SPIRITUALITÉ

AA.VV., Monseigneur Guy Gaucher, l’évêque de Thérèse, Revue Carmel, n°161, 3e trimestre 2016, Toulouse, Editions du Carmel, 2016, 16 x 21,5 cm, 128 p., 11 €.

Une fois n’est pas coutume (puisque nous ne recensons pas les périodiques), signalons ce magnifique numéro de la revue Carmel, dédié à la mémoire de Mgr G. Gaucher, bien connu de nos lecteurs. Ouverte par la reconnaissance du Provincial des Carmes de la province de Paris dont Guy Gaucher, figure « attachante et mystérieuse », était membre, la brochure s’attache à parcourir la vie (1ère partie) de « l’évêque de Thérèse » (2e partie), avant de proposer les témoignages d’amis très chers (3e partie : Mgr Pierre Pican dont il fut l’auxiliaire, le Fr. François-Marie Lethel son co-novice, Yves Bernanos, fils de l’écrivain dont Guy Gaucher demeure l’un des meilleurs spécialistes et Jean Vanier, autre ami de Thérèse). D’excellents souvenirs photographiques parsèment ces pages ferventes, où ne manquent ni la bibliographie sélective, ni le texte des homélies d’adieu à Lisieux et à Venasque, ni les anecdotes des voyages de Mgr Gaucher accompagnant les reliques de Thérèse dans le monde entier. Qu’on lise avec attention la méditation de Sœur Monique-Marie, c.d.b., et son sous-titre « la passion de Mgr Gaucher », où il est fait justice de l’image d’un grand dépressif qu’il traîna toute sa vie ; c’était là les prodromes d’une maladie à corps de Lewy, qu’on sait dégénérative du cerveau et qui devait configurer ses dernières années à la kénose et à la croix du Christ. Son « Testament spirituel » nous confie comme en passant que Thérèse a révélé au Père Gaucher les richesses de la féminité qu’il découvrira sur le tard. Au terme de cette livraison, on comprend comment, selon les mots du grand thérésien, non seulement « toute vocation est une mission », mais aussi, « toute mission est une passion » - Noëlle HAUSMAN, s.c.m.

LANGLOIS CL., Thérèse de Lisieux et la miséricorde. Entre révélation et prédication, Paris, Cerf, 2016, 14 x 21,5 cm, 272 p., 24 €.

Poursuivant petit à petit sa confection d’une somme thérésienne entièrement inusitée (voir sa récapitulation pp. 16-18), le Professeur Langlois choisit, dans cette approche thématique, la révélation du 9 juin 1895 (l’Offrande à l’Amour) comme point de départ d’un nouveau récit qui couvre les deux dernières années de la jeune carmélite, éclairées par sa doctrine de la miséricorde (217-218). « Cet essai … oblige à remettre l’histoire thérésienne sur ses pieds en faisant toute la place qui leur est due aux épîtres testamentaires de Thérèse à son frère Roulland et à son petit frère Bellière. Là se trouve, en consonance profonde avec d’autres écrits de la même période, ce qu’elle entendait faire savoir avant sa mort. Et là seulement » (220-21). Ce résultat gros d’avenir procède d’une étude à nouveaux frais qui s’appuie notamment sur la datation tardive (par une étude non encore publiée) de la partie centrale de la présentation du Manuscrit B (11), où surgissent soudain dans l’Autobiographie les termes « miséricorde-miséricordieux ». Après une sorte d’éclipse, le thème de la miséricorde réapparaît, à partir de février-mars 1897, « non plus comme une offrande de soi, mais plutôt comme une prédication intégrée dans une petite doctrine en voie d’élaboration » (132). Jusqu’à sa mort, Thérèse reprend « cette prédication d’un Dieu miséricordieux qui s’offre sans être entendu » (203) – à un moment où la miséricorde offerte à tous pouvait ne pas s’imposer à celle qu’enveloppait la nuit de sa foi. « Aimer jusqu’à être privé d’amour comme preuve d’amour » (175) – Noëlle HAUSMAN, s.c.m.

THOMAS A KEMPIS., L’imitation de la Bienheureuse Vierge Marie, Paris, Artège poche, Les classiques de la spiritualité, 2017.

Thomas A Kempis (1380-1471) est l’auteur de l’Imitation de Jésus-Christ. N’aurait-on pas pu attendre de lui qu’il lui ait donné pour pendant une Imitation de Marie ? Et cela d’autant plus que dans l’Imitation de Jésus-Christ, il n’est jamais parlé de Marie. En fait, il est abondamment question de la Vierge dans ses nombreux autres ouvrages, ce qui donna naguère à l’abbé Albin de Cigala (1865-1929) l’idée de se charger lui-même de composer cette seconde Imitation. Il le fit en reprenant des textes consacrés par Thomas à Marie et en les disposant selon les trois mystères de la vie de Notre-Dame, avec la conviction qu’ils étaient destinés, de par leurs versets rythmiques et mesurés, à former comme un cinquième livre de l’Imitation de Jésus-Christ. L’abbé de Cigala leur a ajouté un grand nombre de méditations et d’homélies de son crû, ce qui rend évidemment problématique l’auteur attribué à cette œuvre ici rééditée. En 1958, Gaston Bardet avait suggéré, et cela nous aurait paru préférable, d’ajouter, simplement, aux quatre livres de l’Imitation de Jésus-Christ, les trois derniers chapitres du Soliloque de l’âme de Thomas, consacrés à la Vierge Marie - Hubert JACOBS s.j.

SECONDIN B., Prophètes du Dieu vivant. En chemin avec Élie, Paris, Parole et Silence, 2015, 205 p., 14 x 21 cm, 18,00 €.

Le père Carme italien Bruno Secondin a choisi la figure du prophète Élie comme guide pour les Exercices spirituels qu’il a prêchés au pape François et aux membres de la Curie romaine en 2015. À partir de la méthode de la lectio divina, en contact direct avec les textes bibliques, il a offert différentes méditations selon un rythme ternaire : comprendre la Parole, méditer la Parole, applications personnelles. L’explication du texte biblique est simple, pédagogiquement marquée par de petites phrases choisies comme points de repère pour le chemin avec Élie. Un Grand Carme (non déchaussé donc) décide ainsi de présenter le prophète le plus lié au mont Carmel, considéré d’ailleurs comme le fondateur « ante litteram » de l’Ordre. Mais le point mis en valeur demeure l’accueil de la Parole du Seigneur de la part du prophète lui-même, premier pas capital qui lui permettra d’annoncer cette même Parole en tant que prophète du Dieu vivant. Réécouter cette Parole à travers l’Écriture transforme encore aujourd’hui les auditeurs qui l’accueillent et qui la mettent en pratique, eux aussi, en prophètes du Dieu vivant au service du peuple, en prophètes de fraternité - E. BARUCCO, o.c.d.

TEMOINS

BROT A., Giorgio La Pira. Un mystique en politique (1904-1977), Paris, DDB, 2016, 14 x 21 cm, 228 p., 18 €.

Écrit par la petite-fille d’Edmond Michelet qui fut son ami, le portrait du « saint maire » de Florence met en évidence l’engagement social d’un homme de prière et de feu dont le procès de béatification s’est ouvert en 1986. Né en Sicile, titulaire de la chaire de droit romain à Florence qu’il comprenait, à la suite de Savonarole, comme une ville universelle, tertiaire dominicain et homme politique italien de premier plan, le petit homme joyeux vécut longtemps dans une cellule du Couvent Saint-Marc, nourri de la pensée de saint Thomas via Maritain, et âme de la « messe des pauvres » qui réunit à la Badia sa véritable famille d’adoption. Résistant au fascisme puis au nazisme, il dut alors à l’amitié du futur Paul VI de trouver abri au Vatican. Il participa à la rédaction de la nouvelle constitution italienne, fut membre du premier gouvernement d’après-guerre, puis élu deux fois à la mairie de Florence, avant un troisième mayorat ultérieur, et plusieurs mandats de député. Il voyait singulièrement la ville comme élément essentiel à l’épanouissement des hommes, affirmant le droit à l’existence des agglomérations humaines que « personne n’a le droit de détruire ». En des temps politiquement très tendus, il convoqua à Florence cinq Congrès pour la paix (notamment entre l’Est et l’Ouest), et plus tard cinq Colloques méditerranéens, tout en multipliant les voyages les plus risqués (à Moscou, au Vietnam…) et en recourant constamment à la prière des religieuses cloîtrées. Toujours critiqué et toujours prophétique, il voulut passer ses dernières années dans un Foyer de jeunes et mourut en étreignant son chapelet, le 5 novembre 1977. Une vie aventureuse et passionnante, sans cesse corrélée ici à l’enseignement des papes contemporains, avec photos, prières et bibliographie finales – Noëlle HAUSMAN, s.c.m.

PATRISTIQUE

BARÒ A., VICIANO A., VIGNE D. (éd.)., Mort et résurrection dans l’Antiquité chrétienne, De la mort à la vie, l’espérance en la résurrection dans l’Antiquité tardive. Histoire, archéologie, liturgie et doctrines, Colloque organisé par la Faculté Antoni Gaudí, Athénée Universitaire Saint Patien (AUSP) (Barcelone, 20-21 novembre 2014), coll. Centre Histoire et Théologie Institut catholique de Toulouse, Parole et Silence, Paris 2017, 214 p.

L’ouvrage reprend les contributions du premier d’une série de trois colloques inter-universitaires et internationaux centrés sur le Mystère pascal et l’espérance en la résurrection. Assez pointues, les diverses contributions croisent différentes disciplines : la théologie, l’histoire, la liturgie, l’archéologie. Plusieurs opèrent une heureuse ouverture pour le monde francophone sur la foi et la théologie hispanique de l’époque patristique. On notera une intervention particulièrement bienvenue sur la résurrection de la chair dans le Prognosticum futuri saeculi de Julien de Tolède, malheureusement trop peu connu dans le monde francophone, une réflexion sur la Pâque comme passage de la mort à la vie, un discernement de l’influence historique et théologique des actes apocryphes de saint Jean en Espagne, un croisement biblique, patristique et archéologique qui met en relief la compréhension des fonds baptismaux comme tombeau et sein maternel - B. de BAENST, prêtre de l’Emmanuel.