélique, l’homme de confiance des missions exposées — qu’on pense au Carmel d’Auschwitz ou à la Chine —, et, carnet de photos aidant, l’adorable cuistot d’un barbecue familial… La biographie attendue d’une figure attachante que n’a justifié, aux heures décisives, qu’un amour toujours plus profond du Cœur livré. — N. HAUSMAN, s.c.m.

Éthique

PRALONG J., Un Évangile pour les séparés, les divorcés, les remariés, Saint-Maurice (Suisse), Saint-Augustin, 2014, 14 x 21 cm, 136 p., 18,00 €.

La réflexion proposée par Mgr Gerard Müller, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, dans L’Osservatore Romano en octobre 2013, de même que le consistoire extraordinaire sur la famille qui s’est tenu, à la demande du pape François, les 20 et 21 février derniers, manifestent l’urgence éprouvée au sein de l’Église catholique de poursuivre sa réflexion sur la question des personnes divorcées et remariées, initiée depuis plusieurs dizaines d’années. Le père Joël Pralong, prêtre dans le diocèse de Sion (Suisse), propose sa pierre à l’édifice, non comme théologien, mais comme pasteur. Si ses tâtonnements, ses hésitations et ses omissions participent précisément de cette tension entre la vérité et la charité, entre l’enracinement théologique et le déploiement pastoral, il évite néanmoins l’écueil d’une position tranchée entre laxisme et rigorisme. Fondant sa vision sur la conscience — incontournable, quoique parfois idéalisée — de chaque personne humaine, il développe ses différentes approches à l’aide d’une solide expérience de terrain, ponctuée de témoignages précis, de questionnements douloureux et d’éclairages originaux, servie par une intéressante exploration d’un nouveau langage pastoral, adapté à l’esprit évangélique et à notre temps. — P. GELIN

BONNEWIJN O., La famille dans la Bible. Quand Abraham, Joseph et Moïse éclairent nos propres histoires, Paris, Mame, 2014, 13,5 x 21,5 cm, 224 p., 15,90 €.

Des histoires, l’Histoire, nos histoires… Le sous-titre de ce livre indique bien son propos. Car au fil des pages mouvementées de la Genèse et de l’Exode, la bible retrace les premiers pas de l’Histoire de l’Alliance de Dieu avec son Peuple. Nous ne pouvions pas ne pas traverser aussi et en même temps, les péripéties des alliances constitutives de la famille humaine : l’aventure onéreuse de la paternité (Abraham), la rivalité des frères de sang qui, d’étape en étape, en découvrent le possible dépassement dans la fraternité (Joseph et ses frères)… Les pères, les frères, et Sarah, et Léa, et nos sœurs et les épouses, et les mères… Homme et femme, Il les créa. Mais encore fallait-il, à l’enfant sauvé des eaux, ballotté entre trois familles, la fuite au désert et la Révélation du Nom pour devenir, apaisé en Madian, un homme d’alliance, dépositaire au Sinaï des dix Paroles de Vie… On l’aura compris, ces péripéties orientées secrètement par la Promesse inaugurale donnent à l’amateur d’histoire que nous sommes les haltes propices à reconnaître les dimensions anthropologiques qui dévoilent secrètement leurs profondeurs divines, leurs blessures aussi, et gracieusement, leur Salut. Il fallait encore, mais cela était dès avant la fondation du monde, que s’entende, redite sur les lèvres du Fils, scellée dans sa Vie et d’au-delà de sa Mort, la miséricorde du Dieu des vivants. Car « Avant qu’Abraham fût, Je SUIS (Jn 8,58). Un « livre d’histoires », assurément, et notre auteur s’y entend ! Il faut le lire vraiment, avec nos vies en arrière-plan, et les relire souvent. — J. BURTON s. j.

VILLEMOT M., Corps et vie blessée, Paris, Parole et Silence, 2014, 15 x 23,5 cm, 646 p., 38,00 €.

Prêtre du diocèse de Paris, M.V. prolonge ici ses réflexions de professeur de philosophie. Son volumineux essai met en évidence, par diverses approches (le symbole, la sexualité, la violence, la torture, la mort…), la vérité des corps, cachée dans le vécu de la chair. Son regard contemplatif sur le malade, sur la femme enceinte, sur les prostitués du bois de Boulogne conduit ses lecteurs jusqu’à l’émotion première de faire partie de l’humanité entière comme d’un même corps. Salutaire lecture qui situe à leur juste place les représentations de soi qui privilégiaient excessivement l’artifice technique ou l’autonomie : opprimer la femme, détruire l’embryon, mépriser la personne handicapée, c’est, pour l’homme, refuser sa propre faiblesse. Dans un style familier qui n’hésite pas à évoquer des traits de sa vie familiale ou pastorale, l’A. nous offre de multiples occasions de méditer : « mon corps m’indique sans cesse que je ne me suis pas donné la vie » (p. 155) ; « la virginité féminine est plénitude, le célibat masculin stigmatisation » (p. 217) ; « seuls les parents qui se sentent indignes d’enfanter enfantent dignement » (p. 340) ; « mon corps est à moi-même une loi » (p. 554). Par-là, nous voici ramenés à notre condition la plus basique, et donc la plus apte à la compassion. L’auteur de Hébreux ne le disait-il pas déjà : « Souvenez-vous de ceux qui sont maltraités, car vous aussi, vous avez un corps » (Hé 13,3) ? — X. DIJON, s.j.

Vie de l’Église

CARELLO R., 80 fioretti du pape François. Récits authentiques, Namur, Fidélité, 2014, 13,5 x 20,5 cm, 128 p., 9,95 €.

L’édition originale du présent ouvrage est ingénument présentée comme une « biografia » de Jorge Bergoglio en 80 racconti. Le pape a été fiancé, il a pratiqué le tango, sa mère lui a fait aimer l’opéra. Son film préféré est Le festin de Babette ; ses auteurs favoris sont Dante et Manzoni, Dostoïevski et Borges ; ses maîtres mots sont tendresse et compassion. Il a gardé une grande vénération pour sa nonna (grand-mère). Il dort cinq heures par nuit, il n’a jamais pris de vacances, il aime manger et cuisiner. Ce qui l’a fait choisir son prénom papal ? L’amour de François d’Assise pour les pauvres, sa passion pour la paix, son respect pour la création. L’ouvrage est sans prétention scientifique : l’A. n’hésite pas à employer l’adverbe « probablement ». — P. DETIENNE s.j.

ROY-LISENCOURT Ph., Les membres du Coetus Internationalis Patrum au concile Vatican II. Inventaire des interventions et souscriptions des adhérents et sympathisants. Liste des signataires d’occasion et des théologiens, Louvain, Peeters (Instrumenta Theologica, 37), 2014, 16 x 24 cm, 484 p., 54,00 €.

Le titre, certes assez long, indique bien le contenu de ce qui est avant tout un instrument de travail. Il permettra de mieux étudier l’action d’un groupe informel à ses débuts avant qu’il ne devienne un ensemble officiel. Grâce aux notices et appréciations des liens plus ou moins étroits entretenus avec le CIP par les personnages repris, on a une première mesure de l’« efficacité » de ce qui demeura en définitive une sorte de nébuleuse. Il n’empêche que son influence ne fut pas insignifiante, notamment par les objections de fond qui en émergèrent. Et on ne peut affirmer qu’il n’eut pas de postérité. Ne fut-il pas un des viviers de ce qui se transforma en schisme sous la houlette de Marcel Lefebvre, et certains ne persistent-ils pas de nos jours à s’inspirer de sa manière de penser la foi chrétienne ? — B. JOASSART s.j.

BURTON P.A., « Vers l’infini d’une autre lumière. » Études de spiritualité cistercienne, t. 2, Saint-Jean-de-Matha (Québec), Abbaye Val-Notre-Dame (Pain de Cîteaux, n° 35, série 3), 2014, 15 x 20,5 cm, 668 p., 32,00 €.

Après un premier tome où le P. Burton a rassemblé ses études consacrées à l’histoire des premiers spirituels cisterciens, et particulièrement à Aelred, voici un second tome où il a recueilli ses articles concernant davantage leur doctrine. Ils sont d’une remarquable richesse. Dans ce nouveau volume, Aelred occupe évidemment la première place, suivi par Bernard de Clairvaux. Guillaume de Saint-Thierry et Jean de Forde y ont aussi une présence importante. L’auteur a un don étonnant pour faire revivre les anciens textes et expliciter leur multiple résonnance symbolique. Ainsi quand il relit le Sermon 32 d’Aelred pour la Purification. En mettant en évidence la « belle ordonnance » qu’Aelred discerne entre les trois Fêtes de Noël, de l’Épiphanie et de la Purification de Marie, le P. Burton y découvre comme trois étapes successives de l’expérience spirituelle où le Christ se donne à connaître de manière de plus en plus intérieure. On passe de la sorte d’une simple auberge où Jésus, notre bon samaritain, se donne à rencontrer comme médecin, au cellier où Jésus vient réjouir le cœur de l’humanité en lui indiquant sa vocation, et enfin à la chambre nuptiale où le Christ se livre comme époux. On notera également les pages du P. Burton sur l’art de lire les Écritures selon Aelred qui nous permettront de mieux apprécier tout le développement consacré au Cantique des cantiques chez saint Bernard et plusieurs représentants de la tradition cistercienne. De chambre en chambre, trois étapes sont parcourues au cœur de la conscience : la connaissance (du bien et du mal), la crainte, par laquelle le Seigneur touche le cœur, et enfin l’union comme plénitude de la sagesse qui nous enchante d’une confiance joyeuse. Par ces quelques lignes, nous ne pouvons qu’espérer mettre le lecteur en appétit d’aborder les grands auteurs et textes de la spiritualité cistercienne sous la conduite de ce maître éclairé qu’est le P. Burton. Il nous mène au plus profond d’une mystique que Jean de Forde caractérise par ces quelques mots : « Notre profession, c’est l’humilité. » — H. JACOBS s.j.

SCAVO N., La liste Bergoglio. Sauvés par le pape François durant la dictature. Une histoire jamais racontée, Montrouge, Bayard, 2014, 14,5 x 19 cm, 228 p., 18,90 €.

Dans sa préface, Adolfo Pérez Esquivel, prix Nobel de la Paix en 1980, le déclare clairement : durant la dictature militaire en Argentine, le P. Jorge Mario Bergoglio contribua à aider les persécutés et fit tout ce qu’il put pour que les Jésuites emprisonnés soient relâchés, mais il ne participa pas, à l’époque, à la lutte pour la défense des droits de l’homme en son pays. Maintenant qu’il est devenu le pape François, on s’est étonné d’une certaine conspiration du silence qui enveloppe son attitude et son action durant ces sombres années. La raison en est peut-être celle que suggère le P. Scannone : « Les amis du pape se taisent pour ne pas l’exposer au soupçon de se servir d’eux et de manipuler en sa faveur les faits remontant aux années de la dictature. » De là cette recherche pour établir une liste et recueillir le témoignage d’au moins un certain nombre de personnes qui attestent « que le P. Jorge a mis en sécurité plus d’une centaine de personnes ». Sans compter les dizaines d’autres qui ont été sauvées pour avoir été prévenues par le futur pape. Même si aujourd’hui on peut observer et juger les choses avec un autre regard, le P. Bergoglio a fait ce qu’il devait faire dans sa position. Après son élection comme pape, des soupçons et des accusations ont pesé sur lui. La recherche, rigoureusement objective menée par l’A., prouve qu’il faut non seulement exclure toute collusion du P. Bergoglio avec le régime des militaires, mais qu’il est venu en aide à ceux qui étaient persécutés par la junte. — H. JACOBS sj.

HURTEBISE P., Chroniques conciliaires. Vatican II tel que je l’ai expliqué aux lecteurs et lectrices du journal Le Droit (1962-1965), Leuven, Peeters (Instrumenta Theologica, 36), 2014, 16 x 24 cm, 226 p., 44,00 €.

Il est évidemment passionnant de se reporter ainsi au jour le jour du Concile, comme s’il était encore devant nous. Lorsque l’on sait ce qui est advenu de certains débats et des acquis dogmatiques, on ne peut que saluer la pénétration d’un discernement « à chaud » de cet « ecclésiastique journaliste » que l’histoire subséquente ne prend pratiquement jamais en défaut (sauf peut-être sur l’impression que le décret sur les séminaires conditionnera le plus l’avenir, 203, et les remarques sur les congrégations religieuses, 205). Plus que des annales parmi d’autres, nous voici devant un ouvrage qu’on peut recommander à qui veut s’initier à Vatican II sous un mode tout ensemble accessible et excellemment informé. — N. HAUSMAN, s.c.m.

MARTINEZ L. (dir.), avec l’équipe du SERVICE BIBLIQUE DIOCESAIN DU LUXEMBOURG, Actualité de la Parole prophétique. Gaudium et Spes à la lumière des prophètes, Bruxelles, Lumen Vitae (Sens et foi, 10), 2014, 15 x 21 cm, 122 p., 15,00 €.

Ces textes, en fait 17 unités didactiques mettent en « correspondance » les numéros choisis du Magistère de GS avec les versets de la Bible proposés en « résonnance » scripturaire. Ce volume répond bien au projet de la collection : « Sens et foi ». En l’occurrence, il s’agit de déployer ce que l’Église entend par « Parole prophétique » dont le sens doit être situé en contexte religieux et actualisé à propos d’une réalité contemporaine évoquée à travers la joie (Gaudium) et l’espérance (spes) annoncée à notre monde. La foi vient-elle donner sens à une parole qui se veut au service de l’humanité ? Encore faut-il que l’on s’entende sur les mots. Qu’est-ce qu’un prophète ? Qu’est-ce qu’une « Constitution pastorale » situant la parole prophétique de l’Église dans le monde de ce temps ? Chacune des unités pédagogiques va alors proposer un « outil » énonçant les objectifs possibles de la rencontre, un chant initial, la lecture des textes à mettre en « échos » avec des questions qui suscitent les échanges du groupe (classe, groupe catéchétique,…), une actualisation de nature à rencontrer, si ce vocabulaire est pertinent, le sens littéral (et de l’Écriture et du Magistère), le sens qui s’adresse à notre Foi chrétienne, celui qui met en œuvre la Charité engagée par notre action dans le monde, et celui qui annonce une espérance de vie - puisque notre Église puise son enseignement et son engagement « dans le fait d’être sacrement, signe et instrument du Salut de Dieu » (p. 23, par exemple). Une prière conclura heureusement la rencontre. Ce moment de connaissance et de communion vécu déjà par le Service biblique du Luxembourg est une invitation à entendre ailleurs. — J. BURTON s.j.

PETIT E., Pourquoi le droit canonique ?, Paris, Parole et Silence (Collège des Bernardins, Cahier 111,), 2013, 14 x 21 cm, 240 p., 18,00 €.

L’Église catholique est régie par son propre droit, codifié tardivement. Le gouvernement s’y trouve au service de la communion. La fonction d’enseignement est affaire de foi et de liberté. Les sacrements (d’initiation d’abord, de guérison ensuite, de l’ordre et du mariage enfin) soutiennent les fidèles en voie de sanctification. On aura reconnu, dans ces trois dernières phrases, les trois « munera » remises à l’honneur par Vatican II. Remarquons que la vie consacrée est traitée, de façon très globale, à la fin du chapitre sur les sacrements de l’initiation (137-141). Simple présentation de l’histoire et des grands principes du droit canon, au service de l’homme et de la communion dans l’Église, l’ouvrage fait l’impasse sur les derniers livres du Code (le droit pénal). Il constitue cependant une introduction renouvelée à la connaissance du droit ecclésial. — N. HAUSMAN, s.c.m.

Questions

LAURENCE, J’aimerais tant qu’on se revoie… mon fils ! Dialogues avec le Pr Henri Joyeux sur la perte d’un enfant, Paris, François-Xavier de Guibert, 2014, 14 x 21 cm, 198 p., 18,00 €.

Laurence, qui n’a reçu aucune formation religieuse, a perdu son fils Tristan, terrassé par un cancer à l’âge de 19 ans. Désemparée, elle entre en contact avec l’oncologue HJ (Henri Joyeux) auquel elle confie ses hauts et ses bas, ses visites quasi quotidiennes au cimetière, et son sentiment de culpabilité de n’avoir pas pu sauver son fils. Au total : quelque cinq cents messages en dix-huit mois, source du présent livre-dialogue. Pour HJ, qui affirme que L. l’a aidé à voir clair en lui-même, il ne s’agit pas de « faire son deuil » : « Tristan n’est pas mort, il est parti. De cet “ailleurs”, de cet “Au-delà” où nous nous retrouverons tous, il protège sa mère, et il lui envoie des signes : l’amour persiste au-delà du visible… Heureux ceux qui croient sans avoir vu ». Il lui crie : « Ne faites pas souffrir Tristan. » Il la confie à la Providence et il lui suggère de prier. Il ose même lui envoyer le livre de Zundel : Je parlerai à ton cœur. L’aura-t-elle lu ? Le lecteur est invité à entrer dans le dialogue : laurence-tristan@orange.fr. — P. DETIENNE s.j.

LEDURE Y., Sécularisation et spiritualité. Approche anthropologique du christianisme, Bruxelles, Lessius (Donner raison, 46, Philosophie), 2014, 14,5 x 20,5 cm, 176 p., 19,50 €.

Le sous-titre de ce livre indique le trait d’union qui permet, sinon de réduire au moins de réfléchir la tension qui sous-tend, comme en face à face, les deux réalités qui traversent en « Occident » notre paysage religieux et chrétien. Il fait suite à celui qui esquissait pour le christianisme les possibilités d’une refondation (2002). Il cherche donc à éviter la rupture entre le vécu chrétien et cette configuration culturelle actuelle que nous désignons comme modernité. Pour ce faire, notre auteur, après avoir minutieusement entendu dès 1984 les Lectures « chrétiennes » de Nietzsche, Maurras, Papini, Scheler, de Lubac invoque la nécessité d’un changement de paradigme qui permettra à notre culture en état de sécularisation de ne pas évacuer la transcendance, mais de déployer les ressources de la spiritualité de l’humain. Celle-ci va se présenter comme la dimension symbolique de l’existence. Là, dans l’intériorité « en exercices spirituels », quittant la « métaphysique » pour l’anthropologie et intégrant une « réinvention » de notre corporéité, il sera possible d’analyser les « segments du religieux » : repenser son « segment patriarcal » et donc le pouvoir, son « segment conceptuel », soit sa rationalité et « son segment anthropologique » ou la dignité de l’homme. Intervient alors le spécifique chrétien, la singularité de Jésus de Nazareth qui « découle de la relation tout à fait singulière qu’il entretient avec Dieu qu’il appelle “Père”. […] ce qui permet de voir en Jésus le Révélateur même de Dieu » (132). La profondeur de filialité sera ainsi anthropologiquement ce qui « me parait être la pédagogie a plus appropriée à la culture contemporaine, du moins dans un premier temps. Et ce n’est qu’ultérieurement que l’interprétation symbolique, à savoir proprement chrétienne, peut déboucher sur la divinité ». Les autres points cardinaux du spécifique chrétien de notre Credo : Incarnation, Rédemption, Croix et Résurrection, Gloire auprès du Père… appellent ce travail de reformulation, d’inculturation. L’auteur nous y convoque avec force et sentiment de l’urgence. À ce maigre et bien fragmentaire aperçu de ce qui est esquissé ici, on comprendra que cette proposition-ci demande une lecture, et une relecture, attentive ou tous les termes (sécularisation, anthropologie, symbolique, intériorité, spiritualité, religieux,…) doivent être entendus dans la compréhension qui leur en est donnée dans ce parcours exigeant. Cette étude, reprise et discutée, l’initie, « mais il faudra que le christianisme accepte la rupture qu’introduisent les Lumières. Tout débat, y compris religieux, est de nature anthropologique. Il commence par l’homme et y retourne comme à sa source » (142). Il faut faire confiance aussi à la force de l’esprit qui doit affronter un climat de positivisme et de décadence. Cela ne sera possible qu’à l’écoute de l’intériorité où « l’autrement de Dieu » ne se refusera pas à cette dynamique spirituelle (157). Est-ce là pour notre siècle un pont enjambant la rupture ? Ce livre aidera à ne pas refuser de rendre compte de notre Espérance. — J. BURTON s.j.

ROUGEUL Fr., Guérir les blessures affectives, Paris, DDB, 2014, 14 x 21 cm, 194 p., 17,90 €.

Ce livre, écrit à deux mains avec le P. Alain Feuvrier s.j., est le fruit de nombreuses sessions proposées à un public essentiellement féminin (de cultures familiale et nationale très diverses), de religieuses pour lesquelles on envisage des responsabilités de formatrices. Après un chapitre incontournable de présentation des sessions, le texte exemplifie, dans une deuxième partie, les « cas » ou situations vécues. Les participantes « confient » leur histoire souvent « blessée » à l’écoute du groupe réuni à cette fin. « Même si nous voudrions qu’il en soit autrement, personne n’échappe aux blessures affectives » (11). De ce point de vue, le lecteur, ou la lectrice, de ce travail trouvera la possibilité de faire aussi « réflexion en soi-même » et de tirer « quelque profit » de cette lecture « empathique », à l’instar des personnes elles-mêmes engagées sincèrement dans cette expérience. « Toute vie est une histoire sacrée » ; pour chacun(e), une résilience, à la suite d’une reconnaissance de la « blessure » et aidée par l’écoute variée du « groupe », est possible. Les « compétences » facilitantes de ces groupes de formation professionnelle à effets thérapeutique sont en position de collaboration « bicéphales ». Une femme, formée en psychopathologie et neuropsychiatrie, et licenciée en philosophie et sociologie (pôle « psy »), et un homme, prêtre, religieux jésuite et théologien (pôle « contextuel ») sont garants du cadre et du bon déroulement de la session, mais n’ont pas, dans cette situation, de pratique d’accompagnement individuel (même si celui-ci peut intervenir, par après, à la demande). Deux parties sont alors consacrées à la présentation en détail de la « méthode » et de ses attendus théoriques. De ceux-ci il est utile de repérer, pour ne faire que les citer, les accents freudien, systémique, contextuel et relationnel (ici, Buber est abondamment cité en raison, entre autres raisons, de la relation à Dieu, centrale pour les participantes). Il reste que les pages qui « clôturent » ces indications théoriques ne seront utiles que, « pour en finir », lues à la lumière des réflexions sur le genre de « vérité » en cause quand une « vie vient à la lumière ». Nous signerons ces mots d’appréciation : « Le lecteur bénéficiera dans ce livre d’une réflexion approfondie sur une pratique clinique, de formation de formateurs, à effet thérapeutique. » Une bibliographie abondante et ciblée orientera les lectures complémentaires. — J. BURTON s.j.

LENOIR Th., Jésus, maître de communication. Comment tisser le fil des relations, Divonne-les-Bains, Cabédita (Parole en liberté), 2015, 15 x 22 cm, 96 p., 16,00 €.

Il est vrai que si nous méditons, en profondeur, la Parole venue « d’auprès » de Dieu (Jn 1.1-3.9,14), là où une communion circule au rythme éternel de la « périchorèse » divine, nous envisagerons pour nous l’origine d’une communication possible entre les personnes humaines là où les relations, dans un respect mutuel et une bénédiction de reconnaissance et d’engendrement s’entretissent pour le bien. Maître Eckhart ne disait-il pas : « Dieu à une seule parole… et c’est son Fils. » En ce Dire primordial peut se dire chacun de nous, singulièrement, quand il ose, en présence à soi et à l’autre, énoncer ce « Je suis » partagé et autorisé. Nous entrons en communion, en « communication » sur ce chemin de vérité et de vie. Les chapitres de ce livre, allant de page en page relisant nos quatre Récits biendisants, n’ont pas de peine à retrouver toutes les vertus humaines et divines de la Vie en abondance, créatrice et rédimée, rendue à son origine, sauvée. Cette suite du Maître, en humble disciple, détaille au fil de sa marche les découvertes de la liberté quand elle écoute, demande, attend, fait silence, donne, reçoit, travers les violences, refuse les symétries mortifères… les comparaisons stériles, échappe au triangle pervers où « victime », « persécuteur », et « sauveur », échangent diaboliquement les figures d’une « transe » mortelle. Cette « lecture » des paroles et des gestes christiques au gré des paysages fracturés de notre terre souffrante se veut aussi un livre de « pratique » : as-tu compris cela ? Va et fait de même. Comment entendons-nous cette invitation de saint Augustin : « Rencontrer quelqu’un qui nous attend au plus intime de nous-mêmes » ? Et là, qu’il me suive. — J. BURTON, s.j.

ABITBOL-BERGHEIMER M. et SILLAM P., Psy… Spi… Psychanalystes et religieux. Regards croisés sur vingt-deux consultations, Paris, DDB, 2015, 21 x 14 cm, 15,90 €.

Voici un livre étonnant invitant à « pratiquer », se mettre en jeu… Il présente, en échos à 22 « récits » de clinique psychanalytique de diverses personnes (femme, hommes, enfants) en souffrance (dans des contextes familiaux contemporains variés), des « écoutes », elles aussi de « spiritualités » religieuses variées (chrétienne et juive). Pour ce faire, une péricope biblique et son commentaire sont proposés. Il faut ajouter 22 photos, elles aussi, « parlantes »… Vient alors l’implication de la lecture personnelle de la situation évoquée. Chaque trajet se déroule ainsi comme une séquence : Photo (noir et blanc avec une « légende » proposée) ; Convocation de l’inconscient ; Découverte en cours des entretiens ; Hypothèse psychanalytique (selon les situations) ; Commentaire biblique (selon les situations) ; et… le Et vous… (avec les « … » nécessaires à la bonne pratique de l’exercice) ! Bien sûr, les index des noms des religieux(ses) intervenants, des épisodes bibliques (parfois instrumentalisés ?), des thématiques psy, des photographies-acryliques et les notices accréditant les auteur(e)s qui se présentent comme étant engagé(e)s dans plusieurs Associations et/ou Cellules d’aides diverses. On n’oubliera pas la liste des remerciements aux nombreuses sollicité(e)s. Pour peu que l’on désire honorer l’invitation « à ne pas fuir sa vie », ces écoutes, et à plus forte raison celle de soi-même… donneront une piste pour… la question se pose ! Pour en « parler », sans séparation ni confusion, au cours d’une rencontre que ce livre amorce, facilite, peut-être, mais ne remplacera pas. « Panser l’âme humaine » est une œuvre de miséricorde qui touche au cœur de l’intériorité humaine, la vie spirituelle invoque « en sus » le Paraclet. — J. BURTON, s.j.

LETELLIER J., Culture et foi. Un art de vivre au sein de la société, Paris, Parole et Silence, 2014, 14 x 21cm, 142 p., 15,00 €.

L’auteur, moine de Ligugé, nous offre un petit livre de sagesse, aussi savoureux que savant. Le lecteur y découvre quelques-unes des convictions qui font la richesse de l’humanisme monastique. Deux ensembles en partagent l’exposé. Le premier, à la suite de saint Antoine et des études de D. Chitty, constate que les moines ont souvent transformé le désert en cité. Le lieu terrible devient grâce à eux vision de paix. Mais le monastère peut être œuvre d’art ou modèle d’organisation, il est avant tout un lieu privilégié où des âmes éprises de Dieu s’adonnent au dépouillement intérieur. La cité monastique ne veut pas être une arche de Noé, mais une sorte de phare qui indique les écueils et qui permet de suivre la bonne route. Même apparemment fermée, la cité monastique s’ouvre sur l’infini de Dieu. L’homme peut y habiter avec lui-même et s’y réconcilier enfin avec Dieu et vivre en communion avec ses frères. L’autre ensemble est une réflexion sur la formation. Dans notre monde, et plus souvent aujourd’hui, on présente de la formation une conception « aliénante et enfermante », qui ne fait pas droit à l’altérité et devient mainmise de l’homme sur l’homme. Les vues de saint Augustin nous permettent d’entrevoir une conception tout autre, où la formation « nous propulse dans une vie en Christ pour l’éternité avec un respect infini de chaque personne ». Les recherches de A.-M. Vannier permettent à l’auteur d’exposer lumineusement un « savoir-vivre selon le cœur de Dieu ». Celui-ci ne cesse d’agir en nous par la formation initiale reçue de lui avec notre création et, au fur et à mesure de la dégradation occasionnée par le péché, réforme en nous les tissus déchirés, restaure en nous la forme éclatée et déformée. — H. JACOBS s.j.

RINGLET G., « Vous me coucherez nu sur la terre nue ». L’accompagnement spirituel jusqu’à l’euthanasie, Paris, Albin Michel, 2015, 12,5 x 19 cm, 256 p., 17,00 €.

Dans son style accrocheur habituel, l’auteur, poète-écrivain bien connu, poursuit dans le domaine de l’euthanasie ce qu’il nomme « accompagnement spirituel » ; devant ce feu d’artifice de citations empruntées, de situations vécues (dont les personnes impliquées sont identifiées par leurs vrais noms), de mises en scène symboliques (abusivement confondues avec le sacrement des malades ou de la réconciliation), on demeure éberlué d’une impudence qui se prolonge jusqu’à l’imposture. Un livre à conseiller pour apprendre à discerner le bien du mal. — N. HAUSMAN, s.c.m.

Prière et liturgie

LANNOYE L., Car ils seront consolés. Les grâces de l’écoute et prière, Namur, Fidélité, 2014, 13,5 x 20,5 cm, 280 p., 16,95 €.

L’A., père de famille, animateur de retraites, possède une longue expérience de la pratique « écoute-prière ». Il nous livre ici son témoignage et celui d’une vingtaine d’autres « consolateurs », au service de personnes physiquement ou psychologiquement éprouvées. Le contexte est celui du « Renouveau » : prière en langue (on entend en français une prière exprimée en croate) ; paroles de connaissance (« Le Seigneur guérit un homme qui a mal au dos »)… L’A. cite des exemples d’exaucements « miraculeux » : on ramasse dans la rue un billet de 200 euros… Une paire d’aimants antivol se désaimante… Un bébé veau, condamné par le vétérinaire à une mort imminente est miraculeusement guéri. Fréquemment cependant rien de visible ne se produit : on ne découvre qu’après coup les effets de nos prières… D’où l’importance de la persévérance et de l’espérance. Au lecteur qu’il invite à devenir lui-même « consolateur » l’A. procure de précieux conseils : « Ne dites pas… dites… On ne prie sur une personne qu’avec son accord… et elle vous en voudra peut-être des confidences qu’elle vous a faites… ». En annexe, quelques modèles de prières sollicitant les grâces intérieures : consolation, guérison, conversion, libération, « déliance », pardon, acceptation, restauration, abandon. À lire. — P. DETIENNE s.j.

BROTTIER L., Prier 15 jours avec Jean Chrysostome, Bruyères-le-Châtel, Nouvelle Cité (Prier 15 jours avec…, 173), 2014, 11,5 x 19 cm, 128 p., 12,50 €.

Spécialiste de l’œuvre de Jean Chrysostome (349-407), l’auteure en commente ici, en style « homélitique », un certain nombre d’extraits significatifs : elle cherche, nous dit-elle, à en tirer des « leçons applicables au XXIe siècle ». Qu’y lisons-nous ? Un Dieu inexprimable, inconcevable, invisible, incompréhensible ; l’humilité, mère des vertus ; le spectacle insupportable du malheur des hommes justes ; la conversion, à la suite des Ninivites et du Bon Larron ; le repentir, à l’exemple du publicain, de la pécheresse au banquet et de saint Pierre ; les œuvres de miséricorde, que le saint illustre à l’aide d’exemples tirés tant de la Bible que de sa propre vie : nourrir les affamés, accueillir les étrangers, accompagner les malades, secourir les prisonniers… Qu’en retenons-nous ? Que le secret de la vie selon le Christ consiste dans une adhésion aimante à Dieu dans la vie quotidienne, lui manifestant notre reconnaissance, à l’exemple de Job, pour le malheur comme pour le bonheur. Pour tous. — P. DETIENNE s.j.

CHARRIER J., Avec Marie à la rencontre de Jésus. Incises pour la récitation du Rosaire, Toulouse, Éditions du Carmel, 2014, 13 x 12 cm, 128 p., 8,50 €.

En un livre d’un format original et d’une grande concision, l’abbé Joseph Charrier nous offre un support pour la prière des mystères du Rosaire. Prêtre du diocèse d’Angoulême, fort de son expérience pastorale, il s’inscrit dans le prolongement du bienheureux Paul VI et de saint Jean-Paul II qui avaient tous deux encouragé cette longue tradition populaire : cent une séries de dix incises sont ainsi proposées pour nourrir notre prière, afin que celle-ci se fasse toujours moins récitation et davantage méditation. Peu à peu se dessine un visage de la Vierge Marie comme précieux réceptacle du Fils qui laisse advenir en lui et par lui les mystères de l’amour divin, de la venue du Royaume et du salut universel. — P. GELIN

Fondements

BÜHLER P., LA ROCHE K., MATHWIG Fr., MICHAU M.-Chr., SCHÄFER O. et WÜTHRICH M.D., Qu’est-ce que croire ? Réponse du Notre Père. Une proposition des Églises protestantes de Suisse, Genève Labor et Fides, 2014, 15,5 cm, 23 cm, 272 p., 25,00 €.

Inspiré par l’injonction de saint Pierre (« Soyez toujours prêts à rendre compte de l’espérance qui est en vous ! »), un groupe de douze théologiens, luthériens et réformés, majoritairement suisses, francophones et germanophones, de sensibilités ecclésiales et théologiques variées, cherche une réponse à la question : « Quelle est la signification de la foi chrétienne aujourd’hui ? » La réponse est présentée sous forme d’un commentaire, verset par verset, de la prière dominicale, dans sa version œcuménique de 1966. Parmi les auteurs cités, notons, à côté de Luther et de Calvin, le « pape émérite » Benoît XVI. Une dizaine de références sont faites au groupe des Dombes (Le Notre Père, itinéraire pour la conversion des Églises). On salue la « déclaration commune » de 1999 concernant la « question épineuse » de la justification (consensus différencié). La sixième demande est « troublante » ; la correction vaticane de 2013 (Ne nous laisse pas entrer en tentation) est judicieuse. L’expression française « sur la terre comme au ciel » inverse regrettablement le texte original, que l’allemand rend bien : « wie im Himmel so auf Erde ». Relevons la préoccupation œcuménique : faire ensemble tout ce qu’il est possible de faire ensemble et distinguer les différences légitimes des éléments indûment séparateurs. Les deux derniers chapitres sont réservés respectivement à la doxologie et à l’amen final. Texte exigeant. Présentation luxueuse. — P. DETIENNE s.j.

POUCHET J.-R. osb, Vivre la communion dans l’Esprit saint et dans l’Église. Études sur Basile de Césarée, Bégrolles-en-Mauges, Abbaye de Bellefontaine (Spiritualité orientale, 92), 2014, 15 x 21 cm, 624 p., 38,00 €.

En hommage au P. Jean-Robert Pouchet, bénédictin olivétain décédé en 2012, ce fort volume de la collection « Spiritualité orientale » rassemble dix-sept articles publiés entre 1984 et 2007, autour de la figure de Basile de Césarée. Après avoir travaillé pendant une quinzaine d’années sur la tradition augustinienne et l’œuvre de saint Anselme, sujet de sa thèse de doctorat en théologie, le P. Pouchet a été amené à s’intéresser aux Pères grecs, et particulièrement à la correspondance de Basile qui a fait l’objet d’une seconde thèse. Avançant au pas méthodique de l’historien, il a exploré systématiquement les questions de l’authenticité des quelque 300 lettres conservées, de leur datation, de l’identification de leurs destinataires, de leur contexte culturel et ecclésial, questions qui ont donné lieu aux articles, épars en diverses revues, ici réunis. Ils se présentent non par ordre chronologique, mais de façon thématique avec, pour ouvrir le recueil, une étude plus générale sur l’œuvre de Basile et une discussion — dans laquelle la position du P. Pouchet paraît avoir été dirimante — sur les dates de son élection épiscopale et de sa mort ; les autres articles s’articulent ensuite autour de thèmes tels l’ascèse, la théologie de l’Esprit saint, les amis de Basile, en particulier Eusèbe de Samosate, Amphiloque d’Iconium et Diodore de Tarse… Se trouve ainsi éclairée la personnalité de l’évêque de Césarée, mais aussi données de nombreuses ouvertures sur son œuvre théologique, comme en ce beau texte, qui clôt le recueil, sur le mystère de l’Église tel que Basile le présente dans ses Homélies sur les psaumes. Un ensemble d’indices (des noms de personnes, des lieux, des termes grecs…) et d’annexes complètent utilement ces études et permettent d’en tirer le meilleur profit. Un ouvrage doublement intéressant en ce qu’il approfondit et renouvelle sur certains points la connaissance de l’œuvre et de la personne de Basile, défini comme un « être de communion », et en ce qu’il donne aussi à voir la démarche minutieuse d’un chercheur attaché d’abord à de patients travaux de philologie avant de produire sa synthèse théologique. — M.-L. DESANGLES, f.m.j.

THOMAS MORE (saint), Traité sur la sainte communion, Nouvelle Cité, Bruyères-le-Châtel, 2014, 11,5 x 19 cm, 48 p., 6,00 €.

On peut être d’accord avec les encouragements variés que ce magnifique texte de Thomas More, philosophe, humaniste, théologien et homme politique anglais (1478-1535) a recueillis depuis sa parution aux éditions Nouvelle Cité. Dans cette médiation exigeante et cette exhortation fervente de celui « qui se confessait, allait à la messe et communiait le matin de chaque journée importante », nous grandirons dans l’amour de du Corps et du Sang de Notre Seigneur. Il en fut sûrement ainsi pour More le jour de son martyr où il fut « emprisonné, puis exécuté comme traître ». Il reste qu’il sera plus qu’indispensable de lire l’introduction de Jacques Mulliez, auteur déjà d’un « Priez 15 jours avec… » et d’une étude bien nommée : Thomas More au risque de la conscience. Nous ne nous étonnerons plus alors de la fermeté du vocabulaire de ce « Traité pour recevoir le Corps béni de Notre Seigneur », ni d’ailleurs de la formulation de la discipline accompagnant la réception des espèces eucharistiques, tout orientée par la pensée de saint Paul (1 Co 11,23-30). On ne manquera pas non plus de lire et méditer les dernières pages consacrées à L’Église et l’Eucharistie qui déjà citent les propos du pape François. Le « devenez ce que vous recevez » d’Augustin n’en fera que gagner en ferveur et en engagement. Peut-être que ce petit opuscule aurait bien sa place dans nos oratoires. — J. BURTON s.j.

Spiritualité

MIQUEL A., Les vieux jours, Montrouge, Bayard, 2014, 12,5 x 18 cm, 176 p., 13,00 €.

De cet historien, grand spécialiste de la littérature arabe, nous avons retenu deux très beaux livres : Le fils interrompu (1995) et Croire ou rêver (2010). Ayant atteint un âge avancé (il est né en 1929), il évoque aujourd’hui ses souvenirs, ses lectures, ses colères, ses espoirs… et le désir obstiné de vivre ses vieux jours comme tout autre jour. Épinglons quelques perles : « J’ai désormais moins de connaissances que de souvenirs » ; « On n’a aucune prise sur Dieu sauf par l’amour » ; « Quand ai-je regardé le ciel non plus comme un spectacle mais comme un mystère ? » ; « On parle de ta miséricorde, Seigneur, mais ta patience, ô ta patience ! Comme Tu m’es proche dans mon malheur d’avoir péché ! Que jamais je n’aille à Toi par habitude ! ». — P. DETIENNE s.j.

LE GENDRE O., Être père, j’y crois, Montrouge, Bayard (J’y crois), 2014, 12 x 17,5 cm, 144 p., 13,00 €.

Auteur du best-seller Confession d’un cardinal, l’A., fort de son expérience (il a lui-même cinq enfants) propose ici une méditation sur le mystère de la paternité. Il illustre son propos avec des exemples et des témoignages. Qu’en retenons-nous ? Un père fait grandir et fait confiance. C’est un spécialiste du sur-mesure, et en aucun cas un grossiste de prêt-à-porter. Il est le marchepied de ses enfants, pas l’idéal qu’ils doivent atteindre. L’éducation consiste plus à saisir des occasions qu’à bâtir des plans. L’éducation ne peut se réduire à la seule action du père : elle a besoin de s’enrichir d’autres influences, expériences, rencontres. Un enfant ne peut se développer que s’il a confiance. Que nos enfants sachent qu’ils ne nous doivent rien. Nous ne pouvons pas forcer leur croissance. La plupart des pères sont des pères inquiets. Ils sont invités à entrer dans une spiritualité de l’effacement ; qu’ils apprennent à se retirer sur la pointe des pieds. Le dernier chapitre évoque la paternité divine. — P. DETIENNE s.j.

CENCINI A., Choisir la joie. Sel de la vie, Nouan-le-Fuzelier, Éditions des Béatitudes, 2014, 13,5 x 21,5 cm, 120 p., 12,50 €.

L’A., prête canossien, divise en deux parties le présent essai sur la joie chrétienne : composantes psychologiques ; dynamismes psychologiques. Chacun des douze chapitres est présenté comme le commentaire d’une citation biblique. L’exégèse de l’A. en étonnera plus d’un : Marthe, sœur de Marie (Lc 10,40-42), est colérique et rancunière : « Elle n’aime pas vraiment son service pour le Seigneur, et peut-être n’aime-t-elle pas le Seigneur non plus. » L’A. oppose joie intérieure durable et gaieté extérieure passagère. La joie fait partie intégrante de l’identité du croyant, en particulier de celui qui est appelé à annoncer la joyeuse nouvelle : nous ne pouvons témoigner authentiquement de notre foi en dehors de la joie. La joie ne doit pas être recherchée pour elle-même : elle est une conséquence, elle vient à la rencontre de celui qui ne la cherche pas. L’épreuve est une école d’apprentissage de la joie. La joie chrétienne consiste en ceci : le Père m’aime depuis toujours et pour toujours, d’un amour de prédilection. — P. DETIENNE s.j.

ROCQUET Cl.-H., Ruysbroeck l’admirable, suivi de Ruysbroeck et la mystique maternelle, Paris, Salvator, 2014, 11 x 17 cm, 256 p., 9,95 €.

L’A. nous propose, en poète, une dizaine de chapitres de réflexions personnelles sur la vie mystique de Jan Ruysbroeck (1293-1381), prêtre de la collégiale Sainte-Gudule à Bruxelles avant de se retirer, en 1343, dans un ermitage à Groenendael, dans la forêt de Soignes. L’A. étaie son texte de citations empruntées à divers ouvrages de J.R. : Le Royaume des amants de Dieu ; les Noces spirituelles ; le Livre de la plus haute vérité… Il évoque, au passage, deux mystiques du XIIIe siècle, Hadewijch d’Anvers et Béatrice de Nazareth (Brabant) qui, comme J.R., s’exprimaient en thiois (dietsch, flamand médiéval). Il relève l’influence de J.R. sur Gérard Grote, le fondateur de la devotio moderna, qu’a propagée Thomas a Kempis, l’auteur de l’Imitation du Christ. Il glane des harmonies poétiques ruysbroekiennes chez des auteurs tels que Maeterlinck, Rimbaud, Hello, Lanza del Vasto, Michaux… La dernière partie de l’ouvrage traite de la mystique maternelle : le mystique chrétien se considère non seulement comme l’épouse du Christ, mais comme sa mère. — P. DETIENNE s.j.

MULLER-COLARD M., L’Autre Dieu. La Plainte, la Menace et la Grâce, Genève, Labor et Fides (Petite bibliothèque de spiritualité), 2014, 11 x 21 cm, 112 p., 14,00 €.

L’A., théologienne protestante, aumônière d’hôpital, devenue écrivain, évoque dans cette plaquette une douloureuse expérience personnelle (un fils gravement malade) qu’elle relit à la lumière du livre de Job, dont elle est spécialiste. Passant d’une religiosité enfantine à une foi d’adulte, elle est amenée à découvrir l’Autre Dieu : pas un Dieu avec lequel on aurait passé un contrat, mais un Dieu auquel on fait confiance sans limites. Court et fort bien écrit. — P. DETIENNE s.j.

MARTIGNETTI R.S., L’Arbre de Vie de saint Bonaventure. Théologie du voyage mystique, Paris, Éditions franciscaines, 2014, 14,5 x 21,5 cm, 332 p., 23,00 €.

Avec de nombreuses et amples citations, voici une initiation à cette œuvre de saint Bonaventure, pour qui voudrait apprendre à cheminer à la lumière de « l’Arbre de Vie ». Un voyage donc, qui n’est pas une errance où la route serait à elle-même sa propre fin… mais une itinérance, orientée et balisée théologiquement. Ainsi, au cours de ce « voyage mystique » nous serons aidés par ce que l’auteur nomme des « outils ». C’est que le marcheur doit « travailler » et se nourrir en vue d’une « appropriation méditative » des mystères contemplés. Aussi, après un chapitre où l’auteur présente Bonaventure et la place de cette œuvre dans la théologie du saint, il faut « faire l’expérience du Lignum vitae » (70). Quatre « outils », et leurs usages, sont proposés. Les trois premiers, concernent l’Écriture, sa « fréquentation », insérée dans la théologie du De triplici Via, suivra la démarche de la Lectio divina (lecture et méditation, prière, contemplation) associée au triple « sens » de l’Écriture (allégorique, tropologique et anagogique). Vient alors, très détailé, le quatrième « outil » : la « coïncidence des opposés » et son implication dans la méditation des grands Mystères de notre Foi (concept présent depuis Augustin en passant par Maître Eckhart) considérés comme les « fruits » de la pratique du Lignum Vitae et en reconnaissant comme les « Racines » du voyage mystique, les dernières pages sont consacrées à la considération des mystères de la Passion et de la Glorification du Christ. Le mystère de l’Église et de l’œuvre de l’Esprit offre le Lieu et l’Agent de ce cheminement. Car, comme le dit Bonaventure : « S’abaisser et devenir humble, voilà le seul chemin de la béatitude. » Nous espérons que la présentation matérielle de ce pèlerinage donnera le désir de le découvrir. Une bibliographie très détaillée donne les indications pour une étude plus savante du Lignum Vitae. Il est toujours recommandé de ne pas « lire » les Exercices de saint Ignace, mais de les faire. Le texte bonaventurien n’impose pas cette restriction, mais il ne sera pas honoré s’il n’invite pas à l’« expérience ». — J. BURTON s.j.

ROUSSELOT N., Consolation et désolation. L’expérience de la résurrection dans la spiritualité jésuite, Namur, Lessius (Petite bibliothèque jésuite), 2014, 11,5 x 19 cm, 112 p., 12,00 €.

Cette excellente petite collection fait ici comme toujours le point sur l’un des aspects de la riche tradition jésuite, et s’achève par des instruments de travail succincts (dans ce cas, un index des noms et une brève bibliographie). On se réjouit de voir traiter à nouveau la délicate question de la « consolation spirituelle » ignatienne, entendue comme « expérience de la résurrection ». Après un parcours historique sommaire (de l’Ancien Testament à l’Imitation de Jésus-Christ), le sens de la consolation est interprété à la lumière de « ce qui s’est passé dans l’âme » d’Ignace de Loyola, avant d’être entendu comme « manière de procéder » de la Compagnie et illustré diversement aujourd’hui. C’est bien une « culture de la consolation » qui émerge ainsi, lorsque le dynamisme créateur suscite en l’homme une expérience de liberté. Vous avez dit théologie mystique ? — N. HAUSMAN, s.c.m.

HILDEGARDE DE BINGEN, Les mérites de la vie. Principes de psychologie chrétienne, textes traduits et présentés par M. Trouvé et P. Demoulin, Éditions des Béatitudes, Nouan-le-Fuzelier, 2014, 15,5 x 23,5 cm, 368 p., 21,00 €.

Ce n’est pas le seul texte de cette sainte mystique, auteure prolifique et visionnaire, que l’on découvre au rayon « Spiritualité » des librairies grand public. Celui-ci, deuxième partie — Liber vitae meritorum — d’un triptyque (qu’il serait utile de ne pas aborder « au détail ») allie les avantages d’une traduction sérieuse (avec la contribution de Mme Michèle Hartemann, professeur agrégée en lettres classiques) et du commentaire soulignant ce qui peut s’y lire comme principes de psychologie chrétienne (Dr Michel Trouvé). Ce volume aux allées diverses, et parfois étonnantes, appelle donc beaucoup de notes complémentaires. On sait l’usage qu’il a été fait de la célèbre abbesse dans des domaines aussi variés que la santé physique ou morale (vices/vertus), la nutrition ou même l’écologie ! Il faudra donc lire l’introduction du P. Pierre Dumoulin déjà auteur de l’étude (2012) qui reconnaissait à notre sainte d’être « Prophète et Docteur (7 octobre 2012) pour le troisième millénaire ». Certes, le Salut de l’Histoire humaine, collective et individuelle, ne se déploie pas seulement dans « les mérites d’une vie vertueuse ». Il importe d’entendre le « Connais les voies du Seigneur » et de saluer aussi « le Livre des Œuvres divines » ! Il y a une profonde progression entre ces trois livres. Déjà Grégoire de Nysse avait écrit que « le but de la vie vertueuse consiste à devenir semblable à Dieu ». Ce n’est pas seulement affaires de vertus et de leurs contraires en lutte continuelle ! L’accueil proprement spirituel, ou sa négligence, de la « virilité » comme collaboration à la vigueur de la Vie trinitaire déterminera l’issue de ce combat où l’Eau et le Sang jaillissant du côté ouvert du Fils de l’Homme disent la Vérité, en tracent le Chemin et nous en font la grâce dans son Esprit. — J. BURTON s.j.

BIANCHI E., La violence et Dieu. Pourquoi tant de cruauté dans la Bible ?, Divonne-les-Bains, Cabédita (Parole en liberté), 2015, 15 x 22 cm, 96 p., 16,00 €.

Le titre est prudent ! Ce n’est ni la violence de Dieu, ni la violence en Dieu. L’un et l’autre auraient induit des interrogations dangereuses pour la foi en un Dieu tel que la Genèse nous le fait découvrir : « Et il vit que cela était bon, très bon », ou tel que le mystère de la Sainte Trinité nous interdit de le penser, même dialectiquement, comme s’il y avait opposition des volontés entre le Père et le Fils incarné ! Le sous-titre précise bien qu’il s’agit du récit biblique ne reculant devant la mention d’aucune des péripéties de notre histoire. Le prieur de la Communauté monastique mixte et œcuménique de Bose (Italie). Les « Annexes » de ce volume sont une aide précieuse et nécessaire : les Psaumes imprécatoires et le Nouveau Testament : les citations et reprises textuelles, les allusions et références au sens des psaumes, les psaumes imprécatoires et passion du Christ, Serviteur souffrant (Isaïe). On ne manquera pas aussi, le texte « Les ennemis, la Croix du Christ et la vengeance de Dieu », de Dietrich Bonhoeffer (De la vie communautaire et le Livre de prière de la Bible). Que dire pour inviter à la méditation de ce livre vigoureux ? Citons-le : « C’est l’hypocrisie […] qui nous empêche de saisir, dans la faiblesse et la force, dans la fragilité et la solidité des Écritures, la Parole de Dieu qui est présente là également où nous ne voulons pas la trouver. » Il nous faut donc aussi bien entendre (Lc 24,44), « tout ce qui a été écrit de moi dans la Loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes ? ». — J. BURTON, s.j.

MARGUERAT D., Résurrection. Une histoire de vie, Divonnes-les-Bains, Cabédita, 2015, 15 x 22 cm, 96 p., 16,00 €.

Une nouvelle édition du livre bien connu de Daniel Marguerat, déjà publié à Lausanne aux Éditions du Moulin (2001), ne sera pas pour déplaire à qui l’ayant lu, et trouvé très éclairant, aura le désir de l’offrir à un ami. C’est d’ailleurs, sur ce mode de procéder pédagogique (un courrier suivi, entrecoupé de la lecture des textes de l’Écriture concernés par cet évènement « indicible ») que l’auteur nous rend sensibles à la Présence et l’Action du Christ ressuscité. Proposant une analyse des récits usant des « langages » disponibles (de l’éveil, de l’exaltation et de la vie) puis offrant une approche plus détaillée des diverses péricopes (dans les Évangiles, dans les Actes des Apôtres et chez Paul), l’auteur nous conduit à la question personnelle et communautaire : comment ressusciter ? C’est, évidemment, le mystère de l’Esprit, déjà livré à la croix, c’est-à-dire de la constitution du Corps du Christ, institué pour aller annoncer la Bonne Nouvelle parmi les nations et les baptiser dans la Mort et la Résurrection du Christ. Les derniers mots de « La lettre à un ami » en témoignent : « Ma mort est personnelle. Je devrai l’affronter seul. À la résurrection, je découvrirai quantité de sœurs et de frères. On parie ? Il y aura sûrement des vaudois ! ». Une brève bibliographie permettra « d’aller plus loin ». — J. BURTON, s.j.

AMBROGI P.-R. et LE TOURNEAU D., Dictionnaire encyclopédique de Marie, Paris, DDB, 2015, 17 x 20,5 cm, 1480 p., 39,00 €.

« De tout » : c’est sans doute l’expression qui peut le mieux introduire à cet ouvrage. On y découvre en effet des notices certes d’abord centrées sur la Vierge elle-même et les réalités qui la touchent de près (Immaculée Conception, Assomption…). Mais à côté de cela — avec de multiples renvois indiqués par un astérisque —, les AA. ont rassemblé toute espèce de données liées de près ou de loin à Marie et à son culte : théologiens et spirituels mariologues, présentation de la manière dont la Vierge est honorée dans de nombreux pays, dévotions, confréries, congrégations religieuses plus particulièrement associées à Marie, lieux de pèlerinages, expressions artistiques, etc. Bien sûr, toutes ces notices sont de longueur variable et aucune ne comporte de bibliographie spécifique ; la bibliographie fournie en fin de volume est d’ailleurs assez sommaire. En définitive, à y regarder de près, on est en présence d’un ouvrage destiné à un large public (ceci n’est pas une critique, car œuvrer dans ce créneau est un art difficile) qui donne une première information, laquelle, on le devine dès lors aisément, devra être approfondie par des travaux proprement scientifiques dans le cas de recherches plus pointues. — B. JOASSART, s.j.

WEILL M.-D., Les sept paroles de la Vierge Marie. Sept flammes d’amour, préf. fr. François de l’Enfant-Jésus, Vilnius, Agapetos, 2015, 11,5 x 19 cm, 132 p., 10,00 €.

Joliment illustré en noir et blanc par les mosaïques de Mario Rupnik, ce petit ouvrage reprend l’itinéraire d’une retraite dont chacun des sept jours permet de méditer une parole évangélique de la Vierge Marie. L’originalité est d’abord d’avoir choisi comme trame une homélie de saint Bernardin de Sienne entendant ces paroles comme les flammes d’un amour septiforme, puis d’avoir fait correspondre ce septénaire aux dons du Saint-Esprit. L’Ancien et le Nouveau Testament forment à chaque étape de riches entrelacs ; apparaissent également quelques figures patristiques et spirituelles. En concluant sur le mystère de l’Assomption, l’auteur revient à ce char de feu d’Ézéchiel où elle devine le secret d’une telle gloire. À suivre pas à pas. — N. HAUSMAN, s.c.m

GUILIANI M., L’accueil du temps qui vient. Études sur saint Ignace de Loyola, Namur, Lessius (collection de la revue Christus), 2015, 13 x 20 cm, 344 p., 20,00 €.

Décédé en 2003, le P. Giuliani avait voulu réordonner son ancien Prière et Action (DDB, 1966), en écartant les études trop datées et en intégrant quatre nouveaux textes. C’est la réédition de ce recueil de 2003, révisé et augmenté d’un index que nous proposent les éditions jésuites de Namur (Lessius) : quinze chapitres d’une pure saveur ignatienne, qui réjouiront « celui qui donne les Exercices » aussi bien que les spirituels de tous bords. Le dernier chapitre : « Saint Ignace et l’accueil du temps qui vient » demeure le plus éblouissant. — N. HAUSMAN, s.c.m.

Écriture

Bible de Maredsous, Abbaye de Maredsous, 2014, 17 x 24 cm, 29,50 €.

Les habitué-e-s à la traduction « Maredsous » de la sainte Bible ne rechigneront pas à cette nouvelle « cuvée ». Couverture souple, typographie plus large, adaptations mineures pour la lecture liturgique… Bref, cette nouvelle présentation ne laisse rien au hasard : notes pastorales intégrales, introductions brèves et précises des divers passages bibliques, notices plus étoffées des dives livres et notes selon les versets en guise de table des matières. Cette mise en librairie de 2014 reste fidèle à celle déjà souvent rénovée du P. Passelecq de 1968. Pour le travail réalisé, le coût reste abordable. Et les bibliothèques de pastorale, des groupes de prière, de partage d’Évangile, de catéchisme des paroisses seraient bien avisées de l’acquérir. — J. BURTON s.j.

Histoire

SIAT J., Pierre et ses successeurs. Histoire des premiers papes (du Ier au VIIe siècle), Paris, Salvator (Histoire), 2014, 14 x 21 cm, 288 p., 20,00 €.

La communauté de Rome et Pierre, vus par les écrits canoniques, mais aussi les apocryphes, et situés dans la grande histoire de l’Empire païen puis chrétien, c’est là un angle de vue précieux et nécessaire ; quand, de plus, s’offre un tableau documenté de la vie pastorale de l’Église de Rome, et que s’y ajoutent la construction de la basilique Saint-Pierre et l’étude du pèlerinage, c’est la liturgie et l’archéologie qui s’allient à l’épigraphie pour former un portrait intégral des débuts de la foi chrétienne autour du premier des Apôtres. « La communauté chrétienne de Rome […] a fait passer le génie romain dans toutes ses œuvres, elle a été fidèle à son histoire, à sa formation, à sa vision du monde » (216) ; plus tard, après les invasions, les chrétiens « ont peu à peu changé leur regard sur ces barbares qui les ont tant fait souffrir et vont jusqu’à les accueillir dans la communauté chrétienne ; [ils ont su] à partir de Rome, évangéliser les élites qui, elles-mêmes, continuent cette mission en Gaule, en Bretagne, en Espagne, auprès des rois goths, francs, saxons » (231). Une grande leçon. — N. HAUSMAN, s.c.m.

SUENENS L.J. (card.), Mémoires sur le Concile Vatican II, préf. G. Danneels, intro. L. Declerck, édité et annoté par W. Van Laer, Louvain, Peeters, (Maurits Sabbe Library/Faculty of Theology and Religious Studies – Instrumenta Theologica XXXVIII), 2014, 16 x 24 cm, 70 p., 27,00 €.

Introduits en XLI pages par le très industrieux Chanoine L. Declerck, ces Mémoires du grand Cardinal belge, préfacées par son éminent successeur, sont enfin éditées dans une version excellemment annotée ; elles permettent de suivre les aléas de l’influence du Cardinal Suenens sur le Concile Vatican II, et de situer ses difficultés avec le Pape Paul VI ; une bibliographie sélective, et un abondant index onomastique les enrichissent encore. Ne manquent ni les sentences bien frappées (« J’ai toujours vu que tous les Polonais ne parlent que de la Pologne, même s’ils parlent d’autre chose », p. 4), ni les habiletés de la communication du Cardinal (capable de modeler pour la postérité ou pour la presse la teneur des interventions conciliaires à propos du chapitre de Lumen gentium sur la Vierge Marie, pp. 46-47, notes). L’introduction précitée permet une lecture irénique et ajustée des véritables apports d’un Prélat que « l’événement conciliaire a vraiment propulsé sur la scène internationale » (XXXI). — N. HAUSMAN, s.c.m.

Religions en dialogue

DE GOEDT M., L’Alliance irrévocable. Écrits sur le judaïsme, Toulouse, Éditions du Carmel (coll. Recherches carmélitaines), 2015, 15 x 21,5 cm, 336 p., 26,50 €

Le. P. Michel de Goedt (1924-2009), carme, exégète et théologien, animateur de la communauté catholique hébréophone de Jérusalem de 1969 à 1980, s’est longuement penché sur les sources juives du christianisme. Des extraits importants de ses écrits sur le judaïsme viennent d’être rassemblés par le P. Golay, o.c.d. et présentés avec compétence par le Fr. de Sion Pierre Lenhardt. Sa réflexion, d’une profonde lucidité, basée sur l’Écriture et notamment sur Rm 9-11 et la Lettre aux Hébreux s’est attachée à montrer comment le peuple d’Israël et Jésus-Christ assument l’accomplissement du dessein divin de rédemption de l’humanité. La lecture de ces textes suscite une émotion intense et fait surgir une question : Pourquoi l’Église s’est-elle si longtemps substituée à la vocation d’Israël ? 50 ans après Vatican II, ce recueil permet un approfondissement indispensable du problème tel qu’il se pose aujourd’hui : Une attention au peuple juif – En scrutant les Écritures – Réflexions théologiques – Autour de la Shoah – La douloureuse question du Carmel d’Auschwitz. L’A. a reçu le prix 2005 de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France pour son travail théologique et sa précieuse contribution aux relations judéo-chrétiennes. À lire et méditer. — J. RADERMAKERS s.j.