Éclairer et accompagner des engagements toujours plus évangéliques dans toutes les formes de la vie consacrée
Le 9 juin 1972, fête du Sacré-Cœur de Jésus, le père Arrupe concélébra la messe avec 160 Jésuites dans l’église du Gesù à Rome, et, en présence de cette assemblée, renouvela la consécration de la Compagnie. Dans son homélie, il fit un parallèle — tout-à-fait original — entre la signification de la grâce de La Storta et la consécration de la Compagnie. La vraie transcendance consiste à être uni au Christ, « à être placé avec lui ».
Le Père Arrupe est bien connu de nos lecteurs, qui ont pu lire plusieurs de ses textes dans notre revue. Terrassé par une thrombose cérébrale en août 1981, il a renoncé à sa charge. Depuis lors il vit dans le silence et la prière de sa chambre d’infirmerie à Rome. Il écrivit ces notes intimes à son usage personnel peu de temps avant sa maladie et il vient de permettre leur publication. Ces pages nous donnent d’entrevoir l’intimité du Père Général avec le Seigneur lorsqu’il célébrait l’Eucharistie dans son petit oratoire au coeur de la Compagnie et de l’Église. Elles ont été publiées dans Pedro Arrupe, s.j. En El solo... la esperanza, Roma, Apostolado de la Oración, 1983, et traduites en plusieurs langues.
Bien souvent aujourd’hui, dans la vie concrète des communautés, des questions se posent au sujet du rôle et de la mission du supérieur local. Le Père Arrupe rappelle ici avec force que la relation autorité-obéissance dans la vie religieuse ne s’éclaire finalement qu’à la lumière de la croix du Christ. Ensuite, il approfondit quelques aspects de la mission du supérieur local : envoyer, dialoguer, discerner, coordonner, se former. Certes, l’auteur s’adresse à des Jésuites, on s’en apercevra. Il nous a semblé cependant que ce texte, moyennant les transpositions demandées par les charismes propres et les situations concrètes, pouvait aider nombre de religieuses et de religieux à situer le rôle du supérieur local dans leur vie et leur mission.
En février dernier, le Père Arrupe accueillait un groupe de jésuites appartenant à la mission ouvrière. Ils venaient de six pays d’Europe occidentale. Le P. Arrupe a participé activement aux échanges, qui se déroulèrent dans un climat de prière, de fraternité et de confiance. À la suite de la rencontre, il a donné une forme plus complète aux réflexions qu’il avait communiquées aux participants et que leurs interventions avaient suscitées et enrichies. Il nous a semblé que ces notes – rédigées certes pour des jésuites – pouvaient intéresser bien des religieux et religieuses, qu’ils soient ou non insérés en milieu ouvrier. Car des critères sont donnés ici tant pour préciser l’importance de cette mission que pour discerner la manière dont l’insertion peut s’accomplir en vérité. Ils éclairent avec vigueur la manière propre à la vie religieuse de mettre en œuvre l’option pour l’homme et la promotion de la justice, exigences absolues du service de la foi.
On peut voir dans cet article une manière de répondre à l’interpellation du P. Cosmao. Il s’agit d’une conférence donnée à des religieux en Italie et en Amérique latine (Colombie) après Puebla. Face aux défis de notre conjoncture historico-sociale et ecclésiale, le P. Arrupe s’attelle à une étude de la vie religieuse et de son insertion dans le monde. Cette insertion s’impose de manière urgente, non seulement à cause de la situation tragique du monde, mais aussi parce que la vérité et la crédibilité de la vie consacrée en dépendent, ainsi que l’efficacité de son action apostolique. Les conditions et les critères d’une insertion vraie y sont exposés avec clarté par un homme qui a pu bénéficier d’une très large expérience.
Le monde entier avait accueilli avec joie le Pape Jean-Paul Ier. Le Seigneur l’a rappelé à lui. Ces événements provoquent et réveillent notre foi. Aussi est-il bon en ces jours de méditer le mystère de l’Église et du ministère de Pierre, Vicaire du Christ sur la terre. C’est dans ce but que nous publions la conférence du P. Arrupe. Certes, elle concerne d’abord le charisme de la Compagnie de Jésus. Cependant l’action de l’Esprit Saint, qui « conduit doucement vers un but ignoré » et amène Ignace et ses compagnons au voeu d’obéissance au Pape, est éclairante pour d’autres charismes dans l’Église, chacun selon son cheminement propre. La lecture de ces pages manifeste aussi que le service du Seigneur seul nous insère dans l’Église qui est son Corps et nous introduit dans une communion d’obéissance au Vicaire du Christ sur la terre.
Face aux défis du monde actuel, pauvreté et guerre, société de consommation envahissante et radicalement contestée par tant de jeunes, nous nous trouvons acculés, pour la survie matérielle et sociale du genre humain, à une nouvelle frugalité et austérité de vie : telle est l’interpellation que nous lance avec force le Père Arrupe. Aussi le meilleur service que religieux et religieuses (où qu’ils travaillent) puissent rendre à l’humanité aujourd’hui, c’est de donner un témoignage irrécusable contre la société de consommation par une vie frugale et austère animée par l’amour évangélique. De plus, pour que notre témoignage acquière une force irrésistible, il importe qu’un bon nombre d’entre nous, mus par l’Esprit, se fassent réellement solidaires des pauvres.
La crise présente, culturelle et théologique, affecte aussi la vie religieuse, mais les défis qu’elle lui lance sont autant de chances nouvelles. Nous sommes invités à un passage par le désert, un exode spirituel qui nous amène à une expérience de Dieu renouvelée. Trois défis, qui sont aussi trois chances. L’interrogation, signe de notre temps, peut rendre notre expérience de Dieu imprécise et problématique, elle peut aussi nous amener à redécouvrir le vrai Dieu, qui est « mystère absolu ». Sur le plan du pouvoir, à l’heure où la science déloge Dieu de larges secteurs où il n’est plus « nécessaire », le défi qui nous est lancé peut nous faire retrouver le sens de la gratuité. Face à un monde qui exalte la praxis, le religieux est incité à ne se contenter ni de belles paroles sans action, ni de l’action sans plus. Mais ce triple défi ne peut être surmonté que par une expérience de Dieu en Jésus-Christ, contemplé dans le silence de la cellule comme au milieu de son peuple, et, plus mystérieusement, dans la faiblesse des petits.
Communication envoyée par le Père Arrupe au « Conseil des Seize » auprès de la Congrégation des Religieux pour sa réunion du 24 octobre 1975. Dans ce document de travail, le Père Arrupe précise d’abord ce qu’il entend par petite communauté. Après avoir distingué de ce point de vue personnes en formation et personnes en activité apostolique, il s’efforce de déterminer des critères valables pour les unes et pour les autres, avec une précision au sujet des petites communautés insérées en milieu démuni.
Conférence donnée à Gênes, le 29 décembre 1973, aux membres de la Province S.J. de Turin, réunis en une session de trois jours en vue de la Congrégation générale. Nous la publions dans la traduction établie par la Maison Provinciale de Montréal, dans l’espoir que ces réflexions, adressées à des Jésuites à propos de leurs problèmes, puissent aider d’autres religieux à clarifier les leurs. Nous remercions le Père Arrupe de nous y avoir autorisés.