Recensions pour la période 2018-3

ÉCRITURE

BOLLI-VOÉLIN M., Femmes de la Bible. Histoires d’avenir, Bière, Cabédita (Parole en liberté), 2018, 15,2 x 22 cm, 96 p., 20 CHF.
Dans l’élégante collection Parole en liberté dirigée par Daniel Marguerat, une bibliste protestante nous fait découvrir en sept chapitres d’une écriture simple et alerte quelques femmes bibliques pas toujours bien connues. L’une après l’autre, elles viennent délicieusement nous déranger. En quelques pages, elles nous disent leur situation dans l’histoire d’Israël et la vie d’aujourd’hui. Elles nous partagent leur vécu ouvrant sur l’avenir. Des visites qui enchantent et font réfléchir. Puis elles disparaissent et leur parfum demeure : nous ne sommes plus les mêmes, car elles nous ont donné le goût de Dieu présent à notre humaine existence. Elles nous ont introduits dans l’intelligence de sa Parole. Ce sont Hagar, la seconde femme d’Abraham ; une socio-psychologue juge de paix Débora ; Abigaïl, une pacifiste de bon sens ; la Sulamite, la libre et attachante bien-aimée du Cantique, un vrai régal ; la veuve Noémie et son désir d’enfant grâce à la complicité de sa bru étrangère ; la tendre et délicate rencontre de Marie et de sa cousine Élisabeth qui nous rappelle la regrettée France Quéré ; Marie de Magdala, apôtre du Ressuscité. Loin d’une exégèse savante, l’A. nous fait toucher avec une intelligence toute féminine l’intimité dont Dieu gratifie les âmes qui s’ouvrent à lui. Une vraie et pénétrante introduction à la lecture spirituelle de la Bible. – J. RADERMAKERS, s.j.

PATRISTIQUE

ORIGÈNE, Questions sur la prière, Le Coudray-Macouard, Saint-Léger Éditions, 2018, 13,2 x 20,5 cm, 166 p., 14 €.
Origène a écrit ce petit traité sur la prière vers 218, à l’intention d’un certain Ambroise qu’il avait ramené dans le giron de l’Église catholique. L’Alexandrin commence par répondre à un certain nombre de questions et d’objections sur la prière, avant d’offrir à son lecteur un commentaire simple et pédagogique sur la prière par excellence qu’est le Notre Père. Il conclut enfin ses réflexions par les attitudes de la prière.
Au long des pages, on retrouve un Origène passionné de l’Écriture et qui va y puiser autant d’objections apparentes que de réponses. Même si son argumentation apparaît parfois touffue, voire désordonnée, le lecteur patient et priant saura percevoir la profondeur de la vie de prière d’Origène et trouver chez lui un véritable maître spirituel. Une des principales objections à la prière est l’omniscience de Dieu. Certes, répond Origène, mais la science de Dieu n’est jamais l’ennemie de la liberté de l’homme, c’est pourquoi, il faut prier sans relâche. En lisant Matthieu 6, au début de son commentaire du Notre Père, il nous offre quelques perles quand il parle de la « chambre la plus retirée », où s’opère la rencontre entre Dieu et celui qui prie.
La beauté du propos d’Origène est admirablement servie par l’édition que nous offrent ici les Bénédictines de Martigné. Elles ont travaillé à partir du texte de Migne révisé, offrant une traduction dans un français simplifié, mais jamais simpliste. Elles ont pris le parti de ne pas traduire certains chapitres leur apparaissant comme des redondances. En outre, le texte est enrichi d’une introduction et de quelques jalons intéressants. Un bon outil pour l’étude comme pour la prière. – G. DE LONGCAMP, c.s.j.

SPIRITUALITÉ

MULLIEZ J., Passeur de joie, Bruyères-le-Châtel, Nouvelle Cité, 2017, 15 x 22 cm, 174 p., 18 €.
Peut-on traverser la vie en gardant sa lucidité, sa patience et sa paix intérieure, quand on est confronté aux difficultés et aux attaques du mal sous toutes ses formes. Le témoignage et l’expérience de ce père de famille, ancien directeur d’entreprise, souvent aux prises avec les aléas et les souffrances de l’existence humaine, aideront plus d’un lecteur, d’une lectrice, non seulement à traverser les heures de malheur, mais aussi à garder leur sérénité et même à y trouver une joie venue d’ailleurs, vraiment féconde et sans perdre le lien avec les frères humains. L’A. est un grand familier de Thomas More et d’Etty Hillesum qui l’ont lui-même aidé à devenir un « Passeur de joie ». Son secret : l’accueil libre de la tendresse de Dieu en toute circonstance. On sait que le pape François trouve aussi un réconfort chez Thomas More. À leur école, nous serons en bonne compagnie, et ce livre nous y met. – J. RADERMAKERS, s.j.

DELAFON N., Soyez accomplis dans l’Esprit. Introduction au discernement des esprits, Paris, Parole et Silence, 2017, 14 x 21 cm, 150 p., 14 €.
Engagé pendant 8 années dans le discernement des vocations sacerdotales et religieuses pour le diocèse de Paris, l’A. de ce Cahier livre le travail d’approfondissement qu’il a été amené à faire sur les questions liées au discernement des esprits. L’ouvrage comporte trois chapitres. C’est en effet à l’écoute de la Parole de Dieu (Épître aux Éphésiens) puis de la tradition spirituelle (Les Institutions cénobitiques de J. Cassien et les deux séries de Règles de discernement des Exercices spirituels d’Ignace de Loyola, 1e et 2e semaine) qu’il propose « trois portes d’entrée pour aborder [cette] question complexe ». Respectueux du fait qu’« en matière de discernement, il est difficile de donner des réponses valables pour tous et en toutes circonstances » et qu’il est même « dangereux de systématiser une expérience », ce Cahier offre au lecteur davantage que des réponses « un chemin en vue d’une aide spirituelle pour lui-même puis pour d’autres » (p. 8). Il relève ainsi, pour une part, du genre du commentaire, en se mettant humblement, dans une lecture parfois cursive, à l’écoute de maîtres qui nous ont précédés. En annexe, un tableau des huit esprits selon Cassien, ainsi qu’une traduction littérale structurée des règles d’Ignace, constituent deux outils pédagogiques pour une clarification des questions. Si la vocation de l’homme est d’être « accompli dans l’Esprit » (Ep 5,18), cela ne se réalise pas sans devoir lutter contre des esprits mauvais. À cette fin, Cassien insiste sur la réalité de notre union au Christ jusque dans son mystère pascal et commente la parabole de l’homme fort (Lc 11 / Mt 12). Chez Ignace, la prise en compte du devenir historique de la personne permet à chacun d’opérer un discernement spirituel pour entrer avec la force d’une liberté affermie par l’Esprit Saint dans un chemin de vie. – S. DEHORTER, prêtre de l’Emmanuel.

SENA AVONYO E., La spiritualité dominicaine de la compassion et de la miséricorde, Paris, Parole et Silence, 2018, 14 x 21 cm, 244 p., 17 €.
L’auteur, dominicain togolais de la province d’Afrique de l’Ouest, s’attaque à une montagne. En effet, le terme même de spiritualité dominicaine est largement contesté à l’intérieur de l’ordre. Dominique n’a laissé aucun traité de vie spirituelle pour ses frères et sœurs. Pour certains, l’Ordre ne possèderait donc pas de spiritualité unique et unifiée. Conscient de l’objection, l’A. commence par débroussailler la notion même de spiritualité, en général et dans l’Ordre lui-même.
Même si le père des prêcheurs n’a pas laissé de production bibliographique, la voie évangélique qu’il a tracée et que les frères et sœurs vivent depuis 800 ans semble claire. L’auteur va donc interroger la tradition dominicaine, tant les biographes anciens et modernes de Dominique que les grandes figures spirituelles de l’ordre. Pourtant, cette spiritualité – qu’il résume dans les deux mots de compassion et miséricorde – reste bien vivante aujourd’hui. Il dialogue donc constamment avec ses pairs encore vivants. Le premier mérite de cet ouvrage est donc de nous offrir une vision multiforme et organique, actuelle et toujours ancrée solidement dans la tradition, du projet évangélique dominicain.
Le cri de Dominique – « que vont devenir les pécheurs ? » – et le choix de la pauvreté radicale comme témoignage de compassion, résonnent encore aujourd’hui dans l’Ordre. Mais le secret de cette vie spirituelle réside, comme on le découvre au fil des pages, dans l’enracinement contemplatif de la vocation dominicaine. C’est dans la scrutatio assidue de l’Écriture et la contemplation du visage du Père miséricordieux que le prêcheur puisera le zèle évangélique de la miséricorde.
C’est dans un aller et retour constant entre la vie de Dominique contemplant le Christ outragé et le côté transpercé, et le témoignage vivant des frères et sœurs, que l’on trouve le fil rouge d’un ouvrage profond, stimulant et simple à lire. – G. DE LONGCAMP, c.s.j.

MARTIN C., Mes saints parents, Paris, Cerf (Spiritualité), 2016, 13,5 x 21 cm, 240 p., 20 €.
Céline Martin, au carmel sœur Geneviève, est un témoin privilégié de la sainteté de sa famille. Elle a tout d’abord un lien étroit avec Thérèse, de 4 ans sa cadette, dont elle sera novice au Carmel. Elle écrira en 1952, Conseils et Souvenirs, relatant les enseignements de Thérèse et la doctrine de la petite voie. Elle est aussi particulièrement proche de son père, puisqu’elle l’accompagnera, après l’entrée de Thérèse au Carmel, dans la vieillesse, la maladie et la mort. Cette proximité avec Louis Martin en fera un témoin des plus autorisés de la sainteté de son père. Elle publie donc en 1953 son portrait spirituel, complété l’année suivante par celui de Zélie Martin.
Le P. Golay, o.c.d., nous offre ici une nouvelle édition des deux opuscules réunis. Sœur Geneviève y fait œuvre d’hagiographe, au grand sens du terme, s’appuyant, non seulement sur ses souvenirs, mais aussi sur l’abondante correspondance de sa mère, les écrits de Thérèse et les procès de béatification et canonisation de la petite carmélite. Céline nous offre ainsi un portrait extrêmement intime de la sainteté de ses parents, fait d’admiration empreinte de pudeur. Le croisement entre les souvenirs personnels et les documents historiques offre un portrait particulièrement frappant de la sainteté de Zélie Martin, mère de famille et chef d’entreprise profondément chrétienne. En quelques pages facile à lire, Céline permet au lecteur de développer une certaine complicité avec les parents Martin et de mettre des mots sur les traits de sainteté des parents qui transparaissent tout au long de l’œuvre de Thérèse. Une nourriture simple, enrichissante et rafraichissante. – G. DE LONGCAMP, c.s.j.

PEYROUS B., Amis dans l’Esprit Saint. Père Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus et Pierre Goursat, Paris, Éditions Emmanuel (Studium Notre Dame de Vie), 2017, 15 x 22 cm, 144 p., 15 €.
À vue humaine, rien ne prédestinait les deux hommes à une grande amitié. Ne serait-ce que leur différence d’âge. Le carme, originaire du Rouergue, est de 20 ans l’aîné de Pierre Goursat, laïc engagé dans le monde, converti à 19 ans et qui passe toute sa vie à Paris (p. 5). Pourtant, l’un et l’autre sont animés par la certitude que les laïcs ont, dans le monde, une vocation et une mission irremplaçables, qui doivent être enracinées dans une profonde vie mystique. L’oraison au souffle de l’Esprit.
Cette certitude commune a poussé des membres de la Communauté de l’Emmanuel et de l’Institut Notre Dame de Vie à partager les richesses spirituelles de leurs fondateurs respectifs, Pierre Goursat et le P. Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus. De cette rencontre est né ce petit opuscule où se croisent les regards d’historiens, de théologiens et de témoins de chacune des deux communautés. D’ailleurs, pour élargir les horizons, c’est un historien de l’Emmanuel qui présente le fondateur de Notre-Dame de Vie, et inversement. Après ces deux brèves présentations biographiques, les auteurs nous font partager la place qu’a eue Thérèse de Lisieux pour chacun des deux fondateurs, ainsi que leur conception de la mission enracinée dans la prière.
Ainsi, au terme de cet itinéraire, on peut affirmer que le Seigneur avait tissé dans l’Esprit de véritables liens d’amitié spirituelle entre les deux hommes. Cet ouvrage assez bref permet une découverte simple et profonde de l’héritage de ces deux grands témoins de l’action de l’Esprit dans l’Église du XXe siècle. En quelques chapitres, les auteurs offrent un témoignage filial à leurs fondateurs, contribuent à écrire une belle page de l’histoire de l’Église contemporaine, confirment la profusion de la doctrine de la petite Thérèse, et offrent un traité miniature de missiologie. – G. DE LONGCAMP, c.s.j.

TÉMOINS

LOUF A., La joie vive. Méditations à Sainte-Lioba II, Paris, Salvator, 2017, 14 x 21 cm, 272 p., 22 €.
« Dom Louf s’est exposé à la Parole de Dieu ; il s’est blotti contre elle, l’a fréquentée, méditée, scrutée, savourée avec un cœur qui écoute. Persuadé que l’Esprit respire dans les Écritures, il s’est adonné chaque jour à cette lecture priante destinée à casser l’écorce des mots pour en découvrir le sens profond, et en extraire une parole capable de nourrir sa vie personnelle, d’ensemencer un cœur » (Présentation, p. 10). Exhumés par Ch. Wright lors des préparatifs de sa récente biographie spirituelle du père abbé du Mont des Cats (Le chemin du cœur, Salvator, 2017), les textes qui forment ce volume sont le reflet de ce dialogue intime. Ils constituent un recueil quasi complet d’homélies pour l’année B (à la suite de celui de l’année A déjà publié sous le titre S’abandonner à l’amour, Salvator, 2017) ainsi que pour quelques grandes fêtes. Louf ayant passé les douze dernières années de sa vie en ermitage, on trouvera parfois, pour la même occasion, deux ou trois versions différentes disposées l’une à la suite de l’autre, la parole allant généralement dans le sens d’un dépouillement toujours plus grand, devenant plus concise, plus transparente à la lumière de Dieu. L’édition suit la structure d’une année liturgique. Pour chaque dimanche ou fête, un titre a été donné à la (ou les) homélie(s) qui commentent les lectures ; les références de ces dernières ainsi que le texte de l’Évangile sont rapportés avant leur commentaire. Comme le note encore Ch. Wright, « Louf nous introduit au cœur de sa prière, et de ses grâces d’intimité que Dieu réserve à ceux-là seuls qui ont tout quitté pour contempler son visage. Il balise le chemin vers la “vie vivante” : devenir toujours plus pauvre, plus petit à la suite du Christ ; s’abandonner aux motions de la grâce ; accepter ses fragilités et ses blessures sur lesquelles Dieu peut alors apposer le baume guérisseur de sa tendresse ; plonger en eaux profondes, vers le sanctuaire intérieur où la vie coule de source et où réside le secret de la joie vive » (p. 10). – S. DEHORTER, prêtre de l’Emmanuel.

PELLETIER L., Grandir avec le Christ. La maturité spirituelle, Perpignan, Artège, 2017, 12,5 x 18,5 cm, 184 p., 14,90 €.
Le père Louis Pelletier, prêtre du diocèse de Paris et membre de la Communauté de l’Emmanuel, est décédé subitement en juillet 2015 à l’âge de 54 ans. De par la diversité de ses ministères (aumônier à l’Hôtel-Dieu, chapelain à Montmartre, vicaire en paroisse), son engagement dans l’enseignement, la prédication de retraites, et l’accompagnement des personnes, il a profondément marqué ceux qui l’ont croisé ainsi qu’en témoignent les très nombreuses réactions qui ont suivi l’annonce de son décès. Cet ouvrage posthume, le premier d’une série, a été préparé par les soins du frère dominicain José de Almeida en collaboration avec la sœur du défunt. Dans sa préface, Mgr de Moulins-Beaufort exprime « sa reconnaissance et celle du diocèse de Paris » pour cette édition qui permet au P. Louis, « chrétien ardent et prêtre hautement conscient de sa responsabilité pastorale », de « poursuivre son service par-delà sa mort » (Préface, p. 11-12). C’est dire la qualité de l’opuscule. Pour cette première publication, le choix a porté sur un thème qui tenait tant à cœur au P. Louis, à savoir celui de proposer à chacun un chemin de vie qui puisse déboucher sur une maturité plénière. Cette maturité, est-il dit dès l’ouverture, est « un état d’unité et de liberté intérieure qui permet à l’homme de porter du fruit, d’accomplir sa mission sur terre en se sanctifiant de plus en plus » (p. 25). Après avoir posé un regard de sagesse sur l’homme « blessé par le péché originel » (ch. 1), l’A. conduit pas à pas son lecteur sur le chemin de la maturité, en insistant sur le fait que « tout se fait petit à petit et que l’on ne perçoit pas sur le moment le chemin qui se fait en nous ». Des affirmations au sujet de l’homme mûr scandent l’ouvrage selon l’avancée des chapitres : il est « celui qui sait vivre de la grâce de son baptême » (ch. 2 sur la Rédemption et notre coopération) ; il « prend le temps de discerner ce qu’il doit faire en conscience », « est à l’écoute du réel et non pas de ses raisonnements humains », « accepte et vit ses activité dans une espérance aveugle en pariant tout sur l’amour » (ch. 3 sur l’enracinement de la vie en Christ) ; il « se sait être un personne à la pensée ouverte : parce qu’elle pense toujours en regardant l’horizon qui est la gloire de Dieu » (ch. 4 sur la libération offerte par le Christ) ; avant d’insister sur la vie fraternelle et l’accompagnement (ch. 5) et d’inviter à se laisser enfanter dans ce moule qu’est la Vierge Marie (ch. 6). Scrupuleusement à l’écoute de la Parole de Dieu (les écrits de Sagesse, Saint Paul), du Magistère récent de l’Église (les trois derniers Papes) et de la grande tradition spirituelle, le p. Louis enseigne avec l’autorité de celui qui parle d’expérience. L’image biblique de l’homme comme un l’arbre, avec ses racines, son tronc et ses fruits, développée tout au long de ces chapitres se révèle être extrêmement féconde et unifie le propos ; à la suite du P. de Almeida, on peut en parler comme d’une véritable « architecture spirituelle de l’être chrétien ». À lire et à vivre. – S. DEHORTER, prêtre de l’Emmanuel.

VIE DE L’ÉGLISE

LAFONT Gh., Petit essai sur le temps du pape François. Polyèdre émergent et pyramide renversée, Paris, Cerf, 2017, 12,5 x 19,5 cm, 272 p., 20 €.
Avec la verve qu’on lui connaît, le grand théologien bénédictin se livre ici à une lecture de « l’événement François » remarquable parmi les publications similaires qui font florès. Considérant que le Pape actuel parachève la mission de ses prédécesseurs en accomplissant Vatican II, il entend dans cet « essai » situer l’arrière-fond qui permet de comprendre pourquoi la Miséricorde devient le premier nom de Dieu, et ce que ce « polyèdre émergent » permet de comprendre de l’Église (1ère partie). Devenue « pyramide renversée » depuis le Concile, l’Église synodale, Peuple de Dieu et Corps du Christ, est ordonnée à la mission, organisée selon les charismes de l’Esprit, vivant d’un continuel discernement, conservée dans l’ordre de la charité par la vigilance d’un corps épiscopal présidé par l’évêque de Rome, et on la reconnaît à ce qu’elle annonce l’Évangile aux pauvres (2e partie). « Quelques ouvertures » suivent ces deux parties, touchant les charismes, dont celui « d’autorité chez des hommes mariés », l’œcuménisme en clé de miséricorde, le mode démocratique sous lequel il s’agit de penser l’Église. En définitive, un petit traité d’ecclésiologie qui a la saveur des nouveaux commencements. – N. HAUSMAN, s.c.m.

QUESTIONS

MULLER-COLARD M., Le plein silence, Genève, Labor et Fides (Petite Bibliothèque de spiritualité), 2018, 12,5 x 21 cm, 85 p., 16 €.
Dans ce livre, Marion Muller-Colard partage l’expérience qu’elle a vécue lors d’une retraite de huit jours dans un centre jésuite, au pied de la Chartreuse. Huit jours de silence, de jeûne de retour en soi-même et de confrontation avec Dieu, qu’elle raconte dans ce texte intime et poétique, avec une plume espiègle et poignante : « Quand j’étais petite / Dieu était un gros œil noir / qui regardait par-dessus mon épaule/pour juger mes moindres faits et gestes […] Il m’a fallu une semaine de silence... / sous la houlette de saint Ignace de Loyola / pour saisir ceci : / Dieu n’a d’yeux que rieurs / il est maître en arts martiaux / il porte un kimono / et le sourire constant de ceux qui savent / et aiment faire savoir ». Au bout de huit jours de combat spirituel et physique, l’auteur redécouvre le cœur de sa foi, empreint de lâcher prise et de gratitude. La seule mention de Dieu est celle que j’ai reprise. On a l’impression que le centre de la retraite est le jeûne et le silence. Quant à Dieu, il semble pratiquement absent. Le texte est accompagné d’aquarelles de Francine Carrillo. – N. DENIÉ.