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La crise galate ou l’anthropologie en question

Simon Butticaz

Professeur d’exégèse du NT à l’université de Lausanne, S. Butticaz développe une hypothèse de lecture de l’Épître aux Galates en clé anthropologique : La crise galate ou l’anthropologie en question. La thèse développée s’énonce comme suit. Si la « Nouvelle Perspective sur Paul » a révisé correctement le contexte de communication de Ga en montrant que la crise galate était essentiellement de nature socio-identitaire (et non pas la question théologique de la justification par la foi), elle n’a pas suffisamment mis en valeur le fait que, dans sa réponse, Paul opère un sérieux recadrage en se situant sur un autre plan, bien plus fondamental, celui de l’anthropologie théologique. Pour l’A., le véritable péril pressenti par l’Apôtre touche à la relation de l’individu face à Dieu, à son identité et à son ethos. C’est « l’anthropologie de la grâce » qui est mise en péril, et ce par la « culture antique de l’honneur » qui mesure l’homme et sa valeur personnelle au calibre de ses qualités et attise les rivalités entre individus. Dans ce cadre, prêcher la circoncision revient, en réalité, à soumettre la « vérité de l’Évangile » à une norme qualifiante et offrir une expression particulière de cette culture de l’honneur qui empoisonne le monde méditerranéen (p. 284). Après un long chapitre introductif, les suivants s’arrêtent sur des passages clés de l’épître afin d’étayer l’hypothèse qui a été formulée. Peu à peu, au fil des pages, se dessine le « portrait de la nouvelle créature » dans ses dimensions à la fois identitaires (Ga 3-4 traités dans les ch. 5-6-7) et pratiques (5,13-6,10 : ch. 8-9), tout en étant personnifié par l’itinéraire personnel du Tarsiote (1,13-2,14 : ch. 3), devenu, par grâce, une icône du crucifié et le paradigme de la création nouvelle à imiter (4,12). À la suite de J. Barclay, l’A. souligne que la dimension éthique (ch. 8-9) – résumée par la formule de la « foi agissant par l’amour » (Ga 5,6) – est incontournable, d’autant plus que l’amour ne rétablit pas sur le plan pratique un ethos qualifiant mais dessine plutôt les contours d’une collectivité d’alter ego que qualifie exclusivement l’agir gracieux de Dieu en Jésus Christ (p. 285). Même si l’A. se défend « de renouer platement (sic) avec les thèses classiques de l’interprétation paulinienne », la cohérence de cette lecture anthropologique, où Paul cherche à refonder l’identité de l’être humain coram Deo, montre que les anciens n’étaient peut-être pas de si mauvais lecteurs de Paul qu’on a pu le dire. On a en tout cas l’impression d’assister à un retour de balancier et, après une vague de lectures unilatéralement sociologiques, on ne peut que saluer cet essai qui, parce qu’il se met à l’écoute du texte et de la stratégie discursive de Paul, en expose la teneur proprement théologique.

Berlin, De Gruyter, janvier 2018

324 pages · 99,95 €

Dimensions : 16 x 23,5 cm

ISBN : 9783110574296

9783110574296

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