Témoins

VIVIER J.-Fr. (scénario) et DENOËL (dessin), Franz Stock, passeur d’âmes, Paris, Artèges (coll BD, Paris, 2016, 48 p., 24 x 32 cm, 14,50 €, catégorie.

« J’étais en prison, vous êtes venus me voir. » Nombre de détenus de la Gestapo à Paris l’ont dit à leur aumônier, Franz Stock, un Allemand. Prêtre avant tout, il s’est donné sans mesure pour suivre jusqu’au bout plus d’un millier d’entre eux. Après guerre, les Alliés qui l’ont fait prisonnier lui proposent de diriger le « Séminaire des barbelés », formant de futurs prêtres allemands détenus à Chartres. Il œuvre ainsi à la reconstruction spirituelle de l’Allemagne et à la réconciliation avec la France et meurt exténué à 44 ans. Par cette BD, nous découvrons la figure d’un prêtre s’offrant tout entier contre la haine. Jean XIII disait : « L’abbé Stock ce n’est pas un nom, c’est un programme ! » Programme d’une vie consacrée au Christ en artisan de paix, programme pour notre temps. — Th. RIES

FRANÇOIS DE SALES et JEANNE DE CHANTAL, Correspondance. Édition et présentation par D. Laurent. Introduction par M. Huot de Longchamp, Paris, DDB, 2016, 14 x 20,5 cm, 904 p., 29,00 €.

Précédée d’un avant-propos, ornée d’une longue et brillante introduction, soutenue par une annotation historique exceptionnelle inspirée de l’édition d’Annecy, ce monument « constitue la chronique de la plus extraordinaire amitié de tous les temps », « absolu littéraire », « absolu des sentiments », « et pourtant, absolu religieux » (11-13). C’est de ce « cœur indivisible », identiquement « cœur palpitant de Jésus » que sortira la Visitation et la définition salésienne de la sainteté comme « une affaire de cœur », dans la douceur et l’humilité (Introduction). Ainsi, les 46 lettres de Jeanne insérées dans la chronologie des 424 lettres de François ne forment pas une édition critique, mais toutes permettent de goûter, quand on les lit pas à pas, l’épanouissement d’une direction spirituelle authentique (« Un jour, ma Fille, vous devez tout quitter », 184 ; « Je vous ai dit mille fois qu’il ne faut pas, ma chère Fille, aller si pointilleusement en notre besogne », 256 ; « Ne regardez point, ma chère Fille, si vous êtes cause de votre aridité », 575) en amitié spirituelle (« Mon cœur vous entretient de ses pensées et mes pensées s’entretiennent le plus souvent de votre cœur », 536), d’ailleurs étendue à d’autres (« Ô que mon cœur a été touché d’une douceur extrême de ce que ma très chère fille Mme de Port-Royal a été avec vous ! », 779). Une aventure étonnante, à la source — qu’on ne s’y trompe pas — d’une intrépide spiritualité. — N. HAUSMAN s.c.m.

GILBERT A., Aventurier de l’Esprit Saint. Vie d’un missionnaire spiritain, Paris, Éditions de l’Emmanuel, 2016, 15 x 22 cm, 180 p., 19,00 €.

« Un soir, je croise le pape (Jean-Paul II) dans un couloir du Vatican. La nuit tombe. Il me demande : “Vous qui connaissez le fond des cœurs, que pensez-vous de l’Église d’aujourd’hui ? (…) — Très Saint-Père, pour moi, l’Église n’a jamais été aussi belle qu’aujourd’hui ! — Pourquoi dites-vous cela ? — Parce que les saints de Dieu sont là ! — Je vous remercie beaucoup. Je pense exactement la même chose que vous.” Après m’avoir regardé avec insistance, il repart à petits pas, en s’aidant de sa canne. » Ce bref dialogue impromptu qui advint au tournant du IIIe millénaire dit la profondeur spirituelle du récit que le P. A. Gilbert, religieux spiritain né en 1921, fait ici de sa vie missionnaire sur le ton familier de la conversation (le livre a d’ailleurs été réalisé sur la base d’entretiens enregistrés puis retranscrits). Si, comme toute vie missionnaire, celle-ci est truffée d’anecdotes croustillantes et de rencontres délicieuses, la véritable saveur de cet ouvrage tient à la capacité de son A. à témoigner de sa vie spirituelle avec une simplicité qui est gage d’authenticité. Ainsi, au détour du récit, évoque-t-il tour à tour ses premières conversations avec Jésus (p. 25-26), sa rencontre avec le Père (p. 43), une guérison miraculeuse (p. 48), sa vocation située au cœur même du mystère trinitaire (p. 53), sa prise de conscience de l’entrée dans l’union définitive (p. 75), la communion d’oraison avec un confrère (p. 83), le rythme de sa prière (p. 129). Bref, « vivre dans l’Esprit Saint, uni à l’adorable Trinité » (p. 169) est toute la joie de ce prêtre au cœur de feu — une passion qu’il communique admirablement. — S. DEHORTER

Spiritualité

MULLER-COLARD M., Le Complexe d’Élie. Politique et spiritualité, Genève, Labor et Fides (Petite Bibliothèque de spiritualité), 2016, 11 x 21 cm, 174 p., 16,00 €

Pourquoi Élie  ? Une citation choisie en page de garde est évocatrice de la difficulté où le prophète s’est trouvé en voulant éclairer la conduite du roi : il récolte la vengeance de la reine Jézabel… « C’en est trop ! Maintenant, Éternel, prend ma vie, car je ne suis pas meilleur que mes pères ! » (1 Roi, 19, 4). La question est grave, le livre est tonique. Une sorte journal, au quotidien… mais une ligne de force se dessine au fil des pages de cette « néorurale » : le souci des autres. Et, de rencontre en rencontre, se dessine l’Homo politicus. Puis il y aura la rencontre de Jo dans un « resto » associatif et de « serveuse »… une bénévole ! Pas de théorie, une expérience personnelle racontée avec humour, gravité aussi… on peut citer Annah Arendt ! Une vie pas du monde, mais dans le monde avec chevillé au corps, l’euangelion, tout l’évangile. « L’évangile et la démocratie sont toujours à mettre au monde. » On ne peut résumer ce livre, cette vie chrétienne engagée pour… « pour l’autre » évidemment. « À la fin des États généraux du Christianisme, je rejoignais ma clairière gagnée de haute lutte, celle où nous avons préservé un périmètre habitable à la voracité du monde sauvage » (171). — J. BURTON s.j.

ALEIXANDRE D., Aux portes du soir. Vieillir avec splendeur, Namur, Fidélité (Béthanie), 2016, 13,5 x 20,5 cm, 216 p., 17,50 €.

« En transit vers l’au-delà du soir », cette situation, que nous connaîtrons toutes et tous est périlleuse. Elle peut même être scandaleuse et s’appesantir de tristesse, de révoltes, d’incompréhensions devant la souffrance scandaleuse. Rien ne devra être rejeté, mais… traversé. Ce passage, pour chaque situation personnelle, unique, serait-il secrètement l’accueil d’un Autre à la main tendue ayant déjà dégagé, Lui, le resserrement obligé de notre Passage ? Ce livre, pétri de Bible et de sagesse est un chemin paradoxal, une conversion, il se propose, peut-être d’abord, comme une aide, pour les « bien portants » auprès de celles et de ceux que l’angoisse peut attirer dans ses rets. Il aidera à une rencontre individuelle, un exercice, ouvrant à la gratitude pour la vie, pour en déceler la « splendeur » qui se décline de bien des manières… en ce transit toujours singulier… mais aussi « ensemble » dans ces maisons de « retraite » toujours plus nombreuses imposées par la vieillesse et l’isolement. Ce livre, d’une religieuse du Sacré-Cœur, bibliste chevronnée est aussi d’une « sœur », au sens empathique et souvent souriant, d’une proximité lumineuse qui dévoile toute la bonté d’une espérance chrétienne et humaine ; pour tout accompagnant de soins palliatifs, ou autres présences similaires, il est un rayon déjà d’une Aube entrevue. — J. BURTON s.j.