« Toi seul cries mon nom à voix forte / Une fois suffit », fait dire Pierre Emmanuel à Lazare que Jésus est seul à appeler comme un « tu » : n’est-ce pas ce qui vient de nous arriver à Pâques et qu’il faudra bien cinquante jours pour laisser se déployer, au rythme des apparitions du Seigneur ? Joie d’ouvrir ce numéro de printemps en présentant la contribution du père Jean Radermakers, s.j., qui nous fait entendre, Sur un autre ton, la voix de Celui qui nous appelle dehors. Avant cela, la Rencontre du père Benoît Carniaux, père abbé prémontré de Leffe, nous aura fait saisir une tradition augustinienne si vivante qu’elle envisage en mode prophétique les défis les plus contemporains – à lire de près. Le Kairos de la vie consacrée au Cameroun se profile ensuite, sous la plume de sœur Angèle Makiang, s.m.r.a. de Yagoua, puis le père salésien Lambert Malungu, de Lubumbashi (République démocratique du Congo) nous fait entendre, pour mieux prier les psaumes, la grande voix de Jean-Paul II, qui s’inscrit en fait dans la ligne des Pères de l’Église. Comme deuxième moment de notre Orientation, Madame Anne Buyssechaert poursuit sa présentation des instituts accueillant en leur sein des personnes handicapées ; il s’agit cette fois des groupes religieux spécialement fondés à cet effet et de leur remarquable pédagogie spirituelle. Comme l’an dernier, soeur Marie-David Weill, c.s.j. nous propose sa Chronique de la vie consacrée, particulièrement riche cette fois.
En date du 28 janvier dernier, on pouvait lire cette dépêche romaine : « pour stopper l’“hémorragie” des abandons de vocation et remédier à la “crise de la fidélité” dans la vie consacrée, le pape François a recommandé notamment une vie fraternelle saine et un bon accompagnement spirituel ». Faut-il s’en laisser impressionner ? S’adressant à la réunion plénière de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique, le Pape a insisté, de fait, sur la nécessité, pour les consacrés, de se garder des impasses du contre-témoignage et d’avancer dans les vertus théologales, « cultivées chaque jour dans la prière et renforcées par une bonne formation théologique et spirituelle qui protège des modes et de la culture de l’éphémère et permet d’avancer en demeurant fermes dans la foi ». Quant à l’accompagnement spirituel, il déclarait : « Je tiens à le souligner. Il faut que la vie consacrée s’investisse dans la préparation d’accompagnateurs qualifiés pour ce ministère. Et je dis la vie consacrée, car le charisme de l’accompagnement spirituel, disons de la direction spirituelle, est un charisme “laïque”. Les prêtres aussi l’ont ; mais il est “laïque” ». C’est tout le discours qu’il faudrait [1], pour son caractère exigeant certes, mais tonique, sur l’horizon d’une formation audacieuse et fondamentale. V oilà précisément l’orientation que notre revue s’efforce de poursuivre.


[1Documentation catholique 2526 (2017), 129-132.