Histoire

DE VOLDER J., La résistance d’un cardinal. Le cardinal Mercier, l’Église et la Guerre 14-18, préf. J.-P. Delville, Namur, Fidélité (coll. Histoire), 2016, 17 x 24 cm, 196 p., 19,50 €.

Préfacée par un historien devenu aujourd’hui évêque de Liège, la fresque que trace avec brio le professeur flamand est un novum dans le paysage ecclésial et international. La reconstitution passionnante du contexte de l’invasion allemande, puis de la rédaction de la lettre célèbre « Patriotisme et endurance » de 1914 (dont le texte fameux est donné en annexe) met en évidence le conflit avec l’occupant en 1915, puis la tension persistante avec le pape Benoît XV, jusqu’en 1918. La question flamande dont la Belgique souffre encore n’a pas été appréhendée par le prélat malinois comme elle l’était Rome, et ce n’est pas le moindre apport de cette étude, fondée sur les Archives secrètes du Vatican, d’avoir mis en évidence la stature du pontife opposé à la guerre en face de l’archevêque épris de patriotisme que le triomphe des alliés porta aux nues après le conflit. Excellente bibliographie succincte pour finir. — N. HAUSMAN, s.c.m.

O’MALLEY J.W., Une histoire des papes, de Pierre à François, Namur, Lessius (coll. La part-Dieu, 28), 2016, 14,5 x 20,5 cm, 400 p., 29,00 €.

Avec ses quatre annexes dont une audacieuse « liste des papes » et ses quelques illustrations, l’ouvrage retrace schématiquement quatre moments phares dans l’histoire pontificale (12) qu’il présente néanmoins en six parties : de Pierre à Grégoire le Grand, de Charlemagne à Grégoire VII, d’Innocent III au Grand Schisme de la Renaissance à la Réforme, de Pie VII à Pie X, et enfin, de la Première Guerre à nos jours. Il n’y a pas seulement là une traversée agréable de cette galerie des portraits, mais encore la mise en évidence de dynamismes profonds qui reviennent à montrer comment la forme et la substance de l’institution pontificale n’ont cessé de fluctuer (368). On est plus étonné de lire : « L’Église telle que la connaissent aujourd’hui les catholiques est effectivement essentiellement ultramontaine » (371, in fine), intrigué par l’origine dans « un important discours » (301) du mot de Pie IX pour qui les chrétiens sont spirituellement des sémites (qu’on croyait prononcé privatif pour des pèlerins belges), mais aussi, préoccupé par la critique insistante de la ligne de Jean-Paul II — qui a bien dû apporter quelque chose à l’Église —, même si le portrait du pape François, premier à n’avoir pas connu le Concile, est par contraste beaucoup plus nuancé. — N. HAUSMAN, s.c.m.

Éthique

DIJON X., Que penser de… ? Les réfugiés, Namur, Fidélité (QPD, 90), 2016, 12 x 19 cm, 128 p., 9,50 €.

Une vulgarisation synthétique, mais très bienvenue, sur un débat difficile : deux logiques s’affrontent, celle du Refugees welcome et celle des États (européens, dans le cas traité) qui affirment ne pas pouvoir accueillir « tous les réfugiés du monde ». Des notions sont brièvement précisées, puis l’auteur, professeur émérite de droit, traite de la problématique rencontrée par l’étranger en quête de refuge, puis de la question de l’ouverture des frontières (de la justice), avant de finir sur le point de vue de l’Église. Le style clair, les encarts pédagogiques, la distinction entre les logiques séculières qui doivent gérer la problématique et la compassion de l’Église pour l’étranger auquel le Christ s’est identifié, permettent assurément d’avancer dans le discernement. Précieux lexique et bibliographie finale. — N. HAUSMAN, s.c.m.

BONFILS J. (MGR), Où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté (2 Co 3,17), Paris, Parole et Silence, 2016, 11,5 x 19 cm, 116 p., 11,00 €.

Reprise améliorée d’une lettre pastorale naguère publiée par la Documentation catholique, cette étude d’un membre d’une société apostolique, évêque émérite et bien connu de nos lecteurs, se recommande comme un parcours de la morale chrétienne tout en simplicité. On y part de l’Écriture sainte, et de l’appel de l’homme riche (comme dans Veritatis splendor), pour mettre en avant la dignité de la conscience chrétienne, « instance immédiate du jugement moral », mais contextualisée par la grâce de Dieu, les vertus et les dons du Saint-Esprit ; alors, loi éternelle, loi naturelle et loi nouvelle s’harmonisent dans la morale de l’Église, dont il convient d’apprendre à hiérarchiser les documents. Nous voici préparés à être « indifférents par préférence » — de la volonté de Dieu et de l’amour du Christ —, dont « l’enseignement nous renvoie toujours à notre responsabilité personnelle, donc à la conscience éclairée et fortifiée par la prière » (98). Un vrai chemin de liberté. — N. HAUSMAN, s.c.m.

Spiritualité

MUDRY Y., L’expérience spirituelle aujourd’hui. De l’exil au grand large, Saint Maurice (Suisse), Éditions Saint-Augustin, 2016, 14 x 21 cm, 156 p., 17,00 €.

L’expérience commune partagée par un grand nombre de nos contemporains, et par chacun plus d’une fois, est de se sentir « en exil » et d’aspirer à… « autre chose ». La cartographie de cette « expérience » est détaillée : étranger, déchiré, mortel, celui-là même qui est en quête, souffre ! Otage, muet, assujetti ? Y a-t-il un voyage libérateur, est-on enfin admis dans cette région « spirituelle » de nous-mêmes ? Le guide, déjà auteur de La Maladie de l’action, invite ici à oser « le pas ». Citations bibliques, références à l’expérience mystique chrétienne, les pas qui suivent demanderont encore et heureusement la prudence d’un accompagnement qui n’est pas ignorant des profondeurs de l’existence ainsi risquée. Le chemin « décrit » est dit « conduisant au plus près de tout et de chacun » La question reste : quel est-ce « tout » pour chacun… la vie intérieure ? La vie spirituelle ? Quelle est la maison où on est attendu ? Qui en est le Chemin, la Vérité et la Vie ? Le livre, utile en cela, ne désigne que « le premier pas ». — J. BURTON s.j.

DESLILE PH. (dir.), Bandes dessinées et religions. Des cases et des dieux, Paris, Karthala (coll. Esprit BD), 2016, 13,5 x 21,5, 352 p., 24,00 €.

Les rapports entre la BD et le monde religieux sont anciens, connatifs même en Belgique. L’ouvrage, richement illustré, part de ce lien ancien de la BD franco-belge avec le christianisme (même protestant) pour s’intéresser ensuite à d’autres aires culturelles, et des dessins plus iconoclastes, dans des supports diversifiés : comics, mangas, BD d’ailleurs (dans le monde musulman, en Israël, en Afrique noire…). Une riche moisson, qui ne se contente pas de décrire, mais réfléchit aux rapports entre le message et le média. Presque un classique déjà, signé par des auteurs hautement qualifiés — N. HAUSMAN, s.c.m.