Témoins

DUMAS B., Chemins vers le silence intérieur avec Henri de Lubac, spirituel et théologien, Paris, Parole et Silence, 2015, 11,5 x 19 cm, 182 p. 14,50 €.

Deux ans après la publication de sa thèse Mystique et théologie d’après Henri de Lubac (2003), l’auteur, théologien laïc, propose à un public élargi une introduction à l’œuvre de H. de L. Après quelques rappels de la vie éprouvée et édifiante de H. de L., l’auteur résume en douze « tableaux », sans souci de chronologie, les multiples facettes de son itinéraire théologique : mystère de Dieu révélé et communiqué en Jésus-Christ ; Mystère de l’être humain fait pour Dieu ; disponibilité à l’action de Dieu ; unité profonde entre 1Ecriture et Eucharistie ; primat du spirituel sur le théologique : la théologie est un service indispensable, mais toujours inadéquat, de la spiritualité. L’auteur étaie ses propos d’éclairantes citations tirées de l’œuvre abondante (40 volumes) de H. de L. En conclusion, il invite le lecteur à aborder directement l’œuvre de H. de L., en commençant par Catholicisme et Méditation sur l’Église. La préface est de la main du cardinal Barbarin, fin connaisseur de H. de L. — P. DETIENNE s.j.

ARNOULD L., La vraie vie de Marie Heurtin. Sourde, muette et aveugle, Paris, Salvator, 2015, 14 x 21 cm, 248 p., 21,00 €.

Louis Arnould (1864-1949), médecin et professeur d’université, fut un discret et proche collaborateur des religieuses Filles de la Sagesse, qui en 1833 fondèrent à Poitiers un Institut, transféré à Larnay en 1847, consacré à l’éducation des filles souffrant d’un handicap sensoriel lourd. Il fut un témoin admiratif et un défenseur zélé du travail des Sœurs, en France et à l’étranger. Le présent livre est une réédition de son ouvrage Âmes en prison, publié à Paris en 1934, qui inspira le film Marie Heurtin de Jean-Pierre Améris, dont un compte-rendu est donné dans le numéro spécial de Vies consacrées (septembre 2015). La personnalité humaine et chrétienne de Marie Heurtin est particulièrement soulignée, notamment par des lettres écrites de la main de la jeune femme. L’émouvante prière finale du film, auprès de la tombe de l’éducatrice très aimée, Sœur Marguerite, peut être reçue comme un écho de la prière de Marie à son retour de Lourdes en 1908 : « Là je sentais la présence réelle de la Sainte Vierge… Par obéissance je lui ai demandé la vue… mais elle ne me l’a pas obtenue… je suis bien contente… avec l’espérance que je verrai mieux dans le ciel les splendeurs éternelles du Bon Dieu et de la Sainte Vierge » (pp. 77-78). Dans le livre, Sœur Marguerite se révèle être une solide Bretonne à l’esprit ouvert et religieux, refusant les honneurs ; ce qui apparaît moins dans le film. L’auteur expose en outre l’éducation d’autres sourdes, muettes et aveugles remarquables : Marthe Obrecht, Anne-Marie Poyet, Marthe Heurtin, cadette de Marie. Il consacre aussi de nombreuses pages à la méthode de Larnay inconnue jusqu’alors, ainsi qu’aux études philosophiques, en Allemagne notamment, soulevées par la « guérison » de Marie Heurtin : l’âme humaine peut-elle être réellement le fruit de la seule évolution ? Emprisonnée en des sens réduits aux sentir, goûter et toucher, comment Marie, déclarée folle par des autorités médicales de l’époque, avec l’argument d’un comportement très agressif, a-t-elle pu avoir enfin et si pleinement accès à la parole, ainsi qu’à la joie de l’amitié et de la foi ? — J.-M. GLORIEUX s.j.

ILIC A., BOUVIER C., Van, le combat de l’amour (manga), Versailles, Les Amis de Van, 2014, 13 x 18 cm, 180 p., 9,80 €.

La vie de Marcel Van est étonnante à plus d’un titre. Habité par l’amour de Dieu depuis son plus jeune âge, il connaîtra en même temps nombre de souffrances, y compris de la part d’ecclésiastiques violents, voire pervers. Au milieu de ses tourments, le Seigneur l’appelle à son service. Favorisé de grâces mystiques et d’apparitions de la petite Thérèse, il persévère dans sa vocation. Pourtant, il comprend qu’il ne deviendra pas prêtre. Il se dépensera au service de l’Église dans la Congrégation des Rédemptoristes. Arrêté, emprisonné et maltraité par le pouvoir communiste, il meurt en 1959, à l’âge de 31 ans. L’exemple de Van est peut-être édifiant, mais il faut une grande maturité spirituelle pour comprendre le sens des souffrances et des persécutions qu’il a subies. Le jeune lecteur pourra aussi être choqué de l’attitude de certains hommes d’Église. Van est sans doute plus admirable qu’imitable. Il n’est pas forcément bon de mettre cette vie, sans discernement et accompagnement, entre de trop jeunes mains. On peut alors se demander s’il était vraiment pertinent de publier la biographie du jeune homme sous forme de Manga. – G. DE LONGCAMP, c.s.j.

Vie de l’Église

KANA BELLA M.-G., Le clergé camerounais. Naissance, évolution et promotion, 1935-1982, Paris, L’Harmattan (Églises d’Afrique), 2014, 15,5 x 24 cm, 364 p., 38,00 €.

Si l’activité missionnaire catholique atteint le Cameroun assez tard, vers la fin du XIXe siècle, les communautés y connaissent une croissance rapide et les premiers prêtres sont ordonnés en 1935. Dans cette dissertation doctorale (Université de Lille III), une religieuse camerounaise, membre de la congrégation de Saint-Paul de Chartres, s’attache à la genèse d’un clergé diocésain dans son pays. Après un rapide rappel de l’histoire de la colonisation du Cameroun, l’étude couvre les premières décennies du catholicisme, en particulier la formation des catéchistes, l’attitude des missionnaires à propos d’un « clergé indigène », la création de petits séminaires, puis l’ouverture d’un grand séminaire en 1927. Viennent ensuite la consécration d’un premier évêque africain (1955) puis l’établissement d’une conférence épiscopale nationale. L’enquête se poursuit jusqu’à la création en 1982 de quatre provinces ecclésiastiques. La formation d’un clergé apparait comme une des clés de l’inculturation de l’évangile. Chemin faisant, l’auteur ne fait pas l’impasse sur les crises qui affectèrent le premier grand séminaire, les relations parfois tendues entre les étudiants et leurs formateurs religieux étrangers, ainsi que d’autres difficultés de la vie du clergé africain. Cette étude se fonde sur une importante documentation : archives en Afrique et en Europe, enquêtes orales, sources imprimées. Des cartes, des statistiques, des tableaux chronologiques complètent un exposé qui se situe davantage au plan des événements et des institutions qu’à celui de l’analyse sociale et culturelle, bien que celle-ci ne soit pas absente. ⎯ J. SCHEUER, s.j.

GILLIARD E., S’apinse Seûr Lidîye. Ratûzadjes dèl dérène bèguène di Goyèt 2, Liège, Éd. « Dîre èt scrîre è walon », 2014, 12 x 21 cm, 98 p., 15,00 €.

On se souvient de Sœur Lidye et de son drame : restée seule dans son couvent de village après la mort de sa consœur (Vies Consacrées, 2006-2). On la retrouve maintenant en communauté à Liège dans un nouveau mode de vie : lors de ses pérégrinations dans les rues elle est maintenant entrée en relation avec le monde des jeunes en perdition. Si elle semble avoir trouvé un nouveau sens à sa vocation, le lecteur ne manquera pas de s’interroger sur de possibles développements inattendus, à lire peut-être dans une suite. — É. BRION, s.s.c.c.

Prière et liturgie

BUGNINI A., La réforme de la liturgie (1948-1975), nouvelle édition revue et augmentée, Paris, Desclée de Brouwer, 2015, 15 x 23,5 cm, 1036 p., 39,00 €.

A. Bugnini joua un rôle majeur comme secrétaire de la commission liturgique chargée de la mise en application de la réforme en la matière voulue par Vatican II. On ne peut que se réjouir de la publication en français du volume rédigé par lui en 1975, exposant le long processus qui aboutit à la liturgie latine de notre temps. Cet ouvrage est précieux, car il rassemble à la fois les souvenirs personnels du prélat et des documents de toute espèce sur le sujet. Il rappelle aussi fort opportunément que toute la liturgie fut concernée ; la célébration eucharistique ne fut pas la seule à être revisitée ; il s’agissait aussi de l’administration des autres sacrements, de l’office divin et de bien d’autres cérémonies (p.ex. les bénédictions), sans oublier une refonte du calendrier liturgique, férial comme sanctoral. Ce travail de réforme a été fait plus que soigneusement, s’appuyant sur une étude très sérieuse de la tradition liturgique latine et des traditions non latines ; dès lors le travail de la commission fut loin d’être une œuvre de « sabordage » comme l’en accusent bon nombre d’esprits grincheux, voire rétrogrades. Il illustre parfaitement le principe selon lequel la liturgie est la première forme de la transmission de la foi, étant en harmonie avec l’enseignement du concile lui-même, soucieux d’exprimer la foi de l’Église (à ce titre, c’est un témoignage précieux pour l’histoire de Vatican II). Est-ce à dire que tout fut parfait, même après un long et laborieux processus ? Certes non. Des modifications, parfois d’importance, ont d’ailleurs suivi, montrant bien que la liturgie n’est pas une matière figée pour l’éternité. Ajoutons que malgré la minutie apportée pour donner des principes précis, les artisans de la liturgie née du concile, approuvés par les autorités compétentes, en particulier le pape Paul VI, qui fut un acteur majeur en l’affaire, ont aussi laissé la porte ouverte à des « libertés » (ce qui ne veut pas dire des fantaisies comme on en connut et en connaît encore parfois de nos jours) qui peuvent parfaitement s’inscrire dans la tradition vivante (les deux termes sont indissociables) de l’Église : il y a donc toujours lieu de s’informer des rubriques ! En définitive, il me paraît que ce livre doit être lu par les pasteurs et par les fidèles : ils ne pourront que mieux comprendre la valeur et la beauté de la liturgie actuelle et ne jamais verser dans l’idolâtrie intégriste. — B. JOASSART s.j.

Fondements

THÉOBALD C., Pourquoi l’Église ? La dimension ecclésiale de la foi dans l’horizon du salut, coll. Théologie, Montrouge, Bayard, 2014, 14,5 x 19 cm, 384 p., 26,00 €.

Le titre est prometteur, tant il nous permet de rejoindre deux dimensions essentielles de la foi chrétienne parfois trop oubliées : sa dimension intrinsèquement ecclésiale et son horizon eschatologique. Les auteurs vont déployer leur questionnement en trois points. D’abord, « le Règne, horizon du salut », leur permet d’interroger le rapport de l’Église, dans son offre de salut, à la société contemporaine. Ensuite, les contributeurs s’interrogent sur « la dimension ecclésiale de la foi ». Cette seconde partie, plus longue et plus éclectique, est très stimulante et laisse en même temps perplexe, tant les points de vue y sont croisés, voire mélangés. Pour parler de manière un peu triviale, « tout y passe » : la vision paulinienne de l’Église, les rapports Église/Royaume à partir de Lumen Gentium, les questionnements pastoraux actuels sur les paroisses et le rapport à la société urbaine… Même si chaque contribution est passionnante, Ariane n’y retrouverait pas son fil. Après avoir abordé la complexité du donné biblique et social, on en vient, dans une dernière partie, à la question éponyme : « pourquoi l’Église ? ». C’est ici que la gerbe se noue. Poser la question de la finalité de l’Église implique de regarder son caractère eschatologique. L’horizon du salut n’est pas seulement celui de sa prédication mais de son existence et ainsi tant de son rapport au monde que de son rapport à Dieu. D’où l’intérêt de revisiter l’articulation Église/Royaume et la notion de royaume comme sacrement. L’ouvrage donne envie de poursuivre la conversation. – G. DE LONGCAMP, c.s.j.

DEGOUL D. Le schéma de la foi chrétienne. À l’usage de ceux qui ne savent pas par où commencer, Namur, Lessius (Donner raison, théologie, 51), 2015, 14 x 20,5 cm, 144 p., 14,00 €.

Ce n’est certainement pas « La foi chrétienne pour les nuls ». La foi des chrétiens actuels n’est pas absente, mais demeure souvent limitée par une assimilation erronée ou insuffisante qui peine alors à se communiquer et inhibe le témoignage. Disons seulement que le « présupposé favorable » si cher à saint Ignace, qui suggère le cheminement « à partir » du « point où l’on en est » est encore à entendre. Bien entendre et adhérer, à travers notre agir, à l’« Œuvre » de Dieu de la charité eucharistique du Christ crucifié et vivant aujourd’hui suivront « gracieusement ». Au fond, il s’agit de chercher à être fidèle aux demandes du Notre Père que Jésus nous a confiées et lui demander de combattre avec lui toutes formes du Mal en nous et dans le monde. C’est la vie chrétienne priée au quotidien du Pain reçu et de la Coupe partagée. Un « grand petit Schéma » à offrir à toute aumônerie ou équipe paroissiale. — J. BURTON s.j.

Spiritualité

FLIPO Cl., Le Règne du Christ. Selon les Exercices spirituels, Namur, Lessius (Petite Bibliothèque jésuite), 2015, 11,5 x 19 cm, 120 p., 12.00 €.

On trouvera difficilement meilleure présentation d’une des méditations charnières balisant le chemin des Exercices spirituels de saint Ignace. Les quatre parties qui le composent : La fonction de cette méditation à l’entrée de la IIe semaine, L’Offrande du R., Dans l’Église militante, La trace du R. dans l’histoire, déploient largement et avec précision la spécifié de ce « passage obligé » proposé à l’« exercitant ». Le « dispositif » de la comparaison, aussi proposé par Ignace en Ire semaine, ici entre la parabole du Roi Temporel et la contemplation de la vie du Roi éternel, s’attache à bien situer la fonction du « combien plus » de cette comparaison en lien avec les lectures du blessé de Pampelune sur son lit de convalescence à Loyola et en résonnance avec les fondements scripturaires de ce vocable pointant vers la réalité advenue du Royaume et de son Roi. Est possible alors, dans un deuxième temps, une analyse du mouvement qui va de l’appel à la réponse. L’offrande, elle-même, appuyée sur une analyse précise du vocabulaire (aux multiples attaches avec le vocabulaire des Ex Sp) peut être « entendue ». Il n’est pas étrange que le lieu de cette méditation du Règne soit alors situé, dans la partie III, en lien étroit avec le « sentire cum Ecclesia » que les règles finales du livret, ainsi nommées (352 à 370), épellent pour ceux qui reçoivent son élection comme une mission ecclésiale. Ce qui justifie, enfin, pour rester dans le mystère de l’Église et de l’Histoire du Salut, de donner une place à l’évocation de l’universalité de cet appel « pour tous » en vue de la vie baptismale plénière, dans tous les « états de vie », bénéficiaires de la spiritualité ignacienne, convoqués au combat contre l’esprit du mal et surtout à l’action grâce où le Roi nous honore d’être pour aujourd’hui « a Sa Suite ». Cette coupe, vous la boirez ! — J. BURTON s.j.

GUEYDAN É., La guérison intérieure. Le chemin du pardon, coll. Spiritualité ignatienne, Namur, Fidélité, 2014, 14,5 x 21 cm, 60 p., 9,95 €.

Le poids d’une blessure peut se faire durement sentir et l’on cherche parfois la guérison par de multiples voies, voire des chemins de traverse, ésotériques ou syncrétiques. Le P. Gueydan, dans ces pages denses et pertinentes, nous partage quelques points de repères issus de sa riche expérience de prédicateur. Il s’agit, pour lui, de regarder la personne blessée dans son intégralité humaine, psychique et spirituelle, pour lui proposer une guérison basée sur l’anamnèse, la foi et le pardon. Grâce à sa vision équilibrée de l’homme, à une riche expérience spirituelle jésuite, l’auteur ouvre un chemin bien balisé à la guérison. – G. DE LONGCAMP, c.s.j.

FEUILLET M., François d’Assise selon Giotto, coll. Beaux Livres, Paris, DDB, 2015, 25 x 25 cm, 160 p., 24,90 €.

La bibliographie de l’auteur concernant François d’Assise atteste de son expertise en histoire franciscaine, et iconographique en particulier. Cette présentation offre la particularité, selon son titre, de présenter toute l’œuvre de Giotto, ou des mains qui le secondaient, en sa totalité « giottesque ». Nous avons donc successivement : Le grand cycle de fresques de la basilique supérieure d’Assise ; Le retable du Louvre ; Les Allégories franciscaines de la Basilique inférieure d’Assise et Les Fresques de la chapelle Bardi dans l’Église Santa Croce de Florence. « Les œuvres, considérée en elles-mêmes, dans leur complétude, constituent un ensemble à la fois cohérent et dialectique, qui dresse un portrait de François d’une richesse inouïe » (p. 7). La durée de la création de cette œuvre et les aléas parfois dramatiques de l’histoire de l’ordre naissant (Conventuels et Spirituels) donnent raison à l’appellation « dialectique » utilisée pour évoquer la variété des « commandes » et la progressive attention accordée au « charme » du « poverello ». Les pages de ce magnifique album en sont le reflet attachant. Un « beau livre », effectivement. – J. BURTON, s.j.

BEITIA Ph., Le sens de l’épreuve chez sainte Thérèse d’Avila, coll. Religions et spiritualité, Paris, L’Harmattan, 2015, 13,5 x 21,5 cm, 142 p., 15,50 €

En suivant les pages de la Vida, « récit tourmenté, jalonné d’épreuves », le parcours thérésien que nous offre ce livre, bref mais documenté, ne détaille pas seulement les épreuves rencontrées par Thérèse, mais nous laisse percevoir ce qu’est L’épreuve spirituelle et sa place « privilégiée » – c’est-à-dire, là où s’offre la grâce dans sa gratuité essentielle. Il n’y a pas de relation de causes à effet, mais concomitance amoureuse d’une Présence et de son accueil. Certes, il y a toujours, avec l’épreuve, le risque de la tentation. Et des guides seront humblement nécessaires… (Ignace de Loyola, parmi d’autres). C’est l’épreuve de la liberté, le « chemin de la perfection », où seuls les pas de Celui qui nous accompagne formeront la trace où risquer les nôtres. Sur le chemin de la conversion, de l’oraison, de la vie mystique, des Fondations de la réforme du Carmel et des vicissitudes de toute vie livrée, écouter Thérèse sera vivifiant… Ce premier contact avec cette « relecture de vie » sera précieux, à une condition… on n’imite pas un modèle mais on peut mieux le connaître, l’aimer… et risquer sa propre aventure. – J. BURTON, s.j.

ZELLER A. (dir.), Le besoin de méditer, coll. La chair et le souffle, Genève, Labor et Fides, 2015, 15 x 22,5 cm, 144 p., 14,00 €

« Version livre » de la revue du même titre, ce volume, dirigé par Aude Zeller, rassemble neuf contributions de spiritualités différentes renvoyant à des pratiques qui, sous le même vocable, évoquent des horizons et des chemins à ne pas confondre. L’œcuménicité du projet est compatissante, il est souvent question de « guérison » et la visée thérapeutique très présente, et si des constantes anthropologiques apparaissent, nous n’en serons pas étonnés. On remarquera rapidement cependant que les anthropologies évoquées ne se recouvrent pas. L’ « humain » biblique, bouddhiste, laïc, … s’il peut évoquer le « soi », l’« intériorité », le « cœur »…, invite à appréhender les réalités « spirituelles » évoquées selon la tradition source. Le titre du livre, par exemple, « Le besoin de méditer », est certes hospitalier. D’entrée de jeu il faudra s’entendre sur ce « besoin » et, tout autant, ce « méditer » (sur ce point, le texte de Denis Gira est éclairant). On sera donc attentif à chaque bibliographie introduisant l’auteur (e) et son cheminement en ayant soi-même de sa propre situation spirituelle une conscience suffisante pour assurer une écoute et un dialogue en vérité. Ces expériences proposées ici seront donc éclairantes pour qui, dans l’atmosphère occidentale dite individualiste, consumériste, blessée, aura à être attentif aux aspirations qui affleurent, souvent douloureusement, dans bien des histoires. – J. BURTON, s.j.

COCHINAUX Ph., La Miséricorde, coll. Que penser de… ?, 88, Namur, Fidélité, 2015, 12 x 19 cm, 79 p., 9,50 €

L’année jubilaire 2015 a été consacrée à ouvrir la porte de la Miséricorde. Il était utile, en quelques pages de théologie spirituelle, de donner quelques éléments de réflexion et de prière. L’expérience pastorale et l’enseignement de l’éthique du Père Cochinaux offraient non seulement la compétence mais aussi l’approche « compassionnelle » pour écrire ce volume de la collection « Que penser de… ». La méditation offerte nous rappelle peut-être la célèbre formule de Hans Urs von Balthazar : Espérer pour tous et craindre pour soi-même  » ! Confiance au Dieu se réjouissant plus, avec les Anges, du chemin du pardon dans et vers celui qui est Miséricorde, que de l’arrogance fatale d’une prétendue « justice ». Les pages du père dominicain détaillent les difficultés et les joies du pardon, de sa démarche contrite et de sa plénitude gracieuse ouverte sur un « Va et ne pèche plus » que la parole sacramentelle offre alors en partage pour le cœur appelé à être « ainsi » miséricordieux. – J. BURTON, s.j.

PLATTI E., L’islamisme, coll. Que penser de… ?, 89, Namur, Fidélité, 2016, 12 x 19 cm, 119 p., 9,50 €

Le sous-titre de ce volume (comprenant un Lexique bien nécessaire) offre une précision très instructive : Forme moderne du radicalisme islamique. « Moderne » souligne donc que le phénomène de la « radicalisation », d’abord interne à l’Islam, n’est pas neuf. En effet, après les scissions et rivalités (la Grande Discorde Chiites/Sunnites) qui sont nées à la succession controversée du Prophète, le problème du lien infrangible réclamé par la volonté politique de l’Islam et la soumission à l’Unique Loi divine révélée s’est présenté avec virulence. Deux chapitres, Le wahhabisme ou la purification radicale et Le mawdudisme, idéologie de l’islam politique, documentent les développements complexes et différenciés (ce qui fait dire, en opposant les tendances : « L’Islam, ce n’est pas cela »). La poursuite d’une « authentique société islamique » s’opposera donc radicalement à tout ce qui relève de la « Jâhiliyya » (l’ignorance) et la « Kufr » (incroyance, mécréance). La violence terroriste, qui n’est pas limitée à l’Occident, trouve une de ses racines dans cette conscience de « l’obligation de combattre » et donc du devoir de rejeter ou d’éliminer ce qui s’y oppose. « Daech » ou les autres groupes armés relèvent de cette logique du « Dâr al-Islâm », de « l’unique Maison » régie par le droit musulman donné par le Coran et le code de conduite législatif, la « sunna », qui en est dérivé. Certes, il y a « un autre Islam », en tout cas une possibilité de le recevoir et de mettre à jour une lecture plus proche du courant spirituel (Souffisme) nourrissant une « autre lecture de l’Islam » et de le penser plus ouvert. Déjà, on notera la publication en 2015 de La Personne en Islam de Mohamed Aziz Lahbani, aux éditions Lesssius et, dès 1967, par le même auteur, au P.U.F., de l’essai Le personnalisme musulman. On ne peut que souhaiter d’autres ouvertures au plan de la proposition que l’Islam religieux offre pour une reconnaissance mutuelle. – J. BURTON, s.j.

DE MONTCHEUIL Y., Leçons sur le Christ, coll. Classiques-Lessius, Namur, Lessius, 2016, 14 x 20,5 cm, 224 p., 22,00 €

Certains connaîtront déjà ce recueil du Père de Montcheuil (1899-1942), composé de conférences conçues pour des étudiants en droit et médecine. Comme le rappelle le P. Sesoué dans son indispensable introduction, la première édition fut retirée des vitrines en 1949. Était-il trop neuf et précurseur ? Son influence, importance, fut déjà reconnue de ses contemporains. Son christocentrisme ne fut pas sans renouveler la théologie de la rédemption que le Concile Vatican II ne négligera pas. Nous saurons gré de cette réédition du texte intégral qui nous donne accès à cette pensée. Le P. Henri de Lubac notait déjà à propos de ce livre « Ouvrage élémentaire, c’est-à-dire essentiel. Rien dans ces leçons qui cherche à briller ou à plaire, mais une belle frappe personnelle vigoureuse et ardente ». On le méditera encore avec reconnaissance. – J. BURTON, s.j.

STINISSEN W., Explorer son château intérieur avec Thérèse, Toulouse, Éditions du Carmel (Vie intérieure), 2015, 15 x 19 cm, 240 p., 23,00 €.

Les deux « auteurs » sont, à leur place, des guides sûrs et éclairés. L’une, exposant les détours et aléas de sa découverte du « Château ». L’autre nous introduisant à une lecture qui sera un accompagnement de chacun, vers son propre lieu royal. De l’itinéraire « princeps », il n’y a pas à vouloir reproduire tous les pas, aussi nécessaires soient-ils. Les connaître n’est pas les copier.. On ne décrit pas à l’avance, on nomme quand c’est expérimenté. Ici, le Je veux voir Dieu (récemment réédité et augmenté, 2014) du P. Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus restera de référence Le volume de Wilfrid Stinissen (décédé en 2014) ne perd pas pour autant de sa valeur. Il faudra peut-être aussi lire sainte Thérèse elle-même. — J. BURTON s.j.

Religions en dialogue

DUNNE C., Quand Bouddha rencontre Jésus. Six conversations, Namur, Lessius (L’Autre et les autres), 2015, 14,5 x 20,5 cm, 104 p., 13,00 €

Un livre « empreint de respect et d’amitié » certainement. « À six reprises Gotama le Bouddha et Jésus le Christ se croisent sur les routes de Galilée. » L’auteur est présenté comme un homme de sagesse et de spiritualité. Il ne faudra pas interroger le parcours, à proprement parler, aux niveaux des doctrines et des traditions représentées par les deux protagonistes. En fait, ce terme n’est pas exact, car aucun des deux ne « s’agonise » en rien. En rien ? Sans être les armes d’un combat, les « dits » prêtés par l’auteur aux personnages, alternativement, relèvent d’horizons où l’expérience humaine a connu des cieux dont il est audacieux d’en effacer la distance ! Qu’à cela ne tienne, l’intérêt de ces pages sera dans leur parcours lui-même. À la lecture attentive, comment apprécions-nous les « proximités essentielles » annoncées ? Sans doute, je dois faire confiance à l’auteur en ce qui concerne les « dits » de Gotama. Ceux de Jésus pourraient-ils être les miens ? L’« exercice » sera spirituel en ce qu’il sera placé sous la Lumière du Fils de l’Homme. Nous le croyons, Il rejoint l’humanité en ses profondeurs vivantes, créées et rédimées. Un Exercice, à pratiquer en Vérité sur le Chemin déjà tracé vers des profondeurs de Vie toujours à recevoir. Là sera l’intérêt de ces pages où des « juxtapositions » sont, parfois audacieusement, proposées. Un exercice sans « animosité, mais sans faiblesse ». — J. BURTON s.j.

RAGUIN Y., Les déserts de Dieu, suivi de Dans l’attente de la vision, coll. Christus, Namur Lessius, 2015, 13 x 20 cm, 317 p., 20,00 €

L’excellente préface de Benoît Vermander, s.j., spécialiste de l’œuvre du Père Raguin, bien que nécessaire, est à lire après que le contact personnel avec ces pages d’un journal spirituel, inédites, auront eu le temps de la résonnance intérieure. Pourquoi ? Ces confidences, ce « huit clos » d’une relecture de toute une vie d’oraison conduite aux « déserts » où Dieu, son Créateur, l’a accompagné et où il a été fidèle au « retour constant vers à la source », sont d’abord à « entendre »… Il est indispensable pour le lecteur – même s’il en a lui-même déjà entrevu les dimensions – de percevoir avec le pèlerin « cet abîme des peuples et des traditions » où, sans romantisme, cette pérégrination conduit. L’A., avertissait, le 10 octobre 1967 à Taichung : « Certains s’y retrouveront, d’autres, non. Peu importe. Chacun sa voie… Qu’il la suive avec le Christ. » On ne donnera donc pas ici de « recension », sinon pour annoncer que les 69 méditations-récits qui jalonnent cette traversée se terminait par « … Pourtant ce n’est rien encore auprès de ce que ton amour me révèlera, Seigneur, quand je pourrai te voir face à face, dans ta splendeur sans fin. Amen » (p. 244). L’Épilogue, écrite en 1967, clôt ce texte commencé en 1960. L’autre, aussi inédit, « Dans l’attente de la vision », offert Aux Sœurs Auxiliatrice du Purgatoire, est signé de Changhua, Taiwan, le 10 novembre 1966 et Vietnam, Dalat, janvier 1967. C’est une forte méditation-réflexion « appliquant aux représentions traditionnelles du Purgatoire le filtre décapant formé par ce que Les déserts suggèrent de l’expérience mystique » et de son épreuve d’amour, au-delà du seuil à passer. – J. BURTON, s.j.